La droite française est-elle en état de mort cérébrale ? – Débat avec François Bousquet et Nicolas Vidal

bousquet vidal

20/07/2022 – FRANCE (NOVOpress)
La droite française est-elle en état de mort cérébrale ? En est-il de même pour la démocratie ? La grande discussion entre François Bousquet (rédac chef de la revue Eléments) et Nicolas Vidal (fondateur de Putsch.Media) : Le rôle de Marine Pen et du rassemblement national, l’échec d’Eric Zemmour, révoltes populaires et mouvement des gilets jaunes pourraient-il sauver la démocratie ?


L’Élysée ne répond plus : Macron en panne, Borne en berne, par François Bousquet

macron

Après s’être donné en spectacle au G7, Emmanuel Macron est revenu aux affaires courantes. Sans plus de succès. Un remaniement plus tard, il n’a toujours pas de majorité. Décidément, c’est plus facile de monter une coalition contre Poutine que contre Marine.

Hey Joe, c’était jusqu’à présent le titre d’une chanson de Jimi Hendrix. C’est désormais une vidéo gag virale de Macron interpellant, la main sur l’épaule, Joe Biden au sommet du G7 devant les caméras du monde entier.

Vous rappelez-vous Chateaubriand : « Tout à coup une porte s’ouvre : entre silencieusement le vice appuyé sur le bras du crime. M. de Talleyrand marchant soutenu par M. Fouché. » C’était un peu la même scène au G7, en moins théâtral : « Tout à coup une caméra saisit sur le vif l’image qui fera le tour du Net : déboule piteusement la sénilité appuyée sur le bras de la servilité. M. Biden marchant soutenu par M. Macron plus larbin que jamais. » Ah, si on n’était pas français, on en rirait ; mais voilà, nous sommes français. Quand Macron se ridiculise, c’est son problème, mais quand il ridiculise la France, ça devient notre problème.

Depuis quand Macron n’a-t-il plus de filtre, plus de mécanisme d’autocensure, plus de secrets d’État à cacher ? Sûrement a-t-il renoncé à son surmoi quand il a officialisé sa relation avec Brigitte à l’âge de 15 ans. Au diable, les conventions ! Depuis, plus rien ne le retient. Il n’y avait que Trump pour l’intimider en lui broyant les mains et en le toisant du haut de la Trump Tower ou de son 38-tonnes comme un chauffeur routier regarde un homme soja au volant de sa voiture électrique. Alors Macron faisait moins le malin, mais avec Biden, Trudeau, Ursula von der Leyen, c’est La croisière s’amuse en Bavière. Ne manquait au G7 que Giscard en maillot de bain avec Gerald Ford.

OSS 117 au G7

Cela fait longtemps que la twittosphère compare Macron à Jean Dujardin dans OSS 117, mais là, au G7, il s’est surpassé. On se serait cru sur un tournage avec la doublure d’Hubert Bonisseur de La Bath, alias OSS 117. Le G7, nid d’espions ! Dujardin lui-même en convient : il dit de Macron qu’il a des « phrases de jeune vieux ». Il enchaîne les énormités qui ne font rire que lui. Il est de plus en plus décalé avec la réalité, de plus en plus ringard. Il ressemble à un produit à la mode dans les années 1970, une sorte de Giscard en moins dégarni, les pattes de cheveux en plus, rehaussées d’une vrai-fausse moumoute. L’arrogance du techno condescendant pris au piège des nouvelles technologies. Prononcer « condescendant » en détachant la première syllabe. Descendant ? Plongeant même dans les sondages. Marine caracole en tête, lui dégringole.

Question :

« Hubert-Emmanuel Bonnisseur de La Bath, n’êtes-vous pas le meilleur ? »

Et Hubert Bonnisseur de La Bath, alias Emmanuel Caméléon, de répliquer : « Je répondrais oui ça serait de la prétention, je répondrais non ça serait de la bêtise, ahah ! »

Rien ne va. L’Élysée ne répond plus. Plus d’alliés sinon ce boulet de Copé. Les rares éléphants de la macronie : humiliés aux législatives ; des ministres battus par des inconnus ; un Damien Quasimodo Abad qui collectionne les accusations de viol et se croit au-dessus des lois parce que son atout charme dans une société inclusive, c’est son handicap. Abad Quasimodo n’escalade pas les tours de Notre-Dame, mais les tours de poitrine des Esméralda qu’il rencontre dans les bars. Zou à la trappe ! Il va retourner faire le député de l’Ain en attendant de se présenter devant le juge. On lui conseille de prendre pour avocat Éric Dupond-Moretti, Monsieur « Acquitator », qui plaidera la présomption de virginité.

On ne donne pas cher d’Élisabeth Borne. Son contrat d’intérimaire gouvernementale est reconduit jusqu’à la prochaine crise, en septembre a priori. Borne I me filait le bourdon, Borne II a réveillé de vieilles douleurs articulaires, des lombalgies du fond des âges. Elle devait trouver un « accord de gouvernement ». Comment aurait-elle pu ? Avec l’appui des LR ? Évidemment qu’ils vont se compromettre, mais pas tout de suite. Qui du reste a envie de fêter son anniversaire avec Élisabeth Borne, à part Damien Abad ? Elle a le charisme d’une chef de bureau, le charme d’une sous-préfète, l’entrain d’une congrégation presbytérienne. Au secours ! Après l’avoir vue sur scène, difficile de dire : « A star is Borne ! »

Élisabeth Borne maintenue, mais désavouée

Elle ne sollicitera pas la confiance des députés. À quoi bon ! Elle n’aura aucun pouvoir. C’est l’Élysée qui décidera – pour la galerie. Elle voulait la peau de Gérald Darmanin, il a vu ses prérogatives élargies. Pas seulement intérimaire donc, potiche aussi et godiche. Ne lui jetons cependant pas la pierre, elle est méritante. Sous la IIIe, elle aurait eu tous les pouvoirs ; sous la Ve, elle est condamnée à faire de la figuration.

On prend les mêmes et on recommence. Ne manque que Jean Castex pour se croire revenu deux ans en arrière. Une pincée de Modem, une cuillère à soupe d’Édouard Philippe, 50 grammes de LR, un zeste de wokisme, une tranche de margarine progressiste. Les équilibres de la macronie sont respectés, mais la recette est éventée.

Il y a quand même deux bonnes nouvelles dans ce gouvernement Borne II. La première, c’est qu’il n’y aura pas de Borne III. La seconde, c’est que Marlène est de retour. C’est ma faiblesse, mais je l’aime bien, Marlène Schiappa. Elle me fait penser à Maïté qui animait les émissions de cuisine sur France 3 au XVIIe ou au XVIIIe siècle et cuisinait les anguilles vivantes à grands coups de gourdin. Un peu de douceur féminine dans ce monde de toxicité masculine faisait du bien.

Le macronisme est une formule épuisée qui n’arrive plus à se renouveler. On en connaît les tours de passe-passe. La magie n’opère plus, si tant est qu’elle ait jamais opéré. En 2017, l’Élysée était une sorte de super-cabinet de chasseurs de têtes. Aujourd’hui, plus personne ne veut du « job ». C’est le désert. Il n’y a pas de profondeur de banc, comme on dit au foot. En plus, c’est l’équipe B qui joue. Nécessité faisant loi, c’est le jeu des chaises musicales et la rotation des postes qui se sont imposés à tous. Un arrière droit doit pouvoir jouer au poste d’ailier gauche, mais un arrière empoté qui a les pieds plats les aura carrés devant le but. Nul, archinul ! Dans ces cas-là, on redouble ou on démissionne, en bloc, question d’honneur.

La foudre a frappé Jupiter

On sait combien le souverainisme est en deuil depuis que Jean-Pierre Chevènement a rejoint Macron. Mais au moins Jean-Pierre aurait-il pu apprendre à Emmanuel l’art de la démission élégante. Il y avait de quoi après le camouflet des législatives. Fut un temps où la moindre entorse à l’honneur poussait les garçons à s’exiler définitivement dans leur château de famille en province et les filles à vivre en réclusion dans un monastère. Aujourd’hui, on s’accroche au pouvoir comme les moules au rocher. De temps en temps, on en décroche une : Damien Abad. Mais les autres, les Dupond-Moretti mis en examen et les Chrysoula Zacharopoulou, la Doc Gynéco du macronisme, spécialiste de la défloration des hymens : inamovibles. Élisabeth Borne a bien présenté timidement sa démission. Macron l’a refusée à son grand soulagement. Aucun honneur. Dans ce monde-là, le point d’honneur est devenu un doigt d’honneur ; et c’est à nous que Darmanin et ses copains l’adressent.

