Dette grecque : la crise n’est pas la même pour tout le monde

Dette grecque : la crise n'est pas la même pour tout le monde

18/08/2011 – 08h00
PARIS (NOVOpress)
— Les pays de la zone euro ont donc sauvé une seconde fois le 21 juillet dernier la Grèce. Au moyen d’un nouveau plan de sauvetage qui porte, en particulier, sur 109 milliards d’euros apportés, pour les deux tiers par le Fonds européen de stabilité  financière, et pour un tiers par le FMI.

L’insistance du gouvernement allemand a fait que, cette fois,  le secteur privé (banques, assurances, fonds de toutes sortes) a été invité à mettre la main à la poche. Pour éviter que les agences de notation ne crient au « défaut » – c’est-à-dire à la faillite -, cette participation des créanciers sera « volontaire » (sic). Selon l’Institut de la finance internationale – lobby qui rassemble les banquiers – 90% des établissements financiers accepteront ce plan qui ce traduira par une perte moyenne de 21% sur la valeur des obligations d’Etat grecques détenues par eux.

Il faut savoir perdre un peu

Crise de l'euroDans l’accord du 21 juillet il est proposé aux banques, compagnies d’assurances et gestionnaires d’actifs parties prenantes de l’opération plusieurs options (roulement, échande de titres, rachat de dettes par la Grèce). Mais Quelle que soit la formule retenue, les créanciers devront accepter une décote de quelque 20% sur leurs créances. Ce qui se traduira par des pertes financières. Notons que seule la dette arrivant à échéance en 2020 ou avant entre en ligne de compte dans cet accord.

Sur les 135 milliards d’euros de dette souveraine grecque sur lesquels les créanciers privés internationaux se sont engagés à faire un effort, les Français participent pour un encours de quinze milliards. Comme la décote représente « environ 20% du montant de la dette que nous avons prêté jusqu’en 2020, cela fait à peu près 3 milliards pour les banques et les assurances françaises », précise François Pérol, président de la Fédération bancaire française.

L’encours de la dette des banques françaises portant sur environ 7 milliards d’euros, elles auront à subir une décote (avant impôt) d’1,5 milliards d’euros. L’encours des assurances est légèrement plus élevé à 8 milliards, ce qui correspond à une décote d’environ 1,7 milliards d’euros…mais l’essentiel de la charge sera supportée par les assurés, puisqu’on répercutera 85% de la décote sur les épargnants.

Société GénéraleGrâce aux tests de résistance effectués par l’Européan Banking Authority (EBA) et dont les résultats ont été rendus publics le 15 juillet, on peut se faire une idée sur l’exposition des banques françaises à la dette souveraine grecque au 31 décembre 2010. 4,99 milliards d’euros pour BNP Paribas ; 2,65 pour la Société Générale ; 0,65 pour le Crédit Agricole ; 1,26 pour BPCE. D’autres sources donnent 3,46 milliards d’euros pour Dexia et 448 millions pour CM 10 – CIC (après dépréciation).

L’application de la décote aura évidemment un coût. 534 millions d’euros pour BNP Paribas ; sur une exposition de 4 milliards à fin juin, seuls 2,3 milliards sont de maturité inférieure à 2020 et entrent dans le cadre du plan (décote de 21%). A ces 534 millions d’euros s’ajoutent 26 millions d’ »effet négatif » (sic) de participation dans des sociétés d’assurances qui détiennent aussi de la dette. Soit un total de 560 millions.

Prêteurs en dernier ressort : BCE et Etats

Cet encours de 2,3 milliards d’euros (hors assurance) est plus rassurant pour les dirigeants de la banque que l’exposition totale de 4 milliards à fin juin et de 5 milliards à fin 2010. Comme d’autres banques, la BNP a cherché à se désengager du piège grec, se gardant bien de racheter du papier lorsque les obligations arrivaient à échéance – la relève étant prise par la BCE et les Etats de la zone euro (prêts bilatéraux à la Grèce).

Avec un bénéfice net de 4,7 milliards d’euros au premier semestre 2011, BNP Paribas n’aura guère de difficulté à faire face à cette dépréciation de 500 millions d’euros. De toute manière, appartenant à la catégorie des banques dites « too big to fail » (trop grosses pour tomber), cette banque sait qu’en cas de pépin sérieux, elle pourra compter sur le concours « désintéressé » du contribuable.

