“Le Privilège blanc – Qui veut faire la peau aux Européens ?” – Entretien avec Georges Guiscard

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« Privilège blanc », un concept lourd de conséquences
Un entretien réalisé par Guy Denaere.

— Le concept de « privilège blanc » est récent en France, mais il a une histoire. Où et quand s’est-il forgé ?

— Le premier à employer l’expression est Theodore W. Allen, un militant communiste américain. Dans un livre publié en 1975, L’Invention de la race blanche, il explique que les planteurs blancs ont instauré un « privilège de la peau blanche » dans les colonies américaines afin de diviser les travailleurs, pour que les Européens se sentent supérieurs aux esclaves noirs. Selon Allen et ses continuateurs, il pouvait exister de la haine raciale avant cela, mais seuls les Européens sont allés jusqu’à la hiérarchisation des races, l’infériorisation de certains peuples. Le privilège blanc serait l’expression de ce racisme fondateur qui structurerait toujours les sociétés occidentales, par l’histoire de l’esclavage en Amérique et de la colonialisation en Europe.

L’ethnomasochisme : quand les Blancs font le jeu des très racistes Black Lives Matter.

— C’est donc une nouvelle arme marxiste, idéologie qui crée un ressentiment puis en exploite toutes les « fonctionnalités » – le mouvement woke ?

— En prenant un peu de recul, on s’aperçoit vite qu’il s’agit d’un schéma marxiste classique dominants/dominés. Les Blancs ont remplacé la bourgeoisie tandis que les non-Blancs sont les nouveaux prolétaires. Le marxisme n’est cependant que la matrice. Le cheminement intellectuel passe par la théorie critique de l’Ecole de Francfort, la French Theory des postmodernes et poststructuralistes – Foucault, Derrida, Bourdieu… – jusqu’aux campus américains travaillés par les questions raciales.

Le produit final est la « théorie critique de la race », grille de lecture du mouvement woke dont le concept du privilège blanc est l’élément central. Doctrinalement parlant, il ne reste pas grand-chose de Marx outre le logiciel mental manichéen qui est passé de la lutte des classes à la lutte des races. Ce qui n’empêche pas les gauchistes d’être très impliqués. Cela fait longtemps qu’ils ont délaissé les travailleurs blancs.

— Il y aurait donc un péché originel blanc ? Vous et moi appartiendrions à une race intrinsèquement mauvaise ?

— Non contents d’avoir inventé le racisme, nous le perpétuerions dans nos sociétés, avec le privilège blanc qui l’accompagne, même sans le vouloir, sans en avoir conscience. Nous sommes accusés d’imposer notre « blanchité », notre norme blanche, via la couleur des pansements par exemple. Nous entretiendrions donc ce privilège par notre simple existence et notre être au monde spécifiquement européen. De plus, d’après Robin DiAngelo, l’un des auteurs les plus en vue sur le sujet, déconstruire son privilège blanc serait « le travail d’une vie » et « les Blancs devraient cesser de dire “je ne suis pas raciste” ». Impossible d’y échapper. Pour le professeur Joseph Bottum, le wokisme est un postprotestantisme, « une Eglise du Christ sans le Christ ». Il n’y a donc pas de pardon possible. Nous sommes consubstantiellement mauvais et nul ne rachètera nos péchés.

— Le succès du wokisme en France n’est-il pas dû (entre autres choses) à « l’autophobie », ou haine de soi du Blanc, distillée pendant un demi-siècle et qui a en quelque sorte préparé le terrain ?

— Les élites françaises, atteintes d’un ethnomasochisme pathologique, toutes passées par les mêmes écoles et formées dans le même moule socio-idéologique, étaient prêtes à accepter ce discours. Il n’a ainsi fallu que six mois pour que le concept de privilège blanc passe de la romancière Virginie Despentes, qui l’a évoqué en marge d’une manifestation du Comité Adama Traoré, à Emmanuel Macron dans les colonnes de L’Express en décembre 2020. Il y a autant de calcul politique – draguer les minorités, donner des gages à la gauche – que de convictions. Ajoutons à cela le clergé progressiste formé par l’université, les médias dominants et les associatifs gauchistes, et nous avons les nouveaux Etats confédérés qui détruisent notre civilisation de l’intérieur, en France et partout en Occident. La propagation fulgurante des idées woke ne fut possible que grâce à leur continuel travail de sape.

