Médias : de la peur sanitaire à la terreur nucléaire

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La ligne éditoriale des médias est depuis toujours anxiogène. Avec l’épidémie de Covid on pensait avoir atteint un sommet, et puis la guerre en Ukraine est survenue. Découvrez ctte tribune signée Pierre Boisguilbert.

D’une peur à l’autre

On est passé de la peur sanitaire à la terreur nucléaire. On notera que l’épidémie qui menaçait l’humanité a quitté l’information télévisée. Pour connaître les chiffres qui tournaient quotidiennement en boucle il y a si peu, il faut aller les chercher. Plus aucun spécialiste des virus sur les plateaux. Ils ont été remplacés par des stratèges de salon. Cela évite aux virologues de venir s’excuser de leurs fausses prédictions apocalyptiques. On attend avec impatience une chasse aux fake news et aux analyses aussi erronées que péremptoires. Mais les médias ne tirant leçon de rien recommencent avec les Gabelin de l’impossible qui ont remplacé les Diafoirus de la Covid. La ligne éditoriale est la même. Il s’agit de faire peur et toujours pour la bonne cause et donc pour une vérité unique. Poutine est capable de tout car c’est devenu un dictateur fou. On ne peut pas dire que nos médias aident à la désescalade. Qu’ils soutiennent les Ukrainiens face à l’offensive russe est une chose, qu’ils le fassent sans aucun esprit critique en est une autre. Le soutien au président ukrainien est rationnel, reprendre comme vérité absolue tout ce qu’il dit en est une autre.

Vers une guerre nucléaire ?

Volodymyr Zelensky voudrait que l’OTAN entre en guerre contre la Russie pour sauver l’Ukraine. Il fait tout ce qu’il peut pour galvaniser son peuple, il le fait avec talent et dans une optique jusqu’au-boutiste. L’OTAN l’a désavoué sur l’exclusion aérienne. L’organisation se présente comme une organisation défensive qui ne peut intervenir au-delà d’une agression contre un de ses membres. Qui rappelle que l’OTAN a fait à guerre à la Serbie pour le Kosovo sans aucun lien avec sa charte ? Et puis le président ukrainien a paniqué le monde, soutenu par nos médias, en affirmant que Poutine était prêt à déclencher un terrorisme nucléaire contre le monde civilisé. L’armée russe s’est emparée vendredi 4 mars de la plus grande centrale nucléaire d’Europe, Zaporijia, dans le sud-est de l’Ukraine. On a dit que les Russes avaient bombardé la centrale et on comprenait que c’était pour la faire exploser et provoquer un Tchernobyl en bien pire. Heureusement, ce n’était pas le cas. Cette thèse a été contestée par quelques spécialistes, mais aucunement par les journalistes qui n’ont cessé de faire de la surenchère apocalyptique. Et pourtant cela aurait mérité plus de retenue. Le but du contrôle du nucléaire est bien sûr de priver l’Ukraine de son potentiel énergétique. Comment penser que Poutine veuille provoquer une catastrophe nucléaire qui frapperait d’abord son armée sur place et plus la Russie que l’Europe de l’Ouest ? Sur une perspective aussi grave il convient de ne pas se laisser emporter par l’indignation et l’émotion, c’est le moins qu’on puisse attendre des journalistes. Mais, dans cette guerre en Ukraine, l’idéologie médiatique considère Poutine comme le nouvel Hitler qu’il faut arrêter avant qu’il ne soit trop tard. L’information est sous la domination de l’émotion et les souffrances individuelles occultent les raisonnements rationnels fondés sur la géographie et l’histoire.

Le pire est à venir et pas seulement sur le plan militaire.

Texte repris du site Polémia

Tolstoï, Tchaikovski…Cancel culture sur l’art russe !

art russe

15/03/2022 – INTERNATIONAL (NOVOpress)
Si sur le sol ukrainien, l’affrontement militaire continue entre Moscou et Kiev, en Occident, la bataille a lieu sur le terrain culturel.

Au nom d’un soutien à l’Ukraine, musiciens, danseurs et auteurs russes ne sont plus les bienvenus aux Etats-Unis et en Europe.


Bruno Mégret : « En Ukraine, à qui profite le crime ? »

Ukraine

Dans une enquête criminelle, il est toujours important de savoir à qui profite le crime. Si la réponse ne désigne pas nécessairement le coupable, elle permet néanmoins d’avoir une idée plus claire sur l’éventuelle responsabilité des différents protagonistes. Aussi, dans cette douloureuse guerre d’Ukraine, peut-il être intéressant de se poser cette question primordiale.

La Russie marginalisée

À cet égard, il apparaît déjà que la Russie qui a déclenché la guerre ne sera sans doute pas le principal bénéficiaire de cette malheureuse entreprise. D’ores et déjà, elle en subit le contrecoup sur le plan diplomatique. La Russie et ses dirigeants sont pour longtemps diabolisés et marginalisés, sinon dans le monde entier au moins dans le monde occidental où un profond fossé s’est durablement creusé entre elle et le reste de l’Europe. Si l’on ajoute à cela l’effet des sanctions économiques qui la frappent déjà, il n’est pas certain que les avantages que ses dirigeants comptent tirer de l’invasion de l’Ukraine suffisent à inverser le fléau de la balance. Certes, la Russie prend un gage et empêche de ce fait que l’Otan s’installe à ses frontières, ce qui constituait son but stratégique majeur. Mais pourra-t-elle durablement rester en Ukraine et n’a-t-elle pas créé dans ce pays traditionnellement partagé entre le monde slave et le monde occidental un sentiment national antirusse puissant qui fera tôt ou tard basculer cette nation du côté de l’Union européenne ?

L’Otan consolidée

Peut-on par ailleurs affirmer que les pays d’Europe occidentale ou que l’Union européenne en tant que tels sortiront renforcés de cette crise ? Certainement pas. Beaucoup des sanctions économiques prises dans l’urgence contre la Russie auront des contrecoups néfastes pour la France et les pays européens. Des pays européens qui ont été incapables par ailleurs d’empêcher cette guerre qu’ils prétendaient pourtant vouloir éviter par les vertus de la diplomatie. Force est de constater que les voyages et les communications téléphoniques innombrables entre les capitales européennes et le Kremlin n’ont rien pu empêcher. L’Europe a surtout révélé son impuissance et son incapacité à faire jouer un quelconque rapport de force sur la scène internationale. Certes, certains prétendent que cette crise va provoquer une prise de conscience de la réalité des rapports de force et qu’elle va donner naissance à une Europe de la défense, voire à une Europe puissance. Mais si un effort budgétaire important était entrepris pour les forces armées, ce serait pour placer ce potentiel supplémentaire sous le couvert de l’Otan, comme la plupart des pays l’envisagent actuellement. Et ce ne serait finalement qu’une augmentation de la contribution européenne à cette organisation. Augmentation réclamée depuis très longtemps déjà par les Américains.