La facture se monte à 395 millions d’euros (avant impôt) pour la Société Générale ; à fin juin, la Socgé était exposée à la dette souveraine grecque à hauteur de 1,85 milliards d’euros. Il faudra ajouter la recapitalisation de sa filiale grecque Geniki à la fin de l’année. Impact global de la Grèce pour le Crédit Agricole : 850 millions d’euros, dont 150 pour le plan de sauvetage – le reste correspondant aux pertes de sa filiale Emporiki qui porte 21 milliards d’euros de prêts à ses clients. 55 millions pour BPCE – seulement un tiers de sa créance est concernée par le plan de sauvetage de la Grèce. Pour le CM10-CIC l’impact se limite à 76 millions (après impôts) de pertes sur son portefeuille de titres. Quant à Dexia, sa participation au second plan de sauvetage de la Grèce lui coûtera 377 millions d’euros (avant impôt), dont 93 millions au titre de l’assurance.

DexiaDonc, en apparence, les banques ont consenti un effort conséquent avec cet abandon de créances de l’ordre de 20%. Petit effort en réalité, font remarquer les analystes financiers qui savent lire. En effet dans les semaines précédant l’accord du 21 juillet, les obligations d’Etat grecques à 10 ans, s’échangeaient sur le marché secondaire, celui de la revente, à environ 50ù de leur valeur initiale. Dans ces conditions accepter un « rabais » de 20ù relève du moindre mal.

Conclusion : sur les 135 milliards de prêts concernés, c’est-à-dire ceux venant à maturité en 2020 ou avant, ces 20% représentent une facture de 28 milliards d’euros (avant impôt) ; c’est tout de même mieux que les 67 milliards d’euros qu’auraient coûté aux investisseurs l’application stricte par les gouvernements de la zone euro du prix du marché qui fixait la décote à 50% – selon Nicolas Baverez, on s’orientait même vers 70%. Les banquiers savent parler aux politiques…lesquels n’ont rien à leur refuser.

Les mauvaises langues en profiteront pour rappeler cette règle du libéralisme : nationaliser les pertes et privatiser les profits…

En Suisse, l’UDC donne de la voix dans la tempête financière

En Suisse, l'UDC donne de la voix dans la tempête financière

17/08/2011 – 12h30
BERNE (NOVOpress) —
Alors que le pays s’interroge sur son avenir économique et que les autorités de la Banque nationale suisse évoquent la possibilité sacrilège d’un arrimage du franc avec l’euro, Martin Baltisser, secrétaire général de l’UDC a donné de la voix pour appeler son pays à une revitalisation de l’économie helvétique.

Pour Martin Baltisser, le débat politique de ces derniers jours a été dominé par les interventions de la Banque nationale pour stopper la hausse du franc suisse ainsi que par les prix des produits importés chaque jour moins chers. Désormais, l’intérêt semble se porter sur les moyens d’accroître la compétitivité de l’économie nationale par une manipulation de la monnaie nationale. L’UDC est sur un tout autre tempo. Le parti exige un programme complet de revitalisation de l’économie suisse. Le temps n’est plus, ajoute Baltisser, à une politique du type “emplâtre sur une jambe de bois”.

Martin Baltisser
Martin Baltisser

Enfonçant des portes ouvertes, le secrétaire général ajoute que la surévaluation du franc suisse par rapport à d’autres monnaies de référence est une conséquence des erreurs politiques commises par les pays membres de l’UE et les Etats-Unis. Cette suévaluation affecte la compétitivité internationale de la Suisse, ce dont souffrent tout particulièrement les exportations et le tourisme.

Martin Baltisser poursuit son argumentation : on sait que les effets des interventions publiques dans le domaine monétaire et sur le marché des devises sont limités. De toutes manières, elles sont du ressort de la Banque nationale suisse. En débitant des idées aussi éloignées de la réalité des faits, l’UDC ne va pas recruter de nouveaux adhérents dans les milieux financiers suisses.

