Tag Archives: Europe

[Lu sur le Net] Que reste-t-il des Lumières ? (1ère partie) par Pierre LE VIGAN

[Lu sur le net] Que reste-t-il des Lumières ? (1ère partie) par Pierre Le Vigan

Texte repris du site Europe Maxima

Plus de 250 ans après le lancement de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert (1751), que reste-t-il des Lumières ? Un mythe et beaucoup d’ambiguïtés.

Le mythe, c’est l’idée que l’usage de la raison a été inventé par les Lumières. C’est très excessif. C’est faire peu de cas de Grecs, des Romains, des Renaissants et même des théologiens. Mais il reste un acquis de la pensée des Lumières : c’est l’idée que les hommes font leur histoire. Qu’ils ont la responsabilité de leur histoire. Les Lumières le disent et l’intègrent dans le développement de leur pensée. « Bien et mal coulent de la même source » dit justement Jean-Jacques Rousseau. Cette source, c’est l’homme, avec sa grandeur et avec ses limites. En outre, les Lumières n’ont pas inventé la notion de bien commun mais elle fut présente chez la plupart de ses penseurs. Ceci distingue les Lumières d’un certain libéralisme individualiste.

Lire la suite

Des gardes-frontières suisses participent à la lutte contre les trafics à la frontière entre l'Europe et le Maghreb

Des gardes-frontières suisses participent à la lutte contre les trafics à la frontière entre l’Europe et le Maghreb

26/07/2012 – 12h00
ALGESIRAS (NOVOpress) –  L’Administration fédérale des douanes (AFD) a annoncé mercredi qu’un garde-frontière suisse a découvert 1 227 kg de haschich à Algésiras (frontière hispano-marocaine). Le trafiquant marocain a été remis aux autorités espagnoles. Cette saisie intervient dans le cadre d’une mission de l’Agence européenne pour la coopération aux frontières extérieures (FRONTEX).

Dans ce cadre, trois gardes-frontières suisses et un chien ont été envoyés pour une durée de 93 jours dans le sud de l’Espagne. Une mission visant à lutter contre la déferlante migratoire en provenance des pays du Maghreb. Les agents affectés à cette opération sont confrontés à trois grands types de trafic : êtres humains, armes et drogue.

Crédit photo : Administration fédérale des douanes

L’UE favorise les grands groupes au détriment des petits producteurs, sur fond de conflits d’intérêts avérés

L’UE favorise les grands groupes au détriment des petits producteurs, sur fond de conflits d’intérêts avérés

26/07/2012 – 08h00
BRUXELLES (NOVOpress) — Depuis une dizaine d’années, l’Union européenne encadre de manière de plus en plus stricte par des directives, la vente et la distribution de médicaments, de plantes et d’aliments. Officiellement, l’objectif est de protéger le consommateur. Code communautaire sur les médicaments, directive sur les médicaments à base de plantes, les normes à respecter sont de plus en plus complexes. Résultat : les « petits » n’ont plus les moyens de répondre à toutes ces normes en restant rentables. Seuls les « gros » survivent, c’est-à-dire les grands groupes industriels pharmaceutiques ou agro-alimentaires (Nestlé, Danone, Bayer, Pfizer, etc).
Lire la suite

[Lu sur le Net] “Vers un monde sans Union européenne ?” par Alexandre Latsa

[Lu sur le Net] “Vers un monde sans Union européenne ?” par Alexandre Latsa

19/07/2012 — 10h00
via RIA NOVOSTI Les Espagnols auront entendu au moins une bonne nouvelle durant cette année 2012: ils ont bien la meilleure équipe de football d’Europe. Mais une sombre coïncidence se confirme: les derniers vainqueurs de l’euro de la décennie sont dans une situation proche de la faillite économique, Grèce (2004) et Espagne (2008 et 2012).

En Europe, pas un mois sans une “réunion de la dernière chance”, pas un jour sans que les mots “marchés financiers” ou “crise financière” ne viennent inquiéter la grande majorité des européens quand à leur avenir proche. Mois après mois ces réunions entre membres de l’Union Européenne construisent toutes des solutions provisoires, pour éviter l’éclatement de la zone Euro, et peut être celui de l’Union Européenne. Pour les citoyens des pays de l’union, le spectacle devient tragique : les pays à bout de souffle demandent comment emprunter encore plus, les autres donnent des conseils : travailler plus et gaspiller moins.

Les mauvais élèves de la classe (“les médiocres” dirait le politologue Biélorusse Vadim Gigin) espèrent que les élections en Allemagne en 2013 verront la chute politique du système Merkel, afin de permettre la mise en place d’euro-bonds destinés à mettre en commun (mutualiser) les dettes d’états via des euro-obligations. Ce système d’euro-bonds aurait pour conséquence directe qu’en cas de faillite d’un Etat les autres seraient “tenus” de rembourser sa dette. Autrement dit, il s’agit de faire payer l’ensemble des états encore relativement sains en jouant sur le principe de “solidarité financière”. Et peut être un choc psychologique pour les marchés, destinée à aider les derniers de la classe, en faisant baisser les taux d’intérêts spéculatifs.

(…)

La crise vient d’outre-Atlantique, c’est une crise de tout le système occidental, et l’Europe paye aujourd’hui très cher les conséquences en chaine de la crise des subprimes américaines. Le monde a changé à une vitesse fulgurante. L’opposition des idéologies communiste et libérale/occidentale avait au moins le mérite de structurer la planète. Lors de la victoire de l’idéologie libérale, une idée nouvelle est apparue : un accord planétaire, autour d’un modèle économique et politique, idéal et unique, serait peut être possible. La victoire du modèle capitaliste paraissait définitive, et on pensait généralement que l’idéologie du vainqueur serait fonctionnelle, peut être pour toujours. On a même rêvé à cette époque de la fin historique des idéologies. Pour Francis Fukuyama par exemple, l’Histoire devait en effet s’achever le jour où un consensus universel sur la démocratie mettrait un point final aux conflits idéologiques.

Or, 23 ans seulement après la parution de la thèse de Fukuyama, ce système “global-occidental” (globalitariste disent ses détracteurs) parait de moins en moins fonctionnel, et ce consensus universel sur la démocratie plus vague que jamais.

Où est passé l’optimisme qui régnait en occident au moment de la disparition de l’URSS? Et cette idéologie libérale démocratique mondialiste idéale qui allait enrichir tous les peuples de la planète? On comprend peu à peu que si l’idéologie libérale a accéléré la globalisation, cette globalisation a sans doute directement contribué à la destruction de la domination occidentale, via l’affaiblissement de son idéologie bien sur, mais aussi via l’apparition de nouveaux modes de gouvernance politico-économiques, et de nouveaux systèmes de valeurs.

On peut aujourd’hui se poser la question suivante: et si c’était finalement le système d’exploitation du monde occidental (politique, économique et moral) qui ne fonctionnait plus ?

Crédit photo Une : Florian K./Wikipédia sous licence CC

Huit centième anniversaire de la victoire de Las Navas de Tolosa

Huit centième anniversaire de la victoire de Las Navas de Tolosa

16/07/2012 – 12H00
MADRID (NOVOpress) – On célèbre aujourd’hui, particulièrement en Espagne, le huit centième anniversaire de la bataille de Las Navas de Tolosa, étape décisive de la libération de la péninsule ibérique après des siècles d’occupation musulmane.

Au début de l’année 1212, la situation des royaumes chrétiens du Nord de l’Espagne n’est pas fameuse. Ils sont engagés dans un long combat pour la Reconquista de la péninsule ibérique, en grande partie occupée par les Arabes depuis 711, période où ils s’étaient avancés jusqu’à Poitiers, en France. Les Européens font face à une puissante armée de 200.000 soldats, venus en majorité d’Afrique du Nord mais aussi d’autres régions dans un esprit de djihad.