L’imperium américain renforcé

Aussi, peut-on, me semble-t-il, affirmer que les principaux bénéficiaires de cette guerre seront les États-Unis d’Amérique. Leur adversaire russe est diabolisé, rejeté et isolé et donc définitivement coupé de l’Union européenne, ce qui évite la constitution d’un puissant pôle européen de l’Atlantique à l’Oural que les Américains ont toujours craint et rejeté. L’Otan qui est l’instrument de la domination américaine sur l’Europe sort par ailleurs renforcée de cette crise puisqu’elle apparaît comme un bouclier indispensable à de nombreux pays d’Europe orientale face à « l’impérialisme russe » et comme parapluie nucléaire essentiel à tous les États qui ne disposent pas de force de dissuasion. A l’évidence, cette guerre ukrainienne va servir les Américains en marginalisant leur ennemi russe et en renforçant leur imperium sur l’Europe.

Le piège de la guerre

On comprend mieux dans ces conditions pourquoi, contrairement aux Européens, les Américains ont refusé de faire la moindre concession aux Russes, ne cherchant nullement à trouver un accord diplomatique raisonnable pour empêcher la guerre. On comprend aussi pourquoi le président Biden a solennellement déclaré que les États-Unis n’enverraient aucun soldat américain mourir pour l’Ukraine. Ce qui a été dénoncé comme une erreur de débutant de la part du chef de l’État américain n’était en réalité que la dernière pièce du stratagème imaginé par l’État profond qui dirige les États-Unis. Un stratagème qui avait d’ailleurs déjà été employé par les mêmes Américains lorsqu’ils avaient incité Sadam Hussein à envahir le Koweït pour ensuite déclencher la première guerre d’Irak.

On peut imaginer que l’ancien officier du KGB qu’est Vladimir Poutine n’a pas été dupe de ces manœuvres américaines. Mais la volonté qui est la sienne de rendre à la Russie une part au moins de sa puissance impériale passée l’a sans doute amené à considérer que l’invasion de l’Ukraine était devenue possible et constituait une opportunité qu’il devait saisir en dépit des manœuvres américaines et des conséquences néfastes qui en résulteraient par ailleurs.

Ajoutons bien sûr que l’Ukraine paiera, quant à elle, le prix fort de cette guerre à la fois par les destructions, les blessés et les morts dont sera victime sa population mais aussi par le démembrement territorial qui va durablement déchirer le pays.

Tribune reprise de Polémia

Guerre en Ukraine : le vrai « Great Reset »

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On a beaucoup écrit sur le « Great Reset » ou Grand Reset et sa mise en œuvre covidienne, en particulier avec l’imposition d’un système de crédit social en Europe reposant sur la vaccination obligatoire. Et avec l’accélération de la numérisation de la vie économique et sociale, c’est-à-dire du traçage informatique de la population. Mais c’est en réalité la guerre en Ukraine qui va provoquer le vrai Grand Reset que souhaitait l’État profond : un reset à la fois stratégique, énergétique, atlantiste, autoritaire, européiste, migratoire et politicien. Pour le plus grand malheur de l’Europe et de la France.

Le Great Reset stratégique

La guerre en Ukraine, quelle qu’en soit l’origine[1] ou l’issue, aboutit d’abord à couper durablement la Russie de l’Europe. Ce que souhaitaient les États-Unis, comme l’avait très bien explicité en son temps Zbigniew Brzezinski[2].

Car cette coupure renvoie aux calendes grecques « l’Europe de l’Atlantique à l’Oural », qui a toujours été le cauchemar des Anglo-Saxons car elle pouvait menacer leur thalassocratie.

Si en outre la guerre dure – puisque les Européens ont décidé, en toute irresponsabilité, de fournir des armes aux Ukrainiens au risque de nourrir une guerre civile durable pendant que les États-Unis affirment haut et fort ne pas vouloir intervenir ! –, l’Ukraine devient un foyer d’instabilité dans le heartland européen, affaiblissant tout le continent[3].

La guerre en Ukraine permet donc de parachever l’encerclement stratégique de la Russie et son isolement. Préalable nécessaire, dans l’esprit de l’État profond américain, à un conflit avec la Chine, l’autre puissance émergente.

Le Great Reset énergétique

Mais l’isolement de la Russie porte aussi en lui la précarisation énergétique et économique de toute l’Europe.

D’abord sa dépendance énergétique, car l’Europe risque à terme de se déconnecter du gaz et du pétrole russes. Sans oublier bien sûr les effets de la croisade des ONG écolos, aux financements opaques, contre le nucléaire européen !

Une dépendance énergétique qui profitera fatalement au gaz de schiste américain et aux ressources énergétiques des États musulmans sous contrôle des États-Unis. Elle deviendra donc un instrument de chantage aux mains de l’État profond.

Mais ensuite l’Europe pâtira, à la différence des États-Unis et de la Chine, des effets économiques et sociaux des sanctions qu’elle a prononcées dans son hystérie antirusse. L’Asie profitera du commerce que l’Europe ne fera plus en Russie ! Et si la France n’a quasiment aucune relation économique avec l’Ukraine, ce n’est pas le cas pour la Russie, ce qui affecte directement son agriculture et son industrie.

Le Great Reset atlantiste

La guerre en Ukraine remet en selle les partisans de l’alignement transatlantique de l’Europe et du « global Nato[4] » c’est-à-dire de l’extension permanente de l’OTAN, au moment où ils perdaient régulièrement du terrain, en particulier en France [5].

En effet, comme semble s’en réjouir le journal Le Figaro, la guerre en Ukraine « fait bouger les lignes[6] »… dans le sens souhaité par l’OTAN.

La guerre en Ukraine pousserait même la Finlande et la Suède, nous dit-on, à réfléchir à leur adhésion à l’OTAN pour « garantir leur sécurité ». Et la Suisse sort de sa neutralité pour s’associer aux sanctions « européennes ».

La propagande occidentale profite de la guerre en Ukraine pour diaboliser, avec une vigueur nouvelle, tous ceux qui refusent d’être embarqués dans la stratégie de l’OTAN, en les présentant comme « pro-Russes » ou des « soutiens de Poutine ». On allume déjà les bûchers médiatiques destinés à ces sectateurs du Mal.

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Questions sur la diplomatie-spectacle de Macron, par Ivan Rioufol

L’habileté apparente d’Emmanuel Macron est sans pareil. Le chef de l’Etat a le sens du spectacle, de la dramatisation, de la théâtralisation de son rôle. Toutefois, ces artifices de communication, s’ils semblent convaincre des sondés en temps de crise, sont principalement construits sur le brassage d’air, la posture, la jactance. Et cela se voit. A la crise des Gilets jaunes avait répondu, à travers les « grands débats » voulus par l’Elysée, une logorrhée présidentielle n’ayant débouché sur rien de palpable. Cette fois, Macron laisse voir, avec la crise ukrainienne, son ambition de s’imposer aux yeux du monde comme le seul dompteur de grands fauves. Ainsi, le président fait abondamment savoir qu’il parle régulièrement, et souvent longuement, avec Vladimir Poutine. Tout juste si ce dernier, enfermé dans sa paranoïa, ne lui mangerait pas dans la main.

