Une mobilisation au cœur de l’été – Contre une dictature de moins en moins molle, par Francis Bergeron

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Mea culpa. L’annonce tonitruante, notamment par Florian Philippot, de manifestations énormes, le samedi 17 juillet, nous avait laissés sceptiques. Il y a eu, certes, le précédent du 14 juillet 1789, mais depuis la Seconde Guerre mondiale, jamais les mois de juillet et août n’ont été propices à des manifestations politiques de très grande ampleur. Or le 17 juillet dernier, le gouvernement a reconnu que 114 000 personnes au moins étaient descendues dans la rue pour manifester contre le caractère obligatoire, contraignant, liberticide, des mesures anti-COVID du projet de loi gouvernemental.

Oui mea culpa : c’est Philippot qui avait raison, et Présent qui avait sous-estimé non pas le bon sens des Français et leur ressentiment à l’égard du pouvoir, mais leur capacité à se mobiliser pendant la trêve estivale.

Or les manifestations de ce samedi 24 juillet montrent que le mécontentement, loin de faiblir, continue à enfler. Selon le comptage policier, il y avait cette fois 161 000 manifestants au moins, les rassemblements statiques n’ayant d’ailleurs pas été intégrés à ce total.

Les Français dans la rue

S’il s’était agi de manifestations de la CGT, les organisateurs et certains médias auraient doublé ou triplé le chiffre supposé de participants, sans scrupule. Mais même en retenant l’estimation de la police, il est sidérant de noter que, d’une semaine sur l’autre, en plein cœur de l’été, le nombre de protestataires a augmenté de plus de 40 %. Nous sommes donc face à un processus de mobilisation tout à fait comparable au phénomène Gilets jaunes d’octobre 2018. Au plus fort des manifestations de Gilets jaunes, le ministère de l’Intérieur avait compté jusqu’à 300 000 personnes dans la rue. Mais si les mobilisations massives de Gilets jaunes ont persisté jusqu’en juin 2019, le pic de manifestants avait été atteint dès novembre 2018, et les « actes » suivants (les journées de mobilisation auxquelles les Gilets jaunes donnaient des numéros), furent marqués par une baisse progressive des participants, parfois découragés, il est vrai, par l’interférence de commandos anarchistes.

Ces deux premières mobilisations anti-passe semblent, elles, se situer dans une dynamique ascensionnelle. Le caractère spontané des défilés est impressionnant. Il n’y a pas d’organisateurs clairement identifiés, de bataillons militants regroupés sous les drapeaux de partis ou de syndicats.

Ainsi ce samedi à Agen, dans le Lot-et-Garonne, les participants étaient au moins 1 500, deux fois plus nombreux que la semaine précédente. On reconnaissait quelques têtes connues de la droite nationale locale, beaucoup de jeunes gens désireux de manifester leur rejet du système et de commerçants et personnels de santé inquiets. La banderole utilisée la semaine précédente avait été redéployée : « Macron, ça « pass » plus, le peuple est dans la rue. »

Pour la masse des manifestants, la seule revendication, c’était « liberté ! », slogan scandé à pleins poumons par une foule déterminée. 1 500 manifestants pour une ville de 33 000 habitants, c’est un niveau de mobilisation très inhabituel. Et en se dispersant, les participants cherchaient déjà à savoir si, le samedi suivant, un nouveau rendez-vous serait organisé.

A Paris, du côté des Champs Elysées, quelques heurts se sont produits, et 24 personnes ont été interpellées. Il en a été de même à Lyon, place Bellecour.

Par ailleurs, une équipe de télévision a été chahutée à Marseille, en marge de la manifestation anti-passe, qui réunissait 4 000 personnes. C’est quand ils ont révélé leur appartenance à France Télévision que les journalistes ont été chassés du rassemblement. Mais il faut reconnaître que le positionnement de France Télévision, média de « service public », théoriquement neutre, mais de fait au service du « progressisme », suscite un fort rejet. Au total les manifestations ont donné lieu à 71 arrestations.

Même le Sénat !

La tension va-t-elle baisser après les amendements votés par le Sénat dans la nuit de samedi à dimanche ? Ces amendements vont plutôt dans le bon sens. Ils tendent à desserrer le nœud coulant : les centres commerciaux pourront être exonérés du passe sanitaire et la règle d’isolement obligatoire des malades sera un peu assouplie. D’autre part les sénateurs sont montés au front contre les licenciements pour absence de passe sanitaire.

C’est un maintien des libertés fondamentales que réclamaient les manifestants du samedi, les sénateurs y ont partiellement répondu. Ces derniers voulaient la garantie du caractère facultatif – de droit comme de fait – de la vaccination. Mais même avec les aménagements de la nuit du dimanche au lundi, nous sommes loin du compte.

Licenciements sanitaires : le gouvernement prenait un risque énorme

Le point le plus anxiogène du projet de loi concernait la possibilité de licencier les non vaccinés. Finalement cette possibilité est supprimée de la loi. Pour le sénateur Philippe Bas, habituel défenseur des libertés individuelles, un licenciement pour absence de passe sanitaire aurait été « une sanction totalement disproportionnée par rapport à l’objectif poursuivi ».

L’obligation vaccinale est maintenue pour les soignants, les pompiers et les personnels des maisons de retraite. Mais l’absence de passe (en fait de vaccination) n’entraînera pas un licenciement, uniquement une suspension du contrat sans salaire.

Il y aura nécessité du passe sanitaire sur les terrasses et pour les mineurs, dans les lieux publics accueillant plus de 50 personnes. Cette disposition s’appliquera à compter du 30 août. Les personnes testées positives devront être isolées pendant dix jours.

L’état d’urgence, qui devait être en vigueur jusqu’au 31 décembre, ne le sera que jusqu’au 15 novembre.

En fait le dispositif complet découvert lundi matin par les Français est très complexe, avec des dates d’application différentes selon les cas, les premières dispositions jouant dès le 1er août. Les informations contradictoires s’étant multipliées ces derniers jours, au gré des débats parlementaires, il est fortement recommandé d’étudier avec soin la liste des nouveaux interdits, avant de se lancer dans des projets ambitieux de déplacements ou d’organisations de réunions.

Nous avons donc désormais un dispositif moins violent. Mais il n’est pas certain du tout que ce compromis a minima fasse baisser la pression de la rue, tant le sentiment de vivre une dictature sanitaire est persistant. Pour l’heure, selon un sondage, un Français sur trois est opposé aux contraintes sanitaires, dont une majorité de jeunes.

Francis Bergeron

Article paru dans Présent daté du 26 juillet 2021

Vaccination exigée et pass sanitaire discriminant – Les députés divisés, par Francis Bergeron

Assemblée nationale

L’extension du pass sanitaire devait être débattue à partir de mardi. Officiellement il s’agit de contrer au plus vite le variant Delta, en forte progression. Mais il faut aussi sans doute prendre de vitesse les opposants à la dictature sanitaire qui, après la mobilisation réussie de samedi, donnent partout de la voix.

Lundi : présentation au conseil des ministres. Le même jour : validation du Conseil d’Etat. Dès mercredi : débats parlementaires. Jeudi débat sénatorial. Enfin quasi-certitude d’une saisine du Conseil constitutionnel. Si le processus d’adoption des nouvelles dispositions est trop long, la 4e vague pandémique se sera généralisée, et surtout les positions se seront crispées, et les voix des opposants satureront les médias. Le gouvernement craint un mois d’août agité, une ébullition qui alors, ne retombera pas d’ici la présidentielle mais polarisera au contraire les débats sur cette question.

En théorie, il devrait y avoir deux camps : le camp de la liberté d’un côté, le camp des étatistes, des adeptes de la tentation totalitaire, de l’autre.

Mais à y regarder de près, la géographie des forces en présence est plus complexe.

Pour passer en force, l’équipe gouvernementale classe tous les opposants au pass sanitaire imposé et à la vaccination obligatoire dans le camp des antivaccins. Or les positions sont souvent plus nuancées : on peut être pro-vaccin mais refuser une vaccination imposée par exemple au-delà du personnel soignant. Sans remettre en cause les mesures de lutte contre le Covid, on peut contester un pass sanitaire qui crée effectivement deux catégories d’habitants, des citoyens à part entière et de nouveaux îlotes, à droits réduits. Par sa stratégie extrémiste, le gouvernement favorise les radicalisations des positions.

Fort de sa (courte) majorité au Parlement, l’exécutif espère un ralliement général au « courant progressiste ».

Bien entendu le consensus existe pour combattre la pandémie. Mais le vrai débat sur le degré acceptable de renoncement à nos libertés pour combattre le fléau sera bref. Tout est joué d’avance, la dictature sanitaire – qui n’a pas que des inconvénients, vu de la macronie – forme un bloc.

Le RN a réaffirmé son attachement à la liberté et ses quelques députés s’opposeront donc au texte gouvernemental. Les mélenchonistes aussi, mais essentiellement en raison de la dérive monarchiste qu’ils croient identifier dans le processus gouvernemental : « le monarque décide seul et compte que sa majorité parlementaire applique sans discuter les ordres présidentiels », explique LFI dans un communiqué, qui voit dans ces mesures « la décision d’un seul homme ».

Pour le PC, il faut « rendre le vaccin obligatoire »

Les écologistes tentent de faire dévier le problème sur une supposée inégalité d’accès aux soins, qui serait à résoudre avant la question de la lutte contre la propagation du virus. Ils citent en particulier le fait que « la carte de la vaccination recoupe (…) celle des inégalités, de la fracture numérique ». Mais que faire ? Vacciner de force les « prolétaires » et pas les autres ?

Le PC reste fidèle à l’approche communiste classique : l’Etat faisant plier le peuple…pour son bien. « Rendre le vaccin obligatoire serait pour moi une avancée » a déclaré l’ancienne ministre communiste Buffet. Le PS est plutôt sur cette ligne, également.

En revanche l’extension du pass sanitaire pourrait être combattue tant par le PS que par LR et les centristes. Mais le consensus espéré ne sera pas au rendez-vous.

