Adrien Bocquet qui revient d’opérations humanitaires en Ukraine : « J’ai vu beaucoup de crimes de guerre. Les seuls crimes de guerre que j’ai vus ont été perpétrés par des militaires Ukrainiens »

Russie : vers une 3ème guerre mondiale ? L’analyse d’Aymeric Chauprade

chauprade

10/05/2022 – INTERNATIONAL (NOVOpress)
Depuis quelques jours, les médias occidentaux et russes s’interrogent fortement sur la possibilité d’une escalade du conflit entre l’Ukraine et la Russie vers une 3ème guerre mondiale voire une guerre nucléaire. Qu’en est-il réellement ? Poutine pourrait-il déclencher une frappe ? Et si oui, comment l’éviter ?

Le géopolitologue Aymeric Chauprade, fin spécialiste de l’Europe de l’Est et de la Russie, est l’invité de ce tout nouveau format consacrée à la géopolitique et animé par notre reporter Erik Tegnér. Dans cet entretien réalisé en direct, nous interrogeons également Aymeric Chauprade sur de nombreux sujets pour décrypter le vrai du faux sur l’état de santé de Poutine, son soutien ou non par l’Etat profond russe, les accusations de crimes de guerre à Boutcha etc.


Ukraine : l’Europe doit se désolidariser des Américains, par Bruno Mégret

Ukraine

La guerre en Ukraine évolue de façon très inquiétante. Le jusqu’au-boutisme des Américains ouvre en effet le risque d’une guerre nucléaire qui pourrait être fatale au monde européen.

Les Américains jettent de l’huile sur le feu…

Organisant la mobilisation générale contre la Russie, les Américains jettent de l’huile sur le feu. Accuser Poutine des pires ignominies, le traiter de boucher, parler de crimes de guerre et de génocide, le menacer de la Cour pénale internationale, c’est se couper de toute négociation possible avec lui. Ensuite, soutenir l’armée ukrainienne en s’engageant massivement à ses côtés au point de planifier maintenant des livraisons d’armes pour vingt milliards de dollars, c’est prolonger, voire étendre le conflit avec les pertes matérielles et principalement humaines qui en résultent. Enfin, c’est surtout s’engager ouvertement dans la guerre contre les Russes avec la volonté de les battre militairement.

… après avoir cherché à piéger les Russes

Un projet dont on peut d’ailleurs se demander s’il ne s’inscrit pas dans une stratégie conçue de longue date. Tout se passe en effet comme si les Américains avaient cherché à piéger le maître du Kremlin en refusant toute négociation avec lui sur la sécurité en Europe et en annonçant ensuite que pas un soldat américain ne viendrait défendre l’Ukraine. À la manière dont ils avaient poussé Saddam Hussein à l’invasion du Koweit, ils auraient ainsi délibérément créé les conditions de la réaction agressive des Russes pour, dans un deuxième temps, organiser contre eux une mobilisation générale de tout le monde occidental.

Mais si Poutine est acculé, le pire devient possible

L’erreur dramatique des Américains est que Poutine n’acceptera jamais de subir une défaite militaire. Et, s’il n’est pas question ici de défendre l’intéressé et de nier sa responsabilité première dans le conflit et dans les drames, voire les exactions qui en résultent, le devoir des dirigeants confrontés au chef d’État russe n’est pas d’aller pleurer dans les médias comme certains responsables américains mais d’agir lucidement en tenant compte des contraintes géopolitiques comme des réalités psychologiques.

A cet égard, il est clair que si Poutine est acculé à subir une défaite militaire, il utilisera l’arme nucléaire. On peut penser et espérer que ce sera, dans un premier temps au moins, l’arme nucléaire tactique sur le théâtre du champ de bataille, mais personne ne peut prévoir ce qu’il adviendra après une telle escalade de la violence guerrière.

L’Ukraine doit mener une guerre qu’elle aurait pu éviter…

Alors pourquoi prendre un tel risque ? S’agit-il de la souveraineté de l’Ukraine ? Un pays ne cesse pas d’être souverain si ses dirigeants, en sages politiques, tiennent compte des contraintes géopolitiques auxquels il est soumis. Faute d’avoir voulu le faire, les Ukrainiens ont été entraînés dans la guerre d’une façon pour le moins paradoxale : ils subissent une invasion russe pour avoir voulu se protéger d’une invasion russe (en cherchant à adhérer à l’Otan) ! Le président Zelensky porte donc sa part de responsabilité dans cette guerre en n’ayant pas accepté pour son pays un statut de neutralité, statut qui n’a rien au demeurant de déshonorant. Aussi est-il mal placé pour exiger aujourd’hui de tous les pays occidentaux qu’ils s’engagent sans réserve à ses côtés dans une guerre qu’il aurait peut-être pu éviter par une attitude plus prudente. Une guerre dans laquelle lui et son peuple sont d’ailleurs de surcroît instrumentalisés par les États-Unis.

