Vulcain n’a pas été dérangé…, par Philippe Bilger

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L’entretien avec le président de la République le 14 juillet.

Avec Emmanuel Macron, la tradition de ce rendez-vous, chaque année, le jour de la fête nationale, n’avait pas été respectée. D’où l’importance qu’on attachait à tort ou à raison aux échanges d’hier dans un cadre superbement champêtre.

Je n’ai rien trouvé à redire au principe de deux journalistes femmes procédant à l’interview. À partir du moment où l’excellence est garantie, la notion de parité dans un sens ou dans l’autre m’est totalement indifférente.

Puisque personne n’en parle, il faut bien se pencher sur la manière dont l’entretien a été mené et le confort dans lequel il a placé le président. Le milieu médiatique, par corporatisme, répugne à juger la pratique de ceux, hommes ou femmes, qui ont l’honneur de pouvoir procéder à un questionnement capital. Alors que la forme, en l’occurrence, est centrale. Passive, pas incisive, elle empêche un authentique dialogue républicain.

Pour exposer brutalement ma perception, nous avons eu droit à un monologue présidentiel coupé par quelques questions (des interruptions multiples dont il ne se souciait pas). Ainsi Emmanuel Macron a pu « dérouler » sur l’Ukraine, sur l’armement, sur le gaz russe, sur les crédits militaires, sur la sobriété énergétique. Quand on a abordé sur le tard des sujets plus sensibles, les retraites, l’Assemblée nationale et Uber, nous sommes évidemment restés sur notre faim.

Sur ce dernier thème – les liens de proximité entre la société mondiale Uber et le président -, face aux éloges dont il se gratifiait pour avoir favorisé Uber, j’aurais attendu une interrogation directe sur le point suivant : convenait-il de se rengorger alors qu’à l’évidence, sur beaucoup de plans, Uber n’avait pas servi les intérêts français ?

J’entends bien qu’Emmanuel Macron use d’une méthode très efficace qui tient à sa nature, à son talent pour l’explication (non contredite) et à sa rouerie intellectuelle et politique. Il parle souvent trop longuement de sorte qu’occupant le terrain, il rend les interruptions malaisées, ou audacieuses, voire provocatrices.

Le problème qui s’est posé le 14 juillet est que l’une des journalistes, avec en permanence un sourire bienveillant comme si le président annonçait des merveilles, s’est plus exprimée que l’autre trop discrète et qui pourtant, les rares fois où elle a pu s’immiscer, l’a fait avec plus de vigueur et sans surjouer l’écoute aimable.

Ce monologue présidentiel a eu au fond pour dessein d’empêcher que le fond précisément puisse prêter à un véritable questionnement. Il a pour vocation d’interdire, face aux saillies et au mépris, par exemple des groupes ayant mis en échec le gouvernement à l’Assemblée nationale et de l’Assemblée nationale elle-même, toute réaction de la part des journalistes. Il a pour finalité, quand une journaliste a formulé une question d’importance – le gouvernement était-il informé de vos liens privilégiés avec Uber ? -, de la renvoyer dans ses cordes avec dérision : « vous rigolez ou pas ? ».

On est encore loin, en France, de la pratique américaine où la multitude des questions n’autorise aucune fuite de la part des responsables politiques. Dans notre pays, le plus souvent, on oscille entre révérence et, plus rarement, grossièreté : deux caricatures d’entretien.

Vers la fin, le président a souligné – sa connaissance de la mythologie est indiscutable – qu’il ne se sentait pas ou plus Jupiter mais plutôt Vulcain, celui qui est à la forge et qui travaille sans relâche pour son pays. Pourquoi pas ?

Mais il est sûr que Vulcain ne s’est pas fatigué lors de ces échanges dont on espérait trop. Bien au contraire, il s’est reposé.

Dommage.

Philippe Bilger

Tribune reprise de Philippebilger.com

« Vulcain » s’accroche à son monde irréel, par Ivan Rioufol

Emmanuel Macron se prend donc pour Vulcain, dieu du feu et de la forge, à défaut d’avoir su être Jupiter. Lui-même a suggéré ce parallèle lors de son entretien télévisé du 14 juillet. Les journaux, ce vendredi, ne s’attardent pas sur cette nouvelle poussée de fièvre du Narcisse ; elle aurait pourtant fait hurler de rire la cour médiatique, si cette outrance était venue de Donald Trump ou de Vladimir Poutine. Cette comparaison épique dit beaucoup, pourtant, du monde irréel dans lequel évolue le chef de l’Etat. Il demeure plus que jamais éloigné des faits et des gens. Le récit présidentiel n’a le plus souvent rien à voir avec les réalités. Son narratif a même pris les caractéristiques du « Contrôle de la Réalité » : ce mécanisme totalitaire décrit par George Orwell, dans 1984, permet à la novlangue d’imposer la « double pensée » de Big Brother, qui n’est pas sans rappeler le « en même temps » de notre Vulcain.

Cette double pensée permet, « en pleine conscience et avec une absolue bonne foi (d’) émettre des mensonges soigneusement agencés ». Dans le roman, par exemple, la propagande annonce une brillante victoire militaire contre l’armée eurasienne, immédiatement suivie de la décision de réduire la ration de chocolat de trente à vingt grammes. Hier, Macron assuré, parlant des forces ukrainiennes, que « l’armée repousse l’assaillant », avant de reconnaître que les Français allaient devoir subir très rapidement des réductions importantes dans leur consommation de gaz et d’électricité.

La confusion ressort du discours de Macron. Le 16 mars 2020 le chef de l’Etat avait répété six fois : « Nous sommes en guerre », en parlant du Covid. Cette fois, il a assuré, à propos du conflit en Ukraine : « Nous ne sommes pas partie prenante ». Le président a néanmoins admis que la France allait connaître « une économie de guerre », afin d’accentuer ses aides militaires à l’Ukraine. « Nous allons produire plus vite et plus fort », a-t-il notamment annoncé, tout en assurant en substance : « Nous voulons stopper cette guerre sans faire la guerre ». Que comprendre de cet illogisme sinon que Macron, au nom de la France, est entré sans débats dans un conflit qui pourrait devenir mondial. C’est d’ailleurs pour cette raison que Poutine a décidé de répliquer aux sanctions européennes en coupant le gaz.

« La Russie veut utiliser le gaz comme instrument de cette guerre », a reproché Macron en dénonçant une « guerre hybride ». Reste qu’une fois de plus les Français, à peine sortis de l’hystérie hygiéniste de l’Etat-Nounou, doivent s’attendre à être une nouvelle fois maltraités, au nom de la crise énergétique. Après le passe vaccinal, il ne serait d’ailleurs pas surprenant de voir apparaître, en tout cas pour les entreprises sommées de faire des économies, un passe énergétique. Macron promet de faire de la guerre en Ukraine une opportunité pour « aller beaucoup plus vite sur le climat ». Mais Vulcain se rend-il compte que son trône est posé sur un volcan ?

