« Au bord du gouffre / La faillite annoncée du système de l’argent » d’Alain de Benoist

« Au bord du gouffre / La faillite annoncée du système de l'argent » d'Alain de Benoist

Sous ce titre, Alain de Benoist a publié à propos de la crise contemporaine une analyse incisive et peu complaisante du capitalisme. Les débouchés, dit-il, sont le problème éternel du capitalisme. Après la phase initiale qui a vu les salaires soumis à une très forte pression, au XIXe siècle surtout, ce problème a pu être résolu un temps par le fordisme : on a alors globalement et progressivement relevé le niveau des salaires de manière à soutenir la consommation. Mais…

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Mais après la période des Trente Glorieuses est survenue une baisse tendancielle de la profitabilité des investissements et, d’une certaine manière, on a abandonné le fordisme pour revenir à la phase initiale se caractérisant par une pression sur les coûts salariaux propre à restaurer la profitabilité.

La question des débouchés s’est alors posée à nouveau de manière aiguë. L’auteur énumère trois moyens propres à y répondre : premièrement, augmenter la durée du travail (le lecteur rapprochera sans doute ce moyen de l’exhortation à « travailler plus pour gagner plus »), avec tous les effets pervers qui s’ensuivent sur la vie personnelle des salariés ; deuxièmement, rechercher une main-d’œuvre moins chère et « peu revendicative », ce qui incite à recourir à l’immigration et aux délocalisations ; et enfin troisièmement, faciliter le crédit dans des proportions éventuellement imprudentes pour favoriser la consommation.

« Au bord du gouffre / La faillite annoncée du système de l'argent » d'Alain de BenoistOn touche ici au risque fondamental : un excès déraisonnable de crédit. Alain de Benoist replace ainsi dans une perspective plus générale l’événement ponctuel qui a déclenché une crise mondiale dont le système était gros : l’endettement des ménages américains par les prêts hypothécaires et l’impossibilité où ils étaient de rembourser ces « crédits pourris ».

L’auteur retrace alors tous les facteurs qui ont concouru et concourent encore à l’endettement général, au premier rang desquels la dérégulation globale, souhaitée par la pensée libérale.

Sur le plan privé, l’énorme endettement des ménages américains finit par affecter les finances mondiales et les banques par le biais de la titrisation. Sur le plan public la surémission de monnaie par la FED qui facilite cet endettement a lui aussi des répercussions en raison de la prééminence du dollar. Celui-ci, en effet, est jusqu’à un certain point une monnaie mondiale dont la gestion dépend d’un seul pays (gestion qui, depuis 1971, échappe à la contrainte de la convertibilité). Les autres pays sont obligés d’acheter du dollar pour éviter des déséquilibres majeurs de sorte que les Etats-Unis peuvent mener une politique budgétaire acceptant des déficits eux-mêmes majeurs. Alain de Benoist évalue leur endettement total à 340% de leur PIB.

Et il montre comment la dette publique des Etats n’est pas seulement due à la légèreté de la gestion par les politiques, mais aussi aux plans de sauvetage des banques privées. « Au total, les quatre principales banques centrales mondiales (FED, BCE, Banque du Japon, Banque d’Angleterre) ont injecté 5.000 milliards de dollars dans l’économie mondiale entre 2008 et 2010… En s’endettant massivement pour sauver les banques, les Etats ont permis aux banques de se relancer dans les mêmes activités qui avaient abouti à les mettre en péril ».

On arrive ainsi à la formule de Maurice Allais qui prévoyait « l’effondrement général d’une économie mondiale reposant sur une pyramide de dettes ».

Alain de Benoist critique vivement les oligarchies financières qu’il accuse d’avoir conçu le moteur de la crise présente : l’excès de crédit, lui-même motivé par une âpreté extraordinaire au gain. Il traite aussi les autres aspects du sujet : les délocalisations, qui appauvrissent les pays émetteurs sans enrichir les pays recevant (sinon chez ceux-ci, une mince couche de privilégiés) ; l’immigration, qui est l’arme du capital, qui pèse sur les salaires et que les politiques encouragent sans se préoccuper outre mesure des conséquences sociologiques ; l’extraordinaire aggravation des inégalités sociales, qui voit les classes inférieure et moyenne pénalisées au profit d’une hyperclasse aux revenus « faramineux » et de sociétés aux bénéfices énormes.

Il faut enfin faire mention spéciale du libre-échangisme comme motif initial de la crise actuelle : l’auteur montre que le recours massif au crédit (qu’il situe dans les années 1980) fut une réponse du capitalisme à une baisse tendancielle du taux de profit. On peut ajouter que l’origine de cette baisse se situe dans les années 1970, époque où l’on voit avec un faible décalage dans le temps, d’une part, la mise en place du libre-échangisme mondial (la négociation Kennedy a pris fin en 1969) et, d’autre part, la fin de la prospérité des « Trente Glorieuses ». On notera que le libre-échange, âprement et à juste titre dénoncé par l’auteur, est lui-même fruit dans le domaine économique d’un mouvement de pensée plus général : l’idéologie cosmopolite devenue dominante à partir de 1945.

En conclusion, on peut tenir le livre Au bord du gouffre pour un ouvrage brillant et instructif, même si certains lecteurs y trouveront quelques excès.

Pierre Milloz
29/06/2012

[box] * Alain de Benoist – Au bord du gouffre / La faillite annoncée du système de l’argent – Edition Krisis.[/box]

Note de la rédaction de Polémia :
Les points de vue d’Henry de Lesquen et d’Alain de Benoist sont généralement assez éloignés, notamment en matière économique. On observera toutefois une convergence d’analyse sur le rôle de l’excès de crédit comme amplificateur de la crise. Nos lecteurs peuvent utilement se reporter à ce texte d’Henry de Lesquen :
Les raisons de la crise économique : les éclairages de l’école autrichienne.
En 1972, sous la signature de Michel Norey, la revue Nouvelle Ecole avait de son côté souligné l’importance de l’école autrichienne dans son numéro consacré aux théories économiques.
Nos lecteurs peuvent aussi se reporter aux articles suivants :
L’idéologie cosmopolite à l’origine de la crise économique
L’idéologie de la superclasse mondiale (1re partie)
« Mémoire vive » de Alain de Benoist

[box class= »info »] Source : Polémia. [/box]

Hervé Juvin : “Propos d’Europe” [vidéo]

Hervé Juvin : “Propos d’Europe” [vidéo]

Faut-il plus d’Europe ? Faut-il aller vers un fédéralisme qui mette en commun les budgets, les impôts et les dépenses ? Faut-il renvoyer chaque nation à ses responsabilités ? Que faire ? C’est la question qui s’impose de plus en plus devant la fuite en avant dont la situation grecque, aujourd’hui encore ; la situation espagnole chaque jour davantage, donne le regrettable exemple. Enregistré le 30/05/2012.