La photographe officielle de l’Elysée montre volontiers l’intimité du chef d’Etat travaillant jusqu’au petit matin, barbe naissante, concentré sur son destin d’homme de paix. Le président lui-même fait connaître au public quelques bribes de ses conversations privées avec l’autocrate isolé. Dans ces dialogues, Macron ressort comme l’homme de la raison et de la sagesse, tentant de tempérer un dingue et un menteur. La mécanique auto-promotionnelle est impeccable. L’efficacité est incontestable auprès d’un public peu regardant sur le fond : Macron s’envole dans les intentions de vote. Sa réélection est donnée comme quasi-assurée par les sondeurs. Mais est-ce ainsi que les problèmes se règlent ? La société du spectacle eut ses heures de gloire depuis les années 1980. Ses grosses ficelles sont devenues usées.

La diplomatie bavarde et exubérante – mais visiblement peu productive – de Macron est à comparer à celle, secrète et taiseuse – mais apparemment plus efficace – menée par le premier ministre israélien, Naftali Bennett. C’est en toute discrétion que Bennett s’est rendu à Moscou samedi pour s’entretenir directement avec Poutine durant trois heures. L’Israélien s’est ensuite rendu à Berlin pour y rencontrer le chancelier allemand Olaf Scholz. Il n’a pas cru utile, en revanche, de se rendre à Paris, ce qui laisse comprendre la méfiance dans laquelle Macron est tenu par les adeptes de la diplomatie de l’ombre et de la désescalade. Bennett a eu des contacts téléphoniques avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky.

Il semblerait que ces contacts directs aient eu des effets puisque Zelensky, dans un entretien lundi soir à la chaîne américaine ABC, s’est dit prêt à un « compromis » sur le statut des territoires séparatistes de l’est de l’Ukraine. « S’agissant de l’Otan, j’ai tempéré ma position sur cette question », a-t-il également avancé, en renonçant donc à la source du conflit, à savoir une implantation de l’Alliance atlantique dans son pays. Ces avancées – dont on ne trouve trace dans les journaux français de ce mercredi – sont des pas importants vers les exigences russes. Macron, dans ce processus, serait-il marginalisé, et avec lui l’Europe qu’il préside pour six mois ?

Ivan Rioufol

Texte daté du 9 mars 2022 et repris du blog d’Ivan Rioufol

La Russie caviardée – Les Russes, boucs émissaires universels !

Russie Poutine

L’invasion militaire de l’Ukraine par les forces armées russes a provoqué une mobilisation internationale inégalée depuis des décennies. Pour certains, la situation a des allures de guerre froide ressuscitée avec le retour de la menace des chars russes qui « sur ordre du Kremlin peuvent franchir le Rhin » pour reprendre la chanson du chanteur antisoviétique Jean-Pax Méfret.

Mais la situation est loin d’être comparable. Seule l’Ukraine est concernée et l’empire soviétique, du moins l’emprise de la Russie sur les pays de l’Est, se réduit comme peau de chagrin. Autre différence profonde, l’omniprésence des réseaux sociaux permet à l’opinion publique de suivre cette guerre en temps réel. En suivant les bons canaux et les bons réseaux, on peut suivre cette guerre comme on le ferait d’une série américaine. Las. Les injonctions émotionnelles ont pris le pas sur le recul et la raison. Entre les traditionnels va-t-en-guerre du centre-gauche qui préconisent une guerre totale face à la Russie comme ils avaient incité à intervenir en Libye avec le succès qu’on leur connaît et les ministres bien à l’abri derrière un studio de radio annonçant à qui voulait l’entendre que nous mènerions une guerre économique, force est de constater que la raison a déserté.

On soutient l’Ukraine comme on a boycotté les JO de Pékin, marché pour le climat, milité pour les trois doses de vaccins, lutté contre le retour des heures sombres et la menace fasciste. En bref, on a besoin de cause pour maintenir un pouvoir en place. Cette cause, aujourd’hui c’est le bouc émissaire, à l’instar des lapidations publiques où chacun pouvait apporter sa pierre à l’exécution, il fait bon de se montrer en train de persécuter du Russe. Ainsi, chez nos voisins belges, on coupe les bourses des étudiants russes. A Toulouse, on pousse le directeur d’un théâtre à la démission en voulant le forcer à prendre position. On déprogramme le Bolchoï, on menace les restaurants russes, on lance des cocktails molotov contre leurs institutions. Au nom des droits de l’homme, on exclut la Russie de la Coupe du monde de football devant se jouer au… Qatar ! Il n’est venu à l’idée de personne que le simple fait de jouer au Qatar était une gifle administrée à ces mêmes droits de l’homme. Mais ce n’est pas tout, les chats russes sont privés de compétition internationale et les athlètes handicapés de ce pays privés de Jeux paralympiques. Au nom du bien évidemment.

Dans ce contexte, la commission européenne par la voix d’Ursula von der Leyden a interdit sur le territoire européen la chaîne RT et le média Sputnik. En cause ? Le fait qu’ils seraient un vecteur de la propagande russe. Passons sur le fait qu’en matière de propagande, le service public français n’a rien à envier au Kremlin pour nous interroger sur les motivations. Comment reprocher à un pays son régime autoritaire en prenant des décisions de censeurs ? Comment ne pas s’interroger sur ces dizaines de journalistes professionnels sans emploi du jour au lendemain et marqués à vie du sceau de la trahison ? « J’ai perdu 90 % de mes revenus, globalement mes confrères de la presse mainstream me recommandent de changer de carrière » confie, abattu, l’un d’entre eux. Il est à l’évidence plus facile de martyriser des journalistes et des athlètes handicapés qu’affronter l’armée russe. Il est plus facile d’appeler les Français à se priver de chauffage depuis une station de ski huppée que de se retrouver face à un char…

Etienne Defay

Article paru dans Présent daté du 9 mars 2022

Viktor Orbán sur la guerre en Ukraine : apaisement avec la Russie et besoin d’une Europe-puissance

Orban Poutine

Dans ce conflit sanglant entre la Russie et l’Ukraine, la position de Viktor Orbán est intéressante. Constatant d’un côté que la Russie intervient à cause de l’OTAN, le Premier ministre hongrois soutient malgré tout le peuple ukrainien… tout en appelant à la paix et en refusant l’escalade contre la Russie. Une position qui montre que les implications de cette guerre sont loin des déclarations simplistes de certains responsables occidentaux.
Voici la traduction d’un article paru dans le Magyar Nemzet le 3 mars 2022 réalisée par le Visegrád Post.

