Société de surveillance : Nouvelle alerte au flicage

sociéte surveillance

Chaque jour, sous couvert d’améliorer notre « sécurité », nous gravissons allègrement, et sans réelle contestation, de nouveaux paliers dans l’encadrement de nos existences par un réseau de dispositifs de surveillance et de contrôle au maillage de plus en plus dense et serré. Mais ne vous inquiétez pas, c’est pour notre bien !

Ainsi, on apprend aujourd’hui la mise en place, d’ici à la fin du mois, d’un dispositif appelé « FR-Alert » qui sera déployé sur l’ensemble du territoire français et est censé permettre aux autorités d’avertir d’un danger imminent en envoyant en quelques secondes des notifications sur tous les téléphones situés dans la zone concernée. Une catastrophe naturelle, un attentat, un accident industriel… vous serez donc bientôt au courant de tout, en temps réel, afin de pouvoir réagir et vous adapter à la situation même si, face à un ouragan ou un terroriste armé, ces messages d’alerte vous feront certainement une bien belle jambe.

Fonctionnant grâce à une technologie dite « de diffusion cellulaire » (cell broadcast), ce système enverra en quelques secondes une notification écrite accompagnée d’une sonnerie stridente vers tous les téléphones portables présents dans la zone concernée par le danger. Un peu comme ces messages que vous recevez peut-être déjà de votre mutuelle ou de votre assurance et qui vous invitent à vous mettre à l’abri quand il pleut ou à vous hydrater en cas de canicule. Au-delà de l’aspect infantilisant de ce maternage institutionnel, la nouvelle application FR-Alert est particulièrement inquiétante puisqu’elle induit une géolocalisation permanente de tous les possesseurs de téléphone. En effet, pour pouvoir vous prévenir à tout instant d’un quelconque danger, l’Etat doit tout le temps savoir où vous êtes. Vous serez donc continuellement « tracé » comme dans tout bon film de science-fiction dénonçant les dérives d’un système totalitaire. Sauf que, cette fois, c’est bel et bien la réalité. « Peu importe, si on n’a rien à se reprocher ! », rétorqueront peut-être les naïfs, oubliant que, d’une part, c’est justement parce qu’on n’a rien à se reprocher qu’il est intolérable de vivre comme un prisonnier de droit commun surveillé nuit et jour, et que, d’autre part, dans un pays où l’Etat est de plus en plus ouvertement l’ennemi de son peuple, on peut très vite et très facilement se retrouver dans une situation qui lui déplaise et qu’il viendra justement nous « reprocher ». « N’étiez-vous pas, monsieur Durand, tel jour à telle heure sur les Champs-Elysées, alors que s’y déroulait une manifestation des Gilets jaunes ? C’est très mal ça, monsieur Durand, vous êtes un factieux… Comprenez que, dans de telles conditions, nous nous voyons contraints d’engager un petit contrôle fiscal ainsi qu’une enquête sociale sur la façon dont vous élevez vos enfants… »

Cette accentuation du contrôle généralisé est d’autant plus inacceptable que son efficacité en matière de sécurité est nulle ou quasi nulle. Jamais la délinquance et la violence n’ont été plus omniprésentes malgré la multiplication des systèmes de vidéosurveillance et autres technologies de fichage et de flicage. Cela n’a rien d’étonnant car ce n’est en aucun cas avec des gadgets techniques que l’on peut éradiquer un phénomène social tel que la criminalité, mais bien par une volonté et des actes politiques forts et courageux, en mettant fin notamment à la culture de l’excuse et au laxisme judiciaire. Et pas en conduisant peu à peu les Français à vivre dans une sorte de gigantesque espace concentrationnaire digne du modèle chinois.

Xavier Eman

Article paru dans Présent daté du 14 juin 2022