[Revue de presse] Novopress citée par Olivier Ferrand de Terra Nova

[Revue de presse] Novopress citée par Olivier Ferrand de Terra Nova

16/06/2012 — 09h30
PARIS (NOVOpress) — Dans une tribune publiée par le Monde consacrée au rapprochement UMP-FN, Olivier Ferrand, président de Terra Nova et candidat PS pour les élections législatives dans les Bouches-du-Rhône, cite Novopress. Extraits : “L’agence de presse d’extrême droite Novopress valorise les prises de position des députés UMP radicaux. En sens inverse, le site 24heuresactu, animé par des militants UMP, affiche sa sympathie récurrente pour Mme Le Pen.”

Rapprochement avec le FN : Juppé désapprouve la position de Garraud

Rapprochement avec le FN : Juppé désapprouve la position de Garraud

15/06/2012 — 08h00
BORDEAUX (NOVOPress via Infos Bordeaux) —
  Alain Juppé a indiqué mercredi qu’il désapprouvait les propos sur le Front National tenus par le député UMP de Gironde, Jean-Paul Garraud (photo)

Dans un entretien accordé mardi à nos confrères de 20 Minutes, le parlementaire sortant, s’est interrogé sur « la pertinence du maintien d’un cordon sanitaire autour du Front national ».
« Il faut faire la différence entre les questions d’appareils et ce qui nous remonte du peuple. Les gens ne font plus la différence entre les partis au sein du bloc de droite. Sur le terrain, nous entendons sans arrêt, la question suivante de la part des sympathisants de droite : Nous perdons sans arrêt les élections alors que les valeurs que nous défendons sont majoritaires. Quand est-ce que vous vous entendrez avec le FN ? Une demande populaire existe, on ne peut le nier. Il nous appartient d’en tirer les conséquences » a-t-il déclaré.

Dans un communiqué de presse, le maire de Bordeaux a indiqué mercredi qu’il « désapprouve fermement ces propos en totale contradiction avec la position du bureau national de l’UMP et qu’en conséquence il n’ira pas soutenir M. Garraud avant le deuxième tour ».

Arrivé en deuxième position (32,22%) derrière le socialiste Florent Boudié (36,96%), Jean-Paul Garraud a reçu le soutien de la candidate frontiste, Anne-Christine Royal (15,74%). Il semble qu’Alain Juppé, à l’instar de plusieurs ténors de l’UMP, soit devenu autiste sur les demandes de la base. Selon un sondage Ipsos, 66% des électeurs de droite se prononcent pour un accord de désistement mutuel entre l’UMP et le FN lorsqu’il s’agit de battre un candidat de gauche.

Jacques Colombier secrétaire départemental du Front national en Gironde a répondu dans un communiqué « Décidément Alain Juppé ne manque pas une occasion de faire perdre son camp (…) Mr Garraud ne se trompe pas d’adversaire entre la gauche socialo-communiste et le FN ».

Crédit image : Francky33, via Wikipédia, licence CC.

J.M. Ayrault et la gauche de Loire-Atlantique veulent clouer Ph. Boënnec au pilori

J.M. Ayrault et la gauche de Loire-Atlantique veulent clouer Ph. Boënnec au pilori

14/06/2012 – 18h00
NANTES (NOVOpress Breizh) – En Loire-Atlantique, le Front national soutient un député sortant. Les socialistes s’insurgent et somment l’UMP de désavouer son candidat. Les habitués de la défaite sont prêts à remettre en marche la « machine à perdre ». Mais ce sont les électeurs qui auront le dernier mot.

Au soir du 10 juin, Philippe Boënnec, député sortant de la 9° circonscription de Loire Atlantique [en jaune sur la carte de Loire Atlantique, cliquer sur l’image pour la voir en entier]  et secrétaire départemental de l’UMP, se retrouve en deuxième position avec 37,01% des suffrages exprimés. Il est devancé par la candidate PS, Monique Rabin qui en obtient 37,99%. Celle-ci peut compter sur le report des électeurs des trois candidats d’extrême gauche (Front de gauche, Lutte ouvrière, Europe écologie les verts) soit 8,06%. Par contre, le maire de Pornic pourra au mieux obtenir ceux des candidats MPF, divers droite et centriste soit 6,12%. Pour retrouver son siège, sauf à mobiliser plus d’abstentionnistes que sa concurrente ou les 1,45% d’électeurs de trois candidats écologistes indépendants du premier tour, il lui faut convaincre ceux qui ont choisi la candidate du Front national, Maggy Lussaud. Secrétaire départementale du FN, celle-ci est arrivée en troisième position avec 9,38%.

Constatant, selon ses déclarations, « que par son opposition au droit de vote des étrangers, au mariage des homosexuels, …sur les valeurs de société, il partage plus de choses en commun avec le FN qu’avec le PS », il contacte Mme Lussaud et lui demande d’appeler ses électeurs à voter pour lui au deuxième tour afin de battre la candidate socialiste.

Après consultation et accord de Marine Le Pen, la candidate FN lui répond favorablement et invite « ceux qui l’ont soutenue ainsi que les abstentionnistes à voter pour notre député sortant ». Cela va déclencher la colère de Jean-Marc Ayrault et des oligarques socialistes locaux qui dirigent la région, le département et de nombreuses mairies avec le concours du Parti communiste mais retrouvent soudain leur sens moral devant le danger électoral. Jacques Auxiette, président du conseil régional, se dit « scandalisé». Philippe Grosvalet, président socialiste du conseil général, prétend même dicter sa conduite à l’UMP : « Philippe Boënnec doit être sanctionné ».

Étrangement, Sophie Jozan, à la tête du maigre groupe UMP d’opposition à la mairie de Nantes, se joint au concert socialiste. « Philippe Boënnec vient de franchir la ligne rouge », dit-elle, « je ne peux plus le considérer comme dirigeant local de l’UMP ». Reste à voir si elle sera plus efficace comme opposante interne (elle s’était déjà désolidarisée au dernier moment de la liste UMP aux sénatoriales de 2011) que face à une gauche qui la bat systématiquement dans les urnes.

Par sa démarche, de façon inattendue, Philippe Boënnec met la Loire Atlantique, fief du Premier ministre Jean-Marc Ayrault, au cœur du débat ouvert par la défaite de Nicolas Sarkozy et le retour en force du FN, animé par Marine Le Pen. Le mur anti FN, mis en place par la gauche, va-t-il imploser comme elle le souhaite ? L’UMP va-t-elle comme naguère se laisser piéger par les « moralistes » des partis de l’établissement ? N’en déplaise à ceux-ci, ce sont les électeurs qui apporteront la réponse : dans une véritable démocratie, dans une République digne de ce nom, c’est le Peuple qui est souverain.

Jean Galibert

Crédit image : Pymouss44 via Wikipédia, licence CC.

Un élu UMP brise le tabou de l’union des droites

Un élu UMP brise le tabou de l’union des droites

14/06/2012 — 11h30
PARIS (NOVOpress via le Bulletin de réinformation de Radio Courtoisie)
Pourquoi Jean‑François Copé souhaite‑t‑il l’exclusion de Roland Chassain ? Roland Chassain (photo) est arrivé troisième suite au premier tour des élections législatives dans la 16e circonscription des Bouches‑du‑Rhône. Le candidat PS, Michel Vauzelle est arrivé en tête, suivi par la candidate du Front national. Chassain a donc décidé de se désister afin de donner à la candidate FN la possibilité de battre le socialiste.

On peut donc affirmer que l’UMP veut exclure son candidat, car il ne respecte pas les consignes de « ni‑ni » pour ce second tour. C’est exactement cela. L’UMP ne veut pas assumer le choix de son candidat, qui souhaite avant tout la défaite du socialiste Vauzelle.

Pourtant, ce choix est motivé par l’absence de moralité supposée du député socialiste. Chassain lui reproche des détournements de subventions, mais aussi des emplois fictifs, des notes de frais faramineuses pour financer des nuits au Sofitel ou des trajets d’hélicoptères.

Peut‑on donc affirmer que Roland Chassain a brisé un tabou ? Tout à fait. En préférant Valérie Laupies à Vauzelle, il affirme ainsi qu’un candidat du FN peut correspondre aux valeurs de la République alors qu’un candidat socialiste n’est pas digne de représenter les électeurs du fait de son passé.

Cela va à l’encontre de la doctrine de l’UMP et de ses fondateurs qui, comme Chirac, ne jugeait pas le Front national comme un parti républicain. Chassain est seul pour l’instant,  mais il fera peut‑être des émules !

Crédit photo : Philippe Marc via Flickr, licence CC.

L’UMP semble refuser de recréer le front “républicain” [vidéo]

L’UMP semble refuser de recréer le front “républicain” [vidéo]

11/06//2012 – 16h00
PARIS (NOVOpress) –
Selon l’institut Ipsos, il y aurait entre 25 et 30 triangulaires au second tour. Beaucoup impliqueront un candidat FN.

[Mise à jour 11/6/12 à 18h : En fait, malgré le mode de scrutin calculé pour l’éliminer, le FN peut se maintenir au deuxième tour dans 61 circonscriptions, dont 32 triangulaires].

En face, l’UMP et le PS n’adoptent pas la même stratégie. Martine Aubry a appelé au “désistement républicain” entre le PS et l’UMP.

Réponse de François Fillon : “Nous allons maintenir nos candidats partout où ce sera possible”.

De leur coté François Copé et Claude Guéant, justifient le “ni-ni”, désistement ni en faveur du PS ni du Rassemblement Bleu Marine (vidéo ci-dessous)

Ce n’est pas l’alliance avec le FN, mais ce n’est plus l’alliance avec le PS !

Information reprise en partie du Salon Beige.

[Exclusivité NOVOpress] quand des militants UMP créent un faux site FN-Nice pour attaquer une candidate du Rassemblement Bleu Marine !

[Exclusivité NOVOpress] quand des militants UMP créent un faux site FN-Nice pour attaquer une candidate du Rassemblement Bleu Marine !

07/06/2012 — 09h30
NICE (NOVOPress) — Depuis hier, divers comptes plus ou moins anonymes sur twitter tentent de faire connaitre le site www.fn-nice.com.

S’ouvrant sur un sondage étonnant, semblant d’emblée s’attaquer à la notoriété de la candidate du FN-Rassemblement Bleu Marine dans la 5ème circonscription des Alpes-Maritimes (elle est évoquée entre Jacques Peyrat, l’ancien maire de Nice, et Philippe Vardon, président de Nissa Rebela et membre de la direction du mouvement identitaire), le site reprend les codes esthétiques des sites officiels du Front National. Un compte youtube FN-Nice a même été créé pour l’occasion.

On comprend pourtant très vite qu’il est en fait question pour ce site de s’en prendre à la candidature de Danielle Cardin, présentée comme “une candidate loin de chez nous”. Il est vrai que la malheureuse n’a pas hésité dans la presse à revendiquer son statut de “parachutée” dans la circonscription (un petit saut, elle vient des alentours de Grasse, mais qui compte terriblement dans un territoire aussi enraciné que le haut-pays niçois), et que les interventions vidéos reprises sur le site sont assez déconcertantes. Les autres candidats lui étant opposés dans le débat, les journalistes de Nice Matin et Radio France Bleu Azur, et même l’ensemble de la rédaction de NOVOpress cherchent encore à comprendre ce qu’elle a voulu expliquer concernant le logement social

Cette candidate a finalement été préférée par la direction du Front National à celle de Philippe Vardon, qui avait demandé le soutien du FN (dans le cadre du Rassemblement Bleu Marine). Las, ne souhaitant pas favoriser la candidature de Christian Estrosi en maintenant la sienne, Philippe Vardon avait décidé dans un geste élégant et responsable de se retirer de la course, concentrant son énergie “à soutenir le rassemblement là où il est une réalité effective : dans la 1ère circonscription avec la candidature de Jacques Peyrat”.  Il participe depuis à dynamiser la campagne de Jacques Peyrat, tant sur le terrain que dans le cadre de différentes réunions publiques dans les quartiers niçois.