Francis Bergeron

Article paru dans Présent daté du 21 juillet 2021

Marché noir – Cette extrême gauche qui escroque les clandestins

clandestins

Les « sans-papiers » arnaqués par l’extrême gauche ? C’est le scandale qui secoue ce petit monde. L’hebdomadaire Politis est mis en cause. Il a suspendu sa vente en kiosque le 17 juin, officiellement pour des raisons financières. Les temps sont durs en effet pour la presse d’opinion, Présent en sait quelque chose. Mais est-ce une raison pour se renflouer sur le dos des clandestins ?

Connaissez-vous Politis ? C’est un hebdomadaire créé en 1988, qui s’adresse à la gauche de la gauche, du côté de Benoît Hamon, du NPA, des écolos, du PC et du bien nommé groupe Attac. C’est à Politis que Jean-Michel Aphatie commença sa carrière de journaliste, ce qui lui ouvrit les portes des plus grands médias. Politis n’a guère de lecteurs mais, chaque fois que la liquidation se profile, il trouve des mécènes et des entreprises pour le renflouer. Pierre Bergé fut l’un d’eux. Le Monde diplomatique, la Macif, etc. font partie de ceux qui s’intéressent à la pérennité du titre. Mais les dernières péripéties, qui mettent en cause le rédacteur en chef, Gilles Wullus, pourraient décourager les meilleures volontés.

En juillet 2008 Pierre Bergé avait nommé Gilles Wullus rédacteur en chef du mensuel homo Têtu, puis directeur de sa rédaction. Dix ans plus tard, cet ancien journaliste de Libération était bombardé rédacteur en chef de Politis.

Wullus, gauchiste compulsif, passionné par la cause de l’immigration jusque dans sa vie sentimentale, adepte de la mise en pratique du grand remplacement, dont il ne conteste pas l’existence, pour le coup, est en couple avec un dénommé Azzedine Jamal.

Quant à ce dernier, son « mari », il est surtout motivé par l’argent vite gagné. Il a trouvé un filon formidable, grâce à Politis, grâce à son conjoint, grâce aux militants extrémistes qui gravitent autour de l’hebdomadaire : il s’est bâti une réputation d’avocat au service des « sans-papiers ». Et, moyennant des honoraires de 6 000 à 9 000 euros, il se fait fort de débloquer les dossiers, de régulariser les clandestins qui s’adressent à lui, et ceci dans les délais les plus rapides.

Mirifique service de régularisation, clé en main

Le problème, c’est qu’Azzedine n’est pas avocat. Le problème, c’est qu’il ne réalise aucune vraie prestation. Avec Wullus, il a monté une série de sociétés. Ils ont recruté de nombreux intermédiaires, qualifiés contractuellement d’« apporteurs d’affaires », de « juristes », de « conseillers d’avocats ». Ce sont en fait de simples rabatteurs, chargés de contacter des clandestins, de vérifier que ceux-ci bénéficient d’un pécule, et de leur proposer ce mirifique service de régularisation, clé en main. Pour les convaincre de la qualité de leur engagement, les escrocs leur mettent sous le nez des éditoriaux de Politis en soutien aux clandestins, signés du conjoint.

Des dizaines de ces malheureux se sont ainsi fait escroquer. Et comment porter plainte ensuite ? Cet argent avait été gagné au noir, éventuellement dans des trafics illicites. Le site StreetPress, qui a révélé l’affaire lundi, a fait une enquête sérieuse sur ce racket, et aurait identifié pour l’heure 79 victimes. Plusieurs centaines de milliers d’euros vite gagnés pour le dirigeant de Politis et son « mari », une arnaque organisée de façon industrielle.

Cela fait près de deux ans que courent les rumeurs de l’escroquerie. Les premiers articles commencent seulement à filtrer. C’est que les juges savent être discrets quand le sujet est très délicat…

Francis Bergeron

Article paru dans Présent daté du 20 juillet 2021

Dupond-Moretti mis en examen, par Francis Bergeron

Dupond-Moretti

Vendredi, le garde des Sceaux a été mis en examen pour « prise illégale d’intérêts ». Il est soupçonné d’avoir, en tant que ministre, essayé d’influer sur plusieurs affaires et de régler des comptes en lançant des enquêtes administratives contre les juges chargés de ces dossiers (voir Présent du 5 juillet).

Si Dupond-Moretti n’était pas Dupond-Moretti, nous pourrions avoir quelque sympathie pour cet avocat devenu ministre, qui semble s’efforcer de limiter le pouvoir des juges, parfois abusif. On l’avait vu par exemple dans l’affaire des écoutes téléphoniques de Thierry Herzog, l’avocat de Sarkozy. Si on peut placer sur table d’écoute n’importe quel avocat, c’est évidemment une dérive inacceptable. Dupond-Moretti avait dénoncé « des méthodes de barbouze », et avait porté plainte pour « atteinte à la vie privée », une plainte qu’il a retirée quand il a été nommé ministre. Sur ce terrain-là, on peut suivre Dupond-Moretti dans sa volonté de s’opposer à une dérive susceptible d’aboutir à une sorte de dictature des juges.

De même, quand Macron dit, à propos de l’affaire Dupond-Moretti : « Je pense qu’il n’est pas sain d’avoir des commentaires de magistrats avant des décisions et d’avoir des annonces de presse avant des décisions de justice parce que le travail de la justice doit se faire dans le bon ordre et dans la sérénité », qui n’applaudirait, indépendamment de la personnalité du garde des Sceaux ?

Assiste-t-on à un règlement de comptes contre l’avocat pénaliste ? Ce dernier a toujours joué de sa capacité à terroriser, au prétoire, ses adversaires, les juges, voire les victimes, par ses coups de gueule, son agressivité. Il s’est fait beaucoup d’ennemis. « L’esprit du mur des cons est toujours présent », expliquent ses soutiens. Admettons. Mais notons aussi qu’avec ce fameux « mur des cons » le gouvernement avait une occasion en or de régler son compte au Syndicat de la magistrature, et qu’il ne l’a pas fait.

Le boulet de la macronie

En mars 2017, lorsque Fillon avait été victime de déboires similaires, Macron, qui n’était alors que son rival à la présidentielle, expliquait aux journalistes de France 2 : « Dans le principe, un ministre mis en examen doit quitter le gouvernement. » C’est pourtant le même Macron qui, le 13 juillet, lors du Conseil des ministres, a longuement défendu son ministre, et lui a renouvelé toute sa confiance, ce vendredi. Ceci au mépris, donc, de ses affirmations antérieures, au mépris de la « jurisprudence Balladur » et des positions affichées par son ancien Premier ministre, Edouard Philippe, qui avait estimé qu’« un ministre mis en examen, ça démissionne ». Quand Richard Ferrand, ministre de la Cohésion des territoires, avait été mis en cause dans l’affaire des Mutuelles de Bretagne, il dut quitter le gouvernement. De même quand Bayrou, premier garde des Sceaux du gouvernement Philippe, fut mis en cause pour les emplois fictifs d’assistants parlementaires du MoDem, il quitta le gouvernement, et fut mis en examen ultérieurement.

Pour Dupond-Moretti, sa démission n’est pas requise, et tous les « marcheurs » montent au créneau pour le soutenir. Ce soutien découle uniquement de la conscience de la faiblesse du gouvernement actuel. Dupond-Moretti est un boulet, ses casseroles judiciaires ne sont pas négligeables et son intervention dans la campagne électorale des Hauts-de-France a été calamiteuse. Son altercation avec le candidat RN Damien Rieu a été vue des dizaines de milliers de fois sur les réseaux sociaux. Mais l’exfiltrer du ministère de la Justice, après la pantalonnade Bayrou de 2017 et le passage au ministère de l’ectoplasmique Nicole Belloubet, constituerait un aveu définitif d’incompétence de la macronie. C’est probablement la raison qui a conduit Castex à lui renouveler son soutien.

Dans l’éditorial publié sur son site L’Insolent, Jean-Gilles Malliarakis rappelle toutes les raisons que nous pouvons avoir, pour notre part, de laisser sombrer l’hystérique avocat : avec lui, le sentiment de partialité de la justice n’a fait que s’aggraver. Et de citer quelques affaires récentes :

« … la dissolution aberrante de Génération identitaire, suivie des réquisitions le 16 juin contre deux responsables de cette association essentiellement, stratégiquement, non violente et légaliste, Thaïs d’Escufon, poursuivie pour “provocation à la haine raciale” tandis que Jérémie Piano doit répondre de l’accusation “d’injures publiques”… mais aussi la condamnation à 10 mois ferme, avec mandat de dépôt, d’un militant angevin de L’Alvarium coupable d’avoir résisté à une attaque des antifas contre leur local associatif. »

Francis Bergeron

Article paru dans Présent daté du 19 juillet 2021

Repentance et gros sous – La machine antiraciste onusienne s’emballe

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C’était à craindre : la repentance à haute dose des progressistes occidentaux a mis en branle des mécanismes qui pourraient aboutir à de colossaux dispositifs d’indemnisation, dans le cadre de directives et sous le contrôle « avisé » de l’ONU. Associations, Etats, avocats commencent à frapper aux portes des pays occidentaux pour obtenir des dédommagements.

En mai dernier, l’Allemagne a ouvert la voie en s’engageant à verser plus d’un milliard d’euros au profit de descendants de tribus namibiennes. Cette somme serait allouée directement, ou par le biais d’aides au développement, aux descendants des colonisés de Namibie par l’Allemagne (période 1884-1915).

Cette décision démagogique et inédite (faire payer aux arrière-arrière-petits-enfants les supposés préjudices de cette colonisation-là), a immédiatement suscité des vocations. Très logiquement, chaque pays de l’ex-tiers-monde tente de tirer parti de ce précédent, de plumer les pays « progressistes » prêts à mettre le doigt dans cet engrenage.

Ces revendications ont reçu un appui de poids, celui du haut-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Michelle Bachelet. L’ancienne présidente socialiste du Chili vient en effet de se prononcer, ce 12 juillet, en faveur d’une « justice réparatrice ». Le but est de réparer les conséquences de l’esclavage et du colonialisme. Mme Bachelet entend donc mettre à contribution les Etats ayant participé ou profité de l’esclavage, « ainsi que ceux qui continuent à profiter de cet héritage », a-t-elle ajouté.

Le commerce triangulaire pratiqué par des Français a concerné une période allant du milieu du XVIIe siècle au milieu du XIXe siècle. Il s’agirait donc de sanctionner financièrement les Français pour des événements survenus grosso modo il y a deux à quatre siècles.

