Xavier Moreau : « Pour moi, la Russie a déjà gagné la guerre ! »

Xavier Moreau

14/07/2022 – FRANCE (NOVOpress)
Xavier Moreau, analyste politico-stratégique porte un regard peu commun sur le conflit entre l’Ukraine et les Russie. Installé à Moscou depuis plus de vingt ans, Xavier Moreau revient sur les raisons de la guerre et les nombreux événements qui ont ponctué ces derniers mois. Il souhaite apporter des réponses sans langue de bois et sans le prisme du politiquement correct aux questions de TVLibertés.

Opération spéciale ou guerre, souffrance des civils ukrainiens, crise énergétique, moral du peuple russe, situation au Donbass et perspectives de paix sont passés en revue. Un discours et des arguments qui peuvent surprendre mais doivent être entendus pour comprendre les véritables enjeux pour ces deux pays mais aussi pour l’Europe et la France.


Ukraine : BHL au meilleur de sa forme

BHL Ukraine

Que serait une guerre sans le concours cinématographique de Bernard-Henri Lévy ? Les conflits armés ne sont véritablement importants que lorsque BHL prend la peine de se rendre sur place pour y faire vibrer sa voix pleine d’émotion et actionner ses caméras. En première ligne, il nous explique alors ce qu’il faut penser de la situation, qui sont les gentils et les méchants et quelle devrait être la voie de la paix ; pourquoi il faut faire la guerre sans l’aimer. L’Ukraine n’échappe pas à cette règle. Il avait déjà été très productif au moment du Maïdan en 2013–2014, le voilà de retour avec « Pourquoi l’Ukraine », diffusé avec complaisance sur Arte fin juin 2022.

À bas le fascisme poutinien !

Dès le départ le ton est donné, sans surprise avec une suffisance et un aplomb de mandarin si caractéristiques de cette Albanie mentale qu’est Saint-Germain-des-Prés :

« [Maïdan], grande insurrection démocratique qui embrasa la ville il y a huit ans, c’était un mélange de mai 68 et de prise de la Bastille. »

De ce constat qui pourrait pourtant faire l’objet de vifs débats découle tout le reste. La mécanique et la rhétorique BHLiennes se mettent en branle et s’engagent dans une course à sens unique contre le Mal.

Le Mal, c’est-à-dire Vladimir Poutine. Ce chien fou qui entend écraser les Ukrainiens, ces « champions de la liberté ». La belle Ukraine de BHL, mise à mal par « un viva la muerte, un fascisme qui a le visage de Poutine ».

Une tirade d’anthologie

Archétype de ce que Pierre Conesa appelle le « complexe militaro-intellectuel », BHL est sous le charme du goût ukrainien pour la liberté et la démocratie. Le combat des Ukrainiens débuté en 2013 est le sien, et il s’en inspire pour livrer une tirade dont lui seul a le secret.

Toujours la même tartine, un laïus interminable, récité trémolos dans la voix, cheveux au vent et chemise déboutonnée. L’ingérence french touch, sûre d’elle-même mais poétique :

« Ukrainiens de l’Ouest et de l’Est, habitants des villes et marins de la mer Noire, Cosaques et Juifs survivants de l’Holodomor et rescapés de la Shoah par balles, enfants de l’Armée rouge et vétérans de la révolution orange, tous étaient unis dans la volonté de se soustraire à l’empire russe […] »

Les souvenirs d’un globe-philosopher

BHL se souvient de « Sarajevo en flammes », « des villes libyennes éventrées » et de Mossoul. Son diagnostic est formel : c’est Grozny et Alep qui recommencent. Marioupol ? « Guernica en Ukraine ! » Désormais, il en fait le serment : il n’oubliera jamais Irpin et Boutcha. Boutcha, cette ville entrée « dans le grand livre noir de l’horreur, des crimes contre l’humanité, comme Oradour et Srebrenica. »

Toutes les pauvres victimes de la barbarie que BHL a défendues par le passé sont là aujourd’hui devant lui. Les Ukrainiens sont prêts pour la « contre-offensive la plus inattendue de l’Histoire militaire moderne », grâce à la détermination des membres d’une armée de « pêcheurs, de tanneurs et de transporteurs ». Les retranchés d’Azovstal, membres d’un bataillon objet de tous les fantasmes mais auteurs d’une résistance digne des « Spartiates de Léonidas, du Roncevaux de la Chanson de Roland ou du ghetto de Varsovie. »

Bataillon Azov ? Circulez, y’a rien à voir !

Il lui fallait bien crever l’abcès. Éclairer de sa lumière et de son aura le point d’ombre de cette triste guerre : y a‑t-il des néo-nazis au sein du bataillon Azov ? L’homme de terrain est affirmatif : propagande russe ! La dénazification invoquée par Poutine est un mirage. Les conclusions du détective BHL sont sans appel. Les éléments problématiques du bataillon ont été écartés depuis belle lurette. Idem s’agissant des troupes du bataillon Aidar, que le maréchal BHL n’a pas manqué de passer en revue.

Non, non, essayer d’y voir clair sans pour autant prendre parti reviendrait à montrer des penchants complotistes. BHL coupe court aux rumeurs et nous dit avoir vu des « nationalistes et des internationalistes, des supporters du Dynamo Kiev et des ingénieurs, des Cosaques de Zaporijie et des Juifs d’Odessa, mais pas de néo-nazis. » Et un instructeur, manifestement américain, qui motive ses troupes d’une manière étrangement similaire à celle du Sergent Hartman dans Full Metal Jacket.

