La France en colère impose à Macron la cohabitation, par Ivan Rioufol

Chassez le réel par la porte, il revient par la fenêtre : pour avoir voulu diaboliser le vote RN, avec le soutien de Jean-Luc Mélenchon, le chef de l’Etat va devoir composer avec Marine Le Pen, devenue dimanche soir le leader du premier parti d’opposition à l’Assemblée nationale. Avec 89 députés (au lieu des 20 à 45 que les projections lui promettaient), le RN passe devant LFI. Le parti de Mélenchon n’aligne que 71 élus, même si la Nupes (coalition qui additionne LFI, EELV, PS et PC) décroche 131 sièges. Ce sursaut de la droite souverainiste vient rappeler que la France ne se reconnait ni dans la prétention hégémonique de l’union présidentielle (qui aura 245 députés, loin des 289 qui auraient permis une majorité absolue) ni dans le trompe l’oeil d’une coalition insincère bricolée par Mélenchon. Ce réveil des somnambules impose une sorte de proportionnelle, dans une Assemblée qui s’en croyait à l’abri avec ses règles électives.

Ce lundi, Emmanuel Macron va devoir cohabiter avec une France en colère. Les électeurs ont pratiqué le « en même temps » comme un pied de nez, en l’élisant le 24 avril pour l’empêcher de gouverner à sa guise deux mois plus tard. L’état de disgrâce est tel pour le président que son quinquennat s’achève, du moins dans la forme présidentielle qu’il espérait lui donner, avant même d’avoir commencé. Le sort du premier ministre, Elisabeth Borne, poussivement élu avec 52,4 % des voix, semble incertain. Son profil glacé de technocrate progressiste ne se prête pas à la rencontre et au dialogue avec un électorat populaire énervé, qui n’entend apparemment plus se faire voler sa place.

C’est une France indocile et inflammable que Macron va devoir entendre. En n’oubliant pas non plus ces électeurs qui déjà ne jouent plus le jeu démocratique. En effet, avec une abstention à 53,7% (52,49% au premier tour), la défection devient aussi un acte de rupture ou de rejet. D’autant que doivent s’ajouter les quelque 10 millions de non inscrits ou mal inscrits. Au bout du compte, les résultats pâtissent, tous, d’un socle fragile, ramené aux inscrits voire à la totalité des citoyens en âge de voter. Il y a quelques années, j’avais proposé le concept de Révolution des œillères pour décrire l’obligation qui était faite aux décideurs et aux commentateurs d’ouvrir enfin les yeux sur les réalités, en chassant leurs entraves idéologiques et leurs prêts à penser. C’est ce chamboulement qui débarque à l’Assemblée, singulièrement avec le succès du RN qui a profité d’apports se jouant des injonctions à « faire barrage à l’extrême droite » lancées par un monde médiatique attaché à préserver les pouvoirs en place. Gouverner ne sera assurément pas simple, surtout dans une Assemblée où Sandrine Rousseau (EELV, Nupes) a promis d’y faire le « chahut ». Mais la culture du compromis qui va devoir s’y installer pourrait être l’occasion pour les droites encore divisées de se rapprocher à petits pas autour de la défense de la nation et de son unité. Sinon, la rue, excédée, risque de prendre la relève.

Ivan Rioufol

Texte daté du 20 juin 2022 et repris du blog d’Ivan Rioufol

Législatives : la démocratie, première perdante, par Ivan Rioufol

La droite est trop bête ; décidément trop bête. Dans une France qui pourrait majoritairement lui être acquise, elle se contentera de strapontins à l’Assemblée nationale. Elle y observera ce que l’union peut produire, quand la gauche la met en pratique sans complexe. La Nupes, bric-à-brac fédéré autour de Jean-Luc Mélenchon, peut espérer dimanche prochain, second tour des législatives, décrocher entre 150 à 290 sièges et empêcher ainsi la majorité présidentielle de régner en maître. La droite éparpillée, elle, devrait avoir entre 50 et 80 sièges pour LR, de 20 à 45 pour le RN. Reconquête !, le parti d’Eric Zemmour, a été éliminé dès hier soir, à commencer par son leader. Ce matin, sur Europe 1, le politologue Dominique Reynié (Fondapol), a admis que la droite aurait pu passer « devant la Nupes » si elle avait fait bloc. Une droite rassemblée (RN, Reconquête) aurait décroché entre 150 et 200 députés, voire plus avec le ralliement LR. Mais les Républicains persistent à défendre, dans un réflexe de chien battu, une « ligne rouge » avec le RN que la gauche n’a même plus besoin de leur imposer à coups de trique. Quand au RN, sa gestion boutiquière et revancharde lui a fait rejeter les propositions d’alliances lancées par Zemmour et ses lieutenants. Il faut dire néanmoins que l’ancien journaliste aura tout fait pour humilier inutilement Marine Le Pen, qui n’a su passer outre. Résultat : Libération pavoise en une, ce lundi, en titrant : « La gauche, le retour en force ». Cependant, si Mélenchon a su faire preuve d’une remarquable habileté tactique, la Nupes avec ses 25,6% n’atteint pas le score de la gauche additionnée lors de la présidentielle (31%).

En réalité, personne n’a gagné ce premier tour des législatives, boudé par 52,7% des électeurs. Ce refus des citoyens de jouer un jeu démocratique qu’ils estiment inopérant n’augure rien de bon pour la suite de ce quinquennat, empli d’ambiguïtés et d’obscures clartés. Ce matin sur RTL, la porte-parole du gouvernement Olivia Grégoire a martelé le mot d’ordre de la macronie pour le second tour : « Pas une voix pour le FN ». En revanche, le gouvernement invite à examiner « au cas par cas » le profil des candidats Nupes. Il n’exclut donc pas, en cas de duel RN-Nupes, un soutien à la coalition d’extrême gauche, cheval de Troie de l’islam politique et du séparatisme. Cette mansuétude n’est pas une surprise : il y a une filiation entre le macronisme et le mélenchonisme dans l’approche sociétale. Ces mouvements se rejoignent dans leur vision de la « nouvelle France », construite sur l’ouverture à l’immigration, l’inclusion des minorités, les concessions à leurs exigences identitaires. Or c’est ce modèle de société communautarisée, acquis à la préférence étrangère, que récusent beaucoup de citoyens attachés à la préservation de leur mode de vie. Ces voix populaires ne se retrouvent ni dans l’élitisme de la macronie, ni dans le boboïsme petit bourgeois de Nupes, qui cartonne à Paris. Pour ces oubliés, ces élections signifient moins que les abstentions. La démocratie est bloquée. La France vit sur un volcan.

Ivan Rioufol

Texte daté du 13 juin 2022 et repris du blog d’Ivan Rioufol

Chaos au Stade de France : marre des tartuffes!, par Ivan Rioufol

La France est malade de ses tartuffes. Confrontés au réel, ces faussaires sont semblables au faux dévot de Molière : « Couvrez ce sein que je ne saurais voir ». Leur position est celle de l’autruche : la tête dans le sable. Cela fait des décennies que la France est gouvernée par ces « élites » aux yeux grands fermés. Elles préfèrent mentir et désigner des boucs émissaires plutôt que d’admettre des faits dérangeants. Samedi soir, les supporteurs anglais ont été accusés par le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, d’avoir créé le chaos autour du Stade de France, à l’occasion de la rencontre entre Liverpool et le Real Madrid (finale de la Ligue des Champions).