Faut-il sanctionner tous les Français ? Ceci pose un problème de fond : 10 % au moins des Français sont issus d’une immigration récente, ou vivent dans les DOM-TOM. Certains d’entre eux sont donc éventuellement descendants d’esclaves. Peut-on taxer les héritiers de victimes supposées, pour le motif qu’il y a deux, trois ou quatre siècles des Français de souche se seraient enrichis grâce au commerce triangulaire ? Mais, qui plus est, en quoi un Berrichon, un Auvergnat, ou un Provençal, lui-même victime de raids barbares sur la côte méditerranéenne, et dont les ancêtres ont peut-être été réduits en esclavage à Tanger, à Alger ou en Turquie, devraient-ils payer pour l’enrichissement supposé des Nantais, et accessoirement des Bordelais et des Rochelais ?

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Greenpeace ou Génération identitaire : les deux justices, par Francis Bergeron

justice generation identitaire

En février 2020, 26 militants de Greenpeace avaient envahi la centrale nucléaire de Tricastin. C’était une violation de propriété et un risque pour les installations et le personnel de la centrale. L’affaire est jugée en ce moment et le procureur réclame… la clémence des juges. Pour les identitaires qui avaient déployé une banderole dans les Pyrénées et les Alpes, le procureur avait réclamé la plus extrême rigueur. Deux procureurs ou deux justices ?

Le 21 février 2020 un commando composé de 34 militants d’extrême gauche avait attaqué la centrale de Tricastin, située dans la Drôme. Vingt-six d’entre eux avaient réussi à y pénétrer : ils avaient découpé la grille d’enceinte, tandis que huit autres manifestaient devant l’entrée pour détourner l’attention des gardes. Leur procès avait lieu cette semaine. Une telle opération pose de graves questions : d’abord celle de la sécurité de ces centrales. Les militants de Greenpeace auraient pu être des terroristes islamistes. On imagine sans peine ce qui aurait pu alors advenir.

Un jugement sévère, pour l’exemple, était attendu car il y avait eu violation de propriété, destruction de biens, menaces sur le personnel. Un jugement indulgent risquait au contraire de favoriser la multiplication de ce genre d’opérations. Greenpeace s’en est d’ailleurs fait une spécialité. Ses militants s’étaient précédemment attaqués (octobre 2017) à la centrale de Cattenom en Moselle. Avec des actions à répétition de ce type, c’en serait fini, de fait, de l’exploitation de notre parc nucléaire, le personnel étant littéralement empêché de travailler du fait de ces activistes. Pire que cela, on peut imaginer que des groupes terroristes se faisant passer pour des militants de Greenpeace s’introduisent de la même façon dans des centrales.

Pour toutes ces considérations, quand le procureur Michel Coste a pris la parole, et annoncé que ses propos risquaient d’être déplaisants, tout le monde a pensé qu’il allait réclamer de la prison ferme à l’égard des membres du commando.

A la surprise générale, le procureur s’est lancé dans un virulent discours militant… contre la victime, en l’occurrence EDF. Incroyable retournement de situation !

Son intervention a consisté à stigmatiser l’industrie nucléaire. Il a évoqué l’échec industriel de Flamanville, les catastrophes nucléaires du passé (Tchernobyl, etc.). Pour lui, les sites nucléaires « représentent tous un danger ». Ce discours politique, ce discours militant, est une première, émanant du procureur, censé faire appliquer les lois en vigueur, non le programme politique d’une fraction de l’extrême gauche.

Le représentant de l’Etat a donc officiellement demandé l’indulgence pour les accusés, tandis que la défense de ces mêmes accusés demandait une relaxe générale du commando.

Au même moment, le parquet de Saint-Gaudens (Haute-Garonne) réclamait quatre mois de prison avec sursis contre la militante identitaire Thaïs d’Escufon, pour avoir critiqué l’immigration clandestine (qui est toujours interdite par la loi, même si la loi n’est plus appliquée) dans une vidéo. La décision est attendue au 9 septembre.

Le procureur est en principe la voix de la puissance publique, et nous en avons là une démonstration remarquable, avec cette pratique du « en même temps ». Il aurait été plus simple de citer La Fontaine : « Selon que vous serez puissant ou misérable… » disait-il déjà au XVIIe siècle.

Francis Bergeron

Article paru dans Présent daté du 2 juillet 2021

Élections régionales – AUCUNE RÉGION de se réjouir, par Francis Bergeron

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Sur fond de victoire de l’abstention, ce fut la victoire des sortants et l’échec symétrique du RN et de LREM, qui n’avaient pas de sortants.

Comme au premier tour, le taux d’abstention a démenti une fois de plus les pronostics. Les votants ont représenté environ 34,3 % des inscrits, soit une amélioration d’1 % par rapport au premier tour. En 2010, ils étaient 58,4 % à avoir voté et encore 51,1 % en 2015. A ce train-là, il n’y aura plus de votants du tout dans dix ans.

Les résultats de dimanche sont certes contestables et difficiles à interpréter, d’autant que l’organisation des élections a été très défaillante. L’abstention est-elle devenue la forme de vote des Gilets jaunes ? Beaucoup de commentateurs l’ont interprété ainsi, mais peut-on exclure l’idée que la crise du Covid ait bouleversé la hiérarchie des valeurs, renforcé l’individualisme au point que le primum vivere passe dorénavant avant tout, et que les aventures collectives – comme l’est l’aventure politique – ne tentent plus guère nos concitoyens ?

Mais une élection, c’est comme le bac : il y a des années où sa valeur est galvaudée et, sur le coup, chacun y va de sa critique sur la crédibilité du parchemin attribué ces années-là. Mais très vite on oublie qu’il y a eu des années où le bac a été donné. Le temps en efface la mémoire, et ce qui reste, c’est le bac réussi. Il en sera de même pour ces élections du 27 juin. Xavier Bertrand, dimanche soir, n’entendait pas que sa victoire dans les Hauts-de-France soit minimisée, d’autant que celle-ci doit constituer le tremplin de ses ambitions présidentielles.

Pour LREM c’est un désastre

L’abstention est la même pour tous : s’il y a des gagnants et des perdants, il faut bien tenir compte des résultats. Les gagnants sont donc les sortants ou leurs dauphins dans chacune des régions. Et comme ces douze régions ne comptaient que des sortants socialistes ou LR (ou proches), la coloration des douze régions reste strictement identique : cinq régions pour la gauche et sept pour la droite.

Pour LREM c’est un désastre : les listes macronistes n’auront pesé que 7 % au second tour. Certes, beaucoup d’élus de droite et de gauche sont macron-compatibles, mais le rêve d’une grande force centrale, qui aurait absorbé à la fois la mouvance socialiste et la mouvance ex-UMP, s’estompe.

Par ailleurs, un second mandat présidentiel pour Macron est une perspective qui a dorénavant du plomb dans l’aile, d’autant que ceux de ses ministres qui sont montés au front ont subi de cuisants revers.

Quant au RN, sa situation est difficile aussi. Dans sa courte intervention au siège du parti, dimanche soir, Marine Le Pen a « donné rendez-vous aux Français pour construire l’alternance dont la France a besoin ». Mais les Français seront-ils à ce rendez-vous ? L’abstention des 20 et 27 juin semble avoir pénalisé davantage le RN que les autres partis, quand on compare les résultats aux sondages, ce qui fait craindre une persistance du phénomène et, dans ces conditions, c’est la légitimité même de la candidature de Marine Le Pen à la présidentielle qui risque d’être remise en cause. Ce sera le problème du RN, lors du congrès de Perpignan, début juillet.

Le parti de Marine Le Pen a certes marqué quelques points à l’occasion de cette campagne : il a démontré sa capacité à mettre en place au niveau du pays tout entier une organisation à même de présenter des candidats pratiquement partout, dans toutes les régions, dans tous les cantons ou presque. Il a réussi à relancer la machine militante, une machine plutôt efficace sur le terrain, avec beaucoup de gens de qualité. Cette campagne a d’ailleurs fait émerger des talents nouveaux comme Aleksandar Nikolic en Centre-Val de Loire ou Edwige Diaz en Nouvelle-Aquitaine.

Bertrand préfère les communistes aux identitaires

Mais ne nous voilons pas la face : au-delà de la démoralisation et de la démobilisation bien légitimes, les effets négatifs de cette défaite électorale font émerger plusieurs problèmes : la stratégie de la dédiabolisation a échoué, puisque le front républicain s’est reconstitué partout où le RN risquait de l’emporter. Et ce front républicain, pour moins spectaculaire qu’il ait été, est désormais enraciné dans la culture de la droite dite de gouvernement. Les propos extrémistes de Xavier Bertrand, comme ceux de Darmanin ou de Dupond-Moretti, ont montré la détermination du « camp du bien » à ne jamais « pactiser » avec le RN. Quand Bertrand explique qu’il préfère les « communistes » aux « identitaires », quand il refuse de parler du RN mais martèle le sigle FN, il y a la volonté d’ancrer toujours plus le principe d’une exclusion à jamais du RN du jeu politique.

La défaite va faire naître d’autres difficultés pour le parti de Marine Le Pen : des tensions sur son flanc droit, susceptibles d’encourager les ambitions d’Eric Zemmour, par exemple. Un nombre plus réduit qu’en 2015 d’élus, ce qui va compliquer la chasse aux 500 signatures, un peu comme en 2012. Mais surtout c’est la dynamique de la campagne présidentielle qui est affectée, à dix mois exactement de l’échéance.

Les délais sont courts pour renverser la tendance, et plus courts encore pour démontrer aux Français que le RN est capable de constituer, au printemps prochain, une majorité nouvelle, dans un système d’alliances politiques portant un projet de société global. C’est un pari difficile, peut-être pas impossible, mais qui va nécessiter de l’élasticité et un grand sens du dialogue avec toutes les parties prenantes de la droite nationale, au-delà des fâcheries d’hier. Jordan Bardella disait que la politique est une école d’humilité. C’est plus que jamais le moment de mettre en pratique cette vertu d’humilité.

