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Défense franco-allemand

La Défense nationale française craint de passer sous la coupe de l’Allemagne

20/09/2017 – FRANCE (NOVOpress avec le Bulletin de réinformation de Radio Courtoisie: Lors du dernier conseil des ministres franco‑allemand à la mi‑juillet, les deux pays sont convenu de « renforcer conjointement leurs capacités militaires ». Ils entendent proposer à leurs partenaires européens la « coopération structurée permanente » en matière de défense et de sécurité. Illustration de la volonté du président Macron de relancer la construction européenne autour d’un couple franco‑allemand. Mais la crainte d’une germanisation de la Défense française s’exprime sans trop de détours dans les milieux spécialisés.

Militaires et experts français voient davantage l’Allemagne comme un contre‑modèle que comme un partenaire indispensable. Tout d’abord parce que les divergences militaires sont importantes. On peut citer notamment les conditions d’intervention qui sont bien plus restrictives pour la Bundeswehr que pour l’Armée française. Là où sur un claquement de doigt du président de la République, l’Armée française est engagée, s’agissant de l’armée allemande, il faut un vote du Bundestag alors que deux tiers des Allemands sont opposés à davantage d’engagement militaire.

Il faut noter que les militaires français se réjouissent du modèle d’armée expéditionnaire conçue pour les opérations extérieures et ne sont pas ravis lorsqu’elle est employée pour d’autres missions comme l’opération Sentinelle. Le modèle allemand est différent : la Bundeswehr est d’abord centrée sur la défense collective de l’Alliance collective. Un cauchemar pour de nombreux militaires français.

A ces divergences s’ajoutent les craintes des industriels français de l’armement. Cette crainte est partagée au ministère des Armées, où l’on explique qu’il ne faudrait pas que la relance des dépenses militaires en Europe bénéficie surtout à l’industrie allemande, alors que les Français font la guerre. De surcroit la coopération industrielle reste compliquée entre les deux pays : le domaine du naval en est un exemple frappant où Français et Allemands sont concurrents et Naval Group songe même à s’allier avec l’italien Fincantieri.

Les deux pays veulent aussi « développer un système de combat aérien européen » pour remplacer leurs flottes actuelles d’avions de combat. Oui, mais deux mois plus tard les industriels n’ont toujours eu aucune explication sur cette annonce surprise, alors que les généraux de la Luftwaffe rêvent d’acquérir des F‑35 américains. Inutile de préciser que cette affaire d’avions de combat sera l’épreuve de vérité dans la coopération franco‑allemande dans la Défense.

STX : notre secteur naval est aussi menacé

STX : notre secteur naval est aussi menacé

Par Aymeric Chauprade. Source : Realpolitik.tv Le 12 décembre dernier, le ministre des Finances, M. Michel Sapin, évoquait l’intérêt du chantier italien étatique Fincantieri pour STX-France, les anciens Chantiers de l’Atlantique. Depuis, plusieurs articles de presse – Les Échos, le site spécialisé Mer & marine, etc – ont repris l’information. Si cet intérêt italien pour STX-France n’est en rien surprenant, en revanche, la réaction des pouvoirs publics français fait craindre un abandon pur et simple d’un joyau industriel français. Un abandon qui n’aurait rien de surprenant de la part de l’actuel gouvernement : le secteur aéronautique a été bradé en 2000 lorsque le gouvernement Jospin a octroyé 50% du capital d’EADS alors que les Allemands – en quasi banqueroute – en demandaient seulement 30% ; le secteur terrestre l’est depuis la loi Macron avec le projet Kant qui livrera Nexter aux appétits de Krauss-Maffei Wegmann avec les mêmes conséquences que pour EADS : opacité de la gouvernance, délocalisation et destruction des emplois et conduite des programmes désastreuse (voir l’A400M, le NH-90 et le Tigre) ; est-ce désormais le tour du secteur naval d’être livré aux Italiens de Fincantieri ou aux appétits d’un Daewoo ? Les déclarations de M. Sapin et les silences de l’Administration de Bercy (APE, Trésor, budget) le laissent penser.

Plus récemment, il est évoqué à mots couverts dans les milieux de la défense et les cercles industriels une possible alliance entre DCNS et Fincantieri soit disant afin d’éviter des concurrences sur les marchés français et export. Alliance censée faire passer cette opération pour un progrès de l’Europe de la Défense.

STX-France doit redevenir les Chantiers de l’Atlantique, c’est-à-dire une société française à capitaux français, basée en France (Saint-Nazaire, Lanester) et concevoir des bâtiments en France. Les raisons en sont simples : STX France, outre son activité civile (croisières, offshore), est une entreprise stratégique : elle est un partenaire de la Marine nationale non seulement pour ses BPC, mais également pour ses futurs programmes-clés : ravitailleurs (4 unités du programme FlotLog) et frégates de surveillance NG destinées à la protection de nos DOM-TOM ; ses produits ont ensuite un impact sur notre diplomatie de défense. Le BPC est ainsi un enjeu des relations franco-russes et peut le devenir pour nos relations avec l’Inde (projet de 4 unités), le Brésil (projet également de 4 unités), le Chili, la Malaisie, etc. Au-delà de l’outil industriel exceptionnel, STX-France est un actif de souveraineté pour notre marine et notre diplomatie de défense.

