CCIF – BarakaCity : l’état découvre la lune

Après plus d’une douzaine de polémiques, il aura fallu attendre la décapitation de Samuel Paty pour que Gérald Darmanin s’attaque enfin au CCIF et à l’association Baraka City. Simples déclarations ou volonté réelle ?

Après l’attentat de Conflans-Sainte-Honorine, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a annoncé vouloir cibler 51 associations communautaires. Au micro d’Europe 1, le ministre des cultes a annoncé lundi matin vouloir « dissoudre plusieurs d’entre elles en Conseil des ministres ». Parmi elles, le Conseil contre l’islamophobie en France (CCIF) et Baraka City.

Le ministre de l’Intérieur vise particulièrement le CCIF qui bénéficie « des subventions d’Etat et des déductions fiscales » et qui serait « manifestement impliqué » dans la polémique lancée contre le professeur égorgé quelques jours plus tard, puisque « le père qui a lancé la fatwa se référence clairement à cette association », a indiqué Gérald Darmanin.

Une accusation que dément Marwan Muhammad, l’ancien directeur de l’association, toujours adhérent. « Sur ce dossier spécifique, le CCIF n’était pas intervenu ni juridiquement, ni en communication avec l’établissement, ni en encourageant ou en diffusant des contenus », a-t-il affirmé sur Europe 1 en annonçant vouloir « saisir la justice » pour des « propos diffamants ».

Revendications communautaires et relais de l’islam politique

Sous couvert de lutte contre l’islamophobie et les discriminations à l’égard des musulmans, le Conseil contre l’islamophobie en France se montre régulièrement comme un véritable lobby portant l’idéologie de l’islam politique dans le débat public, jusqu’à réclamer la reconnaissance de la communauté musulmane « comme une minorité » en France. Le CCIF est régulièrement accusé de proximité avec la mouvance intellectuelle des Frères musulmans, notamment pour son approche victimaire ou ses statistiques décriées.

Fondé en 2003 par Samy Debah, il s’est illustré à de nombreuses reprises, notamment durant la campagne de harcèlement contre le restaurateur du Cénacle, à Tremblay-en-France (Seine-Saint-Denis), qui avait été filmé en train de se scandaliser de la tenue de deux femmes voilées sur sa terrasse. Après une violente campagne sur les réseaux sociaux, obligeant le restaurateur à baisser définitivement le rideau, le CCIF s’était constitué partie civile durant le procès qui condamna le patron de l’établissement à 5 000 euros, dont 2 000 euros avec sursis, en mars 2017.

Pour Tariq Ramadan, contre Asia Bibi

L’association s’est fait une spécialité de devenir partie prenante dans les affaires liées à l’affirmation d’un islam politique. En 2018, alors que l’intellectuel proche des Frères musulmans Tariq Ramadan se retrouvait dans la tourmente après des accusations de viols, le CCIF vole à son secours et demande sa remise en liberté, dans un communiqué supprimé quelques heures plus tard, où il dénonçait « une justice à deux vitesses ».

Quelques mois plus tard, alors que la jeune femme chrétienne Asia Bibi, condamnée à mort pour blasphème, a enfin été libérée du Pakistan, le ministre de l’Intérieur de l’époque, Christophe Castaner, décide de la recevoir. Une rencontre qui a provoqué la colère de Sefen Guez Guez, l’un des avocats du Collectif contre l’islamophobie en France, sur les réseaux sociaux. « Faut-il que je demande à mes clients sans papier de devenir catholiques pour qu’ils soient reçus par le ministre de l’Intérieur », s’est-il insurgé. Une comparaison douteuse avec les dizaines de milliers de migrants arrivant chaque année en France.

Le même avocat s’était engagé aux côtés de l’association contre un arrêté anti-burkini pris par le maire de Villeneuve-Loubet (Alpes-Maritimes), en août 2016. Deux ans plus tôt, il défendait un agent de sûreté aéroportuaire de l’aéroport de Nice, soupçonné « de radicalisation religieuse ». Bien que se défendant d’être « l’avocat d’une communauté », Sefen Guez Guez avait évoqué sur LCI « l’oppression des musulmans » en France.

