Emmanuel Macron, premier des pyromanes, par Ivan Rioufol

Dans une France inflammable, il est irresponsable de jouer avec les allumettes. Or c’est ce que fait Emmanuel Macron depuis le 17 novembre 2018, date de la première manifestation des Gilets jaunes. Le crescendo dans la violence est attisé par un pouvoir incapable de se résoudre à l’apaisement et à la bienveillance, ces mots portés naguère par la macronie. Il est évidemment choquant d’avoir vu, samedi à Paris lors d’une énième manifestation, un gendarme pris à partie par un boxeur. La porte d’entrée du porte-parolat du gouvernement, laissé sans protection policière, a également été enfoncée par un porte-palette. Benjamin Griveaux a fui par une porte dérobée. C’est lui qui, le 4 janvier, avait promis : “Nous allons aller plus loin dans le changement, être plus radicaux. Peut-être avons-nous trop composé avec certains conservatismes. Nous allons changer cela“. C’est Griveaux qui avait également qualifié les Gilets Jaunes d’”agitateurs” accusés de vouloir “renverser le gouvernement”. Mais à quoi rime d’agiter le chiffon rouge ? Le chef de l’Etat est le premier des pyromanes.

Dans ses vœux du 31 décembre, il ne s’est pas contenté d’associer les Gilets jaunes à “une foule haineuse“. Macron a aussi assuré que cette France enracinée s’en prenait “aux élus, aux forces de l’ordre, aux journalistes, aux juifs, aux étrangers, aux homosexuels“, dans un amalgame qu’il interdit quand il s’agit de juger les dérapages des minorités protégées. Ce choix de la rupture avec son peuple est une stratégie démente. L’observateur ne compte plus les insultes présidentielles contre “ceux qui ne sont rien” ou la “lèpre qui monte”. Les blessures narcissiques de Macron ne l’autorisent pas à ces montées aux extrêmes. Les Français révoltés ne sont sans doute pas toujours adroits ni délicats. Mais ce ne sont pas des brigands, ni des canailles, ni des sous-hommes.

Ce lundi, Gérald Darmanin a concédé sur RTL qu’il fallait “distinguer” entre les Gilets jaunes et les ultra-violents. A la bonne heure ! C’est ce ministre qui avait dit il y a peu avoir vu “la peste brune” dans des mobilisations sur les Champs-Elysées. Bruno le Maire avait parlé, lui, de “dérives homophobes et racistes“. Dès dimanche, Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Education, avait tempéré : “On fait très clairement la distinction entre ceux qui manifestent de façon légale et ceux qui se sont engouffrés dans la brèche des désordres”. Faut-il voir dans ces tardives réflexions de bon sens l’aveu de l’échec de la diabolisation des Gilets jaunes ? Il est en tout cas navrant d’avoir assisté, durant près de deux mois, au naufrage d’un pouvoir à ce point incapable d’entendre la voix du peuple d’en bas. Celui-ci ne pardonnera pas avant longtemps d’avoir été si injustement assigné à un rôle d’abruti ou de fasciste.

Ce terrorisme intellectuel à front de taureau, relayé par des commentateurs réduits à insulter des malheureux, restera une tache sur une macronie qui se prétendait exemplaire. Il est à craindre que cette caste désormais assiégée ne poursuive dans sa fuite en avant suicidaire, en gardant ses œillères. Il y a une incohérence à inviter les Français à participer désormais au “grand débat”, tout en laissant comprendre que le président n’en fera encore qu’à sa guise. A l’issue du conseil des ministres de la rentrée, vendredi, Macron a fait savoir qu’il entendait aller “plus loin, plus vite, plus fort, plus radicalement dans les changements”. Plus loin, plus vite, plus fort, plus radicalement : le désir mimétique, décrit par René Girard, va-t-il poursuivre son terrible engrenage ?

Ivan Rioufol

Texte daté du 7 janvier 2019 et repris du blog d’Ivan Rioufol

Gérald Darmanin, un ministre accusé de viol

29/01/2018 – FRANCE (NOVOpress)
Des membres du gouvernement et de la majorité ont pris la défense dimanche du ministre des Comptes publics, Gérald Darmanin, visé par une plainte pour viol jugée “embarrassante” pour le gouvernement par une ex-ministre PS.

Après une première plainte mi-2017, classée sans suite, cette affaire a rebondi samedi avec l’annonce par le parquet de Paris de la réouverture d’une enquête pour des faits présumés datant de 2009, contestés catégoriquement par l’intéressé.