Cité dans le sondage d’accueil – et même trois fois sur la page centrale du site – de FN-Nice, Philippe Vardon est ici largement instrumentalisé. Se basant sur tout cela, des esprits tordus auraient certainement pu imaginer que le site en question était une vengeance interne au FN, ou même provenait des rangs identitaires. Il n’en est pourtant rien. NOVOpress est en mesure de vous révéler que ce site a été créé par un militant UMP, des Jeunes Populaires précisément, jouissant d’une certaine proximité avec plusieurs élus des Alpes-Maritimes.

Une simple recherche “who is” permet d’identifier la personne ayant déposé le nom de domaine www.fn-nice.com. Il s’agit d’un certain Alexandre Ajacques.

Poursuivant les investigations (à l’aide d’un simple ordinateur et d’une connexion internet, toutes les informations de cet article étant publiques), on peut découvrir grâce à Twitter et Facebook qu’Alexandre Ajacques est en fait un militant des Jeunes Populaires des Alpes-Maritimes.  Un militant très actif puisqu’on peut le voir dans plusieurs réunions (et même carrément sur la scène) , collant des affiches, ou aux côtés de ses dirigeants (avec Eric Ciotti, Benjamin Lancar, Lionnel Luca ou Christian Estrosi). Il est aussi un fervent propagandiste de ses “héros” sur les réseaux sociaux.

Alexandre Ajacques, “propriétaire” du site, aurait-il été aidé dans sa conception par un autre militant des Jeunes Populaires ? Anthony Bressi semble avoir le profil tout indiqué, lui qui se définit sur son compte twitter comme “Développeur web / Infographiste / Community Manager / Présent sur Twitter sous de multiples identités…”. Un geek en somme, qui semble bien être le tout premier à avoir annoncé l’existence du site www.fn-nice.com, pile au même moment que le compte Twitter “Madame Michu” désormais célèbre relai de l’UMP.

Sur les réseaux sociaux toujours, Alexandre Ajacques n’hésite pas à se faire le zélé défenseur de ses chefs, s’en prenant à ceux qui les égratignent… et par exemple à Philippe Vardon ! Dont il semble pourtant si amoureux quand il s’agit de l’utiliser pour dénigrer Danielle Cardin.
Il semble, à en croire les photos, très proche de Christian Estrosi puisqu’on peut les voir partager des moments de complicité comme une petite partie de baby-foot. Alexandre Ajacques – militant UMP et propriétaire du faux site www.fn-nice.com rappelons-le – apparaît aussi comme un proche de Marine Brenier, jeune conseillère municipale de Nice et responsable des Jeunes Populaires 06.

Si proche, qu’elle fut aussi parmi les premières à “retweeter”, c’est-à-dire à relayer donc, l’existence du site www.fn-nice.com et les propos de Mme Cardin que celui-ci rapporte.

Arrivés à ce stade de notre “enquête”, il est clairement établi que ce site a été réalisé par un ou des militants de l’UMP pour plomber un peu plus la candidature de Danielle Cardin (FN) dans la 5ème circonscription, et donc favoriser celle de Christian Estrosi. Nous avons aussi établi qu’il existait entre le propriétaire de ce site, Alexandre Ajacques, et Christian Estrosi ou Marine Brenier une proximité évidente. Que celle-ci (conseillère municipale de Nice, avec une délégation, et conseillère métropolitaine tout de même) ait elle-même relayé très rapidement le faux site ne laisse que peu de doutes sur le fait qu’elle en connaisse l’origine.

Alors que l’affaire des faux-vrais tracts de Mélenchon à Hénin-Beaumont ne cesse de faire l’actualité, il serait désormais de bon ton que Marine Brenier et surtout Christian Estrosi s’expliquent sur l’affaire du faux-vrai site FN de Nice !

Jean Gastaud

PS : Lorsqu’il avait appris que le FN ne soutiendrait pas sa candidature et préférait envoyer Danielle Cardin, Philippe Vardon avait écrit : “Christian Estrosi doit en être ravi”. Interrogeant ce dernier, le quotidien Nice Matin lui avait demandé voici quelques jours : “Philippe Vardon, de Nissa Rebela, a renoncé à vous affronter au profit d’une candidate du FN parachutée : c’est un bonus pour vous ?”. Il semble bien que les attaques de l’UMP contre le FN, relayées par ce faux site, confirment cela. Dans cette campagne, la candidature de Danielle Cardin aura bien été une chance pour Estrosi.

Ces élections que la droite ne veut pas gagner ! Et pourtant elle reste majoritaire…

Ces élections que la droite ne veut pas gagner ! Et pourtant elle reste majoritaire…

C’est dans un climat morose que les électeurs s’apprêtent à aller voter le 10 juin pour élire leurs représentants à l’Assemblée nationale. Pas de débat, pas de combat, pratiquement pas d’enjeux… Comme si la droite était contente à l’idée de voir arriver une vague rose au Palais- Bourbon.

Ces élections législatives, dont le premier tour aura lieu dimanche, sont étranges à plus d’un titre. Comme si, après cette élection présidentielle si âpre, tout le monde, partis inclus, éprouvait le besoin de souffler. Comme si le ressort qui fait les grandes campagnes, les grands débats, les belles joutes était cassé. Comme si, ayant perdu Nicolas Sarkozy, la droite avait perdu en même temps l’énergie que celui-ci lui insufflait.

Certes, sur le terrain, les députés sortants, qui veulent conserver leur siè ge, et ceux qui aspirent à leur suc céder, battent la campagne.

Mais de débat national, il n’y a pas. De grands rendez-vous télévisés non plus. A croire que la France est entrée dans un régime présidentiel – ce qui n’est pas du tout ce qui est écrit dans ses institutions – et que, somme toute, quel que soit le résultat des élections législatives, il ne pourra rien changer à ce que les Français ont décidé le 6 mai dernier en élisant François Hollande. Voici que la France est sous anesthésie dont elle ne se réveillera que dimanche soir pour prendre connaissance, en spectatrice, de ce que les Français qui auront participé au scrutin auront décidé, et nul ne semble douter que ce qui sortira des urnes sera conforme au vote du 6 mai.

Hollande a eu vraiment de la veine d’être élu 

Depuis que les élections législatives suivent immédiatement l’élection présidentielle sans qu’il soit besoin au chef de l’Etat élu de dissoudre l’Assemblée nationale, il est admis que le scrutin législatif ne peut que confirmer le scrutin présidentiel: la France cartésienne ne pourrait se déjuger et les Français se retrouveraient dans une sorte d’obligation morale de donner au nouveau président de la République la majorité parlementaire qui lui permettra de mettre en œuvre sa politique. Ayant élu un président de gauche, les Français ne pourraient donc qu’envoyer à l’Assemblée une majorité de parlementaires de gauche. Dès lors, pourquoi se battre et se combattre puisque le sort est scellé?

S’il était impossible de voir surgir une cohabitation pour les élections législatives de 2002 et de 2007, le cas de figure est bien différent cette année – ou aurait pu l’être si, dans l’opposition au chef de l’Etat, la volonté avait été présente de remporter ces élections. Il faut le dire une nouvelle fois, quitte à se répéter: la France n’est pas à gauche. « La France n’est pas majoritairement à gauche », confiait François Hollande au « Nouvel Obs » en une phrase passée inaperçue juste avant le second tour (1). Le candidat socialiste n’a pas été élu sur une adhésion à un programme de gauche, il n’a pas été porté au pouvoir non plus sur le rejet d’une politique de droite; il ne doit son élection qu’au rejet, par les Français, de la personne de Nicolas Sarkozy.

L’une des caractéristiques de la dernière présidentielle, vient d’expliquer le politologue Jérôme Jaffré dans « Le Monde » du 5 juin, « aura été de traduire un vote de rejet et non un vote d’adhésion. Une courte majorité des électeurs s’étant exprimés lors du second tour (51 % exactement) l’a fait en mettant en avant sa volonté de barrer la route à l’adversaire, 49 % ont voté avant tout pour que leur candidat soit élu président. Chiffres serrés à l’image du scrutin et qui correspondent à sa logique profonde. A cette différence près qu’en 2007 dans le duel entre Ségolène Royal et Nicolas Sar kozy, 69 % des électeurs s’étant exprimés avaient émis un vote d’adhésion, 31 % seulement un vote de rejet. Hormis le calamiteux second tour de 2002, il faut sans doute remonter au match revanche qui opposait en 1981 François Mitterrand à Valéry Giscard d’Estaing pour retrouver l’expression d’un vote rejet majoritaire ».

Une France de plus en plus… à droite

« L’élection de 2007, ajoute Jaffré, était porteuse d’espérance, celle-ci est un processus d’élimination. M. Sarkozy en est la victime finale, mais il peut garder la satisfaction d’être en tête dans le vote d’adhésion. Parmi les électeurs ayant exprimé une volonté positive, M. Sar kozy remporte 52,5 % des voix, M. Hollande 47,5 %. »

Ce paradoxe est confirmé par la très nette droitisation du corps électoral, également relevée par Jaffré, qui s’effraie de ce que « les thèmes de campagne sur lesquels M. Sarkozy a chauffé le pays à blanc (à petit blanc, serait-on tenté d’écrire) [fassent] un tabac ». En cinq ans, par exemple, les Français estimant qu’« il y a en France trop d’immigrés » sont passés de 48 % à 62 %, soit une progression de quatorze points que les candidats qui n’auraient pas lu les sondages se voient rappeler sur le terrain au contact de leurs électeurs. De même, ne faut-il plus parler d’islam (de France ou pas de France) aux Français, pour qui ce mot suscite, à 81 %, un rejet… contre 63 % en 2007. Les Français sont même 45 % à avoir une réaction « très négative » à l’évocation de ce mot contre 25 % il y a cinq ans.

Il faut lire le reportage consacré par le dernier numéro de « Marianne » aux candidats de l’UMP au contact de leurs électeurs, qu’ils ne « reconnaissent plus », qui les jugent « trop mous, trop flous, pas assez loups », « des militants, écrit Nicolas Domenach, parfois même plus frontistes que le FN ». Des militants ou sympathisants, des électeurs en tout cas, qui ne sont pas – encore – passés chez Marine Le Pen, qui leur parlent des « crouilles » (2), qui leur font part de leur peur face à l’« invasion de noirs » à la grande surface du coin et qui ont toutes les peines du monde à comprendre pourquoi « on [l’UMP] ne s’allie pas avec Marine Le Pen »: « Ce n’est pas son père, tout de même… » Ainsi va la France UMP, décrite par le directeur adjoint de la rédaction du journal fondé par Jean-François Kahn, qui déplore: « La campagne “ultradroite” de Nicolas Sarkozy, dans la suite de sa gouvernance d’exclusion, a fait exploser toutes les digues. » Et, à l’image de Jack Lang voyant la France passer, lors de l’élection de François Mitterrand le 10 mai 1981, de l’ombre à la lumière, Domenach conclut: « Dieu, qu’il fait sombre… »

Le cri d’alarme de Jean-François Kahn

Etonnant paradoxe de voir la gauche se désespérer au moment même où la France, il faut le rappeler car la lecture de la presse finit par l’occulter, vient de se doter d’un président socialiste! Le mandat de François Hollande serait-il donc le chant du cygne de cette gauche française si archaïque, si sectaire, si sclérosée? Son élection ne serait-elle qu’un accident de l’histoire, à contre-courant de l’évolution des mentalités et de ce que nous pourrions appeler le « sursaut national », due uniquement au forfait contraint – à l’« empeachment » – du candidat naturel du PS qu’était Dominique Strauss-Kahn et à l’imprégnation des esprits, révoltés par tant d’attitudes méprisantes, des premières années, et même des premières heures, du mandat de Nicolas Sarkozy?

