Dupond-Moretti mis en examen, par Francis Bergeron

Dupond-Moretti

Vendredi, le garde des Sceaux a été mis en examen pour « prise illégale d’intérêts ». Il est soupçonné d’avoir, en tant que ministre, essayé d’influer sur plusieurs affaires et de régler des comptes en lançant des enquêtes administratives contre les juges chargés de ces dossiers (voir Présent du 5 juillet).

Si Dupond-Moretti n’était pas Dupond-Moretti, nous pourrions avoir quelque sympathie pour cet avocat devenu ministre, qui semble s’efforcer de limiter le pouvoir des juges, parfois abusif. On l’avait vu par exemple dans l’affaire des écoutes téléphoniques de Thierry Herzog, l’avocat de Sarkozy. Si on peut placer sur table d’écoute n’importe quel avocat, c’est évidemment une dérive inacceptable. Dupond-Moretti avait dénoncé « des méthodes de barbouze », et avait porté plainte pour « atteinte à la vie privée », une plainte qu’il a retirée quand il a été nommé ministre. Sur ce terrain-là, on peut suivre Dupond-Moretti dans sa volonté de s’opposer à une dérive susceptible d’aboutir à une sorte de dictature des juges.

De même, quand Macron dit, à propos de l’affaire Dupond-Moretti : « Je pense qu’il n’est pas sain d’avoir des commentaires de magistrats avant des décisions et d’avoir des annonces de presse avant des décisions de justice parce que le travail de la justice doit se faire dans le bon ordre et dans la sérénité », qui n’applaudirait, indépendamment de la personnalité du garde des Sceaux ?

Assiste-t-on à un règlement de comptes contre l’avocat pénaliste ? Ce dernier a toujours joué de sa capacité à terroriser, au prétoire, ses adversaires, les juges, voire les victimes, par ses coups de gueule, son agressivité. Il s’est fait beaucoup d’ennemis. « L’esprit du mur des cons est toujours présent », expliquent ses soutiens. Admettons. Mais notons aussi qu’avec ce fameux « mur des cons » le gouvernement avait une occasion en or de régler son compte au Syndicat de la magistrature, et qu’il ne l’a pas fait.

Le boulet de la macronie

En mars 2017, lorsque Fillon avait été victime de déboires similaires, Macron, qui n’était alors que son rival à la présidentielle, expliquait aux journalistes de France 2 : « Dans le principe, un ministre mis en examen doit quitter le gouvernement. » C’est pourtant le même Macron qui, le 13 juillet, lors du Conseil des ministres, a longuement défendu son ministre, et lui a renouvelé toute sa confiance, ce vendredi. Ceci au mépris, donc, de ses affirmations antérieures, au mépris de la « jurisprudence Balladur » et des positions affichées par son ancien Premier ministre, Edouard Philippe, qui avait estimé qu’« un ministre mis en examen, ça démissionne ». Quand Richard Ferrand, ministre de la Cohésion des territoires, avait été mis en cause dans l’affaire des Mutuelles de Bretagne, il dut quitter le gouvernement. De même quand Bayrou, premier garde des Sceaux du gouvernement Philippe, fut mis en cause pour les emplois fictifs d’assistants parlementaires du MoDem, il quitta le gouvernement, et fut mis en examen ultérieurement.

Pour Dupond-Moretti, sa démission n’est pas requise, et tous les « marcheurs » montent au créneau pour le soutenir. Ce soutien découle uniquement de la conscience de la faiblesse du gouvernement actuel. Dupond-Moretti est un boulet, ses casseroles judiciaires ne sont pas négligeables et son intervention dans la campagne électorale des Hauts-de-France a été calamiteuse. Son altercation avec le candidat RN Damien Rieu a été vue des dizaines de milliers de fois sur les réseaux sociaux. Mais l’exfiltrer du ministère de la Justice, après la pantalonnade Bayrou de 2017 et le passage au ministère de l’ectoplasmique Nicole Belloubet, constituerait un aveu définitif d’incompétence de la macronie. C’est probablement la raison qui a conduit Castex à lui renouveler son soutien.

