Raison d’être des universités occidentales à l’heure du wokisme

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Professeur d’informatique à la Faculté des Sciences, des Technologies et de Médecine de l’université du Luxembourg, Franck Leprévost réaffirme la vraie mission de l’université face aux menaces que représentent ces idéologies anti-scientifiques qu’on qualifie aujourd’hui de “wokistes”. Tribune.

À quoi sert une université ? Quels sont les défis contemporains de ses dirigeants ? La vague déferlante du wokisme sur les sociétés occidentales, et ses multiples tentatives d’emprises sur le monde universitaire, anglo-saxon puis d’Europe continentale, font que les réponses à ces deux questions ne vont plus de soi aujourd’hui. Compte tenu de l’impact sociétal des universités, et de leur capacité à forger les opinions et les esprits sur plusieurs générations, il est devenu urgent de replacer ces deux questions au cœur du débat, et d’y répondre avec clarté.

Le défi

Rappelons que la doctrine woke, se présentant comme une hypersensibilité aux revendications des minorités, renvoie chacun à son genre, sa race ou son ethnicité, procède à des déconstructions tous azimuts, et nie les réalités biologiques au profit de constructions sociales « fluides ». Cette mouvance pénètre les universités. Les facultés de sciences sociales et littéraires sont certes en première ligne, mais les scientifiques les suivent de près. D’une manière générale, le militantisme woke tend, comme l’écrit Nathalie Heinich, « à transformer les salles de cours en lieux d’endoctrinement et les publications en tracts. » (Ce que le militantisme fait à la recherche, Gallimard, Tracts, 2021). Nous vivons actuellement à l’heure de la cancel culture, où des professeurs peuvent être chassés de leur université, comme la philosophe, Kathleen Stock, accusée de transphobie ; où presque 5000 livres ont été brûlés dans des écoles canadiennes dans un « geste de réconciliation » avec les peuples indigènes ; où l’université de Cambridge accompagne les pièces de Shakespeare de « trigger warnings » ou « traumavertissements » ; et où, à la Sorbonne, des représentations de la pièce Les Suppliantes d’Eschyle, attaquées par des associations communautaristes antiracistes, ne peuvent avoir lieu que sous haute protection policière.

Comment une telle idéologie a-t-elle pu s’implanter dans les universités ? Pour ce qui concerne les États-Unis, deux éléments y ont joué un rôle. Romain Gary donne un premier éclairage dans son livre autobiographique Chien Blanc, publié en 1970 : « Le signe distinctif par excellence de l’intellectuel américain, c’est la culpabilité. Se sentir personnellement coupable, c’est témoigner d’un haut standing moral et social, montrer patte blanche, prouver que l’on fait partie de l’élite. Avoir « mauvaise conscience », c’est démontrer qu’on a une bonne conscience en parfait état de marche et, pour commencer, une conscience tout court. Il va sans dire que je ne parle pas ici de sincérité : je parle d’affectation. » Le deuxième élément concerne l’évolution du rapport entre professeurs de gauche et de droite dans les universités américaines. Jusqu’en 1996, ce rapport était en moyenne de 2 :1, mais entre 1996 et 2011, il évolue pour atteindre le ratio 5 :1, avec les professeurs de gauche à 60 %, ceux de droite à 12 %, et les « ne se prononcent pas » à 25 %. Si on ne regarde que les départements des humanités et des sciences sociales, ce ratio grimpe à des altitudes entre 17 :1 et 60 :1.

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