« Le plus important, c’est que la Hongrie reste en-dehors de cette guerre. »

– Le plus important, c’est la vie et la sécurité des Hongrois, y compris de ceux de Subcarpatie [province la plus occidentale de l’Ukraine actuelle, nommée Transcarpatie par les peuples vivant à l’est des Carpates : Ukrainiens etc. – n.d.t.] – a affirmé mercredi, à propos de la guerre russo-ukrainienne, le Premier ministre Viktor Orbán, dans un message vidéo publié sur sa page Facebook. À l’issue d’un conseil de gouvernement, il a déclaré que « nous ne pouvons pas prendre de décisions, et ne prendront pas de décisions de nature à transformer en cible des agglomérations hongroises, ou la population hongroise – y compris celle de Subcarpatie, qu’elle soit ethniquement hongroise ou ukrainienne ».

Et d’ajouter : « Après l’évaluation de la situation à laquelle le gouvernement a procédé au septième jour de la guerre, le cabinet a confirmé que la Hongrie continuera à ne pas envoyer de soldats ou d’armes sur le territoire ukrainien. »

« Le plus important, c’est que la Hongrie reste en-dehors de cette guerre. »

Le Premier ministre a néanmoins fait valoir que l’Ukraine est notre amie, qu’elle est en difficulté, et que nous avons le devoir de porter assistance à ceux qui sont en difficulté. « Nous avons lancé l’une des plus vastes missions humanitaires de l’histoire de la Hongrie. Au titre de sa première phase, nous allons envoyer pour 600 millions de forints d’aliments, de matériel hygiénique et de produits de puériculture » – précise-t-il dans ce message vidéo.

L’avantage d’un gouvernement expérimenté

Dans l’interview exclusive qu’il a accordée à l’hebdomadaire Mandiner, Viktor Orbán affirme que la guerre en cours est déjà la troisième à se déchaîner dans notre voisinage sous des gouvernements qu’il dirige. Et d’énumérer : en 1999, le lendemain du jour de notre adhésion, l’OTAN est intervenue dans la guerre du Kosovo. En 2014, c’est la crise de la Crimée qu’il a eu à gérer – et maintenant, cette seconde guerre russo-ukrainienne. Il voit cette expérience gouvernementale comme un avantage – l’avantage de disposer du calme stratégique : peu parler, mais, quand on parle, s’exprimer alors avec précision et responsabilité. Dans de telles circonstances, on ne peut pas permettre que des préoccupations de campagne passent devant les intérêts de la nation, car le moindre geste déplacé peut provoquer des dommages. Pour lui, en situation de guerre, un mot est déjà la moitié d’un acte. « – L’opposition voudrait expédier des armes, qui serviraient ensuite à tirer sur des russes, ou même des soldats, qui iraient se battre contre les Russes. Cela montre bien qu’ils n’ont pas d’expérience, pas de méthode, et que le sens des responsabilités leur fait complètement défaut. Leurs déclarations irresponsables ne font que jeter de l’huile sur le feu, chose qui va à l’encontre des intérêts de la Hongrie. Plutôt que d’aventurisme, nous avons besoin d’une politique responsable, de sécurité et de stabilité » – affirme-t-il. Revenant sur son expérience, il explique que « s’il on dresse le bilan de nos gouvernements, on verra que, depuis 2010, on aura tout vu : une crise financière, l’écoulement de boue rouge du site d’Ajka, l’inondation, la guerre de Crimée, la crise des migrants, le coronavirus, et finalement la guerre russo-ukrainienne. « L’époque des crises, que nous vivons aujourd’hui, nous prive de la période de paisible création que nous aurions méritée, et malgré tout, nous avons, nous autres Hongrois, réussi à construire un système d’aide aux familles, et à redresser l’économie » – mais tout cela, d’après Viktor Orbán reste peu au regard de notre potentiel, étant donné que le gros de nos énergies est passé à compenser les conséquences des crises.

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Ukraine : des couloirs humanitaires sans issue

Ukraine paix

Les premières négociations entre Kiev et Moscou avaient pour but de mettre en place des couloirs humanitaires pour évacuer les civils de Kiev, Marioupol, Soumy et Kharkiv, quatre villes qui subissent des bombardements et qui s’attendent à une attaque au sol. Mais même cette mesure tourne à l’épreuve de force, car quatre des six couloirs proposés par Moscou conduisent à Moscou et à la Biélorussie.

Kiev estime que les civils qui fuient les zones de conflit doivent pouvoir choisir leurs lieux de refuge, et que la plupart d’entre eux ne tiendront pas spécialement à gagner la Biélorussie, semi-dictature alliée de Moscou, où Lénine reste honoré, ni Moscou même.

Les couloirs humanitaires peuvent jouer un autre rôle, qui n’a guère été évoqué par les commentateurs : la possibilité de faire parvenir aux assiégés du matériel médical, des convois alimentaires. Mais ces mêmes couloirs pourraient aussi être utilisés pour acheminer des armes. C’est l’une des explications aux difficultés pour trouver un accord.

Lundi, le Haut Commissariat aux réfugiés comptait plus d’un million sept cent mille personnes déplacées. Sur une superficie plus importante que la France, l’Ukraine a un tiers d’habitants de moins que notre pays, et la population est davantage dispersée sur le tout le territoire ; mais environ quatre millions de personnes pourraient être poussées à fuir les théâtres des opérations en cours. Autant dire que ces couloirs humanitaires sont susceptibles de sauver de nombreuses vies.

Les premiers essais de leur mise en place ont échoué, chaque partie renvoyant la responsabilité de l’échec sur l’autre partie. Mais, selon la Croix-Rouge, les barrages et les mines sur les axes de communication constituent une vraie difficulté.

D’heure en heure la situation peut évoluer dans un contexte où tant les autorités de Moscou que celles de Kiev sont susceptibles de dissimuler la vérité. Lundi, Kiev parlait d’une « manipulation » de Moscou à propos de ces couloirs. Or, qui dit évacuation de civils dit cessez-le-feu temporaire, sur la voie d’acheminement des évacués, mais aussi en amont de cette voie, pour que les civils acceptent de quitter les caves et les abris ou ils se terrent, de se rassembler, d’être transportés en dehors du champ de bataille annoncé.

Les autorités russes ont indiqué que des corridors sécurisés avaient enfin été ouverts, et ceci sur demande personnelle du président français à l’occasion de l’entretien qu’il avait eu dimanche avec Poutine. Mais la présidence de la République démentait l’information quelques heures plus tard.

Les Ukrainiens fixaient le préalable d’une évacuation via la ville de Lviv, proche de la frontière polonaise, à l’ouest, et pas par la Russie ou via son allié biélorusse.

La France elle-même semble progressivement entraînée dans le conflit

Moscou accusait pour sa part les dirigeants ukrainiens d’utiliser les civils comme bouclier humain. Macron s’en est pris au « discours hypocrite » de Moscou, « au cynisme moral et politique » des dirigeants russes.

Tout cela ne sent pas bon, une catastrophe humaine n’est plus à exclure. La France elle-même semble progressivement entraînée dans ce conflit.