Ivan Rioufol

Texte daté du 20 juin 2022 et repris du blog d’Ivan Rioufol

L’Élysée ne répond plus : Macron en panne, Borne en berne, par François Bousquet

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Après s’être donné en spectacle au G7, Emmanuel Macron est revenu aux affaires courantes. Sans plus de succès. Un remaniement plus tard, il n’a toujours pas de majorité. Décidément, c’est plus facile de monter une coalition contre Poutine que contre Marine.

Hey Joe, c’était jusqu’à présent le titre d’une chanson de Jimi Hendrix. C’est désormais une vidéo gag virale de Macron interpellant, la main sur l’épaule, Joe Biden au sommet du G7 devant les caméras du monde entier.

Vous rappelez-vous Chateaubriand : « Tout à coup une porte s’ouvre : entre silencieusement le vice appuyé sur le bras du crime. M. de Talleyrand marchant soutenu par M. Fouché. » C’était un peu la même scène au G7, en moins théâtral : « Tout à coup une caméra saisit sur le vif l’image qui fera le tour du Net : déboule piteusement la sénilité appuyée sur le bras de la servilité. M. Biden marchant soutenu par M. Macron plus larbin que jamais. » Ah, si on n’était pas français, on en rirait ; mais voilà, nous sommes français. Quand Macron se ridiculise, c’est son problème, mais quand il ridiculise la France, ça devient notre problème.

Depuis quand Macron n’a-t-il plus de filtre, plus de mécanisme d’autocensure, plus de secrets d’État à cacher ? Sûrement a-t-il renoncé à son surmoi quand il a officialisé sa relation avec Brigitte à l’âge de 15 ans. Au diable, les conventions ! Depuis, plus rien ne le retient. Il n’y avait que Trump pour l’intimider en lui broyant les mains et en le toisant du haut de la Trump Tower ou de son 38-tonnes comme un chauffeur routier regarde un homme soja au volant de sa voiture électrique. Alors Macron faisait moins le malin, mais avec Biden, Trudeau, Ursula von der Leyen, c’est La croisière s’amuse en Bavière. Ne manquait au G7 que Giscard en maillot de bain avec Gerald Ford.

OSS 117 au G7

Cela fait longtemps que la twittosphère compare Macron à Jean Dujardin dans OSS 117, mais là, au G7, il s’est surpassé. On se serait cru sur un tournage avec la doublure d’Hubert Bonisseur de La Bath, alias OSS 117. Le G7, nid d’espions ! Dujardin lui-même en convient : il dit de Macron qu’il a des « phrases de jeune vieux ». Il enchaîne les énormités qui ne font rire que lui. Il est de plus en plus décalé avec la réalité, de plus en plus ringard. Il ressemble à un produit à la mode dans les années 1970, une sorte de Giscard en moins dégarni, les pattes de cheveux en plus, rehaussées d’une vrai-fausse moumoute. L’arrogance du techno condescendant pris au piège des nouvelles technologies. Prononcer « condescendant » en détachant la première syllabe. Descendant ? Plongeant même dans les sondages. Marine caracole en tête, lui dégringole.

Question :

« Hubert-Emmanuel Bonnisseur de La Bath, n’êtes-vous pas le meilleur ? »

Et Hubert Bonnisseur de La Bath, alias Emmanuel Caméléon, de répliquer : « Je répondrais oui ça serait de la prétention, je répondrais non ça serait de la bêtise, ahah ! »

Rien ne va. L’Élysée ne répond plus. Plus d’alliés sinon ce boulet de Copé. Les rares éléphants de la macronie : humiliés aux législatives ; des ministres battus par des inconnus ; un Damien Quasimodo Abad qui collectionne les accusations de viol et se croit au-dessus des lois parce que son atout charme dans une société inclusive, c’est son handicap. Abad Quasimodo n’escalade pas les tours de Notre-Dame, mais les tours de poitrine des Esméralda qu’il rencontre dans les bars. Zou à la trappe ! Il va retourner faire le député de l’Ain en attendant de se présenter devant le juge. On lui conseille de prendre pour avocat Éric Dupond-Moretti, Monsieur « Acquitator », qui plaidera la présomption de virginité.

On ne donne pas cher d’Élisabeth Borne. Son contrat d’intérimaire gouvernementale est reconduit jusqu’à la prochaine crise, en septembre a priori. Borne I me filait le bourdon, Borne II a réveillé de vieilles douleurs articulaires, des lombalgies du fond des âges. Elle devait trouver un « accord de gouvernement ». Comment aurait-elle pu ? Avec l’appui des LR ? Évidemment qu’ils vont se compromettre, mais pas tout de suite. Qui du reste a envie de fêter son anniversaire avec Élisabeth Borne, à part Damien Abad ? Elle a le charisme d’une chef de bureau, le charme d’une sous-préfète, l’entrain d’une congrégation presbytérienne. Au secours ! Après l’avoir vue sur scène, difficile de dire : « A star is Borne ! »

Élisabeth Borne maintenue, mais désavouée

Elle ne sollicitera pas la confiance des députés. À quoi bon ! Elle n’aura aucun pouvoir. C’est l’Élysée qui décidera – pour la galerie. Elle voulait la peau de Gérald Darmanin, il a vu ses prérogatives élargies. Pas seulement intérimaire donc, potiche aussi et godiche. Ne lui jetons cependant pas la pierre, elle est méritante. Sous la IIIe, elle aurait eu tous les pouvoirs ; sous la Ve, elle est condamnée à faire de la figuration.

On prend les mêmes et on recommence. Ne manque que Jean Castex pour se croire revenu deux ans en arrière. Une pincée de Modem, une cuillère à soupe d’Édouard Philippe, 50 grammes de LR, un zeste de wokisme, une tranche de margarine progressiste. Les équilibres de la macronie sont respectés, mais la recette est éventée.

Il y a quand même deux bonnes nouvelles dans ce gouvernement Borne II. La première, c’est qu’il n’y aura pas de Borne III. La seconde, c’est que Marlène est de retour. C’est ma faiblesse, mais je l’aime bien, Marlène Schiappa. Elle me fait penser à Maïté qui animait les émissions de cuisine sur France 3 au XVIIe ou au XVIIIe siècle et cuisinait les anguilles vivantes à grands coups de gourdin. Un peu de douceur féminine dans ce monde de toxicité masculine faisait du bien.