À propos de l’auteur
Hervé JuvinHervé Juvin est écrivain et conférencier. Auteur d’essais sur l’économie, la société et la mondialisation, il est spécialiste de la banque et des marchés financiers. Grand arpenteur du monde, il a publié plusieurs centaines d’articles, notamment dans Le Débat ( Gallimard), L’Expansion, Agir, et préside par ailleurs une société de conseil aux gouvernements, aux institutions et aux entreprises.

[box class= »info »] Source : Realpolitik.tv. [/box]

L’Europe au secours de l’Espagne et de Chypre, mais pas sans contrepartie

L’Europe vole au secours de l’Espagne et de Chypre

28/06/2012 — 17h00
BRUXELLES (NOVOpress via le Bulletin de réinformation) —
Les demandes d’aide financière de l’Espagne et de Chypre ont été approuvées mercredi par les ministres des Finances de la zone euro.

Comment seront réglées les difficultés espagnoles ?

S’agissant de l’Espagne, le gouvernement n’appelle pas formellement à l’aide pour combler son déficit public mais pour recapitaliser ses banques, dont la situation est très fragile. Sur la base de rapports d’experts, le premier ministre Mariano Rajoy a chiffré le besoin de ces dernières entre 51 et 62 milliards d’euros. Entre les lignes, le communiqué de Bruxelles laisse comprendre que le montant pourrait être supérieur, sans dépasser toutefois les 100 milliards d’euros.

Par quel moyen l’argent sera‑t‑il versé ?

La somme sera d’abord fournie par le fonds européen de solidarité financière (FESF), avant la mise en place du mécanisme européen de solidarité (MES), qui doit encore être ratifié. Les partenaires européens auront ainsi un droit de regard sur l’utilisation des fonds par le gouvernement espagnol, qui se porte seul garant de leur remboursement. Par ailleurs, le Fonds monétaire international (FMI) ne prêtera pas d’argent à l’Espagne.

Qu’en est‑il du cas chypriote ?

Alors que Chypre prendra la présidence de l’Union européenne le 1er juillet prochain, le pays va être directement placé sous tutelle financière de la troïka (Union européenne, BCE, FMI) comme la Grèce, l’Irlande et le Portugal. Confronté à un secteur bancaire en détresse et des déséquilibres macroéconomiques majeurs, le pays n’a pas encore chiffré précisément ses besoins, même si des journaux locaux évoquent un montant de 10 milliards d’euros, soit la moitié du PIB de l’île. En contrepartie de cette aide dont le FMI déterminera le montant, Chypre devra procéder à des ajustements budgétaires et à des réformes structurelles, tout comme à un renforcement de son secteur bancaire et financier.

Crédit photo : MPhotographe via Flickr, licence CC.

Des faits divers révélateurs des maux de notre société

Des faits divers révélateurs des maux de notre société

19/06/2012 — 17h00
PARIS (NOVOpress via le Bulletin de réinformation ) — Décidément, notre système capitaliste ne rend pas tout le monde heureux. Un retraité a tenté de se suicider dans une banque vendredi dernier. Cet homme de 68 ans n’est pas mort suite à son coup de fusil, mais se trouve dans un état grave et a été hospitalisé à Bordeaux. Le Crédit Agricole, qui était la banque de cet homme, a laissé entendre qu’il avait des problèmes financiers. Un fait divers qui illustre bien le malaise que provoque la toute‑puissance de la finance sur nos vies.

Un autre fait divers, représentatif cette fois de mœurs d’autres civilisations importées dans notre pays. Deux cadavres en différents morceaux ont été retrouvés au bois de Vincennes, à Paris. Un couple d’origine asiatique avait en effet indiqué les endroits aux policiers. Selon les premiers éléments de l’enquête, ce couple aurait tué puis dépecé début juin un autre couple, également d’origine asiatique. L’origine de ces meurtres serait une dispute au sujet de l’enfant des victimes, décédé alors qu’il était sous la garde des suspects.

Charles Doux, Jérôme Kerviel, même combat ?

A priori, Charles Doux et Jérôme Kerviel n’ont en commun que d’être bretons et placés sous le feu de l’actualité. Pour le reste, le vieux patron et le jeune trader paraissent radicalement différents. Pourtant, entre les vicissitudes vécues par l’un et l’autre, il y a plus d’un trait commun.

Tous deux, Charles Doux et Jérôme Kerviel sont à leur manière des victimes de la mondialisation de l’économie. À la Société générale, Kerviel gagnait sa vie en réalisant des opérations spéculatives sur les marchés financiers internationaux. Tout a bien marché tant que les Bourses mondiales montaient. Puis elles se sont retournées à la baisse, les opérations sont devenues perdantes et tout s’est détraqué…

Doux a bâti une grande entreprise, numéro un européen dans son secteur. Mais le marché s’est mondialisé : même en pressurant les aviculteurs bretons, la volaille bretonne était plus chère à l’exportation que la volaille brésilienne. Pour préserver ses marchés Doux s’est donc installé au Brésil. Or les prix de l’énergie et des céréales, eux aussi mondiaux, ont fortement monté, les activités brésiliennes de Doux ont plongé dans le rouge…

Et surtout, Kerviel et Doux ont été rejetés dans les mauvais jours par le système qui les encourageait dans les bons. On sait que la Société générale n’a jamais reproché à son trader d’excéder ses autorisations tant que ses opérations étaient gagnantes. Il ne récoltait que des félicitations. Quand le sort s’est retourné, la banque a soudain découvert les irrégularités de son salarié et l’a traîné en justice : pile je gagne, face tu perds.

On l’a moins noté dans le cas de Charles Doux, mais lui aussi est en butte au système. Sans lui demander son avis, et pas davantage celui de ses salariés ni des aviculteurs, le ministère de l’Économie et des Finances avait prévu un plan de « sauvetage » qui consistait en substance à vendre le groupe Doux à une banque étrangère, Barclays. Les intérêts de Barclays, on l’imagine aisément, ne coïncident pas forcément avec ceux de l’entreprise, de son personnel et de ses fournisseurs. Mais les mauvaises nouvelles auraient été renvoyées à plus tard : à quelques jours des élections, fonctionnaires, banquiers et politiques se liguent pour crier haro sur Charles Doux, qui dérange leurs plans si bien fourbis dans quelque bureau de Bercy.