Les nazis sont plutôt à chercher du côté de Moscou selon lui. Il n’a aucun doute sur le fait que c’est bien Poutine qui a détruit par bombardement le mémorial juif de Babi Yar, alors que cette version des faits a été contestée, y compris dans la presse occidentale.

BHL n’a d’ailleurs pas perçu de traces d’antisémitisme en Ukraine. Oui, c’est le pays de la Shoah par balles, mais aussi une terre de Justes parmi les nations. Il le dit, il faut donc le croire sur parole. Ses pérégrinations le conduisent même jusqu’à interroger un certain Roman Sigov, jeune sociologue parlant un français mal dégrossi, si typique de ces intellectuels des pays post-soviétiques prêts à tout dire pour plaire à leurs maîtres occidentaux. L’antisémitisme en Ukraine ? Un phénomène marginal. Une affirmation corroborée par le grand ami de BHL, « ce héros mystérieux », le président Zelensky, ou encore par ce rabbin auquel BHL donne la parole et qui explique que « l’Ukraine est le second Israël. »

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Covid, Ukraine, canicule… La nouvelle hystérie médiatique perpétuelle, par Clément Martin (Les Identitaires)

hystérie médias

Le premier quinquennat d’Emmanuel Macron aura marqué un tournant dans la vie quotidienne des Français, moins par les mesures prises par le président que par la mise en place d’une frénésie médiatique constante. Les périodes d’hystérie se multiplient, quel que soit le sujet employé. Au bout du compte, le débat public continue de s’abrutir alors que l’assise du gouvernement se solidifie.

Une pandémie, une guerre et une saison : un triptyque

Tout a commencé avec le Covid-19 : lors des premiers mois de la pandémie, l’incertitude a dominé le discours médiatique. D’où vient le virus ? Les chiffres de contamination donnés par les Chinois sont-ils fiables ? Quelle gravité de la maladie ? On peut d’ailleurs pardonner l’agitation chaotique des débuts, étant donné la faiblesse des informations disponibles. Mais, dès qu’il fut clairement établi que le Covid était plus proche de la grippe que de la Peste noire et que les personnes (très) âgées en constituaient les seules véritables victimes, le gouvernement, plutôt que de mettre en place une politique rationnelle et localisée, a choisi d’entretenir la panique générale.

Idem avec le conflit ukrainien : alors qu’il était évident dès le départ que Macron était un acteur de seconde zone dans le conflit, méprisé tant par les Russes que par les Ukrainiens, la communication du gouvernement a mis en scène une parodie de Guerre froide, dans laquelle Macron aurait été en première ligne pour protéger le monde libre. La monopolisation du temps médiatique disponible par les déclarations dérisoires et les bourdes du gouvernement (telles que les rodomontades de Bruno Le Maire) s’est soldée par la casse de la dynamique d’Éric Zemmour et la remise d’Emmanuel Macron au centre du jeu en tant que figure de président-candidat.

Même chose pour la canicule : c’est désormais le refrain estival indépassable au cours duquel les médias redécouvrent qu’il fait chaud en été et qu’il est bienvenu de boire de l’eau pour rester hydraté. Cela évite de parler de l’inflation galopante ou de la pléthore d’affaires qui accablent la « République exemplaire ». Décidément, la presse, sans qui ce travail d’analyse chirurgical resterait lettre morte, mérite amplement ses subventions généreuses.

Gérontocratie et infantilisation

Il existe bien un fil rouge qui permet de comprendre l’émergence de cette hystérie collective permanente, et qui laisse à penser qu’elle ne va pas se calmer lors du deuxième quinquennat entamé.

Renaissance (ex-La République En Marche), en tant que parti des boomers, des retraités et des CSP+ urbanisés, traduit leurs attentes mais a surtout pour but de répondre à leurs anxiétés. Celles-ci sont résumées dans la peur de voir l’ordre établi s’effondrer et laisser place à un nouveau modèle. Face aux contestations de la gauche islamo-wokiste et de la droite populiste et identitaire, le bloc centriste cherche à tout prix à conserver ses places et ses prébendes. Naturellement, ils sont les plus sensibles aux cycles d’hystérie médiatique qui tournent autour de ce qui pourrait menacer la stabilité de l’ordre macroniste : canicule géronticide, pandémie et retour du risque de la mort en Occident, guerre motivée par des visions politiques concurrentes et irréductibles.

Autrement dit, les ennemis de Macron sont ainsi autant « les extrêmes » que le soleil, la finitude de la condition humaine et la politique. Tout cela est finalement très cohérent avec la vision du monde promue par Jupiter et ses disciples : domestication de la population française, réduite à un troupeau passif de troglodytes industrieux confinés en milieu aseptisé, défense fanatique du modèle agonisant de la mondialisation droitdelhommiste et refus de la Grande Politique au profit de la gestion administrative et économique d’un pays réduit à une feuille Excel et à une suite d’indicateurs chiffrés.

L’horizon de la France dans les années à venir se dessine : l’alliance d’un gouvernement de bureaucrates égocentriques appuyé sur une base de retraités, et décidé à gérer le pays comme on gère une garderie, au gré des surexcitations informationnelles du moment. Une telle configuration ne saurait durer éternellement : l’impératif moral pour tous les Français attachés à leur identité, c’est de s’attacher à conserveur leur sanité intellectuelle et leur rationalité.