Pour Darmanin, « des milliers de « supporters » britanniques sans billet ou avec de faux billets ont forcé les entrées et, parfois, violenté les stadiers ». Or cette version officielle est une « fake news » contredite par les faits, les images, les témoignages. Les faits : sur les 105 interpellations, seules « une ou deux » concerneraient des Britanniques. Les images : ce sont de jeunes voyous, venus apparemment des cités voisines de Seine-Saint-Denis, qui ont été filmés en train de resquiller, franchissant de hauts grillages devant un service d’ordre inopérant. Les témoignages : ils proviennent des journalistes étrangers, qui ont décrit ces « jeunes Français » comme les agresseurs de supporteurs britanniques ou espagnols. D’autres images, diffusées dans le monde entier, ont montré des familles aspergées de gaz lacrymogène par des forces de l’ordre répondant à des ordres visiblement absurdes. La France s’est couverte de honte. Bien sûr, les responsables de cette débâcle ne seront pas inquiétés.

Les mécanismes habituels des dénégationnistes – ceux qui font profession politique ou médiatique de nier les faits – se retrouvent aisément dans les comptes rendus de ce fiasco sécuritaire. Ils reposent sur la désignation de faux coupables et l’alimentation de faux procès en racisme. Ceux qui sont prêts à sortir l’accusation en xénophobie dès que la « diversité » est montrée du doigt s’empressent de désigner l’Anglais comme le responsable des désordres. Il est vrai que beaucoup de faux billets semblent avoir été écoulés parmi ces supporteurs. Il appartiendra aux enquêtes de mettre au jour ces mécanismes de fraudes à la vente.

Reste que le refus du pouvoir de désigner les jeunes des cités comme étant à la source de la chienlit révèle la réticence à nommer la délinquance. Pour avoir rappelé, début mai, que « Saint-Denis ce n’est pas Paris », l’ancien joueur de foot Thierry Henry avait essuyé les critiques d’élus locaux. Stéphane Troussel, président du département, a accusé ce week-end la « fachosphère » de se « déchaîner sur les réseaux sociaux », lui-même se contentant de la version officielle accusant les Britanniques. Mais le mensonge de Darmanin s’est révélé être une grossière propagande. Les réalités forcent au réalisme. Marre des tartuffes !

Ivan Rioufol

Texte daté du 30 mai 2022 et repris du blog d’Ivan Rioufol

Insécurité : l’Etat, aveugle et sourd, par Ivan Rioufol

Ivan Rioufol

La mort d’Antoine Alléno, 24 ans, tué par un chauffard à Paris dimanche soir, sera-t-elle la goutte d’eau qui fera déborder le trop plein de colères ? Fils du célèbre chef cuisinier Yannick Alléno, la victime symbolise, dans sa notoriété, une société fragile, laissée sans défense face à une délinquance exponentielle. Les maux sont connus : impunité des voyous, lâcheté des autorités, permissivité de la justice, aveuglement des médias, traîtrise des idéologues, etc. Le tueur, qui venait de voler un bolide et conduisait en état d’ivresse, appartient à la communauté des gens du voyage. C’est un multirécidiviste,. Il était recherché pour une peine de prison de trois mois qu’il n’avait pas purgée. Un peu plus tôt ce même dimanche, à Maisons-Alfort (Val-de-Marne), Abderahim avait crevé les yeux de sa femme Maïté, en lui portant sur le corps et le sexe douze coups de couteau. Mardi, à Marseille, c’est un parent d’élèves d’une institution catholique qui a été agressé au couteau « au nom de Dieu », tandis qu’il attendait ses enfant, par un « déséquilibré ».

Il y a un peu plus d’un an, le 21 avril 2021, vingt généraux en retraite et une centaine de hauts gradés avaient choisi d’alerter l’opinion face à l’insécurité, au séparatisme islamiste, à la guerre raciale. Ils écrivaient : « L’heure est grave, la France est en péril (…) Notre honneur aujourd’hui tient dans la dénonciation du délitement qui frappe notre patrie ». Jean Castex, premier ministre, avait dénoncé un texte « contraire à tous nos principes républicains, à l’honneur, au devoir de l’armée » en critiquant des généraux « qui ne représentent qu’eux-mêmes ». Ce refus de voir et d’entendre est devenu insupportable.

Délitement : c’est le mot qui convient pour décrire la désagrégation de la société. L’Etat « protecteur » – qui en fait des tonnes pour feindre une autorité sanitaire – se révèle incapable d’assurer la sécurité des personnes. Ce ne sont pas les textes répressifs qui manquent. La pénurie de personnel (police, justice) est un argument qui s’entend mais qui n’explique pas tout. Seule la main de l’autorité tremble. Elle tremble car elle doute d’elle-même. Tel est l’effet pervers de l’idéologie « antiraciste » qui, au nom de bons sentiments, a laissé croire que les nouvelles minorités culturelles étaient d’abord des victimes devant être excusées, y compris dans leurs actes de délinquance.

Cette subversion idéologique a contaminé une grande partie des dirigeants européens. La classe politique suédoise, qui s’était largement ouverte à l’immigration musulmane depuis trente ans, est en train « d’opérer un virage à 180 degrés » selon l’économiste irano-suédois Tino Sanandaji (Le Figaro, 4 mai). Il explique : « Désormais, la position des socio-démocrates est d’admettre que l’immigration de réfugiés est coûteuse et contribue à la criminalité ainsi qu’à la ségrégation ». En France, Le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin a dit, en juillet 2020 : « Je suis à 100.000 lieues de faire le lien entre l’immigration et l’insécurité ». Voilà pourquoi l’Etat est aveugle et sourd. La mort d’Antoine Alléno vient tragiquement le rappeler.

Ivan Rioufol

Texte daté du 11 mai 2022 et repris du blog d’Ivan Rioufol

Grâce à Macron, Mélenchon en terrain conquis

Le « barrage à l’extrême droite » laisse l’extrême gauche en terrain conquis. C’est à un jeu de dupes que s’est prêté le candidat Emmanuel Macron en brandissant la menace qu’aurait fait courir Marine Le Pen pour la République et pour la France. En réalité, il y a bien un néofascisme qui vient : il montre, ici et là, sa face hideuse, sectaire, violente. Mais cette régression totalitaire se dissimule derrière les mots enrobés de La France Insoumise et de son chef, contre qui le président réélu n’a jamais jugé bon de mettre en garde. Cette bienveillance en haut lieu produit ses premiers effets : Jean-Luc Mélenchon, fort de son talent d’orateur et de stratège, mais aussi d’une caution morale usurpée, est en train de jouer habilement de la somnolence du système à son égard. Non content de s’être approprié, dimanche 1 er mai à Paris, la colère syndicale, il s’est gardé de dénoncer les casseurs « antifas », qui ont une nouvelle fois mis à sac des banques ou des commerces, pour préférer accuser la préfecture de police de les avoir laissé faire.

Or ces violences urbaines illustrent cette lèpre fascistoïde qui monte des rangs de l’ultra-gauche : celle-ci partage avec LFI et ses soutiens une même détestation du capitalisme mais aussi de la démocratie libérale et de ses règles. C’est d’ailleurs ce socle qui a persuadé le melenchonisme de s’allier également à ce qu’il croit être l’ « islam révolutionnaire », au prétexte que cette idéologie cherche à prendre sa revanche sur l’Occident et ses hégémonies. Le prolétariat qui intéresse Mélenchon n’est plus celui des « petits blancs », partis rejoindre le RN, mais celui de la « diversité ».