François Kernan
Article publié initialement sur Novopress Breizh.

Photo : poste de travail d’un trader. Crédit photo : Andy Hill, domaine public.

Dégradation de la situation économique de la France : le 4ème tour de la présidentielle…

Dégradation de la situation économique de la France : le 4ème tour de la présidentielle…

08/06/2012 — 12h00
PARIS (NOVOpress via le Bulletin de réinformation de Radio Courtoisie) — D’aucuns présentent les prochaines élections législatives comme le 3ème tour de la récente présidentielle. En fait, un quatrième tour se profile à l’horizon : la rapide dégradation de la situation économique de notre pays.

Une prochaine tempête économique qui pourrait balayer un pouvoir socialiste concentrant entre ses mains la totalité du pouvoir politique : Elysée, Matignon, assemblée nationale, sénat, régions, départements, grandes villes. Signe précurseurs : le taux de chômage vient de dépasser la barre des 10% de la population active, soit 2,9 millions de personnes.

Le Premier ministre Ayrault vient par ailleurs d’avertir que plus d’une trentaine de moyennes et grosses entreprises françaises pourraient mettre la clé sous la porte dans les mois qui viennent.

Des dizaines voire centaines de milliers d’emplois sont directement menacés, alors même que le chômage atteint un niveau record dans l’ensemble de la zone euro et qu’il repart également à la hausse aux Etats-Unis. En France, le taux de chômage des 15-24 ans s’établit à près de 23% et à plus de 43% pour les seniors (55-64 ans). Jeudi, dans un entretien aux Echos le ministre du Travail Michel Sapin assurait que le gouvernement allait mobiliser tous les « moyens disponibles » contre le chômage, en accentuant entre autre l’effort de financement des « contrats aidés », oubliant de préciser que l’enveloppe budgétaire allouée à ces contrats a déjà été presque entièrement consommée au premier semestre (220.000 contrats aidés lancés). Il y a également l’arme législative pour surenchérir le coût des licenciements. Mais elle ne concernerait qu’environ 3% des licenciements. Les socialistes français sont décidément les derniers diplodocus d’Europe à croire aux vertus de la gestion étatique du chômage.

Et les faits sont têtus : croissance nulle, voire négative = explosion du chômage.

Ayant accepté d’abdiquer la souveraineté de notre pays face aux règles de l’Union européenne, le pouvoir socialiste, pas plus que son alter ego UMP, ne dispose en fait de la moindre marge de manœuvre. En matière de flexibilité de l’emploi, il devra passer sous les fourches caudines de l’Allemagne et de la Commission de Bruxelles. Beaucoup de grincements de dents en perspectives chez les électeurs socialistes.

Crédit photo : Parti socialiste, via Flickr, licence CC.

L’Union européenne prépare un plan bancaire européen

L’Union européenne prépare un plan bancaire européen

07/06/2012 — 16h30
BRUXELLES (NOVOpress via le Bulletin de réinformation) — Cela ressemble à un retour à la case départ. En 2008, après la crise des subprimes, ces crédits sous excellents, les Etats avaient dû refinancer les banques. Ils l’avaient fait soit en leur prêtant de l’argent, soit en entrant à leur capital. Quatre ans plus tard, alors que les Etats peinent à se financer eux mêmes, certaines banques risquent de devoir être recapitalisées.

C’est pourquoi l’Espagne essaye d’obtenir des sources de financement européennes, venant par exemple de l’actuel Fonds européen de stabilité financière ou du futur mécanisme européen de stabilité. Mais sans réussite jusqu’à présent, car l’Allemagne s’en tient à une interprétation stricte des textes. Les instruments financiers européens ne sont pas là pour sauver des entreprises en difficulté : si l’Espagne veut recapitaliser ses banques, elle doit le faire elle même ; mais, pour trouver l’argent nécessaire, elle est libre de faire appel au FESF ou au FMI…

La Commission européenne travaille sur d’autres pistes, pour créer un système bancaire européen, capable de mutualiser ses risques sans les Etats

Le commissaire européen Michel Barnier estime que la solution de long terme aux problèmes des banques, c’est que le système bancaire s’autoassure et que les banques puissent être mises sous la tutelle d’une autorité nationale en cas de risque de faillite. Le tout dans un cadre européen, qui réduirait la sensibilité des banques aux difficultés financières de leurs pays. En quelque sorte, la Commission veut renforcer la solidarité financière entre banques européennes, au moment même où la zone euro pourrait se disloquer et où des banques nationales seront plus que jamais nécessaires. Voilà encore un projet qui risque fort de buter sur le principe de réalité.

Crédit photo : Florian K./Wilipédia sous licence CC

« Faut-il sortir de l’euro ? » de Jacques Sapir

« Faut-il sortir de l’euro ? » de Jacques Sapir

[box] Article reproduit avec l’aimable autorisation de la Fondation Polémia.[/box]

[box class= »info »] Au fil des jours, la question posée par certains politiques et de nombreux économistes devient de plus en plus cruciale : « Faut-il sortir de l’Euro ? ». Jacques Sapir, économiste, directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales et à l’Université de Moscou, auteur de nombreux ouvrages qui font école, en a fait le titre de son dernier livre paru en janvier dernier aux éditions du Seuil.
Les experts s’accordent pour reconnaître que la monnaie unique se révèle aujourd’hui un piège dangereux, néanmoins très peu disent avec conviction ce qu’il en sera pour les pays concernés si la zone euro, dont on dévoile les défauts structurels, devait disparaître.
Michel Leblay, économiste connu de nos lecteurs par ses articles mis en ligne sur le site de Polémia, vient de lui remettre une synthèse fort documentée du livre de Jacques Sapir. C’est un véritable cours d’économie et d’histoire financière européennes. Nous la soumettons à leur appréciation. Ils trouveront le texte dans son intégralité en version PDF, en cliquant en fin d’article.

Polémia [/box]

« Faut-il sortir de l’euro ? » de Jacques SapirDans son essai, Faut-il sortir de l’euro ? , Jacques Sapir, comme a son habitude, présente une argumentation économique, intelligible et étayée, assortie de données statistiques, approfondissant les causes, exposant les solutions. L’un des éléments clés de la démonstration est la mise en exergue du rôle central occupé par l’Allemagne dans la mise en place de la monnaie unique et des règles définissant son fonctionnement dont elle a été le principal bénéficiaire. Il expose tout l’intérêt, notamment pour la France, d’une sortie de l’euro en termes de compétitivité retrouvée et de restauration d’une base industrielle substantielle. Abandonner l’euro, dans sa forme actuelle, la monnaie unique, ne signifie pas, pour autant, un renoncement à un étalon monétaire européen. L’auteur préconise, comme d’autres, l’adoption d’une monnaie commune dans laquelle seraient libellés les échanges extérieurs des Etats membres de la zone monétaire de l’euro ainsi redéfini.