Baraka City, ou l’ONG aux multiples ambiguïtés

Vous vous souvenez certainement du moment de malaise sur le plateau du « Supplément » de Canal+ en 2016, où Najat Vallaud-Belkacem et les journalistes présents se sont soudainement heurtés aux contradictions du vivre-ensemble. Idriss Sihamedi avait alors assumé sans complexe son refus de serrer la main des femmes, au nez et à la barbe du ministre des Droits des femmes sous François Hollande. Une position qu’il réaffirma lors de l’instauration des distanciations physiques contre le coronavirus, se réjouissant de pouvoir, « dans la joie et la bonne humeur », dire non aux femmes lui tendant la main.

Repéré pour ses propos sur les attentats de Charlie Hebdo, Idriss Sihamedi est fiché par la DGSI pour ses accointances avec le milieu salafiste et est même interdit sur le territoire turc depuis mai 2019. Idriss Sihamedi est rapidement devenu populaire sur les réseaux sociaux et bénéficie régulièrement d’une vague de soutien, jusqu’à être en tête des tendances Twitter à chaque affaire judiciaire. Baraka City est suivie par plus de 710 000 personnes sur son compte Facebook qui, lui, n’est pas censuré. Le 15 octobre dernier, il est même placé sous contrôle judiciaire dans l’attente de son procès pour harcèlement sur les réseaux sociaux à l’encontre de la chroniqueuse de RMC, Zohra Bitan. Le fondateur de l’ONG aurait diffusé jusqu’à 120 tweets diffamatoires depuis son compte.

Maintenir la pression entre jeunes musulmans et policiers

Si ses premières actions s’inscrivaient dans l’action sociale de proximité, avec des maraudes et un soutien aux familles les plus démunies, l’association islamique à but non lucratif a bien changé de stratégie depuis. Pas une seule émeute dans les banlieues ne se déroule sans que Baraka City ne dénonce ou amplifie des dérapages policiers « racistes », comme à Toulouse lors d’une série d’attaques contre la police en 2018.

Le 16 novembre 2015, l’ONG publiait une vidéo intitulée « Raqqa est frappée par 20 missiles », où elle présentait des avions de chasse français bombardant des positions de l’Etat islamique dans la ville syrienne. « Nous craignons que des civils soient parmi les victimes », avertissait-elle. Après des centaines de milliers de partages, provoquant une vague d’indignation parmi les musulmans, cette vidéo s’est révélée hors de propos. Il s’agissait en réalité d’images postées le 14 novembre, veille des premières frappes françaises, par une agence de presse proche de Daesh. Une campagne censée discréditer l’action de la France contre l’Etat islamique, trois jours seulement après les attentats de Paris.

Si l’association dénonce « un abus de pouvoir » de la part de Gérald Darmanin qui souhaite s’y attaquer, la proposition de dissolution devrait bien être déposée devant le Conseil des ministres. Bien que de nombreuses personnalités, musulmanes ou non, aient alerté sur les ambiguïtés et les connivences entre ces associations et le milieu de l’islam radical, il aura fallu attendre une vingtaine d’attentats, dont la décapitation d’un professeur des collèges, pour que le gouvernement daigne enfin se poser la question d’une dissolution de ces structures, souvent opaques et implantées dans le paysage français.

Etienne Lafage

Article paru dans Présent daté du 20 octobre 2020

Les banlieues en roue libre, par Etienne Lafage

Les « rodéos » se multiplient en France ces dernières semaines, provoquant de la colère, des blessés… Mais peu d’arrestations.

Nous ne sommes pas au Texas où des athlètes endurants chevauchent un cheval ou un taureau. A Lyon, Amiens ou en région parisienne, les cowboys ont un tout autre profil. Sur leurs motos, leurs quads ou dans leurs berlines, ils s’approprient les routes, les avenues ou des tronçons d’autoroute pour pratiquer un jeu qui a tout de dangereux et d’illégal.