En fait, tout est faux dans ces usages de mots creux. Le bourrage de crâne contre l’ « extrême droite », qui a vu Macron et Mélenchon faire cause commune, a été un leurre pour faire taire une France trop française au profit de la « nouvelle France » adulée par la classe élitaire. Quant à l’ « alliance populaire » dont le leader de LFI veut être l’architecte, elle n’est que le rapprochement avec le seul peuple issu de l’immigration extra-européenne et majoritairement musulmane. Tandis que la droite de gouvernement a admis, par soumission, son interdiction de s’unir à Marine Le Pen, la gauche donneuse de leçons n’a plus aucun scrupule – hormis quelques rares honorables socialistes qui se désespèrent des lâchetés d’Olivier Faure – à s’autoriser ce qu’elle défend aux autres.

Dimanche soir, un accord en vue des législatives a été conclu entre LFI et les Verts, en attendant celui avec ce qui reste du PS. Parlant du PCF qui se laisserait désirer, Mélenchon a assuré : « Les communistes sont nos amis, nos alliés ». Ce qui se met en place est un front radicalisé des gauches qui n’acceptent pas leur défaite, et qui n’excluent pas d’en appeler à la rue, comme a pu le suggérer Clémentine Autain (LFI). Macron, qui a préservé sa réélection en activant le manichéisme, peut être tenu pour responsable de ce coup de force d’une gauche qui fourbit ses armes. Il n’est pas sûr que les Oubliés acceptent ce cocufiage.

Ivan Rioufol

Texte daté du 2 mai 2022 et repris du blog d’Ivan Rioufol

La libération de Twitter affole les flics de la pensée

Panique chez les censeurs ! La décision d’Elon Musk de libérer Twitter affole les gardiens du politiquement correct, les « modérateurs » et autres donneurs de leçons. Le milliardaire américain, qui vient de racheter ce réseau social pour 44 milliards de dollars, a expliqué sa politique : « La liberté d’expression est le ciment d’une démocratie fonctionnelle, et Twitter est une agora digitale où sont débattus les sujets vitaux pour l’avenir de l’humanité ». Ce vent de liberté, venu des Etats-Unis, aurait dû être salué par tous comme une délivrance. L’absence de débats n’a-t-elle pas été étouffante lors de la campagne présidentielle? Faudrait-il se satisfaire des seules influences américaines du wokisme et de la victimisation des minorités, qui prétendent s’imposer en terrain conquis ? Pourtant, à entendre la pensée dominante, cette annonce de Musk est vue comme une menace.

« Il y a quelque chose de liberticide dans une liberté totale », a commenté ce mercredi (Europe 1) Raphaël Enthoven. Le penseur labellisé avait déjà été en pointe pour soutenir la politique sanitaire du gouvernement, ses atteintes aux libertés, ses confinements, ses vaccinations pour tous, ses discriminations entre citoyens. Depuis, la propagande hygiéniste s’est fermée à la critique au nom de certitudes imperméables aux faits. Pour les gardes-chiourmes de la pensée obligée, il n’existe aucune alternative au narratif officiel, sauf à être accusé de complotisme ou d’obscurantisme.

Apparaît en fait un système usurpé : fragile, il redoute la contradiction. La diabolisation du contradicteur et l’insulte du récalcitrant sont les ressorts d’un pouvoir qui ne supporte pas la contestation. L’accusation en extrême droitisme, qui a servi à écarter la contestation des classes moyennes au profit de la réélection d’Emmanuel Macron, fait partie du bourrage de crâne. Il n’est donc pas surprenant que la maréchaussée, qui veille à la propreté des idées, voit d’un mauvais œil une libération de Twitter. L’Union européenne s’est empressée de faire savoir que Musk aura à se plier à ses règles (le Digital Service Act) qui obligent les Gafam à retirer de leurs sites les contenus illicites. Il va sans dire que ces textes devront s’imposer, comme s’imposent les lois qui protègent les plus faibles, qui interdisent les appels à la violence, au meurtre, au racisme ou les intrusions dans la vie privée.

Il n’a jamais été soutenu qu’une totale liberté de tout dire était souhaitable. Mais rien n’est plus contestable que les prétentions de la législation française et des lyncheurs professionnels à traquer les « propos haineux » ou les « fake news » : ils ne répondent qu’à des définitions subjectives et à des volontés supérieures de faire taire. Comme le remarque le géographe Christophe Guilluy (Le Figaro, mardi) : « Si demain le dalaï-lama se présentait avec un programme souverainiste, il serait aussitôt fascisé (…) ». Musk veut délivrer les gens libres des muselières et des oeillières : seuls les flics de la pensée l’accusent du pire.

Ivan Rioufol

Texte daté du 27 avril 2022 et repris du blog d’Ivan Rioufol

Le matraquage médiatique, vainqueur de la présidentielle, par Ivan Rioufol

Ivan Rioufol

Vous aimez le passe vaccinal, les parcs d’éoliennes, les féministes voilées, les sermons des people ? Vous allez être comblés : vous venez d’en reprendre pour cinq ans. Le Système a su se maintenir en place, grâce à un toujours efficace « front républicain ». Je ne peux cacher une certaine déception au vu des résultats. Je m‘étais pris à espérer, idéalement il est vrai, une résistance des électeurs face à l’indécent bourrage de crâne de ces dernières semaines. Mais le matraquage contre le péril « d’extrême droite », repris par la totalité des médias et des pouvoirs en place, a fait son œuvre. La propagande a été plus forte que l’analyse des colères françaises, qui ne se rattachent en rien aux caricatures « fascistes » qui en sont faites par les gardes-chiourmes de la caste. Emmanuel Macron a été brillamment réélu dimanche soir (avec 58,5% des suffrages contre 41,50 % à Marine Le Pen) en bénéficiant à 40% d’un vote de rejet de son adversaire. 42% des électeurs de Jean-Luc Mélenchon se sont reportés sur le président sortant, contre 17% qui ont choisi Le Pen.

Le choix de Macron d’esquiver les débats et de diaboliser l’adversaire a été une stratégie payante. Marine Le Pen a subi une défaite cuisante, même si elle a amélioré son score de plus de 2,5 millions de voix par rapport à 2017. Au moins peut-elle se réjouir de n’avoir pas à gérer les périodes tendues qui s’annoncent avec une hausse de l’inflation, de l’endettement et de la vulnérabilité plus générale du pays. Macron va avoir à assumer lui-même les conséquences de ses politiques. Il s’est d’ailleurs gardé hier soir, à raison, de tout triomphalisme affiché.

Reste que si le scrutin est sans appel et que Macron a toutes les raisons de se satisfaire de la prouesse de sa réélection, la photographie politique n’en est pas moins voilée. La frustration qui est la mienne devant des débats confisqués et des interdits de penser me semble être commune à beaucoup d’électeurs. Il leur est répété, sondages à l’appui, que la société aurait viré à droite. Or c’est la gauche mélenchoniste et islamo-gauchiste qui, pour partie, a favorisé également l’élection de Macron, soutenu par la presse moutonnière. Le président, qui avait reçu le soutien de la Grande mosquée de Paris et du Rassemblement des musulmans de France, a fait de très bons scores dans des villes de la « diversité » : 75% aux Mureaux, 70% à Grigny, 74% à Trappes.