A propos de la distinction entre la monnaie unique et la monnaie commune, il faut préciser que la première se substitue aux monnaies nationales, devenant le seul étalon monétaire pour tous les pays de la zone l’ayant adopté. Au contraire, la monnaie commune ne remplace pas les monnaies nationales qui demeurent pour toutes les transactions internes aux Etats. Par contre, ces monnaies nationales ne sont convertibles, selon une parité préalablement fixée, que dans la monnaie commune, unité de compte dans laquelle sont réalisés tous les échanges internationaux. Seule cette monnaie commune est cotée sur le marché libre des changes.

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Dans une première étape, l’économiste, après un panorama historique et théorique, établit un ensemble de constats qui tendent à démontrer l’échec de la voie choisie. La présentation de cette analyse a été ainsi ordonnée :

  • les fondements de l’euro
  • un bilan négatif
  • des réponses inadéquates

Jacques Sapir examine, ensuite, les conséquences de la situation présente et les options possibles. Cette partie est agencée de la manière suivante :

  • la défaillance des décideurs politiques
  • le coût d’un sauvetage des pays en risque de défaut
  • les options pour la sauvegarde de l’euro
  • les bénéfices pour la France d’une monnaie dévaluée
  • en l’absence d’alternative, sortir de l’euro

L’essai s’achève sur quatre remarques :

  • la résolution de la crise est d’essence politique
  • l’abandon de l’euro n’est pas la fin de l’Europe
  • une nouvelle monnaie de réserve à définir
  • la coordination monétaire plutôt que la coopération

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Si elle survient dans un contexte économique et financier dégradé après la crise dite des « subprimes » intervenue aux Etats-Unis en 2007 – 2008 et la perte par ceux-ci de leur note AAA, la crise qui affecte la zone euro a, d’abord, un caractère spécifique avec la conjonction de trois phénomènes :

  • « l’étranglement de certaines économies d’Europe par le montant des dettes tant publiques que privées » dû au seul financement possible par les marchés financiers (les avances des banques centrales ou la détention obligatoire par les banques commerciales d’un montant de dettes publiques en proportion de leurs actifs étant exclues) et à un taux de change unique qui altère fortement la compétitivité ;
  • une croissance des pays de la zone inférieure à celle des pays développés du fait des taux d’intérêt élevés imposés par la BCE et de la surévaluation de la monnaie qui en résulte ;
  • l’absence d’unification des politiques budgétaires et économiques et des réglementations bancaires ; cette unification supposant un Etat fédéral et « les puissants mécanismes de transferts associés », prohibés par les traités. Les conditions d’un fédéralisme n’étant en aucune manière réunies, Jacques Sapir souligne que les dirigeants des différents pays ont ainsi cédé à « l’idéologie européiste et au mythe des Etats-Unis d’Europe ».

Les fondements de l’euro

Esprit tourné vers l’analyse économique approfondie, l’auteur met en évidence deux théories censées justifier la création d’une monnaie unique. Il retrace aussi l’historique de cette construction monétaire avant de préciser les conditions de sa mise en place.

Les références théoriques

Elles touchent à deux arguments. L’un justifiant, par la nécessité, la création d’une monnaie unique, l’autre postulant, par principe, que cette création engendrerait « une unification rapide des mécanismes économiques » des pays attachés à cette monnaie.

La nécessité a pour fondement un article de Robert Mundell, publié en 1961, selon lequel « une économie, en régime de libre échange et de libéralisation des capitaux, ne pouvait plus avoir de politique monétaire indépendante si l’on était en présence d’une mobilité parfaite – ou quasi parfaite – des capitaux ». L’essayiste observe que, dans le contexte de l’époque, la position de Mundell ne relevait que d’un « préjugé normatif libéral » visant à rapprocher l’économie du cadre théorique de « l’équilibre général » défini par Léon Walras .

Le principe est celui de « l’essentialisme monétaire », selon la dénomination de Jacques Sapir. Suivant cette théorie, recourant aux sciences sociales, la monnaie serait l’institution centrale des économies capitalistes. Par son existence même, cet instrument d’échange commun créerait les conditions d’un fonctionnement cohérent de l’économie. L’euro devait donc engendrer une homogénéité économique entre les pays l’ayant adopté.

L’historique

La volonté d’ordonner l’espace monétaire propre aux pays membres de la Communauté économique européenne, devenue l’Union européenne, le 1er novembre 1993, date du début des années soixante-dix à la suite du rapport « Werner ». Ce fut d’abord le « Serpent monétaire européen », instauré par l’accord de Bâle du 10 avril 1972, qui limita, dans un premier temps à plus ou moins 1,5 % les marges de fluctuations entre les monnaies des pays signataires, ces marges furent portées à plus ou moins 2,5 % en mars 1973. L’accord faisait suite aux bouleversements intervenus sur le marché des changes après la décision du Président des Etats-Unis, le 15 août 1971, de suspendre la convertibilité-or du dollar. La chute des cours de la livre sterling, de la lire, du franc français par rapport au Deutsche Mark obligea la Grande Bretagne et l’Italie à quitter définitivement le dispositif et la France, temporairement, à deux reprises. Cette situation amena le président de la Commission européenne, Roy Jenkins, à faire, le 27 octobre 1977, une première proposition de création d’une monnaie unique, assortie d’un budget communautaire représentant une contribution de 10 % du produit intérieur brut de chacun des pays. Finalement, il est décidé de créer, le 13 mars 1979, le Système monétaire européen fondé sur une valeur de référence, l’ECU , avec une marge de fluctuation de plus ou moins 2,25 % des monnaies participantes par rapport à cette valeur de référence. Le système, dans son existence, sera marqué par plusieurs ajustements de parité dont trois dévaluations françaises.

Jacques Sapir remarque que « cet échec fut largement perçu comme le produit d’une spéculation que l’on ne pouvait empêcher et traduisant l’inanité de demi-mesures ». La monnaie unique paraissait alors comme le seul moyen de s’affranchir de la spéculation. En fait, cette monnaie instaurée, la spéculation, aux premiers signes d’incertitude allait se porter des taux de change aux taux d’intérêt. L’auteur considère qu’au travers de ces expériences c’est la notion même d’une liberté de mouvement des capitaux qui est en cause, idée régulièrement reprise dans l’essai.

