François-Bernard Huyghe : “Il y a un retour de la censure !”

29/11/2019 – FRANCE (NOVOpress)
François-Bernard Huyghe, politologue, essayiste français et auteur du livre “L’art de la guerre idéologique” (ed du Cerf) était l’invité d’André Bercoff sur Sud Radio.

Les actions des mouvements extrêmes, comme ceux des étudiants vegans qui refusent de s’asseoir dans une pièce où il y a un tableau de chasse du XVIIème siècle, traduisent “un mépris de la liberté” pour Bernard-François Huyghe. “Mais, au-delà de ça, il y a un retour de la censure” qui vient “de la post-gauche” et répond à un modèle “américain où les étudiants, au nom de leur sensibilité, se donnent le droit d’interrompre des conférences ou des expositions“.

Ce qui est intéressant, c’est pas qu’on soit devenu hyper-moraux, c’est qu’on le fait au nom d’une sensibilité de ceux à qui une opinion inverse serait insupportable“, explique l’auteur qui estime qu’on “rétablit un peu la crime-pensée” aujourd’hui.

Il y a une “américanisation de la vie intellectuelle” actuellement en France et une indignation permanente à laquelle “les réseaux sociaux contribuent beaucoup en permettant à chacun d’être un petit Jean Moulin“. Il y a également un “éclatement idéologique“, “une spécialisation“. Or “moins on est structuré idéologiquement, moins on a une représentation complète, plus on a tendance à dénoncer violemment l’autre pour des crimes qui seraient spirituels“.


François-Bernard Huyghe : «Quand vous êtes sur place, vous ne pouvez pas confondre un black bloc avec un Gilet jaune»

18/03/2019 – FRANCE (NOVOpress)
RT France a diffusé un entretien avec François-Bernard Huyghe, directeur de recherche à l’IRIS.

Celui-ci analyse les causes des violences et dégradations ayant émaillé la mobilisation des Gilets jaunes du 16 mars.


Dans la tête des gilets jaunes, médias et hiérarchie des informations

En-dehors des récits des manifestations, de la répression massive (1800 arrestations, 9 mains arrachées, 4 énucléations, liste sous réserve d’inventaire), de certaines violences et des violences certaines , des réactions assez homogènes des médias dominants, peu a été écrit de manière ordonnée et scientifique sur les rapports des gilets jaunes à l’autorité, en particulier à l’autorité médiatique. Le livre Dans la tête des gilets jaunes de François-Bernard Huyghe (et alia) vient combler utilement un vide. Parcourons cet ouvrage juste paru chez VA éditeurs (Valeur Ajoutée, Média Group).

Rapport méfiance/humiliation

Quand Bernard Henri Lévy dans Le Point du 13 décembre 2018 parle de la « joie obscène » qu’éprouveraient Poutine ou Erdogan devant les manifestations des GJ, il invoque le nihilisme soit « une manière philosophique de dire que les manants sont méchants» ajoutent les auteurs. Méchants et méprisables. Car le mot qui revient en boucle c’est « mépris », On peut lire sur une pancarte « Baissez les prix et le mépris ».

Un article de Serge Raffy dans L’Obs du 1er décembre 2018 remarque que seulement 6600 personnes occupent les rond-points soit moins de 0,01% de la population, manière aimable de signifier : « circulez y’a rien à voir. ». Sur un plan plus global, l’opposition chère au Président Macron entre progressistes et populistes est soutenue par l’Union Européenne et « bien sûr par la majorité des rédactions ».

Mépris mais aussi méfiance en particulier vis à vis des médias qui sont deux fois perdants « Côté foules, on préfère les vérités alternatives révélées par ses semblables », on renverse les règles et « l’intrusion du gueux est le cauchemar du commentateur tout à l’idée de sa mission pédagogique ». Mission pédagogique est le mot, car le rôle du journaliste moyen (oui, il y a des exceptions) n’est plus d’informer mais d’éduquer. Et côté élites « on s’indigne que l’on tende un micro à n’importe qui ».