S’il recueille au total 18,7 millions de voix contre 13,2 millions à Le Pen, la somme des absentions et des votes blancs et nuls atteint 16,6 millions d’électeurs (13,6 millions d’abstentions, 3 millions de blancs et nuls). Quand autant de citoyens ne veulent plus jouer le jeu de la démocratie, c’est que celle-ci ne fonctionne plus correctement. De fait, l’imposition d’un discours unique ne peut qu’assommer, un temps seulement, l’électeur incertain. Cette situation ne peut perdurer sans risque d’explosions insurrectionnelles. Hier soir, Macron a promis « l’invention collective d’une méthode refondée ». Vous aimez aussi les mots creux ? Vous allez être servis.

Ivan Rioufol

Texte daté du 25 avril 2022 et repris du blog d’Ivan Rioufol

Le vote communautaire, arbitre du second tour

Il s’en est fallu de peu que Jean-Luc Mélenchon, le candidat des banlieues séparatistes, n’accède au second tour face à Emmanuel Macron (27,6%). En effet, seules 500.000 voix séparent le leader de la France Insoumise (22%) de Marine Le Pen (23,4%). Elle-même n’est éloignée du président sortant, qu’elle affrontera le 24 avril, que de 1,4 million de voix. En choisissant le vote utile dès le premier tour, au détriment d’Eric Zemmour (7,1%), cet électorat de droite a donc eu la sagesse d’éviter de propulser le communautarisme en première ligne. Mélenchon fait des scores spectaculaires dans de très nombreux « quartiers populaires », issus de l’immigration : plus de 60 % aux Mureaux (Yvelines), 60% à Bobigny (Seine-Saint-Denis), 52% à Roubaix (Nord), etc. Il est en tête à Marseille comme à Toulouse et majoritaire dans les quartiers Nord comme au Mirail.

De nombreux représentants de l’islam ou des mosquées avaient appelé à voter pour celui qui, en novembre 2019, avait participé à Paris à une marche contre « l’islamophobie », organisée par des organisations islamistes dont le CCIF (Collectif contre l’islamophobie en France), dissous depuis par le gouvernement. Lors de cette manifestation, la foule avait été invitée à crier « Allah Akbar » non loin du Bataclan. Reste que ce vote communautaire s’annonce comme l’arbitre du second tour. Il rejoindra à nouveau Macron, comme il le fit en 2017. En 2012, le vote musulman s’était largement reporté sur François Hollande au second tour et avait été à la source de l’échec de Nicolas Sarkozy, battu sur le fil (48,4% contre 51,6%).

Dans le champ de ruines qu’est devenu le théâtre politique, avec les effondrements d’Anne Hidalgo pour le PS (1,7%) et de Valérie Pécresse pour LR (4,8%), tout est à reconstruire. Mais le RN aurait tort de se croire l’évident pôle d’attraction de la droite, dispersée aux quatre vents. Si Marine Le Pen, à l’issue d’une bonne campagne, améliore son score par rapport à 2017, elle reste distancée par Macron. Elle n’affiche pas une dynamique suffisamment entraînante. Sa victoire n’est envisageable dans quinze jours, bien que les sondages donnent vainqueur le président sortant, qu’au prix de compromis sur une plateforme de gouvernement élargie. Si Pécresse a appelé sans surprise à voter pour Macron, Eric Ciotti a refusé ce choix dès hier soir. On le devine, lui et d’autres LR, prêts à se rallier au RN sous certaines conditions.

Plus clairement encore, Zemmour a appelé à voter pour Le Pen. Ce lundi sur Europe 1, Marion Maréchal, qui a rejoint dernièrement le leader de Reconquête, a invité sa tante à « tendre la main » à cette droite battue, afin de mettre en place une coalition de gouvernement ou une alliance en vu des législatives. Le pêché d’orgueil serait, pour Marine Le Pen, de s’en tenir à une rigidité dogmatique et à une volonté d’humilier ses opposants d’hier. Le 24 avril, le vote communautaire peut devenir le faiseur de roi. Il est encore temps d’éviter cette défaite française.

Ivan Rioufol

Texte daté du 11 avril 2022 et repris du blog d’Ivan Rioufol

Pourquoi la victoire d’Orban énerve le Système

Les Hongrois ont mal voté : des « démocrates », dépités, vont les accuser de faire le jeu de Vladimir Poutine, des populistes, de l’extrême droite, etc. En renouvelant pour la quatrième fois, hier soir à l’issue des législatives, le mandat de Viktor Orban (53% des suffrages, contre une coalition de six partis), les électeurs ont tourné le dos aux intimidations des européistes et de leur progressisme imposé. La réaction de rejet, ce lundi matin, du journaliste macronien Brice Couturier est révélatrice de la perdition du camp du Bien, quand ses gendarmes jugent insupportable la déviance populaire. Couturier écrit dans un tweet : « Poutine a gagné en Hongrie. Son ami, Viktor Orban remporte, une fois de plus, des élections plus ou moins libres. L’extrême droite hongroise rêve d’une dissolution de l’Ukraine, à la faveur de laquelle Budapest en récupérerait un morceau. L’UE doit sévir. » Revient en mémoire la réplique de Bertolt Brecht : « Puisque le peuple vote contre le Gouvernement, il faut dissoudre le peuple ». En l’occurrence, c’est contre le gouvernement de l’Union européenne, ses technocrates, ses juges et son « état de droit » que les Hongrois ont exprimé majoritairement leur défiance. En réélisant Orban, bête noire de l’UE immigrationniste, multiculturelle et soumise à la tyrannie des minorités, les électeurs avalisent la poursuite de la révolution conservatrice dont la Hongrie est devenue un des fers de lance. Au-delà de ce succès, se lit la défaite de l’idéologie post-nationale que promeut une Union doctrinaire coupée des peuples et des nations.

Cette résistance face à la machinerie du prêt-à-penser européen est révélatrice d’une exaspération plus générale. Elle se lit chez les Européens qui n’entendent pas se soumettre aux lubies de décideurs bruxellois qu’ils n’ont pas élu. Cet avertissement lancé au Système et à ses inféodés présage-t-il d’une même rupture, dimanche, lors du premier tour de la présidentielle française ? Une semblable aspiration à un conservatisme traverse l’opinion. Les mouvements antisystèmes représentent près de 50% de l‘électorat (si l’on y mêle Mélenchon Le Pen, Zemmour, Dupont-Aignan, Lassalle, etc.).

L’européisme macronien est une posture qui s’essouffle et ne produit plus d’idées. Samedi, lors de son unique meeting à grand spectacle, le président-candidat à réduit son programme à « quatre grandes causes » : l’égalité homme-femme, la protection de l’enfance, l’Education, la Santé. Ces choix ont sciemment fait l’impasse sur les questions identitaires et civilisationnelles qui motivent de plus en plus les électeurs inquiets de leur survie, en Hongrie comme en France et ailleurs. La stratégie rudimentaire d’Emmanuel Macron, qui consiste à dénoncer un « danger extrémiste » et une « extrême droite » derrière ceux qui abordent ces questions, est l’aveu de son désintérêt pour la vie des gens ordinaires. Les Français pourraient aussi mal voter, aux yeux de la macronie déphasée.