La création de l’euro et le rôle de l’Allemagne

Selon l’auteur, loin d’être pour l’Allemagne réunifiée le « sacrifice » présenté, l’union monétaire répondait, en réalité, dans les conditions de sa mise en œuvre, à ses intérêts bien compris. L’effondrement démographique de la première puissance économique du continent supposait pour le paiement des retraites futures l’accumulation et la capitalisation d’une richesse patrimoniale. Il en découlait deux exigences :

  • « l’accès sans restrictions, qu’elles soient tarifaires (principe du Marché unique) ou monétaires (impossibilité de dévaluer) aux principaux marchés de ses voisins (la France, l’Italie, l’Espagne) » ;
  • « une soumission accrue à la logique des marchés financiers » afin de placer de la manière la plus judicieuse les revenus tirés de la position commerciale. De ce point de vue, Jacques Sapir observe qu’il découle « de la prise de conscience de la crise démographique » en Allemagne une importance croissante du secteur financier. A l’examen des statistiques économiques, il apparaît que le secteur industriel est en rétraction depuis une vingtaine d’années.

En contrepartie d’une ouverture totale de leurs marchés, les partenaires de l’Allemagne bénéficiaient, au travers de l’euro, de taux d’intérêt très bas leur permettant par un endettement à « bon compte » d’acheter ses produits.

Cependant, le système comportait de fortes contraintes :

  • les Etats ne pouvaient emprunter qu’auprès des seuls marchés financiers, la première puissance économique de l’Union y voyait le moyen de les obliger à des politiques économiques rigoureuses ;
  • le principe d’une mutualisation de la dette était exclu, jugé « anticonstitutionnel » par la Cour constitutionnelle de Karlsruhe ;
  • l’absence d’une solidarité fiscale et budgétaire.

Or, concernant ce dernier point, Jacques Sapir souligne que « pour fonctionner, la monnaie unique suppose que l’on puisse transférer des ressources vers les régions qui seraient indûment pénalisées lors d’un choc asymétrique ou qui s’appauvriraient car la productivité y serait plus faible que dans d’autres régions ». Un monopole monétaire dans une économie hétérogène implique « un volet important de redistribution » selon la situation des territoires, faute de quoi, comme c’est le cas entre les pays de la zone euro, les écarts de productivité et de coût salarial réel sont accrus.…

Michel Leblay

Pour accéder au texte intégral, cliquer ici.

– Jacques Sapir, Faut-il sortir de l’euro ?, éditeur Seuil, 12/01/2012, 204 pages

[box class= »info »] Source :  Polémia – 4/06/2012 [/box]

Le volailler Doux placé en redressement judiciaire : vive inquiétude chez les salariés

Le volailler Doux placé en redressement judiciaire : vive inquiétude chez les salariés

02/06/2012 – 11h50
QUIMPER (NOVOpress Breizh) – Le groupe Doux, leader européen de la volaille, dont le siège est à Chateaulin (29), a été placé en redressement judiciaire hier pour une période de six mois par le tribunal de commerce de Quimper. Cette décision a provoqué une vive inquiétude chez les salariés, les éleveurs et les sous-traitants qui travaillent avec le groupe.

Le volailler Doux placé en redressement judiciaire : vive inquiétude chez les salariés
Arnaud Montebourg : les dossiers ne vont pas manquer au ministère du « Redressement productif »

Le groupe Doux, qui emploie actuellement 3.300 personnes en France – 1.900 en Bretagne – et réalise un chiffre d’affaires annuel d’environ 850 millions d’euros, est endetté à hauteur de 430 millions d’euros. Près de la moitié de cette somme serait due aux mauvaises affaires de la filiale brésilienne du groupe.

Dans un communiqué publié hier le groupe indique qu’il « va mettre immédiatement en place un plan d’aide destiné aux fournisseurs stratégiques et aux éleveurs afin qu’ils ne subissent aucune difficulté. La sécurisation des approvisionnements de nos partenaires, la continuité opérationnelle et la livraison des clients demeurent les priorités du Groupe qui exporte 50% de la production de volaille du grand ouest de la France dans plus de 100 pays. »

Si la branche produits transformés, avec sa marque Père Dodu, semble très rentable, l’activité de produits frais (dindes et poulets) risque par contre de pâtir des difficultés actuelles de l’entreprise. Cette branche – qui dépend à 70% de la grande distribution – génère en effet des marges minimes sur des produits de faible valeur et fait l’objet d’une très vive concurrence.

Selon certains observateurs, la filière volaille serait en surcapacité et la fermeture de sites semble inéluctable. Aussi l’inquiétude est vive chez les salariés du groupe, notamment à Sérent et à Pleucadeuc (Morbihan). « 3.400 salariés seront touchés mais il n’y a pas que le personnel de Doux , il y aura la sous-traitance qui travaille pour le groupe, les aviculteurs, les fournisseurs, ce seront des milliers d’emplois qui seront touchés au niveau de la région Bretagne », a déclaré à l’AFP Nadine Hourmant, déléguée FO.

Europe Ecologie Les Verts a dénoncé pour sa part « l’absurdité du modèle agro-industriel soutenu à bout de bras par des subventions publiques ». Le groupe breton a en effet perçu 54,9 millions d’euros de subventions en 2011 au titre de la PAC. «Depuis 15 ans, le groupe Doux a fonctionné sous perfusion d’aides publiques en engrangeant plus d’un milliard d’euros d’aides européennes », précise EELV dans son communiqué.

Le nouveau ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, avait tenu à faire savoir, avant l’audience du tribunal de commerce, que «des décisions seraient prises dans les jours et les heures qui viennent», pour éviter un dépôt de bilan du volailler. Le gouvernement cherchait notamment, selon le Premier ministre Jean-Marc Ayrault, à «mobiliser les banques». Aussi la décision de Jean-Charles Doux, PDG, de déposer le bilan n’a visiblement pas été appréciée par Stéphane Le Foll et Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif, qui reprochent au patron du groupe d’« avoir pris la décision personnelle de refuser cette solution qui garantissait l’apport de 35 millions d’euros au groupe, de rompre ces négociations et de déposer le bilan ». Les deux ministres sont surtout furieux de voir réduits à néant leurs effets d’annonce, ce qui, en pleine campagne électorale, fait plutôt mauvais effet.

