Vive l’été médiatique !, par Philippe Bilger

Jean-Louis Trintignant

On se passe très bien de la chose politicienne même si certains de mes billets démontrent le contraire.

On peut se dispenser du président de la République, du ministre de l’Intérieur et du garde des des Sceaux même si quelques-uns de mes posts leur sont consacrés.

On peut faire l’impasse sur l’écume des jours, l’insignifiance des choses et parfois le ridicule de postures et de comportements qui ne mériteraient rien d’autre qu’une indifférence intellectuelle, un dédain civique.

Mais encore faudrait-il qu’on nous permette de fuir ces sujets et de nous délivrer de l’accessoire pour nous concentrer sur l’essentiel. Et c’est là où l’été médiatique joue son rôle à plein pour les personnalités comme pour les sujets.

En effet comment ne pas remarquer que durant les vacances il y a pour certaines fonctions médiatiques des titulaires qui font regretter de n’être pas permanents. Je songe aux présentateurs Audrey Mara-Crespo et Julien Arnaud sur TF1. L’une et l’autre sont pourvus d’un incroyable naturel qui ne nous donne jamais l’impression qu’ils jouent un rôle, ce qui ne les incite pas sans cesse à se prendre pour ce qu’ils ne sont pas : des donneurs de leçons au lieu de se contenter d’être des journalistes rendant compte modestement de l’actualité et veillant à ne pas passer abruptement d’un reportage sur les chats à une catastrophe internationale.

Vive l’été médiatique qui nous offre, dans Le Figaro, une série d’articles enthousiastes, fins et informés d’Eric Neuhoff sur Marilyn Monroe.

Vive l’été médiatique qui, pour une fois, nous autorise à féliciter le Monde sur un double plan. Samuel Blumenfeld nous a permis de lire six séquences biographiques et analyses de cette personnalité étrange, intelligente, torturée et talentueuse qu’a été Jean-Louis Trintignant.

Et, surprise plus rare, une double page a été consacrée au RN et à Marine Le Pen. Les journalistes dont Abel Mestre ont été à peu près objectifs et même stimulants dans leur approche, ce qui nous a changé des poncifs et partialités quotidiens que ce journal se piquant d’être l’éveilleur de conscience d’une gauche satisfaite d’elle-même, répand sans se lasser.

Vive l’été médiatique qui dans le JDD a projeté à plusieurs reprises la lumière sur une actrice exceptionnelle et une femme de qualité : Nathalie Baye.

Je pourrais donner d’autres exemples de ces miracles de l’été où, croyant nous priver de l’important, on nous fait don en réalité du capital. Où, imaginant nous débarrasser de l’inutile, on nous livre au contraire le plus passionnant de la vie, de la culture et de l’art.

J’espère que ces expériences estivales m’aideront à me désintoxiquer (au moins un peu !) de la chose politicienne.

Philippe Bilger

Tribune reprise de Philippebilger.com