La menace du passe sanitaire ad vitam æternam ?

pass sanitaire

Ce devait être une mesure « limitée dans le temps », « exceptionnelle », presque prise à contre-cœur, après avoir passé des mois en assurant ne jamais le mettre en place. Le passe sanitaire devrait pourtant bien être prolongé… si les chambres parlementaires obéissent.

Seuls les plus crédules seront surpris. Le gouvernement prévoit de prolonger la possibilité d’avoir recours au passe sanitaire. Le 12 juillet dernier, le président de la République prenait tout le monde de court en annonçant l’inimaginable, l’impensable : il y aura désormais deux catégories de Français, l’une qui n’aura plus accès à grand-chose, l’autre qui devra montrer patte blanche pour toute activité du quotidien.

Les grandes manifestations chaque week-end dans toutes les villes de France n’y changeront rien, la décision a été prise avec l’obscur conseil de Défense. Certains jouent le jeu, d’autres tentent de contourner la règle, certains retrouvent la solitude du premier confinement, d’autres sont obligés de fermer leur établissement.

Une nouvelle entourloupe ?

Si en décembre 2020, Emmanuel Macron affirmait que « jamais » il ne mettrait le passe sanitaire en application, les choses ont bien évolué en l’espace de quelques mois. Le risque d’une quatrième vague qui ne s’est pas encore montrée, le manque de place à l’hôpital et les soignants qui désormais sont amputés d’une partie d’eux-mêmes, n’ayant pas souhaité se faire vacciner, ont permis la mise en place de l’impensable en France, en 2021 : une véritable ségrégation.

Après cette période douloureuse, dont il était convenu qu’elle devait prendre fin le 15 novembre prochain, ce qui devait arriver se profile petit à petit. Olivier Véran l’avait annoncé dès le mois d’août, Jean Castex vient de le confirmer : le passe sanitaire devrait être prolongé. Un projet de loi sera présenté le 13 octobre en conseil des ministres pour permettre aux autorités d’avoir recours au passe sanitaire au-delà du 15 novembre.

Le texte devra encore être adopté par les deux chambres parlementaires. Jean Castex s’est d’ailleurs entretenu avec le président du Sénat, Gérard Larcher, lundi 20 septembre, après avoir parlementé avec Yaël Braun-Pivet, la présidente de la Commission des lois à l’Assemblée nationale. Matignon prépare donc le terrain et recherche un consensus politique afin de pouvoir compter sur les députés et sénateurs.

Vers un passe territorialisé ?

Emmanuel Macron laissait pourtant entrevoir un allègement du passe sanitaire, ces derniers jours. Le ministre de la Santé, Olivier Véran indiquait même dans un entretien au Parisien, dimanche 19 septembre, que « les restrictions pourraient être allégées progressivement », là où la situation continuait à s’améliorer. Mais pour l’instant, aucune décision immédiate n’est prévue, aucune liste de départements n’a officiellement été déposée à l’Elysée, même si une trentaine de départements est passée sous les 50 cas pour 100 000 habitants.

Le porte-parole du gouvernement a quant à lui précisé le fond de la pensée de l’exécutif. « Tout l’enjeu est de savoir comment on garde ces outils et on s’adapte à cette situation. » Comprenez que le passe sanitaire pourrait être « territorialisé » et pérennisé, sans qu’il soit continuellement appliqué.

Le gouvernement entend garder la possibilité de ressortir cet outil à n’importe quel moment, n’importe où pour endiguer une « nouvelle vague » ou pousser les habitants à aller se faire vacciner.

Etienne Lafage

Article paru dans Présent daté du 21 septembre 2021

Darmanin vs la LDNA… une dissolution qui tombe à point nommé

darmanin ldna

Le ministre de l’Intérieur a annoncé sa volonté de dissoudre la Ligue de défense noire africaine, une officine « raciste » selon Gérald Darmanin, qui a de nouveau fait parler d’elle en assiégeant la mairie de Val-de-Reuil (Eure) ce week-end.

Une décision qui peut surprendre si on la compare à la passivité du ministre jusque-là. En effet, qu’a-t-il fait lorsque des membres de la LDNA ont menacé et envahi les locaux de Valeurs actuelles en août 2020 ? Lorsque ce même groupe menaçait de déboulonner les statues de Napoléon et de Charles de Gaulle ? Lorsque leur leader insultait à longueur de temps la France, son histoire et sa population ? Gérald Darmanin condamnait, certes, via quelques tweets, mais restait un premier flic de France bien discret dans son bureau de la place Beauvau. Trop occupé certainement à trouver (ou inventer) des arguments pour pouvoir dissoudre Génération identitaire.