Dans l’éditorial publié sur son site L’Insolent, Jean-Gilles Malliarakis rappelle toutes les raisons que nous pouvons avoir, pour notre part, de laisser sombrer l’hystérique avocat : avec lui, le sentiment de partialité de la justice n’a fait que s’aggraver. Et de citer quelques affaires récentes :

« … la dissolution aberrante de Génération identitaire, suivie des réquisitions le 16 juin contre deux responsables de cette association essentiellement, stratégiquement, non violente et légaliste, Thaïs d’Escufon, poursuivie pour “provocation à la haine raciale” tandis que Jérémie Piano doit répondre de l’accusation “d’injures publiques”… mais aussi la condamnation à 10 mois ferme, avec mandat de dépôt, d’un militant angevin de L’Alvarium coupable d’avoir résisté à une attaque des antifas contre leur local associatif. »

Francis Bergeron

Article paru dans Présent daté du 19 juillet 2021

Comment la macronie hystérise la politique

Macron

La macronie hystérise la politique. Son discours sur la « bienveillance » est factice. C’est Gérald Darmanin qui a déclaré, à Dijon jeudi dernier : « On voit bien la marque satanique que représenterait une victoire du RN ». Quelques jours plus tôt, le chef de l’Etat avait pourtant dit : « J’appelle tout le monde au respect et au calme ». Ce week-end, à Péronne (Hauts-de-France), les réseaux sociaux ont montré un Eric Dupond-Moretti vociférant et débraillé s’en prendre, sur une terrasse de bistrot, à un élu du RN, Damien Rieu, après avoir été alpagué par François Ruffin (LFI). Déjà, le 21 juin 2018 à Quimper, Emmanuel Macron avait désigné les adversaires de l’Europe souveraine comme « une lèpre qui monte ».

Lors de ses vœux du 31 décembre de la même année, parlant des Gilets jaunes, le président avait dénoncé les « porte-voix d’une foule haineuse » accusée de s’en prendre « aux élus, aux forces de l’ordre, aux journalistes, aux juifs, aux homosexuels, aux étrangers » dans un amalgame s’apparentant à une « fake news ». Derrière le faux-nez de l’ « apaisement » se laisse voir une caste hautaine et désormais ouvertement agressive, qui n’argumente que par l’insulte et la diabolisation. Loin de donner l’exemple de la maîtrise de soi et de la cohésion nationale, la macronie attise les divisions en lâchant, dans une société inflammable, des incendiaires comme Darmanin et Dupond-Moretti.

En réalité, les mots officiels ne veulent plus rien dire sinon, de manière orwellienne, l’inverse de leur sens. La « bienveillance » LREM est un permis de cracher sur l’opposant. Pareillement, la « liberté » se rapproche de la censure quand elle est revendiquée par l’extrême gauche. Samedi, la « marche des libertés, contre les idées d’extrême droite », qui a rassemblé poussivement 120 organisations, a montré son intolérance pour le débat démocratique. Manifester contre des idées qui déplaisent est une réponse qui caractérise la dérive fascistoïde de cette gauche asséchée, qui n’existe plus que dans l’affrontement et la violence. Il est à remarquer que les « antifas », ces nouveaux fachos, n’ont pas jugé utile de perturber la procession. Il ne faut évidemment pas compter sur ces donneurs de leçons de démocratie pour s’émouvoir, par exemple, du sort de Mila, 18 ans, poursuivie par les islamistes pour avoir critiqué Mahomet. Dimanche, sur TF1, la jeune fille a confié son calvaire, qui laisse de marbre les féministes : « Même si je suis dehors, je suis en prison (…) Je vais forcément ne pas rester en vie ». Cette extrême gauche, qui dit s’inquiéter des idées d’extrême droite (sans définir ce que l’expression recouvre) avait manifesté, en novembre 2019 à Paris, avec les islamistes et leurs idées totalitaires, sexistes et judéophobes. Lors de la manifestation de samedi, Jean-Luc Mélenchon a été enfariné par un homme se présentant de gauche, mais de droite selon les médias. Le délitement ne fait que commencer.

Ivan Rioufol

Texte daté du 14 juin 2021 et repris du blog d’Ivan Rioufol

Ecologie : le programme du RN affole Dupond-Moretti

Dupond-Moretti

« Je suis certain qu’elle va nous décevoir » : c’est l’argument qu’on entend parfois dans les discussions avec des militants. Pas des militants du RN, mais des militants de groupes plus activistes. Ils anticipent déjà des renoncements, et une mobilisation des énergies sur des thèmes autres que l’immigration, l’insécurité, l’islamo-gauchisme ou l’écriture inclusive. Le « contre-projet de référendum » sur l’environnement que la présidente du Rassemblement national a présenté mardi aurait pu apporter de l’eau au moulin de ces « déçus à l’avance ». Mais à condition d’oublier deux choses. La première, c’est qu’un futur président de la République, un futur programme de gouvernement se doivent de répondre non seulement aux urgences mais aussi à la totalité des problèmes auxquels un quinquennat peut être confronté. Que survienne une catastrophe environnementale, et aussitôt présidence et gouvernement se devront de monter au front et de répondre aux nouvelles inquiétudes des Français. Il était donc nécessaire que Marine Le Pen, dans la perspective de sa possible élection, expose son analyse et ses solutions aux enjeux environnementaux.

