Il y a des femmes remarquables…, par Philippe Bilger

Sylviane Agacinski

J’entends bien que mon titre est provocateur qui laisse entendre que la féminité n’est pas exceptionnelle en elle-même et que la parité est établie qui mêle des hommes médiocres à des femmes sans éclat.

S’il y a des combats légitimes pour instaurer une égalité professionnelle et une équivalence de respect et de dignité entre les hommes et les femmes, j’avoue être lassé par le poids d’un totalitarisme pervers qui, pour paraître progressiste, vous incite à exploser d’enthousiasme dès qu’une femme parle, écrit ou se plaint, comme si nous avions affaire à des êtres fragiles et à ménager.

Pour ma part je respecte trop les femmes pour les traiter avec condescendance, avec cette sorte de révérence qui signifie moins une authentique estime qu’une manière subtile et faussement noble de les traiter encore en inférieures.

Il est insupportable de sentir à chaque seconde qu’on attend de nous, les hommes, une dilection, une considération de principe pour toutes les femmes, pour l’autre sexe dans sa généralité et que toute attaque un peu vive de notre part nous plongerait dans un enfer politique ou médiatique.

Parce qu’on n’a pas toujours une Sandrine Rousseau caricaturale pour démontrer qu’on a le droit d’être réservé sur telle ou telle représentante de la condition féminine…

Détestable obligation aujourd’hui qui, à la suite de comportements transgressifs inadmissibles mais ponctuels, voudrait nous faire endosser une culpabilité collective, nous condamnant à une repentance humaine sur le mode de la France d’aujourd’hui s’abandonnant trop volontiers à la contrition historique.

Cette sorte d’injonction – en dehors du féminisme militant et sans nuance, point de salut ! – m’est d’autant plus insupportable que dans beaucoup de secteurs, je ressens avec un infini bonheur que nous avons des partenaires en esprit et en humanité qui non seulement nous honorent mais nous remettent à une place plus modeste que celle dont un pouvoir largement viril nous a longtemps gratifiés.

Je songe notamment à deux personnalités exceptionnelles dans un registre différent mais que le sort qui leur a été réservé a réunies dans une même injustice.

J. K. Rowling a été non seulement l’auteur admirée et au succès colossal de Harry Potter mais aussi plus tard l’intelligence libre et courageuse qui, renvoyant un féminisme délirant dans ses cordes, a fait l’objet d’un opprobre scandaleux, d’un ostracisme ignoble sans que d’ailleurs sa réputation auprès de la multitude des gens sensés dans le monde en ait été affectée, bien au contraire. Sa sensibilité de gauche ne l’a pas dégradée mais sublimée !

Je connais peu d’hommes où que ce soit et dans quelque domaine que ce soit qui auraient eu autant d’audace tranquille pour pourfendre des absurdités et mettre à bas les sottises woke (voir mon billet du 24 novembre 2021).

On me pardonnera de faire référence aussi à une philosophe française de haut niveau qui, je l’espère, n’estimera pas indigne un tel compagnonnage : Sylviane Agacinski qui vient de publier un livre remarquable de limpidité, de liberté et d’analyse informée : « Face à une guerre sainte ». Elle ne se contente pas de décrire avec intelligence, mesure et objectivité les monothéismes, leurs liens et leurs conflits, mais elle dénonce le prosélytisme islamiste avec une rigueur et une force de conviction qui, émanant d’une intellectuelle à la sensibilité progressiste, ont d’autant plus de poids.

Sylviane Agacinski, il y a quelque temps, s’était vu refuser l’accès à l’université de Bordeaux où elle devait prononcer une conférence et participer à un débat parce que ses positions notamment sur la GPA à laquelle elle était et demeure hostile avaient déplu à quelques obtus haineux et ignorants.

Il y a dans le parcours intellectuel, philosophique et politique (au sens noble) de cette femme une constance, une absence de préjugés, un refus de l’absurdement correct qui dans notre monde constituent une oasis de liberté et d’indépendance.

Oui, il y a des femmes remarquables. Bien plus que deux mais celles-là m’ont paru constituer l’antidote le plus efficace, le plus éblouissant contre le féminisme de posture et d’intimidation, contre une certaine dictature nous imposant d’admirer systématiquement qui serait femme en nous couvrant la tête de cendres parce que nous serions hommes.

Tribune reprise de Philippebilger.com