Clément Martin

Texte repris du site de : Les Identitaires

Conflit russo-ukrainien : la liberté des peuples dans la configuration géopolitique mondiale

macron ukraine

Que faire, nous Européens ? Éternelle question, éternel dilemme, qui se pose aujourd’hui avec une acuité renforcée en Ukraine face à l’interventionnisme américain.
Une tribune signée Arnaud Guyot-Jeannin.

Depuis le déclenchement de la guerre le 24 février par Vladimir Poutine, il n’est de jours qui passent sans que les Français et les Européens se sentent impuissants à agir en faveur d’une paix négociée pouvant mettre fin au désastre d’une guerre européenne préjudiciable à tous les peuples. Pourtant, c’est ce que tout le monde souhaite, à commencer par les Ukrainiens et les Russes, malgré l’activisme belliciste de leurs minorités ultra-nationalistes respectives. Les logiques de domination nationalistes et impérialistes à l’échelle globale aboutissent à des rapports de force ne pouvant conduire qu’à une montée aux extrêmes où l’Ukraine et la Russie ont tout à perdre. Mais, où les États-Unis pensent qu’ils ont tout à gagner ! En effet, les desseins mondialistes d’une Amérique prédatrice et présidée par le vieux gâteux de la Maison Blanche, Joe Biden, ne sont plus à démontrer.

L’aboiement de l’Otan

Il faut être équitable. Après avoir condamné l’intervention russe en Ukraine, le pape François a déclaré au Corriere della Serra, le 3 mai 2022 : « C’est l’aboiement de l’Otan à la porte de la Russie qui a poussé le chef du Kremlin à mal réagir et à déclencher le conflit. » De son côté, Thierry Mariani, député européen du Rassemblement national, observe, à juste titre, dans les colonnes de Valeurs actuelles du 2 juin dernier : « Les Russes ne supportent plus d’être environnés de nations dont les élites, les diplomaties et les dirigeants sont biberonnés à un atlantisme belliqueux. Oui, les Russes pensent que le déversement massif et continu d’armements américains chez leurs voisins est un danger pour leur sécurité. Longtemps, la Russie a souhaité parvenir à un rapprochement avec l’Europe de l’Ouest et a travaillé en ce sens. Il est désormais à craindre que Moscou ne se soucie plus de nos nations, les jugeant inféodées aux États-Unis et désormais incapables d’indépendance sur la scène internationale. »

L’impuissance diplomatique de la France et de l’Europe dans ce conflit s’avère une réalité terrifiante. Néanmoins, il faut continuer d’appeler à la Pax Europa. Que faire d’autre ? On nous reprochera de ne pas être réalistes. Mais, avec Bernanos, nous savons que « le réalisme, c’est la bonne conscience des salauds ». Et puis, en matière de realpolitik, que proposent exactement les pro-ukraniens russophobes et les pro-russes qui méprisent les Ukrainiens ? Pas grand-chose, il faut bien le dire. Alors ? Alors, nous ne pouvons qu’appeler à cette paix européenne avec toutes les âmes et hommes de bonne volonté de la société politique et civile, qui savent bien que l’Occident américanocentré ne fera qu’encourager la poursuite de cette guerre pour affermir ses intérêts qui ne sont pas ceux de l’Ukraine, de la Russie, de la France et de l’Europe.

Thierry Mariani peut conclure ainsi sa tribune libre par ses mots de bon sens : « L’intérêt de la France n’est pas la victoire de la Russie ou de l’Ukraine dans le conflit qui les oppose. Notre intérêt, c’est le retour le plus rapide possible à la paix et à des relations normales avec la Russie. Cette évidence stratégique est aujourd’hui diabolisée par des esprits soucieux de vivre leur guerre d’Espagne par procuration. Cette évidence sera pourtant partagée par toujours plus de Français à mesure qu’ils subiront les effets économiques et sociaux catastrophiques de cette situation. D’ailleurs, les médias finiront peut-être par se lasser des exigences débordantes du président ukrainien. » De même que celles de Vladimir Poutine, bien que ce dernier représentera toujours, quoi qu’il fasse, la figure du Spectre dans le nouveau James Bond international qui se joue actuellement…

Tribune reprise de revue-elements.com

Ukraine : les États-Unis responsables du conflit, un article du NYT

nyt ukraine

Le New York Times est le représentant attitré de l’« establishment » de la côte est et du versant woke de la côte ouest américaine. Mais il publie parfois des tribunes libres qui marquent un ton très différent, comme celle de Christopher Caldwell le 31 mai 2022, qui indique clairement un partage des responsabilités de la guerre Russie/Ukraine. Une analyse assez éloignée de ce que l’on peut lire habituellement dans les médias de grand chemin. Les intertitres sont proposés par la rédaction de l’Ojim.

La guerre en Ukraine pourrait être impossible à arrêter. Et les États-Unis en sont en grande partie responsables.

Dans le quotidien parisien Le Figaro de ce mois-ci, Henri Guaino, l’un des principaux conseillers de Nicolas Sarkozy lorsqu’il était président de la France, a prévenu que les pays d’Europe, sous la direction peu perspicace des États-Unis, étaient “somnambules” dans la guerre avec la Russie. M. Guaino a emprunté une métaphore utilisée par l’historien Christopher Clark pour décrire les origines de la Première Guerre mondiale.