Lueur d’espoir : un cessez-le-feu était enfin officialisé, du moins par Moscou, ce mardi à partir de 9 heures – heure française –, pour l’évacuation des civils. Seraient concernés les habitants de Kiev, Soumy, Marioupol, Kharkiv et Tcherniguiv. Vers l’ouest ou vers le nord et l’est ? De la réponse à cette question dépend sans doute le volet humanitaire d’une guerre qui, elle, va continuer et devrait même se durcir encore.

Francis Bergeron

Article paru dans Présent daté du 8 mars 2022

Guerre en Ukraine, conséquence de l’impéritie des élites occidentales

guerre ukraine

Aucun Européen digne de ce nom ne peut se réjouir de ce qui se passe en Ukraine.
Une tribune de Michel Geoffroy.

Une guerre entre Européens ne ferait qu’ajouter au suicide démographique et géopolitique de notre continent. A fortiori si elle devait déborder le monde slave, comme semblent le souhaiter certains irresponsables, va-t-en-guerre de plateaux télévisés. Il serait temps que l’Europe sorte de sa dormition.

Un conflit prévisible

Le conflit entre la Russie et l’Ukraine était pourtant prévisible : il était même annoncé !

Car il plonge ses racines dans la politique américaine d’encerclement de la Russie qui s’est traduite par l’extension continue de l’OTAN vers ses frontières, en contradiction avec les engagements pris par les occidentaux lors de la chute de l’URSS. Dans la volonté atlantiste, aussi, d’empêcher à tout prix l’émergence d’une Europe de l’Atlantique à l’Oural et pour cela, de fractionner durablement notre continent. Dans le renouveau matériel et spirituel de la Russie, enfin.

Mais les élites d’Europe occidentale se sont enfermées dans le déni : elles ont refusé de voir que nous étions entrés dans un monde polycentrique, où les nations et les civilisations ré-émergentes ont accédé à la puissance et n’entendent plus se plier aux diktats occidentaux.

Un monde par conséquent de plus en plus instable et de moins en moins occidental, justement, comme l’avait prévu Samuel Huntington.

Une mortelle illusion

Le conflit en Ukraine marque le retour du tragique pour une Europe de l’Ouest qui ne s’est préparée à rien car elle a cru que le doux commerce, la communication et le droit procédural suffiraient à tout résoudre.

Une Europe occidentale qui a cru que sa dormition pourrait rester paisible alors qu’elle laissait se développer les sources d’instabilité non seulement à ses portes, mais sur son sol même. Et qu’elle se complaisait dans la déconstruction maladive de son identité et dans son propre remplacement ethnique.

Le choc des puissances qui se déroule en Ukraine met fin brutalement à cette mortelle illusion.

Il démontre l’inexistence de l’Union Européenne, nain stratégique, militaire et diplomatique, simple courroie de transmission d’intérêts ou de lubies idéologiques qui ne sont pas les nôtres.

Car entre les États-Unis, la Russie, l’Inde ou la Chine, l’Europe marchande, déconstruite et immémorante ne compte plus au 21ème siècle.

L’impéritie des élites occidentales

La guerre en Ukraine illustre donc, une nouvelle fois, l’impéritie des élites d’Europe occidentale.

Celles-ci n’ont pas voulu voir la détérioration de l’état ukrainien ; elles ont fermé les yeux sur ce qui se passait dans le Donbass ; elles n’ont pas réellement veillé à l’application des accords de Minsk ; elles ont ignoré les avertissements répétés de la Russie ; elles ont tout misé sur l’OTAN.

Et maintenant que la crise est là, voilà que nos bisounours promoteurs d’écriture inclusive, de vivre ensemble et de déplacements en trottinette, tiennent maintenant des discours martiaux, mais au plus mauvais moment.

Ils jouent aux « chefs de guerre », ils condamnent, ils brandissent des sanctions, ils déplacent des troupes, ils censurent. Ils gesticulent.

Ils démontrent surtout leur incapacité dramatique à maitriser les évènements qu’ils ont laissé advenir et contre lesquels ils ne nous ont pas préparés au surplus.

Comme leurs prédécesseurs de 1939 nous ont conduit au désastre.

Le réveil sera rude

Le conflit en Ukraine montre enfin que les mots, tabous en Europe occidentale, de souveraineté, de frontière, d’intérêt national, de volonté et de puissance avaient encore tout leur sens au 21ème siècle. Du moins pour ceux qui entendent jouer un rôle dans le nouveau siècle multipolaire qui s’avance.

Pour les autres, réduits à l’état d’objet de l’histoire, c’est-à-dire à l’état de proie, ce siècle promet d’être bien douloureux.

Faute de l’avoir compris, notre continent risque une nouvelle fois de devenir le champ de bataille où se rejoue l’affrontement éternel, décrit autrefois par Thucydide, entre puissance émergente et puissance dominante ; mais cette fois, malheureusement à l’âge nucléaire.

Il serait temps que les Européens se réveillent… au bord du gouffre !

Tribune reprise de Boulevard Voltaire

On peut aussi rappeler au passage que les « bonnes consciences » occidentales étaient moins ardentes à dénoncer Moscou lorsque les bolchéviques écrasaient Prague, Budapest et Berlin-Est en 1954 et 1968 (seuls quelques Européens courageux le faisaient à l’époque : dont Dominique Venner).

Manipulations, censure… la guerre médiatique est déclarée ! – I-Média n°385

i-media guerre ukraine

07/03/2022 – FRANCE (NOVOpress)
Voici le sommaire de ce nouveau I-Média.

00:00 Début de l’émission
02:56 Image de la semaine Changement d’ère médiatique avec la fin du Covid-19, totalement éclipsé par la guerre en Ukraine.
05:49 Bobards de guerre : armes de désinformation massive Petite recension de quelques manipulations commises par des journalistes durant les premiers jours de la guerre entre la Russie et l’Ukraine.
20:23 Hystérie générale contre la Russie Entre les concerts d’orchestres russes annulés et les propos délirants de Bruno Le Maire, on semble assister à une hystérie générale.
27:53 Censure et chasse aux sorcières La censure incroyable de Russia Today en Europe a de quoi laisser pantois ! Plus largement, on voit se mettre en place une censure de toutes les opinions contraires à la doxa. 36:06 Impact sur la présidentielle Cette guerre entre l’Ukraine et la Russie n’est pas qu’une affaire internationale. Ses conséquences sur la vie politique française sont déjà bien visibles.


D’une « guerre » à l’autre, la macronie mise sur la peur

Macron

Emmanuel Macron est ambigu dans son rôle attendu d’homme de paix. Certes, le chef de l’Etat a maintenu le contact avec Vladimir Poutine et c’est une bonne chose. Il a également contraint, mardi, Bruno Le Maire à corriger ses propos belliqueux. Le ministre de l’Economie s’était cru autorisé à rappeler la détermination de l’Europe à « livrer une guerre économique et financière totale à la Russie (…) et provoquer l’effondrement de l’économie russe ». « Le terme de guerre était inapproprié et ne correspond pas à notre stratégie de désescalade », s’est amendé Le Maire. Quelques heures plus tôt, l’ancien président russe Dmitri Medvedev avait tweeté : « Surveillez votre langage, Messieurs ! Et n’oubliez pas que les guerres économiques se transforment assez souvent en vraies guerres ». Cependant, c’est Macron qui, lundi, a choisi de nationaliser le conflit entre l’Ukraine et la Russie, en faisant passer un solennel « message aux armées » françaises.