Macron a voulu en finir avec la politique au nom du culte d’une efficacité douteuse. La politique s’est vengée en le privant de majorité. Le macronisme est un pragmatisme sans profondeur. Faute de consistance idéologique, il est condamné au mouvement perpétuel. S’il s’arrête, il chute aussitôt. En Marche le dit bien assez. Or voilà que Macron est enlisé dans une sorte d’empêchement à la française.

Souhaitons que son second mandat finisse par un mandat de dépôt. « On dit de moi que je suis Jupiter, je vais devenir Héphaïstos et forger », se vantait-il il y a un mois. Pour le moment, il doit d’abord apprendre à ramer à contre-courant ! Quant à la foudre jupitérienne, elle lui est tombée dessus. Depuis, il n’en finit pas de dévaler les marches de l’Olympe. La roche tarpéienne est proche du Capitole. Rien de tel qu’une citation latine pour conclure une chronique. Sic transit gloria mundi !

Tribune reprise de revue-elements.com

Zemmour ou Marine, les leçons de la présidentielle

Le Gallou Bousquet

08/07/2022 – FRANCE (NOVOpress)
Grand Remplacement ou Grand Déclassement ? À comparer les résultats de Zemmour et de Marine, les Français ont tranché. La question de l’insécurité sociale a dominé les débats, mais elle n’exclut pas, loin de là, celle de l’insécurité civilisationnelle.

Pour en débattre, les Natifs Paris ont invité Jean-Yves Le Gallou, président de Polemia, et François Bousquet, rédacteur en chef d’Éléments.


Quand le RN s’éveillera… le système tremblera, par François Bousquet

Marine Le Pen

Le RN est un habitué des podiums, mais rarement de la première marche. Il ne l’a certes pas atteinte aux législatives, mais un déclic s’est produit, qui sait même : un séisme !

Vous rappelez-vous le livre d’Alain Peyrefitte, Quand la Chine s’éveillera… ? Je ne sais pourquoi, il me fait penser au parti de Marine Le Pen : Quand le RN s’éveillera, le système tremblera. Le RN est un géant endormi qui a découvert dimanche soir sa force électorale avec incrédulité, presque timidement, en se pinçant pour y croire. Jusque-là le parti de Marine ne la connaissait qu’à moitié, cette force, et pour cause : il ne s’en est jamais vraiment servi. Elle est là pourtant, dormante, solide, comme une chaîne de volcans qui sommeillent et ne demandent qu’à se réveiller. Or, ils se sont réveillés ce dimanche et la terre a tremblé jusqu’au Palais-Bourbon. C’est la tectonique des plaques électorales qui s’en trouve modifiée. Avec plus de 13 millions de voix à la présidentielle, Marine avait déjà atteint une masse critique suffisante, celle-là même qui rend possible les réactions en chaîne. « Too big to fail », comme on dit des géants de la finance et de l’économie. Oui, le RN est devenu too big to fail. Trop grand pour tomber. Ce qui signe, qu’on le veuille ou non, l’avis de décès du zemmourisme politique (mais pas métapolitique). Cependant, même à 13 millions, le RN restait une minorité de blocage, 41 % : impossible de faire quoi que ce soit sans son aval, mais impossible de conquérir une majorité politique, d’où les dissidences Mégret et Zemmour. Or, cette minorité de blocage n’en est virtuellement plus une. Ou plutôt : le blocage est levé. Il était d’abord dans la tête de Marine, n’en déplaise à ses partisans les plus sourcilleux.

Le plafond de verre dans la tête

Le RN a beau s’en défendre : jusqu’à présent il n’a jamais cru possible d’accéder au pouvoir. L’économie psychique du RN se résumait à un comportement d’échec aussi rodé, si j’ose dire, qu’une bonne vieille copine qui foire pour la cinquième fois son permis de conduire parce qu’elle est terrorisée à l’idée d’affronter l’examinateur. On en connaît tous une. Des preuves ? Rembobinons le magnéto. 2017, le matin même du débat de l’entre-deux-tours, la migraine ophtalmique de Marine, suivie d’une quasi-cécité, en guise d’acte manqué ; « l’éclatante victoire » au soir du deuxième tour, il y a deux mois, en guise d’aveu et de lapsus révélateur. À croire que le désir inconscient du RN, c’était de jouer à jamais les seconds rôles au second tour, comme une sorte d’US Quevilly football qui s’inviterait tous les cinq ans en finale de la Coupe de France. Il ne s’agit pas de gagner le match de la présidentielle. Être en finale suffit à son bonheur. Comment du reste, je vous le demande, l’US Quevilly pourrait-elle battre des clubs-États comme le PSG ? Or, le RN est en train de comprendre qu’il n’est pas l’US Quevilly de la politique, mais l’équivalent de 10, de 20, de 100 circonscriptions qui abriteraient chacune d’entre elles une section de l’US Quevilly. Car c’est cela, la sociologie du RN. Ainsi le syndrome Poulidor qui hypothéquait le RN est-il en passe d’être levé.

C’est la même chose avec le plafond de verre. Il étreignait comme un obstacle têtu, paralysant, la tête de la dirigeante du RN, elle qui s’est longtemps sentie dans la peau d’une héritière illégitime vouée à faire de la figuration dans toutes les élections intermédiaires : celle qu’on éconduit le jour du mariage, la mauvaise élève qui traîne un complexe d’infériorité insurmontable et ne réussira jamais le concours d’entrée de l’ENA, la fêtarde qui ne se prépare pas comme une athlète de haut niveau, etc. Or, elle a prouvé son aptitude à la résilience et à l’adversité. On l’a donnée pour morte trois ou quatre fois et c’est elle qui regarde passer les cadavres assise au bord de la rivière.

Quelle débandade ! On compte les morts avec plaisir. Manuel Valls, traître de comédie, touché-coulé ; Christophe Castaner, le type même de l’imitation homme viril dans un catalogue de mode, à la trappe ; le maréchal Ferrand de la macronie, Richard Ferrand, au tapis en attendant de repasser devant le juge comme en 2017. Moribonde, l’arnaque du front républicain. En réanimation, les LR, exception faite de la bande à Laurent Wauquiez, homme fort d’un parti faible. Mort-née, la Élisabeth Borne, oisillon à l’air pincé qui se prenait pour un aigle.

Électeur invisible, pour qui chantes-tu ?

Du RN, on ne voit habituellement que la partie émergée de l’iceberg électoral, l’autre est méthodiquement, médiatiquement invisibilisée. Question à 1 000 euros : qui a déjà rencontré dans la file d’attente de la boulangerie un électeur de Marine ? Personne. C’est bien simple, on ne le voit jamais, cet électeur. Il entre toujours par effraction dans l’actualité, lors de l’enterrement de Johnny ou des premiers actes des Gilets jaunes. Il est refoulé partout. Aucune politique de reconnaissance à son attention. Aucun relais dans les médias centraux. Aucun quota dans les séries télévisées. Il n’y a que Marine pour s’en faire la championne, et de-ci de-là un François Ruffin. Le RN est une terra incognita. Ses électeurs ressemblent au constat dressé par Ralph Ellison dans son livre, Homme invisible, pour qui chantes-tu ? (1952), consacré aux Noirs américains au temps de la ségrégation. Ce n’étaient que des ombres fuyantes que personne ne voulait voir. Les journalistes devraient lire le terrible chef-d’œuvre de Ralph Ellison pour savoir ce que ça signifie que d’être invisible, un fantôme social. Dimanche soir, le fantôme est sorti de la pénombre.

On a beaucoup critiqué le RN, moi le premier, et je continuerai à le faire tant il est vrai que le parti de Marine devrait être au pouvoir – tous ses axes programmatiques sont majoritaires dans l’opinion. Or, jusqu’à présent les gens ne voulaient surtout pas du médium (le RN), alors qu’ils plébiscitaient le message, pour paraphraser Marshall McLuhan qui disait : le médium c’est le message. Ce qui est désormais le cas pour Marine : elle et son programme ne font plus qu’un.

Sans revenir aux législatives de 2017, la remontada du RN est impressionnante, ne serait-ce que par rapport aux régionales de 2021. Personne, même les plus audacieux marinistes, ne donnait le RN aussi haut. En faisant le service minimum, le RN rafle 89 députés, comme le chiffre de mon département, numéro fétiche, qui a envoyé Julien Odoul à la Chambre. Une razzia dans l’Aude, les Pyrénées-Orientales, la Haute-Marne et la Haute-Saône. Le RN a vaincu le signe indien des législatives, sans le vouloir, sans alliance, sans effort, par un simple effet mécanique, bien aidé par les scènes de sauvagerie au Stade de France. On n’ose à peine imaginer ce qu’il en aurait été s’il avait fait le service maximum, après une campagne à la Mélenchon. Élisez-moi Première ministre !

