Alep : le gros lapsus du Figaro

Alep : le gros lapsus du Figaro

24/07/2012 – 14h00
PARIS (NOVOpress) –
Le Figaro annonçait hier :Alep: les quartiers chrétiens contrôlés et poursuivait : “L’armée syrienne a repris aujourd’hui aux rebelles les quartiers chrétiens du centre-ville d’Alep après deux jours d’une dure bataille.”

Alors que Le Figaro est le relais assidu et zélé, aux côtés du Monde, de Libération, et de toute la presse “main stream“, des communiqués de propagande de l’OTAN sur la guerre en Syrie, il dérape aujourd’hui en titrant : les quartiers chrétiens contrôlés.

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Base sous-marine de Saint-Nazaire : la visite évite les sujets qui fâchent…

Base sous-marine de Saint-Nazaire : la visite évite les sujets qui fâchent…

23/08/2012 – 10h00
SAINT-NAZAIRE (NOVOpress) – 
Saint-Nazaire Tourisme & Patrimoine propose jusqu’au 24 août une visite de la base sous-marine de Saint Nazaire (photo) dont les travaux ont commencé en février 1941. Les passionnés de la Seconde Guerre mondiale et de la bataille de l’Atlantique seront déçus car l’établissement public local a bien briefé ses guides : pas question de concentrer les commentaires sur cette période. Il s’agit surtout d’évoquer l’histoire de la « reconquête » urbaine de l’édifice après 1945 ! La visite plonge vite dans quelques réalisations d’art contemporain, sans intérêt et hors sujet, installées sur le toit de la base sous-marine.

Cette approche permet un touché-coulé des sujets qui fâchent : les bombardements américains massifs ayant détruit la ville à plus de 80% à partir de 1943.  Le site fortifié sera à peine égratigné, tandis que des centaines de Nazairiens perdront la vie dans ces raids meurtriers guidés par une politique de la terre brûlée. Dans son ouvrage, Guide souvenir : la base sous-marine de Saint-Nazaire, l’historien local, Luc Braeuer, rappelle pourtant cette cruelle réalité que les visiteurs de 2012 n’entendent pas : « La base sous-marine n’aura subi aucun dégât mettant en cause son fonctionnement et aucun U-Boot n’a été coulé par une bombe, par contre, la ville n’existe plus. Onze civils avaient trouvé la mort lors du bombardement allemand du 20 juin 1940, 468 habitants ont perdu la vie et 545 ont été blessés du fait des bombardements alliés de 1941 à 1943 ». Un massacre injustifié militairement. A Saint-Nazaire, le politiquement correct ne fait vraiment pas bon ménage avec la vérité historique…

Crédit photo : dalbera, via Flickr (cc)

Nicolas Sarkozy se mèle à nouveau de politique

Nicolas Sarkozy se mèle à nouveau de politique

08/08/2012 — 18h30
PARIS (NOVOpress) — Nicolas Sarkozy signe son retour dans la vie politique française et de quelle manière… En effet, l’ancien chef de l’Etat s’est déclaré favorable à une action rapide de la communauté internationale en Syrie, comme son ami le très belliciste Bernard-Henri Lévy (BHL).  De plus, Nicolas Sarkozy s’est entretenu mardi par téléphone avec le président du Conseil national syrien (CNS), des opposants à Bachar el-Assad. C’est ce que l’on apprend via un communiqué commun de Nicolas Sarkozy et du président du CNS.

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Syrie : victoire à la Pyrrhus de l’“Empire” à l’ONU

Syrie : victoire à la Pyrrhus de l’“Empire” à l'ONU

05/08/2012 — 12h00
NEW YORK (via InfoSyrie.fr) — Notre média français de « référence » – en matière de mensonge et de désinformation -, I-Télé, présente le vote de l’Assemblée générale des Nations-Unies, vendredi à New York, comme une nouvelle défaite de la Syrie et de ses soutiens.

Il devient patent que pour avoir une lecture claire et juste des événements autour de la Syrie, il convient de prendre l’exact contrepied de ce que racontent ce genre de médias « autistes-atlantistes ». Et, à l’évidence, les Américains et leurs auxiliaires ou clients diplomatiques n’ont quand même pas de quoi pavoiser. Certes la résolution – présentée, il faut le rappeler, par cet État « exemplaire » qu’est l’Arabie séoudite – condamne les seules actions militaires de l’armée régulière syrienne et réclame une transition politique immédiate.

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La guerre du Kivu – Par Bernard Lugan

La guerre du Kivu - Par Bernard Lugan

La guerre a repris dans le Kivu au mois de mars 2012 quand le « général » Bosco Ntaganda que la Cour pénale internationale (CPI) considère comme un criminel s’est mutiné. Ce Tutsi congolais ancien de l’armée rwandaise a ensuite été rejoint par un autre Tutsi congolais, le colonel Sultani Makenga dans le M23 (Mouvement du 23 mars). Le tout sous le regard impuissant des Casques bleus de la Monusco.

La guerre du Kivu - Par Bernard Lugan
Cliquer sur l’image pour l’agrandir.

Le fond du problème est que le président [de la République démocratique du Congo] Kabila a décidé de rétablir l’autorité de l’Etat sur l’est du Congo passé de fait sous protectorat rwandais. Or, pour cela, il doit pouvoir s’appuyer sur une armée qui n’existe pas, les FARDC (Forces armées de la République démocratique du Congo) n’étant qu’une juxtaposition de milices ethno régionales dont celle de l’ancien CNDP (Congrès national pour la défense du peuple), mouvement composé de Tutsi congolais intégré dans l’armée nationale en 2009. Avec près de 5000 hommes bien entraînés et combatifs, elle constitue une armée dans l’armée. Aussi, quand Kinshasa décida de muter ces militaires tutsi ailleurs que dans le Kivu, certains se sont révoltés cependant que leurs frères, restés dans l’armée constituaient leur cordon de sécurité, pour ne pas parler de « 5° colonne ».

Le brassage ethno régional de l’armée financé par la communauté internationale a donc totalement échoué car il a buté sur les incontournables réalités ethniques régionales.

La solution de la question récurrente du Kivu se trouve cependant au Rwanda où le problème se pose autour de trois évidences :

1) Isolé sur ses hautes terres surpeuplées, le Rwanda va droit au collapsus si, d’une manière ou d’une autre, il ne déborde pas vers les régions vides d’habitants du Kivu congolais.

2) Sans une ouverture vers le Kivu, le Rwanda qui est naturellement tourné vers l’océan indien, n’est que le cul de sac de l’Afrique de l’Est, la forêt de la cuvette congolaise formant une barrière naturelle, politique, ethnique, culturelle et linguistique (kiswahili oriental et lingala occidental).

3) L’indéniable réussite économique actuelle du Rwanda repose très largement sur le pillage des ressources de la RDC. Selon l’ONU, le Rwanda constituerait ainsi la plaque tournante du commerce illicite des pierres précieuses congolaises. Le trafic se fait à travers des sociétés écran et des coopératives minières qui donnent le label « Rwanda » aux productions congolaises, ce qui permet de les écouler sur le marché international en dépit de l’embargo.

 Voilà les principales raisons pour lesquelles le Rwanda soutient les rébellions successives de la région du Kivu et épaule les Tutsi congolais. Hier, il agissait à travers le CNDP ; actuellement le relais de sa politique est le « général » Ntaganda qu’il aide en matériel et en hommes. Quand ce dernier aura cessé de lui être utile, Kigali le remplacera sans aucun état d’âme par un autre « général» tutsi congolais.

 Bernard Lugan – 19/07/2012

 L’Afrique Réelle du mois d’août 2012 consacrera un dossier à la question du Kivu.

[box class=”info”] Source : Le Blog de Bernard Lugan et de la revue l'”Afrique Réelle”. [/box]

Crédit image : DR.

Front de Gauche/FN : Voyage au pays de l’essentialisme – Par Pierre Bérard

Front de Gauche/FN : Voyage au pays de l’essentialisme - Par Pierre Bérard

[box class=”info”] Le journal Le Monde publiait récemment la tribune d’un professeur d’histoire, Bruno Belliot, titrée « Le Front de Gauche est un mouvement républicain, contrairement au FN ». Faisant le procès de l’UMP et du FN tout en dédouanant les angéliques du PC et du FdG français, cette tribune contenait tout l’argumentaire médiatique habituel sur l’incompatibilité du FN et de la République, colporté tant par certains politiques ignorants que par des journalistes incultes qui mettent leur complaisance au service d’une cause inavouable : la nostalgie du totalitarisme stalinien. Sa participation au camp des vainqueurs de 1945 n’empêche pas, en effet, le PCF de s’être rendu coupable de complicité avec la tyrannie.

