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Eric Zemmour : « C’est l’œuvre de Mustafa Kemal que détruit Erdogan »

18/04/2017 – FRANCE (NOVOpress) : Pour Eric Zemmour, le résultat du référendum organisé en Turquie marque « une victoire historique. Non par l’ampleur du score – le oui est loin, très loin, des 60 % que réclamait le président Erdogan pour, disait-il, couronner son œuvre –, mais la victoire du président turc est historique au sens propre du terme : elle clôt définitivement une parenthèse historique de près de cent ans. »

« A l’époque, explique Eric Zemmour, la Turquie était dirigée par Mustafa Kemal surnommé Atatürk. Son objectif était d’occidentaliser l’ancien Empire ottoman, de le désislamiser, de le laïciser. De lui apporter l’administration à la française, la liberté économique à l’anglaise et l’armée à l’allemande. Mustafa Kemal ne rêvait que d’européaniser l’homme malade de l’Europe. Il mena une guère impitoyable à l’islam […] »

« Mustafa Kemal fut le grand homme de la Turquie du XXe siècle. Il est le grand adversaire du président Erdogan au XXIe siècle. »

« C’est à lui et à lui seul qu’Erdogan se mesure, poursuit Zemmour. C’est l’œuvre de Mustafa Kemal qu’Erdogan a voulu abattre, détruire, pierre après pierre » :

« Ce référendum consacre la victoire finale d’Erdogan sur Atatürk. »

« La Turquie, ajoute-t-il, n’a jamais été aussi loin des canons européens. Elle devient une véritable dictature, et une dictature islamique. Les prisons sont pleines d’opposants et de journalistes que l’on torture sans vergogne. Pendant la campagne électorale, la campagne du non a été rendue invisible. »

Pour Eric Zemmour, l’objectif d’Erdogan est de devenir « le porte-parole des peuples musulmans opprimés dans un conflit de civilisation à ses yeux inéluctable. Après avoir soutiré des milliards d’euros à Angela Merkel pour soulager la pression migratoire venue de Syrie, il l’a traitée de nazie ! Erdogan a renoncé depuis belle lurette à entrer dans ce club chrétien qu’est à ses yeux l’Union européenne. Il lui préfère son rêve ottoman, c’est-à-dire retrouver une influence dominante sur les anciens pays de l’Empire : Egypte, Syrie, Irak, Liban. »

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Erdogan marche sans mystère vers un totalitarisme islamiste

Poignée de main glaciale ce 15 novembre à Ankara où les deux ministres des Affaires étrangères, l’Allemand Steinmeier et le Turc Cavusoglu, se rencontraient. Leur échange public est clairement sorti des ronds de jambes habituels aux diplomates, même au bord de la guerre. Voici comment le conservateur Die Welt résume la situation :

« Jamais une visite allemande en Turquie n’a jamais été aussi froide. Pour la crise des réfugiés ou pour combattre l’État Islamique : l’Europe aurait besoin d’Ankara. Mais les négociations sont maintenant très difficiles. La visite en Turquie de Frank-Walter Steinmeier, qui était censé calmer les choses le démontre. Le gouvernement turc a servi des allégations mensongères à Steinmeier. Le ministre turc des Affaires étrangères Cavusoglu prétend que l’Allemagne est un refuge pour les terroristes du PKK. Steinmeier récuse ces allégations et exhorte la Turquie à respecter le droit. »

Walter Steinmeier sait qu’il joue serré. La pauvre petite Mogherini propulsée responsable de ce qui tient lieu de diplomatie de l’Union européenne ne fait à l’évidence pas le poids. Et les fautes répétées de François Hollande ont sérieusement mis à mal l’entente franco-allemande.

De la sorte, c’est bien à Berlin que se joue, pour le meilleur et pour le pire, le destin de l’Europe. Or, actuellement ministre, Herr Steinmeier, membre du parti social-démocrate, est officiellement candidat à la succession du pasteur Gauck comme président de la république fédérale. Ceci déplaît à toute une partie de la droite, et sans doute aussi à l’énigmatique chancelière.

L’élection présidentielle allemande aura lieu au printemps et les élections législatives à l’automne 2017. Toute [nouvelle] faute dans un dossier aussi sensible que le dossier turc risque fort de compromettre le fragile équilibre de la Grande coalition socialo-conservatrice et de conduire à une alliance à gauche “rot-rot-grüne” incluant les nostalgiques de l’Allemagne de l’est de Die Linke. On passerait de la Große Koalition à une Große Katastrophe.

Dans une telle partie, les régimes autoritaires comme celui d’Erdogan tirent facilement, au début, leur épingle du jeu. Mais Walter Steinmeier semble tenir bon. Souhaitons qu’il ne cède pas. Non la Turquie des islamistes ne doit pas entrer en Europe.

Rien de cela n’étonnera vraiment ceux qui ont pris le soin de lire mon petit livre sur “La Question turque et l’Europe”publié en 2009, à une époque où pourtant le totalitarisme rampant de l’AKP ne se dessinait qu’en demi-teinte. Les docteurs Tant Mieux ne voulaient pas l’admettre. Et pourtant nous y sommes.

J’avançai accessoirement alors une certitude : la diplomatie turque saurait reprendre la route de Moscou. C’est ce qui s’est produit – en dépit des désaccords profonds sur de nombreux dossiers, y compris en Syrie. Et plus encore, sur le dossier kurde où Erdogan a fait délibérément le choix de plonger les Kurdes de Turquie dans une guerre que l’on croyait finie.

Le directeur de l’Obs, Matthieu Croissandeau, parmi tant d’autres qui avaient cru en la Turquie européenne, se lamentait le 10 novembre à propos de cette « fragile démocratie ».

Depuis l’étrange tentative coup d’État de juillet, Erdogan a mis en place une répression sans précédent, totalement arbitraire, frappant tous ceux qui lui déplaisent, les dénonçant comme des « comploteurs » : plus de 35 000 personnes ont été jetées en prison, appartenant à l’armée, à l’administration, à l’enseignement, à la magistrature, aux médias… Il a dû vider les prisons des voyous pour les remplir des honnêtes gens.

En vain, les hauts magistrats internationaux ont-ils demandé à visiter leur collègue diplomate et juriste Aydin Sefa Akay qui fut arrêté le 21 septembre. Juge des Tribunaux criminels internationaux des Nations Unies, il travaillait en particulier sur les crimes au Rwanda. On ne sait rien sur son sort – présent et à venir – ni sur celui des autres prisonniers.

Personne ne peut plus fermer les yeux.

Jean-Gilles Malliarakis

Texte repris du site de L’Insolent