— A l’enfer blanc et son racisme systémique que vivraient les Noirs, s’oppose une Afrique fantasmée – le Wakanda –, une relecture de l’histoire qui fait des Africains des inventeurs et des découvreurs. Cela ne révèle-t-il pas, derrière des allures d’affranchis, un sérieux complexe d’infériorité ?

— La colonisation et l’esclavage auraient laissé tant de marques qu’il serait impossible à l’Afrique ou aux Africains en Occident de s’en remettre. C’est d’autant plus coupable que les Européens auraient tout volé à l’Afrique ! On sent dans ces théories un ressentiment qui mêle haine, jalousie et culture de l’excuse. Cette victimisation permanente permet surtout de ne jamais se remettre en question puisque c’est systématiquement la faute des Blancs.

Ce fantasme wakandais peut parfois sembler drôle. Ne négligeons pourtant pas les dangers qu’il véhicule : si les Blancs sont responsables de tout, la solution est l’abolition de la blanchité, c’est-à-dire de la civilisation occidentale voire de la « race blanche » comme a pu l’affirmer l’historien communiste Noel Ignatiev, un pionnier des études sur la blanchité.

Ce discours est pourtant facilement contredit. Il suffit de constater la réussite économique des Asiatiques, dont la plupart des pays furent colonisés ou dominés. De même, les diasporas asiatiques en Occident sont généralement bien intégrées. Aux Etats-Unis, de nombreuses communautés asiatiques ont un salaire moyen supérieur et un taux de criminalité inférieur aux Euro-Américains. Le privilège blanc ne les oppresserait donc pas ? Le problème a été simplement résolu : pour les militants woke, les Asiatiques sont désormais catégorisés comme des Blancs !

— Il y a l’idéologie qui déconstruit, il y a aussi les affaires qui rapportent. Comment les marques aident-elles à la propagation du mythe du privilège blanc ?

— Contrairement aux autres communautés, les Européens ne se perçoivent pas comme un groupe. En conséquence, ils réagissent peu lorsque les Blancs sont moqués, humiliés, attaqués. N’importe quel propos ou publicité peu amène envers les Africains ou les musulmans provoque une réaction, sur les réseaux par exemple, un bad buzz organisé par des mouvements militants. Mais on peut faire ce que l’on veut aux Européens. Dans leur communication, les marques jouent de plus en plus sur ces codes woke, pro-diversité et anti-Blancs : elles savent d’une part que les non-Européens et les Blancs masochistes y seront sensibles, d’autre part que les Blancs ne se mobiliseront jamais massivement pour un boycott. Une logique purement commerciale incite donc les marques à aller sur ce terrain, par exemple L’Oréal qui, à l’apogée des manifestations Black Lives Matter, a fièrement annoncé retirer de ses produits et de sa communication des mots tels que « blanc », « blanchissant » et « éclaircissant ».

Il ne faut cependant pas sous-estimer le nombre croissant de commissaires politiques formés aux études sur la blanchité ou de genre, qui imposent leurs idées au sein des entreprises. On songe aux formations de Coca-Cola pour apprendre à ses employés à se « déblanchiser ».

— Comment ne pas entrer dans le piège de la rhétorique woke ?

— Le plus important est de ne jamais s’excuser face à leurs reproches, de n’avoir honte ni de ce que nous sommes, ni de nos ancêtres. Les accusations sont infondées et visent à culpabiliser les indigènes, les Européens, pour les dominer au sein des sociétés que ces derniers ont bâties. Aucune concession ne sera jamais suffisante. Ni « réparation », ni compromis, ni même la soumission ne permettra d’être épargné. Il ne faut toutefois pas hausser les épaules et croire que c’est un délire circonscrit à des cercles d’illuminés : ces théories font des ravages dans la jeunesse. Il est indispensable de se documenter pour pouvoir tout réfuter, en bloc et en détail, de façon intransigeante.