Francis Bergeron

Article paru dans Présent daté du 28 juin 2021

Régionales 2021 – Quitte ou double, par Francis Bergeron

vote élections

Tous les regards sont tournés vers la région PACA, parce que les chances du RN y sont les plus fortes. Et parce que la victoire ou la défaite de Thierry Mariani pèsera très lourd pour la suite, c’est-à-dire pour la présidentielle, dont les dates sont désormais connues : dans dix mois, les 10 et 24 avril 2022. De ce fait, l’élection de dimanche en PACA prend une allure de quitte ou double. En tout état de cause, aucune voix ne doit manquer à Thierry Mariani, même si l’abstention est prônée au nom d’on ne sait quelle mirifique martingale politique.

Les absents des urnes ont toujours tort. Voyez d’ailleurs comme, une fois toutes les analyses, tous les commentaires faits, on oublie qu’un Français sur trois seulement s’est exprimé, et que les votes qui se sont portés sur les candidats de l’Elysée n’ont représenté que 3 % des inscrits. Déjà, les politologues spéculent sur les scores attendus dans les régions et dans les départements. La fusion des trois gauches, en Ile-de-France, redonne par exemple une bouffée d’espérance à l’extrême gauche, inquiète Pécresse, et réjouit en secret Bertrand. Ailleurs, les sortants semblent devoir l’emporter, car on ne voit pas quel sursaut électoral pourrait suffisamment réveiller les abstentionnistes du 20 juin.

Dans Présent du jeudi 17 juin, Alain Sanders, dans l’un de ses fameux « coups de gueule » dont il a le secret, qui réjouissent ou agacent les lecteurs mais auxquels ils ne sont jamais indifférents, tacle Eric Zemmour qu’il traite de « coucou ». « Marine Le Pen est la candidate naturelle d’une droite populaire et de conviction », conclut-il.

Pourtant, dans Présent du jeudi 24 juin, Etienne Defay analyse les médiocres résultats de dimanche comme la conséquence d’une sous-estimation par les dirigeants du RN de leur électorat historique. Ils auraient braconné trop tôt en dehors de leurs terres, Eric Zemmour représentant une sensibilité plus en adéquation avec celle de la droite nationale : « Les conseillers de Marine Le Pen ont oublié le caractère contestataire du vote RN, ce vote du ras-le-bol et de la tentation de la table rase. » Peut-être. Encore que les explications de type sociologique soient plus crédibles que celles sur le positionnement et les discours du RN. Notre collaborateur y voit une opportunité pour la candidature Zemmour, dont la rumeur gagne du terrain. Cette hypothèse est en effet de plus en plus souvent évoquée, et lui-même, sur CNews, lundi, a semblé avancer ses pions, par sa critique sans concession de la campagne de Marine Le Pen.

« Dédiabolisation rime avec démotivation »

Polémia, le think tank (c’est-à-dire en bon français : réservoir à idées) de Jean-Yves Le Gallou, vient en renfort du journaliste de CNews. Mercredi, Polémia publiait une analyse détaillée du scrutin et, faisant allusion à la stratégie de normalisation du RN, il concluait par cette formule : « Dédiabolisation rime décidément de plus en plus avec démotivation. » Mais Pierre Boisguilbert, l’auteur de l’article, rappelle que « Marine reste cependant pour le moment incontournable. […] il ne s’agit pas encore d’un naufrage mais d’une avarie avec de sérieux dégâts. Il faut changer de cap et mettre à la barre ceux qui avaient indiqué les récifs ».

La critique de l’AGRIF (association créée par Bernard Antony, l’un des cinq fondateurs de Présent) est autrement plus radicale, et quelque peu désespérante : « Globalement, les électeurs de la droite de conviction n’ont pas eu une offre répondant à leurs aspirations essentielles […]. Les professions de foi du RN étaient d’une désolante médiocrité, somme toute semblables à celles des UMP ou RPR de jadis : rien sur la défense de la vie, et nullité totale sur la question de l’islam […]. Le RN de Marine Le Pen semble n’être pas prêt à incarner les valeurs fondamentales nécessaires pour que survive la France… »

Le congrès du RN des 3 et 4 juillet à Perpignan résonnera sans doute de débats sur les heurs et malheurs de la dédiabolisation. D’autant que celle-ci ne semble pas spécialement au rendez-vous, à entendre par exemple Xavier Bertrand qui, depuis dimanche, se vante d’avoir terrassé le dragon.

Mais, ni au RN ni dans ses marges, ni au sein de la droite de conviction, le temps n’est à ce type de spéculations alors que le second tour est imminent. Pour l’heure, on ne peut que noter que c’est le RN qui, le 20 juin, a seul été en mesure de présenter des listes dans toutes les régions, et des binômes de candidats dans la très grande majorité des cantons. Ce sera grâce à lui si, dimanche, le « front républicain » Muselier-Estrosi-Castaner, auquel Bernard Tapie vient d’apporter son éminent appui, est battu. Grâce au talent, aussi, de Thierry Mariani et de son équipe, bien entendu.

La qualité des militants

Marion Maréchal, qui était invitée cette semaine par Martial Bild à « Bistro Libertés », l’émission phare de TV Libertés, faisait remarquer qu’elle connaissait la qualité des candidats de la liste RN en PACA puisque beaucoup d’entre eux figuraient déjà sur sa propre liste, en 2015. Un autre sociétaire de TV Libertés, Pierre Gentillet, qui a travaillé avec Mariani, confirme les talents de ce candidat et considère, lui aussi, que Muselier et Mariani, ce n’est pas bonnet blanc et blanc bonnet, tant s’en faut.

Pour avoir été candidat dimanche aux élections cantonales et régionales en région Centre-Val de Loire, certes sous l’étiquette du CNIP mais dans le cadre de la liste conduite par le RN Aleksandar Nikolic, j’ai pu personnellement constater la qualité des militants. Leur dévouement, leur compétence, leur désintéressement n’ont rien à envier à ceux des débuts du Front national. Je n’avais pas participé à une compétition électorale depuis 40 ans mais, sur l’essentiel des points évoqués tant par Polémia que par l’Agrif, ces candidats – et futurs élus, pour certains d’entre eux – partagent peu ou prou les convictions des rédacteurs et des lecteurs de Présent.

Il est parfaitement normal que le RN, lors de son congrès de juillet, s’interroge sur sa stratégie passée et apporte des réponses à ceux qui s’interrogent. Il est souhaitable que ce parti renforce les marqueurs de son identité propre, et que soient débattus une communication et un programme parfois en effet très édulcorés… Et en pure perte, si l’on en juge les « fronts républicains » reconstitués un peu partout, à l’identique ou presque de 2015.

Mais attendons dimanche soir, attendons que les dés aient fini de rouler. Et au-delà des programmes et de la communication, la seule hypothèse d’une défaite du « front républicain » devrait constituer un stimulus suffisant pour que la droite de conviction ne baisse pas les bras et aille voter.

Francis Bergeron

Article paru dans Présent daté du 24 juin 2021

Abstention, piège à cons – Les 2/3 des électeurs se sont abstenus, par Francis Bergeron

Abstention

Il y a six ans, tous les records d’abstention avaient été battus lors de ces régionales-là. Seulement 43 % des Français avaient voté. Cette fois un nouveau record a été battu dans ce domaine, ce qui paraissait absolument inconcevable. Inconcevable car les restrictions à la circulation avaient été levées, et la peur de la contagion semblait s’atténuer. Inconcevable car le consensus politico-médiatique battait tambour pour une mobilisation destinée à faire barrage au Rassemblement national.

Or, non seulement l’abstention a été considérable, mais elle l’a été dans des proportions inédites, qui enlèvent au passage énormément de crédibilité à ce scrutin : 12,2 % seulement de participation à la mi-journée, 27 % à 17 heures et les chiffres finaux de votants la situaient à un niveau de l’ordre de 33,9 %.

Encore faut-il se souvenir qu’il y a un écart entre la participation et les suffrages exprimés. Cet écart est habituellement de l’ordre de 2 %. Il est possible qu’il soit nettement supérieur, cette année : pour avoir assisté au dépouillement dans ma commune, je peux témoigner que le nombre de bulletins nuls était particulièrement important, phénomène sans doute accentué par les dispositions des deux bureaux de vote, qui étaient installés dans une sorte de labyrinthe : d’où des votes pour les régionales trouvés dans l’urne des départementales, et vice-versa, mais aussi des noms barrés, des panachages non admis, des enveloppes contenant à la fois le bulletin de vote pour les départementales et pour les régionales.

Néanmoins le problème était le même pour toutes les listes. Et, même si cette élection n’aura mobilisé qu’un électeur sur trois, seul le résultat compte. La gestion des régions et des départements sera confiée à ceux qui auront été élus dimanche prochain, le résultat du 20 juin donnant dorénavant une idée assez précise de leur identité, à une ou deux régions près.

Selon les instituts de sondages, et au vu du résultat final, c’est dans l’électorat du RN que l’abstention a été la plus forte (71 %). On sait depuis longtemps – depuis plusieurs dizaines d’années, en fait – que plus la mobilisation électorale est forte, plus le score du RN est élevé. C’est la présidentielle qui mobilise le plus grand nombre d’électeurs, du fait de la personnalisation du scrutin. Ce qui explique le score inattendu de Jean-Marie Le Pen, en 2002, et la présence de Marine Le Pen au second tour de 2017.

Neuf raisons qui expliquent l’abstention

Mais cette abstention record est aussi le fruit d’une habile stratégie gouvernementale. A partir du moment où LREM a compris qu’il ne pourrait percer en tant que pôle de centre gauche aux régionales (comme aux départementales, d’ailleurs), tout a été fait pour favoriser l’abstention. Cette prise de conscience de LREM, et la mise en place des instruments de cette stratégie datent en fait des élections municipales. Il y a juste un an, le parti présidentiel avait subi une déroute. Or, les régionales et plus encore les départementales obéissent aux mêmes ressorts.