Le macronisme est une formule épuisée qui n’arrive plus à se renouveler. On en connaît les tours de passe-passe. La magie n’opère plus, si tant est qu’elle ait jamais opéré. En 2017, l’Élysée était une sorte de super-cabinet de chasseurs de têtes. Aujourd’hui, plus personne ne veut du « job ». C’est le désert. Il n’y a pas de profondeur de banc, comme on dit au foot. En plus, c’est l’équipe B qui joue. Nécessité faisant loi, c’est le jeu des chaises musicales et la rotation des postes qui se sont imposés à tous. Un arrière droit doit pouvoir jouer au poste d’ailier gauche, mais un arrière empoté qui a les pieds plats les aura carrés devant le but. Nul, archinul ! Dans ces cas-là, on redouble ou on démissionne, en bloc, question d’honneur.

La foudre a frappé Jupiter

On sait combien le souverainisme est en deuil depuis que Jean-Pierre Chevènement a rejoint Macron. Mais au moins Jean-Pierre aurait-il pu apprendre à Emmanuel l’art de la démission élégante. Il y avait de quoi après le camouflet des législatives. Fut un temps où la moindre entorse à l’honneur poussait les garçons à s’exiler définitivement dans leur château de famille en province et les filles à vivre en réclusion dans un monastère. Aujourd’hui, on s’accroche au pouvoir comme les moules au rocher. De temps en temps, on en décroche une : Damien Abad. Mais les autres, les Dupond-Moretti mis en examen et les Chrysoula Zacharopoulou, la Doc Gynéco du macronisme, spécialiste de la défloration des hymens : inamovibles. Élisabeth Borne a bien présenté timidement sa démission. Macron l’a refusée à son grand soulagement. Aucun honneur. Dans ce monde-là, le point d’honneur est devenu un doigt d’honneur ; et c’est à nous que Darmanin et ses copains l’adressent.

Macron a voulu en finir avec la politique au nom du culte d’une efficacité douteuse. La politique s’est vengée en le privant de majorité. Le macronisme est un pragmatisme sans profondeur. Faute de consistance idéologique, il est condamné au mouvement perpétuel. S’il s’arrête, il chute aussitôt. En Marche le dit bien assez. Or voilà que Macron est enlisé dans une sorte d’empêchement à la française.

Souhaitons que son second mandat finisse par un mandat de dépôt. « On dit de moi que je suis Jupiter, je vais devenir Héphaïstos et forger », se vantait-il il y a un mois. Pour le moment, il doit d’abord apprendre à ramer à contre-courant ! Quant à la foudre jupitérienne, elle lui est tombée dessus. Depuis, il n’en finit pas de dévaler les marches de l’Olympe. La roche tarpéienne est proche du Capitole. Rien de tel qu’une citation latine pour conclure une chronique. Sic transit gloria mundi !

Tribune reprise de revue-elements.com

#UberFiles : Comment Emmanuel Macron, alors ministre de l’Économie, a passé un « deal » secret avec la société Uber pour mieux faire évoluer les réglementations en sa faveur

Un président réélu : et après ?, par Philippe Bilger

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On ne peut pas s’empêcher de penser qu’avec cette réélection, le président de la République a connu la plus vive satisfaction de sa vie politique mais aussi l’assouvissement qui lui a coupé l’enthousiasme d’inventer le futur – et au moins de se tirer brillamment d’affaire de sa majorité relative.

Quand on est obligé laborieusement de se choisir des partis de gouvernement et d’ostraciser ceux qui n’en seraient pas – comme par hasard les plus opposants -, il est clair qu’une sorte de baraka vous a quitté.

Il me semble que ce pouvoir au ralenti, depuis pourtant qu’il a été légitimé une seconde fois, avec des élections législatives décevantes quoique Renaissance demeure le groupe le plus important, et une composition de gouvernement particulièrement fade et sans éclat, est l’expression d’une sorte de désenchantement présidentiel. Celui-ci ne s’était-il d’ailleurs pas manifesté avant, dans le refus condescendant et en définitive maladroit d’Emmanuel Macron de s’impliquer dans des joutes qu’il considérait de haut et qui a incité la démocratie à lui renvoyer la monnaie de sa pièce ?

Le macronisme, on s’en doutait, ce n’est qu’Emmanuel Macron. Ceux qui l’ont rejoint en croyant faire une affaire ont peut-être déjà perdu leurs illusions. Sans compter qu’au sein de Renaissance, la petite musique d’un Edouard Philippe, à la fois loyale et autonome, globalement d’approbation mais divergente sur des points sensibles, va être de plus en plus écoutée en attendant 2027.

Il serait trop pessimiste de tirer des événements seulement négatifs de ce qui est advenu depuis le mois de mai dernier.

D’abord la confrontation d’une autorité élyséenne qui a encore des moyens avec une vie parlementaire plus riche sera une très belle opportunité républicaine.

Ensuite il y a une morale en politique quoi qu’on en dise. Tous les transfuges qui prétextant de fausses bonnes raisons ont déserté leur famille d’origine ont été sanctionnés et en tout cas ont vu leurs calculs déjoués. Ceux étant passés du RN chez Eric Zemmour. Ceux ayant migré de LR vers Emmanuel Macron. La stratégie, déshonorante au fond, d’un Nicolas Sarkozy a eu un double effet positif : il a perdu son aura dans le parti qui aurait dû rester le sien et ses pronostics sur son influence se sont révélés vains, tant auprès de LR que d’Emmanuel Macron.

Pour LR, si le groupe parlementaire en effet a diminué, la certitude de son identité politique a en revanche augmenté. Sous Christian Jacob, avec la majorité absolue de LREM, on avait l’impression qu’en permanence on était au bord de la fusion ! Depuis la majorité relative, la trahison de Sarkozy et le retour de personnalités ne mettant plus le drapeau de la vraie droite dans leur poche et sans le moindre masochisme, LR a compris : le dépassement de la droite et de la gauche est obsolète, s’il a jamais été effectif, et une voie originale s’offre à lui. On a cru le tuer, il est en pleine forme !

Par ailleurs, la gauche a sauvé les meubles et même si elle a fait un pacte avec l’extrême gauche – un Coquerel à la tête de la Commission des finances ! – et qu’elle risquera la portion congrue, la Nupes représentera une force non négligeable qui, en dépit de ses outrances de forme et de fond, occupera une grande place dans l’opposition à Renaissance et à Emmanuel Macron.

