Dans la nouvelle Guerre froide, par Jean-Gilles Malliarakis

Lu Shaye

On peut dire merci à l’ambassadeur chinois Lu Shaye. En traitant Antoine Bondaz, chercheur français de la Fondation pour la recherche stratégique, de “petite frappe, hyène folle, troll idéologique” il a réveillé les endormis.

Nous avons bel et bien affaire à un communiste et Francis Bergeron, ce 24 mars, peut mettre en cause avec raison, au-delà de son représentant si peu diplomate, le maître du pouvoir de Pékin, “Xi Jinping nouveau Staline“[1]

En s’en prenant aussi aux parlementaires européens représentants de 7 pays, décidés à se rendre à Taïwan, il nous a rappelé le vœu actuel de ses ressortissants. L’île, nommée Formose par les Portugais, ne fut conquise par l’Empire chinois qu’en 1683 sous le règne de Kangxi (1661-1722) contemporain de Louis XIV, à l’époque de la dynastie mandchoue des Qing. Ceux-ci régnèrent sur Pékin de 1644 à la proclamation de la république en 1911. Le partage de Yalta et la victoire soviétique de Manchourie avaient permis à Tchang Kaïchek de s’en emparer en 1945.

Les débris de l’armée du Kouo Min Tang s’y réfugièrent en 1949 et y ont maintenu la survivance, de plus en plus fictive, de la Chine nationaliste. Or, aujourd’hui, de façon très démocratique, la majorité d’origine insulaire a élu à la présidence du pays en 2016, Mme Tsai Ing-wen Réélue en 2020, son parti, le Minjindang, démocrate progressiste, s’appuie sur la majorité indigène de la population. Celle-ci aspire, légitimement, à faire reconnaître internationalement Taïwan en tant qu’Etat souverain, ce qui ne fait qu’entériner une réalité devenue de plus en plus claire.

Le gouvernement de Pékin prétend au contraire qu’il s’agit d’une simple province de son Empire du Milieu. La Chine communiste menace de l’envahir et d’y réprimer toute opposition au pouvoir totalitaire de son parti unique, comme elle a d’ores et déjà entrepris de le faire à Hong Kong, au mépris des accords de rétrocession de 1997.

Dans un tel contexte, elle n’admet pas que des députés européens cherchent à s’enquérir du dossier en se rendant sur place. Sans doute méprise-t-elle les règles parlementaires, qu’elle ne pratique pas. Son Congrès national-populaire, parlement fantoche qui ne se réunit qu’une fois par an, pour une session d’une dizaine de jours, dans l’immense Palais de l’Assemblée du Peuple que l’on peut contempler place Tian Anmen, ne connaît pas ce type de fonctionnement.

Aussi bien l’Europe que les États-Unis, et à leur suite la majorité des pays de la zone indopacifique remettent en cause la doctrine pékinoise “une seule Chine”. Le pouvoir communiste y voit une sorte de casus belli…

Car, si certains doutent encore du climat de guerre froide qui s’est institué entre l’occident et la Chine communiste, 50 ans après les accords de 1972 entre Nixon et Mao Tsé-toung, semble urgent de les amener à en prendre conscience. Cette tension déterminera les relations internationales comme la plupart des clivages de politique intérieure.

Le temps des sous-traitances industrielles systématiques, profitables aux gros intérêts mais ruineuses pour la survie de nos entreprises et de nos emplois s’achève.

On ne doit pas seulement y voir une sorte de grand match entre les USA et la Chine. La confrontation ne se limitera pas seulement au terrain de l’hégémonie militaire, elle s’exprimera en termes d’influence économique et de concurrence technologique. Et, pour pouvoir suivre, Washington tentera de se libérer de certains engagements traditionnels.

Ce n’est pas telle ou telle figure politique mais l’ensemble de l’établissement américain qui sera amené à durcir la concurrence avec la Chine à tous les niveaux.

La politique américaine prend aussi conscience que d’autres outils, au-delà de la seule force militaire se révéleront nécessaires pour l’emporter dans cette nouvelle guerre froide. Comment, par exemple, imposer aux alliés de ne pas choisir le système chinois 5G si aucune entreprise occidentale ne peut proposer une offre complète correspondante.

Les Chinois semblent concentrés sur des objectifs à long terme, avec un horizon de 5 à 10 ans. Ils visent la suprématie dans des domaines critiques, comme l’intelligence artificielle. Les entreprises et les universités suivent avec discipline… Il en va de même pour les infrastructures ou les matériaux critiques dont dépend le développement occidental futur.

Or, l’Europe se situe entre les deux. Elle ne veut plus dépendre totalement des États-Unis depuis la présidence Trump. Mais nos pays ne sont clairement pas en mesure d’établir seuls un équilibre avec la Chine. Sortir des galanteries et des préciosités devient donc urgent.

[1] cf. son article de Présent en date du 24 mars.