– Marine Le Pen avait fait remarquer à juste titre que c’est la première fois qu’un gouvernement ne consacrait pas de moyens de communication institutionnels pour rappeler aux Français l’importance et à la nécessité du vote. Ce silence était déjà un indice de cette stratégie.
– L’instrumentalisation de la crise sanitaire a permis également de conduire les Français jusqu’aux limites extrêmes d’un confinement et d’un couvre-feu destinés à maintenir leur sujétion mentale. On l’avait constaté lors des municipales. Nous en avons eu la confirmation dimanche.
– Cette parenthèse sanitaire a permis d’éliminer la notion même de campagne électorale. Dîners-débats, rassemblements de masse, fêtes champêtres, tout cela a été interdit de fait ou en droit, sans qu’il soit d’ailleurs facile de savoir, à chaque stade du déconfinement, ce qui était permis et ce qui restait interdit.
– En créant des passerelles avec LR d’un côté, avec le PS de l’autre, les macronistes ont brouillé les cartes du paysage politique. L’abstention pourrait bien correspondre aussi à une sorte de demande de clarification politique. C’est un refuge commode quand les repères disparaissent.
– A quoi bon voter, ont pensé les électeurs, en découvrant qu’avant même le premier tour les appareils de partis avaient déjà décidé de la suite, comme on l’a vu en Bretagne avec l’intervention de Le Drian et en PACA avec celle de Castex.
– Rendons aussi hommage au gouvernement pour le choix de la date de ces élections : elles étaient prévues en mars. Les reporter aux 20 et 27 juin a permis de les noyer dans un contexte de fête de la musique, de matchs de football Euro 2020, de liberté retrouvée au regard des restrictions sanitaires. Ce changement de contexte, d’ambiance, a largement contribué à la démobilisation des esprits.
– Qui plus est, l’échelon régional est une aberration qui n’incite pas au vote car il ne correspond à aucun sentiment identitaire, aucune réalité humaine ou historique. C’est un découpage arbitraire, prétendument équilibré. Le sénateur Masson en avait fait son cheval de bataille, pour le Grand Est, et il avait raison. Il n’était pas dans l’intérêt de Macron de réformer ce dispositif aberrant, dans la mesure où il était perçu comme un facteur d’abstention.
– La complexité de ces deux élections jumelées a contribué à décourager les électeurs, d’autant que personne n’est capable d’expliquer spontanément comment s’opère habituellement cette division du travail entre département et région.
– Qui plus est, ce double scrutin a été à l’origine de graves incidents de fonctionnement : bureaux de vote sans président, sans assesseurs, n’ayant pas respecté les heures d’ouverture légale, etc. Ne sommes-nous pas arrivés à la fin d’un système ?

Ne serait-il pas temps d’instaurer le vote électronique, des systèmes de collecte de l’opinion de nos concitoyens par des moyens moins archaïques ? Cela se fait déjà pour les élections professionnelles. Et nous payons déjà nos impôts en ligne, faute de choix. Notons d’ailleurs que nous sommes abreuvés de sondages, sollicités par des pétitions en ligne, accros aux services qu’offre notre smartphone, mais que le vote physique perd constamment du terrain.

Si les représentants des régions et des départements sont choisis par un tiers seulement des Français, que dire de ces représentants syndicaux élus par 5 % des salariés dans les TPE, ou de ces assemblées générales d’universités ou 40 militants décidés, intouchables, impunis, peuvent paralyser une université de 40 000 étudiants, comme on l’a vu à Montpellier (et ailleurs) en 2018 ?

Un observateur venu d’une autre galaxie en tirerait la conclusion que le système démocratique n’a plus d’avenir dans notre pays.

Mais ce serait un sacrilège. Ça ne marche plus, certes, mais qui prendrait le risque politique de dire que le roi est nu ?

Francis Bergeron

Article paru dans Présent daté du 21 juin 2021

Affaire Méric : un insupportable « deux poids deux mesures », par Francis Bergeron

Affaire Meric

Vendredi, deux jeunes gens, Esteban Morillo et Samuel Dufour ont été condamnés en appel à respectivement sept ans et cinq ans de prison, à la suite du décès du militant d’extrême gauche Clément Méric, en 2013. Ce dernier avait trouvé la mort en chutant lourdement sur le trottoir, lors d’une bagarre à laquelle il n’était pas étranger.

Ceux qui ont lu le hors-série de Présent de novembre 2018 savent tout de ce dossier. Son titre est très clair. Après le jugement de vendredi nous n’avons pas un mot à retrancher : « Se défendre était leur droit. Les défendre est notre devoir ».

Les skinheads (« crânes rasés », une ancienne appellation faisant référence à des bandes de jeunes ouvriers et fils d’ouvriers britanniques des années 1960 et 1970) est un terme particulièrement impropre pour qualifier les deux jeunes hommes qui viennent d’être condamnés à sept ans et cinq ans de prison pour la mort accidentelle du dénommé Méric. Esteban et Samuel n’avaient pas les cheveux rasés, et ne formaient pas une bande à proprement parler. C’étaient des militants politiques, certes extrémistes, comme on l’est parfois à 18 ou 20 ans. Comme l’était Méric, dans l’autre camp. On a donc rejugé vendredi une rixe mortelle, qui s’est produite il y a huit ans, entre garçons de 18 à 20 ans, devant un magasin de vêtements prisés par les deux camps.

En première instance, Esteban, qui avait 20 ans au moment des faits, avait été condamné à l’invraisemblable peine de onze ans de prison. Onze ans de prison pour « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner ». Dufour, 19 ans au moment des faits, a vu sa peine réduite à cinq ans au lieu des sept ans de 2018.

Il paraît qu’on ne peut pas commenter une décision de justice. Cette formule n’est sans doute pas de Zola. Avec beaucoup de précautions oratoires, les avocats de Morillo et Dufour ont dit très exactement – pour qui sait lire entre les lignes – ce qu’il faut penser de cette condamnation, certes allégée en appel, mais, néanmoins, extraordinairement lourde : « […] une décision très amère […] difficile à comprendre sur le plan de la vérité », a dit l’avocat de Morillo. « Les passions politiques d’en face, la pression médiatique et surtout la pression idéologique de ceux qui s’étaient attaqués à eux ont été trop fortes. » Pour l’avocat de Dufour, « c’est une affaire dans laquelle nos clients se sont défendus d’une agression extérieure, mais il était sans doute trop difficile pour la cour et les jurés de dire la vérité dans ce procès tellement symbolique ».

Pas mort « pour ses idées »

Oui, il y a eu rixe entre jeunes extrémistes. Oui, l’un d’eux a trouvé la mort, le plus frêle des protagonistes, le plus jeune aussi (18 ans). Il n’est pas mort « pour ses idées », contrairement à ce que répètent à satiété, depuis 2013, des médias qui n’en peuvent plus de jeter l’opprobre sur « de vrais méchants fascistes », eux qui en voient partout, mais ne parviennent jamais à leur attribuer le moindre crime. Il n’y avait pas d’idées dans cette bagarre, devant un magasin de vêtements. N’imaginons même pas la situation inverse, la mort d’un jeune agresseur d’« extrême droite » et le verdict des mêmes juges…

C’est bien pour cela qu’il faut changer de paradigme, créer un choc dans le pays, qui porte un coup à ce que les avocats de Morillo et Dufour ont appelé pudiquement « la pression médiatique », « la pression idéologique ». Un choc électoral le 27 juin, par exemple.

Francis Bergeron

Article paru dans Présent daté du 8 juin 2021

Régionales : J – 25 – Des sondages prometteurs, une panique réjouissante, par Francis Bergeron

Régionales 2021

Alors que le front républicain s’organise péniblement face à un RN qui multiplie les ralliements, les Républicains font face à un dilemme : choisir l’un des deux camps ou couler avec le navire.

Ce mardi, le monde politique bruissait de la polémique politico-judiciaire opposant Gérald Darmanin à la chef de file PS pour l’Ile-de-France Audrey Pulvar. Après la manifestation des policiers, la journaliste avait tenu des propos très hostiles à cette démonstration de force, et Darmanin était monté au créneau en évoquant un dépôt de plainte contre madame Pulvar. Le quotidien Aujourd’hui en France du 25 mai, en relatant cette passe d’armes, parle d’une chance inespérée pour la tête de liste socialiste aux régionales : « Darmanin a offert sur un plateau aux socialistes l’occasion de soutenir unanimement leur candidate. » Pour Aujourd’hui en France, la polémique est bénéfique à la liste PS au point que le quotidien suggère même à madame Pulvar d’« envoyer un bouquet de fleurs à Darmanin » ! La dirigeante régionale du PS aurait acquis, grâce à cet incident, le statut de victime et réunifié le PS derrière elle. Admettons, mais la prise de position de la journaliste contre la manifestation était d’autant plus absurde que le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, et le maire de Paris, qui est PS, elle aussi, avaient soutenu cette manifestation, comme à peu près toute la classe politique, à l’exception de l’extrême gauche et d’une partie des écologistes.

A la vérité les gesticulations faussement conflictuelles de Darmanin et de Pulvar ressemblaient à un combat de nains. Créditée de 10 % des voix seulement, et ayant multiplié les bourdes, on comprend bien que la journaliste ait tenté cette radicalisation de dernière minute, espérant sans doute grappiller des voix du côté des mélenchonistes et des « cités » où la police est interdite (mais où on ne vote guère).

Quant à Darmanin, il ne visait pas réellement la tête de liste PS (il a d’ailleurs renoncé à sa plainte), il visait l’électorat de LR, voire de Bardella. La macronie lui a d’ailleurs fixé cette mission : montrer aux électeurs modérés, qui seraient tentés par un vote droitier, que l’actuelle majorité comporte aussi une aile droite.

Dans les derniers sondages, la liste PS en Ile-de-France est toujours figée à 10 %, à égalité avec les Insoumis, mais largement devancée par la liste de Valérie Pécresse, par celle de Jordan Bardella, et même par celles des macroniens et des écologistes.

Darmanin a choisi pour sa part de batailler électoralement dans les Hauts-de-France, en compagnie d’une kyrielle de ministres, dont Dupont-Moretti et Agnès Pannier-Runacher ; mais rien ne permet de penser que sa sortie anti-Pulvar en forme de clin d’œil aux électeurs de droite permette de faire décoller la liste LREM des 10 % dont elle est créditée, elle aussi. D’autant que cette liste vient de prendre du gîte depuis qu’on a appris que le chef de cabinet de Pannier-Runacher n’était autre que son conjoint ! Cette information serait restée secrète si Macron n’avait pas demandé à ses ministres de monter massivement sur le front des Hauts-de-France. Pourtant ne ressort-on pas actuellement du placard, contre le RN, de vieilles affaires de même nature ?

