Cet islam politique qui s’installe en France

Depuis une dizaine d’années seulement, un islam intégriste noyaute les banlieues et obtient un pouvoir grandissant grâce à son investissement électoral et associatif, décrit François Pupponi.

Maire de Sarcelles pendant vingt ans, de 1997 à 2017, et habitant de cette ville depuis plus de cinquante ans, François Pupponi a tout vu : la pauvreté grandissante de certains quartiers, l’écart qui se creuse entre ce territoire perdu de la République et les grandes métropoles, « l’ensauvagement des “ jeunes issus de la diversité” », l’une des plus violentes manifestations antisémites depuis 1945 et enfin l’irruption il y a peu d’un islam radical gangrenant tous les milieux, associatif, cultuel, sportif et social. C’est donc avec les yeux de l’expérience qu’il décrit dans un livre témoignage, les Émirats de la République, comment des musulmans fondamentalistes prennent le pouvoir dans les municipalités et finissent par être une menace pour la République, au grand dam de la communauté musulmane elle-même et des autres habitants. Un récit instructif et riche d’enseignements.
Découvrez cet entretien paru dans Valeurs Actuelles.

Valeurs Actuelles : Vous avez été maire de Sarcelles pendant vingt ans. Que retenez-vous le plus de votre longue expérience d’élu ?
François Pupponi : Je retiens surtout que, malgré les bonnes volontés, les quartiers de la ville se sont paupérisés. Cette paupérisation est allée de pair avec une communautarisation. Les communautés présentes, musulmane, catholique, juive, se sont toutes rapprochées du fait religieux. Il y a ainsi un retour du religieux très impressionnant dans ces quartiers. Cela a été favorisé par la chute des grandes idéologies et le besoin de se rassurer dans un monde instable. Si les habitants de Sarcelles de ces communautés ont toujours été croyants, ils sont devenus de plus en plus pratiquants.

Vous titrez votre livre : les Émirats de la République. En revenant d’Israël, Macron a parlé d’un « séparatisme » : y a-t-il plusieurs France ?

Clairement. Pour moi, la France est divisée en trois. Il y a d’abord les grandes métropoles, qui sont les lieux du développement de la culture et de l’économie. Ce sont des territoires très mixtes où tout se passe plutôt bien. Il y a ensuite la France des banlieues qui, elle, est ghettoïsée et communautarisée. Puis la France de l’entre-deux regroupant des zones qui périclitent, en pleine désertification. On vit très bien dans les grandes métropoles et on vit mieux dans les banlieues car la politique de la ville a, depuis trente ans, amené des moyens d’investissement et des services publics conséquents. En revanche, les zones intermédiaires vivent dans un sentiment complet de relégation. Les “gilets jaunes”, c’est cette France-là. C’est la France qui n’a plus aucun espoir, qui voit son environnement s’écrouler. Cela explique pourquoi il y a eu peu de “gilets jaunes” issus des grandes métropoles et des banlieues.

On a récemment beaucoup parlé de l’affaire Mila, cette adolescente homosexuelle qui a reçu de nombreuses menaces de mort après avoir critiqué l’islam sur Instagram. Quel regard portez-vous sur cette histoire ?

Aujourd’hui, la France est confrontée à un problème majeur : une radicalisation de certains membres de sa communauté musulmane. Celle-ci, dans sa grande majorité, ne crée pas de troubles sérieux. Mais elle a décidé depuis une dizaine d’années d’afficher et de pratiquer sa religion de manière ostensible, sans plus se cacher comme avant. La plupart le font en respectant les lois de la République. Ils se défendent aussi davantage et beaucoup ont réagi aux propos de cette jeune fille. Il est malheureux que cela ait été de cette manière Parallèlement à cela, beaucoup de Français découvrent cet islam qui s’affiche et certains le vivent très mal. Cela fait monter l’islamophobie. La situation est très compliquée et nous sommes au bord d’une vraie fracture. Il faut réfléchir plus que jamais à comment intégrer l’islam en France. Le problème est que des détenteurs d’un islam intégriste essaient en même temps de prendre le pouvoir.

Ce qui est marquant aussi dans cette affaire est le silence d’une partie des élites médiatiques face aux menaces adressées à la jeune fille. Vous dites d’ailleurs dans votre livre qu’une certaine « gauche niqab » est « réactionnaire », pourquoi ?

Cette gauche-là voudrait à la fois être tolérante et accepter les revendications de certains musulmans, mais elle est aussi très intolérante vis-à-vis des autres. Elle se radicalise et est capable de passer des accords avec des tenants d’un islam rigoriste pour gagner des élections. C’est la négation de ce que devrait être une gauche humaniste et laïque. Cela s’explique par le fait que cette gauche-là a une espèce de culpabilisation vis-à-vis des enfants d’immigrés. Elle est, en effet, anticolonialiste dans son histoire : lors de la guerre d’Algérie, elle était anti-OAS et pro-FLN. Elle était aussi un grand défenseur des immigrés qu’elle considérait exploités par le grand capital et les grandes industries françaises. Or aujourd’hui, une partie de ces enfants d’immigrés basculent dans une vision très rigoriste de la religion. Cette gauche ne sait alors plus quoi faire et est perdue par rapport au combat qui a été le sien quand elle découvre comment évoluent les gens qu’elle a toujours défendus. S’ajoute à cela le combat propalestinien auquel une partie de la gauche, notamment socialiste, s’est toujours ralliée. Il y a eu une évolution idéologique et cette gauche se retrouve ainsi à combattre aux côtés de musulmans à la vision très fondamentaliste de la religion.

Pour lire la suite, c’est ici !