… et se trouve instrumentalisée par les Américains pour détruire la puissance russe

Si les Américains prennent le risque d’une escalade militaire avec la Russie, c’est en effet pour un enjeu à leurs yeux bien supérieur à celui du devenir de l’Ukraine. Il s’agit pour eux d’en finir avec la puissance russe. Une puissance qu’ils ne contrôlent pas et dont ils détestent les valeurs politiquement incorrectes. Mais cet acharnement américain contre la Russie montre en tout cas combien les États-Unis peinent à prendre en compte les réalités nouvelles du monde actuel. Après leur victoire sur l’URSS ils ne sont pas devenus en effet les maîtres du monde car ce dernier n’est pas passé d’une organisation bipolaire à une structure unipolaire mais à une planète structurée en plusieurs pôles de puissance. Leur ennemi, ou leur adversaire, comme le nôtre, n’est donc pas la Russie mais bien plutôt les puissances émergentes qui veulent prendre leur revanche sur l’Europe et le monde occidental qui les ont dominées pendant plusieurs siècles. Les Américains seraient donc bien avisés de comprendre ce grand basculement et d’en tirer les conséquences : pour faire face à ces nouvelles puissances comme la Chine et dont beaucoup sont animées par le ressentiment ou l’esprit de vengeance, les États-Unis gagneraient à avoir à leur coté une vraie puissance européenne autonome et une Russie forte qui reste européenne.

L’Union européenne devrait se désolidariser des États- Unis pour imposer la désescalade

D’ici là, et pour en revenir à la guerre en Ukraine et au risque majeur d’une escalade nucléaire, je considère qu’il est de la responsabilité historique de l’Union européenne de se désolidariser officiellement des États-Unis et, forte de cette nouvelle légitimité, de se positionner avec autorité comme une puissance d’apaisement et de désescalade, écartant les Américains et poussant les deux parties à la négociation. Telle est l’initiative que devrait prendre rapidement l’actuel président de l’Union européenne, Emmanuel Macron. Et peu importe si certains pays comme la Pologne s’opposent à une telle prise de position, l’enjeu est trop important pour ne pas passer outre. Il s’agit en effet d’éviter le risque d’une guerre qui d’ailleurs ne serait pas mondiale. Car cette guerre n’embraserait que l’Europe et l’Amérique du nord. Elle conduirait au suicide du monde européen et chrétien, ce serait le crépuscule de l’Occident.

Tribune reprise de Polémia

France, Russie, Ukraine : qui survivra à Macron ? – L’analyse de Pierre-Yves Rougeyron

Macron

03/05/2022 – FRANCE (NOVOpress)
Dimanche 24 avril, le verdict est tombé. Plus de 58% des Français ont préféré voter pour qu’Emmanuel Macron reste à la tête de la France cinq ans supplémentaires face à Marine Le Pen, la présidente du Rassemblement National. Un vote loin du plébiscite qui pose néanmoins question. Après un premier mandat d’une dureté inédite pour un grand nombre de Français, le Système a su se maintenir en misant sur un coup arithmétique.

Dès le soir du premier tour, le 3ème homme, Jean-Luc Mélenchon, avait assommé sa consigne : tout sauf Marine Le Pen. Résultat : les électeurs de la France Insoumise / Union Populaire se sont abstenus en masse, ou ont préféré voter pour le candidat de la retraite à 65 ans. Un paradoxe de plus en plus courant dans les rangs de l’extrême-gauche, dépourvue du vote ouvrier depuis un moment.

La France, par son morcellement, subi donc une nouvelle ère Macron. Une ère qui s’annonce encore plus dangereuse que la première. En effet, en plus du terrain social particulièrement explosif dû à l’inflation et aux réformes à venir, le conflit en Ukraine s’envenime chaque jour un peu plus. A peine l’élection d’Emmanuel Macron acquise, l’Union européenne a accéléré ses livraisons d’armes à Kiev, la France étant une des plus grosses contributrices. Les sanctions financières se poursuivent et pénalisent avant tout l’espace économique et le peuple européens.

Une situation aussi explosive sur le plan national qu’international face à laquelle Emmanuel Macron pourrait bien jeter de l’huile sur le feu.


Russie-Ukraine : la paix à l’épreuve des mensonges – Boutcha crimes de guerre ou montage médiatique ?

Jacques Baud – « L’Occident instrumentalise l’Ukraine contre Poutine » – En un mois, les Russes ont tiré ce que les Américains ont tiré le premier jour de l’invasion en Irak !

Europe : la guerre en Ukraine rebat les cartes

europe ukraine

La guerre en Ukraine n’en finit plus de provoquer des remous militaires et géopolitiques en Europe. Après le réarmement de l’Allemagne annoncé fin février, la France s’interroge sur la qualité de ses services de renseignement, l’Angleterre tente de faire pression sur ses anciens alliés tandis que la Suède songe à adhérer à l’Otan, ce qu’elle refusait catégoriquement jusqu’à présent. L’Europe est sens dessus dessous !

Responsable du fiasco ? Bouc émissaire ? Toujours est-il que le général Eric Vidaud, patron de la direction du renseignement militaire français depuis sept mois, a été limogé par l’état-major. C’est une information révélée mercredi par « une source interne au ministère des Armées », qui précise également que sa hiérarchie pointait du doigt son « manque de maîtrise des sujets ».

Le renseignement militaire français, contrairement à celui des Etats-Unis, ne croyait pas à l’hypothèse d’une invasion russe de l’Ukraine.

L’on pourra toutefois noter que le chef des armées, un certain Emmanuel Macron, s’est lui aussi lourdement trompé en étant l’idiot utile de Vladimir Poutine. La démarche diplomatique du président français était par ailleurs peu sérieuse, celui-ci ne ratant jamais une occasion d’apporter son soutien à l’Ukraine entre deux échanges avec le président russe.

L’Angleterre, elle aussi, semble agacée de voir les événements lui échapper. Son ancienne colonie, l’Inde, n’a en effet pas embrassé la ligne occidentale, ne votant pas la résolution de l’ONU exigeant le retrait des forces russes de l’Ukraine et n’adoptant pas la moindre sanction économique à son encontre.