Jean-Yves Le Drian, le nouveau ministre de la Défense qui est encore président de la région Bretagne, l’a bien compris : « je déclare la mobilisation générale » a-t-il proclamé, estimant que « pour la Bretagne, c’est un vendredi bien sombre, mais je crois en l’avenir de cette filière. »

Le dossier est désormais sur le bureau d’Arnaud Montebourg (photo), qui a déjà en charge 36 entreprises estimées «en grand danger», soit 45.000 emplois menacés dans les prochains mois par des plans sociaux. A défaut d’être efficace – dans le système actuel cela relève de l’impossible – le ministère du « Redressement productif » ne devrait malheureusement pas chômer.

Crédit photo : cam’stis, via wikimedia, licence CC.

Grèce : où est l’argent ?

Grèce : où est l’argent ?

30/05/2012 – 08h00
ATHÈNES (NOVOpress) —
Alors que les Grecs s’apprêtent à revoter lors des nouvelles élections législatives qui auront lieu le 17 juin, Christine Lagarde, patronne du Fonds Monétaire International a jeté de l’huile sur le feu avec les propos qu’elle a tenus lors d’une interview au Guardian vendredi. Elle y affirme en substance que la solution évidente aux problèmes que rencontre actuellement la Grèce, serait que les Grecs paient leurs impôts.

Christine Lagarde, patronne du Fonds Monétaire InternationalLe simplisme de la proposition a de quoi étonner de la part de la patronne du FMI, organisation internationale qui on le rappelle, participe à la troïka (avec la Banque Centrale européenne et la Commission de Bruxelles) qui élabore depuis 2010 les différents plans d’aides à la Grèce. Pourquoi déverser des aides de plusieurs centaines de milliards s’il suffisait pour les grecs de payer leurs impôts ?

Il est temps de sortir les calculettes et de faire les comptes.

Nous allons nous limiter aux chiffres depuis le début de la crise des dettes souveraines, sans revenir sur les fonds structurels d’aide européenne que la Grèce reçoit depuis son adhésion à l’UE en 1981, soit environ 141 milliards (dont 70 milliards d’aide au secteur agricole). La renégociation de ces aides est d’ailleurs en cours à la demande des pays nouveaux entrants d’Europe orientale, les fonds structurels européens continuant à être versés de manière trop dissymétrique, toujours en faveur de la Grèce, du Portugal et de l’Espagne.

En 2010 le premier plan d’aide à la Grèce a couté 73 milliards d’euros aux États membres de l’UE (dont 16,8 milliards à la France). Il s’agissait d’un engagement bilatéral entre les États de la zone euro. Au même moment, fut créé le FESF (Fonds européen de stabilité financière) qui peut prêter aux États en difficultés et émettre des obligations. Il est financé aux deux tiers par les membres de l’Eurogroupe et un tiers par le FMI. Il a prêté à la Grèce en 2010, 173 milliards d’euros (145 milliards provenant des États et 28 milliards du FMI).

Dans le même temps, la Banque centrale européenne a racheté « en douce » et dans la plus grande opacité des titres de dette grecque pour un montant estimé de 45 milliards d’euros.

Il a également été décidé d’alléger à hauteur de 100 milliards les créances de la Grèce détenues par les banques, en échange de quoi les États européens s’engageaient à recapitaliser leurs banques exposées sur la dette grecque. Montant de l’opération : 106 milliards dont 8,8 milliards rien que pour la France.

La Banque centrale européenne a également émis des LTRO (long term refinancing operation) à hauteur de presque 1.000 milliards. Il s’agit d’émettre des prêts à trois ans pour donner des liquidités aux banques à des taux très avantageux (donc de créer de la monnaie par le crédit). Environ 80 milliards d’euros de ce dispositif ont été prêtés aux banques grecques afin qu’elles puissent le reprêter à un taux plus élevé à l’État grec.

La Banque centrale européenne ne peut pas pallier à toutes les urgences, il existe donc un autre dispositif, l’ELA (Emergency Liquidity Assistance). Ce « soutien exceptionnel à la liquidité bancaire » est du ressort des banques centrales et permet d’agir rapidement en cas de blocage du marché interbancaire. Il est théoriquement exceptionnel mais la Banque centrale grecque en fait une utilisation régulière (elle n’est pas la seule, l’Espagne aussi s’y met ces dernières semaines). Ce dispositif doit permettre de refinancer en urgence des établissements bancaires au bord de la faillite en émettant des liquidités.

Au bout du compte c’est la BCE qui paie la facture. Depuis le début de la crise des dettes souveraines ces interventions « exceptionnelles » ont alourdi la facture de 300 milliards d’euros, dont 100 milliards pour la Grèce.

Une autre soupape déguisée du système est le système TARGET2, qui est le système de paiement interbancaire en temps réel des établissements de la zone euro (banques privées et banques centrales). Il est géré par trois banques centrales : la France, l’Allemagne et l’Italie. En jouant sur les lignes de trésorerie (notamment lors du règlement des importations) les pays déficitaires peuvent décaler leurs paiements et se financer sur les pays excédentaires. Là encore ce système fonctionne dans la plus parfaite opacité. Impossible d’avoir une vue d’ensemble des transactions. Une étude allemande tendrait à démontrer que le passif des banques centrales déficitaires pèserait à hauteur de 320 milliards sur les lignes de compte de la Bundesbank. Quant à la France et à l’Italie, impossible d’avoir ne serait-ce qu’une estimation.
En additionnant tout cela , on arrive à un total de 577 milliards d’euros. Théoriquement donnés pour aider « les Grecs ».

Le montant de la dette publique grecque est de 360 milliards d’euros. Elle devrait donc être apurée et payée depuis… Que les Grecs paient ou non leurs impôts. Sont-ils si mauvais élèves que ça d’ailleurs, comme on nous le répète jusqu’à la nausée depuis trois ans ?

Vice-président pour l'Europe de Goldman Sachs entre 2002 et 2005, puis gouverneur de la Banque d'Italie entre 2006 et 2011, il est maintenant président de la Banque centrale européenne (BCE).
Mario Draghi - Vice-président pour l'Europe de Goldman Sachs entre 2002 et 2005, puis gouverneur de la Banque d'Italie entre 2006 et 2011, il est maintenant président de la Banque centrale européenne (crédit : European Parliament - cc).