Jean-François Kahn lui-même n’hésite pas à publier un livre titré La Catastrophe du 6 mai 2012 (Plon) ! Mais quelle « catastrophe », de son point de vue? « Elle tient, cette catastrophe, à un chiffre: 48,38 %. Le score obtenu par Nicolas Sarkozy ce 6 mai. Une défaite, malgré tout? D’un candidat, certes. Tout le monde savait qu’il représentait le principal handicap de sa cause. Mais de son discours? Les électeurs ont recalé le vendeur – le camelot –, mais ils étaient prêts à consommer sa marchandise. » Alors que, selon lui, « sous l’influence de deux gourous néo-maurrassiens » Patrick Buisson et Henri Guaino, bien plus barrésien que maurrassien mais passons –, Nicolas Sarkozy avait carrément procédé, non pas à une manœuvre visant à renouveler l’opération de 2007 ayant consisté à capter les électeurs lepénistes mais à « une tentative de débordement de Marine Le Pen sur sa droite »!

Tout ceci intégré, les leaders de la droite parlementaire, débarrassés, au moins pour un temps, de la personne encore répulsive de Nicolas Sarkozy, auraient pu s’engouffrer dans la profonde mutation politique en cours dans notre pays pour mener campagne tambour battant sur les thématiques désormais tenues pour prioritaires, centrales même, par la majorité de leurs électeurs potentiels. Or ils ne l’ont pas fait, en partie par tactique, en partie en raison de l’actuelle situation de l’UMP.

Ne pas ouvrir une voie royale à Marine Le Pen

Les leaders de l’UMP ne peuvent pas le dire à leurs électeurs mais une victoire de l’opposition aux élections législatives ne les arrangerait pas… du tout. Les yeux rivés, dès avant le deuxième tour de la présidentielle, sur le prochain scrutin présidentiel de 2017, ils misent, tous ou presque, sur ces « pleins pouvoirs » à la gauche que représenterait une victoire de celle-ci aux élections législatives, après que le PS, allié aux écologistes, aux radicaux et aux communistes, mélenchoniens ou autres, a conquis le Sénat, la totalité des conseils régionaux à l’exception de l’Alsace et une majorité des conseils généraux et des grandes villes de France.

Si, par malheur, la droite parlementaire venait à l’emporter au soir du 17 juin, François Hollande n’aurait d’autre choix que d’appeler à Matignon un ténor de l’UMP, qui ne pourrait être François Fillon, premier ministre durant cinq ans de Nicolas Sarkozy, et qui ne pourrait être non plus Jean-François Copé, trop droitier pour pouvoir cohabiter avec le président de la République et son équipe.

Le seul premier ministre de cohabitation envisageable est, de toute évidence, Alain Juppé, tout à fait « hollando-compatible » et dont nul n’est sûr à l’UMP que, dans le secret de l’isoloir, il n’ait pas voté au second tour de la présidentielle selon la consigne donnée (et appliquée) par le clan chiraquien – à l’exception de Bernadette Chirac, le seul « homme de droite » de la famille –, aujourd’hui tout à son bonheur d’être débarrassé de Nicolas Sarkozy.

Or Juppé à Matignon, c’est l’assurance, tant pour la droite qui ne s’assume pas comme telle (Fillon) que pour celle qui se décide enfin à l’être (Copé), d’une politique mollassonne, faite de compromis et, en fait, de soumission à l’idéologie dominante, qui porterait un coup fatal, d’une part à leurs ambitions pour 2017 – tant « le meilleur d’entre nous » se discréditerait rapidement et, avec lui, discréditerait la droite parlementaire; d’autre part à une UMP dont bon nombre d’élus n’accepteraient pas longtemps de soutenir un gouvernement allant à l’encontre des exigences de leurs électeurs et, pour certains, de leurs propres convictions.

Ce serait, pour dire les choses clairement, la certitude d’ouvrir une voie royale à Marine Le Pen pour 2017, qu’elle ait ou non des élus à l’Assemblée nationale. La présidente du Front national aurait en effet beau jeu de dénoncer, durant le temps qu’accorderait François Hollande au gouvernement d’Alain Juppé avant de prononcer la dissolution de l’Assemblée nationale, la connivence « UMPS » dont Juppé est, effectivement, l’un des pires représentants.

La popularité en trompe-l’oeil de Hollande

La popularité dont jouissent François Hollande et son premier ministre, Jean-Marc Ayrault, est pourtant en trompe-l’œil. Selon l’étude de l’institut LH2 pour le « Nouvel Obs », parue le 4 juin, 58 % des personnes interrogées déclarent avoir une opinion positive de François Hollande en tant que président de la République. Certes, pour un homme qui n’a encore rien fait – mais fera-t-il un jour quelque chose? –, cela peut paraître beaucoup. En fait, il n’y a pas de quoi sauter de joie. Au même moment en 2007, les Français étaient 63 % à avoir une opinion positive de Nicolas Sarkozy!

Et surtout, le chef de l’Etat entrant ne bénéficie d’aucun « état de grâce ». Une lecture attentive de cette étude montre que seuls 19 % des Français ont une opinion « très positive » de lui, chiffre qui ne dépasse pas 37 % au sein même de l’électorat de gauche! Les 58 % d’« opinions positives » sont obtenus en additionnant les opinions « très positives » et les opinions « assez positives », soit ceux qui ont coché cette case parce qu’il fallait bien répondre quelque chose…

En raison des incertitudes totales sur le taux de participation et du non-sens absolu que constituent des sondages nationaux à l’approche d’un scrutin qui est en fait constitué de 577 scrutins spécifiques, il est totalement impossible de dire ce qui sortira de ces élections, et il sera temps, la semaine prochaine, d’analyser les résultats du premier tour en fonction des ambitions de chacune des formations politiques. Deux choses, en revanche, sont certaines : pour la droite et, a fortiori, pour les droites que constituent désormais l’UMP et le Front national de Marine Le Pen, ces élections étaient – et sont encore – gagnables ; et les dirigeants de l’UMP n’ont vraiment rien fait pour les gagner.

Antoine Vouillazère

1. « Le Nouvel Observateur » du 3 mai 2012, page 50
2. « Face au Front national. La Droite lâche », in « Marianne » n° 789 du 2 au 8 juin 2012.

[box class=”info”] Article de l’hebdomadaire “Minute” du 6 juin 2012 reproduit avec son aimable autorisation. En kiosque ou sur Internet.[/box]

Ces élections que la droite ne veut pas gagner ! Et pourtant elle reste majoritaire…

[Tribune libre] Lettre ouverte aux candidats aux législatives et dirigeants des partis de droite – Par Eric Martin

[Tribune libre] Lettre ouverte aux candidats aux législatives et dirigeants des partis de droite - Par Eric Martin

Mesdames, Messieurs,

La France est majoritairement à droite. Les récentes élections présidentielles l’ont encore confirmé. Malgré cela, le candidat socialiste l’a emporté. Pour une unique raison: les états-majors politiques de droite obéissent aux diktats de la gauche et des médias « bien-pensants » et refusent toute entente entre les différentes tendances de la droite française.

Certes, nous voyons bien qu’il existe des différences entre les programmes du Nouveau centre, de l’UMP, du CNIP ou du FN.

Mais des différences encore plus grandes existent entre l’ex (?) trotskiste Mélenchon, les libertaires du parti prétendument écologiste, et la gauche social-démocrate. Pourtant, ces différences n’empêchent nullement des accords électoraux, nationaux ou locaux.

Il n’est pas tolérable que cette alliance, si facile à gauche, soit interdite à droite. D’autant plus qu’aucun parti de droite ne se réclame d’idéologie ayant causé, comme le communisme, actuellement si bien en cour, des dizaines de millions de morts. Nous dénions absolument à la gauche toute légitimité pour nous donner des leçons de morale dans ce domaine.

Nous ne vous demandons pas de nier vos différences légitimes. Nous vous demandons de constater qu’il existe plus de différence entre un homme de droite et un socialo-communiste qu’entre deux hommes de droite.

Électeurs de droite, nous vous demandons, à vous qui dirigez les formations politiques de droite, et qui êtes élus grâce à nous, de préférer l’entente à droite à l’alliance avec la gauche. Nous ne pouvons pas admettre que la France soit abandonnée à une minorité d’agitateurs sectaires et irresponsables simplement parce que les élus de droite préfèrent obéir à leurs adversaires que suivre leurs électeurs.

Eric Martin

[box class=”info”] Source : Nouvelles de France, site sur lequel on peut signer cette lettre ouverte qui sera remise, ainsi que les prénom et nom de ses signataires, aux états-majors des principaux partis de droite. [/box]

Comment Bompard fait l’union des droites – Par Antoine Vouillazère

Comment Bompard fait l’union des droites - Par Antoine Vouillazère

Jacques Bompard va-t-il retrouver les bancs de l’Assemblée nationale où il avait siégé, au sein du groupe Front national, de 1986 à 1988 ? L’hypothèse est prise très au sérieux : dans sa circonscription du Vaucluse délaissée par Thierry Mariani, le président de la Ligue du Sud est en train de faire l’union à droite. Jusqu’au Nouveau Centre… Et il a même rencontré Marion Le Pen…

Les élections au scrutin majoritaire, que le Front national tient pour défavorables à ses candidats, Jacques Bompard connaît. En 2002, le maire d’Orange a été élu conseiller général du Vaucluse avec 54 % des voix. Et réélu en 2008 avec près de 60 % des suffrages face au candidat de l’UMP, Louis Driey. Son épouse Marie-Claude, maire de la commune voisine de Bollène, élue elle aussi conseiller général en 2004 avec 55 % des voix, a été réélue en 2011 avec un score supérieur.

Depuis 1993, cette très droitière quatrième circonscription du Vaucluse, où, au second tour de la présidentielle, Nicolas Sarkozy a obtenu 60 % des suffrages, était le fief de Thierry Mariani, le fondateur de la Droite populaire. Or l’ancien ministre des Transports l’a quittée pour aller se faire élire, en juin, dans l’une des nouvelles circonscriptions des Français établis hors de France. La conseillère régionale Bénédicte Martin, investie par l’UMP, n’a pas son aura. Au sein même de son parti, elle est contestée, à tel point que Paul Durieu, successeur de Mariani à l’Assemblée nationale lorsque celui-ci est devenu ministre, se présente en dissident de l’UMP.