De plus, les 89 députés du RN sont directement la rançon payée par le macronisme à la suite d’un quinquennat caractérisé par un mépris chronique du peuple et la faiblesse régalienne d’un pouvoir enclin à donner des leçons à proportion de ses échecs et de son amateurisme. Avec une arrogance qui met du temps à se dissiper : combien de temps a-t-il fallu pour que Gérald Darmanin fasse totalement repentance pour le désastre du Stade de France ! Ce n’est pas le mantra obsessionnellement développé par les élites politiques et médiatiques – donc forcément de gauche et d’extrême gauche – sur le caractère non républicain du RN qui va faire illusion ! L’Assemblée nationale ne trie pas ses députés et sur le plan des droits et des principes, aucun n’est plus digne que l’autre.

Enfin, les choix ayant présidé à la composition du nouveau gouvernement ont montré que le deux poids deux mesures est l’ADN du macronisme. Damien Abad doit partir et en plus il doit se féliciter de son exclusion ! Le macronisme à la mode stalinienne ! Mais des enquêtes et des mises en examen concernant d’autres ministres les maintiennent à leur poste. Si la jurisprudence Balladur avait été conservée, avec le mérite de sa simplicité, elle aurait évité beaucoup de polémiques inutiles.

Emmanuel Macron s’est fait réélire. Toutes nos félicitations puisqu’il a voulu réaliser ce tour de force. En définitive, plus facile à accomplir qu’il ne le pensait.

Mais après ?

Faute d’avoir songé à cette idée toute simple de combler les béances et les manques de son quinquennat précédent, de réparer ses imperfections, il va se traîner – sans nous étonner – tout au long du nouveau.

Son intervention lors du conseil des ministres du 4 juillet en était déjà une preuve : fatigué avant l’heure ! Plus l’envie d’avoir envie !

Philippe Bilger

Tribune reprise de Philippebilger.com

Politique. Vers une coalition des vaincus autour de Macron, par Pierre Boisguilbert

Macron

On sait maintenant ce que le président Macron veut dire quand il parle de « partis républicains de gouvernement ». Pour lui, il s’agit des partis qui ont été désavoués par leurs électeurs.

Le mépris de Macron

Cela inclut donc sa propre formation et ses alliés, les vaincus du PS et ceux des LR avec peut-être au passage quelques communistes qui ne peuvent pas avoir de groupe parlementaire et quelques écologistes pour faire joli. Sont donc exclus les deux partis qui ont remporté les élections en progressant en nombre de suffrages et d’élus.

Pas d’insoumis, pas de RN.

Macron, si pointilleux sur le résultat de la présidentielle qui donne la légitimité suprême, préfère donc Hidalgo, moins de 2 %, et Pécresse, moins de 5 %, plutôt que Le Pen et Mélenchon, à plus de 40. On ne peut être plus clair sur la volonté de ne pas tenir compte du vote des Français.

C’est donc Élisabeth Borne reconduite dans la durée avec une mission d’élargissement de la majorité qui va devoir rallier les défaits aux vaincus. Elle n’aura sans doute pas de mal à trouver quelques républicains prêts à sauver la France pour une petite voiture avec chauffeur et fanion. Copé est candidat, Estrosi et Muselier aussi, il y en aura d’autres. Il y aura Ménard qui a entamé depuis quelques mois un « en marche » vers En Marche assez spectaculaire au niveau des renoncements multiples au vote de ses propres électeurs.
À gauche, ce sera plus difficile. Car il y a la peur de Mélenchon. Le communiste y serait bien allé, mais il hésite. Les écolos, eux, n’ont peur de rien, même plus de la réouverture des centrales à charbon ; donc, faute de sauver la planète, ils pourraient contribuer à sauver la minorité présidentielle.

Hystérie sociétale

Quant à Renaissance, elle a trouvé un moyen d’être majoritaire. Faire entrer dans la Constitution le droit à l’avortement. La formation macroniste a surfé sur l’hystérique indignation médiatique après l’interdiction aux USA de l’avortement au niveau fédéral, donnant la liberté de légiférer sur le sujet à chaque État fédéré. Le problème en France ne se pose pas et la Constitution n’est pas faite pour ça. L’initiative a peu de chance d’aller au bout et ça ne changerait rien. Mais peu importe, cela montre qu’il y a une majorité en France, c’est la majorité sociétale. Elle peut aller parfois presque à l’unanimité avec le RN. Le plus souvent cependant, c’est une majorité qui va de Macron à Mélenchon. Dans un contexte de crise politique, et peut-être sociale, le gouvernement va être tenté de détourner l’attention sur tout ce qui touche à la vie privée et sexuelle des Français. C’est un vrai danger pour ceux qui sont défavorables à un endoctrinement Netflix de la jeunesse et à la discrimination de ceux qui ne sont pas soumis aux minorités.

La tentation de Macron va être grande de faire du sociétal plutôt que du social et du politique. Il lui faudra cependant passer le cap du nouveau gouvernement et du vote de confiance ou plutôt du rejet d’une motion de censure. Comme les insoumis et consorts ne veulent pas du vote RN, Élisabeth Borne a peu de soucis à se faire. Son nouveau gouvernement pourra prendre la mer, avec cependant dès le départ un côté canots de sauvetage du Titanic. Le radeau des désavoués aura du mal dès le premier récif.

Tribune reprise de Polémia

Marine Le Pen est pour la première fois plus populaire qu’Emmanuel Macron

Un pouvoir gravement déstabilisé, par Maxime Tandonnet

Assemblée nationale

« Le président de la République, qui a chargé Elisabeth Borne de bâtir «un nouveau gouvernement d’action», a annoncé pouvoir aller «des communistes aux LR» mais a d’office exclu la France Insoumise et le Rassemblement national [car] ces formations ne s’inscrivent pas comme des partis de gouvernement. »

L’exclusion a priori de deux partis politiques fortement représentés à l’Assemblée est un exercice douteux au regard des principes fondamentaux de la démocratie française qui se traduisent dans la Constitution. Selon son article 3, les représentants de la Nation (députés et sénateurs) ont pour mission essentielle d’exprimer la souveraineté nationale. Chaque député, individuellement, est un représentant de la Nation, nonobstant sa couleur politique. Il est, d’un point de vue formel, institutionnel ou juridique, du fait même de son élection, le détenteur d’une fraction de la souveraineté à égalité avec les autres membres de l’Assemblée nationale. .

Le président, en tant que gardien des institutions, au-dessus de la mêlée, ne peut donc pas jeter l’anathème sur une partie des députés, avant même qu’ils n’aient commencé à siéger, en les privant indirectement – à travers leur exclusion de toute vocation à exercer le pouvoir contrairement aux autres – d’une partie de leur légitimité démocratique issue des urnes. Selon l’article 4, les partis politiques doivent respecter les principes de la souveraineté nationale et de la démocratie. Dès lors, s’ils ne sont pas dissous ou interdits et s’ils ont été autorisés à prendre part aux élections, avant d’entrer au Parlement, ils sont présumés répondre à ces critères.