Si l’on se base sur les statistiques d’ELSTAT (l’institut de la statistique grec), les recettes fiscales seraient en moyenne de 90 milliards d’euros annuels, ce qui représente 40% du PIB. C’est dans la moyenne (la France est à 42% par exemple). Évidemment certains douteront de la véracité des chiffres d’ELSTAT. La Grèce a déjà triché par le passé en truquant le montant de sa dette lors de son adhésion à l’Euro. Elle avait fait appel aux bons conseils de Mario Draghi (actuellement directeur de la Banque centrale européenne) et de la banque Goldman Sachs qui lui avaient créé des instruments financiers sur mesure (swaps de change permettant de décaler le paiement des intérêts d’emprunts) pour lever des fonds hors bilan et ainsi camoufler le montant réel de la dette. Mais depuis, les chiffres semblent avoir été trafiqués dans l’autre sens : une enquête préliminaire est actuellement menée par le parquet d’Athènes. Les chiffres du déficit 2009 auraient été gonflés à la demande du gouvernement pour faire accepter aux Grecs le premier plan d’austérité.

Un chiffre très intéressant ressort néanmoins des statistiques d’ELSTAT : le déficit budgétaire, hors charge de la dette, ne serait que de 2,1% du PIB. Quant on sait que le taux d’intérêt d’emprunt des obligations sur la dette grecque est passé, suite à des attaques spéculatives de 4,84% en 2010 à 41,41% aujourd’hui, l’on comprend vite où est passé tout l’argent : au remboursement de la dette, donc des banques.

À méditer, à l’heure où l’UE s’apprête à débloquer une nouvelle tranche « d’aide à la Grèce » pour environ 100 milliards d’euros…

Spoutnik, pour Novopress

[box class= »info »]Richard SulíkSource : Richard Sulík – Solidarita s Gréckom vyjadrená v peniazoch – richardsulik.blog.sme.sk, économiste et homme politique slovaque, fondateur du parti Liberté et Solidarité (SaS). En savoir plus : fr.wikipedia.org/wiki/Richard_Sul%C3%ADk[/box]
Crédit photo en Une : tom.tziros (2008) via Flickr (cc)

Crédit Agricole/Emporiki : en parlera-t-on dans les assemblées générales ?

Crédit Agricole/Emporiki : en parlera-t-on dans les assemblées générales ?

Souvent les petits paysans – en particulier ceux qui travaillent dans le secteur bio – se plaignent de ne pouvoir obtenir des prêts auprès du Crédit Agricole. La banque verte possède en effet une solide réputation : préférer les « gros » ; en particulier les éleveurs porcins, l’agroalimentaire et les promoteurs immobiliers. Autant dire que le Crédit Agricole n’a plus de mutualiste que le nom.

Au fur et à mesure que la maison grossissait, ses dirigeants ont voulu jouer dans la cour des grands – comme la BNP. D’où l’achat, par exemple, de banques étrangères. Ce fut le cas, en 2006, de la banque grecque Emporiki, aujourd’hui la cinquième banque du pays. Coût de l’opération : 2,2 milliards d’euros.

Avec l’effondrement du système financier grec, Emporiki, aujourd’hui, ne vaut plus rien. A tel point que le Crédit Agricole a ramené à zéro sa valeur dans ses comptes. Dorénavant, l’essentiel des risques réside dans les liquidités apportées par la maison mère à sa filiale. Soit 4,6 milliards d’euros à fin mars 2012. En juin 2011, le Crédit Agricole avait à faire face à une exposition à hauteur de 10 milliards d’euros avec sa filiale.

Notons également qu’Emporiki bénéficie du financement exceptionnel de la BCE pour 1,2 milliards d’euros. On ne peut pas dire que les choses s’arrangent puisque la filiale grecque a encore pesé pour 940 millions d’euros au premier trimestre 2012 sur les comptes du groupe.

Il y a fort à parier que ce dossier qui devrait intéresser au plus haut point les sociétaires du Crédit Agricole sera escamoté lors des prochaines assemblées générales des caisses locales. On passera vite aux choses sérieuses, c’est-à-dire au volet tourisme et voyage…

Dans le secteur mutualiste, la souveraineté s’exerce lors des assemblées générales. En réalité ce ne sont que des chambres d’enregistrement. Privilège du mutualisme : la technostructure qui dirige ces établissements ne rend de compte à personne. C’est confortable.

Paul Le Guern

Crédit photo : RSNY, via Flickr, licence CC.

Article paru sur Novopress Breizh.

Grèce : le mea culpa du Spiegel

Grèce : le mea culpa du Spiegel

15/05/2012 – 08h00
BERLIN (NOVOpress) –
« Acropolis, Adieu ! Pourquoi la Grèce doit maintenant quitter l’euro », peut-on lire cette semaine en couverture du Spiegel. Le magazine de centre gauche, dont les positions sont proches de celles des milieux d’affaires allemands, commence à lâcher sérieusement du lest au sujet de la présence de la Grèce dans la zone euro, remettant par là-même en cause le sacro-saint dogme de l’irréversibilité de l’adhésion à l’euro.

Grèce : le mea culpa du Spiegel« En dépit de notre scepticisme, nous avions défendu jusqu’ici le maintien de la Grèce dans la zone euro », explique l’hebdomadaire. « Mais depuis les élections législatives (grecques) début mai, les observateurs du Spiegel ont changé d’avis. » « Les Grecs n’ont jamais été mûrs pour l’union monétaire et ne le sont toujours pas aujourd’hui. Les tentatives de soutenir ce pays par des réformes ont échoué ».

« Il est clair que la sortie (de l’euro) est dans l’intérêt des Grecs (…) Seule une sortie de la Grèce de la zone euro donne une chance au pays, dans le long terme, de se remettre d’aplomb. »

Si la sortie de la zone euro est « une chance pour la Grèce », certains pourront penser que cela serait aussi une chance pour la France, ainsi que pour tous les pays de l’euroland, Espagne, Portugal, Italie, dont les économies souffrent d’une surévaluation de la monnaie unique. Une position qui vient conforter celle de mouvements populistes, dont en France le Front national, favorables à la sortie unilatérale de leur pays de la zone euro.

L’implosion de la Grèce préfigure-t-elle la situation de la France d’ici quelques mois de présidence socialiste ?

L’implosion de la Grèce préfigure-t-elle la situation de la France d’ici quelques mois de présidence socialiste ?

 13/05/2012 – 14h00
PARIS (NOVOpress via le Kiosque Courtois de Radio Courtoisie) – Les élections législatives qui se sont déroulées en Grèce dimanche dernier ont marqué une véritable déroute pour les deux partis qui se partagent le pouvoir depuis plus de quarante ans.