Heureusement, la période de précampagne électorale est souvent propice aux belles annonces, aux agitations et aux actions spectaculaires. Pour tenter de faire oublier cinq années d’inaction ou consacrées à s’en prendre exclusivement aux mouvements patriotes et identitaires, le ministre sort désormais les muscles. Celui qui se disait prêt, il y a un an, à mettre un genou à terre devant les indigénistes du mouvement Black Lives Matters et qui tolérait ces manifestations quand celles contre les mesures gouvernementales étaient réprimées, s’agite désormais après qu’une bande de 150 personnes a envahi l’hôtel de ville de Val-de-Reuil (Eure).

Des affrontements communautaires

Une action à l’appel de la Ligue de défense noire africaine (LDNA), où une mairie a été assiégée, envahie, ses portes défoncées, une élue molestée et une salle de mariage terrorisée. Tout commence le dimanche 5 septembre, lorsque deux enfants se disputent autour d’un bac à sable. Les parents, dont l’un est d’origine kurde et l’autre d’origine africaine, en viennent aux mains, puis appellent leurs proches à la rescousse. S’ensuit une rixe communautaire impliquant plus de 200 personnes.

Mais pour le maire socialiste, Marc-Antoine Jamet, la responsabilité est à mettre sur le dos de trois personnes : « Marine Le Pen, le PKK et la LDNA ». La première pour avoir dénoncé les violences communautaires qui s’étaient produites le week-end précédent, les autres pour leur influence parmi les communautés impliquées dans les bagarres.

Un peu de démagogie pour lancer la campagne

C’est ce même maire qui a laissé son élue, Fadilla Benamara, seule avec son écharpe tricolore tentant vainement de repousser la centaine de jeunes Africains qui n’hésiteront pas à lui infliger trois jours d’ITT. Pour Gérald Darmanin, c’en est trop. D’autant plus que ces événements interviennent alors que la campagne de l’élection présidentielle se lance progressivement, jour après jour, entre la déclaration de candidature d’Anne Hidalgo, le ralliement d’Edouard Philippe, le lancement de la campagne de Marine Le Pen et les polémiques qui se succèdent autour d’Eric Zemmour.

La République en marche doit alors tenter de rassembler ses électeurs. Après avoir donné des gages à la gauche en annonçant la dissolution de Génération identitaire en février 2021, le ministre macroniste tente désormais de rétablir l’équilibre de la balance en s’attaquant à la Ligue de défense noire africaine. Le mouvement « révolutionnaire » qui pourfend l’Etat français, l’accusant d’être « totalitaire, terroriste, esclavagiste, colonialiste », n’est d’ailleurs pas visé pour sa haine anti-France, mais pour « racisme ». Le fait de s’en être pris à une autre communauté minoritaire et cette fois pas à la France historique était sans doute le dérapage de trop…

p class=”relecture” style=”text-align: right;”>Etienne Lafage

Article paru dans Présent daté du 14 septembre 2021

Le plat hommage rendu à Stéphanie Monfermé

Stéphanie Monfermé

Le Premier ministre a présidé l’hommage à la secrétaire administrative, égorgée au commissariat de Rambouillet, vendredi 23 avril. Une cérémonie dénuée de toute grandeur.

Comme dans les meilleurs films de mafia, c’est l’un des commanditaires du meurtre qui est le premier à réciter l’éloge funèbre. Non que Jean Castex ait porté lui-même le couteau qui a servi à égorger Stéphanie Monfermé, un après-midi du 23 avril, mais c’est toute une politique qui peut être désignée comme responsable de ce genre d’attaque, en plein cœur d’un commissariat ! Une politique d’angélisme, qui se concrétise par un certain laxisme judiciaire, mais qui se retrouve également dans le discours de nos dirigeants. Plus encore lorsqu’il s’agit de rendre hommage à une victime d’acte islamiste. Le cadre était choisi avec soin par les cabinets du gouvernement, sur la place Thome-Patenôtre, face à la Lanterne, un lieu culturel de la commune francilienne.