Jean-Gilles Malliarakis

Article paru sur le site de L’Insolent

Vers un monde plus dur, par Jean-Gilles Malliarakis

De charmants rêveurs voudraient nous faire croire que le monde d’après, qu’ils cherchent à anticiper, verra plus de petites fleurs, entendra mieux le chant des oiseaux, et troquera, bien sûr, l’automobile pour la bicyclette. Ce babil enfantin, un peu affligeant pour les grandes personnes, sied sans doute aux bobos des grandes villes.

Mais, à dire vrai, il semble assez éloigné des réalités qui malheureusement se dessinent.

Le président de la République ayant par hasard croisé, ce 17 mai, la route qu’il devrait prendre chaque jour, a cru bon d’inaugurer les chrysanthèmes, souvent délaissées par ses prédécesseurs du monument de Montcornet. Limitant la durée de son discours, pour une fois et par bonheur, à 16 minutes, il exaltait ce qu’il appelle l’esprit de résistance.

Sans doute ce grand garçon gagnera-t-il bientôt, quand il aura quitté les palais nationaux, à pouvoir lire quelques bons livres. Ils existent, s’agissant des combats de mai-juin 1940 et de la situation stratégique dans laquelle se trouvaient, à la fois, le pays réel et la troisième république agonisante. Je me souviens ainsi qu’en 1963 Jacques Chirac, collaborateur du Premier ministre à la cour, et maître de conférence convenable à la ville, un métier auquel il aurait dû rester fidèle, nous recommandait de lire Benoist-Méchin et même Beau de Loménie.

Au même âge le chef de l’État prétend avoir fréquenté la pensée de Paul Ricœur : il serait temps pour lui d’en sortir.

Car le temps presse : le monde actuel voit l’ensemble des pays occidentaux, aussi bien l’Europe de l’ouest que l’Amérique du nord, mais aussi le Japon, mais aussi l’Inde, mais aussi la plupart des pays d’Asie centrale et orientale, tous menacés par deux ennemis, et pas seulement deux partenaires : l’islamisme radical et le communisme chinois.

Ce 17 mai notre président se rendait sur les champs de batailles d’autrefois. Il invitait à se souvenir de Montcornet. Peut-être sa communication cherchait-elle à faire mieux oublier Azincourt, Pavie, Waterloo ou Sedan, et toutes les sanctions, infligées par l’histoire, à nos dirigeants frivoles et arrogants de toujours, dont nos technocrates assurent la continuité.

Le même jour, dans le monde réel, à Téhéran, Mohammad Javad Zarif ministre iranien des Affaires étrangères prétendait mettre en garde les Etats-Unis contre la présence de leur Marine dans les Caraïbes. Toute intervention américaine aurait pour effet, gronde-t-il, de perturber la livraison de pétrole iranien au Venezuela. La veille 16 mai, en effet, l’agence de presse Fars, émanation officieuse du régime des mollahs avait fait état du déploiement de 4 navires américains dans la région faisant craindre “une possible confrontation avec les pétroliers iraniens”.

Le régime de Caracas, en situation de faillite, largement dépendant désormais des financements chinois effectue actuellement avec l’Iran des transactions payables en or. Téhéran est ainsi chargé de remettre sur pied l’industrie pétrolière détruite par la mainmise depuis 20 ans de la mafia chaviste sur le monopole d’État PDVSA.

Paradoxe inouï, cette belle réussite du socialisme au XXIe siècle s’impose à un pays qui dispose des plus importantes réserves d’hydrocarbures du monde.

Mais la coopération grandissante entre la république islamique iranienne et la dictature marxiste vénézuélienne de Nicolas Maduro peut aussi surprendre certains, au regard des paradigmes idéologiques d’hier. Elle correspond hélas aux perspectives d’un XXIe siècle où se dessinent des affrontements de plus en plus durs. De bons esprits voudraient nous convaincre et, peut-être, se persuader eux-mêmes que les dirigeants occidentaux et les gouvernements du type de celui qui s’est imposé à l’Iran en 1979 auraient vocation à se rapprocher. Ce sont les mêmes qui voudraient maintenir un partenariat commercial profitable avec Pékin, son industrie esclavagiste sous-traitant les besoins de la grande distribution, aux États-Unis comme en Europe. Cette chanson va au rebours des confrontations qui s’annoncent. Elle ne sert qu’à désarmer nos peuples. Elles relèvent tout simplement de la trahison. Ceux qui, à 80 ans de distance, prétendent exalter l’esprit de résistance d’hier devraient en méditer l’actualité.

Personne ne saurait se féliciter des perspectives de la nouvelle guerre froide. Mais personne ne doit les ignorer. Et personne ne pourra s’y soustraire. Sauf à trahir.

Jean-Gilles Malliarakis

Article paru sur le site de L’Insolent

Ukraine : les sanctions contre la Russie c’est pour les cons !