Responsabilités partagées

Naturellement, M. Guaino comprend que la Russie est la plus directement responsable du conflit actuel en Ukraine. C’est la Russie qui a massé ses troupes à la frontière l’automne et l’hiver derniers et qui, après avoir exigé de l’OTAN un certain nombre de garanties de sécurité liées à l’Ukraine que l’OTAN a rejetées, a commencé à bombarder et à tuer le 24 février.

Mais les États-Unis ont contribué à transformer ce conflit tragique, local et ambigu en une conflagration mondiale potentielle. Selon M. Guaino, en ne comprenant pas la logique de la guerre, l’Occident, dirigé par l’administration Biden, donne au conflit un élan qui pourrait être impossible à arrêter. Il a raison.

Retour à 2014 et au pseudo Maïdan

En 2014, les États-Unis ont soutenu un soulèvement — dans sa phase finale, un soulèvement violent — contre le gouvernement ukrainien légitimement élu de Viktor Yanukovych, qui était pro-russe. (La corruption du gouvernement de M. Ianoukovitch a été beaucoup mise en avant par les défenseurs de la rébellion, mais la corruption est un problème ukrainien permanent, même aujourd’hui). La Russie, à son tour, a annexé la Crimée, une partie de l’Ukraine historiquement russophone qui, depuis le 18e siècle, abritait la flotte russe de la mer Noire.

On peut discuter des revendications russes sur la Crimée, mais les Russes les prennent au sérieux. Des centaines de milliers de combattants russes et soviétiques sont morts en défendant la ville de Sébastopol contre les forces européennes lors de deux sièges, l’un pendant la guerre de Crimée et l’autre pendant la Seconde Guerre mondiale. Ces dernières années, le contrôle russe de la Crimée a semblé offrir un arrangement régional stable : Les voisins européens de la Russie, au moins, ont laissé les chiens dormir.

Ukraine/US, la Charte de partenariat stratégique de novembre 2021

Mais les États-Unis n’ont jamais accepté cet arrangement. Le 10 novembre 2021, les États-Unis et l’Ukraine ont signé une “charte de partenariat stratégique” qui demandait à l’Ukraine de rejoindre l’OTAN, condamnait “l’agression russe en cours” et affirmait un “engagement inébranlable” en faveur de la réintégration de la Crimée dans l’Ukraine.

Jusqu’à présent, le déroulement mouvementé de la guerre en Ukraine a justifié le diagnostic de M. Poutine, mais pas sa conduite. Bien que l’industrie militaire ukrainienne ait été importante à l’époque soviétique, en 2014, le pays n’avait pratiquement plus d’armée moderne. Les oligarques, et non l’État, ont armé et financé certaines des milices envoyées pour combattre les séparatistes soutenus par la Russie dans l’est du pays

Pour lire la suite, c’est ici !

Adrien Bocquet qui revient d’opérations humanitaires en Ukraine : « J’ai vu beaucoup de crimes de guerre. Les seuls crimes de guerre que j’ai vus ont été perpétrés par des militaires Ukrainiens »

Russie : vers une 3ème guerre mondiale ? L’analyse d’Aymeric Chauprade

chauprade

10/05/2022 – INTERNATIONAL (NOVOpress)
Depuis quelques jours, les médias occidentaux et russes s’interrogent fortement sur la possibilité d’une escalade du conflit entre l’Ukraine et la Russie vers une 3ème guerre mondiale voire une guerre nucléaire. Qu’en est-il réellement ? Poutine pourrait-il déclencher une frappe ? Et si oui, comment l’éviter ?

Le géopolitologue Aymeric Chauprade, fin spécialiste de l’Europe de l’Est et de la Russie, est l’invité de ce tout nouveau format consacrée à la géopolitique et animé par notre reporter Erik Tegnér. Dans cet entretien réalisé en direct, nous interrogeons également Aymeric Chauprade sur de nombreux sujets pour décrypter le vrai du faux sur l’état de santé de Poutine, son soutien ou non par l’Etat profond russe, les accusations de crimes de guerre à Boutcha etc.


Ukraine : l’Europe doit se désolidariser des Américains, par Bruno Mégret

Ukraine

La guerre en Ukraine évolue de façon très inquiétante. Le jusqu’au-boutisme des Américains ouvre en effet le risque d’une guerre nucléaire qui pourrait être fatale au monde européen.

Les Américains jettent de l’huile sur le feu…

Organisant la mobilisation générale contre la Russie, les Américains jettent de l’huile sur le feu. Accuser Poutine des pires ignominies, le traiter de boucher, parler de crimes de guerre et de génocide, le menacer de la Cour pénale internationale, c’est se couper de toute négociation possible avec lui. Ensuite, soutenir l’armée ukrainienne en s’engageant massivement à ses côtés au point de planifier maintenant des livraisons d’armes pour vingt milliards de dollars, c’est prolonger, voire étendre le conflit avec les pertes matérielles et principalement humaines qui en résultent. Enfin, c’est surtout s’engager ouvertement dans la guerre contre les Russes avec la volonté de les battre militairement.