C’est une idéologie qui ne cherche pas la justice mais la punition. Christiane Taubira l’a dit dans sa préface de l’ouvrage Le Procès de l’Amérique – Plaidoyer pour une réparation : « Nulle réparation matérielle n’effacera un crime si grand que l’esclavage ou la colonisation. » S’il y a crime ineffaçable, il y a victime éternelle. Les Blancs ne doivent pas imaginer pouvoir solder leur dette imaginaire. Plus nous céderons, plus ils prendront. Cette rhétorique installe un climat prégénocidaire : on peut tout faire au nom de la lutte contre les privilèges illégitimes et contre le racisme. Les massacres des révolutions française et bolchévique s’appuyaient sur des idées comparables.

Georges Guiscard, Le Privilège blanc – Qui veut faire la peau aux Européens ?. Préface de François Bousquet. Iliade – La Nouvelle Librairie, 222 pages, 16 euros.

Tribune reprise de Présent

[Interview] Georges Guiscard (Le Privilège Blanc) : « Les Blancs vont assez vite reprendre conscience de leur appartenance raciale »

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Privilège blanc, racisme systémique, appropriation culturelle, micro-agressions… Voilà quelques-uns des concepts à la mode qui submergent les États-Unis et l’Europe depuis plusieurs mois.
Que cachent-ils ? Un projet d’effacement de nos peuples et de nos cultures, avec une « chasse au Blanc » désormais ouvertement revendiquée.

Pour le comprendre, il faut se plonger dans cette pensée « décoloniale ». C’est à cela que s’attelle avec une grande clarté un nouveau livre signé Georges Guiscard, étudiant en sciences politiques et auditeur de l’Institut Iliade dont il a complété le cycle de formation en 2016. Un livre intitulé Le privilège blanc. Qui veut faire la peau aux Européens ?, édité par la Nouvelle librairie dans la collection de l’Institut Iliade qui frappe fort : Outre de multiples contre-vérités, ce qui est démasqué est une idéologie de nature religieuse, le « wokisme » et ses prophètes, ses martyrs – saint George Floyd –, ses dogmes, ses excommunications.

Une idéologie pleine de ressentiment qu’appuie, pour diverses raisons, une partie croissante de l’élite occidentale. Face à l’offensive dont ils sont la cible, aux Européens de réaffirmer avec fierté leur héritage nous indique l’auteur qui se définit lui même comme « Normand, Français et Européen, donc un Blanc » alors que nous débutons une interview au sujet d’un livre passionnant, qui s’attaque, en profondeur, à l’une des menaces idéologiques qui pèse sérieusement sur les Européens, les Blancs, aujourd’hui.

Breizh-info.com : D’où vient la théorie du Privilège Blanc ?

Georges Guiscard : Le premier à employer l’expression fut un militant communiste américain, Theodore W. Allen, en 1975. Selon lui, la race blanche aurait été « inventée » dans les plantations coloniales américaines dans le but de diviser les travailleurs : un sentiment de « privilège de la peau blanche » aurait permis aux travailleurs d’origine européenne de se sentir intrinsèquement supérieurs aux esclaves Noirs.

Le concept va plus loin : il postule que cette histoire esclavagiste et cette hiérarchisation raciale sont fondateurs des États-Unis, que ces derniers seraient érigés sur un racisme devenu consubstantiel à la société américaine. Ce racisme s’exprimerait de mille manières, il serait « structurel » ou « systémique » et engendrerait des discriminations quotidiennes, invisibles aux Blancs qui n’en souffrent pas. Un bon exemple est la couleur des pansements, qui rappellerait subtilement aux Africains que leur couleur de peau n’est pas dans les canons de la « norme blanche ». L’analyse a par la suite été étendue à l’Europe entière, coupable de la colonisation qui aurait eu les mêmes effets.

Breizh-info.com : Vous écrivez qu’il s’agit d’une idéologie dérivée du marxisme. Mais n’est-ce pas finalement l’effondrement communiste qui a obligé ses penseurs, ou plutôt les successeurs des penseurs communistes, à revoir leurs copies pour à nouveau s’assurer le contrôle idéologique des masses ? Après la lutte des classes, la lutte des races et des genres ?