Une possibilité de victoire dans le Centre-Val-de-Loire

Puisque l’on parle de sondage, notons que les derniers chiffres annoncent un score de premier tour à 39 % pour Thierry Mariani, en PACA, et une victoire possible au second tour, d’autant que l’écart de voix avec son rival semble s’accroître, malgré ou grâce aux manœuvres macroniennes.

Dans le Centre-Val de Loire, dans le Grand Est, dans les Hauts-de-France, les sondages donnent des chiffres flatteurs pour le RN, et même une possibilité de victoire, au second tour, pour la liste d’Aleksandar Nikolic, ce qui n’était pas vraiment prévu.

A la vérité, dans chacune des régions, le score réel du premier tour est susceptible de rebattre les cartes. Que le résultat soit supérieur ou inférieur de quelques points seulement aux prévisions, et le scénario serait à revoir. Car ces écarts détermineront la position que prendra chaque liste, au second tour : maintien, fusion, retrait sans consignes, ou encore front républicain, comme il y a six ans. C’est pourquoi le résultat du premier tour, sorti des urnes le 20 juin, sera déterminant pour la suite.

Notons que dans plusieurs régions, des petites listes sont également en compétition, qui pourraient, marginalement, affaiblir l’une ou l’autre des grandes listes, au risque de bouleverser les ordres d’arrivée et de ce fait, peser sur le second tour. Ainsi dans la région Bretagne, treize listes seront en compétition, dont une liste du Parti breton, créditée de 5 % des voix. En Ile-de-France, onze listes ont été déposées, dont une liste du parti antispéciste, et la liste d’un candidat anti-masques et d’esprit Gilets jaunes, Lionel Brot. Dans la plupart des régions on trouvera également une liste Debout la France. Enfin les islamistes devraient pouvoir également voter pour des candidats à leur convenance, par exemple en Ile-de-France, avec l’Union des musulmans français, et en Bretagne avec une liste « tous unis contre l’islamophobie », qui n’est que le faux-nez de candidats islamistes. Huit listes de cette nature ont été déposées. Voilà qui risque de ne pas arranger les affaires des candidats de LFI, qui espéraient cartonner dans les « quartiers ».

Il n’y a aucune région où la majorité peut se sentir en zone de confort

A ce stade de la campagne, à 25 jours du premier tour, peut-on aller plus loin dans l’analyse ? Peut-on avancer des pronostics ? C’est un exercice périlleux. On peut tout au plus identifier des dynamiques.

Il y a d’abord des dynamiques autour de personnalités : Xavier Bertrand, Thierry Mariani, Valérie Pécresse, Laurent Wauquiez, bénéficient incontestablement d’un climat porteur.

Il y a ensuite des dynamiques de groupe. La gauche n’a pas réussi à la créer, en l’absence de programme commun, en l’absence de pacte électoral, en l’absence d’une personnalité forte, capable de fédérer les velléités militantes. Un autre grand perdant devrait être la majorité. Il n’y a, à l’heure actuelle, aucune région où la majorité se sente en zone de grand confort. D’où les opérations, gérées depuis l’Elysée, pour brouiller les cartes, comme en PACA et dans les Hauts-de-France, afin de masquer une déroute annoncée.

Le ralliement de personnalités à une liste ou à un parti constitue-t-il un indice de dynamique électorale ? Si tel est le cas, alors la dynamique est incontestablement du côté du Rassemblement National.

Un journaliste à la dent spécialement dure à l’égard du RN et de Marine Le Pen, pointait cette semaine la liste des « ralliés » : Frédéric Bord, Jean-Paul Garaud, Philippe Morenvillier, Bruno North, Jean-Louis Masson, Stéphane Blanchon, Alexandra Masson, Florent de Kersauson, Cédric Delapierre, Yves Bonnet, Philippe Ballard… des ex-LR, un ex-socialiste, un journaliste de télévision connu, des syndicalistes de l’UNSA, un ancien patron du SDECE, le président du CNIP, un chef d’entreprise médiatique etc.

Ce même journaliste à la dent dure nous invite à « méditer cet adage vieux comme le monde : qui a trahi trahira encore ». N’écartons pas l’hypothèse que certains de ces ralliements aient obéi à une approche disons « opportuniste ». Mais s’il y a approche « opportuniste », c’est déjà un indice d’attraction, un indice de dynamique. Et acceptons aussi l’idée que beaucoup de ces « ralliés » –tous, peut-être – sont tout simplement des personnes qui prennent le risque (professionnel, par exemple) de révéler leurs préférences politiques, du moins cette préférence politique-là. Acceptons enfin l’idée qu’un homme politique, qu’un syndicaliste, qu’un journaliste, puisse évoluer dans ses choix, sans pour autant penser qu’il trahit, mais en estimant peut-être au contraire qu’il reste fidèle à ses convictions les plus intimes.

Francis Bergeron

Article paru dans Présent daté du 26 mai 2021

Des berceaux ou des bateaux – La natalité s’effondre : c’est le fruit d’une volonté politique

natalité immigration

François Bayrou pantouflait au haut-commissariat au plan, mais la note qu’il vient de rendre publique sur la natalité, si elle ne nous apprend strictement rien, fait l’effet d’un (petit) pavé dans la mare. Bayrou n’est pas réputé être le porte-parole des adeptes des valeurs traditionnelles. Mais la note confirme que la France connaît un passage à vide démographique, aggravé par le Covid-19.

Allons tout de suite aux solutions (à peine esquissées) : le haut-commissaire nous dit qu’au vu des projections démographiques il faut augmenter la natalité (avait-on besoin d’un haut-commissaire pour nous délivrer cette lapalissade ?)… et qu’il faut encore augmenter l’immigration.

On imaginait bien que l’allié numéro un de la macronie profiterait (ou prendrait prétexte) de sa note sur l’hiver démographique pour asséner un message politique anti-identitaire. Sachons gré, néanmoins, à Bayrou, de ne pas proposer comme unique solution le grand remplacement (qui n’existe pas, comme chacun sait), mais un remplacement partiel.

Sa note est par ailleurs très pauvre sur le seul plan qui nous intéresse : une vraie relance d’une politique de soutien aux familles et aux naissances. Simple compilation des études alarmantes sur la baisse de la natalité en France, la courte étude part du constat que, depuis 2014 au moins, la natalité n’assure plus le renouvellement des générations, que la pyramide démographique inversée menace « le modèle français », à commencer par notre système de retraite par répartition. « Il manquerait 40 000 à 50 000 naissances par an » pour assurer un simple maintien de la population. « L’indice de fécondité se tasse », nous dit encore Bayrou : il est passé de « 2,02 enfants par femme en 2010 à 1,83 en 2019 ». Notre pays connaît une situation à l’allemande, à l’italienne, qui va se traduire par un vieillissement de la population et à terme par un dépeuplement.

On comprend bien que pour Bayrou, chargé de tracer les perspectives d’avenir du pays, ce constat – si rien n’est fait – ne soit pas très excitant. Mais le chef du MoDem livre pour l’essentiel une simple photographie et n’explique pas comment nous en sommes arrivés là. Ce qui l’oblige à rester dans les généralités, la banalité, avec, comme mesure phare, cette incitation à accepter et même encourager l’immigration.

Entretenir une peur de l’avenir

L’avortement, l’euthanasie, la contraception, présentés désormais comme des valeurs essentielles de la République, il ne connaît pas. Les idéologies du déclinisme, de l’antispécisme, de l’être humain qui souillerait la nature, de la repentance et de la honte de ce que nous avons été, et de ce que nous sommes, contribuant à entretenir une peur de l’avenir, il ne connaît pas. Pourtant ce discours militant contre les enfants, c’est surtout chez les écologistes et plus généralement à gauche qu’on l’entend. Cette idéologie a favorisé une abondante législation antifamiliale Le seul point positif de la note de Bayrou, c’est justement cette préconisation d’« une politique familiale qui permette aux gens d’avoir le nombre d’enfants qu’ils souhaitent », évoquant le fait que « la dégradation de la natalité en France a été concomitante des mesures fiscales touchant notamment le quotient familial ».

Mais curieusement les médias ont surtout retenu un message : il faut plus d’immigrés pour sauver notre système social.

Francis Bergeron

Article paru dans Présent daté du 18 mai 2021

Le tueur d’Éric Masson arrêté – Le vrai coupable s’appelle Macron

Macron

Quand un chef d’Etat met en cause les violences policières dans un entretien sur des réseaux sociaux suivis par des adolescents ou de tout jeunes gens (le média en ligne Brut, le 5 décembre dernier), quand ce même président, sur le même réseau en ligne, dénonce les contrôles au faciès et les discriminations, quand le même président, un an auparavant, au salon de la BD d’Angoulême, posait à côté du dessinateur Jul qui tenait un t-shirt attaquant la police, il ne faut pas s’étonner qu’un garçon de 19 ans, Ayoub A., multirécidiviste mais toujours traité avec une extrême indulgence, trouve normal d’abattre un policier. Il est clair pour des garçons de cet âge que les policiers appartiennent au camp des salauds. C’est le président qui le dit ou qui le laisse entendre. Ce sont ses profs qui l’assurent, peut-être, ce sont les médias qui le rabâchent en boucle.

Un garçon de 19 ans n’est pas capable de faire la distinction entre des propos outranciers de polémique politique et la vérité. Le résultat est là : ce jeune voyou a assassiné un policier comme on abat un chien enragé. Sans se poser de questions.

Ceci est tellement vrai que lundi des tags sont apparus (à Lyon, notamment) se félicitant de cet assassinat : « Balle dans le front pour Eric Masson. Prochaine cible BST [les brigades spéciales de terrain] du 8ème ».

Mais, rappelez-vous : des inscriptions ou des propos semblables, il y en a eu après l’assassinat d’Arnaud Beltrame, notamment dans les rangs de LFI, comme on en a lu sur les réseaux sociaux en soutien à Merah après ses crimes toulousains, y compris ce froid assassinat d’une petite fille de 7 ans.

Tout ceci est une suite logique, au fond : Macron a lâché sa police. Pire que cela, il l’a montrée du doigt, il a donné les mots qui la désignent comme dangereuse et punissable.

Consommation trop forte de drogue ?

Pour l’heure, quatre personnes ont été arrêtées dimanche soir : le tueur présumé et sa sœur, à qui appartiendrait la voiture utilisée pour la fuite en Espagne, le chauffeur du véhicule, âgé d’une cinquantaine d’années, et un autre jeune, de 20 ans.

