Les Foulards rouges, ces grincheux du parti de l’Ordre, par Ivan Rioufol

Le fascisme ne passera pas !“, ont répondu des Foulards rouges, dimanche, à l’adresse d’une poignée de Gilets jaunes venus les narguer. La scène s’est déroulée dimanche, place de la Bastille. La réplique pavlovienne, venue des profondeurs de Mai-68, dit bien l’incompréhension de ces progressistes pépères pour l’authentique révolte populaire qui se déroule sans eux. Nombreux sont les anciens soixante-huitards – Daniel Cohn-Bendit en tête – qui sont devenus les défenseurs grincheux du parti de l’Ordre. Les anars d’hier, qui faisaient peur aux notaires, ressemblent désormais aux petits bourgeois irrités qu’ils moquaient alors. Hier, certains de ceux-là sommaient les protestataires de se mettre au boulot, sans réaliser que les Gilets jaunes sont justement ces Français qui travaillent mais n’arrivent pas à vivre de leurs revenus. Les Foulards rouges, partis 2000 de la place de la Nation (chiffre des médias sur place) sont arrivés 10.500 (chiffre du ministère de l’Intérieur) trois heures plus tard, place de la Bastille, pour se disperser immédiatement comme des moineaux.

Mobilisés pour dénoncer la violence des Gilets jaunes, ils n’ont rien dit du sort de Jérôme Rodrigues, blessé la veille par un tir de la police, sur cette même place de la Bastille. Ce leader de la contestation, touché à l’oeil, est justement de ceux qui appellent à manifester pacifiquement. Mais il faut croire que ce profil, qui est en fait celui de la très grande majorité des Gilets jaunes, ne fait pas les affaires des pro-Macron. Leur entêtement à vouloir caricaturer ces Français en colère laisse voir une intransigeance qui est, elle, une authentique et permanente violence.

La complaisance mise par certains commentateurs à valoriser les propos incendiaires d’Eric Drouet, ce nouveau héros que l’extrême gauche s’est choisie, contribue à cette stratégie de diabolisation du mouvement, présenté par les Foulards rouges comme une menace pour la République. Réagissant à la blessure de Rodrigues, Drouet a effectivement lancé un appel, samedi, “à un soulèvement sans précédent par tous les moyens utiles et nécessaires pour que plus personne ne soit victime de ces blessures de guerre.” Mais, outre le fait que Rodrigues a au contraire demandé le retour au calme, cette seule invitation au “soulèvement” ne suffit pas à en faire un mot d’ordre méritant d’être répercuté par les médias.

Il est stupide d’assurer que la République est menacée au prétexte que des citoyens demandent davantage de démocratie. Le fascisme que dénoncent les Foulards rouges est chez ceux qui, en leur sein, défendent un entre soi oppresif qui n’est plus tenable. La répression ne peut être l’unique argument de la caste face à une protestation d’envergure qui ne faiblira pas. D’autant que les prises de paroles, qui se multiplient, consolident les revendications populaires. Rivarol, témoin de la Révolution de 1789, l’avait noté à l’époque : “Les nations que les rois assemblent et consultent commencent par des vœux et finissent pas des volontés”. Tant pis : l’histoire s’écrira sans les Foulards rouges, s’ils persistent à mettre leurs foulards sur leurs yeux.

Ivan Rioufol

Texte daté du 28 janvier 2019 et repris du blog d’Ivan Rioufol

Les Foulards rouges de la macronie

Dimanche 27 janvier à Paris. Temps gris, temps de pluie, temps triste, comme cette France triste, maussade, celle du passé qui reste sur le quai, qui est sortie pour « défendre la république et la démocratie » en arborant des foulards rouges. Cette France-là, c’est celle des petits rentiers, ou de ceux qui croient l’être, de ceux qui ont mis leurs espoirs dans un jeune ex-banquier (si on ne peut plus faire confiance à son banquier !), « rapiéceur » du bas de laine de leurs rêves d’une vieillesse tranquille à n’importe quel prix, après moi la fin du monde !

Les premières photos du rassemblement montraient un Caucasien, une Asiatique et un Africain jubilant sous leur t-shirt blanc, image d’un monde sans frontières ; Macron et Benetton utiliseraient-ils les services de la même agence publicitaire ? L’illusion ne dura pas longtemps, déjà Ouest-France, plutôt favorable à la macronie, titrait, dépité : « Quelques milliers de personnes ». Quelques milliers de personnes qui chantaient « Mort aux cons ! » (rien que cela) tout en demandant plus d’Europe et plus de répression. Parmi les manifestants on comptait, stratégiquement dispersés, des Africains qui semblaient avoir été tirés du sommeil de leurs foyers ; combien des figurants du 27 janvier furent-ils payés ?

De source bien informée, les manifestants étaient moins de quatre mille. Qu’il doit être difficile de travailler pour le ministère de l’Intérieur : un jour il faut diviser le nombre des Gilets jaunes par trois ou par quatre, le lendemain il faut gonfler celui des Foulards rouges dans les mêmes proportions. Pourtant, pour cette poignée de pacifistes armés des meilleures intentions, la police était présente, oh non pas pour leur tirer dessus à bout portant des grenades ou des flashballs, mais plutôt pour les protéger, les aider à traverser la rue.

Deux Gilets jaunes ont essayé de prendre la parole au sein de la manifestation pour dire qu’eux aussi étaient contre les violences, celles des casseurs et de la police notamment. Peine perdue, ils furent expulsés manu militari aux cris de « dehors les fachos ». On a la tolérance susceptible chez les macronistes. Une quinzaine de députés et six sénateurs de la majorité étaient présents à ce rassemblement qui était censé n’avoir rien à faire avec leur parti.

Non, Macron n’est pas de Gaulle, et le 27 janvier 2019 ne fut pas une réplique du 30 mai 1968. Après le Grand Débat, encore un « truc » qui n’aura pas marché. Macron et son groupe d’imposteurs malfaisants ne possèdent aucun soutien populaire, tout n’est que tourbillons de vent et aveuglement dans son gouvernement. Un gouvernement qui paraît ne plus tenir que par l’obéissance « rottweileresque » des membres des forces de l’ordre, des hommes qui pour la plupart, semble-t-il, ont oublié leur conscience et le devoir suprême envers la patrie le jour où ils ont signé leur engagement.

Xavier Darc

Article paru dans Présent daté du 28 janvier 2019