Complotisme mon beau souci

Quand Jean-Michel Aphatie « démasque » trois coupables dans le mouvement des JG, un complotiste, un putschiste, un extrémiste ou quand le ministre Mounir Mahjoubi dénonce sur France Inter le 24 décembre 2018 des « forces étrangères » qui influencent les GJ, ils ressuscitent à leur corps défendant une nouvelle théorie du complot.

Les auteurs se livrent à une analyse quantitative et qualitative de certains médias anglo-saxons (The Times) qui ont tenté de qualifier une influence étrangère sur les GJ et y ont ajouté leurs propres calculs à partir de onze médias français et plus d’un million et demi d’occurrences sur les réseaux sociaux qui leur sont liés. Résultat : zéro. « La tentation d’expliquer les gilets jaunes au travers du seul prisme de la guerre informationnelle et de la manipulation des réseaux sociaux par des acteurs étrangers paraît peu opérante ».

Retour du tragique

La conclusion ? Le conflit, cher à Héraclite (tout advient selon dispute et nécessité) revient. « La phase soft s’achève, la brillante alliance du libéralisme politico-économique et de la morale individualiste de compassion plus l’ouverture ont échoué. Le tragique déborde de la scène ». Les médias le comprendront ils ?

François-Bernard Huyghe, Xavier Desmaison, Damien Liccia, Dans la tête des gilets jaunes, 2019, VA éd, 128 pages, 14 €. Signalons à l’éditeur que certains graphiques sont si petits qu’ils en deviennent illisibles.

Article repris du site de l’OJIM

Fake news, complotisme… Pour François-Bernard Huyghe « Vous êtes bête ou méchant si vous ne pensez pas comme les élites»

06/02/2019 – FRANCE (NOVOpress)
Comment expliquer le succès des Gilets jaunes? Comme Emmanuel Macron l’a induit, sont-ils victimes de désinformation et de Fake news, venues de l’étranger?

Que signifient réellement ces accusations? François-Bernard Huyghe, spécialiste de la communication à l’IRIS et auteur de «Dans la tête des Gilets jaunes» répond à Sputnik.


François-Bernard Huyghe – Le sentiment des Gilets jaunes à l’égard des médias mainstream est sans ambiguïté : « tous menteurs »

20/12/2018 – FRANCE (NOVOpress)
La chaîne France 3 est au coeur d’une polémique pour avoir diffusé lors du JT de samedi dernier, une image retouchée où le slogan d’une pancarte était artificiellement tronqué. Dans une tribune publiée sur FigaroVox, François-Bernard Huyghe appelle à la responsabilité des médias.

Extraits.

Une polémique est née après que la chaîne France 3 a été accusée d’avoir retouché une photographie. Sur une pancarte indiquant «Macron démission», n’apparaît plus que «Macron». Peut-on parler de «fake news»?

François-Bernard HUYGUE.- Truquer une image, comme Staline faisant autrefois retirer Trotsky de toutes les photos (argentiques, s’il vous plaît) où il figurait avec Lénine, n’est pas innocent. Selon ma définition, la fake news (infox en néo-français) suppose a minima une opération matérielle pour altérer une trace du passé (truquer une photo, attribuer à X une déclaration qu’il n’a pas faite, inventer de faux témoignages) et pour faire croire à une autre version du réel. Ici il y a bien eu retouche numérique sur l’image «Macron dégage» (ce qui rappelle le printemps arabe), qui devient «Macron» tout court, interpellation visiblement absurde. Est-ce volontaire de la part de FR3, plusieurs semaines après que des millions de gens ont pu voir des banderoles anti-Macron dans la rue ou à l’écran? Est-ce une simple erreur «technique» comme plaide la chaîne? Disons que cela tombe mal face aux «gilets jaunes» qui sont persuadés que «les» journalistes sont à la fois des membres des classes privilégiées, les larbins de la macronie et des truqueurs impénitents de la réalité. L’effet est surtout symbolique.