La famille de Stéphanie est réunie discrètement, les officiels font face au Premier ministre, comme le président du Sénat Gérard Larcher et six ministres, dont Gérald Darmanin, Eric Dupond-Moretti, Marlène Schiappa ou encore Gabriel Attal. La députée de Rambouillet, Aurore Bergé, la présidente de région, Valérie Pécresse et le maire, Véronique Matillon étaient également dans l’assistance.

Durant cet hommage « émouvant », Jean Castex a fait part de son « chagrin », illustré par le deuil de toute une profession. Une policière, très émue, a récité le poème de Simone Veil : « Il restera de toi ». Vient ensuite le collègue de bureau de Stéphanie qui a témoigné de son « rire communicatif » et de ses habitudes alimentaires « normandes », comme « son camembert étalé sur ses carottes ». Des mots que l’on pourrait entendre lors d’un discours d’adieu, dans le cercle privé d’une église, face à ses parents ou grands-parents… et encore.

Le Premier ministre a ensuite prononcé un discours, qui malgré le poids de l’événement, ne restera pas inscrit dans l’histoire. Nous sommes loin du discours profond d’Emmanuel Macron après le sacrifice d’Arnaud Beltrame.

Le 23e attentat en France depuis 2012

Pas question de pointer du doigt l’ennemi qui a mené sa 23e attaque sur notre sol, pour le Premier ministre qui s’est refusé de prononcer le nom de l’assassin de Stéphanie, le traitant « de lâche ». Après le couple Jean-Baptiste Salvaing et Jessica Schneider tués à leur domicile à Magnanville en 2016 et à l’automne dernier Samuel Paty à Conflans-Sainte-Honorine, Jean Castex a voulu rendre hommage « à tous ceux qui ont succombé sous les coups de la barbarie ».

Selon Jean Castex, c’est la « certaine façon de vivre la France » qui a été visée à travers Stéphanie. « Une vie paisible, laborieuse, serviable, une vie droite et simple », a-t-il rappelé soulignant que le terrorisme islamiste « ne peut tolérer cette liberté si française de croire au Ciel ou de ne pas croire ». Le chef du gouvernement a fini en citant Voltaire : « le fanatisme est un monstre ». Et l’islamisme, donc ?

Stéphanie Monfermé a été décorée de la Légion d’honneur à titre posthume, vendredi, au lendemain de ses obsèques célébrées dans l’intimité, mais en présence du président de la République, Emmanuel Macron. Jean Castex s’est félicité du travail des policiers, ayant permis de déjouer d’autres attentats et a annoncé le renforcement des outils de prévention, notamment numériques et des moyens renouvelés pour lutter contre les attentats. L’objectif étant de « protéger encore et toujours nos concitoyens ». Avec, encore et toujours, l’efficacité que l’on sait.

Etienne Lafage

Article paru dans Présent daté du 3 mai 2021

Policiers brûlés à Viry-Châtillon – Un verdict encourageant… pour les criminels !

police

La cour d’assises des mineurs de Paris a condamné en appel cinq jeunes hommes à des peines allant de 6 à 18 ans de prison. Huit autres ont été acquittés.

La scène avait marqué la France entière en octobre 2016, lorsque, à Viry-Châtillon (Essonne), une bande du quartier de La Grande Borne avait pris d’assaut deux voitures de police stationnées près de la cité. Cagoulés et armés, seize individus avaient brisé les vitres et jeté des cocktails Molotov dans les habitacles. Deux fonctionnaires avaient été grièvement blessés et deux autres blessés plus légèrement.

Treize personnes âgées de 16 à 21 ans au moment des faits avaient été arrêtées et traduites devant la justice pour « tentatives de meurtre sur personnes dépositaires de l’autorité publique ». En première instance, huit d’entre elles avaient été condamnées à des peines allant de 10 à 20 ans de prison. Cinq autres avaient été acquittées. Face à ce verdict « qui ne tirait pas les conclusions » de la gravité du crime commis, selon les avocats de la partie civile, le parquet général de Paris avait fait appel.

Les peines prononcées en appel sont finalement plus légères. Cinq jeunes hommes ont été condamnés à des peines de 6 à 18 ans de réclusion pour l’agression, tandis que huit autres ont été acquittés. Un procès sous haute tension, où il aura fallu attendre quatorze heures de délibérés et six semaines d’audience à huis clos avant le prononcé du jugement. La lecture du verdict a été interrompue par une bagarre générale entre les accusés, puis les familles d’accusés, nécessitant l’intervention d’une trentaine de policiers et gendarmes. Le calme n’est revenu qu’une dizaine de minutes plus tard.