Un maire UMP pour suppléant

Et pendant que l’UMP se déchire tant et si bien qu’on se demande si l’un des deux candidats franchira la barre des 12,5 % des inscrits, Jacques Bompard, lui, engrange les soutiens. Le plus important est celui de Louis Driey, son adversaire des cantonales de 2008, qui est cette fois son suppléant ! (photo en Une, de gauche à droite, Jacques Bompard et Louis Driey). Le maire UMP de Piolenc, cinquième plus importante commune de cette circonscription dont les deux villes principales sont Orange et Bollène, est un ancien fervent soutien de Mariani et un ancien ennemi acharné de Bompard. Mais la politique suivie pendant cinq ans par Nicolas Sarkozy a beaucoup joué dans son évolution.

Joint par « Minute », Louis Driey, maire depuis 1995 et ancien du RPR, dit avoir ouvert les yeux : « On nous a menti pendant cinq ans avec cette histoire d’immigration choisie et non subie. En fait, on a eu 200 000 nouveaux immigrés par an ! Un million en cinq ans ! » Sa suspension de l’UMP pour son alliance avec Bompard le laisse de marbre : « Moi je suis un homme de terrain. Que tous ceux qui font de la politique sur le dos des citoyens ne s’en prennent qu’à eux-mêmes. C’est normal que ça se retourne contre eux. » Et Driey assure que, au deuxième tour, « d’autres maires vont nous rejoindre ». Des élus qui, comme lui, n’ont pas apprécié que l’Etat veuille rattacher de force Orange et les treize communes qui l’entourent dans un rayon de dix kilomètres, pourtant fortes de 70 000 habitants, à la Communauté d’agglomération du Grand Avignon, manœuvre purement politicienne visant à en attribuer la présidence à un socialiste et la première vice-présidence à Marie-Josée Roig, le maire UMP d’Avignon.

Parmi les autres appuis dont bénéficie Jacques Bompard, il faut citer le responsable départemental du Nouveau Centre, Christophe Lombard, conseiller municipal à Cavaillon ; Jean-Marie Busquet, le responsable local du Parti radical ; Roland Roticci, qui était candidat face à lui pour le Modem aux législatives de 2007 ; le Rassemblement pour la France (qui a désormais Christian Vanneste pour président national) ; et… Patrick Bassot.

La rencontre avec Marion Le Pen

Elu conseiller général du canton de Carpentras-nord avec 54,34 % des voix face au socialiste sortant lors du scrutin de mars 2011, Patrick Bassot est l’unique conseiller général FN de France. Dans la troisième circonscription du Vaucluse (qui comprend Carpentras) où Marion Le Pen se présente aux législatives, il soutient bien sûr la candidate frontiste. Mais dans la quatrième, il soutient Bompard. Et pas Annie-France Soulet, la candidate investie par le Front national. Sans hésitation.

« Moi je regarde le travail qui a été fait et Jacques Bompard est un homme qui a fait un travail tout à fait extraordinaire dans sa commune, nous explique Patrick Bassot. On ne peut que lui rendre hommage pour cela et j’aimerais que les élus FN fassent le même travail que lui. » Elu FN il est, élu FN il entend demeurer. « Je ne rejoins pas la Ligue du Sud » tient-il à préciser. Mais il s’estime « libre de mes actes et de mes paroles » et a le propos clair : « Si mon parti veut gagner, il faut qu’il rassemble, pas qu’il divise. Ça serait intelligent que… » Patrick Bassot ne termine pas sa phrase. Que le FN retire sa candidate, venue d’Avignon, face à Bompard ? C’est bien cela qu’il voulait dire : « Ce serait une bonne chose… Mais ce sont les instances nationales qui décident… »

Dans la troisième circonscription, un accord a été trouvé : Hervé de Lépineau, vice-président de la Ligue du Sud de Bompard, a retiré sa candidature au profit de Marion Le Pen. Dans la quatrième, la logique voudrait qu’il y ait réciprocité. Marion Le Pen y est favorable. Dans les premiers jours de mai, la jeune femme a rencontré Jacques Bompard. « Elle m’a fait une très bonne impression et est tout à fait sympathique, nous confie ce dernier. Et elle est de mon avis : elle est tout à fait favorable à une entente départementale. » Au retrait, donc, de la candidate du FN dans la circonscription de Bompard. Mais ce n’est pas elle qui décide…

Le veto de Jean-Marie Le Pen

Selon nos informations, suite à cette rencontre qui s’est tenue à Orange, Marion a eu une violente altercation avec son grand-père. Car Jean- Marie Le Pen, lui, ne veut pas entendre parler d’un accord. « Le Pen assouvit de vieilles vengeances », déplore Bompard… « Je suis prêt à rencontrer Jean-Marie Le Pen dans l’intérêt national, ajoute le maire d’Orange, mais Le Pen ne veut manifestement pas me voir. » Une rancune qui remonte à 2005 quand Bompard, qui avait été l’un des fondateurs du FN en 1972, a été exclu de son bureau politique et en a tiré les conséquences en s’éloignant d’un parti qui, par ailleurs, ne comprenait pas qu’il privilégie l’ancrage local.

En octobre 2011 déjà, après plusieurs semaines de contacts indirects, un déjeuner avait failli avoir lieu à Paris entre Jacques Bompard et Marine Le Pen. La date avait été fixée. Deux jours avant, le FN avait informé Bompard que le rendez-vous était annulé. Jean-Marie Le Pen était intervenu… Et les tentatives ultérieures d’effectuer un rapprochement ont toutes échoué.

« Quelqu’un a dit en bureau politique du FN, révèle le président de la Ligue du Sud : “Bompard risque d’être le seul élu.” Ça a tout réglé… Il n’y a rien à faire face au poids des appareils qui défendent les intérêts partisans. Dans l’intérêt national, il faut changer les méthodes et changer les esprits. La gauche sait faire l’union. Le Front national développe oralement une stratégie d’union de la droite, mais ne la fait nulle part. »

Au menu du déjeuner annulé d’octobre figurait pourtant une possibilité d’accord gagnant/gagnant : Jacques et Marie-Claude Bompard auraient apporté chacun leur parrainage à Marine Le Pen, moyennant quoi le Front national s’engageait à ne pas présenter de candidat dans la circonscription de Bompard. L’entourage de la présidente du FN y était favorable, et elle aussi semble-t-il. Jean-Marie Le Pen a mis son veto. Alors que Jacques Bompard est en train de réaliser localement ce que Marine Le Pen souhaite réaliser sur le plan national : faire exploser la droite et opérer une recomposition autour de lui…

 Antoine Vouillazère

[box class=”info”] Article de l’hebdomadaire “Minute” du 16 mai 2012 reproduit avec son aimable autorisation. En kiosque ou sur Internet.[/box]

Comment Bompard fait l’union des droites - Par Antoine Vouillazère

UMP-FN : le rapprochement, c’est maintenant ?

UMP-FN : le rapprochement, c'est maintenant ?

[box] Article reproduit avec l’aimable autorisation de la fondation Polémia. [/box]

[box class=”info”]François Hollande et la gauche n’ont pas gagné l’élection présidentielle ; c’est Nicolas Sarkozy qui l’a perdue. A l’exception de l’élection de 2002, jamais un candidat n’avait été élu quasi-exclusivement par défaut. Etienne Lahyre, correspondant à l’ENA de Polémia, poursuit ici son étude des élections présidentielles.
Polémia [/box]

La victoire d’Henri Queuille

Pour autant, on ne peut qu’apprécier à sa juste valeur la campagne du candidat socialiste, de sa désignation aux primaires à sa gestion de la victoire finale : une campagne parfaitement maîtrisée, sans aucune erreur stratégique, où il a laissé le président sortant, transformé en challenger, porter ses coups et prendre des risques. François Hollande a réussi à transposer à l’élection présidentielle la tactique qui lui avait permis de conserver la tête du Parti Socialiste pendant plus de 10 ans : ne jamais prêter le flanc à la critique, maîtriser la tectonique de la gauche plurielle, contenir le talentueux Mélenchon et finalement ne jamais se dévoiler. C’est un politicien de la IVe République qui a remporté l’élection la plus représentative de l’esprit des institutions de la Ve République, un cacique socialiste engagé en politique depuis plus de 30 ans, qui a emporté la victoire sur la seule thématique floue et tellement commune du changement.

Un prestidigitateur de génie nommé Patrick Buisson

Hollande peut surtout remercier Sarkozy dont il s’est efforcé d’être le parfait négatif au cours de cette campagne : rassembleur, simple, plein de sang-froid, enraciné (en fêtant sa victoire auprès des Corréziens, quand Sarkozy se précipitait au Fouquet’s, puis se prélassait sur le Yacht de Bolloré). Nicolas Sarkozy ne pouvait pas gagner cette élection : c’est sa personne qui cristallisait l’hostilité et le ressentiment de nos compatriotes, choqués par son vulgaire goût du lucre et ses diverses incartades. Chacun à droite savait que cette élection était ingagnable et pourtant… Le résultat de l’élection de 2012 est le plus serré de l’histoire de la cinquième République après celui de 1974. Les 48,38% d’un candidat sortant, honni comme aucun de ses prédécesseurs ne l’avait été et ayant affronté une crise mondiale d’une ampleur exceptionnelle font figure de miracle. L’auteur de ce miracle, Patrick Buisson, est un prestidigitateur de génie : c’est lui qui en 2007, avait fait du ministre de l’Intérieur incapable de prévenir puis de juguler les émeutes de banlieue de 2005, un champion de la sécurité ; d’un cosmopolite libéral, le héraut des terroirs et de l’homme de la forfaiture du Traité de Lisbonne le digne représentant de la France du Non. Et c’est ce même illusionniste qui est aujourd’hui la cible des critiques d’une partie de la « droite » : la « droitisation » voulue par Buisson serait la cause de la défaite de Sarkozy. Les contempteurs de Patrick Buisson fondent leur jugement sur deux fausses évidences :

  • – La défaite d’un candidat est essentiellement due à sa mauvaise campagne ;
  • – Nicolas Sarkozy a perdu, donc les analyses de Buisson étaient erronées.

De Nicolas le germanique…

Or, souvenons-nous du discours du président sortant peu avant le début de la reprise en main de la campagne par Buisson. Après avoir fait montre au début de son quinquennat d’une fascination pour les Etats-Unis aussi infantile (les inoubliables joggings présidentiels en T-Shirt NYPD) que funeste (proposition d’introduire en France les crédits hypothécaires pendant la campagne de 2007, réintégration du commandement militaire de l’OTAN), Sarkozy s’est progressivement converti à la germanophilie, trait caractéristique d’une grande partie des « élites » françaises depuis les années 1930 : soumission aux diktats de Mme Merkel, volonté de transposer en France le nouveau modèle économique allemand hérité des réformes Schröder du début des années 2000, complexe d’infériorité face à la réussite revendiquée par nos voisins d’outre-rhin, mais pas un mot sur la catastrophe démographique allemande ou sur la mise à mal du capitalisme rhénan ballotté par des choix économiques fondés sur la diminution du coût du travail et la perte généralisée de pouvoir d’achat dont ont été victimes les travailleurs allemands. A l’instar de son voisin, Sarkozy voulait transformer la France en bon élève de la globalisation, cet élève noté AAA par les sacrosaintes agences de notation. Une ligne politique qui n’était pas sans rappeler les années 1995-97 au cours desquelles l’unique objectif d’Alain Juppé était de remplir les critères de Maastricht, et qui se sont soldées par une déroute piteuse après la dissolution de 1997. Les mêmes causes produisirent les mêmes effets : après avoir perdu, et de quelle manière, tous les scrutins intermédiaires depuis 2007, Sarkozy abordait l’élection présidentielle avec un retard inédit dans les sondages. De 2010, date des premiers sondages présidentiels à la fin du mois de février 2012, l’ensemble des enquêtes d’opinion prévoyaient une écrasante défaite de Sarkozy, face à tous les candidats socialistes potentiels.