Le sens de l’affaire est limpide, toujours et encore culpabiliser le camp de la « droite » : « C’est pourquoi, il m’est intolérable d’entendre, de lire (comme de voir dessiner), qu’un parallèle peut être fait entre Mélenchon, les communistes, les candidats du Front de Gauche et l’extrême droite du FN. Et que par conséquent, la droite n’aurait pas à rougir de ses alliances avec le FN puisque le PS s’allie avec le Front de Gauche. »

Dans un article publié sur le site la Droite strasbourgeoise, Pierre Bérard démontre non seulement l’inanité de cette culpabilisation mais démonte du même coup la notion de « droite républicaine » dont la signification reste à démontrer si l’on veut dire par là qu’il existerait en 2012 une droite qui ne le serait pas. Ce texte est reproduit avec l’aimable autorisation de l’auteur.[/box]

Front de Gauche/FN : Voyage au pays de l’essentialisme - Par Pierre Bérard
En 1939, signature du pacte Germano-Soviétique qui permettra le dépeçage de la Pologne, alliée de la France (Staline au milieu). Le Parti communiste français approuve

Alors que tout change, y compris l’extrême gauche passée en 40 ans de la défense héroïque du grand soir prolétarien à celle lacrymale des sans-papiers, « armée de réserve » du capital qui exerce une pression discrète mais constante à la baisse des petits salaires (sinon on se demande bien pourquoi madame Laurence Parisot aurait, sur ce point, les mêmes idées déflationnistes que messieurs Krivine et Mélanchon. Certes, on peut toujours s’évertuer à penser que la dirigeante du MEDEF est secrètement passée du coté obscur de la force et qu’elle contraint ses amis à cultiver une forme peu banale de masochisme altruiste. Hypothèse peu probable, reconnaissons-le. Tout change donc : le « socialisme » démocratique acquis, via l’Europe, depuis deux ou trois décennies au social-libéralisme, comme le « gaullisme » qui a renoncé à l’indépendance et au dogme du peuple souverain.

Tout change, sauf bien sûr l’extrême droite vue par Bruno Belliot, membre du Front de Gauche. Impavide, elle est semblable à elle même, immobile et pétrifiée comme les années trente du XX siècle en ont donné la définition rituelle, guettant dans l’ombre (évidemment) l’heure de sa revanche, ourdissant des complots comme celui dela Cagoule, collaborant avec l’ennemi durant l’Occupation, se relevant avec le poujadisme puis l’OAS pour finir par renaitre avec le Front National. Elle est là, figée, telle que la vulgate médiatique en fait le portrait, une vulgate inspirée par l’antifascisme stalinien qui nous ressert toujours le même plat continûment réchauffé depuis 80 ans, comme l’a très bien montré François Furet. Cette paresse a fini par s’inscrire comme un habitus dans nos mœurs et nos tics de langage.

Pourtant, en ce qui concerne le procès le plus sévère instruit contre l’extrême droite, sa collaboration avec le régime nazi ou ses soi-disant affidés, qu’en est-il ?

Pour ce qui est de la résistance et de la collaboration, puisque c’est sur ce sombre épisode que s’enrochent la plupart des mythes fondateurs de l’histoire sainte dont se réclame Bruno Belliot, rappelons quelques faits marquants qui n’appartiennent nullement à une vision révisionniste de l’histoire. C’est le 26 septembre 1939 que le Parti Communiste est interdit par le gouvernement dirigé par un des chefs du Front Populaire, Édouard Daladier. Pour quelle raison ? Parce que en bon disciple stalinien il continue d’approuver le pacte Germano-Soviétique d’août 1939 qui permettra le dépeçage de la Pologne, alliée de la France, entre les deux contractants. Passé dans la clandestinité, Jacques Duclos, un des principaux dirigeants du PCF, diffuse le premier octobre 1939 une lettre ouverte invitant le gouvernement à entamer des négociations de paix avec l’Allemagne hitlérienne qui étant pour l’heure l’alliée de l’URSS ne représente plus le condensé de la menace fasciste. C’est à la même époque que Maurice Thorez, secrétaire général du Parti, déserte face aux armées nazies, pour rejoindre la « patrie des travailleurs » (et du Goulag), ce qui lui vaut une condamnation à mort et la déchéance de la nationalité française.

Plus tard, la défaite de la France étant consommée, Jacques Duclos entre en contact dès le 18 juin 1940 avec les autorités allemandes d’occupation tout juste installées pour entreprendre une négociation. Dans quel but ? Permettre au Parti d’être à nouveau autorisé sur la base d’une bonne entente entre le peuple français et l’armée d’occupation. Duclos propose même d’orienter la propagande du Parti dans le sens d’une lutte contre le grand capital anglais et contre sa guerre impérialiste. Les allemands ne sont pas preneurs.

Ce n’est qu’en Juin 1941 que l’extrême gauche communiste entre dans la résistance active suivant en cela ses sponsors. L’Allemagne ayant en effet décidé d’attaquer l’URSS. Dans cette résistance active, les communistes arrivent bien tard pour y retrouver des hommes qui venaient souvent de l’extrême droite. Comment, en effet, qualifier autrement les partisans de la monarchie tels Daniel Cordier (secrétaire de jean Moulin), le célèbre colonel Rémy (premier agent gaulliste en France occupée), De Vawrin (chef des services secrets de la France libre). Ou encore des cagoulards comme Guillain de Benouville (dirigeant du mouvement Combat) et des centaines d’autres affreux tels Honoré d’Estienne d’Orves fusillé un mois après Guy Moquet, célébré par Sarkozy (à la suite du parti Communiste) et qui ne fut jamais résistant…

Il suffit de lire les deux livres que l’historien israélien Simon Epstein a consacré à cette période pour abandonner tout schéma manichéen, schéma auquel s’accroche désespérément Bruno Belliot pour nous conter sa fable d’une France coupée en deux avec d’un côté les représentants du Bien et de l’autre ceux du Mal, c’est à dire l’extrême droite éternelle.

Dans « Les Dreyfusards sous l’Occupation » (2001) puis dans « Un paradoxe français » (2008), il montre, liste de noms à l’appui, que dans leur immense majorité les dreyfusards, anti-racistes, généralement pacifistes de gauche s’engagèrent dans la collaboration, tandis que nombre d’antidreyfusards et antisémites appartenant à ce qu’il est convenu d’appeler la droite radicale germanophobe s’engagèrent dans la résistance etla France libre. Or ce paradoxe, on le comprend aisément, est peu abordé par l’histoire académique, prudente jusqu’à la couardise, permettant à une doxa politiquement correcte de prospérer sur les non dits de l’histoire savante. ce qui permet qu’aujourd’hui encore fleurissent des absurdités comme cette apologie du Front de Gauche intégrant trotskistes et communistes, dont peu, même dans une « droite » gagnée par la lâcheté, ose remettre en question les énoncés falsifiés. N’en reste pas moins vrai que les quatre cinquième de la chambre du Front Populaire ont accordé à un vieux maréchal, que sa réputation de laïque républicain plaçait au dessus de tout soupçon, les pleins pouvoirs. Il y avait très peu de députés d’extrême droite, pourtant, dans cette assemblée.

Quant à la reconnaissance du Parti Communiste comme parti républicain par le général de Gaulle en 1943-1944, avait-il le choix ? Il lui fallait composer avec une force majeure à l’époque. Son réalisme politique a contribué à mettre en selle un parti qu’il s’est empressé de combattre à partir de 1947 (création du RPF). De même, n’est ce pas un récipiendaire de la francisque qui nomma en 1981 des ministres communistes dans son gouvernement pour mieux étouffer un parti qui devait plus tard ramasser les dividendes putrides de son long flirt avec une URSS désormais honnie? Ce qui montre bien que la reconnaissance de tel parti comme « parti républicain » est avant tout une question de rapport de force. Le statut « républicain » accordé à un parti n’a que très peu de rapport avec les vérités de la science politique et beaucoup à voir avec la « realpolitik » de l’époque. Les définitions de la République sont évasives, comme tout ce qui ressort de la condition humaine. Chacun devrait savoir que depuis 1793,la République a changé de signification. En faire une monade surplombant dans le ciel le monde des Idées est une niaiserie platonicienne.

Pierre Bérard

Sur Novopress cet article a été publié initialement par son antenne régionale Novopress Breizh.

425 000 Allemands déportés aux Etats-Unis en 1945 !

425 000 Allemands déportés aux Etats-Unis en 1945 !

05/07/2012 – 12h00
CAMP JEFFERSON (NOVOpress)
– Après avoir relaté la persécution des Japonais émigrés aux Etats-Unis durant la Seconde Guerre mondiale, dans sa série grand public Apocalypse, Daniel Costelle s’intéresse au sort des quelque 400 000 prisonniers allemands déportés aux Etats-Unis à la fin du conflit, alors qu’ils auraient pu être en détention en Europe, loin des théâtres d’opérations, en Grande-Bretagne par exemple. Un chiffre considérable : durant le premier conflit mondial, les Etats-Unis avaient fait 48 000 prisonniers, mais « seulement 1 346 furent détenus outre-Atlantique », rappelle l’auteur.