Des policiers de nouveau pris à partie

Ce verdict a provoqué la colère des avocats des victimes qui dénoncent « un naufrage judiciaire ». Sur les seize participants identifiés, « on se retrouve avec cinq condamnations », regrette Thibault de Montbrial, l’avocat d’une des victimes. Pour la défense, ce jugement est « un soulagement et un démenti total de l’enquête ».

Le syndicat Unité SGP Police, partie civile dans le procès, a estimé « incompréhensibles » les huit acquittements. Son secrétaire général, Grégory Joron fait part de sa « colère » et sa « déception ». Face à ce « naufrage » judiciaire, les fonctionnaires appellent à des rassemblements, mardi 20 avril à 12 h 30, devant les palais de justice de Paris, des métropoles et de l’outre-mer. Le secrétaire départemental de l’Essonne du syndicat Unité SGP Police-FO, Guillaume Roux, prévient qu’après cette décision, « écœurante et inquiétante », les violences, les jets de cocktails Molotov, les tirs de mortiers « vont continuer, rien ne va changer ».

Il ne croit pas si bien dire : dans la nuit du 16 au 17 avril, des forces de l’ordre ont été prises à partie à Epinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis). Plusieurs dizaines d’individus ont attaqué des policiers à coups de mortiers d’artifice et de caillassage. Deux voitures ont été endommagées et deux individus ont été interpellés. Les fonctionnaires de police ont été obligés de reculer et d’embarquer dans leur voiture. A Tourcoing (Nord), le week-end a été marqué par des émeutes visant les policiers. Rien n’a changé.

Etienne Lafage

Article paru dans Présent daté du 19 avril 2021

Piqûre de rigueur – Une obligation de vaccination qui ne dit pas son nom, par Etienne Lafage

vaccin obligatoire

L’idée vient tout droit d’Israël et a été importée en France par plusieurs députés de l’UDI. Mettre en place un passeport sanitaire pour permettre aux futurs vaccinés « d’avoir le droit de vivre normalement ». L’idée fait son chemin.

En plein débat sur les vaccins liés au Covid-19, alors que l’Union européenne a donné son aval pour celui de Pfizer-BioNTech, et que le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, a indiqué que la campagne de vaccination allait commencer en France « dès la fin de semaine », des députés proposent d’instaurer un « passeport vert » pour les personnes vaccinées.

Une idée portée par Jean-Christophe Lagarde, député et président du groupe UDI au Palais-Bourbon. Concrètement, ce certificat pourrait permettre aux patients vaccinés « d’avoir le droit de vivre normalement », précise-t-il, à savoir retourner dans les restaurants, les bars, les musées ou encore certains commerces. Un outil pour « faire comprendre aux Français que se faire vacciner est un acte citoyen », explique le député, Valérie Six, un des auteurs de la proposition. Ce passeport vert est déjà mis en place en Israël où il entrera en vigueur au début de l’année prochaine. Une fois vaccinés, les Israéliens n’auront plus besoin de s’isoler.

Qui en sortira gagnant ?

Du côté des grands gagnants d’une possible instauration d’un passeport sanitaire, les établissements du secteur de la culture, de la restauration, qui pourraient à nouveau recevoir du public et ne plus être confrontés aux fermetures administratives. Dans l’aéronautique, un passeport sanitaire pourrait être bien vu. Les compagnies aériennes réfléchissent au développement d’un écosystème permettant le partage d’informations avec les autorités sanitaires des différents pays, afin de retrouver une activité quasi normale. L’application IATA Travel Pass devrait entrer en vigueur.

Ce « laissez-passer de santé numérique », comme il se présente, doit permettre de « gérer et vérifier les informations nécessaires sur les tests ou les vaccins entre les gouvernements, les compagnies aériennes, les laboratoires et les voyageurs ». D’autres projets sont en cours de réflexion, comme l’application CommonPass de l’ONG Commons Project. Le nouveau passeport pourrait fonctionner de la même manière que les certifications actuelles contre la fièvre jaune, instaurées dans 200 pays depuis 2005. Plusieurs pays d’Afrique exigent ce carnet lors de la demande de visa ou à l’entrée sur leur territoire. Les autorités pourraient décliner ce dispositif et ajouter le coronavirus à la liste des vaccins exigés.