… à Sarkozy le téméraire

Patrick Buisson connaît ses classiques : il sait parfaitement que dans l’histoire de France, de la ligue catholique financée par l’Espagne au parti de l’Ordre de Guizot fasciné par le modèle anglais, tous les partis inspirés ou soutenus par l’étranger, ont connu un sort tragique. Et Buisson de mettre en avant, comme en 2007, ces composantes de l’identité nationale auxquels le peuple français est depuis toujours attaché : autorité de l’Etat et conservatisme moral, critique des corps intermédiaires pour retrouver le lien direct entre le souverain et son peuple si constitutif du modèle politique français, critique de l’Europe identifiée à une nouvelle forme de domination impériale. Une campagne aussi intelligente qu’en contradiction flagrante avec la politique menée depuis cinq ans, mais qui a bien failli réussir.

Après un premier tour médiocre pour un président sortant, mais où il avait jugulé la poussée de Marine Le Pen (estimée, pour sa part à 20% ou plus dans tous les sondages réalisés en 2011), Sarkozy a pris le contrepied de l’adage selon lequel le deuxième tour se gagne au centre : le deuxième tour se gagne au peuple et à la Nation. Et le système, dans une réaction massive d’auto-défense dont il est coutumier, a tout entier mené une violente campagne anti-Sarkozy : pour la première fois dans l’histoire, un candidat présent au deuxième tour ne reçoit le soutien d’aucun de ses concurrents du premier tour. Le Monde, Libération, la CGT, le Syndicat de la magistrature se déchaînent contre l’un des deux finalistes, comme pendant la quinzaine de l’hystérie en 2002, tandis que Bayrou vole au secours de la victoire socialiste. Mais dans le même temps, des voix s’élèvent pour mettre fin à la guerre que la droite parlementaire a engagée contre le Front national depuis la fin des années 1980. Lors du débat présidentiel, le président sortant s’adresse expressément aux électeurs de Marine Le Pen. Et le soir du 6 mai 2012, si la gauche remporte une victoire politique, la droite nationale a peut-être remporté une de ses plus grandes victoires idéologiques. Selon un sondage réalisé après l’élection présidentielle, 68% des électeurs FN et 70% des électeurs UMP sont favorables à des accords de désistement réciproque pour les élections législatives. Ce chiffre, qui atteint un niveau inégalé, peut s’expliquer par la teneur de la campagne du président sortant, mais surtout par l’évolution de l’électorat de la droite parlementaire.

Un bloc électoral UMP-FN ?

Le tableau suivant (1) fait apparaître les résultats de deuxième tour obtenus par le candidat de la droite parlementaire aux élections présidentielles de 1995, 2007 et 2012.

Plusieurs phénomènes apparaissent :

  • – La droite parlementaire est en chute constante dans les grandes villes (où elle perd entre 9 et 16 points entre 1995 et 2012) dans les villes de banlieue à forte population d’origine étrangère (pertes comprises entre 11 et 25 points) : elle pâtit des mêmes phénomènes que le FN dans ces secteurs. Mais à la différence de celui-ci, elle est largement responsable de certains d’entre eux : en refusant de réformer les dispositions du code civil relatives à la nationalité française obtenue automatiquement par les enfants nés en France de parents étrangers, en procédant à des naturalisations massives depuis 2002, en multipliant le nombre des Français de papier l’UMP a scellé sa défaite électorale et a porté atteinte à l’identité nationale qu’elle prétend défendre. Contrairement aux allégations de certains responsables UMP, ça n’est pas Marine Le Pen qui a fait battre Nicolas Sarkozy : outre les foucades de son chef, la droite parlementaire paie le prix de son incurie intellectuelle et de son « déni des cultures » (Hugues Lagrange). Il est désormais clair aux yeux de tous que l’immigration africaine et la présence musulmane en France sont les armées de secours d’une gauche qui a progressivement perdu le peuple depuis le tournant de la rigueur de 1983 et la victoire idéologique de la deuxième gauche.
  • – La droite parlementaire voit ses scores diminuer à l’ouest du pays, plus particulièrement dans ses fiefs historiques (Bretagne, Pays de Loire, Basse-Normandie), ainsi que dans le Centre de la France au cœur de l’ancienne « Chiraquie » ; parallèlement, ses résultats dans les départements populaires de l’Est du Pays, tels les Ardennes, sont bien meilleurs qu’à l’époque de Jacques Chirac, notamment du fait de report de voix supérieurs du Front national.
  • – Pour autant, l’électorat frontiste ne s’est pas reporté de manière homogène sur le président sortant ainsi qu’en atteste le second tableau (2). Celui-ci présente les scores obtenus par les quatre candidats ne se revendiquant pas de gauche dans 4 départements où le FN a obtenu plus de 21% des voix ; au sein de ces départements, sont pris en compte des villes moyennes et villages où Marine Le Pen a obtenu des résultats particulièrement élevés.
  • – Dans le Bas-Rhin, qui est traditionnellement l’un des départements les plus à droite de France, les reports du FN sont particulièrement bons ; ceux-ci sont légèrement inférieurs mais demeurent à un niveau élevé dans le Gard, département qui, comme le Bas-Rhin, vote massivement en faveur du Front national depuis les années 1980.
  • – En revanche, ces reports sont plus faibles dans la Somme (où l’émergence du vote FN est bien plus tardive) et dans le Pas-de-Calais. Dans le bureau de vote d’Hénin-Beaumont qui a accordé 44,7% à Marine Le Pen au 1er tour et 6,4% à Nicolas Sarkozy, le candidat sortant bénéficie d’un très mauvais report de voix d’un électorat lepéniste de condition modeste et le plus souvent issu de la gauche.

Le populisme est l’avenir de la droite

Mais le principal phénomène à retenir de cette élection présidentielle demeure la proximité géographique croissante entre l’électorat UMP et celui du Front national : Sarkozy a obtenu 43 % des voix dans les agglomérations de plus de 100 000 habitants, 46 % dans les villes de 20 000 à 100 000 habitants, 49 % dans les agglomérations de moins de 20 000 habitants et 52 % en milieu rural. Plus on s’éloigne des grandes agglomérations, plus le score obtenu par la droite parlementaire au second tour est fort, tout comme les résultats de premier tour de Marine Le Pen. C’est cette tendance lourde, plus encore que la tonalité de la campagne de Sarkozy, qui explique les souhaits de rapprochement UMP – FN émis par les électorats des deux formations.

La gauche, inspirée par Terra Nova, s’adresse à la France visible : à ceux qui réussissent grâce à leurs diplômes, aux activistes (militants homosexuels, féministes…) et aux jeunes d’origine étrangère, les fameux « jeunes ». Engoncée dans les certitudes de son tropisme parisien, la gauche ne voit le pays qu’à travers un prisme télévisuel ou numérique. Pour le compte du président candidat, Patrick Buisson a donné un nouveau souffle à l’opposition maurassienne Pays légal / Pays réel : le pays réel est devenu la France des invisibles. En utilisant les propres termes de Jean-Marie Le Pen le soir du 21 avril 2002 « Vous les petits, les sans-grades… », Sarkozy s’est adressé à ceux que Popper aurait nommés les « ennemis de la société ouverte », ceux que nous préférons appeler les représentants de la France éternelle : celle qui est fière d’elle-même, de son identité, de ses traditions, qui est jalouse de son indépendance et de ses libertés, locales et nationales. Celle qui s’est toujours incarnée dans le peuple et non dans les élites auto-proclamées ; peu avant son abdication de 1814, Napoléon affirmait : « Je ne trouve de noblesse que dans la canaille que j’ai négligée et de canaille que dans la noblesse que j’ai faite ». Alors que la gauche Terra Nova assume et revendique sa prolophobie, le « populisme » est le seul horizon victorieux d’une droite enfin réunifiée fondée sur le triptyque Indépendance nationale – Autorité de l’Etat – Justice sociale.

« Les valeurs et les idées que nous défendons sont les bonnes : innovation, compétitivité, Europe… Il va falloir les défendre à nouveau et continuer à les porter», a affirmé sans rire Bruno Le Maire après la défaite du 6 mai. Voilà qui est moins aussi mobilisateur que la formation tout au long de la vie, chère à Moscovici, clé de voûte du programme présidentiel de Jospin en 2002. Quant à Mmes Jouanno et Kosciusko-Morizet, elles passent leur temps à mépriser ostensiblement et à insulter les seuls électeurs du Front national.

Qui a dit que nous avions la droite la plus bête du monde ?

Etienne Lahyre

Notes :

(1) Tableau de résultats de deuxième tour obtenus par le candidat de la droite parlementaire aux élections présidentielles de 1995 – 2007 – 2012
(2) Tableau consignant les scores obtenus par les quatre candidats ne se revendiquant pas de gauche dans quatre départements où le FN a obtenu plus de 21% des voix.

[box class=”info”] Source : Correspondance Polémia. [/box]

Image : Un bloc électoral UMP-FN ?

Les populistes contre les médiagogues

Les populistes contre les médiagogues

[box] Article reproduit avec l’aimable autorisation de la Fondation Polémia. [/box]

[box class=”info”]Le clivage politique droite/gauche persiste. Il a structuré les stratégies présidentielles de Nicolas Sarkozy (Buisson) et de François Hollande (Terra nova). Mais pour comprendre le jeu politique, il faut analyser une autre fragmentation : celle qui oppose les médiagogues et les populistes. Andrea Massari fait le point pour Polémia. [/box]

« Le camp du bien »

A quelques exceptions près, les journalistes appartiennent au « camp du bien » (selon Robert Ménard). Ils partagent un ensemble de valeurs communes à base de mondialisme, d’antiracisme, d’autoculpabilisation européenne et de rupture des traditions. Les médias ne sont pas neutres. Ils sont engagés. Les hommes politiques invités dans les médias doivent tenir compte de cette réalité.

Pour les socialistes, c’est assez facile : cela correspond globalement aux idées qu’ils défendent. Il en va de même pour l’histrion pseudo-révolutionnaire Mélenchon. D’ailleurs, des votes effectués dans les écoles de journalisme à l’occasion du premier tour de l’élection présidentielle de 2012 ont montré que 71% des élèves du CELSA et 85% de ceux de l’ESJ de Lille votaient à gauche ou à l’extrême gauche. Les candidats de ces formations sont reçus à domicile dans la presse !

Les médiagogues

Il n’en va pas de même pour ceux de l’UMP (et a fortiori du FN). C’est pour cela qu’on a vu apparaître à l’UMP une nouvelle catégorie d’hommes politiques : les médiagogues, ceux qui choisissent délibérément de flatter les journalistes et de tenir un discours proche des idées dominantes dans les médias. L’objectif des médiagogues est d’obtenir une bonne visibilité et une bonne image, ce qui leur permet de progresser dans la carrière et de passer de député à ministre, de ministre à présidentiable.

Ainsi dès les années 1990, Alain Juppé s’est forgé une image d’homme hostile au Front national dans l’espoir de devenir maire de Paris ou présidentiable. Lors du débat sur le PACS, en 1999, une parfaite inconnue, Roselyne Bachelot, est devenue la coqueluche des médias en votant avec la gauche contre l’avis de ses amis. Ce qui lui a permis de devenir ministre et de le rester sept ans. Aujourd’hui un certain nombre de bébés présidentiables suivent la même stratégie : Nathalie Kosciusko-Morizet, Valérie Pécresse et Bruno Lemaire par exemple. Chantal Jouanno qui vise Paris joue la même partition. Deux marqueurs suffisent pour être dans le « camp du bien » : être favorable au « mariage gay » et à « l’homoparentalité » et préférer le PS au Front national.