Les forces commandées par Alphonse VIII de Castille sont moitié moins nombreuses. Aux Castillans, Aragonais et Navarrais se sont joints des volontaires d’autres pays européens, en majorité des Français, mais aussi des Allemands, des Italiens, etc. qui répondent à l’appel du pape Innocent III, qui a fait de la Reconquista une « croisade ».
Rassemblée à Tolède, libérée depuis 1085, l’armée chrétienne remporte une première victoire le 24 juin 1212 en prenant d’assaut la place forte de Malagón. Quelques jours plus tard, elle prend Calatrava. Calatrava est alors une cité importante, capitale de la Castille arabe. Son défenseur, Yusuf ben Kadis, est exécuté par le calife pour avoir échoué à la défendre. La chute de la ville est le début de la fin pour les Arabes, désormais sur la défensive.

Huit centième anniversaire de la victoire de Las Navas de Tolosa

Reconstitution de la bataille de Las Navas de Tolosa. Cliquer sur l’image pour l’agrandir. Crédit image : DR.

Rejointe par les chrétiens au pied de la Sierra Morena, près du village de Las Navas de Tolosa, la gigantesque armée du calife est taillée en pièces le 16 juillet 1212. C’est un moment décisif de la Reconquista et de l’histoire de l’Europe. Désormais, les musulmans reculeront partout jusqu’à la libération intégrale de la péninsule.

“Géopolitique : un manuel précieux” par Georges Feltin-Tracol

“Géopolitique : un manuel précieux” par Georges Feltin-Tracol

15/07/2012 — 16h00
PARIS via Europe Maxima Sous la direction avisée de Pascal Gauchon, les P.U.F. lancent une nouvelle collection géopolitique destinée à l’enseignement supérieur. Après avoir traité de la France, du Brésil, de l’Inde, des pays émergents et du domaine maritime et océanique, un nouveau manuel s’intéresse à un ensemble géographique qui fait souvent l’actualité : l’Afrique du Nord, le Proche-Orient et le Moyen-Orient.

Rédigé par Tancrède Josserand, turcisant prometteur, auteur d’un remarquable essai sur La nouvelle puissance turque, Florian Louis, historien, et l’arabisant Frédéric Pichon (un homonyme à ne pas confondre avec l’avocat et président d’Europæ Gentes), Géopolitique du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord apporte d’une manière précise et synthétique une foule d’informations raisonnées sur cette partie du monde aux contours flous.

L’aire distinguée se singularise en effet par des dénominations variées. « Appellation forgée par la diplomatie française (p. 10) », le Proche-Orient désigne les territoires riverains de la Méditerranée. « Moyen-Orient » est une « appellation forgée par la géopolitique anglo-saxonne […] popularisée par le stratège Alfred T. Mahan dans un célèbre article de 1902 (p. 10) » qui correspond à la Péninsule arabique et au Golfe arabo-persique. Quant à l’expression « Extrême-Orient » qui tend à être remplacée par « Asie orientale », elle « regroupe les pays situés à l’extrémité orientale du continent eurasiatique (p. 10) ». Ce dernier cadre sort au champ d’analyse des auteurs.

À cette complexité sémantique interviennent des distinctions internes durables entre le Maghreb et le Machrek, l’Afrique du Nord et l’Asie occidentale. Les géostratèges étatsuniens préfèrent maintenant parler de M.E.N.A. « pour Middle East and North Africa (Moyen-Orient et Afrique du Nord) [… ce qui serait la signification] la plus pertinente pour aborder les problématiques actuelles d’une région en pleine reconfiguration (p. 10) ». Pour les auteurs, cette absence de définition claire prouve que « toute la singularité de l’Orient tient au fait qu’on l’associe instinctivement à la complexité. […] Ce qui rend l’Orient compliqué, c’est d’abord bien souvent le regard que nous posons sur lui (p. 3) ».

Il est indéniable que l’espace étudié dans cet ouvrage ainsi délimité se caractérise par un pluralisme ethno-linguistico-religieux foisonnant, une instabilité politique fréquente, un désir ambigu d’unité. Il suscite maintes convoitises de la part de l’extérieur et connaîtrait un début timide de normalisation. Par ailleurs, à part le Maroc, l’Iran et le Sud-Est de l’Arabie, son point commun principal est une longue histoire commune sous le férule de l’Empire ottoman et, auparavant, des tribus turques. Il en ressort que la domination des « peuples de la steppe » sur les « peuples du désert » a agi « comme un conservatoire de la diversité culturelle et cultuelle (p. 12) ».

La région détient dans son sous-sol de vastes gisements d’hydrocarbures qui font à la fois sa richesse et son malheur. Les auteurs n’hésitent pas à parler de « la malédiction de la rente (p. 77) ». Dans le même temps, le tourisme stagne, l’agriculture demeure guère performante et les politiques publiques montrent leur défaillance. Elle pâtit par conséquent des déficiences économiques majeures. Convoité en raison de sa manne pétrolière et gazière, cet ensemble de 12 M. de km2 et de 450 M. d’habitants est aussi une « région carrefour par excellence, située à la jonction entre Asie, Europe et Afrique (p. 28) » avec, en plus, des contraintes naturelles spécifiques : elle doit composer avec la montagne, le désert, les mers et les océans. Il en résulte une densité humaine élevée dans les vallées et sur les littoraux, et un risque accru de surpopulation.

L’espace mentionné se situe en outre au cœur d’un arc de crises afro-asiatiques qui s’étend du Cachemire au Sahel en passant par le Yémen et le conflit israélo-arabe. Les auteurs insistent sur le fait que « le Moyen-Orient est organisé autour d’un centre de gravité formé par l’Irak, la Syrie, la Jordanie, le Liban, Israël et la Palestine (p. 28) ». De ce fait, il est devenu le terrain de manœuvres des grandes puissances (États-Unis, Russie, Chine, Union européenne, Amérique latine même !) et, aussi, des acteurs régionaux (l’Iran, la Turquie, Israël, l’Égypte, l’Arabie Saoudite, le Maroc, l’Algérie…). De vieilles logiques géopolitiques replacent ces territoires « sous le signe de Mars (p. 125) » avec une multiplication des contentieux (Chypre, Palestine, Irak, Kurdistan, Sahara occidentale…) qui en font un vrai « épicentre de la géopolitique mondiale (p. 149) ». Le basculement de l’axe régional s’est opéré en 1920 avec le calamiteux traité de Sèvres. Le télescopage des rivalités franco-britanniques et le réveil nationalitaire arabe, kurde, juif et turc bouleversèrent durablement la zone. Les auteurs exposent les idéologies en vogue (le sionisme, l’islamisme et les panarabismes baasiste et nassérien) qui l’affectèrent. Ils ignorent en revanche le nationalisme pan-syrien d’Antoun Saadé, bien trop méconnu en France. Cette absence est l’une des quelques – rares – erreurs factuelles relevées comme, en page 23, citer Olivier Todd au lieu de son fils Emmanuel, le célèbre démographe. À ce contexte explosif s’ajoutent des tensions sociales intérieures, car l’opulence tirée des hydrocarbures côtoie la pauvreté la plus criante.

Il importe cependant de prendre en considération cette aire qui constitue une puissance financière, foncière et médiatique non négligeable. L’Arabie Saoudite, les Émirats arabes unis, le Qatar achètent des pans entiers de l’économie et de l’immobilier en Occident. La colonisation financière de l’Europe suit l’invasion migratoire du continent et sa déseuropéanisation. Mais cette puissance n’est-elle pas viciée par une trop grande hétérogénéité du fait de la coexistence ambivalente et chaotique des nombreuses tendances chrétiennes et musulmanes ? Rappelons aussi que les émirats pétroliers de la Péninsule arabique abritent une population immigrée, souvent de confession chrétienne, qui, quoique majoritaire en nombre, est opprimée et sans aucun droit. On attend toujours que les « Grandes Consciences » médiagogiques et les ligues de petite vertu subventionnées s’élèvent contre les discriminations et le racisme pratiqués dans la région…