… après avoir cherché à piéger les Russes

Un projet dont on peut d’ailleurs se demander s’il ne s’inscrit pas dans une stratégie conçue de longue date. Tout se passe en effet comme si les Américains avaient cherché à piéger le maître du Kremlin en refusant toute négociation avec lui sur la sécurité en Europe et en annonçant ensuite que pas un soldat américain ne viendrait défendre l’Ukraine. À la manière dont ils avaient poussé Saddam Hussein à l’invasion du Koweit, ils auraient ainsi délibérément créé les conditions de la réaction agressive des Russes pour, dans un deuxième temps, organiser contre eux une mobilisation générale de tout le monde occidental.

Mais si Poutine est acculé, le pire devient possible

L’erreur dramatique des Américains est que Poutine n’acceptera jamais de subir une défaite militaire. Et, s’il n’est pas question ici de défendre l’intéressé et de nier sa responsabilité première dans le conflit et dans les drames, voire les exactions qui en résultent, le devoir des dirigeants confrontés au chef d’État russe n’est pas d’aller pleurer dans les médias comme certains responsables américains mais d’agir lucidement en tenant compte des contraintes géopolitiques comme des réalités psychologiques.

A cet égard, il est clair que si Poutine est acculé à subir une défaite militaire, il utilisera l’arme nucléaire. On peut penser et espérer que ce sera, dans un premier temps au moins, l’arme nucléaire tactique sur le théâtre du champ de bataille, mais personne ne peut prévoir ce qu’il adviendra après une telle escalade de la violence guerrière.

L’Ukraine doit mener une guerre qu’elle aurait pu éviter…

Alors pourquoi prendre un tel risque ? S’agit-il de la souveraineté de l’Ukraine ? Un pays ne cesse pas d’être souverain si ses dirigeants, en sages politiques, tiennent compte des contraintes géopolitiques auxquels il est soumis. Faute d’avoir voulu le faire, les Ukrainiens ont été entraînés dans la guerre d’une façon pour le moins paradoxale : ils subissent une invasion russe pour avoir voulu se protéger d’une invasion russe (en cherchant à adhérer à l’Otan) ! Le président Zelensky porte donc sa part de responsabilité dans cette guerre en n’ayant pas accepté pour son pays un statut de neutralité, statut qui n’a rien au demeurant de déshonorant. Aussi est-il mal placé pour exiger aujourd’hui de tous les pays occidentaux qu’ils s’engagent sans réserve à ses côtés dans une guerre qu’il aurait peut-être pu éviter par une attitude plus prudente. Une guerre dans laquelle lui et son peuple sont d’ailleurs de surcroît instrumentalisés par les États-Unis.

… et se trouve instrumentalisée par les Américains pour détruire la puissance russe

Si les Américains prennent le risque d’une escalade militaire avec la Russie, c’est en effet pour un enjeu à leurs yeux bien supérieur à celui du devenir de l’Ukraine. Il s’agit pour eux d’en finir avec la puissance russe. Une puissance qu’ils ne contrôlent pas et dont ils détestent les valeurs politiquement incorrectes. Mais cet acharnement américain contre la Russie montre en tout cas combien les États-Unis peinent à prendre en compte les réalités nouvelles du monde actuel. Après leur victoire sur l’URSS ils ne sont pas devenus en effet les maîtres du monde car ce dernier n’est pas passé d’une organisation bipolaire à une structure unipolaire mais à une planète structurée en plusieurs pôles de puissance. Leur ennemi, ou leur adversaire, comme le nôtre, n’est donc pas la Russie mais bien plutôt les puissances émergentes qui veulent prendre leur revanche sur l’Europe et le monde occidental qui les ont dominées pendant plusieurs siècles. Les Américains seraient donc bien avisés de comprendre ce grand basculement et d’en tirer les conséquences : pour faire face à ces nouvelles puissances comme la Chine et dont beaucoup sont animées par le ressentiment ou l’esprit de vengeance, les États-Unis gagneraient à avoir à leur coté une vraie puissance européenne autonome et une Russie forte qui reste européenne.

L’Union européenne devrait se désolidariser des États- Unis pour imposer la désescalade

D’ici là, et pour en revenir à la guerre en Ukraine et au risque majeur d’une escalade nucléaire, je considère qu’il est de la responsabilité historique de l’Union européenne de se désolidariser officiellement des États-Unis et, forte de cette nouvelle légitimité, de se positionner avec autorité comme une puissance d’apaisement et de désescalade, écartant les Américains et poussant les deux parties à la négociation. Telle est l’initiative que devrait prendre rapidement l’actuel président de l’Union européenne, Emmanuel Macron. Et peu importe si certains pays comme la Pologne s’opposent à une telle prise de position, l’enjeu est trop important pour ne pas passer outre. Il s’agit en effet d’éviter le risque d’une guerre qui d’ailleurs ne serait pas mondiale. Car cette guerre n’embraserait que l’Europe et l’Amérique du nord. Elle conduirait au suicide du monde européen et chrétien, ce serait le crépuscule de l’Occident.

Tribune reprise de Polémia

France, Russie, Ukraine : qui survivra à Macron ? – L’analyse de Pierre-Yves Rougeyron

Macron

03/05/2022 – FRANCE (NOVOpress)
Dimanche 24 avril, le verdict est tombé. Plus de 58% des Français ont préféré voter pour qu’Emmanuel Macron reste à la tête de la France cinq ans supplémentaires face à Marine Le Pen, la présidente du Rassemblement National. Un vote loin du plébiscite qui pose néanmoins question. Après un premier mandat d’une dureté inédite pour un grand nombre de Français, le Système a su se maintenir en misant sur un coup arithmétique.