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Christopher Lasch, le seul et vrai populisme

Christopher Lasch

Chaque année qui passe voit l’audience – et l’influence – de Christopher Lasch (1932-1994) s’élargir. D’Alain de Benoist à Jean-Claude Michéa, c’est tout un courant intellectuel qui s’en inspire directement. Christopher Lasch demeure l’un des principaux théoriciens du populisme, qui nous a laissé avec Le Seul et vrai paradis, plus qu’une histoire du populisme américain, mieux qu’un manifeste des révoltes populaires – un chant d’amour à l’« Amérique du milieu » et à tous les « pays du milieu ».

Small is beautiful. C’est par ces mots passés à l’état de slogan que l’économiste Ernst F. Schumacher s’est fait connaître du grand public. Rien ne résume mieux l’idéal populiste de l’historien américain Christopher Lasch, pour lequel tout ce qui était petit n’était pas seulement beau, mais salutaire et sacré, profession de foi qui traverse tous ses livres et qui ne pouvait que heurter au pays du « bigness », du gigantisme et des tailles XXL. À cette hubris dévoyée, Lasch opposait les vertus originaires de la petite bourgeoisie américaine, gardienne de l’idéal des pionniers. Là où ses pairs intellectuels ne voyaient que provincialisme étroit, xénophobie latente, passéisme borné, il célébrait au contraire le prosaïsme enchanté des existences ordinaires, cet homme de peu (the common man) spécifique à « l’Amérique du milieu » et qui offre les garanties d’une vie bonne et authentiquement démocratique : un idéal de vie sans ostentation, marqué par le goût de l’indépendance, l’amour des valeurs familiales et la défense des solidarités concrètes.

La sociabilité naturelle de l’homme

Comme Luc Dietrich, le trop oublié auteur du Bonheur des tristes, Lasch croyait que « l’homme est un animal de petite compagnie ». Son horizon naturel est la famille, les amis, le voisinage, le travail, ainsi que nous le rappelle l’un de ses livres les plus ambitieux, Un refuge dans ce monde impitoyable. La famille assiégée (1977, trad. française : Bourin Éditeur, 2012). Ce n’est point là une philosophie du repli, mais la seule mesure possible de l’homme, cette « taille de l’homme » chère à Ramuz, ni trop grande, ni trop petite. Cela même que Lasch a magnifié dans une œuvre puissante, originale et prémonitoire, qui s’est construite en marge de l’écume médiatique et des engouements universitaires, loin des « idéologies à la mode », pour reprendre une expression d’Alain de Benoist, qui a été l’un des premiers à mettre à la portée du public francophone les livres de Lasch. Il n’est du reste pas interdit de voir dans le chef de file de la Nouvelle Droite française l’équivalent hexagonal de l’Américain. Parti de la droite radicale, il a fait en sens inverse le même chemin que Lasch pour aboutir à des conclusions dont beaucoup sont voisines. Deux penseurs inclassables. Trop à gauche pour la droite, trop à droite pour la gauche.

Ce qui frappe au premier abord dans l’œuvre de Christopher Lasch, c’est son extraordinaire sérieux. Son auteur croyait de toutes ses forces au sérieux de la vie et à sa précarité métaphysique. Rien ne tient qui n’a déjà duré. Or, qu’est-ce qui a traversé les siècles et nous vient du fond des âges ? Ce que Marcel Mauss appelait « le roc de la morale éternelle » et dont Lasch chercha les traces dans l’univers mental de la petite bourgeoisie. Plus que tout, il partageait avec les hommes de l’ancien temps la conviction que l’on ne peut faire l’économie de ce sentiment étrange, tout à la fois psychologique et religieux – la honte. Elle seule nous préserve de l’obscène. Or, les modernes ont entrepris d’abolir la honte. Ainsi triomphe ce que l’on pourrait appeler la common indecency, l’hommage du vice moderne à la vertu orwellienne.

Historien des mœurs entremêlant histoire sociale et histoire religieuse, formé à l’école de la sévère théologie protestante et de la sombre anthropologie freudienne, nourri d’un pessimisme radical et volontariste (le pessimisme de l’intelligence et l’optimisme de la volonté, selon les mots de Gramsci), il portait sur les choses un regard de moraliste à l’âme inquiète et défendait une conception tragique de l’existence.

L’adieu à la gauche

Au fil des ans, sa pensée s’est délestée des références inutiles, longue ascèse intellectuelle. Ainsi est-il revenu de tout, sauf de l’essentiel. Comme Ulysse, il a fait un long voyage intellectuel, depuis le Nebraska, où il est né en 1932, jusqu’à sa mort prématurée, en 1994. Diplômé d’Harvard et de Columbia, historien de formation, professeur de son métier, intellectuel de son état (critique autant qu’organique), il fera d’abord un bout de chemin avec ce qu’on appelait dans les années 1960 la New Left, la Nouvelle Gauche, à qui il ne tardera pas à reprocher son pharisaïsme atavique, toute nouvelle qu’elle fût, elle qui ne jurait (déjà) que par les exclus et les minorités. Mais la principale critique qu’il adressera à sa famille d’origine, outre sa condescendance dédaigneuse à l’égard des majorités (forcément réactionnaires), c’est de s’être abandonnée sans réserve à l’idéologie du progrès, ce que son principal disciple en France, Jean-Claude Michéa, désignera sous le nom de « complexe d’Orphée », qui interdit à la gauche progressiste de se retourner sur le passé sous peine de disparaître. Puis il orientera ses recherches vers le marxisme (Gramsci et Lukács) et les penseurs de l’école de Francfort (Adorno et Horkheimer), à qui il sera redevable de sa théorie de la culture – dont son long article, Culture de masse ou culture populaire ? (1981, trad. française : Climats, 2001), donne un aperçu éclairant –, tout en prenant ses distances avec l’antifascisme maniaque et caricatural d’Adorno.

Chemin faisant, Lasch va se retrouver seul, intellectuellement parlant. Par-là, il était mûr pour renouer avec une tradition engloutie, le populisme agrarien, météore qui a traversé le ciel états-unien à la fin du XIXe siècle. À sa manière, il renouvelait le geste de Péguy en France, d’Orwell en Angleterre, de Vassili Rozanov en Russie, et (re)découvrait la critique populiste du progrès lancée à l’aube de la révolution industrielle par les « fractions les plus modestes de la classe moyenne » qui défendaient des formes artisanales et précapitalistes d’organisation du travail, premiers laissés pour compte du progrès : petits propriétaires, artisans, commerçants, métayers, paysans, autant de confettis sociaux broyés par la machine industrielle et que Marx va enterrer de tout son mépris dans Le manifeste communiste, évoquant des classes « réactionnaires [qui] cherchent à faire tourner la roue de l’histoire à rebours ».

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Foot ou rugby, les racailles contre les gentlemen

real madrid liverpool

Ce week-end, il y a eu quatre matchs couperet. Deux qui ont fini en apothéose – du rugby. Deux qui ont fini en scènes de chaos – du foot –, à Saint-Denis et à Saint-Étienne, toutes deux grand-remplacées, ce que la toponymie des lieux ne laissait pas présager.

Vendredi dernier à 23 heures, le LOU, le Lyon rugby, décrochait la Challenge Cup avec un Baptiste Couilloud de gala et un Géorgien inconnu aux jambes de feu. Samedi à 20 heures, le Stade rochelais, après avoir planté trois essais à zéro aux monstres irlandais du Leinster, soulevait dans la liesse la Champions Cup. Un régal pour les amateurs de rugby qui laissait présager une troisième mi-temps bien arrosée – du vin et des jeux, n’est-ce pas ! – avant que le foot ne vienne saloper la fête de l’ovalie.

