Gouvernement Castex. Des grandes gueules pour masquer l’ennui

Il faudra juger Jean Castex aux actes. C’est ce qu’il demande et il a bien raison, surtout que, pour le moment il ne peut compter sur le verbe. Ses interventions sont laborieuses et ennuyeuses, chose étonnante alors que se multiplient les coachs entraînant à une parole convaincante. C’est sans doute pour pallier cette absence de charisme verbal, qui était connue, que son gouvernement a été enrichi de grandes gueules.

Le retour de Bachelot

C’est ainsi que sont respectivement nommés à la Justice et à la Culture Eric Dupont-Moretti et Roselyne Bachelot. Les deux ont un point commun : Ils ont juré les yeux dans les yeux aux journalistes que jamais au grand jamais, ils n’accepteraient un poste au gouvernement. Ils l’ont fait dans un grand éclat de rire. Décidément la soupe est bonne et la vanité gouverne les hommes et les femmes à parité égale. Roselyne Bachelot, la femme aux masques, tient une belle revanche sur un départ peu glorieux de son dernier poste ministériel — la Santé. Entre temps elle s’était transformée en amuseuse donneuse de leçon sur les médias et dans la presse. Son apport à la culture a été très limité, même si elle a cru bon d’interpréter au théâtre Les Monologues du vagin, histoire de prouver combien elle était féministe et branchée.

Mâles blancs

Pour l’avocat anti-magistrats devenu leur ministre de tutelle, le pari est encore plus insensé. L’homme est très fort dans son domaine mais la façon dont il s’est laissé chahuter et déstabiliser par les députés lors des questions au gouvernement est étonnante. Personne ne l’avait averti que les interruptions n’étaient entendues que par lui et pas par les téléspectateurs et qu’il ne fallait donc pas en tenir compte ? Cette impréparation politique sur un classique est stupéfiante.

L’arrivée de Darmanin n’est pas du même registre. On peut se demander si Gérald si fier de dire, alors que personne ne le demandait, qu’il se prénommait aussi Moussa, est vraiment la bonne personne pour lutter contre l’islamisme politique ! On est toujours dans le doute sur les intentions du président, attendons donc le 14 juillet. Mais ce qui est incompréhensible, c’est l’aveuglement dont témoigne cette nomination : on fait comme ci notre république n’avait pas déjà accepté le totalitarisme des minorités au nom de l’idéologie de la repentance et de la victimisation.

En outre, nommer un Darmanin désigné comme violeur par une dame (cette dernière fût-elle pas très nette), c’était bien sûr agiter un drapeau rouge devant les chiennes de garde et autres féministes de combat radical. A cela s’ajoute les propos sexistes du ministre de la justice qui vont lui être rappelés au quotidien. Avec ce couple de mâles blancs obligés un temps de cohabiter, cela va être l’enfer pour Marlène Schiappa. On nous permettra un sourire peu charitable.

Ce gouvernement a un casting qui va permettre des attaques à la chaine, avec la complaisance bien sûr des médias. Ils sont pour le moment sous le charme de la nouveauté mais on sent déjà les réticences. Sur les pensées supposées, il n’y a pas de présomption d’innocence. Le sérieux insipide de Castex ne suffira pas longtemps à protéger ses ministres médiatiques de la médiocratie dominante. Qui a vécu par les médias périra par les médias.

Le remaniement sera dénoncé comme trop blanc et machiste, il l est déjà. Contraint donc à donner des gages aux minorités agissantes, il risque d être paralysé avant même d’avoir commencé à agir.

Pierre Boisguilbert

Texte repris du site Polémia

Derrière la République des grandes gueules, par Ivan Rioufol

Voici donc, pour la galerie, la République des grandes gueules. Avec Eric Dupont-Moretti à la Justice, Roselyne Bachelot à la Culture et Marlène Schiappa à la Citoyenneté, le chef de l’Etat a tenté, lundi soir, de mettre quelques paillettes à un gouvernement couleur muraille. Cette mise en scène vise à accrocher l’attention d’un public qui s’endort déjà à écouter le nouveau premier ministre, Jean Castex.

Remarquons au passage qu’aucun membre des Républicains ne se retrouve dans le casting : une absence qui laisse deviner le peu d’attractivité qu’a rencontré ce gouvernement de crises, qui s’est heureusement débarrassé de Christophe Castaner, Nicole Belloubet et Sibeth Ndiaye. Il est vrai que rien n’est moins engageant que de monter sur le Titanic. Toute la question est désormais de savoir si l’opinion se laissera distraire par les prévisibles coups d’éclat de ces trois personnalités atypiques. Cela semble peu probable, tant la communication macronienne est devenue artificielle et lassante.

Pour autant, Dupont-Moretti à la Chancellerie pourrait se comporter comme un éléphant dans un magasin de porcelaine. A moins que sa nomination par le Prince ne soit une manière plus machiavélique de contenir l’ambitieux avocat. Il a déjà retiré sa plainte contre X pour violation de la vie privée et des correspondances, dans l’affaire des fadettes qui mettait en cause le parquet national financier.

Le nouveau garde des Sceaux ira-t-il jusqu’à réclamer la suppression de ce parquet, dont l’indépendance politique est devenue suspecte depuis l’affaire Fillon? Ses premiers actes le diront. Reste que, derrière son anticonformisme affiché, se laisse voir le profil plus banal du donneur de leçons, ce clone de la gauche moralisatrice. En 2015, celui qui aura désormais à défendre les libertés malmenées avait réclamé l’interdiction du parti de Marine Le Pen. Ce manque d’originalité est un élément de sa personnalité tonitruante. Grande gueule aux petits pieds ? A suivre.

Ivan Rioufol

Texte daté du 7 juillet 2020 et repris du blog d’Ivan Rioufol