Une vaccination non obligatoire mais indispensable ?

Si le président de la République a dans un premier temps assuré que la vaccination contre le Covid-19 ne sera pas obligatoire pour les Français, différentes idées émergent pour inciter les Français à se vacciner. La proposition de loi instituant un régime pérenne de gestion des urgences sanitaires, déposée lundi 21 décembre en procédure accélérée par le Premier ministre Jean Castex, devrait permettre de « subordonner les déplacements des personnes, leur accès aux moyens de transport ou à certains lieux, ainsi que l’exercice de certaines activités à la présentation des résultats d’un test de dépistage établissant que la personne n’est pas affectée ou contaminée, au suivi d’un traitement préventif, y compris à l’admission d’un vaccin », précise le texte.

L’instauration de ce passeport sanitaire pourrait poser des questions constitutionnelles et de principes démocratiques. A l’international, si un pays exige que sa population soit vaccinée, les voyageurs devront recevoir le vaccin à l’entrée sur le territoire. Mais en France, tant que le gouvernement ne revient pas sur sa décision, en matière d’obligation, ce passeport sanitaire pourrait faire l’objet d’une discrimination. De nombreuses personnalités politiques se sont soulevées contre l’idée du passeport vert. Marion Maréchal dénonce « la transformation des non-vaccinés en citoyen de seconde zone ». De son côté, le président des Patriotes, Florian Philippot, désigne « une fausse liberté vaccinale, clairement un totalitarisme ». Marine Le Pen appelle « à ramener le gouvernement à la raison ». •

Etienne Lafage

Article paru dans Présent daté du 22 décembre 2020

CCIF – BarakaCity : l’état découvre la lune

Après plus d’une douzaine de polémiques, il aura fallu attendre la décapitation de Samuel Paty pour que Gérald Darmanin s’attaque enfin au CCIF et à l’association Baraka City. Simples déclarations ou volonté réelle ?

Après l’attentat de Conflans-Sainte-Honorine, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a annoncé vouloir cibler 51 associations communautaires. Au micro d’Europe 1, le ministre des cultes a annoncé lundi matin vouloir « dissoudre plusieurs d’entre elles en Conseil des ministres ». Parmi elles, le Conseil contre l’islamophobie en France (CCIF) et Baraka City.

Le ministre de l’Intérieur vise particulièrement le CCIF qui bénéficie « des subventions d’Etat et des déductions fiscales » et qui serait « manifestement impliqué » dans la polémique lancée contre le professeur égorgé quelques jours plus tard, puisque « le père qui a lancé la fatwa se référence clairement à cette association », a indiqué Gérald Darmanin.

Une accusation que dément Marwan Muhammad, l’ancien directeur de l’association, toujours adhérent. « Sur ce dossier spécifique, le CCIF n’était pas intervenu ni juridiquement, ni en communication avec l’établissement, ni en encourageant ou en diffusant des contenus », a-t-il affirmé sur Europe 1 en annonçant vouloir « saisir la justice » pour des « propos diffamants ».

Revendications communautaires et relais de l’islam politique

Sous couvert de lutte contre l’islamophobie et les discriminations à l’égard des musulmans, le Conseil contre l’islamophobie en France se montre régulièrement comme un véritable lobby portant l’idéologie de l’islam politique dans le débat public, jusqu’à réclamer la reconnaissance de la communauté musulmane « comme une minorité » en France. Le CCIF est régulièrement accusé de proximité avec la mouvance intellectuelle des Frères musulmans, notamment pour son approche victimaire ou ses statistiques décriées.

Fondé en 2003 par Samy Debah, il s’est illustré à de nombreuses reprises, notamment durant la campagne de harcèlement contre le restaurateur du Cénacle, à Tremblay-en-France (Seine-Saint-Denis), qui avait été filmé en train de se scandaliser de la tenue de deux femmes voilées sur sa terrasse. Après une violente campagne sur les réseaux sociaux, obligeant le restaurateur à baisser définitivement le rideau, le CCIF s’était constitué partie civile durant le procès qui condamna le patron de l’établissement à 5 000 euros, dont 2 000 euros avec sursis, en mars 2017.