Martin Baltisser ajoute que d’un point de vue politique, pour l’UDC il s’agit désormais en premier lieu d’améliorer durablement la qualité de la place économique suisse et de réduire les coûts intérieurs pour compenser les effets négatifs du franc fort sur la compétitivité des entreprises helvétiques. L’UDC estime que la meilleure manière d’agir est de lancer un authentique ”programme de revitalisation”. Un ensemble de mesures judicieusement combinées contribueraient à empêcher l’émigration d’entreprises et de sites de production, donc le transfert d’emplois à l’étranger. Le but de cette réforme serait aussi de soutenir la consommation en Suisse. On obtiendrait ainsi un effet préventif contre le ralentissement conjoncturel qui se dessine d’ores et déjà.

Selon l’UDC, l’heure des hypocrites a sonné

Pour le parti populiste, la proposition de quelques politiques de baisser la TVA dans certaines branches ou de décharger l’industrie de la taxe CO2 est certes la bienvenue. Il est cependant permis de douter de la sincérité de ces suggestions si elles émanent des mêmes milieux qui, pas plus tard qu’au début de cette année, ont imposé aux citoyennes et aux citoyens ainsi qu’à l’économie suisses des impôts et redevances supplémentaires pour plusieurs milliards de francs (en particulier une augmentation de la TVA de 1,1 milliard de francs !), ces mêmes milieux qui, par leurs votes au Parlement et dans les commissions, ouvrent la voie à des hausses fiscales, comme récemment l’augmentation de la taxe CO2. Les médias ont la mémoire bien courte en qualifiant de géniales des propositions de ce genre.

Martin Baltisser réclame de véritables allègements


Selon l’homme politique suisse, la situation actuelle doit effectivement motiver la politique à lancer un programme de revitalisation complet au profit de l’économie de son pays. Les propositions timorées avancées par certains milieux servent tout au plus leurs auteurs, en ce sens qu’elles leur font de la publicité quelques semaines avant les élections. Comme dans les années quatre-vingt-dix, il faut aujourd’hui trouver un consensus en faveur d’un large “programme de revitalisation” intervenant dans tous les domaines importants pour le développement économique (le programme de la dernière décennie du XXe siècle se focalisait avant tout sur le “renouvellement de l’économie de marché”). L’UDC invitera le Conseil fédéral à mettre en œuvre un tel programme. Le but est, d’une part, de limiter les coûts des interventions étatiques et, d’autre part, de donner des impulsions positives aux entreprises. Il s’agit en particulier d’agir dans les domaines suivants:

1- réduire les impôts, taxes et redevances grevant les entreprises

2- cesser de renchérir les coûts des transports et de l’énergie

3- concentrer la formation sur les compétences économiques

4- permettre aux entreprises et aux branches de mettre en place des solutions souples (notamment sur le marché du travail)

5- réduire les contraintes bureaucratiques et administratives frappant les entreprises

6- renoncer à des lois et règlementations inutiles

7- limiter à l’essentiel l’activité de contrôle de l’Etat

8- gérer plus efficacement l’immigration.

Il existe encore bien d’autres domaines d’intervention pour un programme de revitalisation digne de ce nom. L’UDC précisera ses idées dans les semaines à venir et les présentera au public. Dans tous les cas, le Conseil fédéral est invité à agir rapidement et à développer et appliquer un tel programme par la voie d’urgence.

L’UDC en profite pour dénoncer l’euro

La situation actuelle, insiste le politicien populiste, ne doit pas nous faire oublier les causes réelles des problèmes qui affectent aujourd’hui la Suisse et qui n’ont pas leur origine dans son pays. Elles sont la conséquence directe de l’erreur de construction fondamentale, sur laquelle repose l’euro, ainsi que la politique financière désastreuse menée par de nombreux pays membres de l’UE. Des décennies durant, les politiques de ces pays ont distribué l’argent à pleines mains, vidant les caisses de l’Etat et ruinant des économies autrefois florissantes. La Suisse a suivi une autre voie, une voie plus raisonnable, mais elle subit tout de même les effets des grossières erreurs politiques commises à l’étranger. Ce qu’il faut éviter à tout prix aujourd’hui, c’est de faire les mêmes fautes.