Les auteurs remarquent que les États regroupent des « mosaïques linguistico-religieux (p. 49) », d’où une plus grande fragilité depuis les révolutions du « Printemps arabe » parce que « faute d’une réelle tradition étatique dont l’autorité serait légitimée par une profondeur historique, l’État n’est pas tant ici un instrument de gouvernement dont on chercherait à s’emparer pour réformer le pays, que l’enjeu d’une lutte d’influence entre factions rivales (p. 74) ». La faiblesse des structures étatiques s’explique largement par la prégnance de l’islam. « Dans la civilisation islamique les structures de base sont la famille, le clan et la tribu, d’une part, la religion, de l’autre. L’islam permet en effet de souder des groupes aux intérêts souvent antagonistes […]. Dans l’islam, la tribu et la communauté confessionnelle sont les principaux catalyseurs du sentiment de loyauté. L’État-nation arrive très loin derrière. Dans le monde musulman, les constructions étatiques font face à un déficit de légitimité parce qu’elles sont souvent le fruit arbitraire des ingérences européennes et parce que leurs frontières ne recoupent pas celles des groupes humains qu’elles abritent. d’autre part, le concept d’État-nation unitaire et souverain entre en collision avec le dogme de la souveraineté exclusive d’Allah et de la supériorité de l’Umma sur toute autre instance humaine (p. 32). »

On aura compris que cet ouvrage accorde une belle place à la géographie physique et à la géopolitique. Avec de nombreuses citations puisées un très large éventail décrits, de Fernand Braudel à Oswald Spengler, de Lamartine au talentueux géopoliticien non-conformiste Robert Steuckers, du géographe – historien Xavier de Planhol à T.E. Lawrence, cette Géopolitique du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord comporte des cartes en couleur, un glossaire des termes arabes, hébreux et turcs et des annexes qui, intégrées au corps de l’ouvrage, étayent, illustrent et expliquent les démonstrations. Bref, c’est un excellent manuel plaisant à lire. À savourer sans modération !

Tancrède Josserand, Florian Louis, Frédéric Pichon, Géopolitique du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord. Du Maroc à l’Iran, P.U.F., coll. « Major », Paris, 2012, 192 p., 25 €.

Crédit carte Une : иктор В/Wikipédia sous licence CC.

[Tribune libre] L’identité dépend-elle de la souveraineté ? par Dominique Venner

[Tribune libre] L’identité dépend-elle de la souveraineté ? par Dominique Venner


[box class =”info”]Source : le site de Dominique Venner[/box]

Remarques liminaires : Je reproduis ici intégralement un article fondateur que j’avais publié dans Le Figaro du 1er février 1999 sous le titre : « La souveraineté n’est pas l’identité ». Cet article s’inscrivait dans le débat provoqué par le Traité d’Amsterdam et les discussions au sujet de la future Union européenne. Mon intention était de libérer les esprits à l’égard de l’histoire jacobine et « statocentrée » (ayant l’État pour explication), qui a toujours été enseignée en France sous l’influence d’un Etat centralisateur exceptionnellement puissant. Cette histoire exclusivement centrée sur l’Etat a pratiqué une sorte de négation du peuple français et de la nation charnelle que j’entendais réhabiliter. Cet article provoqua quelques vives polémiques dans les milieux les plus attachés à l’idée de souveraineté, favorisant une réflexion nouvelle sur l’identité nationale. Je le reproduis tel qu’il fut publié à l’époque.

————————-

Un vent de panique souffle dans nos ultimes chaumières. La France survivra-t-elle à l’Euro, au traité d’Amsterdam, à la conjuration des eurocrates, à l’an 2000 ? Les abandons de souveraineté sont-ils des abandons d’identité ? Sur ces vraies questions, sur le défi de la construction européenne, les historiens sont restés étrangement silencieux. Pourtant, s’il est un domaine où l’histoire peut éclairer l’avenir, c’est bien celui de l’identité française au sein de l’Europe.

Contrairement à la nation allemande qui a vécu sans Etat unitaire pendant six siècles, de 1250 à 1871, la France n’a pas l’expérience d’une telle interruption. L’Etat unitaire s’y est maintenu sans discontinuer dans la même période. De là une relation causale inscrite dans nos esprits entre  souveraineté et identité. C’est même devenu une sorte de dogme, entretenu par l’enseignement jacobin de l’histoire, que la nation française serait une création de l’Etat et que, privée de ce dernier, elle serait en péril de mort et de dissolution.

Si cela était, une telle nation ne vaudrait pas cher. Mais c’est faux. Certes, personne ne contestera que l’Etat, royal ou républicain, a édifié le cadre politique et administratif de la nation. En revanche, il n’est pour rien dans la formation de sa substance. Il n’est pas le créateur du peuple français ni la source de son identité. Et cela, l’histoire le démontre. Mais cette vérité est si contraire à nos idées reçues, qu’il faut quelques développements.

Reportons-nous aux origines, au Serment de Strasbourg, publiquement prêté en février 842 par Charles le Chauve et Louis le Germanique, petits-fils de Charlemagne. Le texte faisant foi fut rédigé en roman (français ancien) et en tudesque. Il s’agit du plus ancien document connu attestant une séparation linguistique entre barons francs germanophones et francophones issus de la même souche. Le Serment de Strasbourg est en quelque sorte l’acte de naissance officiel des Français et des Allemands avant la France et l’Allemagne. En ce IXe siècle, sans qu’il n’y eut jamais d’Etat national, deux peuples et deux cultures différentes sont déjà attestés par l’émergence mystérieuse de deux langues distinctes.

Avançons dans le temps. Dès les XIe et XIIe siècle, les preuves abondent d’une spécificité française rayonnante. A l’époque, l’Etat centralisé est encore inexistant, la petite cour des petits rois de ce temps n’est pour rien dans la Chanson de Roland, ni dans Tristan et Iseult, ni dans le Lancelot de Chrestien de Troyes, monuments primordiaux d’une francité bien enracinée dans le socle européen. Le rôle de l’Etat est tout aussi absent dans l’affirmation du style roman et dans le foisonnement, aux siècles suivants, de l’admirable architecture profane des châteaux, des villes et des maisons rurales, négligée par l’historiographie savante jusqu’à André Chastel.

Qu’est-ce qu’un peuple, qu’est-ce qu’une idendité? Au XIIe siècle, l’illustre Suger, abbé de Saint-Denis et conseiller de Louis VII, répond à sa façon : “Nous sommes Français de France, nés d’un même ventre.” Cinq siècles plus tard, le grammairien Vaugelas, chargé en 1639 de diriger la rédaction du  Grand dictionnaire de l’Académie propose cette définition : “Peuple ne signifie pas plèbe, mais communauté représentée fidèlement par sa noblesse.”

Moins que l’Etat, le facteur déterminant de la naissance d’une nation, est l’existence d’un “peuple-noyau”, homogène, nombreux, actif, “représenté par sa noblesse”, à partir duquel se déploient une langue et un style qui, de proche en proche s’étendent aux peuples voisins et apparentés. Tel fut le destin historique du “peuple-noyau” d’île de France, Picardie et Neustrie, à forte composition franque. Les rois capétiens en firent le socle de leurs ambitions. Qu’est devenu, sous la sèche férule de l’Etat, ce “peuple-noyau”, peuple de Bouvines et de tant d’autres exploits, jadis si vigoureux ?

C’est à lui que nous devons notre langue et sa force intérieure longtemps inentamée. Emile Littré l’a souligné dans son Histoire de la langue française. Il y montrait quelle vitalité puissante et proprement originelle a permis le passage d’un bas-latin celtisé et germanisé au roman puis au français.

Avant que d’être ennoblie par la littérature, la langue a surgi du peuple. Montaigne le savait bien qui écrivait : “J’aimerais mieux que mon fils apprît aux tavernes à parler qu’aux écoles d’éloquence… Puissé-je ne me servir que des mots qui servent aux Halles de Paris!” Ronsard ne disait pas autre chose en assignant cette condition à l’adoption de mots nouveaux : “qu’ils soient moulés et façonnés sur un patron déjà reçu du peuple“. Un patron qu’Etiemble, au XXe siècle, appellera joliment le “gosier populaire“. Encore faut-il naturellement qu’il y ait un peuple, c’est à dire des communautés vivantes et enracinées, tout ce que l’Etat centraliste n’aime pas et a toujours combattu.