Georges Guiscard : L’échec patent du communisme les a effectivement poussés à repenser leurs analyses. Mais le privilège blanc a une généalogie clairement marxiste : le schéma général tout d’abord, de dominants et de dominés, d’oppresseurs et d’oppressés, reprend les axiomes du marxisme classique. Ceux-ci ont été repensés d’abord par l’École de Francfort et sa « théorie critique », puis par les les intellectuels de la French Theory, les postmodernes et postructuralistes qui prétendirent mettre en lumière des « structures d’oppression » économiques, politiques ou symboliques.

À partir des années 80, ces thèses se sont mêlées à la réalité multiraciale des campus américains pour donner ce que l’on appelle la « théorie critique de la race ». C’est donc bien un dérivé du marxisme, dans lequel les non-Blancs ont été substitués aux prolétaires tandis que les Blancs jouent le rôle des bourgeois possédants. Et cette lutte des races s’accompagne, comme vous le dites, d’une lutte des sexes et des sexualités, toujours au nom du combat contre les structures d’oppression, en l’occurrence l’hétéro-patriarcat.

Je n’irais pas jusqu’à dire qu’il y a là un plan longuement mûri. C’est, je pense, une évolution naturelle de la gauche. Confrontée à son échec, elle ne s’interroge pas sur la validité des fondamentaux théoriques. La gauche estimera toujours que ce qui ne fonctionne pas n’est tout bonnement pas allé assez loin. Elle a simplement fini par trouver plus opprimé que les prolétaires blancs, qui ont le tort de ne pas avoir mené à son terme la révolution communiste. Éric Zemmour dit que « l’idéologie révolutionnaire » de la gauche a trouvé un « peuple révolutionnaire » : les immigrés victimes de la domination des Blancs.

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Privilège blanc, déconstruction d’une imposture

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Qui avait entendu parler du privilège blanc avant que le mouvement Black Lives Matter, à la suite de la mort de George Floyd, en 2020, ne lui donne une audience internationale ? Pas grand monde en vérité. Un mort plus tard (et des centaines de manifestations), tout le monde en parle et ne parle même plus que de cela. Comment en sommes-nous arrivés là ? C’est l’objet même du livre de Georges Guiscard : « Le privilège blanc. Qui veut faire la peau aux Européens ? », paru à la Nouvelle Librairie sous le parrainage de l’Institut Iliade. Une enquête fouillée, première du genre, qui sort à point nommé.

ÉLEMENTS : On n’a jamais autant parlé de privilège blanc. Or, on en connaît mal la généalogie et la nature. Quels en sont les penseurs, les militants, les soutiens, les idiots utiles ?

GEORGES GUISCARD : Le premier à employer l’expression est le militant communiste américain Theodore W. Allen. Dans un ouvrage publié en 1975, il affirme que le concept de race blanche est une « invention » visant à diviser les travailleurs dans les plantations coloniales : un sentiment de « privilège de la peau blanche » aurait permis de créer une hiérarchie.

En 1988, la féministe antiraciste Peggy McIntosh popularisa l’expression en la reprenant dans son essai « White Privilege: Unpacking the Invisible Knapsack ». Elle y liste une série d’avantages liés à sa peau blanche, invisibles à ceux qui en bénéficient – Allen parlait déjà « d’angle mort blanc » –, comme la couleur des pansements qui rappelle que la norme, en Occident, est d’avoir la peau blanche.

McIntosh explique qu’elle pensait naïvement que « le racisme ne pouvait exister que par des actes individuels de méchanceté » avant de comprendre que le racisme est en fait un « système invisible » dont on jouit « de par sa naissance ». C’est l’idée centrale de cette théorie : l’Occident tout entier se serait construit sur le racisme au bénéfice des Blancs, par l’esclavage en Amérique et par la colonisation en Europe. Ce racisme, consubstantiel à nos sociétés, est présent partout quoique souvent diffus, prenant la forme de discriminations systémiques désavantageant en permanence les non-Blancs.