Jeudi, Liz Truss, ministre britannique des Affaires étrangères, a effectué le voyage à New Delhi afin d’encourager un rapprochement entre les deux pays, promettant que cela stimulerait la sécurité dans la région et créerait des emplois. Si l’Inde collabore avec la Russie, tout comme la Chine, elle demeure rivale de son géant voisin communiste et ne peut se permettre de couper les ponts avec ses potentiels alliés occidentaux. Liz Truss et le Royaume-Uni l’ont bien compris.

L’Europe du Nord, future zone conflictuelle ?

Magdalena Andersson, Premier ministre suédois (ou Première ministre ? Je ne sais plus ce qu’on doit dire en bon français !), a déclaré mercredi lors d’un entretien télévisé qu’elle n’excluait « en aucune façon » l’adhésion de son pays à l’Otan, ajoutant qu’elle souhaitait que soit faite « une analyse approfondie des possibilités » mais aussi une analyse « des menaces et des risques ».

L’élargissement de l’Otan est en effet ce que redoute le Kremlin, qui n’hésite pas à menacer les prétendants se trouvant à proximité de son territoire, comme il l’a fait dès la fin février avec la Finlande. Or, la Suède et la Russie partagent une frontière maritime en mer Baltique.

C’est un brusque revirement pour la Suède, sa dirigeante ayant assuré au début de l’assaut russe qu’il était « crucial » que la ligne de la Suède dans sa politique de sécurité reste inchangée. Elle ajoutait le 8 mars qu’un rapprochement avec l’Otan déstabiliserait potentiellement la sécurité de l’Europe du Nord.

Les dirigeants européens, confrontés à une situation inédite depuis plusieurs décennies, naviguent à vue.

Louis Marceau

Article paru dans Présent daté du 1er avril 2022

Éric Denécé : « Il ne faut pas éluder les responsabilités du régime de Zelensky »

zelenski

29/03/2022 – EUROPE (NOVOpress)
Éric Denécé, directeur du Centre français de recherche sur le renseignement est l’invité d’André Bercoff.

Pour Éric Denécé : « Il ne faut pas éluder les responsabilités du régime de Zelensky ».

Une interview à découvrir pour essayer de prendre de la hauteur dans ce conflit.


Volodymyr Zelensky en opération séduction au Parlement

Zelensky chard

Volodymyr Zelensky s’est adressé au Parlement. Mercredi, peu après 15 heures, députés et sénateurs s’étaient réunis pour écouter le président ukrainien, intervenant via un écran géant.

Pas de place pour les questions ou le débat ! Le président ukrainien s’est contenté de prononcer pendant un peu plus de douze minutes un discours parfaitement préparé, remplissant tous les critères de la « comm » moderne.

Après avoir évoqué les crimes commis par l’armée russe et invité – forcé ? – son auditoire à se lever pour respecter une minute de silence en mémoire des victimes, il a donc vanté les mérites de la France tout en lui demandant de faire davantage. Pour résumer son propos, la devise « liberté-égalité-fraternité » est une source d’inspiration pour les Ukrainiens mais il faut désormais les aider à l’appliquer chez eux face à l’envahisseur tandis que les ruines de Marioupol rappellent celles de Verdun.

Par ailleurs, Volodymyr Zelensky n’y est pas allé par quatre chemins, faisant de nombreuses demandes et autres appels du pied.

Il a notamment souligné que c’est sous la présidence française de l’Union européenne que devra être prise la décision au sujet de la demande d’adhésion de l’Ukraine à l’UE. Il a également réclamé « plus de soutien », notamment des armes et des chars, et demandé le départ des dernières entreprises françaises encore actives en Russie, à commencer par Renault, Leroy Merlin et Auchan.

Des réactions

Au micro de Public Sénat, Bruno Retailleau, sénateur LR de la Vendée, a évoqué un moment « historique » et « très touchant ». A ses yeux, les choses sont claires, « nous devons fournir des armes ». Une position que ne partage pas Nicolas Dupont-Aignan.

S’il valide l’idée d’apporter de l’aide humanitaire à l’Ukraine, le député refuse d’envoyer des armes, précisant qu’il fallait « créer les conditions de la paix, pas les conditions de la guerre ». Celui qui est aussi candidat à l’élection présidentielle et a reçu le soutien de Florian Philippot est allé plus loin en évoquant « un discours extrêmement dangereux » qui pourrait déboucher sur « un engrenage dramatique pour le continent ». Le risque semble effectivement réel. Nicolas Dupont-Aignan propose la neutralité de l’Ukraine ainsi que l’autonomie constitutionnelle du Donbass, comme l’exige la Russie. Les détracteurs du souverainiste ne se sont donc pas privés pour lui faire remarquer que l’Ukraine, elle aussi, tentait de défendre sa souveraineté.

Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, tous deux pointés du doigt pour leur position mesurée – d’aucuns préciseraient « juste » – envers la Russie, étaient bien présents dans l’hémicycle mais n’ont pas surréagi, privilégiant leur campagne électorale.

Dans les heures suivant l’intervention du président ukrainien, l’entreprise Renault a annoncé qu’elle suspendait dès à présent les activités de son usine de Moscou, tout comme le laboratoire pharmaceutique français Sanofi. Leroy Merlin, en revanche, poursuivra ses activités, craignant une faillite et une expropriation qui renforcerait les moyens financiers de la Russie si elle rompait ses engagements.

L’émotion est-elle la réponse à toutes les questions politiques ?

