La politique à la reconquête de l’intelligence perdue, par Ivan Rioufol

Michel Onfray conduira lui-même une liste souverainiste issue de son mouvement, Front Populaire, au prochaines élections européennes. Si le philosophe n’envisage pas pour autant de se présenter à la future présidentielle, une personnalité issue de son mouvement pourrait être désignée dans les mois prochains. Ces annonces ont été faites par Onfray, dimanche soir, à l’occasion de la reprise de mon émission, Face à Rioufol sur CNews (20h-21h chaque dimanche), à l’issue de l’Université d’été de Front Populaire, à Uzès. Après Eric Zemmour, qui a quitté son rôle d’observateur et de commentateur pour entrer dans l’action, le philosophe pro-Frexit emprunte le même chemin.

Ces itinéraires sont menés par deux intellectuels en guerre contre le conformisme abrutissant de l’époque. Ils ont décidé, chacun à leur manière, de pallier la vacuité des discours politiques, arasés par la pensée obligée et le manichéisme humanitariste. Dans cette perspective, la candidature d’Onfray ne peut être que bénéfique pour rehausser le niveau des débats et les sortir de leur glaciation dogmatique. Son initiative s’accompagne, chez les Républicains, d’une semblable prise de conscience de l’urgence à penser le monde sans oeillères. Laurent Wauquiez, qui a renoncé à la présidence des LR mais non pas à ses ambitions présidentielles, estime que le parti est devenu un carcan qui empêche d’aller « à l’écoute des Français ». Bruno Retailleau, soutenu par le professeur de philosophie François-Xavier Bellamy, participera pour sa part à la compétition pour la présidence des Républicains, disputée également par Eric Ciotti et Aurélien Pradié.

Est-ce à dire que l’intelligence s’apprête à faire son grand retour en politique ? Le niveau est descendu si bas – les propos de l’écologiste Sandrine Rousseau étant le phénomène le plus abouti – qu’il ne sera guère compliqué de le rehausser. Rien ne peut être plus heureux pour la France en déclin qu’une compétition d’idées, dégagées des prêts-à-penser et des leçons de morale proférées par les populophobes. Le désastre énergétique annoncé, constitué par la réduction du programme nucléaire national (décidé par François Hollande puis confirmé dans un premier temps par Emmanuel Macron et Elisabeth Borne), est de ces fautes idéologiques gravissimes qui mériteraient des mises en accusation pour mise en péril de l’intérêt collectif ou saccage volontaire d’un outil de production essentiel.

La somme d’injures qui s’est abattue ces jours-ci sur Ségolène Royal, qui a osé mettre en garde contre « la propagande de guerre par la peur » dans le conflit entre l’Ukraine et la Russie, en écornant la sacralisation de Zelinsky, est révélatrice du sectarisme de ceux qui prétendent défendre la démocratie mais ne tolèrent aucun pluralisme des opinions. La Fondapol, dans sa dernière étude, rappelle que 77% des électeurs ont choisi, lors des législatives, un vote de rupture. L’actuel jeu politique, inepte, est rejeté par les Français. Il est urgent de redécouvrir l’intelligence. Elle commence par l’acceptation des idées des autres.

Ivan Rioufol

Texte daté du 5 septembre 2022 et repris du blog d’Ivan Rioufol