425 000 Allemands déportés aux Etats-Unis en 1945 !Le titre de l’ouvrage, Prisonniers nazis en Amérique, est racoleur, car bon nombre de ces Allemands n’étaient pas forcément des partisans d’Hitler, mais des patriotes attachés à leur drapeau et à leur sol, animés d’un « grand sentiment national allemand », malgré le déracinement forcé, comme le confiait le lieutenant comte Dankwart von Arnim. Prêts parfois à punir de mort des codétenus soupçonnés de livrer à l’ennemi des renseignements militaires ou de tenir des « propos défaitistes ».

De nombreux témoignages rappellent que les Américains n’ont pas pris de gants avec leurs prisonniers. Comme celui de Willibald Bergmann qui se souvient que ses geôliers octroyaient « un petit pain pour seize hommes, par jour ». En cas de protestation, le prisonnier de guerre allemand pouvait se retrouver avec une « croix gammée taillée dans les cheveux ». Ces conditions deviennent très pénibles à la fin de la guerre puisque « les rations alimentaires quotidiennes sont amputées de manière drastique », écrit l’historien Jean-Paul Bled dans la préface du livre de Daniel Costelle. Il ne fait pas forcément bon vivre à l’ombre de la bannière étoilée… à Guantanamo comme au camp Jefferson.

Que se passe-t-il vraiment à Tombouctou ? Point de situation et d’explication, par Bernard Lugan

Que se passe-t-il vraiment à Tombouctou ? Point de situation et d’explication, par Bernard Lugan

La situation à Tombouctou doit être analysée en termes militaires et en termes politico-religieux.

1) Le point de situation militaire

Au mois de janvier 2012, de retour de Libye, les Touaregs du MNLA culbutent l’armée malienne puis ils proclament l’indépendance de l’Azawad. Profitant de l’aubaine, les islamistes d’Al Qaida et de ses diverticules régionaux se joignent au mouvement avec des objectifs totalement différents puisqu’ils prônent la création d’un califat transnational. Ils sont aidés par un dissident touareg qui fonde le mouvement Ansar Dine constitué au départ par une fraction touareg ifora à laquelle se joignent des combattants islamistes arabes ou sahéliens.

Alors qu’il était primordial de soutenir le MNLA qui, seul, pouvait localement faire obstacle aux islamistes, nous avons au contraire laissé ces derniers se renforcer et cela jusqu’au moment où, étant en position de force, ils chassèrent les Touaregs de la région du fleuve Niger. Aujourd’hui, la fraction touareg d’Ansar Dine a très largement rejoint le MNLA qui s’est replié vers la frontière algérienne, dans la région de Kidal. Ansar Dine n’est donc plus un mouvement touareg, mais une milice islamiste.

Nous sommes désormais, et à ce jour, en présence de deux ensembles qui se combattent, les Touaregs et les islamistes. Numériquement, ces derniers ne sont qu’une poignée, entre 300 et 500, mais ils sont fortement armés grâce au pillage des arsenaux libyens et ils détiennent des otages européens et algériens.

2) Le point de situation politico-religieux

Les destructions opérées à Tombouctou par les miliciens islamistes répondent moins à l’inscription des richesses architecturales de la ville à l’inventaire de l’UNESCO qu’à une réaffirmation classique d’un courant fondamentaliste bien connu dans l’islam et qui impose de lutter contre toutes les résurgences ou survivances du paganisme.

Or, à Tombouctou, la population va prier autour des tombeaux de saints locaux pour leur demander la guérison ou la réussite. Ceci est considéré par les fondamentalistes comme une forme d’idolâtrie qu’il importe d’éradiquer avec la plus grande fermeté car Allah, dieu unique qui seul mérite prière et invocation, interdit de demander à d’autres ce qui ne relève que de Lui. Ce sont les tombeaux de ces saints qui sont actuellement détruits et non les mosquées. Cependant, certaines de ces dernières parmi les plus célèbres abritent elles aussi des tombeaux qui vont être rasés.

Face à cette situation qui menace de dégénérer, que convient-il de faire ? Pouvons-nous laisser se développer un califat fondamentaliste en zone sahélienne ?

1) Comme je le préconise depuis le début de la crise (voir mes précédents communiqués), il conviendrait d’aider les Touaregs dans leur combat contre les islamistes.

2) Il est en même temps nécessaire de convaincre Bamako que le Mali « unitaire » n’existera jamais plus -il n’a d’ailleurs jamais existé-, et qu’il est donc urgent de penser à une nouvelle organisation constitutionnelle et territoriale qui permettrait de faire revenir les Touaregs sur leur déclaration unilatérale d’indépendance en échange d’une très forte décentralisation.

3) Une intervention de la CEDEAO (Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest) permettrait certes de reprendre Tombouctou et Gao, mais les islamistes se disperseraient aussitôt dans le désert où ils deviendraient alors insaisissables. Sauf si les Touaregs, bien conseillés, étaient en mesure de leur couper le repli vers le Nord… et nous en revenons à ma première proposition.

En définitive, les exactions des islamistes devraient servir la cause des Touaregs puisqu’ils détiennent la solution du problème ; mais il faudra que les responsables politiques européens pathétiquement cramponnés à des analyses régionales obsolètes se décident enfin à ouvrir les yeux.

Bernard Lugan
04/07/12

[box class=”info”] Source : Le Blog de Bernard Lugan et de la revue l'”Afrique Réelle”. [/box]

Crédit photo de Tombouctou : JiPs☆STiCk, Flickr, licence CC.

Rome : polémique autour de la mémoire de la République Sociale Italienne

Rome : polémique autour de la mémoire de République Sociale Italienne

22/06/12 – 08h00
ROME (NOVOpress)
– L’exposition qui se déroule actuellement au musée du Capitole à Rome déchaîne les passions. Elle est en effet consacrée à Bartolo Gallito et Rafella Duelli, respectivement officier parachutiste et auxiliaire de la célèbre Decima MAS de la république sociale fasciste italienne.

Cet hommage suscite bien évidemment l’ire des antifascistes militants qui appellent à l’interdiction de l’exposition, ne supportant pas que l’on puisse reconnaître la valeur de certains vaincus de la guerre au comportement militaire comme civique pourtant irréprochable. En effet, comme le confirme le prestigieux comité de patronage de l’exposition, Bartolo Gallito et Rafaella Duelli sont, au delà de leur engagement de jeunesse dans la RSI, de grands patriotes qui ont consacré leur vie toute entière au service des autres et de l’intérêt général, que ce soit dans l’aide au défavorisés des banlieues romaines, dans la défense des travailleurs exposés ou l’éducation des enfants déficients mentaux.

Comme le déclarait Rafaella Duelli un peu avant sa mort en 2009: «  Cette idée de solidarité et de patriotisme qui animait mon engagement de jeunesse, je l’ai transféré dans mon travail pour les enfants déshérités. »

Pour les défenseurs de l’hommage à ces deux grands italiens, l’attitude des antifascistes traduit avant tout une volonté de toujours prolonger la guerre civile et une haine farouche pour l’italianité.

Saint-Cyr : promotion “de Castelnau”

Saint-Cyr : promotion “de Castelnau”

Les élèves de Saint-Cyr ont choisi pour leur prochaine promotion le nom : de Castelnau. Le nom fait, paraît-il, polémique : il ne plairait pas au gouvernement.
Le général de Castelnau (image en Une), brillant officier général de 1914, était surnommé le « capucin botté » par Clemenceau et se heurta toute sa vie aux francs-maçons.
Mais les faits sont têtus. Dans les trois premiers mois de la guerre de 14, il fallut destituer 180 généraux incapables, choisis pour leur conformisme politique ou philosophique, non pour leur valeur. Des dizaines de milliers de soldats français tombèrent, victimes de l’incurie de ces chefs.
En revanche, la guerre révéla la valeur militaire d’autres hommes : Foch, Pétain, Castelnau furent de ceux-là.
Honorer aujourd’hui le nom de Castelnau est donc légitime, d’autant que trois des fils du général de Castelnau tombèrent sur le champ de bataille de 14, dont un polytechnicien et un cyrard.

Au lendemain de la Grande Guerre, le général de Castelnau n’accéda pas au maréchalat, en dépit de ses grandes qualités de soldat, de stratège et de chef, et des services rendus à la nation. Il a rapidement quitté le service actif pour s’engager dans la vie publique et défendre les convictions qui lui tenaient à cœur, son nationalisme et sa foi catholique. Elu député en 1919, mais rapidement marginalisé en raison de son militantisme de droite, il quitta l’Assemblé nationale en 1924 après avoir créé la Ligue des patriotes dont il était président et fonda la Fédération nationale catholique, son arme de combat pendant l’entre-deux-guerres.
Castelnau, un pan de la mémoire française, que le texte ci-dessous repris de l’excellent blog Secret Défense honore.

Introduction de Polémia, reproduite avec son aimable autorisation.

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Rémy Porte : “Castelnau a été l’un des plus brillants officiers de sa génération”

Rémy Porte, historien de la Première guerre mondiale, a bien voulu répondre à nos questions sur le parcours du général de Castelnau, après l’annonce que la prochaine promotion de Saint-Cyr Coëtquidan porterait ce nom de baptême. Le lieutenant-colonel, Rémy Porte est l’auteur de nombreux ouvrages, dont le récent Les secrets de la Grande Guerre (Librairie Vuibert, 2012). Il est également l’animateur du blog Guerres et conflits.