Louis Marceau

Article paru dans Présent daté du 24 mars 2022

Conflit en Ukraine – Machiavel, toujours… – Une tribune d’Hervé Juvin

ambassadeur Russie

Confondre les causes — l’encerclement de la Russie — et les conséquences — l’invasion de l’Ukraine — constitue une erreur politique majeure. Mais elle ne dit pas tout des nouveaux rapports de force. La guerre en Ukraine échappe de plus en plus aux belligérants et devient le théâtre d’un affrontement à l’échelle du globe. Contre l’hégémonie du dollar. Contre les outils de contrôle de la finance internationale (le système Swift par exemple) au service exclusif des Anglo-Saxons. Les sanctions contre la Russie n’ont-elles pas été rejetées par plus des deux tiers de la population mondiale ? Cela devrait interroger les Européens et les inciter à sortir de l’orbite américain. La leçon de géopolitique d’Hervé Juvin.

Au moment où des édiles français proposent de changer le nom d’un lycée nommé Soljenitsyne parce qu’il est russe — savent-ils seulement quel dissident a été Soljenitsyne ? — au moment où la propagande se déchaîne jusqu’à désigner coupables ceux qui cherchent seulement à comprendre les raisons de l’invasion russe de l’Ukraine — essayer de comprendre, c’est déjà être complice ! — encore et encore, revenons-en à Machiavel. Chercher la verita effettiva de la cosa , voilà la seule ligne que tout élu, tout stratège plus encore, devrait adopter. Et si nous essayions de regarder ce qui est, au lieu de nous remplir de bonne conscience en proclamant ce qui devrait être ?

Un enjeu qui va au-delà des populations russophones

La guerre déclenchée par la Russie contre l’Ukraine n’a plus pour enjeu la sécurité des populations russophones du Donbass et d’ailleurs, ni le respect de leurs droits, tels qu’ils étaient prévus dans les accords de Minsk. Nous en sommes loin. Ce que le pouvoir russe s’obstine à nommer « opération » est devenu une guerre à signification mondiale, qui échappe largement à la Russie elle-même. Tel qu’il se dessine avec une précision croissante, l’enjeu est la fin de la domination anglo-américaine sur le monde. Cette domination s’exerce aujourd’hui à travers le monopole du dollar dans les transactions internationales, à travers le monopole des marchés de la City de Londres, de Wall Street et du Nasdaq aux États-Unis, plus encore d’une financiarisation insoutenable de l’économie mondiale, et par une instrumentalisation constante des prétendues « institutions internationales » par la tribu anglo-américaine, l’Union européenne n’y échappant pas.

Cette domination se justifie par une prétention arrogante à détenir le « Bien » et à faire le Bien du monde sans lui, voire contre la volonté exprimée des peuples. Cette domination explique le : « deux poids, deux mesures » qui, par exemple, dispense de toutes sanctions et de tout embargo les puissances coupables des agressions sans mandat des Nations-Unies contre la Libye (le mandat se limitait à la protection de Benghazi), contre l’Irak ou les complices des terroristes islamistes, par exemple en Afghanistan (la CIA contractant avec Ben Laden à Peshawar) ou en Syrie (l’invention britannique des « Casques Blancs »), et paralyse toute enquête sur la responsabilité américaine dans les pandémies échappées des laboratoires sous son contrôle, dans vingt-cinq pays, en Ukraine comme en Chine, en Bulgarie comme en Géorgie ou au Kazakhstan — et à Wuhan.

Sujet majeur ; des Nations représentant 3 milliards d’habitants exigent du Conseil de Sécurité de l’ONU une enquête indépendante, qu’une administration américaine en panique refuse, mais que le sénateur Rand Paul appelle, incarnant ce peu qui demeure de liberté en Amérique. Et elle explique un fait constaté, de Dakar à Delhi et de Téhéran à Pékin ; 8 milliards d’êtres humains qui sont autant de citoyens d’une Nation, d’héritiers de cultures et de civilisations toutes différentes, liés par leur identité collective et par cette liberté qui s’appelle souveraineté, ne seront pas conduits par cinq ou six cents millions de protestants arrogants et désormais, ignorants. Ajoutons notre lecture à l’emploi à deux reprises des missiles hypersoniques par la Russie ; la cause est entendue, et la sentence est sans appel. Les militaires ont entendu le message. Les mercenaires aussi, qui quittent l’Ukraine quand ils le peuvent.

L’économie compte

Le dirigeant historique de la Malaisie, Mohammad Mahathir, l’avait déclaré ; « l’Occident a tout pour être heureux, pourquoi veulent-ils vivre au-dessus de leurs moyens ? » Déclaration modérée, venant du dirigeant d’un pays un temps ruiné par l’attaque organisée par Georges Soros et ses complices contre le ringgit, la monnaie malaise. Saturé par la propagande à quoi se réduit la prétendue « économie » libérale, les Occidentaux ne mesurent pas à quel point l’aisance qu’ils croient devoir à leur travail, leurs entreprises et au génie de leurs dirigeants doit une part décisive au monopole du dollar. À de très rares exceptions près, le prix de toutes les matières premières qui comptent est libellé en dollar, et les marchés à terme de Chicago font les cours des céréales comme celui de Londres manipule les prix de l’or. À de très rares exceptions près, toute grande entreprise poursuivant une croissance mondiale cherche à lever des capitaux sur les marchés américains, à se faire coter sur ces marchés, et utilise les services de banques, d’auditeurs et de consultants américains — sans se rendre compte qu’elle tombe sous le coup des lois américaines.

