Cent ans d’imposture mondialisée, par Jean-Gilles Malliarakis

La conclusion de la réunion du G20 à Osaka ressemble à la reconstitution d’une mauvaise comédie. Les dirigeants de 19 pays sur 20 ont signé un accord pour la galerie. Il est destiné en théorie à sauver la planète et le climat. Mais tout le monde sait qu’il n’y parviendra pas, puisque la principale puissance mondiale refuse de le contresigner. Le président républicain isolationniste désavoue de la sorte les campagnes de ses prédécesseurs et des politiciens démocrates, Obama comme Al Gore.

Les précédents historiques ne manquent pas.

On devrait éviter, mais les médias les adorent, l’abus des anniversaires. Leur déferlante devient d’autant plus pathétique dès lors qu’on se refuse à en tirer les leçons.

Le 75e anniversaire du débarquement de Normandie a sans doute permis de rendre un hommage légitime aux derniers valeureux survivants. Ils n’existeront plus pour l’occasion du centenaire. Cela n’a cependant guère engendré de progrès de la conscience historique chez les anciens Alliés occidentaux.

On ne s’attardera pas non plus sur tel ou tel exemple, parmi tant d’autres, jalons de nos éphémérides : ainsi, la commémoration insolite, organisée par le grand-orient en 2012, des 220 ans de la proclamation de la république, n’a pas beaucoup fait avancer la mémoire civique. Tout juste a-t-elle contribué à réintroduire la ritournelle des références à ce régime dans les déclarations de nos dirigeants.

On doit en revanche regretter, en cette journée du 28 juin, le silence massif à propos des 100 années qui se sont écoulées depuis la signature du traité de Versailles, le 28 juin 1919. Cette date fut fixée elle-même, par les puissants vainqueurs du conflit, 5 ans jour pour jour après l’assassinat provocateur commis à Sarajevo, le 28 juin 1914, cause immédiate de la première guerre mondiale.

Heureusement, si l’on peut dire, on pourra commémorer, tout au long des quatre années à venir, une par une, chacune des étapes de la mise en place de cette prétendue paix négociée entre les seuls alliés. Les Français gagneront même à revisiter les affligeants débats de ratification animés par Clemenceau.

On a déjà manqué l’évocation du diktat le plus injuste, celui de Trianon, imposé à la Hongrie le 4 juin. Il priva ce royaume, qui ne l’accepta jamais, des 2/3 de son territoire et de 40 % de sa population magyare. À Saint-Germain-en-Laye le 10 septembre, avec l’Autriche le système révéla sa face la plus destructrice au détriment de l’empire des Habsbourg, lui interdisant toute notion d’autodétermination. À Neuilly, le 27 novembre, on amputa la Bulgarie. Désormais isolé de ses voisins, ce pays rejoignit de façon pérenne les rangs des États révisionnistes, dont l’Europe centrale et orientale allait donc se trouver hérissée. Au voisinage des pays théoriquement bénéficiaires, tous se trouvèrent soumis à des régimes affaiblis, désavoués par les vainqueurs et enfermés dans des frontières instables.

Cette situation ne fit qu’accentuer la recherche d’une revanche par une Allemagne ruinée, rançonnée, mais maintenue unifiée et considérant qu’elle n’avait pas été vaincue mais trahie.

On connaît la suite. Les hostilités reprirent 20 ans plus tard.

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