Affaire Méric : un insupportable « deux poids deux mesures », par Francis Bergeron

Affaire Meric

Vendredi, deux jeunes gens, Esteban Morillo et Samuel Dufour ont été condamnés en appel à respectivement sept ans et cinq ans de prison, à la suite du décès du militant d’extrême gauche Clément Méric, en 2013. Ce dernier avait trouvé la mort en chutant lourdement sur le trottoir, lors d’une bagarre à laquelle il n’était pas étranger.

Ceux qui ont lu le hors-série de Présent de novembre 2018 savent tout de ce dossier. Son titre est très clair. Après le jugement de vendredi nous n’avons pas un mot à retrancher : « Se défendre était leur droit. Les défendre est notre devoir ».

Les skinheads (« crânes rasés », une ancienne appellation faisant référence à des bandes de jeunes ouvriers et fils d’ouvriers britanniques des années 1960 et 1970) est un terme particulièrement impropre pour qualifier les deux jeunes hommes qui viennent d’être condamnés à sept ans et cinq ans de prison pour la mort accidentelle du dénommé Méric. Esteban et Samuel n’avaient pas les cheveux rasés, et ne formaient pas une bande à proprement parler. C’étaient des militants politiques, certes extrémistes, comme on l’est parfois à 18 ou 20 ans. Comme l’était Méric, dans l’autre camp. On a donc rejugé vendredi une rixe mortelle, qui s’est produite il y a huit ans, entre garçons de 18 à 20 ans, devant un magasin de vêtements prisés par les deux camps.

En première instance, Esteban, qui avait 20 ans au moment des faits, avait été condamné à l’invraisemblable peine de onze ans de prison. Onze ans de prison pour « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner ». Dufour, 19 ans au moment des faits, a vu sa peine réduite à cinq ans au lieu des sept ans de 2018.

Il paraît qu’on ne peut pas commenter une décision de justice. Cette formule n’est sans doute pas de Zola. Avec beaucoup de précautions oratoires, les avocats de Morillo et Dufour ont dit très exactement – pour qui sait lire entre les lignes – ce qu’il faut penser de cette condamnation, certes allégée en appel, mais, néanmoins, extraordinairement lourde : « […] une décision très amère […] difficile à comprendre sur le plan de la vérité », a dit l’avocat de Morillo. « Les passions politiques d’en face, la pression médiatique et surtout la pression idéologique de ceux qui s’étaient attaqués à eux ont été trop fortes. » Pour l’avocat de Dufour, « c’est une affaire dans laquelle nos clients se sont défendus d’une agression extérieure, mais il était sans doute trop difficile pour la cour et les jurés de dire la vérité dans ce procès tellement symbolique ».

Pas mort « pour ses idées »

Oui, il y a eu rixe entre jeunes extrémistes. Oui, l’un d’eux a trouvé la mort, le plus frêle des protagonistes, le plus jeune aussi (18 ans). Il n’est pas mort « pour ses idées », contrairement à ce que répètent à satiété, depuis 2013, des médias qui n’en peuvent plus de jeter l’opprobre sur « de vrais méchants fascistes », eux qui en voient partout, mais ne parviennent jamais à leur attribuer le moindre crime. Il n’y avait pas d’idées dans cette bagarre, devant un magasin de vêtements. N’imaginons même pas la situation inverse, la mort d’un jeune agresseur d’« extrême droite » et le verdict des mêmes juges…

C’est bien pour cela qu’il faut changer de paradigme, créer un choc dans le pays, qui porte un coup à ce que les avocats de Morillo et Dufour ont appelé pudiquement « la pression médiatique », « la pression idéologique ». Un choc électoral le 27 juin, par exemple.

Francis Bergeron

Article paru dans Présent daté du 8 juin 2021

Libération d’Esteban Morillo

Libération d’Esteban Morillo

Ci-dessus logo du groupuscule Action Antifasciste Paris-Banlieue dont faisait partie Clément Méric.

06/09/2014 – PARIS (NOVOpress via Kiosque Courtois)
Une libération qui intervient deux mois et demi après celle de Samuel Dufour, un autre suspect. Esteban Morillo, principal suspect dans la mort du gauchiste à particule Clément Méric de Bellefon, le 5 juin 2013 à Paris lors d’une rixe entre « natios » et « antifascistes », Esteban Morillo a été remis en liberté mardi par la cour d’appel de Paris. Il reste mis en examen pour “violences volontaires en réunion et avec arme ayant entraîné la mort sans intention de la donner” et sera soumis à un contrôle judiciaire strict qui lui interdit notamment de quitter son département de résidence. Depuis un an, ses avocats avaient plusieurs fois demandé, en vain, sa remise en liberté.

Impossible de résumer cette affaire dans le cadre de ce kiosque. On pourra en lire un exposé factuel et complet sur Wikipédia. Il en ressort que les « antifas » ont délibérément provoqué les « natios », avec la claire volonté d’en découdre. Une vidéo découverte quelques jours après les faits, mais pour l’instant non publique [pourquoi ? ], montrerait même Méric de Bellefon agressant Esteban par derrière, ce dernier ne faisant que se défendre. Cette affaire a été l’occasion pour le pouvoir socialiste de dissoudre plusieurs mouvements de la mouvance nationaliste.

Mais naturellement, pas touche aux mouvements d’extrême gauche, que le régime socialiste utilise volontiers comme réserves de tontons macoutes… Dès le lendemain, 6 juin, Manuel Valls, à l’époque ministre de l’intérieur, exprimait sa « totale détermination à éradiquer cette violence qui porte la marque de l’extrême droite ». Pour le coprésident du Parti de gauche, Jean-Luc Mélenchon « la violence sauvage qui a assassiné Clément Méric n’est pas fortuite » et met en cause « une culture méthodiquement inculquée et entretenue par des groupes d’extrême droite » liés, selon lui, au Front national. Quant au Premier ministre Jean-Marc Ayrault il déclarait vouloir « tailler en pièces les groupes d’extrême droite », mais, ajoutait-il, « de façon démocratique » !

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Le SMS qui prouve que Clément Méric faisait le chouf

Le SMS qui prouve que Clément Méric faisait le chouf

19/07/2014 – PARIS (NOVOpress)
« Ils descendent ». Ce SMS envoyé par Clément Méric quelques minutes avant sa mort et révélé maladroitement au Parisien par les parents de la victime pourrait bien peser dans la balance lors du futur procès à venir. Décryptage.

Dans son édition du 18 juillet, un article du Parisien rédigé par la journaliste Elisabeth Fleury révèle le contenu des derniers SMS envoyés et reçus par Clément Méric l’après-midi de sa mort. L’objet de l’article : montrer que le jeune « antifa » était bien plus préoccupé par une soirée d’anniversaire que par les skinheads. Dans la liste des textos, on constate en effet que l’essentiel des messages figurant sur le portable de la victime portent sur l’anniversaire à venir dans la soirée du 5 juin 2013. Mais au milieu de ces messages anodins, un SMS envoyé par la future victime attire l’attention : « Ils descendent ».

L’article nous apprend que ce SMS, envoyé à 18H27, était destiné à l’un des antifas attendant dehors devant l’église de la rue Caumartin pour se battre avec Esteban Morillo et les personnes qui l’accompagnaient. Le Parisien nous apprend ensuite que, quelques minutes après ce SMS, « le jeune étudiant, qui a fait un tour à la vente de vêtements et a croisé les skins dans la cour, vient de rejoindre ses amis devant l’église ». Une poignée de minutes encore après, la bagarre commençait, avec l’issue fatale que l’on connaît.

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