Dans ce texte guerrier, le président explique : « Dans ce contexte de fortes tensions, la France sait pouvoir compter une nouvelle fois sur ses armées (…) Je sais pouvoir compter sur vous (…) ». Jeudi, sur TFI, le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, avait pour sa part déclaré : « Poutine doit comprendre que l’Otan est une alliance nucléaire. Je n’en dirai pas plus ». Une chose est de faire savoir à l’autocrate russe qu’il s’est déshonoré en envahissant l’Ukraine, dans laquelle son armée s’enlise. Une autre est d’alimenter une montée aux extrêmes, en assurant chercher la « désescalade ». Sur le sujet si grave de la guerre et de la menace nucléaire, l’ambiguïté du « en même temps » macronien est dangereuse.

En fait, il y a une tentation, chez Macron, à théâtraliser à l’excès la crise ukrainienne, comme il a su le faire depuis deux ans avec la crise sanitaire. Il est d’ailleurs loisible de constater que la « guerre » contre le Covid, qui monopolisait les esprits et imposait un unique et intransigeant discours hygiéniste, a soudainement laissé la place à la « guerre » contre Poutine, avec un même unanimisme obligé et une semblable hystérisation des peurs.

Cette stratégie a comme effet de rendre intouchable le « chef de guerre », au risque de passer pour un traître à la nation ou un irresponsable. Les débats deviennent pratiquement inabordables, ce qui est confortable pour un président qui entend renouveler son mandat en évitant d’avoir à rendre des comptes. Les similarités entre les deux crises sont frappantes, dans l’usage politique que le pouvoir en fait : une même dramatisation, un même manichéisme, une même diabolisation de ceux qui s’interrogent sur l‘adéquation des réponses apportées.

Sur les réseaux sociaux, les fanatiques de la triple vaccination se sont convertis en fanatiques anti-Russes ! Le gouvernement lui-même s’est prêté à ce rapprochement loufoque en apposant le drapeau ukrainien sur l’application TousAntiCovid. La macronie est va-t-en-guerre car elle pense ainsi faire gagner son chef. L’incendiaire habite toujours à l’Elysée.

Ivan Rioufol

Texte daté du 2 mars 2022 et repris du blog d’Ivan Rioufol

Poutine, meilleur agent électoral de Macron ?

Emmanuel Macron, président impopulaire, craint pour sa réélection. Il avait espéré que l’épidémie de Covid lui donnerait l’opportunité d’une élection présidentielle organisée à sa guise [1]. Las, Omicron vient de balayer cet espoir. Mais voilà que la Russie engage des opérations militaires en Ukraine. Quelle aubaine pour la macronie !

Un blanc-seing pour Macron ?

D’abord, l’inquiétude provoquée par la décision du président russe efface tout d’un coup, en effet, les fiascos diplomatiques à répétition d’Emmanuel Macron. Voire le bilan catastrophique de son quinquennat. Et puisque Vladimir Poutine endosse la posture de l’agresseur, cela démontre qu’Emmanuel Macron ne pouvait réussir à imposer une médiation diplomatique. Il n’y est donc pour rien, le pauvre. C.Q.F.D. !

Ensuite, le spectre d’une guerre en Europe, comme le titre Le Figaro du 25 février, renvoie au second plan les inquiétudes provoquées par le chaos migratoire européen. Au contraire même, puisqu’on nous annonce déjà qu’il faudra accueillir des réfugiés ukrainiens.

Mieux encore : dans cette période si dangereuse pour la paix en Europe, ne faut-il pas resserrer les rangs autour de l’Union européenne, de l’OTAN et bien sûr du président de la République ? Le maire de Béziers, Robert Ménard vient d’ailleurs de déclarer qu’il fallait se ranger « derrière le chef de l’État, quand l’intérêt français est en danger ».

Le coup de l’union nationale

En d’autres termes, la tentation sera grande de nous rejouer le coup de l’union nationale face au barbare Poutine. Ne faut-il pas « faire bloc » contre lui ? Et donc… autour de Jupiter ! Faut-il vraiment changer de président quand la guerre est ad portas ?

Du même coup, ceux qui mettaient en cause le positionnement atlantiste et européiste d’Emmanuel Macron deviennent suspects.

Ne feraient-ils pas par hasard le jeu de Poutine ? Et comme le hasard fait bien les choses, il se trouve que justement les partisans d’une révision de nos relations avec l’OTAN se trouvent parmi les opposants présidentiels à Emmanuel Macron les plus dynamiques : Mélenchon, Zemmour, Le Pen. Super, non ? Comme le titre avec une satisfaction mal contenue le quotidien Le Monde, « Éric Zemmour et Marine Le Pen fragilisés par l’attaque de Vladimir Poutine en Ukraine[3] ». Génial, non ?

Faire le jeu de Poutine, voilà une accusation bien commode pour faire taire les opposants à la macronie et pour neutraliser les dissidents. Mieux encore que l’accusation, éculée, de racisme.

L’heure du bourrage de crânes

Car, derrière l’union nationale, il y a toujours le bourrage de crânes et la censure.

Le bourrage de crânes, nous connaissons déjà. Car cela fait au moins vingt ans que l’on nous abreuve de propagande antirusse et singulièrement anti-Poutine : que ce soit dans les médias mainstream ou sur grand écran hollywoodien où le Russe est systématiquement placé dans le rôle du méchant : mafieux, violent, alcoolique, terroriste d’ultra-droite, on a le choix !

Mais la guerre en Ukraine ne valide-t-elle pas a posteriori toutes ces bêtises, diront les esprits simples ? Poutine n’est-il pas le nouvel Hitler, devant qui il ne faudrait rien céder ? Pas de nouveau Munich, tonnent déjà les stratèges de plateau télé qui ont pris la place des médecins sur nos écrans, avec la même conviction au front de taureau.

Et l’on n’oubliera pas tous ces vieux réacs à qui l’on donne curieusement la parole car ils analysent la situation à l’aune de leur anticommunisme des années 50, preuve qu’ils n’ont rien oublié ni rien appris, comme disait Chateaubriand.

Pour lire la suite, c’est ici !

Slobodan Despot: le journalisme à l’épreuve de la guerre en Ukraine

Slobodan Despot

04/03/2022 – INTERNATIONAL (NOVOpress)
Slobodan Despot : le journalisme à l’épreuve de la guerre en Ukraine sur Putsch Live, une émission présentée par Nicolas Vidal.

Une émission à découvrir alors que l’Union Européenne devient le censeur des médias en France comme l’indiquent nos confrères du Miroir du Nord.