La seconde raison, c’est que l’environnement a toujours été une préoccupation de ce que l’on peut appeler la droite nationale. Les « forces de progrès » ont beaucoup mis en cause le « conservatisme » du camp d’en face, et il serait tout de même paradoxal que le RN délaisse les questions de conservation du patrimoine environnemental, alors que se dessine une perspective d’accès au pouvoir.

« Avocats d’Amérique latine » contre « carottes du coin »

Qui plus est, l’écologisme « de droite » a eu l’intelligence de ne pas tomber dans le piège de la « croissance 0 » des ex-soixante-huitards, de l’opposition au progrès technique par conservatisme, ou au nucléaire par nostalgie des bougies et des moulins à eau. Quand des proches du RN se mobilisent partout contre les éoliennes, ils mettent en cause une fausse bonne solution à nos besoins énergétiques, qui piétine le « droit au paysage » (Marine Le Pen), dans l’indifférence à notre balance commerciale et au vrai bilan énergétique.

Dupond-Moretti a cru habile de s’en prendre au « localisme », l’un des mots clés du programme environnemental du RN, c’est-à-dire à la recherche systématique de circuits courts « entre la fourche et la fourchette ». Sans craindre le ridicule, l’avocat-ministre a expliqué doctement que « ça commence par le localisme, ça finit par le racisme ». La formule est parfaite… pour transformer nos campagnes en centres de résistance au macronisme. Comme l’écrit Marianne avec une légère pointe d’ironie : « Comme chacun sait, l’importation d’avocats d’Amérique latine est un instrument puissant de fraternisation entre les peuples, tandis que les carottes du coin instillent dans les cœurs une vision maurrassienne de la société. »

A la place du référendum écologique préconisé par Macron, pour conclure la Convention Citoyenne sur le climat, Marine Le Pen veut poser 15 questions aux Français sur de grands thèmes environnementaux, et dessiner ainsi « une autre vision de l’écologie », qui ne soit pas punitive.

Cette proposition de contre-référendum déçoit-elle les militants, désireux d’en découdre sur des sujets plus clivants ? Une chose est sûre : Dupond-Moretti, lui, ne nous a pas déçus ! Grâce à lui, le RN a encore marqué des points mardi.

Francis Bergeron

Article paru dans Présent daté du 10 mars 2021

Pour Dupond-Moretti, la liberté des terroristes est aussi importante que celle de tous les citoyens

fin démocratie

Liberté et surveillance sont des mots qui s’entrechoquent. Certes, la première ne peut être totale sans conduire à la chienlit, mais la seconde ne peut être excessive sans étouffer la démocratie. Les récents propos du grand « Acquittator » (ou « acquitte-à-tort » ?) devenu dans la scénographie macronienne « garde des Sceaux », ministre de la Justice, « gardienne de nos libertés », devraient ajouter une inquiétude de plus au tableau déjà chargé de l’actualité.

Il déplorait, récemment, comme une « incohérence totale » que ce soient « les mêmes qui vous disent, lorsqu’il s’agit de voter l’application Stop-Covid, qu’elle est liberticide », qui cependant exigent de restreindre les libertés des terroristes, ou des islamistes qui risqueraient de le devenir. En somme, pour Dupond-Moretti, la liberté des terroristes est aussi importante que celle de tous les citoyens ! La surveillance de ces derniers éventuellement porteurs du Covid-19 est aussi légitime que la libération des terroristes qui ont purgé leur peine, aussi fondée que le refus d’un « Guantánamo » à la française ! Cette curieuse équivalence, compréhensible chez quelqu’un dont le métier consistait à blanchir les âmes les plus noires, témoigne, chez celui qui est devenu le défenseur de l’ordre social, le signe d’une confusion mentale inquiétante, inquiétante au point de l’amener à se rattraper aux branches en insistant lourdement sur la surveillance des terroristes et des « radicalisés », avant, pendant et après la prison.

