Covid-19 : un dépistage massif Et approximatif

Covid-19 dépistage massif

Les opérations de dépistage massif de la Covid-19 commencent. Que peut-on en attendre ? Le ministre de la Santé le dit : il s’agit d’améliorer la stratégie « tester, alerter, protéger ». Ces dépistages se déroulent du lundi 14 décembre au samedi 19 décembre 2020 dans les métropoles du Havre et de Charleville-Mézières – puis à Roubaix et Saint-Etienne autour du 11 janvier 2021 –, avec la mise en place de sites éphémères, notamment dans les établissements scolaires et de grandes entreprises. Le choix des écoles étonne : le ministre de l’Education nationale ayant fortement insisté sur le fait que l’épidémie serait « maîtrisée » une fois franchies les portes des écoles. Les chiffres de Blanquer sont faux, la presse en a rendu compte. Par ailleurs, le chef du service infectiologie de la Pitié-Salpêtrière à Paris l’affirmait le 8 décembre sur France Inter : « Le fait que ça stagne s’explique par le fait qu’il y a toujours des contaminations en milieu scolaire, et après ça se transmet dans les familles. »

Dépistons, dépistons, il en restera quelque chose ? Pas sûr.

A propos des dépistages massifs, Olivier Véran a précisé que seraient ciblés en priorité les « publics vulnérables » et les « publics les plus exposés aux risques de clusters ». Pour les établissements scolaires, c’est donc à ne rien y comprendre. Le ministre de la Santé a aussi expliqué qu’il s’agira, si le test est positif, de « mettre en place un contact tracing [ce sont ses mots] immédiat et de garantir de bonnes conditions de mise à l’abri des patients positifs ».

Comme les tests ne sont pas obligatoires et que leur résultat ne vaut qu’à un instant précis, Véran a dû concéder que ces tests sont « un levier d’expérimentation de la stratégie ». Les quatre métropoles sont donc des métropoles cobayes. Pour quel objectif ? Et quel résultat ?
Les tests PCR n’étaient déjà pas fiables à 100 %. Ici, ce sont les tests antigéniques qui vont surtout être utilisés, donnant un verdict en trente minutes. Seulement, dès novembre, Carine Wolf-Thal, présidente du Conseil national de l’Ordre des pharmaciens, l’affirmait : le test antigénique « ne garantit pas que l’on est porteur du virus ». Il y aurait, selon elle, un tiers de faux négatifs. Dès lors, quelle fiabilité attendre de ces tests et de « l’expérimentation » voulue par l’exécutif ?

La question se pose d’autant plus que le coût financier est élevé, de l’ordre de 100 000 euros par exemple pour Charleville-Mézières. Des personnes ayant souhaité être testées pourront, si elles sont positives et si elles le désirent, être isolées durant sept jours dans des hôtels.
Le gouvernement met en scène une usine à gaz qui fera flop : des tests selon les bonnes volontés, une fiabilité douteuse des tests, des cas positifs n’ayant pas obligation de s’isoler…
Ni actes médicaux effectifs, ni statistiques fiables ne sont possibles dans ces conditions. Une seule chose perdure : l’exécutif communique.

Paul Vermeulen

Article paru dans Présent daté du 14 décembre 2020