Les banlieues en roue libre, par Etienne Lafage

Les « rodéos » se multiplient en France ces dernières semaines, provoquant de la colère, des blessés… Mais peu d’arrestations.

Nous ne sommes pas au Texas où des athlètes endurants chevauchent un cheval ou un taureau. A Lyon, Amiens ou en région parisienne, les cowboys ont un tout autre profil. Sur leurs motos, leurs quads ou dans leurs berlines, ils s’approprient les routes, les avenues ou des tronçons d’autoroute pour pratiquer un jeu qui a tout de dangereux et d’illégal.

Le phénomène existait déjà les étés précédents mais à la sortie du confinement, de nombreux quartiers ont vu ce phénomène prendre de l’ampleur. Dorénavant, c’est à plusieurs centaines de véhicules que ces jeunes déboulent sur les boulevards, sous le regard impuissant des forces de l’ordre, paralysés par les accusations de la chanteuse Camélia Jordana dans « On n’est pas couché » : selon elle les policiers « massacrent » des hommes et femmes pour leur couleur de peau…

Les riverains, excédés par les nuisances sonores et les dégradations, en deviennent les premières victimes. Bruits incessants, dégradation, pollution mais aussi blessures physiques. Dans la cité de Neuhof, à Strasbourg, ce sont deux enfants de 10 et 11 ans qui ont été blessés, mercredi 20 mai après avoir été percutés par un chauffard sur son scooter. Par chance, ils ne souffrent « que » de contusions multiples et de dents cassés, mais pas de fracture. Le conducteur « sans casque, a pris la fuite », rapporte les Dernières nouvelles d’Alsace. Mais cette fois, pas d’embrasement comme il y en a eu à Argenteuil plusieurs soirs d’affilée, après un accident impliquant un chauffard qui participait à un « run sauvage ».

Dans la métropole lyonnaise, le nombre de rodéos urbains se multiplient également, ces derniers jours. Le 20 mai, un motard de la police a été volontairement percuté à plusieurs reprises, alors qu’il intervenait avec ses collègues pour tenter de mettre fin à ce rodéo sauvage. Selon Lyon Mag, un individu circulant sur un puissant scooter a foncé plusieurs fois sur le motard, le faisant chuter. Blessé à la jambe, le policier s’est vu prescrire sept jours d’incapacité totale de travail (ITT). Les rodéos font des émules dans l’agglomération. A Bron, il s’est terminé par un feu d’artifice… tiré en direction des agents de police. A Vaulx-en-Velin, un rodéo sauvage a perturbé le réseau des transports en commun pendant un long moment. Les policiers ont interpellé une personne. Dans les Yvelines également, les motos sont de sorti pour les beaux jours. Villepreux, Sartrouville, Guyancourt, Trappes, Achères… Quelques conducteurs auraient été blessés après une chute ou des collisions avec d’autres automobilistes.

Dans la banlieue d’Amiens, ils étaient 200 à s’être donné rendez-vous dans la zone commerciale de Glisy. Les policiers sont intervenus et ont interrompu la soirée. Là encore, une personne a été interpellée et un véhicule a été confisqué, rapporte TF1.

L’adjointe du quartier Neuhof à Strasbourg au journal DNA le reconnaît, impuissante : « On a du mal à gérer les scooters dès qu’il fait beau, même pendant le confinement, ils n’ont pas arrêté ». La faute au beau temps, en quelque sorte ?

Etienne Lafage

Article paru dans Présent daté du 25 mai 2020

Le COVID-19 est-il sorti du laboratoire de Wuhan ?

Et si le COVID-19 avait été inventé par l’homme ? Si on veut réellement demander des comptes sur la gestion de la crise sanitaire aux politiques, il faudra certainement remonter à l’origine de l’apparition de ce virus.

Vendredi 17 avril, le professeur Luc Montagnier semait la panique sur le plateau de Pascal Praud, sur CNews. « L’histoire du marché aux poissons est une belle légende. Ce n’est pas possible », indiquait-il, allant à contre-courant de la communauté scientifique et de l’OMS. Prix Nobel de médecine pour sa découverte du VIH, le professeur dénonçait un virus qui « a échappé peut-être à ses promoteurs ». « Au départ, ils ont travaillé sur un modèle qui est le virus de la chauve-souris, et c’est ce virus-là qu’ils ont modifié. Je pense – c’est l’hypothèse la plus raisonnable – qu’ils voulaient faire un vaccin contre le VIH. Donc, ils ont utilisé un coronavirus, qui en principe pouvait atténuer et ne pas donner de maladie, comme porteur des parties de molécules du virus du Sida », avait-il expliqué.