Qui était le général de Castelnau ?

Le général de Curières de Castelnau est l’héritier d’une modeste famille de noblesse d’épée provinciale, dont les origines remontent au moins au XIIe siècle. Il compte dans ses aïeux des abbés, des diplomates, des officiers, mais la famille a vu disparaître progressivement la plupart de ses biens. Une famille du Sud-ouest, monarchiste, profondément catholique, traditionnellement au service de la France. Il est né quelques jours après le coup d’Etat de décembre 1851 de Napoléon III, reçoit une éducation rigoureuse et suit sa scolarité dans des établissements confessionnels. Il entre à Saint-Cyr en 1869, un peu par hasard, et connaît la guerre à 19 ans, avec ses camarades de la promotion « du Rhin » (ou « du 14 août 1870 »), à partir d’octobre 1870. Il est donc à la fois le fruit de son milieu familial et de la société de son temps.

Quel a été son rôle durant la Grande Guerre ?

Son rôle a été absolument essentiel. Commandant de la IIe Armée face à Metz en août 1914, il connaît l’échec de la bataille des Frontières, mais résiste à Charmes et devant Nancy. Il commande ensuite un Groupe d’armées (provisoire), dès le printemps 1915, puis devient l’adjoint de Joffre au GQG à la fin de la même année. C’est lui, et non Pétain arrivé plus tard, qui donne au nom du commandant en chef les premiers ordres pour organiser la résistance à Verdun en février 1916, et il prend (presque) définitivement le commandement du Groupe d’armées de l’Est en décembre 1916. Il remplit également quelques importantes missions ponctuelles pour le GQG (à Salonique en décembre 1915) ou pour le gouvernement (en Russie au début de l’année 1917). En fait, il est le seul officier général de la Grande Guerre qui exerce aussi longtemps un commandement de premier rang au front.

Pourquoi n’a-t-il pas été élevé au maréchalat ?

Il faut sans doute revenir plus tôt dans sa carrière. De Castelnau n’a jamais cherché à cacher sa profonde foi catholique et, alors qu’il a été un chef de corps hors pair et qu’il a été excellemment noté durant son affectation comme lieutenant-colonel puis colonel au 1er bureau de l’état-major à la fin du XIXe siècle, son avancement est incontestablement ralenti au début du XXe siècle, à l’époque de la république radicale militante et de l’affaire des fiches. Pendant la Grande Guerre, cette hostilité de principe à son égard de la gauche radicale et socialiste est manifeste : il suffit de se reporter, parmi d’autres, aux mémoires et aux correspondances privées de Briand ou de Painlevé, ou de relire tout simplement les souvenirs de Poincaré. Dans ce contexte, son élévation au maréchalat était d’autant moins à l’ordre du jour qu’après la Grande Guerre il quitte le service actif et s’engage activement dans la vie publique pour défendre ses idées. Trop « nationaliste », trop « religieux », il n’était pas, pour employer un néologisme, politiquement correct. Au moment du vote de la loi créant quatre nouveaux maréchaux de France en 1921, il s’en est fallu de peu (6 voix sur quelques 560) qu’il ne soit également concerné avec Lyautey, Franchet, Fayolle et Gallieni, mais il était toujours pour beaucoup d’élus le « capucin botté ».

Y a-t-il vraiment une lutte entre francs-maçons et catholiques au sein de l’armée ?

Je ne pense pas que le conflit, bien réel par ailleurs, puisse s’exprimer uniquement de cette façon.
[…]

[box class=”info”] Source et suite sur Secret Défense. [/box]

Les secrets de la Grande Guerre : comment les Etats-Unis ont profité du conflit européen

Les secrets de la Grande Guerre : comment les Etats-Unis ont profité du conflit européen

04/05/2012 – 18h45
PARIS (NOVOpress) –
Ce qui intéresse Rémy Porte, dans son dernier ouvrage consacré aux « Secrets de la Grande Guerre », publié par la Librairie Vuibert, c’est de démontrer que le conflit de 1914/1918 qui ensanglanta l’Europe « est toujours à (re)découvrir et à raconter ».

Les secrets de la Grande Guerre : comment les Etats-Unis ont profité du conflit européenCe spécialiste de la Première Guerre mondiale s’attaque donc à plusieurs « idées reçues » sur cette période dramatique. Comment ? En mettant « en lumière des aspects peu ou mal connus du conflit ».

Au chapitre « L’armée américaine entre en ligne » en 1917, l’historien rappelle que les trente-deux premiers mois de guerre ont été « extrêmement lucratifs pour l’économie et la population américaines ». Ainsi, la flotte commerciale des Etats-Unis va augmenter de 74% en deux ans grâce au sang coulé sur le continent européen, « tandis que les commandes des belligérants en matières premières et produits finis de toutes sortes favorisent à la fois la croissance et la hausse des salaires » dans le pays du président Wilson, note l’auteur à la page 282 du livre.

Rémy Porte rappelle également la « piètre efficacité » de l’état-major américain sur le sol français. Bref, la Grande Guerre fut donc un tremplin économique pour les Etats-Unis qui ne remplirent aucun rôle stratégique à la fin du conflit. En février dernier, le magazine Guerres & Histoire faisait le même constat. 1918 ou 1944 en France ; 2012 en Afghanistan : les interventions militaires américaines, sous le couvert de la « défense de la liberté », ne sont jamais désintéressées…

Première Guerre mondiale : des combattants unis par des « traits culturels communs »

Première Guerre mondiale : des combattants unis par des « traits culturels communs »

28/04/2012 – 12h00
MUNICH (NOVOpress) –
Professeur d’histoire contemporaine à l’université d’Aberdeen (Ecosse), Thomas Weber s’intéresse dans son ouvrage intitulé, « La Première guerre d’Hitler », au destin du 16ème régiment bavarois d’infanterie de réserve (16ème RIR), plus connu sous le nom de régiment List, où le futur dictateur national-socialiste servit durant la Grande Guerre.

Première Guerre mondiale : des combattants unis par des « traits culturels communs »Le récit plonge le lecteur dans l’apocalypse de la Première Guerre mondiale qui fut une horreur pour les Européens et une catastrophe pour l’avenir du continent. La boue, les rats, les tranchées inondées par la pluie, l’odeur des cadavres en décomposition, baignant « dans un jus d’organes liquéfiés », provoquant des effluves « intenses et écœurants, douceâtres mais sûrement pas comme les émanations des fleurs. Ils se situent quelque part entre les fruits pourris et la viande putréfiée », témoigne un combattant bavarois.

Thomas Weber s’attaque à la thèse orthodoxe de troupes galvanisées par un élan militariste et hypernationaliste dès 1914. Pour ce spécialiste des relations internationales et de l’Europe, « les traits culturels communs aux protagonistes, des deux côtés du front, étaient largement capables de contrebalancer les haines cultivées au fil de l’histoire ». L’auteur a épluché les cartes postales envoyées du front par les soldats du régiment List ou d’autres unités de l’armée allemande. Elles « ne comportent ni apologie de la violence guerrière, ni slogans patriotiques ». Leur motivation ? « Les soldats persistent à penser que la cause défendue par leur pays est juste », analyse l’historien.

L’auteur écossais remet en cause également l’image d’un Hitler héroïque pendant ces années de guerre. Certes, le futur maître du Troisième Reich a été décoré de deux croix de fer en 1918, médailles récompensant la bravoure. Mais pour Thomas Weber, ces distinctions relèvent de la proximité du soldat Hitler avec les officiers dans son rôle d’estafette pour l’état-major. Un pavé de 430 pages aux éditions Perrin qui se lit pourtant d’une traite grâce à une plume érudite et vivante.

Photo : Soldats allemands, guerre de 1914-1918. Crédit photo : Deutsches Bundesarchiv via Wikipédia, licence CC.

Soudan : les causes d’une guerre annoncée – Par Bernard Lugan

Soudan : les causes d’une guerre annoncée - Par Bernard Lugan

Il ne fallait pas être grand clerc pour prévoir que le Nord et le Sud Soudan allaient immanquablement se faire la guerre. Dans le numéro de l’Afrique Réelle daté du mois de juin 2011, j’avais ainsi signé un article titré : « Soudan : guerre pour le saillant d’Abyei ? ». Moins d’un an plus tard, le 10 avril 2012, la guerre a effectivement éclaté à Heglig, zone produisant 50% de tout le pétrole extrait dans le Nord Soudan et qui touche le saillant d’Abyei. Une violente contre-attaque accompagnée de raids aériens contre certaines villes du Sud, dont Bentiu, permit ensuite aux forces de Khartoum de reprendre le terrain perdu ; le 20 avril, après de durs combats, les forces sudistes se replièrent.