Pour Tariq Ramadan, contre Asia Bibi

L’association s’est fait une spécialité de devenir partie prenante dans les affaires liées à l’affirmation d’un islam politique. En 2018, alors que l’intellectuel proche des Frères musulmans Tariq Ramadan se retrouvait dans la tourmente après des accusations de viols, le CCIF vole à son secours et demande sa remise en liberté, dans un communiqué supprimé quelques heures plus tard, où il dénonçait « une justice à deux vitesses ».

Quelques mois plus tard, alors que la jeune femme chrétienne Asia Bibi, condamnée à mort pour blasphème, a enfin été libérée du Pakistan, le ministre de l’Intérieur de l’époque, Christophe Castaner, décide de la recevoir. Une rencontre qui a provoqué la colère de Sefen Guez Guez, l’un des avocats du Collectif contre l’islamophobie en France, sur les réseaux sociaux. « Faut-il que je demande à mes clients sans papier de devenir catholiques pour qu’ils soient reçus par le ministre de l’Intérieur », s’est-il insurgé. Une comparaison douteuse avec les dizaines de milliers de migrants arrivant chaque année en France.

Le même avocat s’était engagé aux côtés de l’association contre un arrêté anti-burkini pris par le maire de Villeneuve-Loubet (Alpes-Maritimes), en août 2016. Deux ans plus tôt, il défendait un agent de sûreté aéroportuaire de l’aéroport de Nice, soupçonné « de radicalisation religieuse ». Bien que se défendant d’être « l’avocat d’une communauté », Sefen Guez Guez avait évoqué sur LCI « l’oppression des musulmans » en France.

Baraka City, ou l’ONG aux multiples ambiguïtés

Vous vous souvenez certainement du moment de malaise sur le plateau du « Supplément » de Canal+ en 2016, où Najat Vallaud-Belkacem et les journalistes présents se sont soudainement heurtés aux contradictions du vivre-ensemble. Idriss Sihamedi avait alors assumé sans complexe son refus de serrer la main des femmes, au nez et à la barbe du ministre des Droits des femmes sous François Hollande. Une position qu’il réaffirma lors de l’instauration des distanciations physiques contre le coronavirus, se réjouissant de pouvoir, « dans la joie et la bonne humeur », dire non aux femmes lui tendant la main.

Repéré pour ses propos sur les attentats de Charlie Hebdo, Idriss Sihamedi est fiché par la DGSI pour ses accointances avec le milieu salafiste et est même interdit sur le territoire turc depuis mai 2019. Idriss Sihamedi est rapidement devenu populaire sur les réseaux sociaux et bénéficie régulièrement d’une vague de soutien, jusqu’à être en tête des tendances Twitter à chaque affaire judiciaire. Baraka City est suivie par plus de 710 000 personnes sur son compte Facebook qui, lui, n’est pas censuré. Le 15 octobre dernier, il est même placé sous contrôle judiciaire dans l’attente de son procès pour harcèlement sur les réseaux sociaux à l’encontre de la chroniqueuse de RMC, Zohra Bitan. Le fondateur de l’ONG aurait diffusé jusqu’à 120 tweets diffamatoires depuis son compte.

Maintenir la pression entre jeunes musulmans et policiers

Si ses premières actions s’inscrivaient dans l’action sociale de proximité, avec des maraudes et un soutien aux familles les plus démunies, l’association islamique à but non lucratif a bien changé de stratégie depuis. Pas une seule émeute dans les banlieues ne se déroule sans que Baraka City ne dénonce ou amplifie des dérapages policiers « racistes », comme à Toulouse lors d’une série d’attaques contre la police en 2018.

Le 16 novembre 2015, l’ONG publiait une vidéo intitulée « Raqqa est frappée par 20 missiles », où elle présentait des avions de chasse français bombardant des positions de l’Etat islamique dans la ville syrienne. « Nous craignons que des civils soient parmi les victimes », avertissait-elle. Après des centaines de milliers de partages, provoquant une vague d’indignation parmi les musulmans, cette vidéo s’est révélée hors de propos. Il s’agissait en réalité d’images postées le 14 novembre, veille des premières frappes françaises, par une agence de presse proche de Daesh. Une campagne censée discréditer l’action de la France contre l’Etat islamique, trois jours seulement après les attentats de Paris.

Si l’association dénonce « un abus de pouvoir » de la part de Gérald Darmanin qui souhaite s’y attaquer, la proposition de dissolution devrait bien être déposée devant le Conseil des ministres. Bien que de nombreuses personnalités, musulmanes ou non, aient alerté sur les ambiguïtés et les connivences entre ces associations et le milieu de l’islam radical, il aura fallu attendre une vingtaine d’attentats, dont la décapitation d’un professeur des collèges, pour que le gouvernement daigne enfin se poser la question d’une dissolution de ces structures, souvent opaques et implantées dans le paysage français.