Le Grand Remplacement et les barbaresques

Car changement de décor. Samedi à 23 heures, dans ce « 9-3 » de tous les malheurs, alors que le Real de Madrid battait Liverpool au terme d’un match médiocre où n’aura surnagé que le portier belge de la capitale espagnole, des supporters anglais et espagnols, en famille, avec leurs enfants, se faisaient sauvagement agressés, pourchassés et détroussés par des Dionysiens fort peu « jambon-beurre », très loin des standards de type caucasien ou capétien qu’on trouvait jusqu’aux années 1970 aux alentours de la nécropole royale, cimetière des illusions françaises. Depuis, les bandes de racaille des cités environnantes ont colonisé les lieux. Samedi soir, ils ont pu agir avec la complicité, à tout le moins la passivité, de Gérald Darmanin et du préfet Lallement, toujours prompts à faire donner la troupe, gaz à l’appui, contre les Gilets jaunes, la « Casa blanca » madrilène ou les « reds » de Liverpool, mais pas contre des néobarbaresques qui valent bien leurs ancêtres en matière de razzia et de pillage. La double peine pour les supporters qui n’ont pas pu assister au match. Les témoignages, de victimes ou de policiers, sont accablants. Des « proies », un « carnage », « jamais vu un tel acharnement sur des victimes et une telle multitude d’actes de délinquance », des « armées de voleurs », un « film d’horreur », des « filles déshabillées et volées », etc. Les vidéos sont éloquentes, mais Darmanin n’a rien trouvé d’autre que d’incriminer de faux billets émis sûrement par des électeurs de Boris Johnson. Tout ça pour ne pas faire l’aveu criant, aveuglant, offensant que la Seine-Saint-Denis est un territoire grand-remplacé. Non pas seulement par des « nique la France », mais par des « nique l’Europe ». Car dépouiller un Anglais ou un Espagnol au cutter, c’est dépouiller un Blanc – soit un « babtou fragile ».

Gérald Darmanin, Monsieur Dissolution

Autre décor, mêmes acteurs : dimanche soir à 22 heures, au stade Geoffroy-Guichard, enceinte mythique du grand « Sainté » : envahissement du terrain, crachats et fumigènes, après la relégation en Ligue 2 de Saint-Étienne, ex-cité ouvrière, elle aussi grand-remplacée (ce n’est pas moi qui le dis, mais Laurent Wauquiez). Qui, cette fois-ci, Gérald Darmanin va-t-il bien pouvoir accuser ? Darmanin, l’homme qui, après avoir dissous Génération identitaire, veut dissoudre la France. Il y avait Napoléon le Petit, il y aura désormais Darmanin le Nain. On en a vu passer des charlots place Beauvau, Castaner le « Kéké de la République », Manuel Valls le pseudo-républicain espagnol. Mais des comme lui, c’est une première. Il est capable de tout pour réussir, même d’une bonne action, comme disait Rivarol de Mirabeau. On cherche toujours la sienne.

Inutile de discourir sans fin sur ce qui s’est passé au stade de France. On a tous vu ce qu’on a vu, sauf notre ministre de l’Intérieur et les journalistes, sportifs ou pas. Un pays occupé où les zones libres sont de moins en moins nombreuses, où la charia de la caillera fait la loi en lieu et place d’un État démissionnaire et d’un ministre qui ne le sera jamais – c’est soit l’un soit l’autre.

Le rugby, un air d’Ancien Régime

Je voudrais en guise d’épilogue glisser quelques réflexions sur ces deux France : celle du ballon rond qui vote Macron et Mélenchon, et celle du ballon ovale qui vote Macron, malheureusement (c’est pour cela qu’il est président), et Marine.

On connaît la phrase célèbre : le football est un sport de gentlemen pratiqué par des voyous et le rugby un sport de voyous pratiqué par des gentlemen. On en a eu un aperçu saisissant le week-end dernier. La racaille des bas quartiers contre ce qu’il reste de quartiers de noblesse de l’ancienne France, la frontière est dessinée. Elle est si dessinée que, même dans sa version « cassoulet », où des bébés d’un bon quintal défient des barriques couperosées, le rugby a conservé ce je ne sais quoi d’aristocratique, cet air de vieux pub anglais et d’Ancien Régime qui échappera toujours au foot. Un divertissement barbare destiné à de jeunes mâles raffinés. Sauf dans le Sud-Ouest (mais pas que), miracle des greffes heureuses, où le rugby est venu trouver un emploi improbable à des morphologies hasardeuses sorties d’un peuple millénaire.

Le football simplifie tout, les règles y sont immuables, le ballon rebondit bêtement. Le rugby complique tout, les règles changent d’une année à l’autre, le ballon est malicieux, les rebonds capricieux et il n’y a qu’un arrière, alors qu’au football, il y en a parfois onze. Oui, décidément, le rugby est un mystère, comme la conduite à gauche et les verbes irréguliers. Avec la professionnalisation, on a pu craindre que la distinction fondamentale entre football et rugby allait tomber, elle qui se résumait à la querelle des Amateurs et des Professionnels, avec des Nicolas Boileau partisans de la gratuité, celle du geste en tout cas, et des Charles Perrault promoteurs du salariat doré et des pétrodollars du Golfe. À ce jeu-là, les Modernes battent toujours les Anciens. On a ainsi « footbalisé » le rugby. C’était sûrement inéluctable. Sans l’argent du professionnalisme, le rugby menaçait de se transformer en sport muséal et en survivance féodale, une sorte de soule moderne réservée aux archéologues, aux étudiants d’Oxford ou de Cambridge et aux derniers laboureurs. En deçà d’une masse critique, toute chose est vouée à rejoindre le long cortège des espèces et des coutumes disparues.

La mêlée, matrice du rugby et foyer du peuple

Mais l’exception culturelle rugbystique – villageoise et universitaire – a survécu. Le sport-terroir et le Racing Club, les aristos et le populo, les sangliers des champs et les biches du château. Car le rugby est d’abord et avant tout un sport collectif et communautaire, peut-être même le seul. Songeons seulement à la mêlée, matrice et foyer du rugby, par quoi ce sport se distingue de tous les autres et donne cette impression unique de faire corps tous ensemble. Tous pour un, un pour tous.

Sûrement ne reverra-t-on plus des Michel Crauste, dit le Mongol lourdais, des Amédée Domenech, surnommé le Duc briviste, des Walter Spanghero (prononcer Oualtèreuh), alias l’Homme de fer, ou des Jacques Fouroux, appelé le Petit Caporal, un vrai Bonaparte celui-là, du haut de son mètre soixante. Ce monde est perdu, tout comme l’esprit potache des joueurs du Racing Club de France à qui il arrivait de porter un nœud papillon pendant les matchs et des caleçons rayés lors de troisièmes mi-temps qui s’achevaient à l’aube avec des tripoux géants et des danseuses de cabaret. C’est fini. Mais on pardonnera beaucoup au rugby s’il continue de nous donner des Antoine Dupont et des Baptiste Couilloud, funambules ondoyants et crocheteurs virevoltants qui ont illuminé notre week-end pendant que la racaille footballistique l’enténébrait.

Tribune reprise de revue-elements.com

À quand l’interdiction de Donald Trump et de Renaud Camus ?

Du bon et du mauvais usage des amalgames. Un meurtre de masse à Buffalo commis par un suprémaciste, c’est la faute à Renaud Camus. Un attentat islamiste à Paris, c’est la faute à personne.
Découvrez la retranscription de cette chronique radio de François Bousquet.

Aujourd’hui, je voudrais vous entretenir d’une substance médicale active : les amalgames. Les amalgames, c’est un peu comme le cholestérol, les champignons, les démocrates, les z’humoristes et les cucurbitacées : il y a les bons et les mauvais. Les bons fleurissent à gauche, les mauvais flétrissent à droite. Les premiers sont autorisés par la police de la pensée et les services d’hygiène, les seconds sévèrement traqués. Exemple : quand un suprémaciste blanc massacre dix personnes à Buffalo, comme ce week-end, nul dans les médias centraux ne lui trouve l’air d’un déséquilibré, c’est à peine un loup solitaire. Dans tous les cas, il n’a pu agir seul : il y a derrière lui l’idéologie du privilège blanc et du Grand Remplacement. En gros, ce sont Donald Trump et Renaud Camus qui l’ont armé. Voilà pour Buffalo. Pour Charlie Hebdo ou le Bataclan, les choses se présentent sous un jour radicalement différent. Impossible de se risquer à dire qu’il y a derrière les frères Kouachi ou Salah Abdeslam une idéologie, l’islamisme, quand bien même ils la récitaient à chacune de leurs exécutions. Comme on voit, l’amalgame est à sens unique, à l’instar de la pensée du même nom.

Les effets indésirables du « Padamalgam »

En 2015, des internautes facétieux s’étaient amusés à transformer ce mantra du politiquement correct en mème, le « Padamalgam », en un seul mot, inscrit comme sur une boîte de médicament. Comme ils avaient raison ! Le « Padamalgam », en un seul mot, est un médicament générique fabriqué par l’industrie du gauchisme institutionnel. Il appartient à la classe des analgésiques et des anesthésiques. Il est prescrit par les autorités après chaque attentat islamiste sous forme de crème ou de gélule. On parle en haut lieu de l’administrer bientôt sous forme de vaccin. Le médicament est très efficace, mais sa notice comporte quelques contre-indications. On ne le prescrit que dans des cas bien identifiés. Il est ainsi vivement déconseillé aux femmes enceintes de suprémacistes blancs et aux racistes en bas âge. Car ici, les effets indésirables du Padamalgam produisent leur antithèse comme dans la dialectique de Hegel : l’amalgamisme généralisé. C’est à peu près la façon dont la gauche se représente la droite.