Ivan Rioufol

Texte daté du 30 mars 2022 et repris du blog d’Ivan Rioufol

Comment le Système aseptise la campagne présidentielle, par Ivan Rioufol

Cette campagne présidentielle, aseptisée par le pouvoir, est une mascarade de plus dans un quinquennat de faux-semblants. La France, ouverte aux quatre vents, se libanise, s’endette, s’appauvrit. Mais ces désastres ne sont toujours pas débattus. A dix jours du premier tour, la France officielle continue de ronronner, avec les encouragements d’un président-candidat devenu expert en évitements. Alors qu’un choix de civilisation est à faire entre mondialistes et souverainistes, déracinés et enracinés, progressistes et populistes (ces mots différents désignant la même alternative), le Système se fait prioritairement l’écho du réchauffement climatique, du chèque énergie, de la ristourne pour les carburants, du sort des « mamans solos », des prothèses auditives, etc. Les violences urbaines récurrentes (à Sevran dernièrement) ne viennent pas troubler le somnambulisme ambiant.

Le thème du pouvoir d’achat sert de prétexte à une addition de mesures techniques et dépolitisées qui excluent toute réflexion sur une vision de la France de demain. Les mécanismes de la diversion et du déni sont si bien rodés que personne ne semble vouloir s’arrêter sur les maux dont souffre la nation. C’est ainsi que l’immigration de masse, qui devrait être un des enjeux de cette présidentielle, continue d’être reléguée parmi les sujets sulfureux. Les médias enferment dans l‘extrémisme, et donc la relégation, ceux qui assurent avec raison qu’il est minuit moins cinq.

Il faut lire l’entretien donné au Figaro, le 25 mars, par Pierre Brochand, ancien ambassadeur, ancien directeur général de la DGSE. Il explique : « Je tiens le type d’immigration que nous subissons depuis un demi-siècle pour un événement hors catégorie, sans précédent dans notre histoire. Et très honnêtement, j’avoue ne pas comprendre comment des esprits libres et éclairés peuvent encore sous-estimer sa gravité. » Et Brochand énumère les effets de cette immigration impensée : « Volume massif de flux, vocation de peuplement, absence de régulation politique et économique, majorité de civilisation extra-européenne et musulmane, esprit de revanche postcolonial, réticence à la mixité, préférence pour l’endogamie, cristallisation en diasporas, taux de fécondité supérieur à celui du peuple d’accueil et surtout – innovation inouïe – évolution non convergente au fil des générations ».

Au bout du compte, c’est la paix civile qui est menacée. Or il est stupéfiant d’observer l’empressement du Système en place, soutenu par la plupart des médias, à vouloir parler des plus petites choses pour éviter d’avoir à chasser l’éléphant du salon. Parce que Nicolas Dupont-Aignan estimait, mardi sur RTL, que les élections « étaient truquées de A à Z », il s’est fait traiter de « populiste » par la journaliste Alba Ventura. Ainsi fonctionne ce monde clos, qui sermonne avec les mêmes mots le malappris. Stop ou encore ?

Ivan Rioufol

Texte daté du 30 mars 2022 et repris du blog d’Ivan Rioufol

Les sociétés de conseil au secours de l’Etat impotent, par Ivan Rioufol

Ivan Rioufol

Jamais sans doute l’Etat n’a été plus étouffant que sous ce quinquennat. Il aura suffi, jeudi dernier, d’entendre l’interminable conférence de presse (plus de quatre heures !) d’Emmanuel Macron pour s’en convaincre. Dans les moindres détails de la vie des gens, le président-technocrate entend avoir son mot à dire. Ainsi s’est-il plaint ce jour-là : « On ne parle pas du tout du harcèlement des enfants à l’école ». Ce sujet est certes important. Mais il est bien d’autres thèmes qui sont occultés par le pouvoir, à commencer par sa propre omnipotence. La société est anesthésiée sous le poids d’un Système aux coûts exorbitants et à l’inefficacité avérée. Jouant sur les peurs qu’il distille lui-même, Macron se laisse voir comme l’indispensable gestionnaire d’une société complexe et dépolitisée. Or cette posture est un leurre. L’accumulation des mesures techniques, égrenées par le candidat devant la presse, a fait en sorte de brouiller les priorités et de réduire le discours macronien à un mode d’emploi. Mais cette approche s’épargne de regarder l’éléphant qui s’est installé dans le salon, à savoir cet Etat gonflé comme une baudruche qui ne cesse de s’empiffrer d’un endettement que rien ne vient freiner. Le scandale des cabinets privés anglo-saxons de conseil, révélé notamment par une commission d’enquête du Sénat qui a rendu son rapport jeudi, illustre la dérive d’un mécanisme qui tourne à vide.

L’Etat emploie plus de cinq millions de fonctionnaires. Pourtant, le recours parallèle aux sociétés privées a pris des proportions considérables sous Macron. En trois ans, son gouvernement aurait passé environ 500 commandes pour un total chiffré à 43 milliards d’euros par un groupe de hauts fonctionnaires cité dernièrement par L’Obs ! Le Sénat, pour sa part, avance une dépense de plus d’un 1 milliard d’euros pour l’année dernière, notamment en paiement de conseils pour la stratégie sanitaire vaccinale fournis par le cabinet McKinsey (qui ne paierai pas d’impôts en France en dépit d’un chiffre d’affaires de 329 millions d’euros en 2020 !).

La branche française est dirigée par Victor Fabius, le fils du président du Conseil constitutionnel. Or, comme le rappelle Stéphane Guyot (1), le système national de la santé est déjà une armée mexicaine d’agents publics : le ministre de la Santé, le directeur général de la Santé, le directeur de Santé Publique France, le directeur de la Haute Autorité de la santé, les directeurs des agences régionales de la santé, le directeur de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail, l’Alliance nationale pour les sciences de la vie et de la santé, le Centre national de recherche scientifique en virologie moléculaire, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé. Bref, L’Etat ventripotent, impotent, dispendieux ne fait plus confiance en ses agents pour gérer des problèmes ordinaires. Cela s’appelle un système en faillite. On en parle ?

(1) Abstention piège à cons, par André Bercoff, Stéphane Guyot, Philippe Pascot; Max Milo éditions

Ivan Rioufol

Texte daté du 21 mars 2022 et repris du blog d’Ivan Rioufol

Macron, en panne d’idées, joue l’esquive, par Ivan Rioufol

macron pass sanitaire

Dans sa grande bonté, le Père de la nation a accordé à son peuple, depuis ce lundi, le droit de ne plus porter le masque dans des lieux clos (sauf dans les transports). Le passe vaccinal a également été « suspendu ». Exit donc la muselière et la laisse. Cette « libération », qui avait été programmée de longue date par le pouvoir hygiéniste, intervient alors même que l’épidémie semble reprendre. Mais le premier tour de la présidentielle est dans moins d’un mois ; il est préférable d’éviter les contrariétés. Et la guerre en Ukraine a, en France, balayé la peur du Covid dès le premier jour de l’invasion du pays par Vladimir Poutine, le 24 février.