Etienne Lafage

Article paru dans Présent daté du 20 octobre 2020

Les banlieues en roue libre, par Etienne Lafage

Les « rodéos » se multiplient en France ces dernières semaines, provoquant de la colère, des blessés… Mais peu d’arrestations.

Nous ne sommes pas au Texas où des athlètes endurants chevauchent un cheval ou un taureau. A Lyon, Amiens ou en région parisienne, les cowboys ont un tout autre profil. Sur leurs motos, leurs quads ou dans leurs berlines, ils s’approprient les routes, les avenues ou des tronçons d’autoroute pour pratiquer un jeu qui a tout de dangereux et d’illégal.

Le phénomène existait déjà les étés précédents mais à la sortie du confinement, de nombreux quartiers ont vu ce phénomène prendre de l’ampleur. Dorénavant, c’est à plusieurs centaines de véhicules que ces jeunes déboulent sur les boulevards, sous le regard impuissant des forces de l’ordre, paralysés par les accusations de la chanteuse Camélia Jordana dans « On n’est pas couché » : selon elle les policiers « massacrent » des hommes et femmes pour leur couleur de peau…

Les riverains, excédés par les nuisances sonores et les dégradations, en deviennent les premières victimes. Bruits incessants, dégradation, pollution mais aussi blessures physiques. Dans la cité de Neuhof, à Strasbourg, ce sont deux enfants de 10 et 11 ans qui ont été blessés, mercredi 20 mai après avoir été percutés par un chauffard sur son scooter. Par chance, ils ne souffrent « que » de contusions multiples et de dents cassés, mais pas de fracture. Le conducteur « sans casque, a pris la fuite », rapporte les Dernières nouvelles d’Alsace. Mais cette fois, pas d’embrasement comme il y en a eu à Argenteuil plusieurs soirs d’affilée, après un accident impliquant un chauffard qui participait à un « run sauvage ».

Dans la métropole lyonnaise, le nombre de rodéos urbains se multiplient également, ces derniers jours. Le 20 mai, un motard de la police a été volontairement percuté à plusieurs reprises, alors qu’il intervenait avec ses collègues pour tenter de mettre fin à ce rodéo sauvage. Selon Lyon Mag, un individu circulant sur un puissant scooter a foncé plusieurs fois sur le motard, le faisant chuter. Blessé à la jambe, le policier s’est vu prescrire sept jours d’incapacité totale de travail (ITT). Les rodéos font des émules dans l’agglomération. A Bron, il s’est terminé par un feu d’artifice… tiré en direction des agents de police. A Vaulx-en-Velin, un rodéo sauvage a perturbé le réseau des transports en commun pendant un long moment. Les policiers ont interpellé une personne. Dans les Yvelines également, les motos sont de sorti pour les beaux jours. Villepreux, Sartrouville, Guyancourt, Trappes, Achères… Quelques conducteurs auraient été blessés après une chute ou des collisions avec d’autres automobilistes.

Dans la banlieue d’Amiens, ils étaient 200 à s’être donné rendez-vous dans la zone commerciale de Glisy. Les policiers sont intervenus et ont interrompu la soirée. Là encore, une personne a été interpellée et un véhicule a été confisqué, rapporte TF1.

L’adjointe du quartier Neuhof à Strasbourg au journal DNA le reconnaît, impuissante : « On a du mal à gérer les scooters dès qu’il fait beau, même pendant le confinement, ils n’ont pas arrêté ». La faute au beau temps, en quelque sorte ?

Etienne Lafage

Article paru dans Présent daté du 25 mai 2020

Le COVID-19 est-il sorti du laboratoire de Wuhan ?

Et si le COVID-19 avait été inventé par l’homme ? Si on veut réellement demander des comptes sur la gestion de la crise sanitaire aux politiques, il faudra certainement remonter à l’origine de l’apparition de ce virus.