Dans Valeurs Actuelles : Comment l’histoire redevient tragique : les erreurs de Poutine, la responsabilité de l’Otan, les vertiges d’un conflit

Macron diplomate raté, opportuniste certifié, mais surtout candidat !

macron diplomatie ukraine

Emmanuel Macron fidèle à lui-même ! Dans une allocution d’une quinzaine de minutes prononcée jeudi, le président de la République a montré ses limites diplomatiques mais aussi sa malice politique.

Comme lors du discours prononcé le 24 février, Emmanuel Macron se tenait jeudi soir devant trois drapeaux. Celui de la France, naturellement, celui de l’Union européenne, sans surprise, mais aussi celui de l’Ukraine. Même si l’on peut légitimement être solidaire de la nation ukrainienne et admiratif de sa résistance militaire et populaire, voilà une décision partisane loin d’être anodine de la part d’un chef d’Etat et qui rend caduque toute prétention diplomatique.

Emmanuel Macron a par ailleurs assuré que « nous nous tenons aux côtés de l’Ukraine » et adressé « le soutien fraternel de la France » au président ukrainien Volodymyr Zelensky, précisant que ce dernier était « le visage de l’honneur, de la liberté et de la bravoure ». Certes, mais ce dernier est aussi considéré comme un ennemi par la Russie. Afficher explicitement un soutien envers lui paraît donc peu stratégique pour tenter de convaincre Vladimir Poutine d’une désescalade militaire.

La voie diplomatique est pourtant celle qu’Emmanuel Macron prétend défendre, affirmant d’ailleurs être toujours « en contact » avec les présidents des deux pays. Nul doute que la médiation française aurait été crédible si notre pays n’avait pas passé les dernières années à sanctionner et diaboliser la Russie.

Ni diabolisation, ni angélisme, voilà une posture sérieuse qui paraît impossible à tenir pour le gouvernement.

Rappelons la bourde de Bruno Le Maire qui, mardi, déclarait sur France Info que nous menions « une guerre économique et financière totale » à la Russie, un message repéré et dénoncé par Dmitri Medvedev, proche de Vladimir Poutine. En ne désavouant pas publiquement son ministre, Emmanuel Macron s’est tiré une nouvelle balle dans le pied pour ses futurs échanges avec le maître du Kremlin.

La guerre a bon dos

Emmanuel Macron n’a pas officialisé sa candidature à l’élection présidentielle mais a tout de même profité de cette allocution pour avancer ses pions et annoncer la couleur pour les temps à venir. Plus d’UE (réflexion autour de la défense européenne), plus d’OTAN (annonce du déploiement de soldats français dans les pays Baltes et en Roumanie), mais aussi une crise économique dont la cause serait essentiellement la guerre en Ukraine.

Oubliant sa politique suicidaire du « quoi qu’il en coûte » ainsi que le contexte économique mondial bouleversé par le Covid, Emmanuel Macron a donc expliqué la hausse prochaine du coût des matières premières et des énergies par la guerre fraîchement déclenchée, osant même déclarer que « notre croissance aujourd’hui au plus haut sera immanquablement affectée ». Si la guerre n’arrangera évidemment pas le problème, les prix explosaient déjà depuis de nombreux mois. La croissance actuelle n’est, quant à elle, que le retour de manivelle du désastre économique de 2020.

Si Vladimir Poutine a ridiculisé Emmanuel Macron sur la scène internationale, il lui aura bel et bien été d’une aide précieuse pour ses ambitions nationales.

Louis Marceau

Article paru dans Présent daté du 3 mars 2022

Jean-Paul Garraud : Guerre en Ukraine : « On ne peut pas se laisser guider par la frénésie médiatique »

Jean-Paul Garraud

Le président ukrainien Zelensky a demandé, ce lundi 28 février, l’intégration sans délai de son pays à l’Union européenne. Jean-Paul Garraud, député RN au Parlement européen, réagit à cette demande au micro de Boulevard Voltaire. Il en appelle à la plus grande prudence et met en garde contre les va-t-en-guerre qui prospèrent sur les plateaux télé.

Vous êtes euro député. Aujourd’hui, le président de l’Ukraine, monsieur Zelensky a signé la demande officielle d’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne. Cette décision est urgente et il demande à l’UE de l’accepter sans délai. Que pensez-vous de la demande du président Zelensky ?

Premièrement, nous avons au Rassemblement national, une position de principe qui est celle du non-élargissement de l’Union européenne telle qu’elle est aujourd’hui.

Deuxièmement, il ne faut en aucune façon, surtout dans le contexte que nous connaissons actuellement, agir sur le coup de l’émotion. Je comprends bien la demande faite par l’Ukraine, mais ceci doit être réfléchi et ne pas se laisser aller à des mouvements non réfléchis.

L’Ukraine est envahie depuis plusieurs jours par l’armée russe. Au début, nous avons vu une Union européenne qui ne parvenait pas à se faire entendre sur la scène diplomatique, mais qui aujourd’hui, semble avoir trouvé une forme de compromis pour au moins, envoyer massivement un soutien logistique et militaire à l’Ukraine. Est-ce la preuve que devant l’urgence les affaires extérieures européennes fonctionnent ?

Je ne le ressens pas du tout de cette façon. D’abord, il faut se méfier parce que nous n’avons pas beaucoup d’information sur la situation réelle de l’Ukraine actuellement. Et ensuite parce que l’Union européenne est en train d’essayer de se renforcer par le biais de cette affaire. L’Union européenne a une vocation qui est celle de vouloir avoir une politique unique de défense et d’être un supra État. Elle veut faire en sorte que la situation telle qu’elle est, aille dans son sens.

Effectivement, nous constatons tous qu’elle a un certain nombre d’initiatives, mais attention parce qu’aller encore plus loin, avoir une politique de défense commune et une armée commune dépasserait les prérogatives de l’Union européenne et mettrait à bas la politique des États-nation. Nous sommes très favorables aux États-nation et nous considérons que la politique des États-nation pourrait être beaucoup plus forte qu’un certain nombre de gesticulations qui répondent à des phénomènes un peu médiatiques, mais qui sur le fond, ne sont pas du tout efficaces.

À droite, il y a toujours eu une certaine fascination pour Vladimir Poutine. Je pense à Éric Zemmour qui disait qu’il attendait un Poutine français. Marine Le Pen elle-même n’avait jamais caché sa volonté de raprocher la France de la Russie. Les tenants de cette ligne-là ne sont-ils pas pris à leur propre jeu et ne découvrent-ils pas un Vladimir Poutine plus sombre qu’ils ne l’avaient imaginé ?

En ce qui me concerne, je n’ai pas d’admiration pour Vladimir Poutine, mais je trouve que la Russie est un grand peuple, avec une grande Histoire avec laquelle nous avons des liens historiques et culturels. Je trouve qu’il faut faire très attention à ne pas forcément mettre le peuple russe au ban des nations.