Depuis, Emmanuel Macron cherche à s’imposer comme l’incontournable interlocuteur de l’agresseur. L’ukrainisme a remplacé le covidisme dans la valorisation de la stature protectrice du chef de l’Etat. Toute la macronie répète à l’envi que le président n’a d’autre préoccupation que la paix dont il sera l’artisan. Dimanche, Jean-Yves Le Drian, ministre des affaires étrangère, a dénoncé des discussions sur le cessez-le-feu « qui n’avancent pas ». Ce lundi, pourtant, une session de négociations par visioconférence a été annoncée par les Russes et les Ukrainiens. La France est-elle tenue au courant de l’état réel des contacts entre les deux adversaires ? Il ne faudrait pas que la grande mascarade, qui caractérise ce quinquennat depuis ses premiers pas, utilise également la guerre à de médiocres fins électoralistes.

A dire vrai, la posture de Macron est de plus en plus artificielle. Le président se dit habité par les problèmes de l’Europe et du monde. Mais les Français traversent, eux aussi, une crise de civilisation qui ne peut être balayée. L’esquive est ce qui ressort du jeu présidentiel. Aucune idée neuve n’est émise par le candidat ou son entourage. La tactique élyséenne est celle, renouvelée, d’une dépolitisation des enjeux sur fond d’infantilisation des citoyens. La première mesure annoncée par le président-candidat a été, il y a une semaine, la suppression de la redevance télé.

La baisse de 15 centimes par litre d’essence, qui interviendra 10 jours avant le premier tour (le 1er avril) fait partie de ce « plan de résilience » destiné à acheter les mécontentements sans en creuser les causes. La réforme des retraites, qui enterre la réforme à points, s’épargne les questions sur le malaise existentiel qui traverse une partie de la population. Si le candidat Macron avait su, en mai 2016, dénoncer la « démocratie confisquée » et « l’entre soi de la vie politique », le président-monarque n’a fait qu’accentuer le divorce entre ceux d’en-haut et ceux d’en-bas, au risque d’alimenter « l’ère des soulèvements » annoncée par Michel Maffesoli. « L’importance de l’invisible est le vrai coeur battant des soulèvements actuels », écrit notamment le sociologue. La Corse qui s’enflamme ces jours-ci en est un symptôme. Mais Macron préfère regarder ailleurs.

Ivan Rioufol

Texte daté du 14 mars 2022 et repris du blog d’Ivan Rioufol

Questions sur la diplomatie-spectacle de Macron, par Ivan Rioufol

L’habileté apparente d’Emmanuel Macron est sans pareil. Le chef de l’Etat a le sens du spectacle, de la dramatisation, de la théâtralisation de son rôle. Toutefois, ces artifices de communication, s’ils semblent convaincre des sondés en temps de crise, sont principalement construits sur le brassage d’air, la posture, la jactance. Et cela se voit. A la crise des Gilets jaunes avait répondu, à travers les « grands débats » voulus par l’Elysée, une logorrhée présidentielle n’ayant débouché sur rien de palpable. Cette fois, Macron laisse voir, avec la crise ukrainienne, son ambition de s’imposer aux yeux du monde comme le seul dompteur de grands fauves. Ainsi, le président fait abondamment savoir qu’il parle régulièrement, et souvent longuement, avec Vladimir Poutine. Tout juste si ce dernier, enfermé dans sa paranoïa, ne lui mangerait pas dans la main.

La photographe officielle de l’Elysée montre volontiers l’intimité du chef d’Etat travaillant jusqu’au petit matin, barbe naissante, concentré sur son destin d’homme de paix. Le président lui-même fait connaître au public quelques bribes de ses conversations privées avec l’autocrate isolé. Dans ces dialogues, Macron ressort comme l’homme de la raison et de la sagesse, tentant de tempérer un dingue et un menteur. La mécanique auto-promotionnelle est impeccable. L’efficacité est incontestable auprès d’un public peu regardant sur le fond : Macron s’envole dans les intentions de vote. Sa réélection est donnée comme quasi-assurée par les sondeurs. Mais est-ce ainsi que les problèmes se règlent ? La société du spectacle eut ses heures de gloire depuis les années 1980. Ses grosses ficelles sont devenues usées.

La diplomatie bavarde et exubérante – mais visiblement peu productive – de Macron est à comparer à celle, secrète et taiseuse – mais apparemment plus efficace – menée par le premier ministre israélien, Naftali Bennett. C’est en toute discrétion que Bennett s’est rendu à Moscou samedi pour s’entretenir directement avec Poutine durant trois heures. L’Israélien s’est ensuite rendu à Berlin pour y rencontrer le chancelier allemand Olaf Scholz. Il n’a pas cru utile, en revanche, de se rendre à Paris, ce qui laisse comprendre la méfiance dans laquelle Macron est tenu par les adeptes de la diplomatie de l’ombre et de la désescalade. Bennett a eu des contacts téléphoniques avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky.

Il semblerait que ces contacts directs aient eu des effets puisque Zelensky, dans un entretien lundi soir à la chaîne américaine ABC, s’est dit prêt à un « compromis » sur le statut des territoires séparatistes de l’est de l’Ukraine. « S’agissant de l’Otan, j’ai tempéré ma position sur cette question », a-t-il également avancé, en renonçant donc à la source du conflit, à savoir une implantation de l’Alliance atlantique dans son pays. Ces avancées – dont on ne trouve trace dans les journaux français de ce mercredi – sont des pas importants vers les exigences russes. Macron, dans ce processus, serait-il marginalisé, et avec lui l’Europe qu’il préside pour six mois ?

Ivan Rioufol

Texte daté du 9 mars 2022 et repris du blog d’Ivan Rioufol

D’une « guerre » à l’autre, la macronie mise sur la peur

Macron

Emmanuel Macron est ambigu dans son rôle attendu d’homme de paix. Certes, le chef de l’Etat a maintenu le contact avec Vladimir Poutine et c’est une bonne chose. Il a également contraint, mardi, Bruno Le Maire à corriger ses propos belliqueux. Le ministre de l’Economie s’était cru autorisé à rappeler la détermination de l’Europe à « livrer une guerre économique et financière totale à la Russie (…) et provoquer l’effondrement de l’économie russe ». « Le terme de guerre était inapproprié et ne correspond pas à notre stratégie de désescalade », s’est amendé Le Maire. Quelques heures plus tôt, l’ancien président russe Dmitri Medvedev avait tweeté : « Surveillez votre langage, Messieurs ! Et n’oubliez pas que les guerres économiques se transforment assez souvent en vraies guerres ». Cependant, c’est Macron qui, lundi, a choisi de nationaliser le conflit entre l’Ukraine et la Russie, en faisant passer un solennel « message aux armées » françaises.

Dans ce texte guerrier, le président explique : « Dans ce contexte de fortes tensions, la France sait pouvoir compter une nouvelle fois sur ses armées (…) Je sais pouvoir compter sur vous (…) ». Jeudi, sur TFI, le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, avait pour sa part déclaré : « Poutine doit comprendre que l’Otan est une alliance nucléaire. Je n’en dirai pas plus ». Une chose est de faire savoir à l’autocrate russe qu’il s’est déshonoré en envahissant l’Ukraine, dans laquelle son armée s’enlise. Une autre est d’alimenter une montée aux extrêmes, en assurant chercher la « désescalade ». Sur le sujet si grave de la guerre et de la menace nucléaire, l’ambiguïté du « en même temps » macronien est dangereuse.