Avec un bon avocat, genre Dupond-Moretti, capable de terroriser les jurés comme il croit pouvoir terroriser Marine Le Pen dans les Hauts-de-France, le jeune assassin présumé peut s’en tirer par la reconnaissance d’un état de délire morbide dû à la surconsommation de drogue. Il y a eu des précédents…

Celui que l’enquête semble désigner comme l’assassin explique pour l’heure qu’il était chez sa mère au moment des faits. Et son avocat ajoute qu’il n’a pas « le profil d’un tel délinquant » (délinquant ? Le mot est un peu léger !). Pourtant, ce même avocat sait que son (très fidèle) client a déjà été condamné pour violences et pour trafic de drogue. Beau palmarès, tout de même, à 19 ans !

Les policiers, eux, s’expriment avec une grande virulence : « Nous sommes devenus des cibles dans cette société », constate le secrétaire général du Syndicat des commissaires de la police nationale. « La lutte contre la délinquance met le policier dans une position de danger, voire met sa vie en danger. » Un comble, dans une société de droit, une société que l’on nous présente comme dé-mo-cra-tique.

Francis Bergeron

Article paru dans Présent daté du 11 mai 2021

Génération identitaire – « Une dissolution proportionnée », par Francis Bergeron

Génération identitaire

Le conseil d’Etat a entériné la dissolution de Génération Identitaire. Cette confirmation d’interdiction est motivée officiellement par le fait que GI aurait développé un système de pensée, une « idéologie incitant à la haine et à la violence ». Quand ? Où ? Comment ? Nous attendons les réponses à ces questions.

Génération Identitaire fut une magnifique aventure. Elle avait commencé en 2012, quand un groupe de jeunes gens avait très pacifiquement occupé la mosquée de Poitiers en construction. Menacés des pires sanctions pénales pour une simple occupation de quelques heures du toit d’un bâtiment inoccupé, les jeunes gens furent poursuivis dans le cadre d’une procédure qui dura plusieurs années, avant d’être tous relaxés. Où était la haine ? Où était la violence ?

Il y eut aussi les opérations spectaculaires dans les Alpes en avril 2018, puis en janvier dernier dans les Pyrénées. Ces deux opérations étaient purement symboliques : pas de violence, pas de détérioration de biens, pas d’actes illégaux. Un groupe de 80 jeunes gens – essentiellement des Français, mais aussi quelques ressortissants de pays voisins –, était venu occuper pacifiquement un col, à six kilomètres de la frontière italienne, y déployant une banderole, et tirant quelques feux de bengale. Ils étaient là pour affirmer leur opposition à la submersion migratoire, dont ces cols constituent l’une des voies de pénétration clandestine. En première instance, un juge rouge du tribunal de Gap avait condamné les animateurs de GI à l’ahurissante peine de six mois de prison ferme et 75 000 euros d’amende (29 août 2019). Ils auraient réalisé leur manifestation dans des conditions susceptible de créer, selon le tribunal de Gap, une confusion avec de vraies opérations de police, ce qui est interdit, bien entendu Mais la cour d’appel de Grenoble, le 16 décembre dernier, avait annulé cette condamnation, qui était dénuée de tous fondements juridiques : « les éléments constitutifs de cette infraction n’étaient pas caractérisés en l’espèce, retenant une action de pure propagande à visée médiatique ». Nous l’avions raconté dans Présent, bien entendu.

Le 19 janvier dernier, Génération Identitaire renouvelait l’opération : les militants, impeccables de discrétion et de discipline, avaient occupé un col des Pyrénées. C’en était trop pour Gérald Darmanin, qui avait exigé une procédure de dissolution.

Génération Identitaire va poursuivre ses actions de contestation

Voilà apparemment les trois dossiers sur lesquels a reposé cette dissolution. « proportionnée à la gravité des risques pour l’ordre et la sécurité publique », explique le conseil d’Etat.

A la vérité, on sait parfaitement (y compris les médias de gauche) que cette dissolution avait pour unique but de faire apparaître une sorte de symétrie dans le traitement des groupes islamistes et dans celui des partisans d’un arrêt de l’immigration illégale et d’une remigration dans les pays d’origine.

Les anciens responsables de Génération Identitaire ont indiqué qu’ils allaient poursuivre leur action de contestation de cette dissolution.

Pendant ce temps à Mayotte, les habitants ne se contentent pas de dresser des banderoles sur les plages et d’allumer des fumigènes. Ils donnent souvent la chasse aux clandestins et aux délinquants issus de cette immigration clandestine, et les livrent parfois pieds et poings liés à la police. Le conseil d’Etat ne leur cherche pas de noises. Cela soulèverait trop de questions…en métropole.

Francis Bergeron

Article paru dans Présent daté du 5 mai 2021

Crime de Rambouillet, pétition de généraux : l’islamisme crée une crise majeure

islamisme attentat

Une pétition circule depuis mercredi dernier au sein de l’armée. Elle a été lancée par l’ancien capitaine de gendarmerie Jean-Pierre Fabre-Bernadac, reçue notamment par Valeurs actuelles et Présent. Cette pétition, signée par vingt généraux, une centaine d’officiers supérieurs, et de nombreux autres militaires, certes la plupart à la retraite, devoir de réserve oblige, évoque l’actuel « délitement » du pays. La pétition, très bien rédigée et argumentée, met en cause « un certain antiracisme » dont le seul but est de « créer sur notre sol un mal-être, voire une haine entre les communautés ». La pétition énumère les menaces communautaristes, et séparatistes (selon les propres termes de Macron) : islamisme, hordes de banlieue, « territoires soumis à des dogmes contraires à nos institutions ». Les accusations se font même plus précises à l’égard des vrais responsables : « … le pouvoir utilise les forces de l’ordre comme agents supplétifs et boucs émissaires face à des Français en gilets jaunes exprimant leurs désespoirs. »

L’appel se termine par un soutien aux « politiques qui prendront en considération la sauvegarde de la nation ».

La pétition a fait beaucoup de bruit, relayée notamment par Sud Radio. Sur cette même radio, l’ancien capitaine de gendarmerie se disait très inquiet de la tournure des événements, et lâchait même le mot de « guerre civile ».

Vendredi, Marine Le Pen apportait son soutien à la pétition : « Comme citoyenne et comme femme politique, je souscris à vos analyses et partage votre affliction ».

Comme pour illustrer ce terrible diagnostic, le même jour un islamiste tunisien ex-clandestin égorgeait une fonctionnaire de 49 ans, agent administratif au commissariat de Rambouillet, et mère de deux filles. Le terroriste avait prémédité son crime. Stéphanie M. serait la 271e personne assassinée par les islamistes sur le territoire français depuis 2012.

La mort de Stéphanie a indigné la quasi-totalité des Français, mais à gauche, alors même qu’on apprenait la terrible nouvelle, les appels se multipliaient pour condamner la pétition des militaires, tandis que Marine Le Pen était accusée de récupération politique pour avoir manifesté son soutien à la famille et avoir prétendu tirer les leçons de ce nouveau crime.

« Menace explicite contre la République »

Brandissant la menace d’un putsch d’une nouvelle OAS, les ténors de l’extrême gauche sont montés au front, dans un ordre parfait pour une fois. Pour Jean-Luc Mélenchon, la pétition est une « stupéfiante déclaration de militaires s’arrogeant le droit d’appeler leurs collègues d’actives à une intervention contre les islamogauchistes ».

Benoît Hamon, en phase de marginalisation extrême-gauchiste accélérée, n’est pas en reste. Il constate que la pétition intervient au 60e anniversaire du putsch d’Alger, et y voit une menace explicite contre la République. « Aucune réaction de Florence Parly, Jean Castex ni Emmanuel Macron », s’indigne l’ancien candidat du PS à la présidentielle de 2017 (Hamon était sans doute déjà au lit quand, dimanche vers 20 heures, Parly s’en est prise aux pétitionnaires). Coquerel, faux insoumis mais vrai dhimmi, s’en étrangle d’indignation : « Des militaires appellent à une chasse aux sorcières, à une éradication, à défendre des “valeurs civilisationnelles” à rebours de la République, ça finit sur une menace de guerre civile, Le Pen salue ces apprentis factieux et ? Rien. On se réveille ? »

Mais la fonctionnaire assassinée ne suscite guère de compassion chez les mêmes « indignés » et « insoumis ». Pas un mot sur le cheminement de l’assassin. Pas une repentance, pas une remise en cause de la ligne islamo-gauchiste de LFI et du groupuscule de Hamon.

Pour Mme le député LFI Obono, « la droite et l’extrême droite se servent de tous les faits possibles, y compris les plus dramatiques et les plus atroces, pour pouvoir justifier leur idéologie qui est de considérer que l’immigration est la source de tous les maux en France ». Elle a été immédiatement rejointe sur ce terrain par le ministre de la Justice (sic) Dupond-Moretti : « Quel cynisme, quelle indignité, quelle ignominie, que de tenter d’exploiter cette tragédie à votre profit deux heures seulement après ce crime. »

« Un tour de vis »

Y a-t-il un délai obligatoire avant de s’indigner et de demander un changement de politique ? La présidente du RN avait en effet évoqué la part de responsabilité du garde des Sceaux dans l’augmentation de la criminalité. « Le pays a besoin d’un tour de vis. »

La candidate à l’Elysée faisait aussi allusion à la décision ultime des tribunaux à propos de la défenestration de Sarah Halimi par le criminel islamiste et drogué Traoré, et au verdict de clémence dans la tentative de meurtre par incendie des policiers brûlés vifs à Viry-Châtillon.

« Toujours des mensonges et des phrases tronquées », a ajouté le « grand avocat », visiblement dépassé par l’enchaînement des horreurs qui ruinent les unes après les autres ses plaidoiries de plus en plus agressives.

Francis Bergeron

Article paru dans Présent daté du 26 avril 2021

Tariq Ramadan, chanteur présumé, par Francis Bergeron

Tariq Ramadan

Il nous aura tout fait, ce grand esprit qu’adorait Edgar Morin, qu’adorait une certaine gauche française, jusqu’à ce qu’on apprenne… Nous avons eu droit à ses prêches islamistes, qui l’ont imposé flatteusement dans le paysage médiatique français. Nous avons eu ensuite les révélations sur ses agressions sexuelles multiples. Nous allons maintenant avoir droit au poète et au chanteur. Un degré de plus dans l’horreur !