La gauche fait irrésistiblement penser au mot que l’on prête indûment à Louis Veuillot, un polémiste ultramontain du XIXe siècle qui savait écrire, mais que Victor Hugo a étrillé pour l’éternité : « J’exige la liberté au nom de vos principes, je vous la refuse au nom des miens. » Bref, elle voit la paille dans l’œil de la droite, mais pas la poutre dans le sien.

Les jours pairs, la gauche défile en scandant : « Tous unis contre la haine ! » Avec des variantes : « Sachons faire preuve de retenue et de discernement ! » ou « Attention pas de récupération politique ! » ou « Ils n’auront pas ma haine ! » Mais la haine est pareille aux champignons et au cholestérol : elle est ambivalente.

N’avez pas peur de faire le jeu de l’extrême droite ?

C’est ainsi que, les jours impairs, les docteurs Jekyll du padamalgamisme se métamorphosent en M. Hyde de l’amalgamisme. Dans leur boîte à outils conceptuelle, ils ont même une théorie suprêmement amalgamiste : la théorie du climat, non pas celle de Montesquieu qui postulait que le climat prédéterminait les mœurs, mais celle qui présume que Trump, Le Pen, Zemmour ou Camus entretiennent un climat nauséabond, haineux, climatotoxique qui entraîne le passage à l’acte – chez les fascistes, pas les islamistes. Hémiplégique, la théorie du climat n’est active qu’au niveau de l’hémisphère droit du cerveau reptilien, pas le gauche. Prenez une proposition comme la reductio ad Hitlerum : eh bien elle est climatiquement recevable, en revanche la reductio ad islamistum est climatiquement erronée.

L’essentialisation ou les généralisations procèdent de la même manière. Elles sont toujours orientées. La récupération aussi : vertueusement condamnée quand elle conduit à dire qu’il y a des terroristes parmi les migrants ou des immigrés parmi les délinquants ; exploitée sans vergogne pour accabler Renaud Camus d’on ne sait quel dérapage. D’ailleurs seule la droite dérape. La gauche ne dérape pas, elle glisse, comme l’avion de Joe Biden, baptisé Air Force One. Il a de la chance : celui de Poutine répond au doux nom d’« avion de l’apocalypse ». Ou comme les journalistes qui vous demandent si vous n’avez pas peur de faire le jeu de l’extrême droite ? Les avez-vous jamais entendus vous demander si vous n’aviez pas peur de faire le jeu de l’extrême gauche ?

Renaud Camus n’étant ni un terroriste ni un humoriste de gauche, il n’a évidemment droit à aucune mansuétude. Dès qu’il y a un meurtre de masse raciste, on lui jette au visage son Grand Remplacement, qui, bizarrement, n’est jamais classé dans le rayon des livres de paix et d’amour. Non, non. C’est une sorte de supplément aux Protocoles des Sages de Sion, à la fois un faux, un complot et un fléau. À la limite, Renaud Camus n’est même pas un écrivain, c’est un marchand d’armes automatiques, expert en balistique, pas en stylistique. La vente de ses livres s’apparente à la vente libre d’armes à feu. C’est la raison pour laquelle Amazon les déréférence aussi souvent. Jeff Bezos ne veut pas être complice de crimes de haine.

Criminaliser la notion de Grand Remplacement

L’objectif est clair : il s’agit de criminaliser la notion de Grand Remplacement. La preuve : elle tue. Au fond, c’est une arme à feu. Quand les censeurs l’auront suffisamment martelé, il leur sera facile de faire interdire le livre. Alors, c’est l’expression elle-même de Grand Remplacement qui sera grand-remplacée. Elle n’aura plus droit de citation, sinon pour comparaître devant un tribunal. Autrement dit, le Système, non content d’imposer le Grand Remplacement, interdira à l’avenir jusqu’à la possibilité de l’évoquer. C’est ce vers quoi on se dirige.

Curieux monde. Dans la vie de tous les jours, tout est conçu pour les droitiers. Vous avez dû le remarquer si vous êtes gaucher. La souris de l’ordinateur est à droite, les poignées de fenêtre à droite, les fermetures éclair d’anorak, les cahiers à spirale, l’écriture, les ciseaux, les ouvre-boîtes, tout a été conçu pour les droitiers. Quelqu’un qui a les deux mains est d’ailleurs significativement ambidextre, pas ambisenestre. C’est dire la prédominance de la main droite dans le monde pratique, fonctionnel, physique qui nous entoure.

Le monde des idées, c’est l’inverse : lui, il est gaucho-centré. Tous ses outils idéologiques, intellectuels, rhétoriques, médiatiques sont unidirectionnellement orientés à gauche. Ses fermetures éclair s’enfilent toujours à gauche, ses ouvre-boîtes idéologiques ne fonctionnent qu’à gauche, sa langue se lit de la droite vers la gauche, le véritable sens de l’histoire.

Bref, on vit dans un monde de droitiers fonctionnels dominé par les gauchistes idéologiques. On se croirait presque dans un sketch de Raymond Devos. Le pire du pire, dans ce monde, c’est d’être un gaucher qui vote à droite. Sa vie devient une course à handicap. Il y en a forcément un qui m’écoute. C’est, lui, le vrai martyr de notre temps.

Tribune reprise de revue-elements.com

Les « deux minutes de la haine » contre les Russes, c’est H24

cathedrale russe

Pourquoi tant de haine contre les Russes ? Poutine, on comprend parce qu’il faut bien un coupable, mais pourquoi les Russes dans leur globalité font-ils l’objet d’une telle détestation ? La chronique de François Bousquet sur les ondes de Radio Courtoisie.

Connaissez-vous Pavlov, le génial Ivan Petrovitch Pavlov (1849-1936) ? Le type même du savant russe : à barbe épaisse pleine de miettes, avec un air de pope à la Dostoïevski et de révolutionnaire endimanché. Très beau, très digne, très 1900. Les Russes qui réussissent dans la vie ont tendance à laisser leur nom associé à l’invention qui les a rendus célèbres : Kalachnikov et son fusil d’assaut, Tupolev qui fait voler les mammouths avec ses gros porteurs, Stakhanov, infatigable marathonien des cadences infernales, Molotov et son cocktail vodka-allumettes-étincelles. Eh bien, c’est le cas d’Ivan Petrovitch Pavlov. De toute évidence, il devait préférer les chiens aux hommes. Ce n’est pas moi qui irait le lui reprocher. Le meilleur dans l’homme, c’est le chien, disait le merveilleux Alexandre Vialatte. Toujours est-il que c’est sur les chiens que Pavlov a exercé ses dons d’observation, qui étaient hors pair et qui lui ont valu le Nobel de physiologie en 1904. C’est lui qui a découvert les réflexes conditionnés chez le chien. Le chien salive d’abord à l’apparition des croquettes, ensuite il salive par anticipation à l’apparition des croquettes, enfin il salive toujours même quand il n’y a plus de croquettes. La russophobie est faite de la même matière. Sa fonction gastrique est similaire à celle du chien. Ses croquettes ? La haine du monde russe, le wokisme anti-slave, la poutinophobie délirante. À la vue d’un Russe, la glande salivaire du russophobe le pousse à aboyer ; et il ne fait plus que cela, aboyer, aboyer, même quand il n’y a plus lieu d’aboyer !

La liste noire de la culture russe

Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais c’est fascinant ce qui se passe dans les médias occidentaux depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie le 24 février dernier. C’est un festival belliqueux antirusse qui tourne en boucle comme un vieux 33-tours rayé. On se croirait plongé dans le 1984 de George Orwell. Dans sa dystopie, Orwell imagine qu’il y a chaque jour les « deux minutes de la haine », rituel quotidien de libération de tout ce qu’il y a de plus cradingue en nous. C’est à la fois un exutoire pour donner libre cours au refoulé, aux frustrations, au ressentiment accumulé, mais plus encore une forme de communion négative, d’orgie fédératrice, de socialisation par la désocialisation, comme dans les rituels avec des poupées vaudous mais qu’on épinglerait cette fois-ci sur des poupées russes.