Dès le soir du premier tour, le 3ème homme, Jean-Luc Mélenchon, avait assommé sa consigne : tout sauf Marine Le Pen. Résultat : les électeurs de la France Insoumise / Union Populaire se sont abstenus en masse, ou ont préféré voter pour le candidat de la retraite à 65 ans. Un paradoxe de plus en plus courant dans les rangs de l’extrême-gauche, dépourvue du vote ouvrier depuis un moment.

La France, par son morcellement, subi donc une nouvelle ère Macron. Une ère qui s’annonce encore plus dangereuse que la première. En effet, en plus du terrain social particulièrement explosif dû à l’inflation et aux réformes à venir, le conflit en Ukraine s’envenime chaque jour un peu plus. A peine l’élection d’Emmanuel Macron acquise, l’Union européenne a accéléré ses livraisons d’armes à Kiev, la France étant une des plus grosses contributrices. Les sanctions financières se poursuivent et pénalisent avant tout l’espace économique et le peuple européens.

Une situation aussi explosive sur le plan national qu’international face à laquelle Emmanuel Macron pourrait bien jeter de l’huile sur le feu.


Russie-Ukraine : la paix à l’épreuve des mensonges – Boutcha crimes de guerre ou montage médiatique ?

Jacques Baud – « L’Occident instrumentalise l’Ukraine contre Poutine » – En un mois, les Russes ont tiré ce que les Américains ont tiré le premier jour de l’invasion en Irak !

Europe : la guerre en Ukraine rebat les cartes

europe ukraine

La guerre en Ukraine n’en finit plus de provoquer des remous militaires et géopolitiques en Europe. Après le réarmement de l’Allemagne annoncé fin février, la France s’interroge sur la qualité de ses services de renseignement, l’Angleterre tente de faire pression sur ses anciens alliés tandis que la Suède songe à adhérer à l’Otan, ce qu’elle refusait catégoriquement jusqu’à présent. L’Europe est sens dessus dessous !

Responsable du fiasco ? Bouc émissaire ? Toujours est-il que le général Eric Vidaud, patron de la direction du renseignement militaire français depuis sept mois, a été limogé par l’état-major. C’est une information révélée mercredi par « une source interne au ministère des Armées », qui précise également que sa hiérarchie pointait du doigt son « manque de maîtrise des sujets ».

Le renseignement militaire français, contrairement à celui des Etats-Unis, ne croyait pas à l’hypothèse d’une invasion russe de l’Ukraine.

L’on pourra toutefois noter que le chef des armées, un certain Emmanuel Macron, s’est lui aussi lourdement trompé en étant l’idiot utile de Vladimir Poutine. La démarche diplomatique du président français était par ailleurs peu sérieuse, celui-ci ne ratant jamais une occasion d’apporter son soutien à l’Ukraine entre deux échanges avec le président russe.

L’Angleterre, elle aussi, semble agacée de voir les événements lui échapper. Son ancienne colonie, l’Inde, n’a en effet pas embrassé la ligne occidentale, ne votant pas la résolution de l’ONU exigeant le retrait des forces russes de l’Ukraine et n’adoptant pas la moindre sanction économique à son encontre.

Jeudi, Liz Truss, ministre britannique des Affaires étrangères, a effectué le voyage à New Delhi afin d’encourager un rapprochement entre les deux pays, promettant que cela stimulerait la sécurité dans la région et créerait des emplois. Si l’Inde collabore avec la Russie, tout comme la Chine, elle demeure rivale de son géant voisin communiste et ne peut se permettre de couper les ponts avec ses potentiels alliés occidentaux. Liz Truss et le Royaume-Uni l’ont bien compris.

L’Europe du Nord, future zone conflictuelle ?

Magdalena Andersson, Premier ministre suédois (ou Première ministre ? Je ne sais plus ce qu’on doit dire en bon français !), a déclaré mercredi lors d’un entretien télévisé qu’elle n’excluait « en aucune façon » l’adhésion de son pays à l’Otan, ajoutant qu’elle souhaitait que soit faite « une analyse approfondie des possibilités » mais aussi une analyse « des menaces et des risques ».

L’élargissement de l’Otan est en effet ce que redoute le Kremlin, qui n’hésite pas à menacer les prétendants se trouvant à proximité de son territoire, comme il l’a fait dès la fin février avec la Finlande. Or, la Suède et la Russie partagent une frontière maritime en mer Baltique.

C’est un brusque revirement pour la Suède, sa dirigeante ayant assuré au début de l’assaut russe qu’il était « crucial » que la ligne de la Suède dans sa politique de sécurité reste inchangée. Elle ajoutait le 8 mars qu’un rapprochement avec l’Otan déstabiliserait potentiellement la sécurité de l’Europe du Nord.

Les dirigeants européens, confrontés à une situation inédite depuis plusieurs décennies, naviguent à vue.

Louis Marceau

Article paru dans Présent daté du 1er avril 2022

Éric Denécé : « Il ne faut pas éluder les responsabilités du régime de Zelensky »

zelenski

29/03/2022 – EUROPE (NOVOpress)
Éric Denécé, directeur du Centre français de recherche sur le renseignement est l’invité d’André Bercoff.

Pour Éric Denécé : « Il ne faut pas éluder les responsabilités du régime de Zelensky ».

Une interview à découvrir pour essayer de prendre de la hauteur dans ce conflit.