L’UDC : encore un effort à faire

Les huit mesures proposées par Martin Baltisser reflètent avant tout l’absence d’idées de son parti dans le domaine économique. Les campagnes de spots hostiles à l’Union européenne, une critique de l’euro qui n’est même pas au niveau de la presse eurosceptique britannique, ne remplacent pas un vrai projet politique pour la suisse dans le contexte européen.

Les Français à la découverte de l’UDC

Oskar Freysinger
Oskar Freysinger

Les Français séjournant en Suisse ou ceux habitant les régions frontalières qui souhaitent découvrir l’UDC, peuvent se rendre le vendredi 19 août 2011 prochain à 18h30 au château d’Oex (Halle Landi) où l’UDC Suisse romande lance la campagne aux élections fédérales.

Outre des discours politiques, les visiteurs seront conviés à partager une fondue cuisinée au feu de bois avec les candidates et candidats de l’UDC Suisse romande.

À cette occasion, les personnalités suivantes prendront la parole : Jean-Claude Mermoud, conseiller d’État, Caspar Baader, conseiller national et chef du groupe UDC, Céline Amaudruz, députée et présidente de l’UDC Genève, Oskar Freysinger, conseiller national et président de l’UDC du Valais romand, Dominique Baettig, conseiller national, Gilberte Demont, présidente de l’UDC Fribourg, Jean-Pierre Graber, conseiller national, Alice Glauser, conseillère nationale et présidente des Femmes UDC Suisse romande et Yvan Perrin, conseiller national et vice-président de l’UDC Suisse.

Les personnes intéressées sont priées de s’inscrire auprès de Claude-Alain Voiblet (voiblet@udc.ch) .

Suisse : un rapprochement du franc suisse et de l’euro ?

Suisse : un rapprochement du Franc Suisse et de l'Euro ?

11/08/2011 – 20h45
GENÈVE (NOVOpress) —  Les journalistes du Financial Times ont laissé tomber leur stylo, les eurosceptiques du Telegraph ont poussé des cris d’orfraie, seuls les rédacteurs du Wall Street Journal ont su garder leur calme en lisant sur leur écran les propos de plusieurs responsables de la Banque nationale suisse qui ont annoncé à plusieurs médias qu’ils étaient prêts à tout pour défendre la parité du franc suisse avec les devises de leurs principaux partenaires économiques.

Ces mots elliptiques n’allaient pas rester mystérieux très longtemps. La Suisse ne peut en effet survivre à un franc suisse poussé vers la stratosphère par des mouvements spéculatifs initiés à Londres ou New York. En toute logique, la Banque centrale helvétique a donc annoncé qu’elle envisageait un rapprochement avec l’euro afin de décourager la spéculation. La seule réserve est que ce cours administré n’encourage pas l’inflation interne.

À la différence des rumeurs minant le cours de la Société Générale, cette nouvelle venue de Suisse a le mérite d’être authentique et en quelques heures, le cours du franc suisse perdait près de 5% par rapport à la devise européenne.

Le franc est loin d’avoir perdu les 30 % de hausse par rapport à l’euro enregistrés depuis un an, mais cette modeste baisse constitue une bouffée d’oxygène pour les industriels et prestataires de service suisses qui voient leurs marchés extérieurs s’étioler au profit de concurrents Allemands, Français ou Italiens.

Cette hausse spéculative du franc suisse causait aussi des ravages dans de nombreux pays d’Europe centrale comme la Hongrie dont la monnaie est liée à l’euro et dont de nombreux particuliers avaient souscrit à des emprunts en Suisse.

Il est possible que ces propos des responsables de la Banque centrale suisse ne soient guère plus qu’un effet d’annonce tant les difficultés techniques et juridiques sont grandes à mettre en pratique ce cours administré entre le franc et l’euro. Toutefois, cette discussion présente l’avantage de montrer à tous qu’une économie, plus que la monnaie, sont les hommes et les femmes qui travaillent et doivent pouvoir vendre leurs produits sur le marché sans être les victimes de spéculateurs mus par des peurs irrationnelles.