En fait, il y a une tentation, chez Macron, à théâtraliser à l’excès la crise ukrainienne, comme il a su le faire depuis deux ans avec la crise sanitaire. Il est d’ailleurs loisible de constater que la « guerre » contre le Covid, qui monopolisait les esprits et imposait un unique et intransigeant discours hygiéniste, a soudainement laissé la place à la « guerre » contre Poutine, avec un même unanimisme obligé et une semblable hystérisation des peurs.

Cette stratégie a comme effet de rendre intouchable le « chef de guerre », au risque de passer pour un traître à la nation ou un irresponsable. Les débats deviennent pratiquement inabordables, ce qui est confortable pour un président qui entend renouveler son mandat en évitant d’avoir à rendre des comptes. Les similarités entre les deux crises sont frappantes, dans l’usage politique que le pouvoir en fait : une même dramatisation, un même manichéisme, une même diabolisation de ceux qui s’interrogent sur l‘adéquation des réponses apportées.

Sur les réseaux sociaux, les fanatiques de la triple vaccination se sont convertis en fanatiques anti-Russes ! Le gouvernement lui-même s’est prêté à ce rapprochement loufoque en apposant le drapeau ukrainien sur l’application TousAntiCovid. La macronie est va-t-en-guerre car elle pense ainsi faire gagner son chef. L’incendiaire habite toujours à l’Elysée.

Ivan Rioufol

Texte daté du 2 mars 2022 et repris du blog d’Ivan Rioufol

L’Europe face au risque d’une guerre nucléaire, par Ivan Rioufol

Ivan Rioufol

Qui arrêtera la folie des hommes ? Depuis dimanche, 14 heures, le monde vit sous la menace d’une surenchère pouvant mener à une guerre nucléaire. Hier, Vladimir Poutine a en effet expliqué, prétextant des déclarations « belliqueuses » de l’Otan : « J’ordonne au ministre de la Défense et au chef d’Etat-major de mettre les forces de dissuasion de l’armée russe en régime spécial d’alerte au combat ». Dans son discours du 24 février, annonçant l’invasion de l’Ukraine, l’autocrate avait déjà prévenu : « Dans le domaine militaire, la Russie moderne, même après l’effondrement de l’URSS et la perte d’une grande partie de son potentiel, est aujourd’hui l’une des puissances nucléaires les plus importantes du monde et dispose en outre d’avantages certains dans un certain nombre d’armements de pointe. A cet égard, personne ne doit douter qu’une attaque directe contre notre pays entraînerait une défaite et des conséquences désastreuses pour tout agresseur potentiel ». Un peu plus loin, il avait été encore plus menaçant : « Quiconque tente d’interférer avec nous (…) doit savoir que la réponse de la Russie sera immédiate et vous conduira à des conséquences auxquelles vous n’avez jamais été confrontés dans votre histoire ». Des stratèges en chambre assurent que Poutine bluffe. Pour ma part, j’observe qu’il applique ce qu’il a annoncé en voulant éteindre « une menace constante émanant du territoire de l’actuelle Ukraine ». Il est assurément le responsable de cette guerre déclarée, via l’Ukraine, à l’Occident et à ses démocraties. Il est néanmoins stupide, de la part des Européens, de jeter des bidons d’essence pour démontrer qu’ils seraient enfin sortis de leur léthargie.

L’ « esprit munichois » et sa recherche de l’ « apaisement » caractérisent l’Union européenne angélique, confrontée à la guerre de civilisation que le monde islamiste lui a déclarée sur son sol. Quand Jean-Yves Le Drian, alors ministre de la Défense, explique en 2015 la guerre de la France contre Daech et le terrorisme, il s’empresse de déclarer : « Pour ma part, je ne parlerai jamais d’« ennemi de l’intérieur » : si le combattant de Daech en Syrie et en Irak est un ennemi, et doit être traité comme tel, le terroriste sur le territoire national est un criminel, et doit être traité comme tel. Du reste, parler d’« ennemi de l’intérieur » est la porte ouverte à une stigmatisation infondée et dangereuse, qui est justement ce que certains théoriciens ennemis recherchent. ». Aujourd’hui, Le Drian, devenu ministre des Affaires étrangère, n’use plus des mêmes délicatesses pour rappeler au « dictateur » russe que « l’Otan est une puissance nucléaire ». Or cette montée aux extrêmes est une approche irresponsable. L’Europe ne peut, au prétexte de conjurer ses lâchetés face à l’islam radical, se lancer dans une menace nucléaire mimétique, au risque de déclencher le pire. Le rôle d’Emmanuel Macron n’est pas de jouer à l’homme de guerre mais d’être un pacificateur. Cette attitude exige de la nuance, de la raison, de l’intelligence. Etre pyromane face à Poutine est, actuellement, une posture semblablement criminelle.

Ivan Rioufol

Texte daté du 28 février 2022 et repris du blog d’Ivan Rioufol

Poutine révèle le déclin de l’Occident, par Ivan Rioufol

« Bien entendu, nous ne ferons rien ». Ce fut l’aveu de Claude Cheysson, ministre des affaires étrangères de François Mitterrand, après le coup d’Etat en Pologne de décembre 1981. La même prudence est reprise ces jours-ci dans le camp occidental, plus pusillanime que jamais. Après la reconnaissance par Vladimir Poutine, lundi soir, des « républiques populaires » de Donetsk et Louhansk (Dombass), les démocraties indignées ne feront rien. Elles se contenteront de protestations usuelles et de sanctions économiques symboliques contre la Russie et sa volonté de déstabiliser l’Ukraine. Les mots pourtant ne manquent pas pour alerter sur la gravité de la situation créée par l’autocrate russe. Emmanuel Macron, qui s’est fait humilier par le nouveau tsar en croyant jouer au pacificateur, le qualifie de « paranoïaque ». L’Anglais Boris Johnson accuse Poutine de préparer « la plus grande guerre en Europe depuis 1945 ».

Jean-Louis Bourlanges, président de la commission des affaires étrangères à l’Assemblée nationale, évoque « la plus grave crise internationale depuis la deuxième guerre mondiale ». Si la menace est bien celle décrite par l’Union européenne et les Etats-Unis, une mobilisation militaire devrait s’imposer. Mais les Occidentaux n’ont aucune envie de sacrifier une vie de soldat pour défendre l’intégrité de l’Ukraine. Poutine le sait : il est libre de ses gestes, face à un camp désarmé. Il reste à espérer que le maître du Kremlin saura maîtriser le mépris que lui inspirent ces beaux parleurs qui se planquent.

Poutine révèle ce que sont les donneurs de leçons : des faiseurs de jactance incapables de penser le conflit contre les puissants. Le régime russe est répulsif dans son autoritarisme, son centralisme, sa brutalité. On ne peut reprocher néanmoins à Poutine de vouloir défendre son peuple, sa culture, son histoire : des valeurs considérées comme ringardes par le « progressisme » occidental. Le monde libre aura trouvé naturel de séparer par la force le Kosovo devenu majoritairement musulman de la Serbie chrétienne. En revanche, il trouve intolérable que les russophones du Dombass soient attirés par le monde orthodoxe. Plus généralement, l’Europe montre son propre déclin. Le 15 mai 2014, je publiais un bloc-notes titré : « L’homme européen est une femme à barbe », après le choix de l’Eurovision de promouvoir un transsexuel barbu, Conchita Wurst. J’y écrivais notamment : « Le nouvel Homme européen est une femme à barbe. La promesse européenne ? Elle enfante ce divertissement transgressif, exhibé comme une fierté libératoire et une victoire politique. Conchita résume le manque d’ambition de l’Europe déclinante : une réalité qui se lit plus gravement dans le plaisir cynique que prend Vladimir Poutine à l’humilier sur le terrain ukrainien. Tandis que l’Eurovision plébiscitait son héroïne labellisée LGBT (lesbienne, gay, bi et trans), le tsar faisait défiler ses troupes et ses chars sur la place Rouge, puis en Crimée annexée. À quelques jours de l’élection de ses députés, l’Union européenne se présente sans diplomatie, sans armes, sans âme. Sans rien sinon sa futilité étalée. » C’est cette futilité que nous payons.