Eh bien ces « deux minutes de la haine », c’est désormais H24. C’est à qui ira le plus loin dans la russo-satanisation. Tout ce qui est communément interdit est ici encouragé, recommandé, prescrit. Et assurément les Russes n’ont pas droit aux égards que l’on réserve ordinairement aux djihadistes, aux fous d’Allah et aux égorgeurs enturbannés. Vous n’aurez pas ma haine ! Ah, tu parles ! Eh bien, si, vous l’aurez et vous l’aurez avec toutes les options et toutes les variétés. Pas d’amalgames ! Oh que si ! Pas d’essentialisation ! La bonne blague ! Pas d’incitation au racisme ! Que nenni ! Facebook, la plus grosse plateforme de censure mondiale, n’a-t-elle pas décidé de modifier temporairement ses sacro-saintes règles d’utilisation pour autoriser l’appel à la haine des Russes. Tout à l’avenant. Quand ce n’est pas Tolstoï qui est banni, c’est Tchaïkovski qui est déprogrammé, Dostoïevski exclu, Russia Today et Sputnik débranchés, le Bolchoï mis sous embargo, et je ne parle pas de la Fifa et des fédérations d’athlétisme qui appellent au boycott de tout ce qui est russe de près ou de loin, jusqu’aux chats russes qui n’ont rien demandé et que la Fédération internationale féline a banni de ses concours. Et même l’Eurovision, qui a éjecté la Russie. On ne verra donc pas les Pussy Riot gagner le concours ; et ça, c’est plutôt une bonne nouvelle pour l’art lyrique russe.

Tuez tous les Russes, Dieu reconnaîtra les siens !

Quant à Poutine, n’en parlons pas. C’est la synthèse d’Adolf Hitler, de Gengis Kahn, de Dracula et d’Ivan le Terrible. Même Saddam Hussein n’a pas eu droit à un pareil traitement médiatique. Il fait vraiment l’unanimité contre lui. Or, l’unanimité signale toujours un dysfonctionnement majeur dans le régime des libertés. De ce point de vue, la France ne vaut pas mieux que la Russie – et encore en Russie, il s’est trouvé une journaliste pour brandir pendant le JT du TF1 local un panneau anti-guerre. Elle risque gros, j’en conviens. Mais on n’a rien vu de tel en France. Je connais bien les journalistes, j’en suis un. Les journalistes adorent les méchants, ça leur permet de s’habiller en justicier, mais c’est pour sonner l’hallali et achever la bête. Le vocabulaire de la vènerie est riche d’enseignement. La meute, la curée, le chenil. C’est Pavlov qui serait content. Et tout ça aboie en chœur, sans couac. En général, il y a un couac. Cette fois-ci, aucun. Fascinant, je le redis. L’unanimité règne à Paris comme l’ordre régnait hier à Varsovie et aujourd’hui à Kiev.

La cancel culture triomphe même ici, dans un univers qu’elle avait jusque-là relativement épargné, la géopolitique, les relations internationales. La Russie est « cancellisée », effacée, niée, avec une fureur iconoclaste digne des guerres de religion. Et c’est bien une guerre de religion qui est aujourd’hui menée, du moins en présente-t-elle tous les traits, à commencer par le premier et le plus caractéristique d’entre eux : le châtiment collectif, l’éradication définitive de l’ennemi. Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens !

Dans l’ancien ordre du monde, classique, civilisé, qui a prévalu en Europe jusqu’au début du XXe siècle, il n’y avait pas de punition collective. Au Congrès de Vienne, en 1815, c’est Napoléon qui est châtié, pas la France ni les Français. Selon le grand juriste allemand Carl Schmitt, le principal mérite de cette conception du droit international est d’avoir permis d’écarter la doctrine médiévale de « la guerre juste » qui fait de l’ennemi un « criminel » et un « barbare » à éliminer, et non un adversaire avec lequel on pouvait conclure une paix. Alors oui, les Russes auront toute notre haine, mais pas d’amalgame surtout !

Tribune reprise de Revue Elément

Y a-t-il un « privilège blanc » en France ? François Bousquet et Louis-Georges Tin face à face [vidéo]

François Bousquet

25/11/2021 – FRANCE (NOVOpress)
«Wokisme», «cancel culture», «racisé»… Petit à petit, le débat français s’imprègne d’une nouvelle nomenclature progressiste importée des campus américains. Autre terme à succès brandi par les militants antiracistes et décoloniaux: le «privilège blanc». Entendre par là, l’ensemble des avantages dont bénéficieraient en France les personnes blanches au détriment des «racisés».

Ce nouveau concept peut-il «éveiller» aux inégalités raciales un public français «endormi»? Ou conduira-t-il à une radicalisation dangereuse des rapports sociaux en France? Pour faire le point, Sputnik donne la parole à deux intellectuels en désaccord: Louis-Georges Tin, ancien président du CRAN (Conseil représentatif des associations noires de France), et François Bousquet.


François Bousquet – Privilège blanc : qui veut la peau des Européens ? [vidéo]

Privilège blanc

15/10/2021 – FRANCE (NOVOpress)
Privilège blanc, racisme systémique, appropriation culturelle, micro-agressions… Voilà quelques-uns des concepts à la mode qui submergent les Etats-Unis et l’Europe depuis plusieurs mois. Que cachent-ils ? Un projet d’effacement de nos peuples et de nos cultures, avec une « chasse au Blanc » désormais ouvertement revendiquée. Pour le comprendre, il faut se plonger dans cette pensée « décoloniale ». C’est à cela que s’attelle avec une grande clarté l’ouvrage de Georges Guiscard « Le privilège blanc – Qui veut faire la peau aux Européens ? » publié par l’Institut Iliade.

Outre de multiples contre-vérités, ce qui est démasqué est une idéologie de nature religieuse, le « wokisme » et ses prophètes, ses martyrs (saint George Floyd), ses dogmes, ses excommunications. Une idéologie pleine de ressentiment qu’appuie, pour diverses raisons, une partie croissante de l’élite occidentale. Face à l’offensive dont ils sont la cible, aux Européens de réaffirmer avec fierté leur héritage.


Génération identitaire : la solution, pas la dissolution, par François Bousquet

Génération identitaire

Gérald Darmanin est un homme émotif – et pressé. Le 26 janvier, il se disait « scandalisé » par les opérations anti-migrants de Génération identitaire dans les Alpes et les Pyrénées. Le pauvre d’homme ! Tartuffe s’est toujours scandalisé d’un rien, c’est même à cela qu’on reconnaît le personnage de Molière. Très bien ! Mais un ministre de l’Intérieur, voilà qui ne laisse pas se surprendre. On attendrait d’un tel homme, « premier flic de France », qu’il se scandalise plutôt du flot de migrants qui font des selfies en passant nos frontières. Ça n’est apparemment pas le cas : les passeurs de migrants ont droit à tous les égards médiatiques. Les sentinelles symboliques au contraire qui veillent à nos frontières sont le seul danger. Ainsi ce 26 janvier Darmanin annonçait-il manu policiari, fort de ses pouvoirs de censure administrative, qu’il n’hésiterait pas à dissoudre Génération identitaire. Quinze jours plus tard, le 12 février, ses services, inhabituellement diligents et efficaces, lançaient la procédure de dissolution du mouvement.

Si jamais le ministre de l’Intérieur devait parvenir à ses fins, ce n’est pas seulement Génération identitaire qui serait dissoute, mais bel et bien notre identité. Car c’est de cela qu’il s’agit. La dissolution, c’est ce qui nous menace tous : dissolution de la France, dissolution de l’Europe, dissolution de notre être même. Ainsi l’exigerait le destin liquide des identités solides. La dissolution, c’est l’épée de Damoclès suspendue sur tous les courants identitaires. Interdit de revendiquer une identité autre que celle de l’état civil. Nouvel avatar de la « cancel culture », cette fois-ci portée au plus niveau de l’État : nous effacer, nous bannir, nous dissoudre dans le Grand Tout diversitaire.

Nous ou les « z’autres » ?

Pourquoi frapper Génération identitaire ? Parce que c’est frapper l’identité au cœur. Génération identitaire s’est imposée depuis des années comme l’organisation la plus dynamique, la plus structurée, la plus imaginative, la seule susceptible de rivaliser en termes d’efficacité avec nos adversaires, dans la défense de nos identités menacées. L’attaquer, c’est attaquer notre avant-garde militante ; c’est accélérer le mouvement de dissolution. La dissolution est un processus physico-historique par lequel une identité millénaire incorporée dans un solvant républicain doit se transformer en une formule hybride, schizo et sans-frontiériste. Tel est le devenir français et européen, à ce qu’il semble, selon notre ministre.