[box class= »warning »]Crédit photo : La bourse de Londres. Auteur : Bruce Christensen / photo sous licence creative commons[/box]

Londres d’accord pour une intégration plus poussée des pays de la zone euro

Londres d'accord pour une intégration plus poussée des pays de la zone euro

08/08/2011 – 11h20
LONDRES (NOVOpress) –
A la veille du « lundi noir », le Royaume-Uni donne son feu vert à une intégration plus poussée des pays de la zone euro

Dans un article publié le 7 août dans les colonnes du quotidien The Telegraph, le ministre des finances britannique George Osborne a appelé ses voisins continentaux à prendre l’initiative pour résoudre la crise des dettes souveraines.

Rompant avec une tradition bien établie, le ministre anglais en appelle à une plus grande intégration fiscale des pays de la zone euro et annonce que le Royaume Uni ne s’opposera pas à une modification des traités existants en ce sens.

Pour l’avenir de l’Union européenne cette prise de position est capitale. Elle implique que Londres n’exigera pas de référendums pour bloquer l’évolution vers une plus grande intégration des nations du continent qui adhèrent à l’euro.

En annonçant qu’elle allait acheter de la dette espagnole et italienne, la Banque centrale européenne a la première répondu favorablement à l’invitation de George Osborne et pris des libertés avec le carcan réglementaire qui lui interdit d’agir avec la même liberté que la Réserve fédérale américaine.

Ce « lundi noir » que redoutent les analystes financiers pour aujourd’hui va mettre les autorités politiques monétaires devant leurs responsabilités. Il faut espérer qu’ils soient à la hauteur des défis qu’ils auront à faire face.

[box class= »warning »]Photo : le London Stock Exchange (Bourse de Londres)[/box]

Qui est derrière les agences de notation ?

Qui est derrière les agences de notation ? — crédit photo : Ben Garrett

29/07/2011 – 11h30
NEW YORK (NOVOpress) — Les agences de notation et leur rôle dans l’économie mondiale sont sur toutes les bouches. Certains considèrent que leurs évaluations sont objectives, tandis que d’autres y voient presque des organisations criminelles. Le président de la Banque nationale allemande Claus Raidl demande de recourir à la police pour briser leur influence, jugée démesurée.

Toujours AAA pour les États-Unis alors qu’ils sont presque insolvables

Standard & Poor’s, Moody’s, Fitch. Ces trois noms résonnent sur toutes les bouches après les spectaculaires et profondes décotes de la solvabilité de plusieurs États européens. Ces trois agences de notation américaines représentent à elles seules 95% du marché. Leur jugement exerce sur les marchés financiers un poids capable d’ébranler l’ensemble de la zone euro, soit une zone économique de 320 millions d’habitants. Mais s’agit-il en fait d’un levier des intérêts américains et de Wall Street ? On peut le soupçonner, d’autant que les États-Unis, alors qu’il sont en passe de devenir insolvables, jouissent d’un niveau de solvabilité extrêmement élevé. Des politiciens européens ont fait de cette troïka d’outre-Atlantique leur ennemi déclaré. Mais la vérité se trouve probablement, comme souvent, au milieu.

La Grèce a longtemps réussi à cacher l’ampleur réelle de ses problèmes financiers. Il y a environ un an, la lumière a été faite sur la gestion catastrophique de ses finances publiques. Les problèmes du pays ont attiré l’attention des Fitch et consorts, qui ont rapidement réagi en décotant la solvabilité des emprunts d’État. Depuis, l’euro n’est plus en repos. Une « vache sacrée » a même été sacrifiée récemment – l’Italie. Des politiciens de Bruxelles et nationaux ont reconnu le risque de se retrouver dans une situation délicate. Enfin, un coupable a été trouvé : ce n’est pas la pratique de distribuer à la population des cadeaux électoraux qu’il n’y avait pas lieu de financer, mais des analystes de la lointaine Amérique qui étaient responsables des misères de l’union monétaire européenne.

Ceux qui sont derrière

Warren Buffett - crédit photo : Ronald Lee Wattonville-Ames
Warren Buffett - crédit photo : Ronald Lee Wattonville-Ames

Un coup d’œil sur la structure des agences permet de douter de leur objectivité. Par exemple, le légendaire gourou de la bourse Warren Buffet détient, comme l’indique NEWS dans son numéro 28 de cette année, au travers de Berkshire-Hathaway, 12,5% des parts de Moody’s. Buffet a aussi une participation dans la banque d’investissement Goldman Sachs, dont la notoriété est égale à sa mauvaise réputation. Une constellation autonome, en somme.