Ivan Rioufol

Texte daté du 23 février 2022 et repris du blog d’Ivan Rioufol

L’indécente dérive monarchique de la macronie… par Ivan Rioufol

La dérive monarchique de la macronie est indécente. La crise sanitaire a mis en scène jusqu’à l’excès l’exercice personnel et clanique du pouvoir. Il est vrai que la Ve République se prête à l’hégémonie de l’exécutif. Cependant, depuis deux ans, les choix hygiénistes du chef de l’Etat s’imposent peu ou prou selon son bon plaisir. Les contre-pouvoirs (Conseil d’Etat, Conseil constitutionnel, Assemblée nationale, Sénat, médias) ont renoncé à leur rôle d’équilibre et de modération, en avalisant à chaque fois les limites aux libertés individuelles. Le 5 janvier, dans Le Parisien, Emmanuel Macron déclarait, tel un despote agacé par le peuple comme il le serait des mouches : « Les non vaccinés, j’ai très envie de les emmerder. Et donc on va continuer à le faire, jusqu’au bout ». Cette fois, la caste du Palais de l’Elysée s’autorise à nommer ses bons amis au Conseil constitutionnel, haute juridiction censée faire respecter la constitution.

C’est ainsi que le chef de l’Etat a proposé, mardi, le nom de la ministre Jacqueline Gourault : une femme qui n’a aucune compétence juridique mais qui est proche de François Bayrou. Quant à Richard Ferrand, président de l’Assemblée nationale et familier du président, il a suggéré le nom de Véronique Malbec. Or cette juriste fut procureur général de Rennes et à ce titre supérieur hiérarchique du procureur de Brest qui en octobre 2017, classa sans suite l’affaire des Mutuelles de Bretagne dans laquelle Ferrand était impliqué.

Ces renvois d’ascenseur ne sont certes pas nouveaux. Le président du Sénat, Gérard Larcher, s’y prête aussi quand il propose pour sa part de nommer le conseiller d’Etat François Seners, qui fut aussi son directeur de cabinet de 2014 à 2017. Reste cette permanente morgue macronienne, convaincue de sa supériorité morale et intellectuelle : une ivresse qui autorise le pouvoir à tous les abus quand il s’indiffère des soupçons de copinages ou de conflits d’intérêt. La « république exemplaire », vendue par Macron, est une plaisanterie quand elle se laisse instrumentaliser à des fins personnelles ou partisanes.

Il serait temps que des voix s’élèvent pour s’opposer à cette dérive autarcique de la macronie, qui est une insulte à la démocratie libérale. La France n’est certes pas le Canada, mais s’observe là-bas, désormais, la mise en place d’un régime d’exception prétextant des mesures d’urgence pour lutter contre les Convois de la liberté. C’est ainsi que le premier ministre, Justin Trudeau, a ressorti lundi une loi d’exception contre ceux qui contestent le passe vaccinal. Elle lui permet d’interdire des déplacements et d’imposer plus rapidement des peines de prison. Les banques peuvent, sans attendre une décision judiciaire, geler des comptes soupçonnés d’être en liens avec les manifestants qui réclament le respect des libertés. La macronie n’en est pas là. Mais elle emprunte le même chemin.

Ivan Rioufol

Texte daté du 16 février 2022 et repris du blog d’Ivan Rioufol

En France, des blindés contre les défenseurs de la liberté… par Ivan Rioufol

Ivan Rioufol

Samedi soir, à Paris, des véhicules blindés ont pris place sur les Champs Elysées afin d’assurer l’ordre sécuritaire. « Ils ne passeront pas », avait décrété en substance le préfet de police Lallement, parlant des manifestants du Convoi de la liberté qui entendaient se regrouper dans la capitale ce week-end, avant de rejoindre Bruxelles ou Strasbourg ce lundi. Or cette invraisemblable dramatisation guerrière, impensable dans les cités « sensibles », n’indigne apparemment personne. Ce lundi, aucun média ne dénonce cette mise en scène digne d’un état de siège. Ce n’est plus contre un virus que le chef de l’Etat est en guerre, mais contre une partie de son peuple, coupable de contester le passe vaccinal et de réclamer le respect des libertés. La passivité des prétendus républicains, qui s’accommodent des dérives autoritaristes et liberticides du pouvoir hygiéniste, ajoute à la régression démocratique de ce régime. Toutefois, vingt sénateurs LR s’alarment heureusement de cette situation. Dans Le Figaro de ce jour ils écrivent, contestant l’utilité du passe dont ils réclament la levée immédiate : « Il ne s’agit plus de la gestion sanitaire de la crise, mais d’une stratégie politique. Après avoir mis les Français en liberté surveillée, le gouvernement voudrait être celui qui les libère, à quelques semaines du premier tour (…) Il est urgent de redonner la liberté aux Français avant que le pays ne replonge à nouveau dans le désordre (…) Les Français, dans leur immense majorité, ne supportent plus toutes ces privations de liberté (…). Le gouvernement doit arrêter d’ « emmerder les Français » avec des mesures politiciennes dissimulées derrière des prétextes sanitaires »

J’étais, samedi, parmi les manifestants contre le passe, qui se retrouvent chaque semaine depuis la mi-juillet avec le mot « Liberté ! » comme slogan. J’ai rencontré, plus tard sur les Champs Elysées noyés par les lacrymogènes, quelques uns des participants au Convoi, éparpillés par les forces de l’ordre. J’y ai retrouvé le même profil des premiers Gilets jaunes débarquant sur les Champs le 17 novembre 2018 : des Français venus des quatre coins du pays, en voitures ou en caravanes (pour y coucher également), avec l’idée floue de faire quelques chose pour protester contre leur condition ; des gens sympathiques, sans leaders ni mots d’ordre, qui se fédèrent sur les réseaux sociaux et improvisent le plus souvent des stratégies empiriques vouées généralement à l’échec. Issus de la classe moyenne, ils ne protestent pas seulement contre le passe, mais aussi contre la hausse des carburants, la baisse du pouvoir d’achat, et plus généralement le mépris dans lequel ils sont tenus par ceux d’en-haut. Le ministre Clément Beaune a qualifié le Convoi de la liberté de « convoi de la honte et de l’égoïsme ». Une animatrice de France Inter, Sophie Aram, a parlé de « convoi des teubés » (bêtes, en verlan) en précisant : « Je vois des cons mais je ne vois pas la liberté ». Envoyer des blindés et des injures contre cette France modeste et brave est le meilleur moyen de souffler sur les braises. Eschyle : « La violence engendre la violence ».

Ivan Rioufol

Texte daté du 15 février 2022 et repris du blog d’Ivan Rioufol