L’Etat a sa logique qui n’est pas celle de la nation vivante. Celle-ci n’a rien à craindre des abandons de souveraineté, pour cette bonne raison que la souveraineté ne se confond pas avec l’identité. S’il en fallait encore une preuve, l’histoire du Québec nous l’apporterait éloquemment. Depuis le traité de Paris en 1763, les Français du Canada ont été totalement abandonnés par l’Etat royal. Isolés dans un univers hostile et sous une souveraineté étrangère, non seulement ils n’ont pas disparu, mais ils se sont multipliés, conservant leur langue ancestrale et leurs usages, luttant victorieusement contre l’hégémonie linguistique anglo-saxonne*. Là est l’identité, dans la fidélité à soi-même et nulle part ailleurs.

Notes:
On pourrait ajouter qu’au XIVe siècle plusieurs grands fiefs souvent d’origine carolingienne et de langue française échappaient à l’État royal, mais pas à l’identité française : Grande Bourgogne, Guyenne, Flandre française, Lorraine des ducs, Franche-Comté et Savoie, sans compter la Bretagne indépendante.

Photo : Bataille de Bouvines, tableau d’Horace Vernet/Wikipédia sous licence CC.

“Prussiens et Français : différents et pourtant si proches…” par Dominique Venner

“Prussiens et Français : différents et pourtant si proches…” par Dominique Venner

[box class=”info”]Edito de la Nouvelle Revue d’Histoire n°61 – juillet-août 2012[/box]

Français et Prussiens, un couple moins improbable qu’on ne le croit… Pour preuve en 1784, l’Académie de Berlin institua un prix pour récompenser la meilleure réponse à une curieuse question : « À quoi faut-il attribuer l’universalité de la langue française ? » Antoine de Rivarol obtint le prix. Le travail pour lequel il avait concouru lui valut également une flatteuse épître de Frédéric le Grand. Ce dernier parlait et écrivait le français beaucoup mieux que l’allemand, langue qu’il réservait, disait-il, à ses chevaux. Retenons  que, cinq ans avant la Révolution française, la Prusse, en la personne de son monarque et de ses meilleurs esprits, voyait dans la France comme une sœur aînée. Cette sympathie admirative fut écornée par les conquêtes napoléoniennes, sans cesser vraiment, au moins dans la partie éclairée des deux nations. Pendant une grande partie du XIXème siècle, l’Université française regarda avec admiration sa sœur prussienne. On sait ce que fut l’influence prolongée de Kant, Hegel, Schopenhauer, et plus tard Nietzsche ou Heidegger. Il fallut la catastrophe de 1870-1871 pour que l’ancienne amitié fût brisée. Renan l’a dit mieux que personne : « La guerre entre la France et l’Allemagne est le plus grand malheur qui puisse arriver à la civilisation. L’harmonie intellectuelle, morale et politique de l’humanité est rompue. » En ce temps-là, comme à l’époque antique, on confondait volontiers l’humanité et l’Europe. À cette réserve près, c’était bien vu.

Il faut rendre grâce au général de Gaulle, longtemps hanté par l’idée de la Revanche propre à sa génération, d’avoir compris sur le tard que « l’essentiel, c’est que les deux peuples [les Français et les Allemands], dans leurs profondeurs, exorcisent les démons du passé ; qu’ils comprennent maintenant qu’ils doivent s’unir pour toujours. […] Les Français et les Allemands doivent devenir des frères » (1).

Certes, le général de Gaulle ne parlait pas des Prussiens, mais des Allemands. Cependant, aux yeux des Français, les Prussiens, ont souvent fait figure d’une sorte de condensé d’Allemands, ce qui était flatteur avant 1870.

Au XVIIIème siècle, la Prusse du Grand Frédéric apparaissait déjà comme l’État le plus moderne d’Europe. Plus tard, on a pu dire que cet État était sorti de l’Ancien Régime sans passer par la Révolution. Il représentait un modèle longuement commenté par Renan dans sa « Réforme intellectuelle et morale de la France » écrite au lendemain de 1870 pour conjurer les tares et défauts ayant conduit à notre défaite. Au risque d’anachronisme, on serait presque tenté de dire que l’essai de Renan anticipait sur les travers et carences ayant également produit la défaite de 1940 (2).

La Prusse s’était construite sur un peuple d’élite issu de toutes les régions allemandes et aussi de la France huguenote. Mais au-delà, elle avait été forgée par un style et des principes s’apparentant au stoïcisme. Au temps du Grand Frédéric, elle apparaissait comme un État où les grandes contradictions de monde moderne avaient pu se résoudre. La liberté de l’esprit ne s’y opposait pas à la discipline, la volonté historique n’avait pas été rongée par l’esprit de tolérance, la conscience nationale s’accordait avec le patriotisme monarchique. On ne peut ignorer non plus qu’avant 1932 la Prusse fut un môle de résistance au mouvement hitlérien. C’est elle encore qui a fourni le plus gros contingent de la conjuration du 20 juillet 1944. Non par préjugés aristocratiques, comme on l’a souvent dit, mais au nom d’une autre idée de l’Allemagne, peut-être utopique, accordée au « socialisme prussien » théorisé par Spengler, autoritaire, non libéral et fermé au grégarisme de masse. Et cette idée exigeante avait sans doute moins le pouvoir de nourrir un projet politique qu’une éthique personnelle. Mais, comme on le sait, c’est l’éducation intérieure des consciences qui peut conduire à une réforme de la société plutôt que l’inverse.

Crédit photo : Luciani/Wikipédia sous licence GNU.

Notes :
1)Propos tenus le 27 juin 1962. Ils ont été rapportés par Alain Peyrefitte, C’était de Gaulle, Editions de Fallois/Fayard, 1994.
2) Dans son n° 10 (janvier/février 2004), p. 50, La Nouvelle Revue d’Histoire a rappelé ce que furent le contenu et la portée de l’essai de Renan.

Hervé Juvin : “Propos d’Europe” [vidéo]

Hervé Juvin : “Propos d’Europe” [vidéo]

Faut-il plus d’Europe ? Faut-il aller vers un fédéralisme qui mette en commun les budgets, les impôts et les dépenses ? Faut-il renvoyer chaque nation à ses responsabilités ? Que faire ? C’est la question qui s’impose de plus en plus devant la fuite en avant dont la situation grecque, aujourd’hui encore ; la situation espagnole chaque jour davantage, donne le regrettable exemple. Enregistré le 30/05/2012.

À propos de l’auteur
Hervé JuvinHervé Juvin est écrivain et conférencier. Auteur d’essais sur l’économie, la société et la mondialisation, il est spécialiste de la banque et des marchés financiers. Grand arpenteur du monde, il a publié plusieurs centaines d’articles, notamment dans Le Débat ( Gallimard), L’Expansion, Agir, et préside par ailleurs une société de conseil aux gouvernements, aux institutions et aux entreprises.

[box class=”info”] Source : Realpolitik.tv. [/box]

Pour l'hyperclasse mondiale et l'ONU, l'Union européenne doit « saper l’homogénéité » de ses Etats membres !

Pour l’hyperclasse mondiale et l’ONU, l’Union européenne doit « saper l’homogénéité » de ses Etats membres !

Peter Sutherland27/09/2012 — 09h30
LONDRES (NOVOpress) — Comme l’indique un article de la BBC, au moins les choses sont claires pour Peter Sutherland (photo ci-contre), représentant spécial de l’ONU pour les affaires de migration en tant que dirigeant du « Forum Mondial sur la Migration et le Développement » : L’UE devrait « faire de son mieux pour saper l’homogénéité » de ses Etats membres !