Au-delà de ces deux pionniers, le concept du privilège blanc prend sa source dans des axiomes typiquement marxistes de relations entre dominants et dominés, nourris par la théorie critique de l’École de Francfort et les postmodernistes de la French Theory. Ces intellectuels ont élaboré le cadre de référence, celui des « structures d’oppression » qui seraient constitutives de nos sociétés. L’expression actuelle de ces idées, conséquence de nos sociétés multiraciales, est la « théorie critique de la race » dans laquelle les Blancs se substituent schématiquement à la bourgeoisie et les non-Blancs au prolétariat.

Dans ce courant plus spécifique, on trouve notamment Kimberlé Crenshaw, féministe afro-américaine qui théorisa l’intersectionnalité – c’est-à-dire le cumul des discriminations – pour rappeler aux féministes blanches qu’elles restent des privilégiées. Plus récemment ont émergé des figures comme Ibrahim X. Kendi ou Robin DiAngelo, l’auteur de White fragility, dont le postulat est qu’un Blanc qui n’accepte pas d’être qualifié de raciste démontre par-là son racisme. Ce dernier exemple illustre bien l’une des caractéristiques du concept de privilège blanc, qui n’est fait que de raisonnement circulaire et de biais de confirmation.

Les militants appartiennent la plupart du temps à une minorité raciale et sont souvent issus des minorités. D’une part les convaincus, les politiques, les décoloniaux motivés par une forme de ressentiment, mêlant haine, jalousie et culture de l’excuse. Rohkaya Diallo et Houria Bouteldja sont, en France assez représentatives de ce phénomène. À leurs côtés se trouvent des personnes plus cyniques, qui manient ces idées à des fins plus personnelles : notoriété, argent… On pense à Assa Traoré, dont la position de victime fonctionne comme un statut social qui lui donne accès à la une du Time et à une paire de Louboutin, mais aussi plus largement à n’importe quel Afro-Maghrébin qui criera vite au racisme pour prendre l’avantage sur un adversaire ou attirer la sympathie.

Les soutiens sont plus blancs. Le capitalisme woke, qui joue sur les codes du privilège blanc mais aussi sur les thèmes du lobby LGBT pour des motivations à la fois idéologiques et commerciales. La haute bourgeoisie qui cherche à signaler sa vertu morale, tel Emmanuel Macron assurant dans les colonnes de L’Express qu’ « être un homme blanc peut être vécu comme un privilège ». Et bien sûr la cohorte de sociologues stipendiés – tel Éric Fassin –, artistes et journalistes qui prêchent la bonne parole de l’idéologie dominante.

Quant aux idiots utiles, ce sont tous les Blancs woke, « éveillés », qui acquiescent à leur expropriation au nom d’un antiracisme ethnomasochiste. Ils sont convaincus que la « blanchité » est un fléau à éradiquer, même si cela doit passer par leur contrition et, à terme, leur soumission. Il y a là une forme de néo-protestantisme, idée que je développe dans l’ouvrage.

ÉLEMENTS : La notion de privilège blanc a trouvé en Joe Biden un allié de poids. Comment expliquez-vous le ralliement de la bourgeoisie progressiste à cette thèse ? Serait-ce parce que la gauche Terra Nova US – les démocrates – a trouvé une majorité électorale composite à base de minorités (mais pas la gauche française) ?

GEORGES GUISCARD : Joe Biden, qui a parlé en juin du racisme systémique comme d’une « tache sur l’âme de la nation » – vocabulaire renvoyant au néo-protestantisme que j’évoquais –, est effectivement emblématique. Biden a été choisi par le parti démocrate car il incarnait une forme de pondération, d’équilibre, qui paraissait tactiquement opportune. Il a toujours été considéré comme un modéré et un centriste, de quoi rassurer les électeurs de droite rétifs au style tumultueux de Trump.

Biden, qui a pourtant très vite donné des gages à la gauche woke, a admis son propre privilège blanc et s’est même agenouillé devant des manifestants de Black Lives Matter. Il y a là un mélange de stratégie politique et d’idéologie. Stratégie d’abord, que le journaliste américain Steve Sailer a nommée la « coalition des marges ». Il s’agit d’unir toutes les minorités – non-Blancs, LGBT, musulmans… – ainsi que les femmes, entretenues dans un sentiment d’infériorité ou de désavantage structurel et partiarcalo-raciste, contre un adversaire oppresseur commun : l’homme blanc hétérosexuel et chrétien. D’après Sailer, cette approche a permis l’élection d’Obama en 2008.