Selon le quotidien Le Monde, la plaignante, âgée de 46 ans, ancienne call-girl, accuse M. Darmanin de lui avoir en fait miroiter à l’époque son appui auprès de la Chancellerie dans une affaire judiciaire, en échange de faveurs sexuelles.

Dès l’annonce de la réouverture de l’enquête, Matignon a fait savoir samedi à l’AFP que le ministre, ancien membre de LR passé à LREM, conservait “toute la confiance” d’Edouard Philippe. L’entourage du Premier ministre avait précisé que “M. Darmanin a été d’une totale transparence vis-à-vis des faits”.

Interrogé en janvier sur franceinfo sur sa réputation de “dragueur lourd”, M. Darmanin avait reconnu “avoir pu être léger” dans ses relations avec les femmes, “avoir envoyé des SMS un peu lourds”.

Quatre militants et militantes féministes ont lancé une pétition afin de demander à Édouard Philippe de démettre de ses fonctions Gérald Darmanin.


Législatives – En marche… difficile

Il y a l’encens de la classe politique française, de la plupart des médias, l’euphorie des dirigeants européens, et puis il y a les Français, chez qui le scepticisme domine face au nouveau président. La plupart de ceux qui ont voté pour Macron l’ont fait plus résignés que convaincus pour sauver une République nullement menacée. C’est ainsi que, selon les sondages, la cote de confiance du président est déjà négative. Pas de beaucoup, certes, un point, mais cela indique une tendance : d’après l’enquête des Echos, 45 % de nos compatriotes lui font confiance pour affronter les problèmes du pays, contre 46 % n’ayant pas confiance. Rappelons que, juste après leur élection, François Hollande était crédité de 58 % d’opinions positives et Nicolas Sarkozy de 59 %. Hollande n’avait vu sa cote de confiance devenir négative que plusieurs mois après son accession à l’Elysée.

Si les électeurs n’y croient déjà plus quinze jours après l’élection, que sera-ce quand s’abattront sur eux les premières mesures, sociales ou antisociales et fiscales ! Mais, entre-temps, il y a les élections législatives. Pour agir, Macron a besoin de la majorité absolue. C’est à cette lumière qu’il faut considérer la composition de son gouvernement. Pour la présidentielle, il avait besoin des voix de gauche, pour les législatives, de celles de droite, car il ne peut plus compter sur la gauche. Son gouvernement est d’abord une vitrine publicitaire. On peut y voir, notamment, Bruno Le Maire chargé de l’Economie et Gérald Darmanin, ministre de l’Action et des comptes publics (en français, ministre des Finances), qui fut le porte-parole de Nicolas Sarkozy, deux LR. Cela est destiné à convaincre les électeurs Républicains qu’une politique économiquement libérale sera appliquée. Mais rien n’est moins sûr que ce ralliement. Ils n’ont toujours pas pardonné à Bayrou d’avoir voté Hollande en 2012, pourquoi suivraient-ils ceux que leur parti désigne comme des traîtres ou, à tout le moins, des opportunistes ? Lesquels, candidats ou non, devront faire activement campagne contre ceux qu’ils soutenaient hier encore et soutenir tous ceux d’En Marche. En effet, le porte-parole du gouvernement a rappelé que « les ministres étaient des militants de la majorité présidentielle ».

Dans ces conditions, la candidature de Bruno Le Maire dans l’Eure, par exemple, ne se présente pas bien. Sa réélection était déjà menacée avant sa nomination, il est peu probable qu’elle suscite de nouveaux soutiens. Il aura contre lui un candidat LR, au moins un de gauche, et un autre du Front national, dans une circonscription où Marine Le Pen a fait un très bon score. Or, s’il est battu, la règle s’imposera à lui, il devra quitter le gouvernement. C’est ce qui était arrivé à Alain Juppé, en 2012 : battu à Bordeaux par une candidate socialiste, il abandonna un grand ministère de l’Ecologie, taillé à sa mesure. S’il est battu, Macron devra le remplacer. Il aurait déjà un « plan B ». On comprend mieux pourquoi des Républicain(e)s qui rêvent d’en être ont préféré attendre que des places se libèrent quand les électeurs auront renvoyé dans leur foyer les éphémères ministres qui auront échoué sur le front électoral.

Guy Rouvrais

Article paru dans Présent daté du 20 mai 2017