Trois grandes raisons expliquent cette guerre :

Soudan : les causes d’une guerre annoncée - Par Bernard Lugan
Soudan (Soudan du Nord)

1) La région d’Abyei et d’Heglig est le homeland de certaines tribus Dinka dont les Ngok. Elle est actuellement occupée par l’armée nordiste. Un référendum devrait décider de l’appartenance d’Abyei au Nord ou au Sud Soudan ; or, les Dinka y ayant été l’objet d’un vaste nettoyage ethnique opéré par les milices islamiques favorables à Khartoum, la composition du corps électoral y a profondément changé.

Soudan : les causes d’une guerre annoncée – Par Bernard Lugan
Soudan du Sud

2) Au mois de juillet 2009, la Cour d’arbitrage de La Haye préconisa le partage de toute la région entre Dinka et Arabes de la tribu des Misseryia sur la base de l’occupation actuelle, entérinant ainsi la spoliation des Dinka, la zone pétrolière d’Heglig étant, elle, définitivement rattachée au Soudan Khartoum.

3) Avant la partition de 2011, le Soudan produisait 470 000 barils/jour dont les ¾ au Sud. Or, les 350 000 barils/jour extraits dans le nouvel Etat du Sud Soudan sont exportés par un pipe line traversant tout le Nord Soudan pour aboutir sur la mer Rouge. Les négociations entre les deux pays portant sur les droits de transport du brut du Sud à travers le pipe line du Nord ont été rompues. Pour ne plus dépendre du Nord Soudan, le Sud Soudan a signé deux accords de désenclavement prévoyant la construction de deux nouveaux pipe line, l’un avec le Kenya et l’autre avec l’Ethiopie. Puis, le 26 janvier 2012, le Sud Soudan a fermé tous ses puits situés à proximité de la frontière avec le Nord Soudan. Avec cette mesure, certes il se pénalisait, mais il privait en même temps le Soudan du Nord des droits de transit de son propre pétrole.

Quand, le 10 avril 2012, le Sud Soudan lança son offensive surprise à Heglig, il n’avait pas pour objectif de s’emparer de cette région, ce que Khartoum n’aurait jamais accepté. Son but était d’y détruire les infrastructures pétrolières afin d’affaiblir encore davantage le Nord Soudan pour le contraindre à accepter, à la fois ses revendications territoriales et celles portant sur le coût du transit de son pétrole en attendant la construction des deux pipe line sudistes.

Bernard Lugan
25/04/2012

* La question de la guerre du Soudan sera développée dans le numéro de mai de la revue l’Afrique réelle.

[box class=”info”] Source : Le blog de Bernard Lugan. [/box]

Crédit des cartes : CIA World Factbook , domaine public.

Raymond Aubrac était un “agent soviétique” – Interview de Stéphane Courtois

Raymond Aubrac était un "agent soviètique" - Interview de Stéphane Courtois

[box class=”info”] Après le décès de Raymond Aubrac survenu mardi les hommages se sont multipliés pour cette figure en général considérée comme emblématique de la résistance à l’occupation allemande pendant la guerre de 39-45. Cependant quelques articles discordants sont venus rappeler une partie des zones d’ombre du personnage, comme cette interview de Stéphane Courtois publiée par Jean-Dominique Merchet sur le blog Secret Défense.[/box]

L’historien du communisme, Stéphane Courtois, décrit la face cachée du résistant, décédé aujourd’hui.

Directeur de recherches au CNRS, l’historien Stéphane Courtois est un spécialiste du communisme. Elève d’Annie Kriegel, il a été le maître d’œuvre du Livre noir du communisme. Ses derniers livres sont “le Bolchevisme à la française” (Fayard) et, sous sa direction, “Sortir du communisme, changer d’époque” (PUF). Historien engagé, mais grand connaisseur des archives, il nous décrit la face cachée d’un personnage aujourd’hui encensé.

Qui était vraiment Raymond Aubrac ?
Un agent soviétique, mais pas au sens où il aurait travaillé pour les services d’espionnage de l’Union soviétique. Il était plutôt un membre important du réseau communiste international, un sous-marin communiste si l’on veut ; en tout cas, beaucoup plus qu’un agent d’influence. Un homme comme lui avait évidemment un correspondant à Moscou.

En a-t-on des preuves ?
Nous n’avons pas de documents, comme par exemple dans le cas de l’ancien ministre radical Pierre Cot. Toutefois, l’ancien dissident tchèque Karol Bartosek avait découvert dans les archives du PC à Prague des documents qui montrent qu’Aubrac y était reçu par Klement Gottwald, le chef historique du PC tchécoslovaque, qui fut aussi un agent du Komintern.

Mais Aubrac a toujours expliqué qu’il n’avait jamais été membre du PCF ?
(Rire). C’est exact, formellement, mais tout cela est cousu de fil rouge. Il faisait partie de ce qu’on appelle les “hors-cadres”, des gens de haut niveau dont le PCF n’avait pas besoin qu’ils prennent leur carte. Ils leur étaient plus utile à l’extérieur. Aubrac était un ingénieur, sorti de l’Ecole des Ponts et Chaussées, et le PCF ne voulait pas le mettre en avant. Ce qui ne l’empêchait pas de participer à des réunions de cellules comme “observateur”. Avant guerre, sa future épouse Lucie était elle-même communiste, proche d’André Marty – qui fut représentant du PCF au Komintern. […]

[box class=”info”] Source et suite sur le blog Secret Défense. [/box]

Photo : Raymond Aubrac en 2008. Crédit photo : Marie-Lan Nguyen via Wikipédia, licence CC.

Frégate Chevalier-Paul : la Ville de Nantes rend hommage à un grand marin qui lutta sans merci contre les Barbaresques

Parrainage de la frégate Chevalier-Paul : la Ville de Nantes rend hommage à un grand marin qui lutta sans merci contre les Barbaresques

01/04/2012 – 12h15
NANTES (NOVOpress Breizh) – Le commandant de la frégate de défense aérienne Chevalier-Paul et Jean-Marc Ayrault, député-maire de Nantes, ont signé le 17 mars dernier la charte de parrainage du dernier-né des bâtiments de la Marine nationale par la Ville de Nantes. En honorant ainsi un grand marin qui s’illustra au XVIIème siècle par une guerre sans merci contre l’Empire ottoman, le maire de Nantes a pris le risque de heurter la sensibilité de certains « Nantais venus d’ailleurs ».

Qui était donc ce Chevalier Paul ? Né à Marseille en 1598, Jean-Paul de Saumeur, dit le Chevalier Paul, s’est illustré d’abord en Méditerranée, comme corsaire au service de l’Ordre de Malte. Bien que n’étant pas noble, ses nombreux faits d’armes contre les Turcs lui valurent d’être nommé, en 1637, chevalier de l’Ordre.

A la demande de Richelieu il intégra la Marine royale et combattit pendant toute la guerre franco-espagnole (1635-1659). Ses nombreuses victoires lui valurent d’être nommé lieutenant-général et vice-amiral du Levant. En 1660 et 1661 il commandera des croisières de protection du commerce devant Tripoli, Alger et Tunis. En février 1661 il réussira à s’emparer de deux navires corsaires algériens. Deux ans plus tard Chevalier Paul lança une opération audacieuse sur la Goulette (Tunisie), au cours de laquelle il captura le navire-amiral algérien et repoussa les attaques d’une escadre tunisienne.

En 1664, il participe activement à une campagne sur les côtes d’Algérie au cours de laquelle une escadre algérienne fut pratiquement détruite. Il meurt à Toulon le 20 décembre 1667. Laissant le souvenir d’un marin d’une audace et d’une maîtrise exceptionnelles, Chevalier Paul s’est notamment illustré en libérant de très nombreux esclaves français des pachas turcs d’Alger, de Tunis ou de Tripoli, alors colonies de l’Empire ottoman.

Sans faire la moindre allusion à la carrière du Chevalier Paul, dont il semble – ou fait semblant – de tout ignorer, Jean-Marc Ayrault s’est félicité sur son blog de ce parrainage, estimant que ce dernier « constitue un moyen privilégié de maintenir et d’approfondir le lien qui doit unir l’armée à la nation. C’est la conscience que nous devons avoir des intérêts maritimes de la France, d’une ambition maritime partagée. »

Le conseiller spécial de François Hollande va jusqu’à suggérer « qu’un travail particulier pourra s’effectuer avec les écoles nantaises. Une école pourrait ainsi devenir partenaire de la frégate Chevalier Paul. Les élèves en suivraient les missions à distance, pourraient rejoindre la Frégate lorsqu’elle serait à quai à Toulon. Nous pouvons imaginer de multiples formes d’échanges qui viendraient régénérer ce lien entre les jeunes générations et la marine, car nous n’oublions pas le rôle de la défense comme élément de notre cohésion nationale. »

Enseigner dans les écoles nantaises les exploits de Monsieur de Saumeur, dit le Chevalier Paul, contre les Barbaresques ? Rappeler qu’il a contribué à tirer de leurs griffes des esclaves européens ? Voilà bien une heureuse initiative qui, malheureusement, risque fort de demeurer lettre morte. Elle pourrait en effet heurter les élèves issus de la « diversité » et donc compromettre le sacro-saint « vivre ensemble ». Un risque que le maire de Nantes, en bon oligarque mondialiste, n’est certainement pas prêt d’assumer.