D’ailleurs, l’idée de contrat de gouvernement avec une partie (présumée fréquentable) de l’Assemblée nationale est elle-même discutable. Le rôle du Parlement est de voter la loi, contrôler l’action du gouvernement et de l’évaluer (article 24). L’enfermement d’une partie de l’Assemblée nationale dans un pacte avec l’exécutif heurte frontalement la Constitution (quel contrôle possible si on est lié par un contrat de gouvernement?) et le principe fondamental de la Séparation des pouvoirs (Montesquieu).

Il faut voir dans ce réflexe une survivance de la logique d’un Parlement servile du fait d’une majorité présidentielle absolue et de députés godillots qui a prévalu jusqu’aux dernières législatives. La logique de l’ancien système s’était notamment traduite avant les élections par la signature d’une « charte de gouvernement » entre l’exécutif et les candidats de sa (présumée) future majorité, par laquelle ils s’engageaient à soutenir ses projets de loi. On n’a jamais assez dit à quel point ce procédé est inconstitutionnel et antirépublicain, violant de plein fouet le principe selon lequel les représentants de la nation sont libres de leur vote (Tout mandat impératif est nul article 27). Aujourd’hui, le pouvoir voudrait perpétuer cette mise sous tutelle à une majorité redéfinie…

Dimanche dernier, par leur vote, les Français ont clairement condamné cette dérive. Il est invraisemblable que le pouvoir ne le sente pas, ne le comprenne pas. En s’accrochant désespérément aux vestige d’un régime en cours d’effondrement, le pouvoir politique ne fait lui-même que s’enfoncer dans le chaos.

Maxime Tandonnet

Texte repris du blog de Maxime Tandonnet

Allocution présidentielle – Furibard, Macron contraint de composer

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Après avoir reçu à l’Elysée, la veille et le jour même, les responsables politiques des partis représentés à l’Assemblée (Christian Jacob, Olivier Faure, Marine Le Pen, Fabien Roussel, Julien Bayou, Mathilde Panot et Edouard Philippe), Emmanuel Macron s’est adressé aux Français mercredi soir. Comment envisage-t-il son quinquennat, maintenant que les Français ne lui ont donné qu’une majorité relative à l’Assemblée ? Il nous l’a fait « à la Macron », furieux comme un enfant qu’on force à prêter ses jouets, mâchoire serrée, regard dur qui n’a cillé que quatre fois en huit minutes (le site Doctissimo classe l’absence de clignement des paupières parmi les dix signes révélateurs de mensonge !) et, au fond, pas plus compréhensif – juste forcé d’en rabattre.

Contraint de ne plus gouverner seul mais de tenir compte des députés, Macron a proposé deux pistes : soit une coalition, soit une majorité au cas par cas en fonction des projets de loi, afin d’éviter le blocage sur des questions à traiter urgemment comme le pouvoir d’achat, la sécurité et la transition écologique. Une proposition assortie d’un ultimatum, le président voulant être fixé à son retour de Bruxelles ce vendredi : « Il faudra clarifier dans les prochains jours la part de responsabilité et de coopération que les différentes formations de l’Assemblée nationale sont prêtes à prendre : entrer dans une coalition de gouvernement et d’action ? S’engager à voter simplement certains textes ? Notre budget ? Lesquels ? »

Il reste bien le Macron à la main de fer dans un gantelet de métal. Les crises sociales et sanitaires, ni la claque législative, ne lui ont assoupli le cuir. Poser un ultimatum à ses opposants d’aujourd’hui, est-ce le meilleur moyen de s’en faire des alliés de demain ? Non, et les responsables politiques de tout bord n’ont pas attendu qu’il rentre du Parlement européen pour lui signifier, dès mercredi soir, que de coalition il n’est pas question. « Les 89 députés du Rassemblement national, élus de conviction, n’entreront jamais dans une coalition macroniste pour mettre en œuvre des orientations qu’ils entendent combattre », a réagi le RN qui a d’ores et déjà choisi le cas par cas : « Inscrivant leur action dans le cadre d’une opposition responsable, ils réaffirment, toutefois, leur intention d’examiner les textes à la lumière de l’intérêt des Français et de la France. »

Dès la loi sur le pouvoir d’achat qui va être discutée en juillet à l’Assemblée, Macron va donc devoir adoucir ses projets de réformes, amender, composer, maintenant que le Parlement n’est plus une simple chambre d’enregistrement au service d’un président autocratique. La voilà, la « configuration nouvelle » qu’il a appelée de ses vœux… à son corps défendant. Combien de temps supportera-t-il la contradiction parlementaire ? Avec l’ego qu’on lui connaît, résistera-t-il à la tentation de dissoudre l’Assemblée en espérant retrouver l’omnipotence ?

Guy Denaere

Article paru dans Présent daté du 23 juin 2022

Marine Le Pen : « J’ai exprimé auprès du président des sujets de préoccupation urgents dont le pouvoir d’achat (…) et une immigration dérégulée et anarchique »

Camouflet pour Emmanuel Macron, par Louis Marceau

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Ensemble bien plus isolé que prévu ! Emmanuel Macron ne disposera que d’une majorité relative à l’Assemblée nationale, compromettant sérieusement ses projets, notamment la réforme des retraites. Il faudra courtiser Les Républicains, déjà divisés sur la question.

« Jamais l’Assemblée nationale n’a connu une telle configuration sous la Ve République. Cette situation constitue un risque pour notre pays au vu des défis que nous avons à affronter, tant sur le plan national qu’à l’échelle internationale. »

Les propos tenus dimanche soir par le Premier ministre Elisabeth Borne ne trompent pas, ces élections législatives ont un goût de défaite pour la majorité présidentielle. Seuls 247 candidats se présentant sous l’étiquette Ensemble ont été élus, loin des 289 nécessaires pour obtenir une majorité absolue à l’Assemblée nationale. Avec une majorité relative, les députés d’En Marche, du MoDem, d’Horizons et des autres micropartis ralliés à Emmanuel Macron voient leurs plans contrariés un mois seulement après l’élection de leur champion. La réforme des retraites paraît désormais très incertaine, tout comme un retour du passe sanitaire, du moins par la voie parlementaire.

Certaines figures emblématiques du quinquennat précédant ont perdu leur place de député, tout comme certains ministres fraîchement nommés. C’est le cas de Christophe Castaner, l’éborgneur de Gilets jaunes, de Richard Ferrand, l’homme aux conflits d’intérêts, mais aussi de Brigitte Bourguignon, ministre de la Santé qui disait il y a quelques mois que « les libertés des non-vaccinés s’arrêtent là où commencent celles des vaccinés ».