Des solutions nationales existent pour préserver ce fleuron : reprise de STX France par un investisseur privé (comme le groupe Privinvest déjà actionnaire actif des CMN qui est candidat comme un article de presse l’a révélé) et alliance entre STX-CMN et DCNS sur le segment des bâtiments de surface (des intercepteurs aux BPC). Toute autre solution que nationale serait de la forfaiture pure et simple.

Aymeric Chauprade
Géopolitologue, député européen

Crédit photo : oliviermartins via Flickr (cc)


Projet Skolkovo : la « silicon valley » russe

Projet Skolkovo : la « silicon valley » russe


15/06/2012 – 18h30
MOSCOU (NOVOpress) —
Contrairement aux idées reçues, la Russie ne compte pas vivre éternellement sur sa rente gazière et pétrolière. Elle fait aussi le pari de la recherche de pointe et de l’innovation. Pour atteindre cet objectif, le projet Skolkovo a été lancé en 2009.

Il s’agit de créer une ville nouvelle dans la banlieue sud de Moscou, le Centre de recherche et de développement de Skolkovo. Le centre s’articulera autour de cinq pôles spécifiques : technologies de l’information, biotechnologies, énergie, espace et aéronautique, nucléaire.

Un projet alliant technologies de pointe et préoccupations écologiques

L'originalité du projet vient du fait qu'il s'agit d'un cluster scientifique et écologique.L’originalité du projet vient du fait qu’il s’agit d’un cluster scientifique et écologique. L’utilisation d’énergies propres adaptées au climat russe est au cœur du projet de développement urbain de la ville en construction (voitures électriques, tramways, constructions à échelle humaine peu habituelles en Russie, village urbain redécoupé en cinq villages spécifiques à chaque pôle de recherche). Le projet réunira sur un même site universités, entreprises, laboratoires, chercheurs et étudiants, et starts-up afin de favoriser la synergie entre l’enseignement, la recherche et la valorisation économique de ses applications.

L'utilisation d'énergies propres adaptées au climat russe est au cœur du projet de développement urbain de la ville en construction (voitures électriques, tramways, constructions à échelle humaine peu habituelles en Russie, village urbain redécoupé en cinq villages spécifiques à chaque pôle de recherche).Les missions de l’Institut technologique de Skolkovo (en charge du pilotage scientifique du projet) ont été définies comme suit : se concentrer sur la recherche appliquée, accueillir des chercheurs reconnus mondialement pour développer la recherche de pointe, accueillir des étudiants de haut niveau, les aider à devenir entrepreneurs ou leur faciliter l’intégration dans des grands groupes industriels, intégrer le réseau mondial des universités de recherche et atteindre les plus hauts niveaux des classements mondiaux, soutenir les laboratoires et starts-up établis sur place. Tout est prévu pour rendre Skolkovo attractif pour les chercheurs et les entreprises, aussi bien en terme d’infrastructures (logements, équipements sociaux et culturels) que de statut fiscal (exemption de TVA et d’impôt sur le revenu pour les entreprises réalisant moins de 30 millions de chiffre d’affaire annuel) ou de protection des brevets (adhésion aux normes OCDE).

Le projet doit être financé à la fois par l’État russe et les entreprises privées installées sur le site. La signature de partenariat de recherches avec des grands groupes (Microsoft, Google, Intel, Cisco, Siemens) a crédibilisé le projet sur le plan international. Ces groupes vont implanter des laboratoires de recherche sur place.

La France, partenaire majeur du projet

Mais la France n’est pas en reste. Elle est l’un des partenaires majeurs du projet. Pour commencer c’est un bureau d’études français, AREP (filiale de la SNCF) qui a obtenu l’appel d’offres pour la réalisation architecturale du projet. ALSTOM doit construire les infrastructures de transports et d’électricité et elle a signé un partenariat pour établir un institut de recherche et développement à Skolkovo. EADS (issu de la fusion de l’Allemand DASA, le Français Aérospatiale-Matra et l’Espagnol CASA) va également s’installer sur place pour collaborer plus étroitement avec les entreprises russes spécialisées dans l’industrie spatiale.

Le 9 juin dernier, les responsables russes du projet sont venus en visite en France : « Avec sa force historique dans les domaines du nucléaire, de l’aéronautique et des télécoms, la France dispose d’une expertise unique ». Le 14 juin des starts-up françaises feront le voyage à Skolkovo dans l’optique d’une future implantation.

Le projet ne commence qu’à peine à sortir de terre. Pour accélérer les délais de livraison du projet, les autorités russes ont annoncé que Skolkovo accueillera le G8 en 2014. À cette date la nouvelle « silicon valley » russe devrait être sortie de terre.

Spoutnik, pour Novopress

Crédit photos : Skolkovo Innovation Centre