Crédit photo : Michael Davies via flickr licence cc.

[Édito] Mohamed Merah : un musulman déraciné en guerre contre la France

[Édito] Mohamed Merah : un déraciné en guerre contre le système

Seul contre tous, après avoir tué de sang froid en pleine rue 3 militaires, puis 3 enfants et un adulte dans une école juive de Toulouse sur les 12 derniers jours, Mohamed Merah a choisi de mourir en Moudjahid, en combattant au service de l’Islam, les armes à la main, tirant plusieurs centaines de cartouches jusqu’à son dernier souffle de cette fin de matinée.

Comment un jeune homme de 23 ans, petit délinquant notoire, dépressif, suicidaire, s’est-il soudainement transformé en soldat fanatique, en guerrier ne redoutant pas de se retrouver, pendant des dizaines d’heures, à la merci de toute la France en guerre contre lui ? Comment a-t-il réussi à mettre, pendant des heures et jusqu’à après sa mort sans doute, tout un état à genoux ? Comment a-t-il su trouver la force de résister, moralement, physiquement, psychologiquement, à l’étau qui s’était peu à peu resserré sur lui ? Se revendiquant d’Al Quaida, appellation dont tout le monde peut aujourd’hui se prévaloir du moment qu’il combat l’Occident et Israël, Mohamed Merah était un soldat perdu : visiblement loup solitaire, parti deux fois se former et s’endoctriner en Afghanistan et au Pakistan au service d’un idéal islamiste, il en est revenu déterminé à mener seul sa guerre face à ce qu’il définissait lui même comme l’axe du mal (les forces armées occidentales en guerre contre les talibans, et l’État d’Israël).

Cet enfant né en France de parents maghrébins et musulmans ne se reconnaissait pas, à l’image de dizaines de milliers d’autres comme lui dans les villes de France, dans une république qui l’avait certes vu naître et grandir, mais qui n’avait rien à voir, ni de près ni de loin, avec ses traditions, ses origines, sa civilisation. Tout le matraquage sur le vivre ensemble, sur la nécessité d’assimiler, d’intégrer, d’aider des populations issues de civilisations différentes n’ont pas eu prise sur ce jeune homme, et n’en auront sûrement pas sur les centaines ou milliers d’autres qui pourront être tentés de le prendre pour exemple.

Car si tous les médias, les politiciens, les sociologues, les criminologues s’évertuent à faire passer cet homme pour un fou, pour un cas isolé, ça n’est que pour mieux continuer à refuser de voir la vérité en face : c’est d’une guerre dont il s’agit. Mohamed Merah, loin de « La Marseillaise obligatoire », avait trouvé dans l’Islam des valeurs que n’apporte plus la société occidentale. Comme lui, des milliers de jeunes, en Europe, de toutes origines, se convertissent à cette religion ou l’adoptent, afin de rechercher une échappatoire à cette marche en avant incontrôlée vers une société sans idéal, sans valeurs, sans racines, sans modèles pour avancer.

Mohamed Merah n’a pas importé un conflit étranger à la France : il incarne le conflit larvé qui se prépare en Europe, conflit fabriqué de toutes pièces par des savants fous désireux d’imposer le « vivre ensemble », le métissage, le mélange de peuples et de civilisations qui n’ont jamais souhaité, au plus profond d’eux même, cohabiter. Les Français qui regardent les images en boucle depuis quelques jours ne pourront plus fermer les yeux pendant très longtemps et se dire que c’est un cas isolé ou bien qu’il est victime des jeux vidéos violents : il y aura d’autres Mohamed Merah.

L’État français vient de se montrer en partie incapable de protéger ses ressortissants face aux actes de Mohamed Merah. Tout comme cet État s’était montré impuissant à répondre fermement lors des émeutes de Villiers-Le-Bel il y a quelques années. Les seules réponses apportées : la négociation, le « dialogue » (et 32 heures après et 300 cartouches plus tard la riposte) quand ce ne sont pas l’argent et les subventions, c’est-à-dire au final, l’arme des faibles pour lutter contre des personnes qui n’ont ni envie de négocier, ni envie de se rendre, ni envie d’être achetés, mais qui ont simplement la volonté farouche de déstabiliser le système tout entier. Les Bernard Henry Levy, les Laurent Joffrin, les médias aux ordres du système politico-financier et des groupes d’intérêts ne pourront rien y faire : face au vide moral, au vide spirituel, au vide intellectuel, au vide éducatif, certains ont décidé de se lever et de mettre à bas ce système, cette civilisation européenne en déclin. Les partis politiques de gauche ont d’ailleurs tout perdu dans cette affaire, s’obstinant à vouloir imposer un modèle de société version « meilleur des mondes » dont personne ne veut vraiment.

La seule solution pour éviter un effondrement total serait alors que les Français, les Européens, ouvrent les yeux, cessent de s’aveugler et de se protéger derrière le politiquement correct, pour enfin réagir, pour enfin redonner un sens à leur avenir, à leur quotidien. Pour enfin faire revivre leur civilisation, qui n’est ni musulmane, ni maghrébine, ni chinoise, ni américaine. Pour enfin apprendre à se défendre et à agir contre ceux qui souhaitent rebâtir un empire fort sur nos ruines. Sans ce réveil, un beau jour, d’autres Mohamed Merah viendront se glisser dans leur dos, sans frapper, sans prévenir, renforcés par leur foi et la volonté de conquérir et de transformer une société qui n’est pas la leur : et ils les abattront froidement, sans haine, mais avec l’envie de vaincre, tout simplement parce qu’ils sont en guerre, et que la guerre, c’est sale !

Yann Vallerie, pour Novopress

Crédit photo : DR / France 2

La guerre au XXIe siècle

La guerre au XXIe siècle

[box] La présente contribution vise à dresser un panorama d’ensemble de la problématique du conflit en ce début du XXIe siècle. Le domaine militaire comme d’autres domaines de la vie sociale a été profondément affecté par les bouleversements intervenus à la fin du XXe siècle : « mondialisation », révolution de l’information, mutation dans les rapports de puissance. De tout temps, l’art de la guerre a été marqué par des transformations profondes, inspirant la réflexion de grands théoriciens. Par les quelques explications suivantes, qui se réfèrent à différentes études publiées, l’auteur de ces lignes souhaite apporter certains éclaircissements pour une meilleure compréhension du phénomène de la guerre dans ses formes actuelles. [/box]

Le conflit asymétrique et la mise en cause de la RMA

Les revers subis par les forces Américaines et leurs alliées sur les deux théâtres où elles furent engagées mais aussi les mécomptes de l’armée Israélienne lors de son offensive en juillet 2006 contre le Hezbollah ont généré de larges développements sur l’asymétrie allant au-delà du strict aspect militaire.

Contestant le dogme d’une primauté de la technologie comme assurance de la victoire, des experts avisés ont ouvert la réflexion, appréhendant le conflit aussi bien dans sa conduite qu’au travers des facteurs politique, sociologique, économique qui pèsent de manière déterminante sur cette conduite.

Bernard Bradie, cité par Cyrille Caron, constate dans un entretien au Monde du 25 août 2007 que : « L’essentiel de la violence internationale ne repose plus aujourd’hui sur l’emploi des forces conventionnelles, mais sur l’expression plus ou moins coordonnée, plus ou moins organisée de violences sociales de toute nature…. On comprendra que la menace se déplace des Etats vers les sociétés».

L’observation est importante puisque de nos jours les guerres opposent rarement des Etats entre eux, dans un affrontement direct, mais des organisations non étatiques à des Etats ou ces organisations entre elles. Ainsi, le conflit, comme acte de belligérance, a basculé dans des tournures multiples où la notion de bataille a disparu et où l’usure par la durée a pris une place déterminante (21).

Depuis plus de cinquante ans, dans un contexte d’affranchissement envers les puissances dominantes et d’altération d’un modèle de l’Etat propre à la pensée occidentale, la violence guerrière a pour expression marquante ces luttes où « l’insurgé », le « rebelle », le « terroriste », « le milicien », usent de moyens bien éloignés des principes westphaliens du droit des gens pour défaire plus politiquement que militairement l’adversaire. Parmi les premiers à appréhender ces guerres subversives et à définir, de manière différente, les moyens d’y faire face figurent David Galula (22) et Roger Trinquier (23). Galula, officier français, qui vécut et mourut dans l’ombre, est considéré comme l’un des meilleurs théoriciens de la contre-insurrection, auteur de Contre-insurrection : Théorie et pratique, auquel des généraux américains se référèrent face à leurs déboires irakiens et afghans.

Ces dernières années, nombreuses furent les études sur ces conflits asymétriques, forme de la guerre subversive, pour lesquels la « solution politique » est le substitut à la victoire militaire. Vincent Desportes remarque que « les vulnérabilités politiques étant devenues l’un des facteurs essentiels de la faiblesse des forts, les restrictions à l’utilisation de notre puissance de destruction vont croissant » (24). En se référant à son analyse, il est possible de mettre en exergue au moins quatre éléments qui distinguent, d’un point de vue politique, les situations respectives des belligérants. Il s’agit du temps, des enjeux, des pertes et de l’attitude des opinions publiques. Ces facteurs sont, bien évidemment, liés.