Aux yeux de l’opposition, le verdict est sans appel : « La déroute du parti présidentiel est totale », assène Jean-Luc Mélenchon. Marine Le Pen, de son côté, se réjouit d’avoir fait d’Emmanuel Macron « un président minoritaire ».

Dans la soirée, nombreux étaient ceux à purement et simplement réclamer la démission d’Emmanuel Macron, à l’image de Florian Philippot : « Macron doit présenter sa démission, il faut tout remettre à plat ! Les oppositions doivent saisir ce moment historique pour dépasser les vieux clivages et construire une alternative ! » Comme l’a martelé la presse dès lundi matin, le pays paraît désormais ingouvernable, car, même en s’appuyant sur Les Républicains et les députés estampillés « divers droite », il sera ardu pour le pouvoir de faire passer ses projets.

Un mois après la déroute de Valérie Pécresse, Les Républicains ont pris une nouvelle claque, n’obtenant que 64 députés, 25 de moins que le Rassemblement national. Cela sera-t-il la fin de LR ? Il semble en tout cas que cela entraînera de nouvelles divisions au sein du parti, certains étant déjà tentés par une alliance avec la majorité présidentielle sous l’influence d’un certain Nicolas Sarkozy. Christian Jacob, toujours président du parti, affirme que LR restera au sein de l’opposition. Difficile à croire au regard des transfuges de ces dernières années et des alliances faites ici et là.

Emmanuel Macron devrait bien être pieds et poings liés et ne pourra dissoudre l’Assemblée nationale que dans un an, une éternité dans les circonstances actuelles. Les plus cyniques imaginent toutefois que le président de la République pourrait s’en sortir avec une pirouette en mettant les crises à venir sur le dos de l’opposition NUPES-RN et des Français ayant « mal voté ».

Louis Marceau

Article paru dans Présent daté du 20 juin 2022

Jordan Bardella : « Toutes les composantes de la NUPES ont appelé à voter Macron ! Mélenchon et ses amis ont fait réélire Emmanuel Macron, puis font mine de s’opposer à lui sur les plateaux »

Ensemble vs Nupes, la vraie-fausse opposition

macron mélenchon

Macron et Mélenchon ? L’un contre l’autre, mais tout contre, dira-t-on. Le premier voit la France comme un « palimpseste », lors d’un discours prononcé dans la cité phocéenne, ce 2 juin : « Marseille, c’est une ville-monde qui est le palimpseste des migrations et d’une France accueillante, avec toutes les défis que cela suppose et toutes les difficultés. » Pour mémoire, un « palimpseste » est un « parchemin dont la première écriture a été grattée ou lavée, et qui fait place à un nouveau texte », à en croire le dictionnaire.

Le second développe peu ou prou semblable feuille de route, même si oubliant son discours tenu en 2017, dans la même ville, à tendancieuse teneur antimigratoire : « La première tâche est de permettre à chacun de vivre chez soi. » Cinq ans auparavant, lors de l’élection présidentielle de 2012, il affirmait pourtant : « Hier comme aujourd’hui, je me réjouis que la France soit métissée. » En 2017, son alter-égo élyséen affirmait : « Il n’y a pas de de culture en France, il y a des cultures en France. » Bref, ces Laurel et Hardy ou ces Dupond et Dupont, se félicitent, chacun à leur manière, de cette « créolisation de la France » si chère au patron de la Nupes et à celui d’Ensemble.

Pour le reste, au moins sont-ils d’accord pour faire « barrage à l’extrême droite » ; ce avec cinquante nuances allant du rose au rouge, entre un Jean-Luc Mélenchon assurant que ses électeurs devront aller voter en pleine conscience, le dimanche 12 juin 2022, mais aussitôt démenti par l’un de ses bras-droits, Adrien Quatennens, le lundi suivant, affirmant que pas une voix ne doit aller à l’extrême droite. Du côté du Château, c’est un peu pareil en à peine différent : il s’agit de faire barrage aux extrêmes, mais plus à ceux de droite que de gauche.

Plus sérieusement, qu’est-ce qui différencie aujourd’hui ces deux mouvements arrivés en tête des dernières élections législatives ? Certes, il y a ces programmes consistant à persister dans le racket fiscal, mais l’économie n’est pas tout, surtout quand on sait que les deux mouvements en présence, même si rivalisant d’écologie et de circuits courts, ne remettent, à aucun moment le libre-échangisme mondialisé, principal facteur de pollution planétaire. D’un point de vue historique, la nation n’est pour eux que simples concepts : « start-up nation » d’un côté et « France créolisée » de l’autre. Le pays charnel ? Connaît pas.

D’ailleurs, quand Emmanuel Macron nomme Pap Ndiaye à l’Éducation nationale, qu’aurait fait Jean-Luc Mélenchon ? Nommer Rokhaya Diallo, peut-être… Simple question de nuances, une fois de plus.

De fait, quels seront les rapports de forces dans la future Assemblée ? Une complicité tacite, tout d’abord, que seuls pourraient éventuellement venir égratigner des différents telles que les centrales nucléaires – facilement négociables, pour peu qu’on y mette une touche verte – ou, plus délicat, la sortie de la France de l’Otan. Gageons que nos Insoumis en peau de lapin, même si ce revendiquant d’un gaullisme de gauche pour le moins rétroactif pourraient tôt y renoncer.

En fait, les uns (le parti présidentiel) et les autres (le parti d’opposition auto-désigné) participent finalement du même projet. Les premiers détricotent la France par le haut tandis que les seconds font tout pareil par le bas. Comme quoi la France de la City londonienne et celle des ZAD ont au moins l’internationalisme débridé et la détestation des frontières en commun. Voilà qui rappelle assez bien les combats de catch truqués du siècle dernier, quand s’affrontaient Bourreau de Béthune et Ange blanc, se répartissant les rôles en faisant mine de se mettre des roustes, alors que les coups donnés n’y étaient que de théâtre. Le public y trouvait alors son compte, quoique depuis devenu de plus en plus exigeant, pourrait bien se retourner vers un adversaire autrement plus crédible au système en place, le Rassemblement national, en l’occurrence. Réponse dimanche prochain.

Nicolas Gauthier

Tribune reprise de Boulevard Voltaire

« Jupiter » nous refait le coup du « sursaut républicain »

Macron

S’il est une chose que l’on ne peut contester à Emmanuel Macron, c’est bien son goût prononcé pour la mise en scène et pour la dramatisation : en effet, alors qu’il avait jusque-là laissé à ses « lieutenants » la charge de gérer les suites du revers électoral essuyé par la majorité dimanche soir, le président tout juste réélu et déjà en difficulté n’a pu s’empêcher de nous gratifier mardi d’une allocution surprise au cours de laquelle il a, comme à chaque fois qu’il se sent menacé par l’opposition, appelé les Français à un « sursaut républicain » et à lui donner une « solide majorité » au nom de… « l’intérêt supérieur de la nation » !