Interrogé par le sous-comité aux affaire internes de l’UE de la Chambre des Lords en Angleterre, qui mène actuellement une enquête sur les migrations globales, il a pris pour modèle « les Etats-Unis, l’Australie ou la Nouvelle-Zélande » qui « sont des sociétés d’immigrés » s’accommodant donc « plus facilement des gens d’autres horizons que nous le faisons nous-mêmes »,  qui « entretenons un sens d’homogénéité et de différence par rapport aux autres. Et c’est exactement ce que l’Union Européenne, selon moi, devrait s’efforcer de saper. »

Avant d’ajouter devant le comité de la Chambre des Lords que les migrations étaient une « dynamique cruciale pour la croissance économique » dans certaines nations de l’UE, « malgré le fait que cela soit difficile à expliquer aux citoyens de ces Etats ». La population vieillissante et en déclin dans des pays comme l’Allemagne ou le Sud de l’UE était « l’argument-clef, je rechigne à utiliser ce mot car des gens l’ont attaqué, pour le développement d’Etats multiculturels », a-t-il ajouté. « Il est impossible de considérer que le degré d’homogénéité que l’autre argument implique puisse survivre car les Etats doivent devenir plus ouverts, au niveau des gens qui les peuplent. Tout comme le Royaume-Uni l’a démontré. »

Homme aux multiples casquettes, Peter Sutherland est aussi président non-exécutif de Goldman Sachs International, recteur à la London School of Economics, ancien président du géant du pétrole BP et membre important du Groupe Bilderberg. Ainsi que le patron européen du Transatlantic Policy Network, un institut euro-américain ultra-puissant dont le but est de faire émerger un bloc euro-atlantique unifié dans tous les domaines d’ici 2015. Et de 2001 à 2010, il a présidé la section Europe de la Commission Trilatérale.

Crédit photo : World Economic Forum/Wikipédia sous licence Creative Common.

[box class=”info”]Novopress remercie le traducteur qui lui a permis de rédiger cette dépêche[/box]

[Tribune libre] Lettre sur l’identité à mes amis souverainistes, par Dominique Venner

[Tribune libre] Lettre sur l’identité à mes amis souverainistes, par Dominique Venner

Quand on appartient à une nation associée à Saint Louis, Philippe le Bel, Richelieu, Louis XIV ou Napoléon, un pays qui, à la fin du XVIIe siècle, était appelé « la grande nation » (la plus peuplée et la plus redoutable), il est cruel d’encaisser les reculs historiques répétés depuis les lendemains de Waterloo, 1870, 1940 et encore 1962, fin ignominieuse de la souveraineté française en Algérie. Une certaine fierté souffre nécessairement.

Dès les années 1930, beaucoup d’esprits français parmi les plus audacieux avaient imaginé trouver dans une Europe à venir en entente avec l’Allemagne, un substitut à cet affaiblissement constant de la France. Après la catastrophe que fut la Seconde Guerre mondiale (qui amplifiait celle de 14-18), naquit un projet légitime en soi. Il fallait interdire à tout jamais une nouvelle saignée mortelle entre Français et Allemands. L’idée était de lier ensemble les deux grands peuples frères de l’ancien Empire carolingien. D’abord par une association économique (la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier), puis par une association politique. Le général de Gaulle voulut concrétiser ce projet par le Traité de l’Elysée (22 janvier 1963), que les Etats-Unis, dans leur hostilité, firent capoter en exerçant des pressions sur la République fédérale allemande.

Ensuite, on est entré dans les dérives technocratiques et mondialistes qui ont conduit à l’usine à gaz appelée “Union européenne”. En pratique, celle-ci est la négation absolue de son appellation. La pseudo “Union européenne” est devenue le pire obstacle à une véritable entente politique européenne respectueuse des particularités des peuples de l’ancien Empire carolingien. L’Europe, il faut le rappeler, c’est d’abord une unité de civilisation multimillénaire depuis Homère, mais c’est aussi un espace potentiel de puissance  et une espérance pour un avenir qui reste à édifier.

Pourquoi une espérance de puissance ? Parce qu’aucune des nations européennes d’aujourd’hui, ni la France, ni l’Allemagne, ni l’Italie, malgré des apparences bravaches, ne sont plus des États souverains.

Il y a trois attributs principaux de la souveraineté :

1er attribut : la capacité de faire la guerre et de conclure la paix. Les USA, la Russie, Israël ou la Chine le peuvent. Pas la France. C’est fini pour elle depuis la fin de la guerre d’Algérie (1962), en dépit des efforts du général de Gaulle et de la force de frappe qui ne sera jamais utilisée par la France de son propre chef (sauf si les Etats-Unis ont disparu, ce qui est peu prévisible). Autre façon de poser la question : pour qui donc meurent les soldats français tués en Afghanistan ? Certainement pas pour la France qui n’a rien à faire là-bas, mais pour les Etats-Unis. Nous sommes les supplétifs des USA. Comme l’Allemagne et l’Italie, la France n’est qu’un État vassal de la grande puissance suzeraine atlantique. Il vaut mieux le savoir pour retrouver notre fierté autrement.

2ème attribut de la souveraineté : la maîtrise du territoire et de la population. Pouvoir distinguer entre les vrais nationaux et les autres… On connaît la réalité : c’est l’État français qui, par sa politique, ses lois, ses tribunaux, a organisé le « grand remplacement » des populations, nous imposant la préférence immigrée et islamique avec 8 millions d’Arabo-musulmans (en attendant les autres) porteurs d’une autre histoire, d’une autre civilisation et d’un autre avenir (la charia).

3ème attribut le la souveraineté : la monnaie. On sait ce qu’il en est.

Conclusion déchirante : la France, comme État, n’est plus souveraine et n’a plus de destin propre. C’est la conséquence des catastrophes du siècle de 1914 (le XXe siècle) et du grand recul de toute l’Europe et des Européens.

Mais il y a un « mais » : si la France n’existe plus comme État souverain, le peuple français et la nation existent encore, malgré tous les efforts destinés à les dissoudre en individus déracinés ! C’est le grand paradoxe déstabilisateur pour un esprit français. On nous a toujours appris à confondre l’identité et la souveraineté en enseignant que la nation est une création de l’État, ce qui, pour les Français, est historiquement faux.

C’est pour moi un très ancien sujet de réflexion que j’avais résumé naguère dans une tribune libre publiée dans Le Figaro du 1er février 1999 sous le titre : « La souveraineté n’est pas l’identité ». Je le mettrai en ligne un jour prochain à titre documentaire.

Non, la souveraineté de l’État ne se confond pas avec l’identité nationale. En France, de par sa tradition universaliste et centraliste, l’Etat fut depuis plusieurs siècles l’ennemi de la nation charnelle et de ses communautés constitutives. L’État a toujours été l’acteur acharné du déracinement des Français et de leur transformation en Hexagonaux interchangeables. Il a toujours été l’acteur des ruptures dans la tradition nationale. Voyez la fête du 14 juillet : elle célèbre une répugnante émeute et non un souvenir grandiose d’unité. Voyez le ridicule emblème de la République française : une Marianne de plâtre coiffée d’un bonnet révolutionnaire. Voyez les affreux logos qui ont été imposés pour remplacer les armoiries des régions traditionnelles. Souvenez-vous qu’en 1962, l’État a utilisé toute sa force contre les Français d’Algérie abandonnés à leur malheur. De même, aujourd’hui, il n’est pas difficile de voir que l’État pratique la préférence immigrée (constructions de mosquées, légalisation de la viande hallal) au détriment des indigènes.

Il n’y a rien de nouveau dans cette hargne de l’État contre la nation vivante. La République jacobine n’a fait que suivre l’exemple des Bourbons, ce que Tocqueville a bien montré dans L’Ancien Régime et la Révolution avant Taine et d’autres historiens. Nos manuels scolaires nous ont inculqué une admiration béate pour la façon dont les Bourbons ont écrasé la « féodalité », c’est-à-dire la noblesse et les communautés qu’elle représentait. Politique vraiment géniale ! En étranglant la noblesse et les communautés enracinées, cette dynastie détruisait le fondement de l’ancienne monarchie. Ainsi, à la fin du XVIIIe siècle, la Révolution individualiste (droits de l’homme) triomphait en France alors qu’elle échouait partout ailleurs en Europe grâce à une féodalité et à des communautés restées vigoureuses. Relisez ce qu’en dit Renan dans sa Réforme intellectuelle et morale de la France (disponible en poche et sur Kindle). La réalité, c’est qu’en France l’État n’est pas le défenseur de la nation. C’est une machine de pouvoir qui a sa logique propre, passant volontiers au service des ennemis de la nation et devenant l’un des principaux agents de déconstruction identitaire.