D’abord, les conflits dits asymétriques s’inscrivent dans la longue durée, perçue, du côté occidental, comme un enlisement, éloignant pour « l’insurgé » la perspective d’une défaite. En termes d’enjeux, le Général Vincent Desportes souligne que « lorsque les intérêts sont élevés, le fort peut adopter un comportement dur facilitant sa victoire ; quand la survie n’est pas en cause l’engagement est moins absolu et moins durable ». La perception des intérêts n’est pas la même pour les gouvernants et les experts de l’analyse géopolitique, d’un côté et la société civile, de l’autre. Le rapport à la mort ayant profondément évolué au sein des sociétés occidentales, celles-ci ne supportent plus que des pertes modestes, lesquelles ne touchent que des soldats professionnels (dans les conflits asymétriques, la proportion des pertes humaines entre les deux camps est en moyenne de un à huit (25). De plus, au-delà de l’émotion suscitée, la mort au feu, risque inhérent au combat, est maintenant susceptible de déclencher l’action judicaire par la plainte des familles. Il est difficile, à ce jour d’en mesurer les conséquences, puisque la seule procédure engagée en France n’est qu’à son début (26). Mais la mise en cause du commandement dans la conduite d’une opération militaire qui n’a opposé que des combattants pourrait avoir des répercussions considérables quant aux règles d’engagement et à l’initiative des chefs. Tout cela, bien sûr, forme une opinion publique qui appréhende les évènements au travers du regard médiatique et du pouvoir de l’image. La brutalité n’étant plus « politiquement correcte », « la coercition n’est plus durablement utilisable en contre-insurrection ». Mais les limites ne valent que pour l’un des camps, elles ne contraignent que le « fort ».

Soumises à l’astreinte politique, les armées occidentales si elles détiennent une suprématie dans le domaine de la technologie, elles n’en présentent pas moins un niveau de vulnérabilité par rapport à celle-ci. Les dernières innovations civiles, d’un usage aisé, sont largement diffusées à travers la planète autorisant le développement d’armes artisanales d’une redoutable efficacité (27). En outre, certaines milices et groupes de guérillas sont équipées d’armes performantes en dotation dans les armées les plus modernes. Ce fut le cas, notamment, du Hezbollah face à l’armée Israélienne lors de son offensive de juillet 2006. Ainsi, d’une certaine manière l’avantage technique des armées occidentales est tempéré par de « menus transferts de technologie » qui accroissent le risque et peuvent « les conduire à prendre des mesures de protection sans commune mesure avec la menace réelle ».

Au vu de ces constats, la prééminence de conflits non conventionnels où l’adversaire adopte selon les termes du Général Vincent Desportes « une stratégie de contournement » conduirait à mettre en cause la pertinence de la RMA. Cependant, il faut être attentif au sens donné à celle-ci. Lorsqu’elle est vue comme une transformation totale de la guerre où la technique est en elle-même l’instrument de la victoire, elle ne saurait répondre aux attentes. En revanche, si elle est considérée à sa juste place, c’est-à-dire une disponibilité de l’information pour une aide à la décision, alors elle est susceptible de constituer un atout majeur, sachant que tous les systèmes utiles ne sont pas encore créés.

La guerre probable

Dans le prolongement des réflexions précédentes et en les élargissant, le Général Vincent Desportes a introduit la notion de Guerre probable , titre d’un livre qu’il a publié en 2008. Elle est définie comme « la guerre irrégulière, celle qui se moque de nos meilleures technologies et se conduit, par dessein autant que par nécessité, au cœur de nos sociétés », non plus entre les sociétés. Cette guerre probable, « guerre d’adaptation », se conduit au sein des populations devenues actrices et enjeux majeurs des conflits, ceux-ci relevant alors de l’ordre asymétrique.

Si l’essai du Général Desportes caractérise la guerre probable sous ses différents aspects et qu’il exprime, là encore, une appréciation sur le rôle dévolu à la technologie, allant à l’encontre de la « vraie nature de la guerre », il vaut aussi par ses prémisses. En vertu de « la règle fondamentale du contournement », l’adversaire, altérité, nullement assujettie aux normes édictées par son rival, a la faculté de renverser une situation au moyen d’une « surprise stratégique ». Il est nécessaire de s’y préparer en restant ouvert à toutes les éventualités.

Les guerres nucléaires et les guerres classiques demeurent des possibilités que le maintien d’arsenaux adaptés permet de prévenir. La guerre la plus « probable », celle à conduire « au sein des populations », asymétrique, suppose de développer, en parallèle, les moyens conventionnels correspondants. Mais il ne faut pas exclure « un affrontement du fort au fort » où l’adversaire pour obtenir l’ascendant usera d’une « surprise stratégique (28) », évitant l’action symétrique et tous ses effets de puissance par une réduction des fondements de celle-ci en recourant, par exemple « à des attaques informatiques ou à des armes à impulsion électromagnétique ». Vincent Desportes remarque que cet adversaire « agira de manière préférentielle dans des espaces hors limites ».

La Guerre hors limites (29) est, justement, le titre d’un ouvrage de deux colonels Chinois : Qiao Liang et Wang Xiangsui. Dépassant la notion traditionnelle du combat pour lequel sont développés des « armes de conception nouvelle », ils avancent l’idée de « nouveau concept d’arme ». Elle relève « d’une vision des armes au sens large, qui considère comme armes tous les moyens qui dépassent le domaine militaire mais qui peuvent être utilisés au combat ». « Tout ce qui peut bénéficier à l’humanité peut aussi lui nuire ». La guerre peut alors recouvrir d’autres formes : la guerre commerciale, la guerre financière, la nouvelle guerre terroriste (effraction de réseaux informatiques, par exemple), voire la guerre écologique. L’objectif demeure d’assujettir l’adversaire à sa propre volonté. « Ceux qui sont experts dans l’art de la guerre soumettent l’armée ennemie sans combat… (30)» écrivait Sun Tzu.

Les sociétés militaires privées

Les sociétés militaires privées (ou SMP), phénomène particulièrement étudié en France par Georges-Henri Bricet des Vallons, sont des prestataires de services dans les domaines de la sécurité et de la défense à l’attention des gouvernements mais aussi des organisations internationales, des ONG ou de simples entreprises privées. Elles ont connu une expansion notable depuis le début du siècle avec les interventions américaines en Irak et en Afghanistan.

Le recours au mercenariat n’est pas une pratique nouvelle. Dans l’Antiquité, les Dix Mille, des Grecs (Xenophon, l’Anabase), servirent le Perse, Cyrus le Jeune luttant pour s’emparer du trône de son frère Artaxerxès II. Les Grandes compagnies acquirent une triste célébrité durant la guerre de Cent ans et les condottieres, chefs d’armées de mercenaires, mirent « leur art et leur expérience » au service des Républiques italiennes de la Renaissance. Au début des années soixante après l’indépendance de l’ancien Congo Belge, Moïse Tshombé fit appel à des mercenaires, « les affreux », pour assurer la défense du Katanga en sécession. Il s’agissait encore à cette époque de l’aventure individuelle de « soldats de fortune ».

Sensiblement réduit dans ses effectifs, entièrement composés par des professionnels, l’armée Américaine pour mener ses missions et, particulièrement ses interventions extérieures, en Irak et en Afghanistan a fait largement appel à des sociétés militaires privées (SMP). Si le mercenariat traditionnel n’a pas totalement disparu, il s’y substitue une logique d’entreprise capitaliste où des sociétés privées prennent en charge des fonctions assurées exclusivement, auparavant, par l’armée ou des services de sécurité officiels. Cette politique, qui vise à diminuer les coûts, n’est pas sans rapport avec la conception économique libérale, dominante depuis les années quatre vingt, aux termes de laquelle l’Etat est amené à renoncer à l’exercice direct de prérogatives traditionnels. Ainsi Georges-Henri Bricet des Vallons (31) note : « Hormis les opérations offensives et les structures de dissuasion nucléaire, tous les services militaires sont devenus externalisables ». Pour l’Afghanistan et l’Irak, il précise que les trois-quarts des sociétés ayant obtenu des contrats interviennent dans les domaines de « la sécurité statique, la protection des convois et la sécurité rapprochée ». Il n’empêche que des missions plus sensibles peuvent être dévolues à ces SMP comme l’interrogatoire de prisonniers, le recrutement et la formation de milices (au Kurdistan irakien) ou le repérage de cibles à la frontière du Pakistan.

L’organisation n’est pas sans dérive. En Afghanistan, le recours à des entreprises locales pour assurer la sécurité des convois d’approvisionnement de l’armée américaine aboutit à un financement indirect des « milices talibanes » par le contribuable américain (10% à 20% du montant des contrats conclus, à l’origine, par l’administration américaine avec huit sociétés privées – contrat HNT – seraient ainsi versés à l’insurrection soit des sommes supérieures à celles allouées pendant l’occupation soviétique (32).

