Joe Biden, 46e président des État-Unis : délire médiatique ?

Samedi 7 novembre 2020, fin de matinée à l’heure de la côte est : toutes les chaînes de télévision, Fox News en tête, annoncent la victoire du sémillant Joe Biden et de sa très modérée vice-présidente Kamala Harris. L’heure n’a pas été choisie au hasard, puisque la nouvelle tombe un quart d’heure avant la conférence de presse des avocats de Donald Trump à Philadelphie.

Immédiatement, la quasi-totalité des médias occidentaux, télévision française en tête, tentent de mettre leurs spectateurs sur le fait accompli et se mettent à disserter sur ce que sera la présidence Biden, sur les progrès sociétaux extraordinaires qui devraient en découler, sur sa capacité ou non à réconcilier les Américains, et même sur ses options futures en matière de politique étrangère.

Dans de nombreux foyers aisés, de part et d’autre de l’Atlantique, on a déjà ouvert le champagne, à la manière des Français lors de la finale de la Coupe du monde de football de 1982, lorsque la France menait 3 à 1 contre l’Allemagne à quelques minutes de la fin. Tout pourrait, d’ailleurs, se terminer de la même façon dans la mesure où cet emballement est digne de l’affaire de l’arrestation Dupont de Ligonnès : du pur délire !

Comment fonctionne, en effet, de façon traditionnelle une déclaration de victoire aux élections présidentielles, aux États-Unis ? En théorie, elle intervient à la mi-décembre, lorsque les grands électeurs se réunissent pour élire le président. Dans les faits, elle intervient lorsque l’un des deux candidats concède sa défaite, soit dès le lendemain du scrutin lorsque la victoire de son adversaire est sans appel, soit dès que les recours juridiques ont été épuisés. Ainsi, on se souvient qu’en 2000, le candidat démocrate Al Gore avait attendu plus d’un mois avant de reconnaître la victoire de George Bush : il avait fallu que la Cour suprême de Floride – État dont le gouverneur était le frère de George Bush – refuse pour la deuxième fois d’autoriser le recompte des voix, recompte dont on sait aujourd’hui qu’il aurait donné la victoire à Al Gore.

Or, quelle est la situation, aujourd’hui, aux États-Unis : non seulement Donald Trump, dénonce cette annonce prématurée, mais ce coup de force médiatique repose sur l’annonce de la victoire de Biden en Pennsylvanie, un État auquel la Cour suprême des États-Unis demande des explications sur des comptes litigieux ; en cas de réponse trop évasive, la totalité des votes pourraient être recomptés. Même chose dans le Michigan, où le comté de Altrim a dû procéder à un tel recompte : attribué à l’origine à Biden, il revient désormais à Trump à plus de 56 %. Autant dire que la partie est loin d’être finie si les choses se déroulent régulièrement.

Malgré quatre ans de mitraillage médiatique anti-Trump et des semaines de tripatouillage électoral (le recours massif au vote par correspondance a, semble-t-il, permis de faire voter un nombre impressionnant de centenaires plus ou moins encore en vie), la victoire de Biden promettait d’être suffisamment large pour éviter toute contestation. Pas de chance, Donald Trump a surmobilisé son électorat et le tsunami démocrate annoncé n’a pas eu lieu. Depuis, on découvre des bulletins perdus ou retrouvés, des machines à voter qui ont fait de mauvais calculs et, au moment même où les avocats de Donald Trump invitent la presse et les citoyens à une conférence pour dénoncer les faits déjà avérés, les médias se précipitent pour déclarer Biden vainqueur, une première dans l’histoire des élections américaines !

Délire médiatique ou énième tentative pour forcer la main des Américains…

François Falcon

Tribune reprise de Boulevard Voltaire