Les populistes

Les populistes sont dans une logique radicalement différente. Ils sont en phase avec l’opinion de la majorité des Français. Ainsi les deux tiers des Français trouvent qu’il y a trop d’immigration et que des mesures protectionnistes seraient utiles : Marine Le Pen a exprimé leurs préoccupations, dans un environnement médiatique de plus en plus hostile. Nicolas Dupont-Aignan s’est inscrit dans une logique voisine. Il n’a par ailleurs pas hésité sur Canal+ à mettre en cause les journalistes et leur coupure avec la France profonde.

Un certain nombre de députés UMP et la « droite populaire » défendent aussi des idées médiatiquement hétérodoxes sur l’identité ou les valeurs. Christian Vanneste, qui s’oppose au lobby homosexualiste, a même fini par être exclu de l’UMP. Il faut ici apporter une précision : les médias insistent sur le fait qu’il y aurait une majorité de l’opinion qui serait favorable au « mariage gay ». Le seul problème c’est que partout où il y a eu des référendums (Californie, Arizona, Floride, Arkansas et Slovénie) le « mariage gay » a été repoussé…

Sarkozy et Copé : le grand écart !

Il faut ici analyser la stratégie de Nicolas Sarkozy. Elle systématise la dissociation de l’action et de la parole. Nicolas Sarkozy a beaucoup agi dans le sens du médiatiquement correct : il a supprimé la « double peine » (permettant ainsi aux délinquants étrangers de rester en France), il a mis en œuvre la discrimination positive, il a promu l’enseignement de la « théorie du genre » au lycée et a poursuivi la politique d’ouverture des frontières. Mais la parole sarkozyste a souvent été en rupture avec l’action : en 2007, le candidat Sarkozy a prétendu rompre avec l’esprit de Mai-68 ; en 2012, le sortant Sarkozy s’est fait le chantre des frontières. Paroles, paroles… mais des discours qui ont été singulièrement efficaces : permettant une victoire nette en 2007 et limitant une défaite inéluctable en 2012.

Copé s’inscrit strictement dans la même stratégie. Deux axes dominent la prochaine campagne législative de l’UMP : en direction des électeurs, un message patriotique et tricolore ; en direction des médias, un discours d’exclusion du Front national.

Que feront les populistes de l’UMP ?

La force de l’UMP, c’est son double positionnement : un clin d’œil populiste pour les électeurs, un clin d’œil médiagogique pour la caste dominante. Mais c’est aussi sa faiblesse.

La question est la suivante : jusqu’à quand les populistes vont-ils continuer à jouer les porteurs d’eau des Juppé, Copé, Jouanno, Pécresse, Bachelot et autres NKM ? Jusqu’à quand les électeurs vont-ils se laisser berner ? Le jeu des médiagogues est une insulte à la démocratie.

Andrea Massari

[box class=”info”] Source : Polémia – 14/05/2012 [/box]

Image : Nathalie Kosciusko-Morizet, la médiagogue

FN en Bretagne : les apparences sont parfois trompeuses

FN en Bretagne : les apparences sont parfois trompeuses

Journalistes et commentateurs se sont plu à souligner la progression en voix et en pourcentages obtenue par Marine Le Pen le 22 avril 2012, à l’occasion du premier tour de l’élection présidentielle ; résultats qu’ils comparent avec ceux obtenus par Jean-Marie Le Pen lors du premier tour de la présidentielle de 2007. Effectivement, en nombre de suffrages et en pourcentage par rapport aux exprimés, la comparaison est flatteuse pour Marine Le Pen. En Bretagne comme ailleurs, la poussée peut être qualifiée de forte.

Mais était-il pertinent de comparer systématiquement 2012 avec 2007, année ou le candidat de la droite, Nicolas Sarkozy, grâce à une campagne habilement menée, avait su « siphonner », au premier tour, l’électorat frontiste ? En effet, faute d’une campagne cohérente et d’avoir su « parler » à son électorat traditionnel, Jean-Marie Le Pen s’était retrouvé en caleçon. Si l’ancien président du Front National ne voyait que des avantages à bénéficier des voix de la « France d’en bas », il oubliait de défendre les intérêts des milieux populaires qui votaient pour lui. D’où un discours droitiste et libéral qui aurait pu satisfaire les électeurs d’une partie de la droite mais certainement pas ceux d’un parti « populiste ».

Erreur grossière qu’il paya cher le 22 avril 2007, alors que Nicolas Sarkozy avait su, lui, faire de la « valeur travail » son cheval de bataille. Bref, J.M. Le Pen ne s’intéressait que très peu au vécu de ses électeurs : chômage, pouvoir d’achat, logement, désindustrialisation, désintégration du tissus social en milieu rural… Seule l’immigration et l’insécurité semblaient le passionner… Ce qui est insuffisant lorsqu’on s’adresse à un public composé principalement d’ouvriers et d’employés.

Quant à sa méconnaissance des dossiers, elle apparaissait consternante dès qu’il convenait de sortir des généralités. A tel point qu’au 7/9 de France-Inter où il était invité de temps en temps, Patrick Cohen n’éprouvait guère de difficulté à le mettre dans l’embarras.

Avec Marine Le Pen, une ligne sociale, populaire et populiste est privilégiée ; ce qui lui a permis non seulement de récupérer les « égarés » de 2007, mais encore d’attirer des électeurs provenant d’autres horizons (certaines enquêtes montrent, par exemple, sa pénétration dans le secteur public).

Si comparer le premier tour de 2012 avec celui de 2007, n’est pas la meilleure idée qui soit – à cause d’un Jean-Marie Le Pen au plus mauvais de sa forme -, comparer 2012 avec 2002 semble plus parlant. En Bretagne historique, le nombre des exprimés a progressé de 585.661 (2.753.601 en 2012 contre 2.167.940 en 2002). Ensuite le nombre d’électeurs frontistes a, lui aussi, augmenté : 101.814 (356.346 contre 254.532). Enfin, en pourcentage par rapport aux suffrages exprimés, Marine Le Pen a progressé de 1,20 point (12,94 contre 11,74). Les responsables du Front national n’ont donc aucune raison de pavoiser : il n’y a pas eu de miracle en Bretagne ; cette dernière demeure pour eux une « terre de mission ».

On peut détailler géographiquement les 101.814 voix supplémentaires : 14.510 dans les Côtes d’Armor (+1,90 point) ; 17.073 dans le Finistère (+1,18 point) ; 25.278 en Ille-et-Vilaine (+1,94 point) ; 27.031 en Loire-Atlantique (+0,63 point) ;et17.922 (+0,66 point) dans le Morbihan.

Il ne faut pas perdre de vue que le nombre des exprimés a, lui aussi, notablement augmenté. Ce qui oblige à relativiser la progression en voix : + 62.426 dans les Côtes d’Armor, + 96.972 dans le Finistère, +134.744 en Ille-et-Vilaine, + 191.668 en Loire-Atlantique et + 99.851 dans le Morbihan.

Si la situation électorale, en Bretagne, apparaît encourageante pour le Front National, dès lors que l’exercice se limite à comparer 2012 avec 2007, elle l’est beaucoup moins lorsque l’on compare 2012 et 2002.La Bretagne n’est – pas encore ? – la Provence ou la Picardie.

La sale soirée de l’électeur de droite – Par Philippe Christelle

La sale soirée de l'électeur de droite - Par Philippe Christelle

[box] Article reproduit avec l’aimable autorisation de la Fondation Polémia. [/box]

[box class=”info”] Philippe Christelle avait publié un texte expliquant les raisons de voter Sarkozy. Il revient sur la soirée du 6 mai et décrypte la novlangue de François Hollande : l’égalitarisme en embuscade derrière la justice ; l’immigration comme traduction du mot jeunesse. Nous livrons ce point de vue à nos lecteurs en complément des analyses précédentes de Michel Geoffroy et Andrea Massari.
Polémia
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Dimanche 6 mai, l’électeur de droite a vécu une sale soirée. Certes, les soirées de défaites électorales, il les a déjà connues. Les soirs de défaite, l’ambiance est toujours amère. Ce 6 mai au soir, c’était différent. L’amertume réelle était surtout doublée d’une sourde et insidieuse inquiétude.

A quoi notre électeur de droite a-t-il assisté ?

  • – Il a écouté François Hollande à Tulle. Il a entendu un discours de fondé de pouvoir fêtant sa nomination comme chef de bureau ; et qui, comme dans un pot de départ, finit par présenter l’accordéoniste et blaguer sur l’aménagement urbain de la place de la cathédrale. Comme président, cela pose un homme. Cela plaira sûrement à Vladimir Poutine, Angela Merkel ou Hu Jintao.
  • – Les deux termes qu’il aura retenus comme axiomes du nouveau président seront ceux de la justice et de la jeunesse. Il sait traduire le langage de la gauche et que, derrière la justice, il y a la maladie de l’égalité. Et il sait très bien de qui la gauche parle quand elle parle des jeunes.
  • – Il aura vu quelle France a gagné : celle des fonctionnaires, des salariés protégés, des syndicalistes, des Français qui ne sont pas « de souche », de tous ceux qui se complaisent de l’assistanat et de toutes les clientèles qui se nourrissent des subventions versées par le contribuable. C’est aussi celle de tous les cadres supérieurs mondialisés déconnectés de la réalité charnelle du pays et à qui des dizaines d’années de modèle français ont malheureusement prouvé que la réussite n’avait pas sa place en France.
  • – Revenant sur les images de la fête à Solférino ou à la Bastille, il aura décompté les drapeaux algériens, marocains, tunisiens, palestiniens, maliens, guinéens, libanais, argentins et même, au milieu des drapeaux de la communauté homosexuelle, presque incongrus, quelques drapeaux français.

Il a donc raison de s’inquiéter.
Il a raison aussi d’être triste des quinze derniers jours. Car jamais notre électeur de droite ne s’était, à ce point, engagé dans une campagne où la mobilisation humaine a été, à droite, considérable.
Jamais notre électeur n’avait, à ce point, accompagné et soutenu son camp (et son candidat) dans la découverte (certes bien tardive) des thèmes de l’identité, de la nation, de la lutte contre l’immigration.
Il était pourtant heureux d’entendre à plusieurs reprises Nicolas Sarkozy dire, par exemple, qu’il y a trop d’immigrés en France et que ce ne sont pas des Américains, des Canadiens ou des Norvégiens.

La sale soirée de l'électeur de droite - Par Philippe Christelle
La fête à Paris le 6 mai au soir, autour du drapeau de la Côte d’Ivoire. Copie d'écran d'une vidéo du journal Ouest-France.

A cette occasion, il a eu la révélation de toute la diabolisation dont la gauche est capable. Il a vu la coalition de tous ses adversaires, de tous ceux qui ne l’aiment pas et qu’il a voulu défaire dans cette élection.

Dans cette dernière ligne droite, il a entendu les caciques de l’UMP dire qu’ils refuseraient de voter pour un candidat FN face à un socialiste. Il a entendu Marine Le Pen, à deux reprises, dire du bien de François Hollande, dans la droite ligne de ce qu’avait fait en son temps son auguste géniteur.
Dans le feu de l’action, il n’y a pas prêté attention.
Ce soir, il se demande comment il va se sortir de l’impasse et du calvaire que la France va subir, et lui aux premières loges avec son entreprise, son commerce, son patrimoine, ses enfants, ses croyances, ses traditions et son avenir.