Volodymyr Zelensky en opération séduction au Parlement

Zelensky chard

Volodymyr Zelensky s’est adressé au Parlement. Mercredi, peu après 15 heures, députés et sénateurs s’étaient réunis pour écouter le président ukrainien, intervenant via un écran géant.

Pas de place pour les questions ou le débat ! Le président ukrainien s’est contenté de prononcer pendant un peu plus de douze minutes un discours parfaitement préparé, remplissant tous les critères de la « comm » moderne.

Après avoir évoqué les crimes commis par l’armée russe et invité – forcé ? – son auditoire à se lever pour respecter une minute de silence en mémoire des victimes, il a donc vanté les mérites de la France tout en lui demandant de faire davantage. Pour résumer son propos, la devise « liberté-égalité-fraternité » est une source d’inspiration pour les Ukrainiens mais il faut désormais les aider à l’appliquer chez eux face à l’envahisseur tandis que les ruines de Marioupol rappellent celles de Verdun.

Par ailleurs, Volodymyr Zelensky n’y est pas allé par quatre chemins, faisant de nombreuses demandes et autres appels du pied.

Il a notamment souligné que c’est sous la présidence française de l’Union européenne que devra être prise la décision au sujet de la demande d’adhésion de l’Ukraine à l’UE. Il a également réclamé « plus de soutien », notamment des armes et des chars, et demandé le départ des dernières entreprises françaises encore actives en Russie, à commencer par Renault, Leroy Merlin et Auchan.

Des réactions

Au micro de Public Sénat, Bruno Retailleau, sénateur LR de la Vendée, a évoqué un moment « historique » et « très touchant ». A ses yeux, les choses sont claires, « nous devons fournir des armes ». Une position que ne partage pas Nicolas Dupont-Aignan.

S’il valide l’idée d’apporter de l’aide humanitaire à l’Ukraine, le député refuse d’envoyer des armes, précisant qu’il fallait « créer les conditions de la paix, pas les conditions de la guerre ». Celui qui est aussi candidat à l’élection présidentielle et a reçu le soutien de Florian Philippot est allé plus loin en évoquant « un discours extrêmement dangereux » qui pourrait déboucher sur « un engrenage dramatique pour le continent ». Le risque semble effectivement réel. Nicolas Dupont-Aignan propose la neutralité de l’Ukraine ainsi que l’autonomie constitutionnelle du Donbass, comme l’exige la Russie. Les détracteurs du souverainiste ne se sont donc pas privés pour lui faire remarquer que l’Ukraine, elle aussi, tentait de défendre sa souveraineté.

Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, tous deux pointés du doigt pour leur position mesurée – d’aucuns préciseraient « juste » – envers la Russie, étaient bien présents dans l’hémicycle mais n’ont pas surréagi, privilégiant leur campagne électorale.

Dans les heures suivant l’intervention du président ukrainien, l’entreprise Renault a annoncé qu’elle suspendait dès à présent les activités de son usine de Moscou, tout comme le laboratoire pharmaceutique français Sanofi. Leroy Merlin, en revanche, poursuivra ses activités, craignant une faillite et une expropriation qui renforcerait les moyens financiers de la Russie si elle rompait ses engagements.

L’émotion est-elle la réponse à toutes les questions politiques ?

Louis Marceau

Article paru dans Présent daté du 24 mars 2022

Conflit en Ukraine – Machiavel, toujours… – Une tribune d’Hervé Juvin

ambassadeur Russie

Confondre les causes — l’encerclement de la Russie — et les conséquences — l’invasion de l’Ukraine — constitue une erreur politique majeure. Mais elle ne dit pas tout des nouveaux rapports de force. La guerre en Ukraine échappe de plus en plus aux belligérants et devient le théâtre d’un affrontement à l’échelle du globe. Contre l’hégémonie du dollar. Contre les outils de contrôle de la finance internationale (le système Swift par exemple) au service exclusif des Anglo-Saxons. Les sanctions contre la Russie n’ont-elles pas été rejetées par plus des deux tiers de la population mondiale ? Cela devrait interroger les Européens et les inciter à sortir de l’orbite américain. La leçon de géopolitique d’Hervé Juvin.

Au moment où des édiles français proposent de changer le nom d’un lycée nommé Soljenitsyne parce qu’il est russe — savent-ils seulement quel dissident a été Soljenitsyne ? — au moment où la propagande se déchaîne jusqu’à désigner coupables ceux qui cherchent seulement à comprendre les raisons de l’invasion russe de l’Ukraine — essayer de comprendre, c’est déjà être complice ! — encore et encore, revenons-en à Machiavel. Chercher la verita effettiva de la cosa , voilà la seule ligne que tout élu, tout stratège plus encore, devrait adopter. Et si nous essayions de regarder ce qui est, au lieu de nous remplir de bonne conscience en proclamant ce qui devrait être ?

Un enjeu qui va au-delà des populations russophones

La guerre déclenchée par la Russie contre l’Ukraine n’a plus pour enjeu la sécurité des populations russophones du Donbass et d’ailleurs, ni le respect de leurs droits, tels qu’ils étaient prévus dans les accords de Minsk. Nous en sommes loin. Ce que le pouvoir russe s’obstine à nommer « opération » est devenu une guerre à signification mondiale, qui échappe largement à la Russie elle-même. Tel qu’il se dessine avec une précision croissante, l’enjeu est la fin de la domination anglo-américaine sur le monde. Cette domination s’exerce aujourd’hui à travers le monopole du dollar dans les transactions internationales, à travers le monopole des marchés de la City de Londres, de Wall Street et du Nasdaq aux États-Unis, plus encore d’une financiarisation insoutenable de l’économie mondiale, et par une instrumentalisation constante des prétendues « institutions internationales » par la tribu anglo-américaine, l’Union européenne n’y échappant pas.