Longue mémoire européenne : à l'heure du solstice d'été, par Jean Mabire

Longue mémoire européenne : à l’heure du solstice d’été, par Jean Mabire

“21 juin à l’aube. la nuit disparait devant le jour naissant. Là-bas, vers l’est, le ciel se colore de vert émeraude, tel un océan paisible. Puis tout vire au rose, comme si mille fleurs aux tendres pétales éclataient au milieu des nuages gris. Enfin du sol même de la vieille Angleterre semble surgir le disque du soleil, rouge vif. Aujourd’hui il va accomplir sa course la plus longue. Jamais comme au solstice d’été il ne s’attarde ainsi parmi les hommes, avec une telle chaleur, une telle force, une telle puissance. Le soleil tient enfin la promesse des longs mois d’hiver. Il revient parmi nous. Il nous réchauffe et nous éclaire. Il protège l’océan des blés et annonce l’or des moissons.

En ce matin sacré, nous sommes à Stonehenge (photo ci-dessus, note de Novo), sur les hautes terres dénudées de la plaine de Salisbury. Au nord, le pays de Galles et ses vertes collines. Au sud, la presqu’île de Cornouailles et ses rochers roux. Derrière nous vers l’ouest, l’océan où va, ce soir, au terme de sa plus longue journée de labeur, sombrer le soleil. Quand il aura fini sa course, il disparaitra dans la mer où dorment à jamais, dans les grands fonds, les temples et les hommes de l’Hyperborée. De la pierre de l’autel, au centre du monument mégalithique de Stonehenge, on voit le soleil se lever sur la pointe d’un menhir, du nom de Heel stone, dressé dans le prolongement de l’avenue principale. Ici, depuis trente ou quarante siècles, des hommes sont venus, en ce jour unique de l’année, assister au lever du soleil créateur, du soleil invaincu, du soleil souverain.(…)

Dans ce temple à ciel ouvert qui n’avait pas d’autre dieu que le soleil, ceux qui nous ont précédé célébraient le grand mariage de la terre et du feu, le grand culte tellurique de la seule force qui ne mente pas et de la seule vie qui soit éternelle. La science ne s’oppose pas à la foi. Elle l’éclaire et la renforce. On sait aujourd’hui que Stonehenge n’est pas seulement un monument élevé pour découvrir le soleil du solstice d’été au nord-est, mais aussi pour saluer celui du solstice d’hiver au sud-ouest.(…)

Le passé et l’avenir avancent du même pas. La vie semble mourir au solstice d’hiver et elle renaît au solstice d’été. Stonehenge n’est pas le témoignage impressionnant d’un culte disparu mais le point précis où peuvent désormais s’ancrer notre certitude et notre espérance. Ce que les hommes aperçoivent dans Sun stone, la pierre du soleil, ce n’est pas le signe maudit de la fin du monde, c’est la présence vivante de l’éternel retour.”

Jean Mabire, cité dans “Fêtes païennes des quatre saisons”, sous la direction de Pierre Vial. Éditions de la Forêt.

Crédit photo : Andrew Dunn/Wikipédia sous licence CC

[Tribune libre] Lendemains d’élections : réfléchir un peu, par Dominique Venner

[Tribune libre] Lendemains d’élections : réfléchir un peu, par Dominique Venner

19/06/2012 — 15h30
Tribune parue initialement sur le site de Dominique Venner Il n’est pas dans mes habitudes de commenter des élections. Celles qui se sont déroulées en France depuis la présidentielle de mai 2012 présentent cependant une vraie nouveauté. On peut définir celle-ci comme la manifestation d’une conscience accrue du problème n°1 de notre temps : le « remplacement » des populations de souche par l’immigration de masse arabo-musulmane. Les images des drapeaux africains et maghrébins agités place de la Bastille le soir du 6 mai 2012 pour saluer la victoire du candidat socialiste, ont rappelé les images, dix ans auparavant, de la réélection de Chirac après son duel inégal avec un Le Pen diabolisé comme jamais.

Les conditions sont toutefois très différentes. La personnalité moderne et « apaisante » de Marine Le Pen n’a pas favorisé la même mobilisation contre son mouvement après son score très honorable de 17,9 % des voix au premier tour de l’élection présidentielle du 10 juin. Avec 6,4 millions de voix lors de ce scrutin, le FN se pose comme le troisième parti de France. Une loi électorale cousue sur mesure pour maintenir les oligarchies en place interdit une nouvelle fois que les 6,4 millions d’électeurs du FN soient représentés à l’Assemblée nationale, sinon par deux élus, contre des centaines pour les partis oligarchistes : UMP et socialistes (associés au Front d’extrême gauche).

Ce qui se passe en France n’est pas spécifique à ce pays. C’est un phénomène européen. Cependant, comme je l’ai déjà souligné, les mouvements identitaires européens sont victime d’une « maladie infantile » que je qualifie de chauvine. Agissant en ordre dispersé, sans liens ni concertation, ils sont pour le moment incapables d’imaginer des initiatives face à un adversaire commun. Cela ne signifie par qu’il en sera toujours ainsi. Dans tous les mouvements concernés, les militants les plus réfléchis songent à la nécessité de convergences. Partout en Europe des partis analogues au FN, rejetant le racisme et l’antisémitisme, font de la préservation de l’identité des peuples européens leur raison d’être. Citons entre autres le Parti du peuple danois, le Parti de la liberté néerlandais, le FPÖ et le BSÖ autrichiens, les Vrais Finlandais, Le Parti du progrès norvégien, le Vlaams Belang flamand, l’English Defense League, le Fidesz au pouvoir en Hongrie, Droit et Justice en Pologne, Ataka en Bulgarie, la Ligue du Nord en Italie, les Démocrates en Suède ou l’Union démocratique (UDC) du centre en Suisse. Tous ces partis dépassent 5 % des voix et atteignent parfois 25 % ou plus, en dépit de l’hostilité active des médias qui constituent le « clergé séculier » du Marché, relayé par son « clergé régulier » (prof des universités et des écoles), sans compter le vieux clergé des Eglises traditionnelles chargé d’apporter la dimension compassionnelle et paralysante qui est sa spécialité.

Dans Le Monde du 14 juin 2012, pages Débats, une politologue (Virginie Martin) et un sociologue (Pierre Lénel), après avoir noté l’étonnante permanence du votre FN, malgré son exclusion électorale, en tiraient une conclusion pertinente qui doit être relevée. Ces deux chercheurs estiment en effet qu’il faut réviser l’interprétation habituelle du vote FN comme simplement « protestataire ». Sa permanence dans le temps exige plutôt d’y voir un véritable « vote d’adhésion ». Adhésion à quoi ?

Usant d’un vocabulaire prudent, les deux chercheurs proposent de rechercher un dénominateur commun à tous ceux (nantis ou démunis, jeunes ou plus âgés, urbains ou ruraux, qui ont accordés leurs suffrages à Marine Le Pen à l’élection présidentielle du 10 juin. Ce dénominateur commun c’est, disent-ils, un « trouble civilisationnel », expression juste et modérée.

« Ce trouble, écrivent-ils dans leur jargon, met en avant une lecture du monde qui révèle une hostilité au pluralisme culturel sur le plan intérieur et le refus du multiculturalisme sur le plan international ». En clair, il révèle une forte inquiétude identitaire, face à des menaces toujours plus évidentes.

Les deux chercheurs poursuivent en estimant que le « trouble » se cristallise plus particulièrement autour de quatre points. « La nationalité en constitue le premier marqueur : les Français d’origine immigrée ne sont pas vus comme « légitimes », leur nationalité serait usurpée. Cette illégitimité vient s’appuyer sur la question culturelle et bien souvent cultuelle (islam). C’est le deuxième élément : une relation négative s’instaure entre signes de métissage et identité française. « Nous » s’oppose à « eux », la différence trouve là son expression la plus criante : « eux » ont une autre histoire que celle qui « nous » constituerait de tout temps. »

Ce trouble, ajoutent les auteurs, est un élément nouveau par rapport à leurs enquêtes de la fin des années 1990. Il est relié, disent-ils, aux événements de la scène internationale : le monde arabo-musulman apparaît désormais comme dangereux… « Et c’est bien souvent à cette question que la question sécuritaire est réinterprétée… Tous ces éléments se confondent dans la figure de l’immigré, présence ici de cet ailleurs arabo-musulman qui apparaît comme diabolique ».