  • – Comment la droite UMP va-t-elle traduire les inclinations de Nicolas Sarkozy des 15 derniers jours ?
  • – Comment le FN va-t-il sortir du phantasme du « gagnant seul contre tous » dont il rêve mais que pas un observateur ne voit possible, ce qui sera démontré dès les prochaines législatives et aux prochaines élections locales ?
  • – Qui, des deux camps, fera les premiers gestes et quand ?

Comment, lui, qui a voté UMP, n’en voudrait-il pas au FN qui l’a laissé perdre cette élection ? Comment empêcher le piège mortel de division entre les droites ? Aujourd’hui, UMP et FN sont à égalité de nuisances respectives et d’absence de réciprocité … et la France a perdu.

L’électorat de droite s’est réveillé. Comme jamais, il a adhéré à des thèmes qui sont ceux de l’identité et du renouveau de la souveraineté française. Tout était réuni pour que le résultat témoignât de la vitalité et de la force de ces thèmes. Cela n’a pas été le cas et c’est regrettable.
Après la Saint-Barthélemy, Catherine de Médicis a dit à Charles IX : « Mon fils, après avoir taillé il faut savoir recoudre. ».
Ce 6 mai au soir tout commence pour la droite. Notre électeur peut légitimement s’adresser aux dirigeants de l’UMP et du FN qui sont à égalité de responsabilité pour construire les futures victoires des droites.

A la Bastille, ils ont continué la fête. Elle va durer 5 ans. Avec ses futurs impôts, ses espoirs et l’avenir de ses enfants. Les dirigeants de l’UMP faisaient triste mine. Mais ils s’en remettront vite. Les dirigeants du FN souriaient, heureux de leur bon coup et pleins d’eux-mêmes.

Alors oui, il a vraiment passé une sale soirée.

Philippe Christele

[box class=”info”] Source : Polémia 7/06/2012. [/box]

L’étrange victoire de Marine Le Pen

L'étrange victoire de Marine Le Pen

[box] Alicle reproduit avec l’aimable autorisation de la Fondation Polémia. [/box]

[box class=”info”] Voici une analyse précise et méthodique des résultats de Marine Le Pen : un FN en forte baisse dans les grandes villes et victime du « grand remplacement » dans les banlieues ; un FN qui se heurte à un plafond de verre dans ses bastions ouvriers et les villes du sud ; mais qui est en position de force dans le périurbain et les zones rurales : un FN qui doit se rechercher un ancrage territorial s’il veut éviter les lendemains qui déchantent. Une étude solide d’Etienne Lahyre, élève à l’ENA et correspondant de Polémia.

Polémia [/box]

Lors du premier tour de l’élection présidentielle, près de 6.500.000 de nos compatriotes ont apporté leurs suffrages à Marine Le Pen : près d’un million de voix de plus que le total réuni par son père le 5 mai 2002. Avant Marine Le Pen, le bloc national n’avait jamais compté autant de partisans. En dépit d’erreurs stratégiques (telles que la priorité initialement donnée à la sortie de l’euro, qui a effrayé l’électorat âgé et l’a poussé dans les bras du Sarkozysme qu’il était pourtant prêt à massivement abandonner) et d’approximations tactiques (dédiabolisation et course à la crédibilité maladroites et peu mobilisatrices, refus de débattre avec Mélenchon, sur le plateau de France 2), la campagne de Marine Le Pen a été cohérente et pugnace.

Et son score élevé fait naître de nombreux espoirs que la nouvelle géographie électorale du vote frontiste doit pourtant sérieusement tempérer.

En effet, le tableau suivant fait apparaître des évolutions contrastées depuis 1995. Y sont indiqués le score du Front national (auquel est ajouté le résultat de Bruno Mégret en 2002) lors des quatre dernières élections présidentielles, ainsi que le rapport entre le score obtenu sur le territoire et le score national afin de mieux cerner les dynamiques électorales.

Six types de territoire sont représentés :

  • – Paris, et quatre capitales régionales ;
  • – des villes bourgeoises de banlieue parisienne ;
  • – des villes populaires, qui constituaient des bastions du Front national au milieu des années 1980 au début des années 1990 ;
  • – des villes du sud de la France fortement ancrées à droite, et offrant au Front ses meilleurs scores depuis 1984 ;
  • – des villes à tradition industrielle et ouvrière ;
  • – des départements comptant parmi les plus ruraux de France, et qui ont longtemps constitué des terres de mission pour le Front national.

1. Le FN en forte baisse dans les grandes villes

C’est dans les grandes villes que l’évolution électorale apparaît la plus défavorable : disposant d’une base essentiellement urbaine à l’origine, le FN décline dans l’ensemble des grandes agglomérations. Son score brut de 2012 est systématiquement inférieur à celui obtenu en 1995.

Les causes de cette désaffection sont connues : concentration de l’emploi qualifié dans les métropoles, désindustrialisation des villes et départs massifs des ouvriers et des employés ne pouvant plus faire face aux coûts de logement, gentrification des anciens quartiers ouvriers (tels le quartier de la Bastille à Paris) et proportion de plus en plus importante de Français issus de l’immigration dans le corps électoral.

L’évolution sociologique des centres-villes pénalise aussi la droite parlementaire : les cantons de centres-villes qui constituaient ses fiefs sont devenus des zones de force des socialistes et des Verts depuis le début des années 2000. Ce sont aussi les territoires qui ont le plus voté en faveur de la Constitution européenne en 2005, à contre-courant du reste du pays.

Dans les villes bourgeoises traditionnelles, le FN se maintient globalement à un niveau faible, bien inférieur à celui observé au milieu des années 1980 que permettait un discours plus libéral auquel les catégories aisées étaient sensibles.

2. Dans les villes de banlieue, le FN victime du « grand remplacement » (Renaud Camus)

Le Tonnerre de Dreux, en 1983, marque le début de l’émergence du Front national. Six ans plus tard, Marie-France Stirbois est triomphalement élue député lors d’une législative partielle : elle perd de très peu son siège en 1993 mais fait son entrée au Conseil général en 1994. Après des défaites plus nettes aux municipales de 1995 et aux législatives de 1997, Marie-France Stirbois prend conscience du caractère quasiment inexorable du déclin du FN à Dreux. Ce phénomène se retrouve aujourd’hui dans la totalité des villes de banlieue : il est particulièrement spectaculaire à Clichy-sous-Bois ou Saint-Priest, villes que le Front national était à deux doigts de conquérir lors des municipales de 1995. Sur ces communes, Marine Le Pen perd respectivement 40 et 20% des voix obtenues par Jean-Marie Le Pen en 1995. Les Français de souche quittent en effet massivement les banlieues, où ils se sentent étrangers dans leur propre pays, au profit des espaces périurbains et ruraux.

3. Bastions et plafonds de verre

Dans les communes du sud de la France souvent marquées par l’histoire douloureuse des rapatriés et des harkis, ainsi que dans ses bastions ouvriers, le FN maintient ses scores élevés, mais semble avoir atteint les limites de son potentiel électoral.Dans aucune des villes considérées Marine Le Pen ne retrouve les résultats historiques de 2002 ; et si ses scores sont supérieurs à ceux enregistrés au milieu des années 1990, la dynamique électorale s’essouffle, faute de travail de terrain et d’implantation durable de cadres crédibles comparable à celles menées à Dreux ou à Vitrolles dans les années 1980 et 1990.

4. Le FN désormais en position de force dans le périurbain et les zones rurales

A l’origine, le vote FN était fort dans les grandes agglomérations situées à l’est d’une ligne Le Havre/Perpignan. En 2002, le résultat historique de Jean-Marie Le Pen est dû à un « vote de sous-préfecture » : le FN commence déjà à plafonner, voire à décroître dans les grandes agglomérations, mais connaît une forte progression dans les villes moyennes. Cinq ans plus tard, le reflux national du vote FN est bien moindre dans les zones rurales, ainsi qu’en Picardie et Nord-Pas-de-Calais. Enfin, le 22 avril dernier, Marine Le Pen arrive en tête dans de nombreuses petites communes et réalise une véritable percée dans la France de ouest, jusqu’alors terre de mission pour le Front national.

Dans son Atlas des nouvelles fractures sociales en France (Ed. Autrement), Christophe Guilluy indique que ce sont ces territoires, situés à l’ouest de la ligne Le Havre/Perpignan qui ont vu la part d’ouvriers–employés dans la population active de leurs communes fortement augmenter entre les années 1980 et les années 2000. Et par conséquent, c’est à l’ouest de cette diagonale que l’on trouve désormais un nombre croissant de familles à revenu modeste.

En Picardie, qui est désormais la première région frontiste de France, et en Nord-Pas-de-Calais, le chômage des jeunes est au plus haut : c’est cette jeunesse, précarisée, déclassée, victime directe des discours encourageant la discrimination positive au profit des seuls jeunes d’origine étrangère, qui a rejoint massivement Marine Le Pen, après avoir contribué à rejeter fortement la Constitution européenne en 2005.

Le vote des campagnes devient aussi un vote de prévention face à la montée de l’insécurité et à une présence étrangère jugée excessive : cet effet de halo, qui caractérisait notamment le vote FN en Alsace dans les années 1990 (plus fort dans les campagnes que dans les villes à l’exception de Mulhouse) s’étend désormais aux territoires ruraux de l’ouest. La judicieuse campagne de Marine Le Pen en direction de la France des « invisibles » a parfaitement saisi la double dimension du vote FN (préservation d’un mode de vie et refus du déclassement) dans ses territoires.

Des lendemains qui déchantent ?

Le FN aborde les élections législatives de juin prochain avec optimisme du fait de son score inédit du 1er tour de l’élection présidentielle et de la large défaite, très probablement à venir, du président sortant au deuxième tour. Certains sites Internet évoquent déjà 353 triangulaires possibles ; Le Figaro du 26 avril 2002 en prédisait 237 : il y en eu… 9, toutes largement perdues par le Front national.

Le rôle des élections législatives, dans la vie politique française, a été profondément bouleversé par trois éléments :

  • – la dissolution de 1997 qui a avancé d’un an le renouvellement de l’Assemblée nationale prévu initialement en mars 1998 ;
  • – l’adoption du quinquennat en 2000, suite à laquelle les élections législatives ont lieu la même année que l’élection présidentielle ;
  • – l’inversion du calendrier électoral décidée par Jospin : persuadé de battre Chirac à la présidentielle de 2002, le premier ministre de l’époque décida que les élections législatives se tiendraient après l’élection présidentielle (raisonnement qui correspond d’ailleurs à la logique de nos institutions).

Les élections législatives n’ont plus de rôle structurant : elles ne sont que des élections de seconde zone, confirmatives du choix des Français au deuxième tour de l’élection présidentielle.

Le tableau suivant en atteste (pour agrandir le tableau, cliquer sur  lui) :

L’étrange victoire de Marine Le Pen

Deux phénomènes apparaissent systématiquement : la diminution de la participation aux élections législatives et la baisse de 5 à 6 points enregistrée par le Front national entre son score à l’élection présidentielle et celui obtenu aux législatives.

Les législatives de juin prochain ne devraient pas échapper à la règle, et le FN n’a que très peu de chances d’obtenir ne serait-ce qu’un seul élu.