Faut-il l’écrire au passé ? Il faut l’écrire au passé. En faisant disparaître quelques semaines Jack Ma, le milliardaire fondateur d’Alibaba au moment de l’introduction en Bourse de sa filiale, Ant, le gouvernement chinois a fait savoir que l’argent ne gouvernait pas la politique de la RPC. En négociant avec la Russie un contrat d’approvisionnement d’énergie à bon compte, en rouble contre roupie, l’Inde envoie un signal que renforce la décision des Émirats arabes unis de vendre du pétrole en yuan, hors dollar — au moment même où le nouveau maître des destinées de l’Arabie Saoudite refuse de prendre Joe Biden au téléphone. Le fait est que le dollar est en train de perdre sa fonction de référence sur les marchés de l’énergie.

La conclusion pourrait être : avec le monopole des transactions sur les matières premières, le dollar perd sa centralité dans le système monétaire mondial. Elle s’exprime autrement ; depuis le coup d’État monétaire de Nixon, le 15 août 1971, rendant le dollar non convertible en or, depuis une série d’escroqueries américaines, la moins commentée et la plus décisive étant sans doute la substitution de la comptabilité à valeur de marché (« market value ») à la comptabilité à valeur historique au début des années 2000, les États-Unis et, dans une moindre mesure, leurs alliés européens, bénéficient d’un niveau de vie surévalué de quelques 30 %. Qu’ils en profitent tant qu’il est temps !

Pour lire la suite, c’est ici !

Ukraine. Romain Bessonnet : « Autour de monsieur Zelensky, la corruption est légendaire ! »

Romain Bessonnet

21/03/2022 – FRANCE (NOVOpress)
Romain Bessonnet était l’invité d’Éric Morillot dans Les Incorrectibles. Ce dernier est le traducteur, en français, du livre Poutine par lui-même – La conquête du pouvoir : discours et interventions (1991-2000)

Spécialiste de la Russie, il est le secrétaire général du Cercle Aristote. Il évoque la situation internationale, l’Ukraine, la corruption.


« Faut-il considérer la Russie comme un ennemi ? » – Entretien exclusif avec Bruno Mégret

Bruno Mégret

Bruno Mégret, polytechnicien et haut fonctionnaire, est ancien député et député européen. Venu du RPR, numéro deux du Front national puis président du MNR, il a été au premier plan des débats publics. Aujourd’hui en retrait de la vie politique, il est l’auteur de plusieurs ouvrages dont, récemment, Le Temps du phénix (Ed. Cité Liberté).

— Pour Polémia, vous avez développé, à propos de la crise ukrainienne, une vision assez pessimiste, aussi bien pour les Russes et les Ukrainiens que pour les Européens. Dans cette confrontation, où de nombreux pays tendent à s’impliquer, à qui profite le crime ?

— Le crime ne profitera sans doute pas principalement à la Russie. Celle-ci se trouve en effet durablement diabolisée et marginalisée et subit des sanctions qui vont durement pénaliser son économie. Il n’est donc pas certain que les avantages que Poutine compte tirer de l’occupation de l’Ukraine compensent les inconvénients qui en résulteront pour la Russie. Cette guerre ne va pas non plus servir l’Europe, laquelle s’est révélée impuissante à l’empêcher par la voie diplomatique. De plus, les sanctions économiques majeures prises dans l’urgence à l’encontre de la Russie risquent par contrecoup d’affaiblir notre économie et d’obérer encore davantage le pouvoir d’achat des Français.

En revanche, les Américains vont quant à eux bénéficier des retombées géopolitiques de cette guerre. Leur ennemi russe est diabolisé, rejeté et isolé, du moins dans le monde occidental. Le fossé qui s’est creusé entre la Russie et l’Europe va empêcher durablement la constitution d’un pôle de puissance européen de l’Atlantique à l’Oural dont les Etats-Unis ne veulent à aucun prix. Enfin, cette guerre renforce l’Otan, l’organisation qui assure la domination américaine sur l’Europe. Laquelle apparaît de nouveau aux yeux de nombreux pays européens comme indispensable à leur sécurité.

On comprend mieux dès lors pourquoi les Etats-Unis ont refusé toute concession à Poutine tout en annonçant qu’ils n’enverraient pas un seul soldat américain défendre l’Ukraine, poussant ainsi les Russes à commettre l’irréparable, un peu comme ils avaient poussé Saddam Hussein à envahir le Koweït pour déclencher la première guerre d’Irak. Ajoutons bien sûr que, dans cette tragédie, c’est l’Ukraine, dont les dirigeants n’ont pas eu la sagesse d’adopter pour leur pays un statut de neutralité, qui va payer en morts, en blessés et en destructions le prix fort de cette guerre.

— Vous semblez penser que l’Europe risque d’être affaiblie par ce conflit. Mais l’U.E. n‘a-t-elle pas trouvé enfin une cause et surtout un ennemi, susceptible de relancer la dynamique européenne, comme la menace soviétique avait facilité sa construction ?

— La menace soviétique avait surtout facilité la mise sous tutelle américaine de l’Europe, conduisant alors quelque 350 millions d’Européens à faire appel à 230 millions d’Américains pour les protéger contre 270 millions de soviétiques. Mais, à l’époque actuelle, faut-il considérer la Russie comme un ennemi ? Alors que notre monde est devenu multipolaire et que résonne le choc des civilisations, la Russie ne procède-t-elle pas comme nous de la civilisation européenne et chrétienne ? Et l’ennemi ne se situe-t-il pas plutôt dans le monde arabo-musulman où certains cherchent à imposer sur notre sol leur propre civilisation en lieu et place de la nôtre ?

— Vous craignez qu’il en découle un renforcement de l’Otan. Mais ne vivons-nous pas au contraire les balbutiements d’une vraie Europe de la Défense, Allemagne comprise (ce qui, pour le coup, serait une première) ?