Le personnage est vraiment sans complexe. Il a connu la prison en 2018. Cinq femmes le poursuivent pour des viols avec violences, du harcèlement et de l’intimidation, actes commis en France et en Suisse. Mais rien n’arrête son dynamisme, sa foi dans son talent, dans sa capacité à apporter au monde « un vent de liberté », comme il le chante à présent. Il se présente comme un jeune résistant : « Votre ordre et vos frontières n’auront raison ni de notre jeunesse encore moins de la vie », formule qui n’est grammaticalement parlant pas très correcte. Quant à sa jeunesse, elle est toute relative puisqu’il est né en 1962.

L’album s’intitule Traversées et sortira le 29 mai. Ce ne sont pas à proprement parler des chansons, c’est du slam, c’est-à-dire des paroles qui riment plus ou moins, et qui sont récitées sur un fond musical.

L’intellectuel islamo-gauchiste s’essaie donc sur un nouveau registre, plus « artistique » que les viols en série.

En revanche les paroles restent sinistres. Son premier titre s’intitule « Qu’est-ce que vous croyez ? ». C’est un mélange de formules de haine contre la France, et de menaces contre les Français « de souche ».

Jugez-en, dans le premier morceau, on peut entendre :

« Cela fait des siècles que vous volez et mentez.

Vous seriez venus, dites-vous, pour nous civiliser.

Vous avez méprisé nos langues, nos cultures, nos religions,

humilié nos mémoires, souillé nos traditions »

Voilà pour sa vision de la France et de son histoire.

Les menaces sont dans le refrain :

« Attendez ! Mais qu’est-ce que vous croyez ?

Que l’on va rester là assis à vous regarder ?

Piller nos terres, nos richesses, nos minerais ?

Vous laisser tranquillement écrire l’histoire et la coloniser ?

Soit vous partagez, soit on se servira. »

Cela fait un moment que Tariq Ramadan se sert, il n’a pas attendu qu’on partage. En tout cas, les cinq femmes violées et battues n’avaient apparemment pas envie de partager quoi que ce soit avec lui…

« Vous avez peur ? Vous allez perdre vos privilèges et votre identité ?

La mixité serait donc votre perte

Et bientôt vous serez sauvagement remplacés ?

Dormez en paix, amis de l’égalité »

Ramadan nous présente cela comme de la « poésie mise en musique ». Bonjour, la poésie !

Mais au fond, ce que récite Ramadan, c’est ce que nous font déjà entendre certains rappeurs. Ramadan est peut-être allé un peu dans la proximité avec les islamistes, dans des pratiques « orientales » de domination de la femme. Comme pour la pédophilie, ce qui était admis par la mouvance progressiste devient tabou. Ramadan, pour ne pas en avoir pris conscience à temps, se retrouve un peu isolé.

« Malgré ces paroles qui cherchent à séduire les islamo-gauchistes, il sera très difficile pour lui de rebondir », estime l’écrivain Mohamed Sifaoui. C’est possible. Mais il est possible aussi que, dans certaines banlieues, des jeunes à petit cerveau trouvent dans ces « poésies mises en musique » comme un encouragement à certaines pratiques.

Francis Bergeron

Article paru dans Présent daté du 9 avril 2021

« Islam de France » ? C’est terminé – Place aux islams séparatistes, par Francis Bergeron

CFCM islam Chard

Le 21 mars, le Conseil français du culte musulman (CFCM) a explosé, mais pas façon puzzle. Il faut plutôt parler d’une scission : quatre des neuf organisations qui la composaient ont décidé de sortir du giron du CFCM. Ces quatre organisations confirment ainsi leur proximité avec l’islamisme… et ruinent au passage 20 années d’efforts pour faire émerger un « islam de France ».

En janvier, Darmanin s’était vanté d’avoir réussi à faire adhérer les musulmans vivant en France à une charte censée mettre un terme aux pratiques les plus détestables, comme les persécutions des musulmans abandonnant leur religion, l’excision, les mariages forcés, le voile intégral et la séquestration des femmes, le certificat de virginité…

Cette charte avait été signée par cinq des organisations constituant le CFCM, et tout le monde avait salué cette magnifique avancée, qui solennisait l’intégration de l’islam dans la République, et la signature des quatre autres n’était plus qu’une question de jours. A la vérité, écrivait Présent du 21 janvier, le CFCM n’était déjà guère représentatif, car les neuf associations constitutives ne supervisaient (plus ou moins) que 40 % des mosquées. Les quatre associations rétives n’avaient finalement pas signé la charte et elles viennent de quitter le CFCM.

Les dissidents veulent constituer une nouvelle organisation pour revendiquer le droit de pratiquer leur culte comme ils l’entendent, selon les us et coutumes ancestraux. On pourrait appeler cela la charia, tout simplement. Ces organisations qui entendent régir l’islam en France à leur manière sont la Fédération de la grande mosquée de Paris, le Rassemblement des musulmans de France et les associations islamiques d’Afrique, des Comores et des Antilles (FFAIACA), ainsi que les Musulmans de France (ex-UOIF). Chacune de ces associations est inféodée ou soutenue, en sous-main ou officiellement, par des Etats étrangers. Cette scission illustre parfaitement la menace séparatiste que semblaient craindre Macron et Darmanin, et dont le CFCM était censé être la parade. Le CFCM est présidé actuellement par Mohammed Moussaoui, un « modéré », ou tout au moins, un homme en recherche de compromis avec les autorités politiques.

Quels appuis pour les musulmans « modérés » ?

Avec le départ de ces quatre composantes, c’est toute la stratégie gouvernementale qui s’effondre, et c’est aussi la ruine d’une vision simpliste, inspirée de la façon dont la république laïque des années 1900 avait maté l’Eglise, et au passage éradiqué une bonne partie du catholicisme français, et tout cela au prix, simplement, de la mort de « quelques Bretons arriérés » ayant trop vivement tenté de résister aux Inventaires.

Les choses risquent d’être plus compliquées avec les islamistes. Derrière les dissidents, il y a l’organisation égyptienne terroriste Les Frères musulmans, l’Algérie, l’islam marocain, ou encore l’ex-UOIF, très extrémiste, qui s’est toujours révélée incapable de désavouer clairement les pires actions terroristes. Sur qui peuvent s’appuyer les musulmans « modérés » ? Sur les organisations proches de la Turquie ? Les Français ayant des racines arméniennes ont pu constater récemment, à leurs dépens, à quel point ce courant s’était radicalisé, lui aussi.

La fin du projet d’un islam parlant d’une seule voix via le CFCM enterre en fait 20 années d’angélisme et de naïveté françaises. Les masses migratoires ont eu raison des stratégies fines.

Francis Bergeron

Article paru dans Présent daté du 2 avril 2021

Ecologie : le programme du RN affole Dupond-Moretti

Dupond-Moretti

« Je suis certain qu’elle va nous décevoir » : c’est l’argument qu’on entend parfois dans les discussions avec des militants. Pas des militants du RN, mais des militants de groupes plus activistes. Ils anticipent déjà des renoncements, et une mobilisation des énergies sur des thèmes autres que l’immigration, l’insécurité, l’islamo-gauchisme ou l’écriture inclusive. Le « contre-projet de référendum » sur l’environnement que la présidente du Rassemblement national a présenté mardi aurait pu apporter de l’eau au moulin de ces « déçus à l’avance ». Mais à condition d’oublier deux choses. La première, c’est qu’un futur président de la République, un futur programme de gouvernement se doivent de répondre non seulement aux urgences mais aussi à la totalité des problèmes auxquels un quinquennat peut être confronté. Que survienne une catastrophe environnementale, et aussitôt présidence et gouvernement se devront de monter au front et de répondre aux nouvelles inquiétudes des Français. Il était donc nécessaire que Marine Le Pen, dans la perspective de sa possible élection, expose son analyse et ses solutions aux enjeux environnementaux.

La seconde raison, c’est que l’environnement a toujours été une préoccupation de ce que l’on peut appeler la droite nationale. Les « forces de progrès » ont beaucoup mis en cause le « conservatisme » du camp d’en face, et il serait tout de même paradoxal que le RN délaisse les questions de conservation du patrimoine environnemental, alors que se dessine une perspective d’accès au pouvoir.

« Avocats d’Amérique latine » contre « carottes du coin »

Qui plus est, l’écologisme « de droite » a eu l’intelligence de ne pas tomber dans le piège de la « croissance 0 » des ex-soixante-huitards, de l’opposition au progrès technique par conservatisme, ou au nucléaire par nostalgie des bougies et des moulins à eau. Quand des proches du RN se mobilisent partout contre les éoliennes, ils mettent en cause une fausse bonne solution à nos besoins énergétiques, qui piétine le « droit au paysage » (Marine Le Pen), dans l’indifférence à notre balance commerciale et au vrai bilan énergétique.

Dupond-Moretti a cru habile de s’en prendre au « localisme », l’un des mots clés du programme environnemental du RN, c’est-à-dire à la recherche systématique de circuits courts « entre la fourche et la fourchette ». Sans craindre le ridicule, l’avocat-ministre a expliqué doctement que « ça commence par le localisme, ça finit par le racisme ». La formule est parfaite… pour transformer nos campagnes en centres de résistance au macronisme. Comme l’écrit Marianne avec une légère pointe d’ironie : « Comme chacun sait, l’importation d’avocats d’Amérique latine est un instrument puissant de fraternisation entre les peuples, tandis que les carottes du coin instillent dans les cœurs une vision maurrassienne de la société. »

A la place du référendum écologique préconisé par Macron, pour conclure la Convention Citoyenne sur le climat, Marine Le Pen veut poser 15 questions aux Français sur de grands thèmes environnementaux, et dessiner ainsi « une autre vision de l’écologie », qui ne soit pas punitive.

Cette proposition de contre-référendum déçoit-elle les militants, désireux d’en découdre sur des sujets plus clivants ? Une chose est sûre : Dupond-Moretti, lui, ne nous a pas déçus ! Grâce à lui, le RN a encore marqué des points mardi.

Francis Bergeron

Article paru dans Présent daté du 10 mars 2021