Pour faire plus sérieux, l’artiste du verbe s’est réfugié dans les chiffres : « 170 personnels pénitentiaires affectés au renseignement, 64 condamnés pour terrorisme. » À ces chiffres, on respire, mais le ministre prend ses notes et précise que les 64 sont les détenus qui vont être libérés dans les mois qui viennent. S’y ajoutent 21 « droit commun » radicalisés, et surtout le dessous de l’iceberg : 504 condamnés pour terrorisme, et 572 « droit commun » radicalisés. Et d’ajouter, avec une benoîte assurance : « Naturellement, ils seront suivis de près… » Tiens donc ! Comme pour la dette, le gouvernement a découvert l’infini, cette fois celui des policiers surveillant, d’un côté, les rétifs au masque et au confinement et, de l’autre, les fichés S, les terroristes libérés et les radicalisés en liberté, poursuivant les premiers jusque dans les églises et laissant, bien sûr, les autres à l’abri de leurs quartiers réservés, car à l’impossible nul n’est tenu…

D’ailleurs, le Conseil constitutionnel a déjà résolu la question et démenti a priori le ministre puisqu’il a censuré, en août dernier, la loi « instaurant des mesures de sûreté à l’encontre des auteurs d’infractions terroristes à l’issue de leur peine ». Dans le monde de Dupond-Moretti, il est possible de condamner administrativement tous les Français à des restrictions d’aller et de venir, voire à une quasi-assignation à résidence, ou même une incarcération dans l’isolement pour les pensionnaires des EHPAD, mais sous la protection du juge judiciaire, le détenu libéré n’a pas à subir de restriction à sa liberté retrouvée… Un monde merveilleux inspiré doublement par nos amis britanniques : 1984 pour tout le monde et Habeas corpus pour les justiciables !

La démocratie ne peut s’accommoder des excès de surveillance lorsque ceux-ci débordent les besoins de l’ordre public, du respect de la loi et de la sécurité, lorsqu’ils empiètent sur les libertés personnelles fondamentales liées à l’autonomie de la personne, pour son domicile, sa correspondance et ses déplacements. Elle peut, en revanche, tolérer des mesures d’exception à la fois limitées dans le temps, et surtout discriminant nettement les individus en fonction de leur dangerosité subie ou volontaire. La prolongation, l’accentuation et, pour comble, l’inversion de ces mesures sont en train de pulvériser notre démocratie.

Maurice Duverger avait, un jour, écrit : « La quantité de liberté que l’État laissera aux individus dépend de la force des disciplines intérieures que les individus sont capables de s’imposer à eux-mêmes […] Quand on n’est pas maître de soi, il faut bien qu’un autre soit votre maître pour que la société vive. » Cette formule est redoutable car elle pourrait justifier la dictature comme antidote de l’anarchie, mais elle doit plutôt nous appeler à une prise de conscience : ne peut être démocratique qu’une nation dont toute la population partage un certain nombre de règles que les familles et l’éducation transmettent de génération en génération. Ni l’individualisme ni le séparatisme ne peuvent maintenir la démocratie !

Christian Vanneste

Texte repris du site Boulevard Voltaire

Gouvernement Castex. Des grandes gueules pour masquer l’ennui

Il faudra juger Jean Castex aux actes. C’est ce qu’il demande et il a bien raison, surtout que, pour le moment il ne peut compter sur le verbe. Ses interventions sont laborieuses et ennuyeuses, chose étonnante alors que se multiplient les coachs entraînant à une parole convaincante. C’est sans doute pour pallier cette absence de charisme verbal, qui était connue, que son gouvernement a été enrichi de grandes gueules.

Le retour de Bachelot

C’est ainsi que sont respectivement nommés à la Justice et à la Culture Eric Dupont-Moretti et Roselyne Bachelot. Les deux ont un point commun : Ils ont juré les yeux dans les yeux aux journalistes que jamais au grand jamais, ils n’accepteraient un poste au gouvernement. Ils l’ont fait dans un grand éclat de rire. Décidément la soupe est bonne et la vanité gouverne les hommes et les femmes à parité égale. Roselyne Bachelot, la femme aux masques, tient une belle revanche sur un départ peu glorieux de son dernier poste ministériel — la Santé. Entre temps elle s’était transformée en amuseuse donneuse de leçon sur les médias et dans la presse. Son apport à la culture a été très limité, même si elle a cru bon d’interpréter au théâtre Les Monologues du vagin, histoire de prouver combien elle était féministe et branchée.