Je travaille beaucoup sur la lutte contre le terrorisme islamique et je sais que les Russes sont très efficaces dans ce domaine. Je connais toute l’Histoire de la Russie et cette grande histoire commune que nous avons. Tout ceci n’est pas à jeter aux orties parce qu’il y a actuellement les problèmes que nous connaissons. Il faut donc faire la part des choses. Plus on va mettre au ban des nations comme une infamie le peuple russe, plus la situation va se durcir et plus il y a un risque d’escalade. Je suis dans en opposition totale avec tous les va-t-en-guerre qui sur tous les plateaux de télé et ailleurs nous donnent des conseils dans tous les sens, alors que sur le fond il y a des risques énormes. Il suffirait d’un seul missile russe qui s’appelle Satan pour rayer la France de la carte du monde. Il ne faut pas jouer avec cela.

Je pense que les auditeurs entendront tout à fait cet appel au calme. Néanmoins, comment être sûr que Vladimir Poutine se satisfera de l’Ukraine s’il venait à remporter cette guerre. Si l’Ukraine tombe, la Pologne, la Roumanie et la Moldavie ne se retrouveraient-elles pas en danger ?

Je pense avant tout que la diplomatie doit agir et être efficace. Ce qui est un peu frappant dans cet environnement actuel c’est que nous avons passé sous silence, l’essentiel des demandes russes.

Les demandes russes sont finalement assez simples. Avec l’OTAN qui s’est développé, l’Alliance atlantique a disposé toute une série d’armement aux frontières de la Russie à quelques minutes de missile de Moscou. Les demandes de la Russie étaient d’avoir une certaine sécurité par rapport à cela, car on ne sait jamais ce qu’il peut se passer. Il suffit que des membres de l’Alliance atlantique des pays ou des chefs d’État puissent avoir une politique très négative pour qu’il y ait une catastrophe. Cette demande n’a pas été entendue et elle est passée sous silence. Je ne dis pas que cela justifie l’agression russe, puisqu’elle est condamnable et on l’a condamnée fermement, mais aujourd’hui je considère que la situation est très tendue et tout le monde se retrouve dans une position assez fermée. Je pense très sincèrement que la France a certainement un rôle à jouer. C’est d’abord et avant tout de la diplomatie qui doit se mettre en place. Tout n’est pas blanc d’un côté et noir de l’autre. Il faut donc faire très attention. Dans cette affaire, on ne peut pas se laisser guider par l‘émotion ou par une frénésie médiatique qui emballe les esprits. Il faut vraiment être très réfléchi et ferme sur la question. La France peut et doit jouer son rôle.

Tribune reprise de Boulevard Voltaire

Eric Zemmour au sujet de la guerre en Ukraine – Pousse au crime ?, par Francis Bergeron

zemmour

Eric Zemmour était lundi sur RTL. Il a bien évidemment été interrogé sur l’agression russe. Comme toute la classe politique, il s’est bien indigné de cette attaque, et a mis clairement en cause le président Poutine : « C’est l’agresseur. C’est le seul coupable. Il a décidé d’agresser et de ne pas respecter la souveraineté ukrainienne. »

Le candidat de Reconquête a également reconnu avoir « dit une bêtise », en décembre dernier, quand il s’était dit prêt à parier que la Russie n’attaquerait pas l’Ukraine. « Tous les experts le disaient, j’aurais dû être plus lucide. » Cette autocritique, Présent peut la faire aussi, même si notre correspondant en Pologne était plus inquiet que nos lecteurs – et depuis longtemps – sur la dérive poutinienne. Mais qui aurait pu imaginer que Poutine – à qui tout avait réussi jusqu’alors – commette une telle erreur ? Vingt-deux ans d’affilée au pouvoir, accompagnés d’une élimination progressive des contre-pouvoirs, pouvaient laisser craindre un grave dérapage, à la longue. Nous y sommes.

Le mea culpa de Zemmour est néanmoins accompagné de quelques analyses qui détonnent dans l’unanimisme ambiant. Voulant « voir plus loin que l’émotion », Eric Zemmour a en effet tenu à rappeler la responsabilité de l’OTAN (mais certes pas sa culpabilité) dans le coup de force de Poutine. Il a taclé au passage Jean-Yves Le Drian pour ses propos de jeudi dernier présentant l’OTAN comme une puissance nucléaire à part entière. S’il avait voulu jeter de l’huile sur le feu, c’était ce qu’il fallait dire. D’où l’immédiate « montée aux extrêmes nucléaires ».

En planifiant une sorte d’encerclement de la Russie, l’OTAN – c’est-à-dire les Etats-Unis, en dernière analyse – a contribué à réveiller chez Poutine une nostalgie de cette URSS qui, dans le cadre d’un « équilibre de la terreur », faisait jeu égal avec les Etats-Unis, certes au prix d’un asservissement du pays, et des pays voisins, prétendument souverains, au sein du pacte de Varsovie.

Une situation qui rappelle un peu la responsabilité de la SDN dans l’évolution de l’Italie de Mussolini, à l’occasion de l’affaire d’Ethiopie Avec à la clé, on s’en souvient, un rapprochement de l’Italie et de l’Allemagne, la constitution d’un « axe », et une guerre mondiale, pour finir. Voilà une référence historique assez peu rassurante.

Les comportements des chefs d’Etat autocrates

Sans doute l’analyse d’Eric Zemmour est-elle trop subtile pour les spécialistes de géopolitique, mais ils devraient savoir que dans ce domaine ni les idéologies ni les évidences ne dictent obligatoirement les comportements de chefs d’Etat autocrates.

Cette réflexion de Zemmour a néanmoins suscité une avalanche de commentaires hostiles, notamment ceux d’un sous-ministre de Macron, le dénommé Clément Beaune, qui évoque « une faute, une folie ».

De même, concernant la question des réfugiés, Eric Zemmour s’est distingué du discours des autres politiques, comme de celui des commentateurs : il s’est en effet opposé à l’accueil de réfugiés ukrainiens en France : « Je pense qu’il nous faut aider les Polonais à les accueillir, je préfère qu’ils soient en Pologne. Ils pourront plus facilement rentrer chez eux quand la guerre sera finie. » C’est une réflexion de bon sens. Le maintien des réfugiés dans des pays limitrophes est logique. On a vu la folie – meurtrière – que de vouloir accueillir à tout prix des réfugiés afghans en France. C’était un non-sens, une incitation à les faire changer de vie au lieu de les pousser à libérer leur pays.

500 000 Ukrainiens sont arrivés dans l’Union européenne. Il est logique qu’ils restent en Pologne, en Slovaquie, en Roumanie, solidaires de leurs concitoyens qui se battent, plutôt que de les transplanter en France, avec logements, nourriture et argent de poche, comme s’ils étaient destinés à ne plus jamais revenir chez eux.

Mais même cette réflexion de bon sens a suscité l’ire du dénommé Beaune qui y a vu de l’insensibilité, mais qui n’a pas pour autant identifié du racisme quand le député macronien (Modem) Bourlanges s’est félicité pour sa part d’une « immigration de grande qualité » par rapport à l’immigration habituelle (de mauvaise qualité ?).

Francis Bergeron

Article paru dans Présent daté du 1er mars 2022