— On assiste, il est vrai, à une prise de conscience de la réalité des rapports de force dans les relations internationales, ce qui conduit certains pays d’Europe à vouloir augmenter leurs dépenses militaires. On ne peut que s’en réjouir, mais, que je sache, tous ces pays n’envisagent cet effort que dans le cadre de l’Otan, ce qui conduira bien à un renforcement de cette organisation entièrement dominée par les Américains et non à la création d’une puissance militaire européenne indépendante. D’ailleurs, quels avions les Allemands ou les Polonais achèteront-ils ? Le Rafale français ou son équivalent américain ? On connaît déjà la réponse !

Propos recueillis par Francis Bergeron

Article paru dans Présent daté du 16 mars 2022

Guerre de l’information, changements de récits et haine autorisée

guerre information

Dans ces temps de guerre de l’information, nous publions cette tribune de Claude Chollet. Non pour prendre parti, mais pour disposer d’un peu de recul au milieu du tintamarre.

1. Vladimir Poutine a tué le Covid. Un récit a remplacé l’autre. Le récit crimes de guerre a remplacé le récit Covid. Avec le même fond musical et le même refrain : la peur et ses diverses orchestrations.

2. Le conflit a tué également l’élection présidentielle française remplacée par un roman photo dont la dernière image – une réélection triomphale et heureuse – se laisse deviner de manière de moins en moins subliminale.

3. L’unanimité est toujours suspecte. Du Monde au Figaro, de Médiapart au Point, des radios privées et publiques aux télévisons publiques et privées la ritournelle est quasi la même, avec des variations de style. Il n’est pas interdit de s’en étonner. Et même d’en analyser certaines causes, nous le ferons plus au calme.

4. La propagande existe des deux côtés.

5. La propagande russe est massive à domicile, les médias étrangers sont interdits et les journalistes russes muselés. Mais ceci en Russie seulement..

6. La propagande américano-ukrainienne est toute aussi massive à l’ouest, les médias russes sont interdits. Chez nous et dans toute l’UE.

7. Les russes ont renoncé au soft power de l’information, les seuls communiqués laconiques sont ceux du commandement russe indiquant les progressions militaires (avec retard bien entendu et sans doute de manière douteuse), le nombre de tués et de blessés (avec retard aussi, même commentaire).

8. Le soft power américain est une arme de guerre. En 1990, le géopolitogue américain Joseph Samuel Nye l’avait théorisé dans un livre célèbre, The Changing Nature of American Power qu’il a complété en 2004, Soft Power: The Means To Success In World Politics. Le soft power, nous citons « met en forme les préférences de l’autre à travers la culture, les valeurs et les politiques étrangères », (nous mettons en caractères gras les derniers mots) ; en une phrase « la meilleure propagande n’est pas la propagande ». Ce soft power n’exclut pas le hard power, il le complète à moindre coût.

9. La haine, autrefois objet de répulsion devient autorisée. Les réseaux sociaux américains autorisent (encouragent ?) leurs utilisateurs à appeler au meurtre contre les russes et leurs dirigeants. Il faudra s’en souvenir plus tard quand les « discours de haine » seront de nouveau bannis de manière univoque et viendront justifier la censure.

10. Le refrain de l’UE, repris par nombre de journalistes amnésiques, « il s’agit de la première guerre en Europe depuis 1945 », n’est qu’un mensonge. En 1999 les avions de l’OTAN ont bombardé pendant 78 jours la Serbie, occasionnant des centaines de morts civils.

Le schéma narratif se poursuit. À suivre, hélas.

Tribune reprise de Ojim

Médias : de la peur sanitaire à la terreur nucléaire

covid medias peur

La ligne éditoriale des médias est depuis toujours anxiogène. Avec l’épidémie de Covid on pensait avoir atteint un sommet, et puis la guerre en Ukraine est survenue. Découvrez ctte tribune signée Pierre Boisguilbert.

D’une peur à l’autre

On est passé de la peur sanitaire à la terreur nucléaire. On notera que l’épidémie qui menaçait l’humanité a quitté l’information télévisée. Pour connaître les chiffres qui tournaient quotidiennement en boucle il y a si peu, il faut aller les chercher. Plus aucun spécialiste des virus sur les plateaux. Ils ont été remplacés par des stratèges de salon. Cela évite aux virologues de venir s’excuser de leurs fausses prédictions apocalyptiques. On attend avec impatience une chasse aux fake news et aux analyses aussi erronées que péremptoires. Mais les médias ne tirant leçon de rien recommencent avec les Gabelin de l’impossible qui ont remplacé les Diafoirus de la Covid. La ligne éditoriale est la même. Il s’agit de faire peur et toujours pour la bonne cause et donc pour une vérité unique. Poutine est capable de tout car c’est devenu un dictateur fou. On ne peut pas dire que nos médias aident à la désescalade. Qu’ils soutiennent les Ukrainiens face à l’offensive russe est une chose, qu’ils le fassent sans aucun esprit critique en est une autre. Le soutien au président ukrainien est rationnel, reprendre comme vérité absolue tout ce qu’il dit en est une autre.

Vers une guerre nucléaire ?