Le service public médiatique ne devrait-il pas se montrer exemplaire en matière d’information?

Payés par nos impôts, censés contribuer au débat démocratique en permettant à chaque citoyen de connaître à la fois la réalité et toutes les opinions, les médias de service public devraient en effet sentir une grosse responsabilité peser sur eux.

Au début du mouvement des «gilets jaunes» les médias se montraient plutôt bienveillants. Leur attitude semble aujourd’hui avoir complètement changé. Pourquoi?

Je ne dirais pas que «les» médias sont pour puis contre tel ou tel.

Disons qu’il y a eu des facteurs contradictoires:

– La spectacularité et l’inventivité (notamment visuelle) des «gilets jaunes» ; pour de l’inédit, c’était de l’inédit.

– Le fait que certaines chaînes ne voulaient pas se couper de cette clientèle populaire a priori consommatrice de télé.

– Les journalistes et éditorialistes ont tendance à faire partie des classes urbaines éduquées qui sont comme les ennemis sociologiques des «gilets jaunes» périurbains peu éduqués. Du reste nombre de gens de médias ont un peu de mal à comprendre les problèmes et souffrances de ceux «d’en bas», tout simplement parce qu’ils ne les rencontrent pas.

– Faire monter la paranoïa autour de thèmes grotesques fournis par le gouvernement («la peste brune remonte les Champs et des milliers de gens vont venir casser et tuer») est payant en termes de dramatisation et suspens.

– Le mouvement des «gilets jaunes» prospère sur les réseaux sociaux et la traduction de leur contenu (y compris avec les pires délires complotistes) passe mal auprès des médias «classiques».

En tout cas le sentiment des «gilets jaunes» à l’égard des médias mainstream, est, lui sans ambiguïté: «tous menteurs».

Lire l’intégralité de cet entretien sur : www.lefigaro.fr

Pour François-Bernard Huyghe, la loi contre les fake news pourrait «renforcer la méfiance chez beaucoup de gens»

09/03/2018 – FRANCE (NOVOpress)
RT France propose un entretien avec François-Bernard Huyghe après les premières fuites sur la loi Macron contre les fake news.

«Chez beaucoup de gens, ça peut renforcer la méfiance et inciter encore plus à aller chercher de l’information “alternative“» selon le directeur de recherche à l’IRIS.


Réseaux sociaux et élections : la militarisation de l’information ?

08/03/2018 – INTERNATIONAL (NOVOpress)
Les services de renseignement américains n’ont de cesse de pointer du doigt l’influence de la Russie dans l’élection présidentielle américaine de 2016, via les réseaux sociaux.

Quelle est l’importance véritable de ces réseaux? François-Bernard Huyghe, spécialiste en intelligence économique à l’IRIS était l’invité du Désordre Mondial.


Attentat avorté : la loi Renseignement aurait-elle changé quelque chose ?

cameras de surveillance

24/04/2014 – Source : Atlantico.fr
François-Bernard Huyghe, directeur de recherches à l’IRIS, explique pourquoi le projet de loi sur le renseignement n’est pas taillé pour lutter contre les loups solitaires comme Sid Ahmed Ghlam

Manuel Valls profite de l’attentat « déjoué » pour défendre son projet de loi sur le renseignement, affirmant qu’elle « aurait donné plus de moyens aux services de renseignement pour effectuer un certain nombre de surveillances » dans le cadre de l’enquête sur Sid Ahmed Ghlam, le suspect arrêté dimanche.

Qu’en est-il vraiment ? C’est la question que nos confrères d’Atlantico ont posé à François-Bernard Huyghe. Dans ce salutaire exercice de réinformation, le directeur de recherche à l’IRIS tord le cou aux rodomontades du Premier ministre. À lire.