Des internautes américains mettent à genoux un fonds d’investissement

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L’affaire ne manque pas d’un certain panache. Ou d’une insolence de cancre, de ce genre de cancre brillant qui est relégué à côté du radiateur non point par manque d’intelligence, mais par manque d’intérêt pour l’aridité des déclinaisons latines. Après des siècles passés à séduire leurs voisines avec des sonnets pastichant Rimbaud pour les plus romantiques, ou en construisant des avions en papier pour les plus ingénieux, ce spécimen attachant qu’est le cancre brillant a trouvé une échappatoire particulièrement subversive, car puissant et opaque : le codage.

C’est ainsi que les meilleurs codeurs, ces Mozart de l’informatique, se retrouvent dans des « salons » virtuels, appelés « forums », pour discuter. Pas grand-chose à voir avec l’agora de Thèbes ou le forum romain au pied du Capitole : il s’agit de lieux virtuels où les échanges se font par messages, partage d’images ou de vidéos. A ce petit jeu, le forum américain et anglophone Reddit est la plate-forme la plus connue. Ce forum où l’on discute de tout, et surtout de n’importe quoi, est divisé en sous-sections, en fonction des thèmes. On y trouve des salons pour discuter de sport, de mode, de politique, de société, comme dans un bon vieux PMU où l’on commente entre amis une étape alpine du tour de France. Bien caché, se trouve même un salon pour parler boursicotage. Et c’est là que tout s’est joué.

Quelques amateurs, connectés sur des applications permettant d’acheter des actions en direct, se partageaient leurs tuyaux pour se faire un peu d’argent. Rien de très politique ni même de véritablement financier d’ailleurs, simplement une petite occupation du dimanche soir. Vous regardez un bon vieux Melville ? Eux passent une petite heure les yeux rivés sur des courbes de la Bourse pour surveiller leur portefeuille. C’est ainsi que l’un d’entre eux s’est aperçu qu’un fonds d’investissement, connu pour sa grande malveillance, s’attaquait à GameStop. GameStop est une enseigne américaine qui vend des jeux vidéo et des objets de collection depuis des petites boutiques qui ont pignon sur rue. Cette enseigne est certes en déclin, mangée par la dématérialisation, mais n’est cependant pas totalement dénuée d’atouts pour son avenir. Parmi eux, un fort capital affectif chez ses clients, et un patrimoine immobilier costaud. L’aventure est donc loin d’être terminée. Sauf si un rapace de la finance tombe dessus à bras raccourcis pour le plumer, laissant l’entreprise exsangue et quasi morte. Le but du fonds Melvin Capital était le suivant : parier sur la baisse, vendre toutes ses actions GameStop pour faire croire que le titre s’effondre, le faire s’effondrer par effet mimétique (les autres épargnants vendant aussi dans la panique pour limiter leur perte), et programmer des offres d’achat pour racheter ces actions pour une bouchée de pain juste après.

Keith Gill est boursicoteur et traîne sur Reddit. Il appelle à la rescousse ses camarades : cette entreprise qu’ils aiment tant va se faire exploser. Alors ils font ce que le marché ne pouvait absolument pas prévoir : acheter en masse des actions GameStop à cadence soutenue. Très soutenue. Juste au moment où Melvin Capital vend. Résultat, la valeur de l’action a été multipliée par 54. Et, Melvin Capital devant honorer ses engagements, le fonds a dû acheter 54 fois plus cher des actions qui lui appartenaient quelques instants plus tôt. Un délire. Le fonds perd la moitié de ses capitaux dans l’action, et doit être renfloué à hauteur de 2,75 milliards de dollars. Une raclée, infligée par des boursicoteurs bien coordonnés. C’est l’application qu’ils utilisaient pour acheter les actions, nommée Robinhood en référence au héros de Walter Scott, qui a stoppé le match en interrompant la possibilité de faire des transactions avec ce titre. Pourquoi ? Ce courtier désirait faire son entrée en Bourse, et les acteurs traditionnels lui ont assuré que s’il ne stoppait pas cette révolution sur-le-champ, il ne rentrerait jamais dans leur cénacle. Dont acte. La gauche sociale américaine et la droite trumpiste ont protesté énergiquement, au nom de la démocratie. D’ailleurs, le président de l’entreprise devra s’expliquer devant le Sénat.

Parmi les choses reprochées à cette application et à ce forum par les grands médias, la présence massive de militants pro-Trump. Sympathique, donc. Bien coordonnés, ils ont donné un sévère avertissement à la Bourse : bien coordonnés, ils peuvent mettre à genoux n’importe qui, comme une ruche fait reculer un frelon.

Benoît Busonier

Article paru dans Présent daté du 4 février 2021

Business as usual : un groupe qatari met la main sur GFI Informatique

29/11/2015 – ÉCONOMIE (NOVOpress)
Pendant les attentats, les affaires continuent : le groupe français GFI Informatique va passer sous pavillon qatari. Une entreprise de plus dans l’escarcelle de l’émirat… quand islamisme et affaires font bon ménage…

La SSII GFI Informatique vient d’annoncer par communiqué des négociations exclusives en vue de la vente de 51 % des parts des fonds Apax Partners et Boussard & Gavaudan de la société au groupe qatari Mannai Corporation. La vente doit valoriser GFI Informatique au montant de 561 millions d’euros.
GFI Informatique a réalisé 804 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2014. L’entreprise compte 11 000 employés répartis dans 8 pays. GFI Informatique est implanté en France autour de 40 agences. À l’international le Groupe compte des filiales en Belgique, au Luxembourg, en Suisse, en Espagne, au Portugal, au Maroc et en Côte d’Ivoire.
Basé à Doha, Mannai Corporation est un groupe qui investit dans les TIC, l’automobile ou encore les services d’ingénierie dans le gaz et le pétrole. L’organisation a 65 ans, et a commencé par le marché des pièces détachées automobiles. L’entreprise affirme avoir développé son activité à l’international depuis 2001. Elle est cotée depuis 2007.

S’il s’agit là d’une acquisition par un groupe privé, c’est tout de même l’occasion de rappeler l’importance des investissements publics et privés du petit émirat en France, qui lui assurent indulgence, voir amitié… voire plus si affinités de notre classe politique.
En témoigne la convention fiscale de 2008, qui stipule que les Qataris sont exonérés de taxe sur les plus-values immobilières. Par ailleurs, un Qatari ne paie pas d’impôt sur la fortune (ISF) durant ses cinq premières années de résidence en France.

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Le Qatar offre 500 millions d’euros à Nicolas Sarkozy

Le Qatar offre 500 millions d’euros à Nicolas Sarkozy

11/03/2013 – 21h00
PARIS (NOVOpress) –
Le fonds souverain du Qatar aurait proposé à Nicolas Sarkozy la direction d’un fonds d’investissement d’un montant de 500 millions d’euros afin d’investir sur des marchés tels que le Brésil, l’Espagne ou le Maroc, selon une information du Financial Times. L’ex-président de la République est très proche de l’émir Khalifa al-Thani (à droite sur la photo ci-dessus), le propriétaire du Paris-Saint-Germain. C’est surtout à partir de l’élection de Nicolas Sarkozy que les liens entre la France et l’émirat qatari se sont resserrés. La France est devenue le deuxième investisseur étranger au Qatar. L’ancien hôte de l’Elysée a renvoyé l’ascenseur en soutenant le fonds d’investissement pour les banlieues françaises permettant au Qatar d’accentuer l’islamisation de la France.

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