Nouveau premier féministre : quand la flagornerie dépasse les « bornes »

Élisabeth Borne

La réaction de l’idéologie médiatique à la nomination d’Élisabeth Borne au poste de Premier ministre a été sans surprise. On a eu droit à une course au titre de champion du monde de la flagornerie, toutes cartes de presse confondues.

Victoire féministe ?

Enfin, après plus de 30 ans, une femme : on entendait que ça. Et comme on veut que ce soit bien une victoire féministe contre le patriarcat politicien, on parle de « Première ministre ». La soumission aux idées passe une fois de plus par la soumission à la sémantique. Édith Cresson sortie des oubliettes a fustigé la misogynie des politiques dont, bien sûr, elle a été victime. Ce qui n’est pas tout à fait faux. Mais personne, bien sûr, n’a osé lui dire que son échec explique aussi son départ rapide et que, considérée comme une « fausse bonne idée », elle a participé par son exemple raté à cette si longue attente. Les féministes militants avec carte de presse n’ont pas fait en trente ans un formidable forcing dans le sens d’une féminisation de Matignon. Ils se rattrapent et en rajoutent pour être dans l’air du temps. On ne peut pas dire que Mme Borne ait été entravée dans sa carrière par son sexe. En 1987, elle rejoint le ministère de l’Équipement pour ensuite intégrer la direction régionale de l’équipement en Île-de-France deux ans plus tard. Dans les années 1990, elle tient différents postes de conseillère, d’abord pour le ministère de l’Éducation nationale, puis pour les transports en tant que conseillère technique. Au début des années 2000, elle occupe le poste de directrice de la stratégie pour la SNCF et, cinq ans plus tard, celui de directrice des concessions pour Eiffage. Directrice générale de l’urbanisme pour la mairie de Paris, puis préfet de la région Poitou-Charentes, elle passe un an au ministère de l’Écologie, en tant que directrice du cabinet de Ségolène Royal. Élisabeth Borne est nommée le 17 mai 2017, sous la présidence d’Emmanuel Macron, ministre chargé des Transports, auprès de Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire.

Le 16 juillet 2019, elle est nommée ministre de la Transition écologique et solidaire, à la suite du départ de François de Rugy.

Le 6 juillet 2020, elle est nommée ministre du Travail, de l’Emploi et de l’Insertion dans le gouvernement de Jean Castex.

Au lendemain de la nomination d’Élisabeth Borne à Matignon, la recherche de symboles est lancée. Outre le choix d’une femme pour diriger le gouvernement, c’est l’ascension d’une fille de résistant juif, rescapé des camps de la mort, qui est aussi soulignée. Celle d’une enfant de la classe moyenne aussi, pupille de la Nation, qui a connu les difficultés financières et qui, grâce à la méritocratie républicaine, est sortie diplômée de Polytechnique. Beaucoup saluent la nomination à Matignon d’une femme issue « de la gauche » et attachée aux questions écologiques ; l’opposition de gauche comme de droite crie à l’imposture. Un choix par défaut : elle est déjà surnommée « plan B ». La méchanceté n’a pas de sexe. Elle va bénéficier d’un état de grâce médiatique mais pas politique.

Brutalité

Invité de RTL au lendemain de la nomination d’Élisabeth Borne à Matignon, Éric Zemmour « salue l’arrivée du nouveau Premier ministre » mais le président du parti Reconquête ! refuse de féminiser la fonction, car « c’est moche », selon lui. « À l’oreille, le français pour moi doit d’abord être beau. Donc, oui, c’est le Premier ministre. Je salue l’arrivée du nouveau Premier ministre », a-t-il affirmé. Alors que la gauche redoute une politique économique de droite impulsée par le nouveau chef du gouvernement, Éric Zemmour a pour sa part considéré qu’il était désormais « le seul opposant de droite à ce Premier ministre de gauche et à cette politique de gauche ». Une nouvelle pique à l’endroit de Marine Le Pen, qu’il accuse de « passer son temps à draguer la gauche ».

