Claude Chollet, président de l’OJIM, répond aux questions de l’ISSEP

Deux étudiants de l’ISSEP (Institut de sciences sociales, économiques et politiques), dirigé par Marion Maréchal à Lyon, ont posé le 16 avril 2019 cinq questions à Claude Chollet sur la naissance de l’Ojim, ses réflexions et ses projets. Nous reproduisons ici ses réponses.

Comment l’Ojim est-il né, à quoi correspond cet acronyme, et quels objectifs poursuit-il ?

En 2012 j’avais été agacé des partis pris des médias au moment de l’élection présidentielle et plutôt que de ronchonner dans mon coin, j’ai résolu de créer un instrument qui permettrait de scruter l’envers du décor de la scène médiatique et de noter certains de ses a priori. À l’ère digitale le plus simple était de créer un site internet que je voulais appeler Observatoire des médias. Le titre était déjà pris par un site fort médiocre mais bénéficiant de l’antériorité. J’ai donc choisi OJIM Observatoire des Journalistes et de l’information médiatique, un titre un peu redondant mais facile à retenir. En 2017 nous avons gardé l’acronyme OJIM mais sommes devenus L’Observatoire du journalisme, qui donne un angle plus large.

L’objectif est « d’informer sur ceux qui vous informent ». Il n’y a pas d’information neutre, toute information est un produit transformé, mis en scène. Un fait brut qui n’est pas transmis n’est pas une information. Ce processus de transformation est fait par des médians, les journalistes eux-mêmes insérés dans différents environnements, politique, économique, éducatif, historique. On ne peut demander à un journaliste – ni à quiconque – d’être objectif, chacun à son histoire, son éducation, son milieu, la subjectivité ne peut être évitée. Par contre le comportement du journaliste doit tendre à la loyauté, à l’honnêteté vis à vis du réel.

C’est peu dire que cette exigence basique de loyauté est peu répandue en France. Je ne généralise pas, dans la règle des 20/80 il y a sûrement au moins 20% de journalistes loyaux ou qui voudraient l’être. Parmi ces 20% une partie voit cette loyauté entravée par les actionnaires des médias, leur hiérarchie, la pression de leurs collègues, une forme de précarité et la peur du qu’en dira-t-on. Les autres ronronnent entre eux, dans des conditions économiques variées, allant de la totale précarité au vedettariat avec toutes les étapes intermédiaires sur le plan de leur statut financier ou symbolique. Tout ceci donne un paysage global monocolore, libéral libertaire, avec des nuances à l’intérieur d’une même tonalité. Plus ou moins libéral sur le plan économique, nettement plus libertaire sur le plan sociétal. Le libertarisme en ce cas devient le cache sexe d’un libéralisme financier sans frontières (en dehors de celles de l’argent qui n’en connaît que peu). Comme l’AFP et les écoles de journalisme sont dans le même moule, le produit final apparaît aplati, toujours dans le même sens, et où certains thèmes (immigration, insécurité, multiculturalisme) ne doivent pas être abordés sous menace de mise au ban. Ou alors être traités selon des codes convenus que nul ne peut transgresser s’il veut progresser professionnellement ou simplement garder son emploi. Dans ce domaine la meilleure censure est toujours l’autocensure, sous le regard des autres. Chacun est surveillé et surveillant.

Comment « informer sur ceux qui vous informent » ? Comme tout bon artisan nous avons besoin d’outils. Tout d’abord les portraits de journalistes, factuels, au plus près du réel. Nous ne ferons pas le portrait des quelques 37000 cartes de presse, nous nous intéressons aux vedettes ou à ceux qui sont dans l’actualité. Un peu plus de 200 portraits à ce jour, régulièrement actualisés. Les infographies de groupes de médias ensuite, qui possède, qui dirige, qui produit l’information. Une trentaine à ce jour, souvent utilisées dans différentes écoles, avec ou sans mention de l’origine. Enfin de manière quotidienne nous jetons des coups de projecteur sur les manipulations en tout genre que l’on peut observer aussi bien à la radio, la télévision ou dans la presse écrite. Nous sommes ainsi un aiguillon pour que les médias remplissent leur mission : informer et non pas comme souvent nous éduquer. Nous levons le rideau et jetons un coup d’œil dans les coulisses. Et nous alertons sur les menaces grandissantes contre la liberté d’expression.

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