Le phénomène existait déjà les étés précédents mais à la sortie du confinement, de nombreux quartiers ont vu ce phénomène prendre de l’ampleur. Dorénavant, c’est à plusieurs centaines de véhicules que ces jeunes déboulent sur les boulevards, sous le regard impuissant des forces de l’ordre, paralysés par les accusations de la chanteuse Camélia Jordana dans « On n’est pas couché » : selon elle les policiers « massacrent » des hommes et femmes pour leur couleur de peau…

Les riverains, excédés par les nuisances sonores et les dégradations, en deviennent les premières victimes. Bruits incessants, dégradation, pollution mais aussi blessures physiques. Dans la cité de Neuhof, à Strasbourg, ce sont deux enfants de 10 et 11 ans qui ont été blessés, mercredi 20 mai après avoir été percutés par un chauffard sur son scooter. Par chance, ils ne souffrent « que » de contusions multiples et de dents cassés, mais pas de fracture. Le conducteur « sans casque, a pris la fuite », rapporte les Dernières nouvelles d’Alsace. Mais cette fois, pas d’embrasement comme il y en a eu à Argenteuil plusieurs soirs d’affilée, après un accident impliquant un chauffard qui participait à un « run sauvage ».

Dans la métropole lyonnaise, le nombre de rodéos urbains se multiplient également, ces derniers jours. Le 20 mai, un motard de la police a été volontairement percuté à plusieurs reprises, alors qu’il intervenait avec ses collègues pour tenter de mettre fin à ce rodéo sauvage. Selon Lyon Mag, un individu circulant sur un puissant scooter a foncé plusieurs fois sur le motard, le faisant chuter. Blessé à la jambe, le policier s’est vu prescrire sept jours d’incapacité totale de travail (ITT). Les rodéos font des émules dans l’agglomération. A Bron, il s’est terminé par un feu d’artifice… tiré en direction des agents de police. A Vaulx-en-Velin, un rodéo sauvage a perturbé le réseau des transports en commun pendant un long moment. Les policiers ont interpellé une personne. Dans les Yvelines également, les motos sont de sorti pour les beaux jours. Villepreux, Sartrouville, Guyancourt, Trappes, Achères… Quelques conducteurs auraient été blessés après une chute ou des collisions avec d’autres automobilistes.

Dans la banlieue d’Amiens, ils étaient 200 à s’être donné rendez-vous dans la zone commerciale de Glisy. Les policiers sont intervenus et ont interrompu la soirée. Là encore, une personne a été interpellée et un véhicule a été confisqué, rapporte TF1.

L’adjointe du quartier Neuhof à Strasbourg au journal DNA le reconnaît, impuissante : « On a du mal à gérer les scooters dès qu’il fait beau, même pendant le confinement, ils n’ont pas arrêté ». La faute au beau temps, en quelque sorte ?

Etienne Lafage

Article paru dans Présent daté du 25 mai 2020

Le COVID-19 est-il sorti du laboratoire de Wuhan ?

Et si le COVID-19 avait été inventé par l’homme ? Si on veut réellement demander des comptes sur la gestion de la crise sanitaire aux politiques, il faudra certainement remonter à l’origine de l’apparition de ce virus.

Vendredi 17 avril, le professeur Luc Montagnier semait la panique sur le plateau de Pascal Praud, sur CNews. « L’histoire du marché aux poissons est une belle légende. Ce n’est pas possible », indiquait-il, allant à contre-courant de la communauté scientifique et de l’OMS. Prix Nobel de médecine pour sa découverte du VIH, le professeur dénonçait un virus qui « a échappé peut-être à ses promoteurs ». « Au départ, ils ont travaillé sur un modèle qui est le virus de la chauve-souris, et c’est ce virus-là qu’ils ont modifié. Je pense – c’est l’hypothèse la plus raisonnable – qu’ils voulaient faire un vaccin contre le VIH. Donc, ils ont utilisé un coronavirus, qui en principe pouvait atténuer et ne pas donner de maladie, comme porteur des parties de molécules du virus du Sida », avait-il expliqué.

