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Brice Teinturier

Pour Brice Teinturier, voici le temps de la PRAF, la « plus rien à foutre » attitude

Brice Teinturier Livre12/04/2017 – FRANCE (NOVOpress) : Spécialiste des sondages et des évolutions de l’opinion, directeur général délégué d’Ipsos France et enseignant à Sciences Po, Brice Teinturier vient de publier Plus rien à faire, plus rien à foutre : ces Français qui ne croient plus en la politique, aux éditions Robert Laffont. Il a accordé à l’hebdomadaire Le 1, qui consacre son numéro de cette semaine à l’indécision des électeurs, un long entretien dont nous avons extrait ce passage.

Pour Brice Teinturier, l’élément central de cette campagne est que « nous sommes face à un mouvement de désengagement puissant et très inquiétant » des Français, « à cause du sentiment qu’ont les citoyens de ne pas être entendus » :

« Dans les années 2000, on soulignait que le haut était impuissant. Il y avait une crise du résultat. Aujourd’hui, les Français considèrent que le haut empêche les solutions du bas. Cela génère de l’exaspération et du rejet. La PRAF-attitude est nourrie par ce constat. Les gens pensent qu’ils sont capables de trouver des solutions, mais ils se sentent bloqués par un vieux système. Fillon avait senti cela, d’où sa thématique du déblocage de la société française, de la débureaucratisation. »

Le 1 TeinturierSelon Brice Teinturier, « les Français essaient d’imposer une réforme en profondeur de nos institutions, sans passer par la réforme institutionnelle. Saluons leur talent : ils ont réussi, en utilisant les enquêtes d’opinion, à signifier à François Hollande qu’il ne devait pas se représenter, vu son impopularité. Et il l’a entendu. Ils ont ensuite utilisé la primaire de la droite pour signifier à Nicolas Sarkozy et à Alain Juppé qu’ils ne voulaient plus d’eux. Ils ont utilisé les primaires de la gauche pour éliminer celui qui aurait pu être l’héritier du hollandisme, à savoir Manuel Valls. Maintenant, ils semblent pousser Emmanuel Macron et Marine Le Pen. »

« Si cela se vérifie, ajoute-t-il, les Français sont en train de transformer profondément la Ve République et son mode de scrutin, de contourner ce qu’elle impose, au profit d’un autre système politique. Les enquêtes d’opinion leur permettent de passer d’une opinion commune qui s’ignore elle-même à une opinion consciente d’elle-même. On est dans une phase de transition où les ressorts et les repères traditionnels sont épuisés. »