Présent au deuxième tour dans près de 500 cantons lors des élections cantonales de 2011, le Front national n’a réussi à obtenir que 2 sièges, alors même que les résultats du premier tour (19,2% de moyenne sur les cantons où le Front disposait d’un candidat) laissaient espérer une dizaine d’élus.

A moyen terme, la nouvelle géographie du vote FN rend quasi impossible la conquête de grandes villes telles Toulon en 1995, voire de villes de taille moyenne. En outre, la faiblesse de l’appareil local du Front et le peu de crédibilité de la plupart de ses candidats obèrent également ses chances. Or, ce sont les élections municipales qui permettent de creuser les sillons les plus durables en faisant ses preuves à la tête d’un exécutif, en fidélisant un électorat et en élargissant son socle : le PCF dispose encore aujourd’hui de près de 100 municipalités de villes de plus de 10.000 habitants ; pourtant moribond après l’élection présidentielle de 2007 (1,9% pour Marie-Georges Buffet), il est parvenu à sauver son groupe parlementaire aux élections législatives qui ont suivi.

Il appartient au Front national de dépasser la logique histrionique de l’élection présidentielle et de se réinscrire prioritairement dans une vraie perspective d’ancrage territorial.

Etienne Lahyre

[box class=”info”] Source : Polémia. 28/04/2012 [/box]

Crédit photo : DR.

Histoire économique. Mairies FN : elles auraient mérité le triple A ! – Par Jean-Yves Le Gallou

Histoire économique. Mairies FN : elles auraient mérité le triple A ! - Par Jean-Yves Le Gallou

L’opinion médiatique est unanime : la gestion des mairies FN (conquises en 1995 et 1997) a été catastrophique, absolument ca-tas-tro-phi-que, vous dis-je. Le Front national lui-même ne cherche pas à démentir : pour certains de ses dirigeants, parce que les maires des villes concernées ont été exclus du FN ; pour les autres, parce que de toute façon on ne peut rien contre une opinion médiatique aussi fermement (même faussement) établie.

Il n’y a qu’un seul problème : cette opinion médiatique est complètement à l’opposé de la réalité. Tous les maires FN, ou ex-FN, ont rétabli la situation financière de leur ville. Ce n’est pas ici une question d’opinion, c’est une question de chiffres.

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Pas une question d’opinion : une question de chiffres

Prenons la ville d’Orange, toujours dirigée par Jacques Bompard. Quand ce militant national a pris la ville en 1995, la dette par habitant s’élevait à 1462€ par habitant ; elle n’est plus que de 79€ par habitant en 2010 : 20 fois plus faible qu’à Carpentras ou Cavaillon ; 40 fois plus faible qu’à Avignon. Et les taux des quatre taxes locales ont baissé. Et pourtant, en 2010, les investissements à Orange restent élevés : 571€ par habitant, plus que dans les autres grandes communes du Vaucluse. Quant au taux de la taxe d’enlèvement des ordures ménagères, c’est le plus bas du Vaucluse.

Catherine Mégret est devenue maire de Vitrolles en 1997. Ella a été réélue en 2001 (avant de perdre son mandat à la suite d’une annulation survenue dans une période particulièrement difficile pour sa formation de rattachement, le MNR). Mais, là encore, la comparaison des ratios financiers entre 1997 et 2001 montre l’ampleur du redressement financier accompli. L’endettement a baissé, passant de 811 millions de francs à 687 millions de francs ; et ce alors même que la taxe d’habitation a diminué, que le prix de l’eau a baissé de 10% et celui de la taxe des ordures ménagères de 25%. Dans le même temps la capacité d’équipement est remontée.

Une analyse comparable peut être faite sur Marignane dont Daniel Simonpieri fut le maire de 1995 à 2008.

Les campagnes de sidération et de désinformation

Il est d’ailleurs intéressant de rappeler les résultats d’un sondage, publié en 2001 et portant sur l’opinion des habitants de Marseille, Vitrolles et Marignane sur leur municipalité : sur les faits – qualité de la gestion, fiscalité, propreté, sécurité – Vitrolles et Marignane devançaient Marseille. En revanche, Jean-Claude Gaudin jouissait de la meilleure image ! On mesure ici l’effet des campagnes de désinformation et de sidération des médias nationaux ainsi que de France3 Provence et de La Provence.

A Toulon aussi il y a eu redressement financier, selon la Cour des comptes

Reste Toulon. C’est la ville la plus importante prise par le Front national en 1995, une ville qui a cumulé les problèmes et les polémiques. Pourtant, là aussi, le bilan financier est positif. Il y a à l’appui de cette affirmation un rapport de la Chambre régionale des comptes portant sur la période 1995-2005. Certes, le rapport ne va pas sans formuler des critiques : par exemple certaines pratiques anciennes – des avantages sociaux remontant aux années cinquante – ont perduré et l’absentéisme est resté à un niveau élevé. Mais l’encours de la dette par habitant a diminué, passant de 1491€ à 1382€ de 1997 à 2000. La capacité d’autofinancement disponible s’est aussi améliorée.

Cela n’a pas empêché les campagnes de diffamation de durer jusqu’en 2010. Ainsi, lorsqu’un litige opposant Jean-Marie Le Chevallier à son successeur agissant au nom de la ville de Toulon fut tranché par le Conseil d’Etat en faveur de l’ancien maire de Toulon, Le Point titra sur le thème « Toulon, la facture du FN s’alourdit encore ! » alors que le Conseil d’Etat venait simplement de rappeler des règles de droit habituelles. Evidemment tout cela laisse des traces dans les esprits. C’est le but, d’ailleurs…

Un jugement plutôt positif des électeurs

Les électeurs locaux, eux, ont porté un jugement nuancé et souvent positif sur les mairies Front national. Notons d’abord qu’en dehors de Vitrolles, conquise à la majorité absolue en 1997, les mairies de Marignane, Toulon et Orange ne furent gagnées, en 1995, que dans le cadre d’élections triangulaires, les vainqueurs ne commençant leur mandat qu’avec un potentiel de moins de 40% des suffrages. Pourtant trois des quatre maires furent réélus en 2001. Et Jacques Bompard le fut à nouveau en 2008.

Après Orange, Bollène se redresse financièrement

Sa gestion d’Orange a d’ailleurs paru si convaincante que les électeurs de la commune voisine de Bollène ont porté à la tête de leur ville Marie-Claude Bompard, la femme de Jacques Bompard. A Bollène aussi le redressement financier est en cours : ainsi la dette par habitant est passée de 1646€ au 1er janvier 2008 à 1143€ au 1er janvier 2012.

Ces résultats financiers sont d’autant plus remarquables que, durant les mêmes périodes, l’endettement de l’Etat et des collectivités territoriales a explosé. A contrario on peut dire qu’avec une gestion comparable à celle des villes FN, la France aurait gardé le triple A et surtout ne serait pas plombée par l’endettement excessif qui est le sien.

Cette affirmation est, bien sûr, politiquement incorrecte. Mais elle repose sur des faits et des chiffres, ce qui la rend peu susceptible d’intéresser les médias de l’oligarchie. Car dans le monde médiatique les faits comptent peu, les préjugés comptent davantage.

Jean-Yves Le Gallou

[box class=”info”] Source : Polémia. [/box]

Photo : Hôtel de Ville d’Orange. Crédit photo : Véronique PAGNIER via Wikipédia, domaine public.

FN : Sarkozy ne veut pas (ou plus ?) “se boucher le nez” en “entendant” les électeurs du Front National

FN : Sarkozy ne veut pas (ou plus ?) “se boucher le nez” en “entendant” les électeurs du Front National

26/04/2012 – 18h50
PARIS (NOVOpress, en partie via le Bulletin de réinformation)
– Hier sur France Info, pour la première fois, Nicolas Sarkozy a déclaré, que le Front National était “compatible avec la République”, alors même que son parti affirmait jusqu’ici que l’on ne dialoguait pas avec l’extrême droite, et que ce parti n’était pas républicain. Nicolas Sarkozy semble à l’évidence déterminé à capter le maximum de voix du FN, en appelant ses électeurs à “faire barrage à la gauche”, expression sur toutes les lèvres. Cependant il demande les voix mais refuse tout accord.

Dans cette même émission de France Info, le Président a indiqué qu’il lui faut “entendre” les électeurs de Marine le Pen du premier tour sans “considérer qu’il faut se boucher le nez”. Merci pour eux !
“Ces gens-là, si on veut les remettre dans le champ des formations républicaines, il faut s’adresser à eux
“, a-t-il ajouté. Remerci pour eux !

Qu’est ce qui pourrait nuire à cette tentative de mue du président-candidat ?

On peut souligner que ces déclarations sont en contradiction avec son quinquennat, dans lequel Sarkozy à encouragé l’arrivée des socialiste. Besson, Amara, Kouchner ministres, ou Jack Lang au comité de réforme des institutions sont autant d’exemple que ce barrage à la gauche n’est qu’une volonté électorale tactique.

Par ailleurs, aux élections cantonales de 2011 l’an dernier, la ministre de l’Ecologie Kociuzco-Morizet avait déjà appelé à voter PS contre le FN s’il était au deuxième tour. Le numéro un de l’UMP Jean-François Copé, assurait déjà qu’il n’y aurait “jamais d’alliance électorale” avec le Front national, ce que Nicolas Sarkozy a confirmé hier matin.

Qu’en est-il des risques en cas d’élection de François Hollande ?

Hollande, s’il est élu président, sera pour la première fois au pouvoir. Ce que lui reprochent nombre de sympathisants de droite, est une possible hausse des impôts, de la dette, de l’immigration, l’union homosexuelle ou le vote des étrangers. Malheureusement, l’on ne peut que constater qu’en cinq ans sous Sarkozy, la dette publique est passée de 1.200 à 1.700 milliards d’euros, soit + 42 %. Par ailleurs le taux de prélèvements obligatoires a augmenté lui aussi. Enfin, le nombre des naturalisations était à 123.000 en 2002 sous Jospin, il est désormais à 133 000 par an en moyenne depuis 2007. Sans parler de l’expulsion des délinquants étrangers (“double peine” en Novlangue) que Sarkozy a supprimée.

Qu’en est-il du ou des débats entre les deux tours ?

On peut souligner que l’UMP s’agace du refus de François Hollande de participer à trois débats, ce dernier en préférant un seul. En un mot, l’UMP semble s’intéresser  aux débats, contre toute attente, alors qu’en 2002, il n’avait pas été question d’échanger un mot avec Jean-Marie Le Pen.

Renégat : Stéphane Durbec dénigre le Front national

Renégat : Stéphane Durbec dénigre le Front national

26/04/12 – 15h30
PARIS (NOVOpress)
– Il aura fallu à Stéphane Durbec plus de 25 ans d’appartenance au Front National et sa mise à l’écart de ses instances dirigeantes pour se rendre compte de “l’horreur” et de “la dangerosité” de ce parti.

Avec toute l’indécence qui sied aux “repentis”, Stéphane Durbec se répand aujourd’hui dans les journaux pour tenter de discréditer et de salir le mouvement dont il fut militant et élu durant de si longues années.

Mordant sans hésitation la main qui l’a nourri, Durbec n’hésite pas désormais à déclarer, dans une entrevue accordée au Figaro, que “le FN monte les français les uns contre les autres” et que sa “dédiabolisation n’est qu’une façade”.

Sans doute dans l’espoir d’un recasage rémunérateur, Stéphane Durbec appelle aujourd’hui à voter pour Nicolas Sarkozy, autre grand spécialiste en fidélité et en honnêteté politique.

Crédit photo : Neno via Flickr (CC)