Mâles blancs

Pour l’avocat anti-magistrats devenu leur ministre de tutelle, le pari est encore plus insensé. L’homme est très fort dans son domaine mais la façon dont il s’est laissé chahuter et déstabiliser par les députés lors des questions au gouvernement est étonnante. Personne ne l’avait averti que les interruptions n’étaient entendues que par lui et pas par les téléspectateurs et qu’il ne fallait donc pas en tenir compte ? Cette impréparation politique sur un classique est stupéfiante.

L’arrivée de Darmanin n’est pas du même registre. On peut se demander si Gérald si fier de dire, alors que personne ne le demandait, qu’il se prénommait aussi Moussa, est vraiment la bonne personne pour lutter contre l’islamisme politique ! On est toujours dans le doute sur les intentions du président, attendons donc le 14 juillet. Mais ce qui est incompréhensible, c’est l’aveuglement dont témoigne cette nomination : on fait comme ci notre république n’avait pas déjà accepté le totalitarisme des minorités au nom de l’idéologie de la repentance et de la victimisation.

En outre, nommer un Darmanin désigné comme violeur par une dame (cette dernière fût-elle pas très nette), c’était bien sûr agiter un drapeau rouge devant les chiennes de garde et autres féministes de combat radical. A cela s’ajoute les propos sexistes du ministre de la justice qui vont lui être rappelés au quotidien. Avec ce couple de mâles blancs obligés un temps de cohabiter, cela va être l’enfer pour Marlène Schiappa. On nous permettra un sourire peu charitable.

Ce gouvernement a un casting qui va permettre des attaques à la chaine, avec la complaisance bien sûr des médias. Ils sont pour le moment sous le charme de la nouveauté mais on sent déjà les réticences. Sur les pensées supposées, il n’y a pas de présomption d’innocence. Le sérieux insipide de Castex ne suffira pas longtemps à protéger ses ministres médiatiques de la médiocratie dominante. Qui a vécu par les médias périra par les médias.

Le remaniement sera dénoncé comme trop blanc et machiste, il l est déjà. Contraint donc à donner des gages aux minorités agissantes, il risque d être paralysé avant même d’avoir commencé à agir.

Pierre Boisguilbert

Texte repris du site Polémia

Derrière la République des grandes gueules, par Ivan Rioufol

Voici donc, pour la galerie, la République des grandes gueules. Avec Eric Dupont-Moretti à la Justice, Roselyne Bachelot à la Culture et Marlène Schiappa à la Citoyenneté, le chef de l’Etat a tenté, lundi soir, de mettre quelques paillettes à un gouvernement couleur muraille. Cette mise en scène vise à accrocher l’attention d’un public qui s’endort déjà à écouter le nouveau premier ministre, Jean Castex.

Remarquons au passage qu’aucun membre des Républicains ne se retrouve dans le casting : une absence qui laisse deviner le peu d’attractivité qu’a rencontré ce gouvernement de crises, qui s’est heureusement débarrassé de Christophe Castaner, Nicole Belloubet et Sibeth Ndiaye. Il est vrai que rien n’est moins engageant que de monter sur le Titanic. Toute la question est désormais de savoir si l’opinion se laissera distraire par les prévisibles coups d’éclat de ces trois personnalités atypiques. Cela semble peu probable, tant la communication macronienne est devenue artificielle et lassante.

Pour autant, Dupont-Moretti à la Chancellerie pourrait se comporter comme un éléphant dans un magasin de porcelaine. A moins que sa nomination par le Prince ne soit une manière plus machiavélique de contenir l’ambitieux avocat. Il a déjà retiré sa plainte contre X pour violation de la vie privée et des correspondances, dans l’affaire des fadettes qui mettait en cause le parquet national financier.

Le nouveau garde des Sceaux ira-t-il jusqu’à réclamer la suppression de ce parquet, dont l’indépendance politique est devenue suspecte depuis l’affaire Fillon? Ses premiers actes le diront. Reste que, derrière son anticonformisme affiché, se laisse voir le profil plus banal du donneur de leçons, ce clone de la gauche moralisatrice. En 2015, celui qui aura désormais à défendre les libertés malmenées avait réclamé l’interdiction du parti de Marine Le Pen. Ce manque d’originalité est un élément de sa personnalité tonitruante. Grande gueule aux petits pieds ? A suivre.

Ivan Rioufol

Texte daté du 7 juillet 2020 et repris du blog d’Ivan Rioufol