Concernant la France, Bricet des Vallons note l’absence d’un « marché des sociétés d’appui stratégique » alors qu’elle est engagée comme les Etats-Unis dans un processus de réduction des effectifs de son armée et que celle-ci ne dispose que de « très faibles capacités de projection ». Le risque, à terme, est d’être obligé, faute de prestataires nationaux, de faire appel à des entreprises anglo-saxonnes. Cette situation tient, pour une grande part, à des réticences face à ce qui est considéré par certains comme une perte de souveraineté.

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« Vers la paix perpétuelle » écrivait Kant en 1795 alors que l’Europe basculait, par le fait de la Révolution française, dans une conflagration générale. Après les deux guerres mondiales et l’issue de la guerre froide, des penseurs comme des responsables politiques, aux Etats-Unis (répondant souvent à des intérêts bien compris) et en Europe (animés par un réel idéalisme), ont imaginé que l’extension de la démocratie et d’un corollaire supposé, l’économie de marché, ouvrait la voie vers la fin des affrontements armés entre les peuples. Certes, aujourd’hui les probabilités de guerres entre les Etats-nations traditionnels paraissent bien éloignées. Au sein des nations occidentales, les populations ne sont aucunement disposées à une telle éventualité ; l’intensification des échanges économiques est la source d’une compétition pas d’une opposition militaire directe ; enfin la dissuasion nucléaire mais aussi celle résultant de l’utilisation de moyens conventionnels de haute technologie rendent abstrait l’acte de belligérance entre grandes puissances. Pour autant, le conflit armé demeure comme mode d’expression des antagonismes ; la violence est l’un des caractères de la nature humaine.

Les armées occidentales, forgées depuis l’Antiquité à la bataille où elles ont dominé, le plus souvent, par leur capacité d’organisation et l’innovation technique, sont maintenant impliquées dans des formes de conflit où la victoire militaire, difficile voire impossible à atteindre n’est pas l’objectif final. Celui-ci est d’ordre politique et il vise à créer ou à restaurer des Etats de droit conformes aux conceptions valant dans nos sociétés. L’adversaire qui évolue « au sein des populations », pouvant recueillir leur appui comme les terroriser, dispose du temps, est peu sensible à ses pertes et profite de la lassitude d’une opinion publique occidentale facilement émue au vu des images offertes par l’univers médiatique. Au-delà de la seule guérilla, phénomène strictement militaire, ces conflits ont une dimension d’ensemble que le concept d’asymétrie permet d’appréhender dans ses différents éléments.

Les Etats-Unis ont cru, un moment, que leur suprématie scientifique et technique leur permettrait de réduire tout adversaire possible. La Révolution dans les affaires militaires a été un échec sous l’angle d’une théorie de la domination absolue. En revanche, les outils qu’elle suppose et qui touchent à la gestion de l’information sont des instruments indispensables dans la conduite des opérations présentes et futures.

La guerre, pour les peuples occidentaux, particulièrement européens, est devenue une perspective éloignée, voire anachronique. Changeant de visage, distante dans l’espace, en dehors des préoccupations de la société, elle est, pour l’essentiel, une affaire de professionnels et d’experts. Seules les images interpellent, le plus souvent pour susciter l’émotion et l’assentiment pour une cause. Pourtant, demeure l’impératif de défendre ses intérêts et ses conceptions, au besoin par la violence armée, dans un monde où de nouvelles forces ont émergé, décidées à s’imposer les unes par rapport aux autres mais aussi à notre détriment.

Dans ce contexte, adapter les doctrines, fournir les moyens militaires correspondants, mais surtout disposer d’une vision politique fondée sur la constance des réalités humaines, tel est l’enjeu.

Michel Leblay

Notes de l’auteur :

(21) La dernière guerre de mouvement classique où les adversaires agissaient dans un rapport équivalent fut probablement celle du Kippour d’octobre 1973. Il y eut aussi la guerre des Malouines, en 1982, où les Britanniques montrèrent une maîtrise exemplaire dans la projection de forces. Les huit années d’hostilités entre l’Irak et l’Iran, marquées par de très lourdes pertes de part et d’autre et l’emploi d’un matériel conséquent, ne donnèrent lieu à aucune percée majeure. Quant aux deux guerres menées contre l’Irak en 1991 et en 2003, elles aboutirent, dans une totale disproportion des forces, pour la première à un cessez le feu rapide, pour la seconde, dans sa phase conventionnelle à un écroulement de l’armée irakienne.
(22) David Galula, saint-cyrien, radié des cadres en 1941 en application du statut des juifs, fut envoyé au Maroc (les officiers juifs étant affectés à l’étranger afin d’être soustraits à la répression de l’occupant). Au sein de l’armée d’Afrique, il participa aux combats de la Libération. Après des séjours en Chine, dans les Balkans, à Hong-Kong, il commanda en Algérie une compagnie d’infanterie de 1956 à 1958 où il appliqua les méthodes de contre-insurrection. Terminant sa carrière avec le grade de Lieutenant- colonel, il enseigna aux Etats-Unis avant de revenir en France où il mourut en 1969.
(23) Le colonel Trinquier a, entre autres, commandé, le 3ème RPC en mai 1958, l’un des trois régiments de la 10ème DP ; il succédait à Marcel Bigeard.
(24) Voir l’article du Général Vincent Desportes – Peut-on encore gagner une guerre ? – Défense & Sécurité Internationale n° 77 octobre 2011.
(25) Idem note 22.
(26) Cette procédure fait suite à l’embuscade d’Uzbin, le 18 août 2008, où un groupe de talibans accrocha une section du 8ème RPIMA, causant la mort de neuf soldats français.
(27) Notamment les engins explosifs improvisés, IED selon l’acronyme anglais.
(28) Pour une analyse critique de la notion de « surprise stratégique », voir l’entretien avec Corentin Brustlein – Défense & Sécurité Internationale n° 79 Mars 2012.
(29) Editions Payot & Rivages
(30) Cité par Vladimir Volkoff dans son roman Le Montage – Editions Julliard 1982.
(31) Voir l’entretien donné au site Theatrum Belli par Georges-Henri Bricet des Vallons à l’occasion de la publication de son livre Irak, terre mercenaire– http://www.theatrum-belli.com/archive/2010/02/07/en-librairie-irak-terre-mercenaire-les-armees-privees-rempla.html
(32) Voir article de Georges-Henri Bricet des Vallons « La paradigme de Watan » publié dans Défense & Sécurité Internationale n° 66 Janvier 2011 – Synthèse de l’article par Michel Leblay Polémia 14 février 2011.

[box class=”info”]  Source : Polémia. [/box]

Crédit photo : U.S. Navy, domaine public.

Syrie : la France impliquée jusqu’au cou

Syrie : la France impliquée jusqu’au cou

16/03/12 – 15h00
PARIS (NOVOpress via le Bulletin de réinfo de Radio Courtoisie) –
En Syrie, la télévision publique du pays a confirmé début mars ce que l’on supposait depuis longtemps : l’armée nationale syrienne a fait prisonniers 18 agents français à Homs et un 19e à Azouz.

Syrie : la France impliquée jusqu’au cou Cette confirmation indique que les négociations engagées entre Paris et Damas se sont soldées par un échec et que la Syrie a décidé d’augmenter la pression sur la France en portant l’affaire sur la place publique. La presse turque a confirmé l’arrestation du 19e agent français en expliquant que quatre agents turcs avaient été arrêtés avec lui, ceci alors même qu’Ankara s’était engagé le 7 février à retirer tous ses agents en échange de la restitution de 49 prisonniers. La télévision libanaise Al‑Manar a rapporté un échange entre le ministre français des Affaires étrangères et son homologue saoudien en marge de la conférence de Tunis. Le prince saoudien déplorait que la France n’ait pas reconnu le Conseil national syrien comme seul représentant légitime de la Syrie. Alain Juppé lui aurait alors répondu : « Si je le fais, qui nous rendra nos soldats ? »

La presse française reste donc silencieuse alors que ces informations sont maintenant publiques au niveau international

Cette attitude atteste du rétablissement de la censure militaire en France. La question qui se pose est de savoir si le président Sarkozy a rétabli la censure militaire pour des motifs d’intérêt national ou pour des raisons personnelles, c’est‑à‑dire pour éviter de devoir rendre compte à ses concitoyens de la guerre secrète qu’il conduit contre la Syrie en violation de la Constitution.

On se dirige donc vers un scénario à la libyenne

Comme en Côte d’Ivoire et la Libye, les spécialistes de la guerre secrète de l’armée française préparent le terrain avant une intervention militaire internationale. Il ne fait plus de doute que sans le soutien de la Russie et de la Chine, le régime syrien ne serait plus qu’un lointain souvenir. En tout cas, une nouvelle fois, la France et son peuple sont engagés dans une guerre à leurs corps défendant et sans même le savoir.

Crédit image : The World Factbook, domaine public.