Tout juste réélu et déjà en difficulté

Intervenant directement sur le tarmac de l’aéroport d’Orly, juste avant d’embarquer pour une visite de trois jours en Roumanie et en Moldavie, celui qui pendant cinq ans s’est assis sur les libertés des Français comme jamais aucun de ses prédécesseurs de la Ve n’avait osé le faire avant lui n’a ainsi pas hésité à expliquer, en faisant allusion sans les citer à la probable entrée massive dimanche prochain de députés de la NUPES et du RN à l’Assemblée, que « face aux crises qui ne manqueront pas de survenir, rien ne serait pire que de nous perdre dans l’immobilisme, le blocage ou les postures » et « d’ajouter un désordre français au désordre mondial ». Et Macron, après avoir invoqué « l’intérêt supérieur de la nation », d’ajouter alors sur un ton des plus alarmistes : « Il nous faut défendre nos institutions face à tous ceux qui les contestent et les fragilisent » ; aussi, « dimanche, aucune voix ne doit manquer à la République ».

« Nous sommes les seuls à défendre la République »

Bref, une déclaration qui, au-delà de son caractère ridicule, traduit non seulement l’étrange idée que se fait Macron du jeu démocratique et de la souveraineté populaire, mais aussi une certaine panique du chef de l’Etat à l’approche du second tour des législatives. La chose n’a d’ailleurs pas échappé aux représentants de l’opposition, qui n’ont pas tardé à lui répondre, souvent avec ironie. Comme Jordan Bardella (RN) qui, modifiant ses paroles, a déclaré que « si aucune voix ne doit manquer à la République, alors il faut voter Rassemblement national », car « nous sommes les seuls à défendre la République dans cette élection ». Ou encore Valérie Boyer (LR) qui, constatant que le président nous refaisait « le coup du “c’est moi ou le chaos” », a rappelé très justement que « cela le dérangeait moins lorsqu’il comptait sur les voix de LFI pour la présidentielle ». Quant à Mélenchon, qui a qualifié l’intervention du chef de l’Etat de « sketch à la Trump », en faisant référence aux fréquentes prises de parole de l’ancien président américain devant son avion Air Force One, il a écrit sur son blog : « Macron coule. Dans les urnes, à part chez les plus de soixante ans. Dans les sondages et dans l’autorité sur les siens, le drapeau est en berne… »

Franck Deletraz

Article paru dans Présent daté du 15 juin 2022

Législatives : c’est ballot ! – Pour le second tour : ni Macron ni Mélenchon !, par Francis Bergeron

macron melenchon

Le second tour des législatives s’annonce riche en ballottages. La survie de la macronie impose à celle-ci de ne pas lancer un front républicain qui mettrait la Nupes en tête, et donc de laisser gagner çà et là les candidats RN… Une position mal commode que le camp national a tout intérêt à exploiter.

Les urnes ont parlé, mais elles ont parlé très bas, avec seulement 47,5 % de votants. Un record historique de désintérêt pour des législatives. A l’issue de ce premier tour, il y a un vainqueur : Mélenchon, qui fait miroiter une victoire de la NUPES le 19 juin. Il y a surtout un perdant : Macron. Le recul du camp présidentiel va bien au-delà de ses prévisions les plus pessimistes et lui laisse craindre une chambre majoritairement hostile.

Samedi 10, à Paris, de la place Blanche à la place de la République, 8 000 personnes, représentant plus de cent organisations, avaient défilé « contre le racisme et l’extrême droite », répondant à l’appel des groupuscules d’extrême gauche antifas et black blocs. Il s’agissait d’une ultime opération d’intimidation pour décourager les Français de voter pour les candidats patriotes. « Pas d’élus pour les fascistes », scandaient les participants de cette « marche des libertés » (sic).

Mélenchon s’y était fait entartrer par un jeune homme, apparemment nationaliste, ce qui a donné l’occasion au grand timonier de LFI de se présenter comme une victime, évoquant un acte « lâche », qui « aurait pu être pire ». A quoi pensait-il ? A un égorgement à la façon de ses amis islamo-progressistes ?

Mais les incantations de dernière heure des adeptes des lendemains qui chantent ne semblent pas avoir eu d’impact sur les électeurs : le RN a recueilli environ 19 % des suffrages, et Reconquête (les partisans de Zemmour), 4 %. Dans une forme de scrutin qui a toujours été très défavorable aux candidats nationalistes, le RN et Reconquête ne s’en sortent pas trop mal, en matière de pourcentage des voix recueillies. Nous retrouvons une France partagée entre trois courants : la gauche, le marais macronien, et la droite. LR confirme son effacement progressif, même si les projections en sièges laissent entendre que ce parti pourrait en obtenir davantage que le RN.

Un « front républicain » impossible à mettre en place

Quant à Eric Zemmour, qui avait fortement animé la campagne présidentielle, le voici marginalisé, comme le furent avant lui Mégret et Philippot. 4 % des voix pour Reconquête, c’est trois points de moins que son score à la présidentielle, Cet échec est d’autant plus cruel que Zemmour était entré en politique sur l’argument qu’il était mieux placé que Marine Le Pen pour faire échec à Macron.

Certes les résultats du RN au premier tour ne laissent pas espérer une forte représentation parlementaire pour ce parti – on parle de 15 à 30 députés. Mais le risque de rééditer la contre-performance de 2017 (huit élus en tout et pour tout) s’éloigne, et la probabilité de pouvoir constituer un groupe parlementaire est désormais quasi certaine.

D’autant que le duel qui se met en place dans la plupart des circonscriptions va opposer un candidat NUPES à un candidat macroniste. Dans ces circonscriptions-là, le RN est généralement arrivé en troisième position. Il devient donc l’arbitre du scrutin. Ni Mélenchon ni Macron ne peuvent se permettre de constituer, à la différence de 2017, un « front républicain » contre les candidats patriotes. Mélenchon compte sur un électorat RN sensible aux questions de pouvoir d’achat et de retraite. Les macronistes vont devoir convaincre ces mêmes électeurs que la NUPES accentuera l’insécurité et le communautarisme. Chaque camp développera son discours en prenant garde de ne pas indisposer les électeurs RN à leur égard. La manœuvre est délicate.

Dans le cas d’une confrontation de second tour du RN contre la NUPES ou du RN contre des macronistes, la situation ne sera pas plus confortable car les écarts en voix comme en espérance de sièges sont si faibles entre la NUPES et les macronistes que les uns comme les autres ont un intérêt évident à envoyer à la Chambre un député RN de plus plutôt qu’un élu susceptible de donner un avantage déterminant au camp d’en face. On l’a bien senti en écoutant Castaner tenter laborieusement de ne pas répondre aux questions des journalistes de BFM sur la mise en place de l’habituel « front républicain contre l’extrême droite ».