Alors, Darmanin pire que Castaner ? Castaner, le « Kéké de la République », prédécesseur de Darmanin place Beauvau, s’était contenté d’assurer que les manifestations « indigénistes » contre le racisme et les violences policières ne seraient pas sanctionnées, Darmanin fait mieux. Lui, il sanctionnera les indigènes que nous sommes et les organisations qui les défendent. Nous ou les « z’autres » ? Les z’autres ! La République a choisi son camp.

Darmanin a beaucoup à se faire pardonner. Carriériste furieux, certes comme la République en a toujours fabriqué treize à la douzaine, avec cependant chez lui une voracité si transparente qu’elle en devient gênante. C’est qu’il revient de loin. Le gaullisme, le bonapartisme, l’Action française, la Manif pour tous : c’est tout son passé-passif qu’il est en train de liquider. Quand un homme trahit à ce point, il éprouve toujours le besoin d’en effacer les traces.

Comment ne défendrait-on pas Génération identitaire ? Génération identitaire, c’est nous, c’est nos enfants. Intergénération identitaire !

François Bousquet

Texte repris du site Revue-elements.com

François Bousquet : « La peur du Covid règne alors que sa létalité est dérisoire… On ne veut pas mourir »

À l’occasion de la publication de son livre écrit pendant la période de confinement : Biopolitique du coronavirus. Télétravail, famille, patrie, François Bousquet revient sur le rapport à la mort dans notre société moderne, dans le contexte de la crise sanitaire.

Vous publiez Biopolitique du coronavirus aux Éditions La Nouvelle Librairie. Que trouve-t-on, dans ce livre ?

Ce livre a été écrit pendant le confinement, mais ce n’est pas un livre sur le confinement personnel. C’est un livre sur la biopolitique. Pourquoi la biopolitique ? Parce qu’aucune société n’a conféré une telle valeur à la vie humaine. On l’a confinée pour la protéger, la prolonger et pour essayer de maintenir cette espérance de vie. En France, les hommes vivent 79 ans et les femmes 85 ans, en moyenne. Le rêve de chacun de nous est d’atteindre ces 79 ans pour les hommes et ces 85 ans pour les femmes. C’est le paradoxe de l’avare. L’avare n’est riche qu’à la mesure de sa pauvreté. Il est riche parce qu’il mène une vie de pauvre. Nous avons des espérances de vie inédites dans l’histoire de l’humanité parce que nous vivons avec beaucoup moins d’intensité. C’est cela, la biopolitique.

L’invitée surprise de cette crise du Covid-19 est la mort. Notre société postmoderne l’avait complètement oubliée ou s’était acharnée à la nier. Elle est finalement revenue à la première place dans nos existences. Peut-on dire que c’est plutôt une bonne nouvelle ?

Oui et non. Oui, elle est certes revenue, mais c’est un virus à très faible létalité. Ce virus est furtif. Ce n’est ni la peste ni le choléra ni la lèpre. Ce virus tue, mais tue faiblement. La mort est réapparue furtivement pendant le plateau de l’épidémie, lorsque les hôpitaux étaient engorgés et lorsque les familles avaient interdiction d’assister au décès de leurs proches. On retrouvait de vieux réflexes, notamment la disparition des rites funéraires dans les grands épisodes de peste.
La mort est-elle réellement revenue dans notre société ? Le fantasme de notre société postmoderne est la surhumanité, c’est la santé parfaite, c’est « la mort de la mort », pour parler comme Laurent Alexandre. Oui, elle a été heurtée, mais à la marge. Notre hantise de la mort nous a poussés à nous confiner. Je ne suis pas certain que la mort réapparaisse.
Sachez qu’au XIXe siècle, un tiers des gens mourrait après 60 ans et les deux tiers des gens mouraient en bas âge, à 20 ans, à 30 ans, d’accident. Aujourd’hui, 80 % des gens meurent après 70 ans. Aucun d’entre nous ne voit la mort avant 50 ans. Nous voyons la mort parce qu’un de nos proches est mort. Et encore, on voit le mort maquillé. On ne voit pas le mort au moment où il meurt.

Avec les différentes mesures sanitaires, on a le choix entre mourir libre et vivre prisonnier, comme s’il fallait abdiquer de notre liberté pour vivre un peu plus longtemps.

Je n’ai rien à ajouter à vos propos, sauf que les Français ne sont pas d’accord avec vous. Ils sont majoritairement pour le confinement. J’ai même tendance à penser qu’ils ont demandé le confinement aux politiques. La peur règne dans la population, mais pas chez moi et chez vous. Le rapport au Covid est très curieux. Les jeunes ont moins peur que les vieux, les hommes que les femmes et les gens de droite que les gens de gauche. Voilà ce que montrent les sondages.
Pour autant, il y a quand même une majorité écrasante de gens qui ont peur du Covid. Allez comprendre pourquoi ! Alors que sa létalité est dérisoire. Il tue beaucoup moins que l’obésité ou qu’une quantité d’autres choses. Tout le monde a peur. Le pouvoir a peur. La biopolitique, c’est l’impératif, c’est le rêve et le mirage que nous vend la société moderne et postmoderne. La mort n’existe pas. On va repousser de plus en plus loin l’échéance, le moment où nous allons les uns après les autres mourir. On ne veut pas mourir…

Que dire à ceux qui ont perdu des proches de cette maladie ? Les mots que vous prononcez ne vont-ils pas heurter ces gens ?

Je n’ai pas perdu de famille du coronavirus. En revanche, des proches en sont morts. De fait, ils étaient presque tous très âgés. Ils avaient au-delà de 80 ans. Le Covid leur a pris dix ans de leur vie. Au lieu de mourir à 79 ans comme la société hygiénique et médicale le leur promet, ils sont morts à 70 ans pour l’un d’entre eux. Ce virus tue faiblement.

Tribune reprise de Boulevard Voltaire

Coronavirus : télétravail, famille, patrie ?, par Jean-Yves Le Gallou

Le dernier livre de François Bousquet – Biopolitique du coronavirus : télétravail, famille, patrie – est à lire. Ne serait-ce que pour méditer sur l’impact de la maladie sur l’opinion.
Le livre, qui reprend les billets parus au fil de l’épidémie sur le blog d’Eléments, suit la chronologie des événements et décrit la versatilité des gouvernants et des médias.

Comme à l’époque de la Grande peste (selon La Grande peur en occident de Delumeau), les responsables politiques et le clergé (médiatique aujourd’hui !) sont passés du déni à la prise de conscience et de la prise de conscience à l’hystérie. Avec toujours un décalage temporel entre les faits et les réponses qui leurs sont apportés. Sans que l’occident progressiste soit beaucoup plus efficace que le « sombre Moyen Âge », décrit avec un brin de condescendance par Delumeau en bon historien… progressiste.
L’analyse de Bousquet évolue aussi au cours du temps. À certains égards, l’épidémie est présentée initialement comme une « divine surprise » percutant de plein fouet la mondialisation et le sans-frontiérisme. Et conduisant les hommes et les femmes à se retrouver dans un cadre plus local et plus familial. D’où le titre !

Le Covid ? Un rêve pour décroissant ?

Pourtant, très vite, Bousquet va déchanter. Finalement, le coronavirus sert bien les intérêts des très grandes multinationales : grandes surfaces commerciales, GAFA, vendeurs par internet. Certains gros prospèrent, beaucoup de petits souffrent.

C’est la stratégie du choc qui prévaut : le coronavirus va permettre une mise en place d’un contrôle social accru, allant jusqu’au traçage numérique en attendant l’obligation de vaccination. Big Pharma et Big GAFA sont aux aguets. C’est la mise en œuvre de la biopolitique chère à Michel Foucault dont Bousquet est le décrypteur talentueux.

La comédie des masques illustre aussi l’extraordinaire efficacité de la propagande gouvernementale quand elle est relayée avec une discipline nord-coréenne par les médias.
Interdits en mars (lorsqu’ils auraient pu être utiles), les masques sont obligatoires à peu près partout, y compris dans les espaces ouverts et les entreprises, en août (au moment où l’épidémie est en phase résiduelle). Cherchez l’erreur !
Et cela sans que l’opinion ne se rebiffe. Un cas d’école de domestication. Des populations de souche européenne en tout cas, le pouvoir se gardant bien de faire appliquer ces règles dans les quartiers de l’immigration ; dans le silence des médias sur ce deux poids, deux mesures.

Cette recension n’est qu’un court aperçu d’un livre plein de fulgurances et de formules flamboyantes. Bref c’est du Bousquet. À lire absolument.