Cette dernière n’a pas été tendre pour une femme de gauche accusée de saccage social. Il faut dire que Marine n’a aucune précaution à prendre car, en tant que femme, elle n’a jamais été épargnée. Les médias n’ont pas hésité à allumer des bûchers pour brûler la sorcière. L’antifascisme permettant sans doute d’être misogyne tout en restant dans le camp du bien. « En nommant Élisabeth Borne comme Premier ministre, Emmanuel Macron démontre son incapacité à rassembler et la volonté de poursuivre sa politique de mépris, de déconstruction de l’État, de saccage social, de racket fiscal et de laxisme », a réagi la finaliste de la présidentielle sur les réseaux sociaux. La finaliste de la présidentielle faisant notamment allusion à la réforme de l’assurance chômage durant le précédent quinquennat.

Mais il n’y a pas que la méchante extrême droite politique qui dit du mal de la nouvelle promue. Pour Mélenchon, pas de cache-sexe aux responsabilités politiques. Elle est même « l’une des figures les plus dures de la maltraitance sociale macroniste ». « Une nouvelle saison de maltraitance sociale et écologique commence. Élisabeth Borne incarne la continuité de la politique du président de la République », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse.

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Nomination d’Élisabeth Borne : Macron dame un pion – Une « techno » libérale à Matignon

Élisabeth Borne

Après avoir subi plusieurs refus, Emmanuel Macron a finalement nommé à Matignon un bon petit soldat de sa garde rapprochée en la personne d’Élisabeth Borne, ex-ministre du Travail et exécutrice des basses œuvres libérales du précédent gouvernement. Une continuité qui n’annonce rien de bon pour le modèle social français.

Pour le poste de Premier ministre des liminaires de son second mandat, Emmanuel Macron voulait une femme, une femme et rien d’autre. Pourquoi ? Parce que c’est dans l’air du temps, cela flatte les féministes et ça fait « progressiste ». Et tant pis si les exemples du passé, entre l’implacable marâtre ultra-libérale Thatcher et l’incapable gaffeuse mitterrandienne Cresson, ne sont guère réjouissants. Ce qui compte, c’est la communication et paraître moderne, le reste est accessoire. C’est donc Elisabeth Borne qui s’y colle même si elle n’était pas, semble-t-il, le premier choix de Jupiter qui aurait même essuyé quelques refus. Certains pourront d’ailleurs reprocher au président de la République son manque d’audace, se contentant d’une femme blanche hétérosexuelle alors que de l’autre côté de l’Atlantique on a le courage de promouvoir aux plus hautes responsabilités des lesbiennes noires (en attendant mieux). Mais il est vrai qu’il ne faut pas non plus trop effaroucher la bourgeoisie prétendument « conservatrice » (prière de ne pas rire), de Versailles et d’ailleurs, qui a largement apporté ses suffrages au président sortant.

Quoi qu’il en soit, avec Elisabeth Borne, pas ou peu de surprises en perspective. C’est un parfait petit soldat macroniste, une « technicienne » à sang froid qui s’affirme de gauche mais qui met en place consciencieusement les réformes voulues par la droite affairiste et lancées par l’homme de la banque Rothschild.

C’est d’ailleurs cet empressement libéral qui a fait réagir Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, pour une fois presque sur la même longueur d’onde.

Pour la première, le choix d’Elisabeth Borne, ancien ministre du Travail et membre de la majorité présidentielle, démontre « l’incapacité à rassembler » d’Emmanuel Macron et « la volonté du président de poursuivre sa politique de mépris, de déconstruction de l’Etat, de saccage social, de racket fiscal et de laxisme ». Quant à Jean-Luc Mélenchon, il considère que l’ancien ministre est « responsable de la baisse de l’allocation d’un million de chômeurs, suppression des tarifs réglementés du gaz, report de 10 ans de la fin du nucléaire, ouverture à la concurrence de la SNCF et RATP » et affirme que sa nomination annonce « une nouvelle saison de maltraitance sociale ». Pour une fois, il semble, hélas ! difficile de lui donner tort. Reste maintenant à savoir si la nouvelle « Première ministre » (sic) disposera d’une majorité législative suffisamment large pour avoir les coudées franches pour appliquer le programme macronien ou si elle devra faire face à une opposition importante et combative pour défendre les « sans dents » face à la « start-up nation ». Souhaitons, bien sûr, que le second scénario s’impose et que ce soit la droite nationale qui incarne cette résistance.

Xavier Eman

Article paru dans Présent daté du 17 mai 2022