53,96 % pour Marine Le Pen

Dimanche prochain, pas une voix ne devra manquer aux candidats du RN ni aux quelques autres candidats de la droite nationale présents au second tour. Rien n’est joué, il est donc important de voter, là où sont présents des patriotes au second tour.

Nous détaillerons cette semaine nos espérances d’élection de députés, mais notons d’emblée l’excellent score de Marine Le Pen dans le Pas-de-Calais : 53,96 %. Elle manque sa réélection dès le premier tour en raison du taux d’abstention. Dans ce département, les scores des candidats RN allaient de 27 à 47 % des voix. Dans d’autres régions, les scores du RN laissent également espérer des sièges.

« Et Caroline Parmentier ? », nous ont demandé certains lecteurs dès 18 heures. Dans la 9e circonscription du Pas-de-Calais, elle a obtenu 30,79 % des voix, ce qui peut lui laisser espérer une élection au second tour. Notons que Caroline, qui assistait au dépouillement dans la petite ville de Chocques, située dans sa circonscription, y a recueilli 43,75 %, au grand dam du maire socialiste : il était présent, et a demandé à ses administrés de la siffler à l’énoncé des résultats. Quelle élégance !

Francis Bergeron

Article paru dans Présent daté du 13 juin 2022

Macron et Mélenchon : un mariage pour notre enterrement, par Clément Martin (Les Identitaires)

macron mélenchon

Beaucoup de commentateurs ont prétendu que la fin du premier mandat et la deuxième campagne présidentielle de Macron étaient le signe de son virage à droite. Le président aurait liquidé ce qui le rattachait à son passé d’homme du Parti socialiste pour embrasser une politique plus à droite, c’est-à-dire libérale et sécuritaire. Par conséquent, à la suite des résultats de la présidentielle et pour les législatives qui se prépare, Mélenchon apparaît comme l’ennemi naturel du président réel. Il n’en est rien.
Deux ennemis déclarés des libertés et de la prospérité

Dans une interview à la presse régionale[1], Emmanuel Macron fustigeait le programme de la Nouvelle Union populaire, écologique et sociale (NUPES) : celui-ci, rempli de promesses d’interdictions et de taxation, serait liberticide, contrairement au projet de Renaissance (nouveau nom de La République en marche). Derrière les déclarations et la mise en scène, un constat s’impose pourtant : le quinquennat de Macron n’a pas été placé sous le sceau des libertés et de la prospérité, mais bien sous celui des restrictions et de la paupérisation généralisée.

En premier lieu, la répression délirante des Gilets jaunes ne fut pas la démonstration d’un président soucieux de la préservations des libertés fondamentales mais celle d’un manager tyrannique, offusqué que les Français de souche actifs aient eu l’outrecuidance de demander à pouvoir vivre décemment de leur travail. Les dissolutions d’organisations politiques jamais condamnées (Génération identitaire) prouvent quant à elles que le pluralisme et le libéralisme de la macronie ne sont que des discours publicitaires destinés à son électorat de boomers fanatisés. Enfin, les mesures sanitaires profondément liberticides et inefficaces ont joué un rôle direct dans la gestion désastreuse de l’économie ; les réductions faméliques de l’impôt étant annulées par l’explosion de la dette qui n’est, rappelons-le, que de l’impôt différé. La prolifération des divers chèques est un pas franchi dans la soviétisation de l’économie française : plutôt que de laisser les Français dépenser ce qu’ils gagnent comme ils l’entendent, des chèques (financés eux-aussi par l’impôt, évidemment) sont mis en place pour infantiliser l’économie, transformée en récolte de bons points et de gommettes pour les citoyens. On voit mal la différence avec le programme socialo-communiste d’un Jean-Luc Mélenchon, trotskiste mal dégrossi et admirateur des républiques bananières corrompues d’Amérique latine.

Invasion, domestication, rééducation : 3 principes partagés

Sur les mœurs et l’immigration, les différences sont également quasi-inexistantes. D’un côté comme de l’autre, les objectifs sont les mêmes : toujours plus d’immigration et toujours plus de propagande LGBT et de rééducation du peuple français au nom du « progrès ».

Les images de la fête de la Musique 2018[2] donnaient le ton : entouré de danseurs africains habillés comme des clochards festifs, le président affichait un grand sourire qui révélait une satisfaction non-dissimulée à l’idée de voir la France se transformer en carnaval multiculturel. L’univers mental de Mélenchon est évidemment le même : celui qui ne « pouvait pas survivre » entouré de « blonds aux yeux bleus[3] » et chantre de la « créolisation » ne prépare pas autre chose pour notre pays : l’invasion toujours plus dantesque de notre civilisation par des masses venues du Sud, afin de faire payer les Européens pour le crime de la colonisation. Tous deux antiracistes fanatiques, Macron et Mélenchon poursuivraient avec résolution et la plus grande conscience le travail de sape de notre identité : les officines subventionnées (SOS Racisme, LICRA, etc.) ont décidément de beaux jours devant elle. D’ailleurs, la nomination de Pap Ndiaye à la tête de l’Éducation nationale est la preuve de la proximité entre les deux hommes quant à leurs visions pour la jeunesse. À la limite, Mélenchon a une position plus modérée (et donc dangereuse) sur l’islamisme, qui ne constitue pas pour lui un danger existentiel pour la vie des Français – mais quand on voit la faiblesse avec laquelle Macron a lutté contre ce danger, on se dit que le résultat serait bien proche dans les faits.

Les ADN de Macron et de Mélenchon se conjuguent dans la cohérence de leur projet effectif (et non dans les discours vides de sens) : encourager l’inflation d’un État toujours plus obèse et la venue toujours plus pléthorique de masses immigrées pour punir et affaiblir le peuple français. Le seul obstacle à la domination totale du tandem Ensemble-NUPES à l’Assemblée nationale, ce sont les egos surdimensionnés de leurs dirigeants respectifs, persuadés d’être habités par une mission politique. Et comme toujours, c’est la France et l’Europe qui en feront les frais, au sens propre comme au figuré.

[1] https://www.ouest-france.fr/politique/emmanuel-macron/entretien-ma-nouvelle-methode-les-confidences-d-emmanuel-macron-4af35d24-e355-11ec-afe2-d5ee186a9723
[2] https://www.youtube.com/watch?v=8PIkVQOO24E
[3] https://www.dailymotion.com/video/x81bg0p

Clément Martin

Texte repris du site de : Les Identitaires