Biopolitique du coronavirus : télétravail, famille, patrie, François Bousquet, La Nouvelle Librairie, 14,90 €

Jean-Yves Le Gallou

Texte repris du site Polémia

Agression à Toulouse – François Bousquet : « Les antifas bénéficient d’un sentiment d’impunité et d’une complicité des médias »

14/02/2020 – FRANCE (NOVOpress)
À Toulouse, ce 12 février, des dizaines de militants d’extrême gauche particulièrement violents ont tenté d’empêcher la tenue d’une conférence de François Bousquet et Robert Ménard, le maire de Béziers. Les antifas ont jeté des projectiles vers la salle et sur le service d’ordre qui devait sécuriser cet événement.

Au micro de Boulevard Voltaire, François Bousquet revient sur cette scène « surréaliste et impressionnante ».


Courage, lâchetés : « ceux qui entrent dans le système n’en ressortent pas », selon François Bousquet

22/10/2019 – FRANCE (NOVOpress)
Un demi-siècle de défaites et de renoncements : c’est le bilan accablant de la droite française selon François Bousquet. « Sans courage, nous sommes morts à échéance 2050 », dit-il, et c’est avec l’éthique que la droite française doit en premier lieu renouer.

Rédacteur en chef adjoint de la revue Eléments et gérant de La Nouvelle Librarie, François Bousquet vient du publier le manifeste « Courage, manuel de guérilla culturelle », véritable plongée dans l’engagement culturel et politique.


Mardi 2 octobre à Paris : Conférence de Michel Geoffroy sur « La stratégie du chaos »

01/10/2018 – FRANCE (NOVOpress)
Ce Mardi 2 octobre, la fondation Polémia organise une conférence de Michel Geoffroy sur le thème de la « stratégie du chaos ».

Michel Geoffroy est l’auteur de l’ouvrage « La Super-classe mondiale contre les peuples », paru en 2018 aux Éditions Via Romana. À l’occasion de cette conférence, il expliquera ce qu’est, selon lui, la « stratégie du chaos », l’arme de la super-classe mondiale. Il analysera en détail les différents mécanismes de domination mis en place par cette super-classe afin de diriger le monde dans l’ombre.

Cet événement sera animé par François Bousquet, rédacteur en chef de la revue Éléments. Il aura lieu le 2 octobre à 20 heures, au 8 rue d’Athènes Paris IX. Le prix de l’entrée est de 10 €.

Il est possible de s’inscrire en ligne.


François Bousquet : « Le conservatisme a le vent en poupe… mais pour conserver quoi ? C’est le débat ! »

27/11/2017 – FRANCE (NOVOpress)
Le nouveau numéro d’Éléments est en kiosque. Entretien avec son rédacteur en chef, François Bousquet.

Éléments n’est pas spécialement connu pour être un magazine conservateur (ce qui ne fait certes pas de vous des progressistes). Pour autant, pourquoi avoir consacré un dossier à « la Nouvelle Vague du conservatisme » ?

L’actualité, spécialement le très riche Dictionnaire du conservatisme qui vient de paraître aux Éditions du Cerf et qui a été dirigé par les professeurs Christophe Boutin, Olivier Dard et Frédéric Rouvillois, avec lesquels nous avons mené un long entretien. La France a eu une tradition conservatrice longtemps vivace – Chateaubriand, Tocqueville, Constant, etc. –, mais elle s’est subitement asséchée après l’échec de la droite aux élections législatives de 1885. Une éclipse d’un siècle et plus, durant laquelle il était admis que le conservatisme était un (gros) mot qui commençait mal, sans que l’on sache très bien où il finissait. Et le conservateur, un vieux monsieur falot à redingote sorti d’une lithographie du XIXe siècle. Songez qu’une famille de pensée comme celle de l’Action française ne s’est jamais définie comme conservatrice. Les choses sont cependant en train d’évoluer. Le conservatisme a le vent en poupe, poussé par des vents frondeurs, et il a des titres à faire valoir dans un monde guéri des illusions du progrès. Une nouvelle génération d’essayistes – Mathieu Bock-Côté, que nous interviewons, en est sûrement le représentant le plus emblématique – s’efforce de l’appréhender sous un jour nouveau. Son heure aurait-elle sonné ? Emmanuel Macron a divisé le monde en deux : il y a lui, champion du progressisme… et les autres, ce qui peut faire au final beaucoup de conservateurs. Mais pour conserver quoi ? C’est le débat que la rédaction d’Éléments a choisi d’ouvrir. La difficulté, c’est que les conservateurs ont toujours été partagés en deux : les libéraux et les antilibéraux, les modérés et les réactionnaires.

Qu’est-ce qui différencie tout ce beau monde ?

Comme nous le dit Christophe Boutin, le conservateur est un traître aux yeux du réactionnaire ; et le réactionnaire, un boulet à ceux du conservateur. Vous conviendrez qu’il est difficile de les assortir. Plus largement, comment concilier – et c’est tout l’enjeu des stratégies électorales futures – les conservateurs et les populistes, sachant que les premiers ont tendance à jouer les élites contre le peuple et les seconds le peuple contre les élites ? Et que dire des conservateurs et des libéraux ? Les premiers s’en tiennent à la règle prudentielle dès lors qu’il s’agit de remettre en cause l’ordre naturel des choses (en gros, le principe de précaution) là où les seconds voient une entrave à la liberté d’entreprendre. On voit qu’il y a du travail.

Pourquoi avoir mis en couverture l’écrivain américain Matthew Crawford ? Est-il si connu que ça du public français ?

C’est un risque calculé. Si le visage de Matthew Crawford n’est pas forcément connu, du moins connaît-on ses livres. Son Éloge du carburateur s’est vendu à 25.000 exemplaires en France et à 250.000 aux États-Unis. C’est un philosophe à l’écriture limpide, qui réhabilite le travail manuel. Chez lui, cette réhabilitation passe par l’amour immodéré des motos et des carburateurs – il n’est pas états-unien pour rien et on sait combien les « road trips » ont façonné l’imaginaire américain. Dans ces livres, il nous rappelle que le travail manuel nous aide à renouer avec la matérialité du monde, à nous réapproprier notre univers environnant, à nous extraire de la digitalisation forcée à laquelle nous condamne la société numérique. Que vaut-il mieux ? Le monde sensible, familier, tangible, de nos proches, ou celui, pixélisé et dématérialisé, des réseaux sociaux, régi par des algorithmes qui orientent nos choix de consommation ? C’est comme si nous étions plongés dans le monde irréel du Truman Show, le film de Peter Weir avec Jim Carrey, mis sous cloche par les géants du Net qui scrutent nos vies à partir des traces électroniques que nous laissons, pour ensuite vendre notre temps de cerveau disponible.

Jamais Matthew Crawford ne s’était autant livré, du moins à la presse francophone. Ce qui n’est pas une mince satisfaction pour nous. Il est en train de faire à la presse cultureuse, celle du gauchisme chic – Libé, Les Inrock,Télérama –, le même vilain tour que Houellebecq lui avait naguère joué. Elle le croyait de gauche, mais de toute évidence Crawford n’appartient pas à la famille. Cela ne fait peut-être pas de lui un homme de droite, encore que, car comme le disait Michel Audiard, c’est la gauche qui nous rend de droite !

Parlez-nous de cette « artiste » que vous avez dénichée et qui s’injecte dans les veines du sang de cheval ? C’est la dernière lubie de l’art contemporain ?

Vous pouvez le dire. Marion Laval-Jeantet, bio-artiste de son état et maître de conférence à l’université Paris I (excusez du peu), s’injecte dans le sang des doses d’hémoglobine et de plasma de cheval. Pourquoi ? Accrochez-vous : pour faire l’expérience de la « chevalinité ». Diantre ! Cela s’appelle le « body art », l’art corporel. Il donne lieu à toute une série d’âneries, cela dit sans offenser nos frères animaux, même s’il n’y a rien, ici, de franciscain. C’est, au contraire, une nouvelle étape dans le processus de déconstruction et de déshumanisation en cours. Après avoir déconstruit les peuples (l’antiracisme), les sexes (réduits à l’état de genres arbitraires et construits), les déconstructeurs s’attaquent désormais aux espèces vivantes. Cette avant-garde sévit aujourd’hui à l’École normale supérieure, temple du savoir et laboratoire du futur, sous la forme d’un séminaire « Hybridations, mutations, contaminations. Philosophie du non-humain ». Tout est dit dans l’intitulé, sauf l’idéologie qui se cache derrière : l’antispécisme, laquelle nie la différence des espèces et traque toutes les formes de discrimination anti-animale (sic). Son objectif ? Élargir les droits à l’ensemble des vivants non humains. Nous, les hommes, avons du souci à se faire.

Texte repris du site Boulevard Voltaire