Vendredi 17 avril, le professeur Luc Montagnier semait la panique sur le plateau de Pascal Praud, sur CNews. « L’histoire du marché aux poissons est une belle légende. Ce n’est pas possible », indiquait-il, allant à contre-courant de la communauté scientifique et de l’OMS. Prix Nobel de médecine pour sa découverte du VIH, le professeur dénonçait un virus qui « a échappé peut-être à ses promoteurs ». « Au départ, ils ont travaillé sur un modèle qui est le virus de la chauve-souris, et c’est ce virus-là qu’ils ont modifié. Je pense – c’est l’hypothèse la plus raisonnable – qu’ils voulaient faire un vaccin contre le VIH. Donc, ils ont utilisé un coronavirus, qui en principe pouvait atténuer et ne pas donner de maladie, comme porteur des parties de molécules du virus du Sida », avait-il expliqué.

En quelques heures à peine, les propos de ce médecin provoquèrent une levée de boucliers de la part de ses confrères, le traitant de « vieux sénile » ou tout autre adjectif décrédibilisant son propos. Il est vrai que depuis les années 2000, Luc Montagnier a traversé plusieurs tempêtes dans sa communauté pour des sorties et des accusations en tout genre. Mais la question qu’il soulève ne peut-elle pas se poser ?

Un curieux reportage italien

Surtout depuis la réapparition d’un reportage de la télévision italienne, sorti en 2015 et présentant un « supervirus » fabriqué en Chine. Une émission sérieuse, « Leonardo », diffusée sur la RAI et spécialisée dans l’actualité scientifique. On y apprend que des scientifiques chinois créent un super-virus qui s’attaque aux poumons, à partir de chauves-souris et de souris. Un virus élaboré « à des fins scientifiques », assurent-ils, mais qui a provoqué de nombreuses réserves parmi les chercheurs. Les Chinois ont « greffé une protéine prélevée sur des chauves-souris sur le virus SARS, connu pour déclencher une pneumonie aiguë, lequel a été développé à partir de souris. C’est de cette combinaison qu’est né un super-virus qui pourrait affecter les humains ». L’homme pourrait-il être infecté ? Oui, et même directement de la chauve-souris à l’homme, sans passer par la souris.

Le laboratoire de Wuhan

Cette « chimère » créée en laboratoire aurait dû y rester confinée (sans même l’autorisation de faire son jogging quotidien). En serait-elle sortie ? Précisément, serait-elle sortie du laboratoire P4 de Wuhan, un bijou de technologie destiné à étudier les maladies infectieuses émergentes ? Ce laboratoire a été livré par la France, dont les scientifiques ont l’expertise nécessaire à sa réalisation et à son fonctionnement. Entre 2004, année de naissance du projet, et 2018, année de l’inauguration du labo, plusieurs responsables français ont alerté sur les dangers de l’opération. Si Raffarin, Chirac et Kouchner étaient à l’époque favorables à la construction du P4 à Wuhan, la Défense et le renseignement français étaient plus que méfiants à l’égard de ce qui pourrait devenir un foyer bactériologique incontrôlable.

Dans les faits, le programme qui prévoyait que scientifiques français et chinois collaboreraient au sein de l’unité de recherche n’a pas été respecté : assez rapidement, les Chinois y ont travaillé seuls, sans contrôle extérieur de leurs recherches et des procédures de sécurité. L’insuffisance de ces procédures dans le laboratoire de Wuhan a été signalée dès 2018 par des membres de l’ambassade américaine à Pékin venus visiter le laboratoire flambant neuf. Un employé mal décontaminé aurait-il emmené un virus avec lui à l’extérieur ?

Fin mars, une étude Ifop pour la Fondation Jean Jaurès et l’Observatoire du conspirationnisme claironnait pour s’en moquer la complotite aiguë des électeurs du Rassemblement national : 40 % d’entre eux penseraient que le coronavirus a été conçu en laboratoire. Marine Le Pen remettait immédiatement les choses au point : « Que des gens s’interrogent pour savoir si ce virus est d’origine naturelle ou s’il ne peut pas avoir échappé d’un laboratoire, c’est une question de bon sens. » Le complotisme n’est pas dans les questions qu’on pose, il est dans la façon dont on y répond. Trois semaines plus tard, c’est le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo qui désire qu’on creuse cette théorie d’un virus échappé d’un laboratoire. Et c’est Emmanuel Macron qui déclare : « A l’évidence, des choses se sont passées là-bas dont nous n’avons pas connaissance. » Les médias français, une fois de plus, ont joué l’idéologie plutôt que l’investigation.

Etienne Lafage

Article paru dans Présent daté du 23 avril 2020