Sahel, bien identifier l’ennemi, par Bernard Lugan

Qui sont les GAT (groupes armés terroristes) sahéliens que combattent nos forces ?

– Des jihadistes animés par des motifs religieux ?
– Des trafiquants utilisant le jihadisme pour brouiller les pistes ?
– Des militants porteurs de revendications ethniques, sociales ou politiques revêtues du voile religieux ?
– Des combattants « multi-cartes » pouvant être les trois à la fois selon les circonstances et les opportunités ?

Pour nos Armées, la réponse à ces interrogations est évidemment essentielle. Etant bien entendu que les tendances lourdes, à savoir la démographie, l’opposition ethno-raciale nord-sud et la question de l’ethno-mathématique électorale ne pourront pas être réglées par leur intervention.

Placées à la confluence de l’islamisme, de la contrebande, des rivalités ethniques et des luttes pour le contrôle de territoires ou des ressources, nos forces percutent régulièrement les constantes et les dynamiques locales. Leur action s’inscrit donc dans une nébuleuse à l’intérieur de laquelle tout classement géométrique « à l’européenne » est une illusion, et plus encore, un danger.

Comment en serait-il autrement tant la réalité du terrain est faite d’alliances pragmatiques et ponctuelles, de loyautés mouvantes et d’allégeances conjoncturelles dont les véritables objectifs ne sont en réalité, et contrairement à ce qui est constamment affirmé, qu’accessoirement religieux ?

Face à ce brouillard, mettre par principe une étiquette « jihadiste » ou « GAT », sur tous ceux qui n’entrent pas dans les classifications définies à Paris est une facilité. Elle aboutit à désigner un « ennemi de confort », ce qui revient à éluder les questions complexes que nos états-majors n’ont que quelques mois pour appréhender avant leur projection.

Un exemple : considérer comme jihadiste l’actuelle alliance de circonstance nouée entre orpailleurs, trafiquants et irrédentistes toubou dans la région de Miski-Kouri Bougoudi dans le nord du Tchad pourrait avoir trois conséquences désastreuses :

1) Favoriser la coagulation de groupes aux intérêts contradictoires alors que la priorité est à leur division.

2) Permettre aux jihadistes d’entrer dans le jeu en proposant leur soutien au « comité d’autodéfense » actuellement ciblé par l’armée tchadienne, alors que tout devrait être fait pour assurer le confinement du conflit.

3) Provoquer la déstabilisation de l’irrédentiste Tibesti, région au contact du puzzle tribalo-politique de Libye et des zones Toubou du nord-est du Niger, alors que l’urgence est d’éviter l’embrasement régional.

L’approfondissement de la connaissance des dynamiques locales est donc une priorité pour nos Armées. Tant à Coëtquidan qu’à l’Ecole de Guerre et au niveau le plus élevé du commandement.

Bernard Lugan

Texte repris du site Blog de Bernard Lugan

Les groupes djihadistes du Sahel font jonction à la barbe de la France !

Djihadistes Sahel

03/03/2017 – FRANCE (NOVOpress) : Les chefs des différents groupes djihadistes au Sahel se sont réunis pour une réunion au sommet, dans une région a priori sous contrôle de l’armée française ! Un véritable pied de nez à l’opération Barkhane menée par la France depuis l’été 2014 pour neutraliser les groupes islamistes au Sahel.

Ces chefs terroristes ont décidé de se réunir dans une organisation commune pour mener désormais leurs opérations terroristes sous la nouvelle bannière de Nousrat al-Islam wal Muslimin (« La Défense des musulmans et de l’islam ») avec à sa tête Ansareddine Iyad Ghali qui a voué allégeance, dans l’ordre, à Abou Moussaab Abdel Wadoud, le chef d’Al Qaida au Maghreb islamique (AQMI), à Ayman al-Zawahiri, le chef suprême d’Al Qaida, et au mollah Hibatullah, à la tête de l’Emirat islamique d’Afghanistan, autrement dit les Talibans.