En quelques heures à peine, les propos de ce médecin provoquèrent une levée de boucliers de la part de ses confrères, le traitant de « vieux sénile » ou tout autre adjectif décrédibilisant son propos. Il est vrai que depuis les années 2000, Luc Montagnier a traversé plusieurs tempêtes dans sa communauté pour des sorties et des accusations en tout genre. Mais la question qu’il soulève ne peut-elle pas se poser ?

Un curieux reportage italien

Surtout depuis la réapparition d’un reportage de la télévision italienne, sorti en 2015 et présentant un « supervirus » fabriqué en Chine. Une émission sérieuse, « Leonardo », diffusée sur la RAI et spécialisée dans l’actualité scientifique. On y apprend que des scientifiques chinois créent un super-virus qui s’attaque aux poumons, à partir de chauves-souris et de souris. Un virus élaboré « à des fins scientifiques », assurent-ils, mais qui a provoqué de nombreuses réserves parmi les chercheurs. Les Chinois ont « greffé une protéine prélevée sur des chauves-souris sur le virus SARS, connu pour déclencher une pneumonie aiguë, lequel a été développé à partir de souris. C’est de cette combinaison qu’est né un super-virus qui pourrait affecter les humains ». L’homme pourrait-il être infecté ? Oui, et même directement de la chauve-souris à l’homme, sans passer par la souris.

Le laboratoire de Wuhan

Cette « chimère » créée en laboratoire aurait dû y rester confinée (sans même l’autorisation de faire son jogging quotidien). En serait-elle sortie ? Précisément, serait-elle sortie du laboratoire P4 de Wuhan, un bijou de technologie destiné à étudier les maladies infectieuses émergentes ? Ce laboratoire a été livré par la France, dont les scientifiques ont l’expertise nécessaire à sa réalisation et à son fonctionnement. Entre 2004, année de naissance du projet, et 2018, année de l’inauguration du labo, plusieurs responsables français ont alerté sur les dangers de l’opération. Si Raffarin, Chirac et Kouchner étaient à l’époque favorables à la construction du P4 à Wuhan, la Défense et le renseignement français étaient plus que méfiants à l’égard de ce qui pourrait devenir un foyer bactériologique incontrôlable.

Dans les faits, le programme qui prévoyait que scientifiques français et chinois collaboreraient au sein de l’unité de recherche n’a pas été respecté : assez rapidement, les Chinois y ont travaillé seuls, sans contrôle extérieur de leurs recherches et des procédures de sécurité. L’insuffisance de ces procédures dans le laboratoire de Wuhan a été signalée dès 2018 par des membres de l’ambassade américaine à Pékin venus visiter le laboratoire flambant neuf. Un employé mal décontaminé aurait-il emmené un virus avec lui à l’extérieur ?

Fin mars, une étude Ifop pour la Fondation Jean Jaurès et l’Observatoire du conspirationnisme claironnait pour s’en moquer la complotite aiguë des électeurs du Rassemblement national : 40 % d’entre eux penseraient que le coronavirus a été conçu en laboratoire. Marine Le Pen remettait immédiatement les choses au point : « Que des gens s’interrogent pour savoir si ce virus est d’origine naturelle ou s’il ne peut pas avoir échappé d’un laboratoire, c’est une question de bon sens. » Le complotisme n’est pas dans les questions qu’on pose, il est dans la façon dont on y répond. Trois semaines plus tard, c’est le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo qui désire qu’on creuse cette théorie d’un virus échappé d’un laboratoire. Et c’est Emmanuel Macron qui déclare : « A l’évidence, des choses se sont passées là-bas dont nous n’avons pas connaissance. » Les médias français, une fois de plus, ont joué l’idéologie plutôt que l’investigation.

Etienne Lafage

Article paru dans Présent daté du 23 avril 2020