« Enfin, poursuivent les deux chercheurs, l’élément le plus prégnant est celui du sentiment d’un rapport de forces devenu défavorable entre les Français d’origine maghrébine et les Français « de souche » : l’idée d’un effet de nombre produit un sentiment de colonisation inversé ».

Rarement les faits ont été observés avec autant de pertinence dans cet organe central de l’oligarchie mondialiste qu’est Le Monde. Au passage, on ne peut négliger un fait anecdotique et cependant gros de symbole : l’un des deux élus du FN à ce deuxième tour du 17 juin 2012 est la propre petite-fille du fondateur, la toute jeune Marion Maréchal-Le Pen, 22 ans, qui a conquis le siège de Carpentras (Vaucluse), ville qui avait été le prétexte d’une opération géante de diabolisation du FN en 1990 par l’instrumentalisation d’un fait divers : la profanation d’une tombe par des loubards (sans lien avec le FN) dans le cimetière juif de la ville. La plus jeune députée de toute l’histoire de la Ve République accorde aux siens une revanche inattendue.

Sans doute peut-on penser que la conscience identitaire est lente à s’éveiller. Mais il faut se souvenir de quel chaos historique et intellectuel elle a surgi, sans compter les obstacles immenses qui lui sont opposés. C’est donc son affirmation qui surprend et non une ampleur jugée encore insuffisante.

L’Union européenne prépare un plan bancaire européen

L’Union européenne prépare un plan bancaire européen

07/06/2012 — 16h30
BRUXELLES (NOVOpress via le Bulletin de réinformation) — Cela ressemble à un retour à la case départ. En 2008, après la crise des subprimes, ces crédits sous excellents, les Etats avaient dû refinancer les banques. Ils l’avaient fait soit en leur prêtant de l’argent, soit en entrant à leur capital. Quatre ans plus tard, alors que les Etats peinent à se financer eux mêmes, certaines banques risquent de devoir être recapitalisées.

C’est pourquoi l’Espagne essaye d’obtenir des sources de financement européennes, venant par exemple de l’actuel Fonds européen de stabilité financière ou du futur mécanisme européen de stabilité. Mais sans réussite jusqu’à présent, car l’Allemagne s’en tient à une interprétation stricte des textes. Les instruments financiers européens ne sont pas là pour sauver des entreprises en difficulté : si l’Espagne veut recapitaliser ses banques, elle doit le faire elle même ; mais, pour trouver l’argent nécessaire, elle est libre de faire appel au FESF ou au FMI…

La Commission européenne travaille sur d’autres pistes, pour créer un système bancaire européen, capable de mutualiser ses risques sans les Etats

Le commissaire européen Michel Barnier estime que la solution de long terme aux problèmes des banques, c’est que le système bancaire s’autoassure et que les banques puissent être mises sous la tutelle d’une autorité nationale en cas de risque de faillite. Le tout dans un cadre européen, qui réduirait la sensibilité des banques aux difficultés financières de leurs pays. En quelque sorte, la Commission veut renforcer la solidarité financière entre banques européennes, au moment même où la zone euro pourrait se disloquer et où des banques nationales seront plus que jamais nécessaires. Voilà encore un projet qui risque fort de buter sur le principe de réalité.

Crédit photo : Florian K./Wilipédia sous licence CC

Grèce : où est l’argent ?

Grèce : où est l’argent ?

30/05/2012 – 08h00
ATHÈNES (NOVOpress) —
Alors que les Grecs s’apprêtent à revoter lors des nouvelles élections législatives qui auront lieu le 17 juin, Christine Lagarde, patronne du Fonds Monétaire International a jeté de l’huile sur le feu avec les propos qu’elle a tenus lors d’une interview au Guardian vendredi. Elle y affirme en substance que la solution évidente aux problèmes que rencontre actuellement la Grèce, serait que les Grecs paient leurs impôts.

Christine Lagarde, patronne du Fonds Monétaire InternationalLe simplisme de la proposition a de quoi étonner de la part de la patronne du FMI, organisation internationale qui on le rappelle, participe à la troïka (avec la Banque Centrale européenne et la Commission de Bruxelles) qui élabore depuis 2010 les différents plans d’aides à la Grèce. Pourquoi déverser des aides de plusieurs centaines de milliards s’il suffisait pour les grecs de payer leurs impôts ?

Il est temps de sortir les calculettes et de faire les comptes.

Nous allons nous limiter aux chiffres depuis le début de la crise des dettes souveraines, sans revenir sur les fonds structurels d’aide européenne que la Grèce reçoit depuis son adhésion à l’UE en 1981, soit environ 141 milliards (dont 70 milliards d’aide au secteur agricole). La renégociation de ces aides est d’ailleurs en cours à la demande des pays nouveaux entrants d’Europe orientale, les fonds structurels européens continuant à être versés de manière trop dissymétrique, toujours en faveur de la Grèce, du Portugal et de l’Espagne.

En 2010 le premier plan d’aide à la Grèce a couté 73 milliards d’euros aux États membres de l’UE (dont 16,8 milliards à la France). Il s’agissait d’un engagement bilatéral entre les États de la zone euro. Au même moment, fut créé le FESF (Fonds européen de stabilité financière) qui peut prêter aux États en difficultés et émettre des obligations. Il est financé aux deux tiers par les membres de l’Eurogroupe et un tiers par le FMI. Il a prêté à la Grèce en 2010, 173 milliards d’euros (145 milliards provenant des États et 28 milliards du FMI).

Dans le même temps, la Banque centrale européenne a racheté « en douce » et dans la plus grande opacité des titres de dette grecque pour un montant estimé de 45 milliards d’euros.

Il a également été décidé d’alléger à hauteur de 100 milliards les créances de la Grèce détenues par les banques, en échange de quoi les États européens s’engageaient à recapitaliser leurs banques exposées sur la dette grecque. Montant de l’opération : 106 milliards dont 8,8 milliards rien que pour la France.

La Banque centrale européenne a également émis des LTRO (long term refinancing operation) à hauteur de presque 1.000 milliards. Il s’agit d’émettre des prêts à trois ans pour donner des liquidités aux banques à des taux très avantageux (donc de créer de la monnaie par le crédit). Environ 80 milliards d’euros de ce dispositif ont été prêtés aux banques grecques afin qu’elles puissent le reprêter à un taux plus élevé à l’État grec.

La Banque centrale européenne ne peut pas pallier à toutes les urgences, il existe donc un autre dispositif, l’ELA (Emergency Liquidity Assistance). Ce « soutien exceptionnel à la liquidité bancaire » est du ressort des banques centrales et permet d’agir rapidement en cas de blocage du marché interbancaire. Il est théoriquement exceptionnel mais la Banque centrale grecque en fait une utilisation régulière (elle n’est pas la seule, l’Espagne aussi s’y met ces dernières semaines). Ce dispositif doit permettre de refinancer en urgence des établissements bancaires au bord de la faillite en émettant des liquidités.

Au bout du compte c’est la BCE qui paie la facture. Depuis le début de la crise des dettes souveraines ces interventions « exceptionnelles » ont alourdi la facture de 300 milliards d’euros, dont 100 milliards pour la Grèce.

Une autre soupape déguisée du système est le système TARGET2, qui est le système de paiement interbancaire en temps réel des établissements de la zone euro (banques privées et banques centrales). Il est géré par trois banques centrales : la France, l’Allemagne et l’Italie. En jouant sur les lignes de trésorerie (notamment lors du règlement des importations) les pays déficitaires peuvent décaler leurs paiements et se financer sur les pays excédentaires. Là encore ce système fonctionne dans la plus parfaite opacité. Impossible d’avoir une vue d’ensemble des transactions. Une étude allemande tendrait à démontrer que le passif des banques centrales déficitaires pèserait à hauteur de 320 milliards sur les lignes de compte de la Bundesbank. Quant à la France et à l’Italie, impossible d’avoir ne serait-ce qu’une estimation.
En additionnant tout cela , on arrive à un total de 577 milliards d’euros. Théoriquement donnés pour aider « les Grecs ».