En quelques heures à peine, les propos de ce médecin provoquèrent une levée de boucliers de la part de ses confrères, le traitant de « vieux sénile » ou tout autre adjectif décrédibilisant son propos. Il est vrai que depuis les années 2000, Luc Montagnier a traversé plusieurs tempêtes dans sa communauté pour des sorties et des accusations en tout genre. Mais la question qu’il soulève ne peut-elle pas se poser ?

Un curieux reportage italien

Surtout depuis la réapparition d’un reportage de la télévision italienne, sorti en 2015 et présentant un « supervirus » fabriqué en Chine. Une émission sérieuse, « Leonardo », diffusée sur la RAI et spécialisée dans l’actualité scientifique. On y apprend que des scientifiques chinois créent un super-virus qui s’attaque aux poumons, à partir de chauves-souris et de souris. Un virus élaboré « à des fins scientifiques », assurent-ils, mais qui a provoqué de nombreuses réserves parmi les chercheurs. Les Chinois ont « greffé une protéine prélevée sur des chauves-souris sur le virus SARS, connu pour déclencher une pneumonie aiguë, lequel a été développé à partir de souris. C’est de cette combinaison qu’est né un super-virus qui pourrait affecter les humains ». L’homme pourrait-il être infecté ? Oui, et même directement de la chauve-souris à l’homme, sans passer par la souris.

Le laboratoire de Wuhan

Cette « chimère » créée en laboratoire aurait dû y rester confinée (sans même l’autorisation de faire son jogging quotidien). En serait-elle sortie ? Précisément, serait-elle sortie du laboratoire P4 de Wuhan, un bijou de technologie destiné à étudier les maladies infectieuses émergentes ? Ce laboratoire a été livré par la France, dont les scientifiques ont l’expertise nécessaire à sa réalisation et à son fonctionnement. Entre 2004, année de naissance du projet, et 2018, année de l’inauguration du labo, plusieurs responsables français ont alerté sur les dangers de l’opération. Si Raffarin, Chirac et Kouchner étaient à l’époque favorables à la construction du P4 à Wuhan, la Défense et le renseignement français étaient plus que méfiants à l’égard de ce qui pourrait devenir un foyer bactériologique incontrôlable.

Dans les faits, le programme qui prévoyait que scientifiques français et chinois collaboreraient au sein de l’unité de recherche n’a pas été respecté : assez rapidement, les Chinois y ont travaillé seuls, sans contrôle extérieur de leurs recherches et des procédures de sécurité. L’insuffisance de ces procédures dans le laboratoire de Wuhan a été signalée dès 2018 par des membres de l’ambassade américaine à Pékin venus visiter le laboratoire flambant neuf. Un employé mal décontaminé aurait-il emmené un virus avec lui à l’extérieur ?

Fin mars, une étude Ifop pour la Fondation Jean Jaurès et l’Observatoire du conspirationnisme claironnait pour s’en moquer la complotite aiguë des électeurs du Rassemblement national : 40 % d’entre eux penseraient que le coronavirus a été conçu en laboratoire. Marine Le Pen remettait immédiatement les choses au point : « Que des gens s’interrogent pour savoir si ce virus est d’origine naturelle ou s’il ne peut pas avoir échappé d’un laboratoire, c’est une question de bon sens. » Le complotisme n’est pas dans les questions qu’on pose, il est dans la façon dont on y répond. Trois semaines plus tard, c’est le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo qui désire qu’on creuse cette théorie d’un virus échappé d’un laboratoire. Et c’est Emmanuel Macron qui déclare : « A l’évidence, des choses se sont passées là-bas dont nous n’avons pas connaissance. » Les médias français, une fois de plus, ont joué l’idéologie plutôt que l’investigation.

Etienne Lafage

Article paru dans Présent daté du 23 avril 2020