Volodymyr Zelensky voudrait que l’OTAN entre en guerre contre la Russie pour sauver l’Ukraine. Il fait tout ce qu’il peut pour galvaniser son peuple, il le fait avec talent et dans une optique jusqu’au-boutiste. L’OTAN l’a désavoué sur l’exclusion aérienne. L’organisation se présente comme une organisation défensive qui ne peut intervenir au-delà d’une agression contre un de ses membres. Qui rappelle que l’OTAN a fait à guerre à la Serbie pour le Kosovo sans aucun lien avec sa charte ? Et puis le président ukrainien a paniqué le monde, soutenu par nos médias, en affirmant que Poutine était prêt à déclencher un terrorisme nucléaire contre le monde civilisé. L’armée russe s’est emparée vendredi 4 mars de la plus grande centrale nucléaire d’Europe, Zaporijia, dans le sud-est de l’Ukraine. On a dit que les Russes avaient bombardé la centrale et on comprenait que c’était pour la faire exploser et provoquer un Tchernobyl en bien pire. Heureusement, ce n’était pas le cas. Cette thèse a été contestée par quelques spécialistes, mais aucunement par les journalistes qui n’ont cessé de faire de la surenchère apocalyptique. Et pourtant cela aurait mérité plus de retenue. Le but du contrôle du nucléaire est bien sûr de priver l’Ukraine de son potentiel énergétique. Comment penser que Poutine veuille provoquer une catastrophe nucléaire qui frapperait d’abord son armée sur place et plus la Russie que l’Europe de l’Ouest ? Sur une perspective aussi grave il convient de ne pas se laisser emporter par l’indignation et l’émotion, c’est le moins qu’on puisse attendre des journalistes. Mais, dans cette guerre en Ukraine, l’idéologie médiatique considère Poutine comme le nouvel Hitler qu’il faut arrêter avant qu’il ne soit trop tard. L’information est sous la domination de l’émotion et les souffrances individuelles occultent les raisonnements rationnels fondés sur la géographie et l’histoire.

Le pire est à venir et pas seulement sur le plan militaire.

Texte repris du site Polémia

Tolstoï, Tchaikovski…Cancel culture sur l’art russe !

art russe

15/03/2022 – INTERNATIONAL (NOVOpress)
Si sur le sol ukrainien, l’affrontement militaire continue entre Moscou et Kiev, en Occident, la bataille a lieu sur le terrain culturel.

Au nom d’un soutien à l’Ukraine, musiciens, danseurs et auteurs russes ne sont plus les bienvenus aux Etats-Unis et en Europe.


Bruno Mégret : « En Ukraine, à qui profite le crime ? »

Ukraine

Dans une enquête criminelle, il est toujours important de savoir à qui profite le crime. Si la réponse ne désigne pas nécessairement le coupable, elle permet néanmoins d’avoir une idée plus claire sur l’éventuelle responsabilité des différents protagonistes. Aussi, dans cette douloureuse guerre d’Ukraine, peut-il être intéressant de se poser cette question primordiale.

La Russie marginalisée

À cet égard, il apparaît déjà que la Russie qui a déclenché la guerre ne sera sans doute pas le principal bénéficiaire de cette malheureuse entreprise. D’ores et déjà, elle en subit le contrecoup sur le plan diplomatique. La Russie et ses dirigeants sont pour longtemps diabolisés et marginalisés, sinon dans le monde entier au moins dans le monde occidental où un profond fossé s’est durablement creusé entre elle et le reste de l’Europe. Si l’on ajoute à cela l’effet des sanctions économiques qui la frappent déjà, il n’est pas certain que les avantages que ses dirigeants comptent tirer de l’invasion de l’Ukraine suffisent à inverser le fléau de la balance. Certes, la Russie prend un gage et empêche de ce fait que l’Otan s’installe à ses frontières, ce qui constituait son but stratégique majeur. Mais pourra-t-elle durablement rester en Ukraine et n’a-t-elle pas créé dans ce pays traditionnellement partagé entre le monde slave et le monde occidental un sentiment national antirusse puissant qui fera tôt ou tard basculer cette nation du côté de l’Union européenne ?

L’Otan consolidée

Peut-on par ailleurs affirmer que les pays d’Europe occidentale ou que l’Union européenne en tant que tels sortiront renforcés de cette crise ? Certainement pas. Beaucoup des sanctions économiques prises dans l’urgence contre la Russie auront des contrecoups néfastes pour la France et les pays européens. Des pays européens qui ont été incapables par ailleurs d’empêcher cette guerre qu’ils prétendaient pourtant vouloir éviter par les vertus de la diplomatie. Force est de constater que les voyages et les communications téléphoniques innombrables entre les capitales européennes et le Kremlin n’ont rien pu empêcher. L’Europe a surtout révélé son impuissance et son incapacité à faire jouer un quelconque rapport de force sur la scène internationale. Certes, certains prétendent que cette crise va provoquer une prise de conscience de la réalité des rapports de force et qu’elle va donner naissance à une Europe de la défense, voire à une Europe puissance. Mais si un effort budgétaire important était entrepris pour les forces armées, ce serait pour placer ce potentiel supplémentaire sous le couvert de l’Otan, comme la plupart des pays l’envisagent actuellement. Et ce ne serait finalement qu’une augmentation de la contribution européenne à cette organisation. Augmentation réclamée depuis très longtemps déjà par les Américains.

L’imperium américain renforcé

Aussi, peut-on, me semble-t-il, affirmer que les principaux bénéficiaires de cette guerre seront les États-Unis d’Amérique. Leur adversaire russe est diabolisé, rejeté et isolé et donc définitivement coupé de l’Union européenne, ce qui évite la constitution d’un puissant pôle européen de l’Atlantique à l’Oural que les Américains ont toujours craint et rejeté. L’Otan qui est l’instrument de la domination américaine sur l’Europe sort par ailleurs renforcée de cette crise puisqu’elle apparaît comme un bouclier indispensable à de nombreux pays d’Europe orientale face à « l’impérialisme russe » et comme parapluie nucléaire essentiel à tous les États qui ne disposent pas de force de dissuasion. A l’évidence, cette guerre ukrainienne va servir les Américains en marginalisant leur ennemi russe et en renforçant leur imperium sur l’Europe.