Le problème est que les agences de notation sont payées par les banques pour évaluer leurs produits. Si l’analyste et le donneur d’ordre ont tous les deux le même propriétaire, cette relation est un terrain éminemment propice à une dangereuse absence de transparence et aux coteries. Qui mordrait la main qui le nourrit ? Standard & Poor’s appartient à la maison d’édition médias McGraw-Hill dont le principal actionnaire est la société d’investissement Capital World, laquelle détient aussi une participation dans Moody’s. Le Français Marc Ladreit de Lacharriere contrôle Fitch Ratings via sa maison-mère Fimalac. Il a présidé pendant des années la section française du groupe Bilderberg. Le comité de direction de Fimalac a des relations et des intersections étroites avec des groupes de sociétés agissant dans le monde entier comme Coca Cola et diverses grandes banques.

La solvabilité de la classe politique

Nos élus, dans leurs critiques à l’encontre des Moody’s et autres, n’ont sûrement pas tort, ou du moins pas totalement. Les interdépendances avec les grands acteurs du monde de la finance et de l’industrie s’opposent à leur objectivité. Dieu seul sait pourquoi les USA ont-il toujours le statut triple A… ou les propriétaires des agences. Mais l’accroissement régulier de l’endettement et la corruption des milieux gouvernementaux aboutiront tôt ou tard à un retour de bâton. Les gouvernements d’Europe ont traité à la légère l’attribution des critères de stabilité. Ce comportement négligent, fruit de spéculations à court terme, se traduit maintenant en un déclassement des évaluations. Faire des agences de cotation l’unique responsable des affres de la zone euro serait omettre la responsabilité de la classe politique, et surévaluer, peut-être, sa propre solvabilité.

Allemagne : l’aide à la Grèce fait débat

Le Professeur Dr. Wilhelm Hankel

22/07/2011 – 10h00
BERLIN (NOVOpress) — Outre-Rhin, les mesures visant au renflouement de l’économie grecque ne sont pas seulement sujettes à controverse sur le plan politique, mais aussi sur celui de leur légalité. La cour de justice constitutionnelle allemande étudie actuellement la question. Les chances pour le ministre des finances Wolfgang Schäuble de sortir indemne de cette procédure sont plutôt minces, car l’examen se fera à l’exclusion de toute argumentation économique.

Wolfgang Schäuble, un ministre sur la sellette
Wolfgang Schäuble, un ministre sur la sellette

Un de leurs opposants notoires et aussi plaignant devant la cour de justice est un éminent professeur d’économie, le Docteur Wilhelm Hankel (photo ci-dessus).

Selon lui, « l’argument du ministre des Finances qui a agit de sa propre initiative en prétextant une situation d’urgence ne tient pas. Il avoue d’ailleurs, toujours selon Hankel, avoir passé outre les traités européens. Ceux-ci interdisent en effet les subventions entre états membres. Il s’y rajoute en droit privé l’obstruction de la faillite et en ce qui concerne le ministre, il ne s’agit pas d’une entreprise privée, mais d’un état, la Grèce, dont la solvabilité est arrivée à son extrême limite. »

D’après Wilhelm Hankel, la faillite de l’État grec était déjà évidente il y a un an. « La politique européenne n’a pas voulu l’accepter et envoya des milliards d’argent public vers le sud. Mais les marchés financiers ne se laissèrent pas duper. La Grèce et ses créanciers ne pourront faire autrement que de réduire la dette : il est clairement question d’en annuler une partie. »

Un des juristes constitutionnels rajoute que Schäuble a non seulement ignoré l’intérêt de ses concitoyens, mais aussi l’avis du Parlement. « Le ministre, dit Hankel, a engagé des centaines de milliards sur des années pour des aides dont il ne peut pas même prouver qu’elles sont nécessaires, et à qui elles profitent. Le Parlement, ignoré, n’a pu exercer son devoir de contrôle que de manière insatisfaisante. Comment expliquer autrement que Schäuble soit  encore à son poste ? » Hankel affirme qu’avec un tel dossier, tout ministre serait déjà mort politiquement en tout autre pays que l’Allemagne, et que cela pourrait également affaiblir voire faire tomber Angela Merckel.