Cette domination se justifie par une prétention arrogante à détenir le « Bien » et à faire le Bien du monde sans lui, voire contre la volonté exprimée des peuples. Cette domination explique le : « deux poids, deux mesures » qui, par exemple, dispense de toutes sanctions et de tout embargo les puissances coupables des agressions sans mandat des Nations-Unies contre la Libye (le mandat se limitait à la protection de Benghazi), contre l’Irak ou les complices des terroristes islamistes, par exemple en Afghanistan (la CIA contractant avec Ben Laden à Peshawar) ou en Syrie (l’invention britannique des « Casques Blancs »), et paralyse toute enquête sur la responsabilité américaine dans les pandémies échappées des laboratoires sous son contrôle, dans vingt-cinq pays, en Ukraine comme en Chine, en Bulgarie comme en Géorgie ou au Kazakhstan — et à Wuhan.

Sujet majeur ; des Nations représentant 3 milliards d’habitants exigent du Conseil de Sécurité de l’ONU une enquête indépendante, qu’une administration américaine en panique refuse, mais que le sénateur Rand Paul appelle, incarnant ce peu qui demeure de liberté en Amérique. Et elle explique un fait constaté, de Dakar à Delhi et de Téhéran à Pékin ; 8 milliards d’êtres humains qui sont autant de citoyens d’une Nation, d’héritiers de cultures et de civilisations toutes différentes, liés par leur identité collective et par cette liberté qui s’appelle souveraineté, ne seront pas conduits par cinq ou six cents millions de protestants arrogants et désormais, ignorants. Ajoutons notre lecture à l’emploi à deux reprises des missiles hypersoniques par la Russie ; la cause est entendue, et la sentence est sans appel. Les militaires ont entendu le message. Les mercenaires aussi, qui quittent l’Ukraine quand ils le peuvent.

L’économie compte

Le dirigeant historique de la Malaisie, Mohammad Mahathir, l’avait déclaré ; « l’Occident a tout pour être heureux, pourquoi veulent-ils vivre au-dessus de leurs moyens ? » Déclaration modérée, venant du dirigeant d’un pays un temps ruiné par l’attaque organisée par Georges Soros et ses complices contre le ringgit, la monnaie malaise. Saturé par la propagande à quoi se réduit la prétendue « économie » libérale, les Occidentaux ne mesurent pas à quel point l’aisance qu’ils croient devoir à leur travail, leurs entreprises et au génie de leurs dirigeants doit une part décisive au monopole du dollar. À de très rares exceptions près, le prix de toutes les matières premières qui comptent est libellé en dollar, et les marchés à terme de Chicago font les cours des céréales comme celui de Londres manipule les prix de l’or. À de très rares exceptions près, toute grande entreprise poursuivant une croissance mondiale cherche à lever des capitaux sur les marchés américains, à se faire coter sur ces marchés, et utilise les services de banques, d’auditeurs et de consultants américains — sans se rendre compte qu’elle tombe sous le coup des lois américaines.

Faut-il l’écrire au passé ? Il faut l’écrire au passé. En faisant disparaître quelques semaines Jack Ma, le milliardaire fondateur d’Alibaba au moment de l’introduction en Bourse de sa filiale, Ant, le gouvernement chinois a fait savoir que l’argent ne gouvernait pas la politique de la RPC. En négociant avec la Russie un contrat d’approvisionnement d’énergie à bon compte, en rouble contre roupie, l’Inde envoie un signal que renforce la décision des Émirats arabes unis de vendre du pétrole en yuan, hors dollar — au moment même où le nouveau maître des destinées de l’Arabie Saoudite refuse de prendre Joe Biden au téléphone. Le fait est que le dollar est en train de perdre sa fonction de référence sur les marchés de l’énergie.

La conclusion pourrait être : avec le monopole des transactions sur les matières premières, le dollar perd sa centralité dans le système monétaire mondial. Elle s’exprime autrement ; depuis le coup d’État monétaire de Nixon, le 15 août 1971, rendant le dollar non convertible en or, depuis une série d’escroqueries américaines, la moins commentée et la plus décisive étant sans doute la substitution de la comptabilité à valeur de marché (« market value ») à la comptabilité à valeur historique au début des années 2000, les États-Unis et, dans une moindre mesure, leurs alliés européens, bénéficient d’un niveau de vie surévalué de quelques 30 %. Qu’ils en profitent tant qu’il est temps !

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Ukraine. Romain Bessonnet : « Autour de monsieur Zelensky, la corruption est légendaire ! »

Romain Bessonnet

21/03/2022 – FRANCE (NOVOpress)
Romain Bessonnet était l’invité d’Éric Morillot dans Les Incorrectibles. Ce dernier est le traducteur, en français, du livre Poutine par lui-même – La conquête du pouvoir : discours et interventions (1991-2000)

Spécialiste de la Russie, il est le secrétaire général du Cercle Aristote. Il évoque la situation internationale, l’Ukraine, la corruption.