Le montant de la dette publique grecque est de 360 milliards d’euros. Elle devrait donc être apurée et payée depuis… Que les Grecs paient ou non leurs impôts. Sont-ils si mauvais élèves que ça d’ailleurs, comme on nous le répète jusqu’à la nausée depuis trois ans ?

Vice-président pour l'Europe de Goldman Sachs entre 2002 et 2005, puis gouverneur de la Banque d'Italie entre 2006 et 2011, il est maintenant président de la Banque centrale européenne (BCE).

Mario Draghi - Vice-président pour l'Europe de Goldman Sachs entre 2002 et 2005, puis gouverneur de la Banque d'Italie entre 2006 et 2011, il est maintenant président de la Banque centrale européenne (crédit : European Parliament - cc).

Si l’on se base sur les statistiques d’ELSTAT (l’institut de la statistique grec), les recettes fiscales seraient en moyenne de 90 milliards d’euros annuels, ce qui représente 40% du PIB. C’est dans la moyenne (la France est à 42% par exemple). Évidemment certains douteront de la véracité des chiffres d’ELSTAT. La Grèce a déjà triché par le passé en truquant le montant de sa dette lors de son adhésion à l’Euro. Elle avait fait appel aux bons conseils de Mario Draghi (actuellement directeur de la Banque centrale européenne) et de la banque Goldman Sachs qui lui avaient créé des instruments financiers sur mesure (swaps de change permettant de décaler le paiement des intérêts d’emprunts) pour lever des fonds hors bilan et ainsi camoufler le montant réel de la dette. Mais depuis, les chiffres semblent avoir été trafiqués dans l’autre sens : une enquête préliminaire est actuellement menée par le parquet d’Athènes. Les chiffres du déficit 2009 auraient été gonflés à la demande du gouvernement pour faire accepter aux Grecs le premier plan d’austérité.

Un chiffre très intéressant ressort néanmoins des statistiques d’ELSTAT : le déficit budgétaire, hors charge de la dette, ne serait que de 2,1% du PIB. Quant on sait que le taux d’intérêt d’emprunt des obligations sur la dette grecque est passé, suite à des attaques spéculatives de 4,84% en 2010 à 41,41% aujourd’hui, l’on comprend vite où est passé tout l’argent : au remboursement de la dette, donc des banques.

À méditer, à l’heure où l’UE s’apprête à débloquer une nouvelle tranche « d’aide à la Grèce » pour environ 100 milliards d’euros…

Spoutnik, pour Novopress

[box class=”info”]Richard SulíkSource : Richard Sulík – Solidarita s Gréckom vyjadrená v peniazoch – richardsulik.blog.sme.sk, économiste et homme politique slovaque, fondateur du parti Liberté et Solidarité (SaS). En savoir plus : fr.wikipedia.org/wiki/Richard_Sul%C3%ADk[/box]
Crédit photo en Une : tom.tziros (2008) via Flickr (cc)

OGM / Europe : la stratégie du "pied dans la porte" ?

OGM / Europe : la stratégie du “pied dans la porte” ?

20/05/2012 – 17h30
PARIS / VIENNE (NOVOpress) —
Les OGM seraient-ils l’avenir, comme nous le promettent leurs producteurs, ou seraient-ils dangereux, tant on n’a guère de connaissances – faute aussi du recul nécessaire – sur l’impact de ces semences sur la santé et les problèmes posés par leur dissémination ? Toujours est-il que les incessants palabres à leur sujet donnent une bonne illustration du fonctionnement compliqué et opaque des institutions européennes : la Commission européenne, sous la pression des lobbies agraro-industriels, voudrait les imposer ; de nombreux états membres, sous la pression populaire, appliquent au moins le principe de précaution ; le Parlement… parlemente.

La fragilité juridique des divers moratoires mis en œuvre par les États pour se protéger, et les controverses sans fin qui s’en suivent, ont conduit en juillet 2010 la Commission à accorder aux États membres la liberté d’interdire les OGM.

OGM / Europe : la stratégie du "pied dans la porte" ?

Franz Obermayr

Toutefois, le Danemark qui préside actuellement l’Europe a décidé de revoir ce fonctionnement : si un État veut obtenir par dérogation le droit d’interdire la culture d’un OGM, il devra tenter de trouver un accord avec l’entreprise qui demande l’autorisation de le cultiver, pour qu’elle renonce à le faire sur son territoire. Un compromis aberrant qui mettrait sur pied d’égalité États et multinationales, et censé paraît-il rassurer les “pro” et anti-OGM. Ce sujet inquiète en particulier Franz Obermayr (photo), député européen du Parti autrichien de la liberté FPÖ, parce qu’il irait sans aucun doute de pair avec un assouplissement de la réglementation. Obermayr réclame au contraire une tolérance zéro stricte pour les aliments qui seraient contaminés par des OGM.

Face au projet de la Commission de définir un seuil de tolérance pour les OGM non autorisés dans l’UE, il tonne : « le jeu est bien rôdé, mais il ne me plait pas plus qu’auparavant ! ». « Lors de l’introduction d’une réglementation à ce sujet pour l’alimentation animale, on nous a garanti une tolérance zéro en ce qui concerne l’alimentation humaine », continue-t-il. « À l’évidence, tout cela est caduque, et on nous jure maintenant qu’il serait hors de question d’envisager un seuil de tolérance de contamination pour les semences. Il est donc prévisible qu’à moyen terme, la tolérance zéro pour les semence aura également vécu ».

OGM / Europe : la stratégie du "pied dans la porte" ?Viendra donc probablement le jour où les producteurs de semences génétiquement modifiées voudront tout à coup faire valoir leur “propriété intellectuelle”. L’ensemble de la chaine de production alimentaire et le ravitaillement de la population s’en trouveront alors d’un coup sens dessus-dessous.

« Les européens ne veulent pas d’OGM dans leur assiette » clame Obermayr. « Il faut que la Commission l’accepte et ne cherche pas toujours à nouveau des pistes pour complaire à l’industrie et éviter des frictions avec l’OMC. Ce choix de fonctionnement fort peu pertinent ne fait qu’amener de l’eau au moulin de ceux qui associent Bruxelles avec le mépris des citoyens et une trop grande écoute des intérêts industriels ».

Photo en Une : myri_bonnie via Flickr (cc)

Traditions européennes : la fête de mai

Traditions européennes : la fête de mai


Traditions européennes : la fête de mai

Traditions européennes : la fête de mai

La fête de Mai marque le « début de l’été ». Mai est le moi où l’année bascule, entre sur son second versant, où le printemps triomphe définitivement des puissances de l’hiver et de la nuit.

C’est l’occasion d’une fête communautaire, un des moments privilégiés pour les familles de se retrouver dans un contexte champêtre.

Dans la nuit du 30 avril au 1er mai, les jeunes gens des villages se réunissaient autrefois et s’affairaient pour préparer la fête du printemps. Ils devaient couper un arbre, ne conserver à son extrémité que quelques branches garnies de feuilles puis le dresser devant l’église ou sur la place du village, après l’avoir décoré de ruban et de petits drapeaux et fixé à son sommet une couronne confectionnée de feuilles et de fleurs.

Il est en quelque sorte le pendant du sapin de Noël.

L’arbre de Mai est le symbole de la vie et la couronne, par sa forme circulaire, symbolise une année, c’est-à-dire les quatre saisons s’incarnant dans l’éternel retour du cycle de la vie.

Traditions européennes : la fête de maiCet arbre de mai, symbolisant le triomphe du Printemps sur les forces obscures de l’hiver, devenait pour un temps le point de polarité de toutes les festivités. Autour de lui se succédaient les danses et les grandes rondes, dans l’ambiance chaleureuse et communautaire d’un grand repas.

Il est intéressant de noter que le nom de mai dérive du nom de Maia, la déesse de la fertilité. Et la fête de l’arbre de mai est bel et bien une fête dédiée à la fertilité. On y retrouve tous les symboles de la naissance. Ainsi, la nuit de la pleine lune de mai, les anciens germains dressaient des mâts décorés ou des arbres.

Une variante de ces festivités consistait à planter un arbre, et non plus à le couper.