Si les mesures d’aide à la Grèce sont devenues un sujet de politique intérieure de premier plan en Allemagne, des doutes s’installent quant au devenir de l’euro dans la majeure partie des pays d’Europe, qui pour beaucoup apparaît comme incertain.

Mölzer s’élève au Parlement européen contre le sauvetage présumé de l’euro

Mölzer s’élève au Parlement européen contre le sauvetage présumé de l'euro

11/07/2011 – 16h30
STRASBOURG (NOVOpress) – Le chef de la délégation du Parti autrichien de la Liberté (FPÖ) à l’UE, Andreas Mölzer (photo), a décidé de saisir le Parlement européen pour s’opposer aux plans de sauvetage, de plus en plus coûteux, destinés à la Grèce et à d’autres États en faillite. Il a déposé, dans une action commune avec les représentants des délégations qui coopèrent avec le Parti de la Liberté, une motion contre l’aide à la Grèce et en faveur d’un arrêt des paiements visant à renflouer ce pays.

Mölzer estime que certains États membres violent actuellement de façon massive les règles fixées dans le pacte de la stabilité et de croissance et ont de sérieux problèmes de déficits budgétaires. Cette motion s’appuie en outre sur le fait que la monnaie commune souffre d’une grave perte de confiance sur les marchés financiers en raison des grandes différences existant au niveau des balances des paiements courants des Etats membres et des problèmes structurels économiques de certains États.

Pour Mölzer et ceux qui se sont joints à sa motion, il est indéniable que les institutions de l’UE se contentent de faire semblant de sauver l’euro à travers les mesures qu’elles adoptent, alors qu’elles veulent en réalité transférer de l’argent en direction de certains États membres. Certaines de ces mesures violent le droit de l’UE, en particulier la création du Fonds européen de stabilisation financière (à savoir, le « filet de protection sauvetage» [bail-out]) et l’acquisition immédiate de titres de dette par la BCE, comme dans le cas des obligations du gouvernement grec, dont les banques voulaient se débarrasser en urgence.

En pleine tourmente de l’euro, les agences de notation s’intéressent à la dette américaine

14/07/11 – 20h30
WASHINGTON (NOVOpress)
– Le président Obama et les dirigeants de la majorité républicaine à la chambre des représentant ne parvenant pas à trouver un accord budgétaire, les agences de notation américaines envisagent de baisser la qualité de la dette du trésor américain.

L’agence Moody a notamment révélé au Congrès que le risque croissant que le plafond d’endettement de l’État fédéral, actuellement fixé à 14 290 milliards de dollars, ne puisse être relevé à temps, a pour conséquence immédiate un réexamen de la note Aaa attribuée aux bond du Trésor américain.

Selon des confidences recueillies auprès d’élus au Congrès, l’agence Moody a également informé les législateurs qu’elle ne se satisferait pas d’un paiement en temps et en heure des bons du Trésor arrivant à échéance. L’agence prendrait en compte pour sa notation la capacité de l’État fédéral à payer ses dettes à l’égard de particuliers, par exemple les retraites ou la sécurité sociale.

Le président Obama avait fixé à vendredi 15 juillet la date limite pour un accord entre la majorité républicaine de la chambre des représentants et l’exécutif sur l’enveloppe budgétaire, tant sur les réductions de dépenses exigées par les Républicains que sur le relèvement du plafond de la dette demandé par le président.

Si les négociations traînent encore en longueur, il n’est pas certain que cette limite puisse être tenue, pour le plus grand bonheur des spéculateurs.

Sauver le soldat Papandreou, c’est sauver le Crédit Agricole

Sauver le soldat Papandreou, c’est sauver le Crédit Agricole

Une grande question agite les milieux financiers : la Grèce fera-t-elle défaut ? Cette possible faillite préoccupe les banquiers mais devrait également tracasser tout contribuable « averti ». En procédant à un petit tour d’horizon des chiffres portés à la connaissance du public, on comprend pourquoi. A tout seigneur tout honneur, commençons par l’Etat français.

Lire la suite