24/06/2015 – MONDE (NOVOpress)
Xavier Moreau, russologue et analyste, n’a pas sa langue dans sa poche. Ukraine, Donbass, Russie, Crimée, tensions américano-russes, il décortique tout au lance-flammes dans cet entretien accordé à notre confrère de TV Libertés.

http://youtu.be/vPbLLoqp8vk


Histoire : K-129 ne repond plus. Un sous-marin russe dans les filets de la CIA

Histoire : K-129 ne repond plus. Un sous-marin russe dans les filets de la CIA

05/04/2014 – via THEATRUM BELLI Le 24 février 1968, le sous-marin soviétique « K-129 », armé de missiles, appareille pour une mission de dissuasion nucléaire dans l’océan Pacifique. Quelques jours plus tard, il disparaît subitement. Le 27 mai de la même année, le sous-marin américain « Scorpion » à propulsion nucléaire reçoit l’ordre d’aller espionner des navires soviétiques au sud des Açores. Le 22 mai, il est porté disparu. Dans les deux cas, les gouvernements et les militaires se retranchent derrière le secret défense. Anciens des services secrets, ingénieurs, militaires soviétiques et américains témoignent.

http://www.youtube.com/watch?v=CeNKZJ4mNdc

Quand la CIA utilisait la culture

Quand la CIA utilisait la culture

30/12/2013 – 09h00
WASHINGTON (NOVOpress) –
Fruit de trois ans de recherches, ce documentaire montre comment les services secrets américains ont manipulé les milieux artistiques et intellectuels européens pendant la guerre froide. Beaucoup d’écrivains travaillèrent ainsi pour la CIA.

Dans les années de l’après-guerre, les services secrets américains lancent une vaste opération d’infiltration des milieux européens de la culture. Ils lui consacrent plusieurs millions de dollars et s’appuient sur un organisme, le Congrès pour la liberté de la culture, dont le siège se trouve à Paris. La capitale française est un lieu stratégique pour publier des revues lues jusqu’en Afrique, en Amérique latine et dans les pays arabes. Le Congrès pour la liberté de la culture s’intéresse aux artistes et intellectuels de gauche, qu’il essaie de soustraire à l’influence marxiste et de gagner à la cause américaine.

Bouclier antimissile en Europe : éternel sujet de tensions entre Washington et Moscou

Bouclier antimissile en Europe : éternel sujet de tensions entre Washington et Moscou

27/01/2013 – 18h30
MOSCOU (NOVopress) – Le problème de la défense antimissile reste le principal sujet d’irritation dans les relations entre Moscou et Washington. « La Russie est toujours ouverte au dialogue », a déclaré mercredi le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov.

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Il y a soixante-cinq ans débutait la Guerre froide

Il y a soixante-cinq ans débutait la Guerre froide

05/10/2012 — 14h00
MOSCOU (NOVOpress via le bulletin de Réinformation) — C’est en effet le 5 octobre 1947 que Staline créait le Kominform. En centralisant la liaison entre les partis communistes européens et en renforçant l’hégémonie soviétique sur ces derniers, le Kominform avait explicitement pour but d’instaurer une dictature communiste dans l’ensemble des pays de l’Europe de l’Ouest. Cette décision de Staline marquera le début d’une longue période de tensions et de confrontations idéologiques et politiques entre les deux superpuissances de l’époque (Union soviétique et États-Unis), que l’on qualifiera vite de « guerre froide », selon la formule inventée, en 1945 par George Orwell, encore une fois visionnaire.

Crédit photo : U.S. National Archives via Wikipédia (cc)

Les Etats-Unis n’impressionnent pas Dimitri Medvedev

Les Etats-Unis n'impressionnent pas Dimitri Medvedev

30/11/2011 – 08h00
MOSCOU (NOVOpress) – La semaine dernière, Dimitri Medvedev et le républicain américain John McCain s’étaient livrés, via des canaux différents, à des joutes verbales qui fleuraient bon la Guerre froide d’antan. Le président russe n’entendait ainsi pas céder aux injonctions de l’Oncle Sam en matière de défense antimissile et de sécurité intérieure.

Dmitri Medvedev a en effet menacé de déployer dans l’ouest et le sud de la Russie des systèmes offensifs modernes garantissant la destruction des installations européennes du bouclier antimissile si les Etats-Unis poursuivaient son déploiement.

Et contrairement à d’autres, Medvedev est non seulement un homme de parole, mais refuse sans ciller de se plier aux visées hégémoniques US sur le sol européen. Pour preuve, un radar vient d’être mis en service dans la région russe de Kaliningrad. Moscou précise que le radar ne vise pas les partenaires occidentaux de Moscou et pourra être employé pour contrer les menaces communes. Medvedev déclare en effet que « cette station ne représente pas une menace contre nos voisins. Sa création ne ferme la porte ni au dialogue, ni aux discussions que nous menons ».

Le président russe a ailleurs ajouté que les informations collectées par ce radar pourraient être utiles au système de défense antimissile européen, puisque Moscou est prêt à utiliser en collaboration avec ses partenaires les capacités uniques de cette station, afin de contrer les éventuelles menaces que représentent les missiles.

De leur côté, les Etats-Unis envisagent de déployer de 2015 à 2020 une troisième zone de positionnement de leur système de défense antimissile en Europe. Or, Moscou s’oppose à ce projet. La Russie pointant du doigt le danger que représente un bouclier antimissile à proximité de ses frontières.