En France, la stratégie « Terra Nova » dont vous parlez suit ce modèle. L’abandon des classes populaires pour la coalition des marges est explicite dans la « contribution n° 1 » du think tank au programme du PS en 2012, qui précise que, chez les Français immigrés et leurs enfants, « le rapport de force droite-gauche y est extrême, de l’ordre de 80-20 voire 90-10 ». L’avantage de cette approche électorale est que la part des minorités dans la population ne peut que croître par le jeu démographique, basculement accentué lorsque la gauche parvient au pouvoir.

Mais il ne faut pas y voir qu’un froid plan pour la prise du pouvoir : l’idéologie joue un rôle majeur dans cette mutation. Ce sont toujours les minorités fanatiques et intolérantes qui parviennent à vaincre, car elles refusent la tiédeur, les compromis. Elles sont capables de plus de violence, de plus d’intransigeance. C’est très visible avec le wokisme, de plus en plus exigeant, prêt à excommunier les lâches qui doutent. Plus dynamiques, plus convaincues, ces avant-gardes entraînent les autres à leur suite… ou bien les purgent, ce que l’on voit avec la cancel culture qui frappe volontiers les anciens alliés.

L’évolution de Mélenchon illustre parfaitement ce mécanisme, cette « spirale de la pureté » analysée par les sociologues Bradley Campbell et Jason Manning dans leur ouvrage The Rise of Victimhood culture. Vieux laïcard communisant qui défendait « l’idée qu’on a le droit de ne pas aimer l’islam » en 2015, Mélenchon marchait quatre ans après « contre l’islamophobie » avec les islamistes du CCIF. Il a été comme happé par sa jeune garde radicale et woke, dont Danièle Obono. À sa décharge, Mélenchon se refuse encore à parler de privilège blanc. Finira-t-il, comme Biden, à mettre le doigt dans l’engrenage par stratégie pour finir presque plus radical que ceux qu’il veut séduire ?

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Parution : Le Privilège blanc. Qui veut faire la peau aux Européens ?

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Trop blancs les pansements, le ballet et la ponctualité ? Racistes les statues, la randonnée et les mathématiques ? De Black lives matter à Emmanuel Macron en passant par l’afroféministe Rokhaya Diallo, ils sont nombreux à l’affirmer : la civilisation européenne est insupportablement blanche. Il faut la déconstruire.

La notion de privilège blanc est un élément central de la mutation socio-politique en cours. Dans son essai, Georges Guiscard décortique la genèse du concept, dogme principal de la nouvelle religion woke. Il en présente ensuite les multiples facettes – « intersectionnalité », signal de vertu de la bourgeoisie blanche, capitalisme woke, stratégie sociale des minorités… – pour mieux réfuter les arguments de ses zélateurs.

L’ouvrage a par ailleurs la fraîcheur d’aborder le tout sous un angle novateur à droite. Le phénomène woke sonne le glas de l’universalisme, dénoncé comme une conception typiquement européenne ; un « truc de Blancs ». Impossible de l’affronter sans fourbir de nouvelles armes. Puisque « c’est l’ennemi qui vous désigne » (Freund), Guiscard a pris le parti d’accepter la lecture raciale imposée par la gauche woke afin de pouvoir correctement la cerner.

Les partisans du concept de privilège blanc ne s’en cachent même plus : leur objectif est d’abolir la civilisation occidentale et de soumettre les Européens, les Blancs. Préfacé par François Bousquet, directeur de La Nouvelle Librairie et rédacteur en chef de la revue Éléments, Le Privilège blanc. Qui veut faire la peau aux Européens ? est une lecture indispensable à ceux qui veulent les protéger.

Georges Guiscard est étudiant en sciences politiques et est auditeur de l’Institut Iliade, promotion Don Juan d’Autriche (2015-2016).

Le Privilège blanc. Qui veut faire la peau aux Européens ? Georges Guiscard, La Nouvelle Librairie éditions, 2021, 222 pages.
ISBN : 978-2-491446-63-5
Prix : 16,00 €

Texte repris du site Valeurs Actuelles