Le piège de la guerre

On comprend mieux dans ces conditions pourquoi, contrairement aux Européens, les Américains ont refusé de faire la moindre concession aux Russes, ne cherchant nullement à trouver un accord diplomatique raisonnable pour empêcher la guerre. On comprend aussi pourquoi le président Biden a solennellement déclaré que les États-Unis n’enverraient aucun soldat américain mourir pour l’Ukraine. Ce qui a été dénoncé comme une erreur de débutant de la part du chef de l’État américain n’était en réalité que la dernière pièce du stratagème imaginé par l’État profond qui dirige les États-Unis. Un stratagème qui avait d’ailleurs déjà été employé par les mêmes Américains lorsqu’ils avaient incité Sadam Hussein à envahir le Koweït pour ensuite déclencher la première guerre d’Irak.

On peut imaginer que l’ancien officier du KGB qu’est Vladimir Poutine n’a pas été dupe de ces manœuvres américaines. Mais la volonté qui est la sienne de rendre à la Russie une part au moins de sa puissance impériale passée l’a sans doute amené à considérer que l’invasion de l’Ukraine était devenue possible et constituait une opportunité qu’il devait saisir en dépit des manœuvres américaines et des conséquences néfastes qui en résulteraient par ailleurs.

Ajoutons bien sûr que l’Ukraine paiera, quant à elle, le prix fort de cette guerre à la fois par les destructions, les blessés et les morts dont sera victime sa population mais aussi par le démembrement territorial qui va durablement déchirer le pays.

Tribune reprise de Polémia

Guerre en Ukraine : le vrai « Great Reset »

guerre en ukraine

On a beaucoup écrit sur le « Great Reset » ou Grand Reset et sa mise en œuvre covidienne, en particulier avec l’imposition d’un système de crédit social en Europe reposant sur la vaccination obligatoire. Et avec l’accélération de la numérisation de la vie économique et sociale, c’est-à-dire du traçage informatique de la population. Mais c’est en réalité la guerre en Ukraine qui va provoquer le vrai Grand Reset que souhaitait l’État profond : un reset à la fois stratégique, énergétique, atlantiste, autoritaire, européiste, migratoire et politicien. Pour le plus grand malheur de l’Europe et de la France.

Le Great Reset stratégique

La guerre en Ukraine, quelle qu’en soit l’origine[1] ou l’issue, aboutit d’abord à couper durablement la Russie de l’Europe. Ce que souhaitaient les États-Unis, comme l’avait très bien explicité en son temps Zbigniew Brzezinski[2].

Car cette coupure renvoie aux calendes grecques « l’Europe de l’Atlantique à l’Oural », qui a toujours été le cauchemar des Anglo-Saxons car elle pouvait menacer leur thalassocratie.

Si en outre la guerre dure – puisque les Européens ont décidé, en toute irresponsabilité, de fournir des armes aux Ukrainiens au risque de nourrir une guerre civile durable pendant que les États-Unis affirment haut et fort ne pas vouloir intervenir ! –, l’Ukraine devient un foyer d’instabilité dans le heartland européen, affaiblissant tout le continent[3].

La guerre en Ukraine permet donc de parachever l’encerclement stratégique de la Russie et son isolement. Préalable nécessaire, dans l’esprit de l’État profond américain, à un conflit avec la Chine, l’autre puissance émergente.

Le Great Reset énergétique

Mais l’isolement de la Russie porte aussi en lui la précarisation énergétique et économique de toute l’Europe.

D’abord sa dépendance énergétique, car l’Europe risque à terme de se déconnecter du gaz et du pétrole russes. Sans oublier bien sûr les effets de la croisade des ONG écolos, aux financements opaques, contre le nucléaire européen !

Une dépendance énergétique qui profitera fatalement au gaz de schiste américain et aux ressources énergétiques des États musulmans sous contrôle des États-Unis. Elle deviendra donc un instrument de chantage aux mains de l’État profond.

Mais ensuite l’Europe pâtira, à la différence des États-Unis et de la Chine, des effets économiques et sociaux des sanctions qu’elle a prononcées dans son hystérie antirusse. L’Asie profitera du commerce que l’Europe ne fera plus en Russie ! Et si la France n’a quasiment aucune relation économique avec l’Ukraine, ce n’est pas le cas pour la Russie, ce qui affecte directement son agriculture et son industrie.

Le Great Reset atlantiste

La guerre en Ukraine remet en selle les partisans de l’alignement transatlantique de l’Europe et du « global Nato[4] » c’est-à-dire de l’extension permanente de l’OTAN, au moment où ils perdaient régulièrement du terrain, en particulier en France [5].

En effet, comme semble s’en réjouir le journal Le Figaro, la guerre en Ukraine « fait bouger les lignes[6] »… dans le sens souhaité par l’OTAN.

La guerre en Ukraine pousserait même la Finlande et la Suède, nous dit-on, à réfléchir à leur adhésion à l’OTAN pour « garantir leur sécurité ». Et la Suisse sort de sa neutralité pour s’associer aux sanctions « européennes ».

La propagande occidentale profite de la guerre en Ukraine pour diaboliser, avec une vigueur nouvelle, tous ceux qui refusent d’être embarqués dans la stratégie de l’OTAN, en les présentant comme « pro-Russes » ou des « soutiens de Poutine ». On allume déjà les bûchers médiatiques destinés à ces sectateurs du Mal.

Pour lire la suite, c’est ici !