Le parti de centre droit aux affaires, Nouvelle-Démocratie, atteint  ainsi tout juste 18 % des suffrages, et le Pasok, socialiste, directement responsable de la crise, s’effondre à la troisième place avec 13 %. C’est en effet l’ancien patron du parti socialiste, Georges Papandréou (photo en Une), qui avait sollicité les prêts de la Troïka (Union européenne, Banque centrale européenne et FMI) et accepté des conditions drastiques d’austérité. C’est ce même dirigeant socialiste qui avait, avec l’aide de la banque Goldman-Sachs, truqué les compte grecs afin de permettre l’entrée de la Grèce dans la zone euro, une entrée dans la « cour des grands » que le peuple grec paie au prix fort. Nouvelle-Démocratie et le Pasok, qui constituaient les piliers du bipartisme grec depuis la fin du régime des colonels en 1974, en quelque sorte l’UMPS du cru, ne disposent, ni ensemble ni encore moins séparément, de la majorité au parlement.

Chryssi Avgi, Aube dorée, fait une entrée fracassante au parlement avec 7 % des voix, soit 21 sièges.

Immédiatement qualifiée de néo-nazi par les médias de l’oligarchie, ce parti populiste a séduit de nombreux Grecs, exaspérés par la mainmise croissante des banques sur l’économie du pays, et par la vertigineuse paupérisation de la population. Son chef, Nikos Michaloliakos a dénoncé, « les usuriers mondiaux » et « l’esclavage » imposé à la Grèce par la Troïka, déclarant, je cite encore : « L’heure de la peur a sonné pour les traîtres à la patrie ».

Avant-hier, le dirigeant du Pasok a reconnu son échec à former un gouvernement de coalition.

Kiosque Courtois du samedi 12/5/2011 – L’actualité de la semaine en écrit Après trois tentatives avortées, l’ultime chance pour former un gouvernement de coalition ou d’union nationale se trouve entre les mains du président grec, Carolos Papoulias (photo).

Carolos Papoulias qui vient par ailleurs de « féliciter » François Hollande pour sa victoire…

…déclarant sans rire : «Je suis sûr que vos positions européennes et la lutte que vous préparez en faveur de la croissance et de la stabilité en Europe, seront d’une grande importance pour la relance de mon pays».  En cas d’échec du président Papoulias, les Grecs seront de nouveau appelés aux urnes. Une perspective positive pour les populistes de Chrysi Avgi, qui sauront profiter de l’exaspération croissante du peuple.

Des perspectives qui inquiètent Bruxelles, qui craint qu’un éventuel gouvernement populiste ne prenne exemple sur l’Islande.

L’Islande a en effet réussi à mettre au pas les banksters internationaux. Les Islandais ont tout bonnement refusé de payer une dette datant de 2008 et se sont même payé le luxe de faire démissionner le gouvernement, et d’imposer une réécriture de la constitution. Ecrasés il y a peu par une dette colossale auprès des banques britanniques, les Islandais recouvrent progressivement leur liberté.

De quoi faire réfléchir les Grecs.

Occulté par les médias de l’oligarchie, un fait important s’est déroulé le 23 avril dernier, puisque le verdict concernant l’ancien Premier ministre islandais Geir Haarde a été rendu. Comparaissant devant un tribunal spécial à la demande du Parlement, l’ex‑Premier ministre a été reconnu coupable de ne pas avoir convoqué de réunion ministérielle pour discuter de la situation qui a conduit le pays au bord du gouffre, alors que le système bancaire islandais implosait et plongeait le pays dans une grave crise.

Il s’agit d’une véritable révolution démocratique et antilibérale à l’heure où d’autres pays comme la Grèce mais aussi l’Espagne, l’Italie et la France sont proches de l’asphyxie.

La mobilisation du peuple islandais s’est traduite par un succès exemplaire, en faisant payer le coût de la crise aux responsables. Ainsi, 93 % des Islandais ont refusé que leur pays assume les dettes privées, et ont rejeté, lors d’un référendum d’initiative populaire, le sauvetage des banques d’affaires. L’Islande, qui a enregistré une croissance de 3,1 % en 2011, vient de donner une leçon aux autres pays européens, dont le nôtre, qui croulent sous la dette.

Crédit photo en Une : Λουκάς Παπαδήμος Πρωθυπουργός της Ελλάδας via Flickr, licence CC. Crédit photo Carolos Papoulias : DR.

La Grèce peut elle suivre la trace de l’Islande ?

La Grèce peut elle suivre la trace de l’Islande ?

11/05/2012 – 14h00
PARIS (NOVOpress via le Bulletin de réinformation de Radio Courtoisie) –
Tandis que la crise grecque savamment instrumentalisée par les médias du système ne cesse de s’amplifier, l’Islande sans coup férir a mis au pas les banksters britanniques.

L’Islande, petit pays européen, mais non enchaîné aux folles décisions des technocrates bruxellois, écrasée il y a peu par une dette colossale auprès des banques britanniques recouvre progressivement sa liberté. L’Islande s’émancipe peu à peu de l’étau des marchés financiers et avec elle les contribuables islandais.

La Grèce peut elle suivre la trace de l’Islande ?
Peu avant la crise financière de 2008, Geir Haarde (à gauche), Premier ministre islandais, avec Gordon Brown, Premier ministre britannique.

De quoi faire réfléchir les Grecs. Les Islandais ont tout bonnement refusé de payer cette dette datant de 2008 et se sont même payés le luxe de faire démissionner le gouvernement, et surtout de faire réécrire une constitution. Occulté par les médias de l’oligarchie, un fait important s’est déroulé le 23 avril dernier, puisque le verdict concernant l’ancien Premier ministre islandais Geir Haarde (à gauche sur la photo) a été rendu. Comparaissant devant un tribunal spécial à la demande du Parlement, l’ex-Premier ministre a été reconnu coupable de ne pas avoir convoqué de réunion ministérielle pour discuter de la situation qui a conduit le pays au bord du gouffre, alors que le système bancaire islandais implosait et plongeait le pays dans une grave crise.

En refusant l’asservissement, l’Islande montre donc le chemin à suivre aux peuples européens noyés sous les cures d’austérité et les plans de renflouement de la Troïka ?

Effectivement, puisqu’il s’agit d’une véritable révolution démocratique et anticapitaliste à l’heure où d’autres pays comme la Grèce mais aussi certainement l’Espagne ou l’Italie sans oublier la France sont proches de l’asphyxie. La semaine dernière, la Grèce a, lors d’une élection partielle dit non à l’austérité et vient de faire rentrer au Parlement des députés radicaux en se moquant de ce qu’en pensent Moody’s ou les chancelleries. De quoi nourrir l’avenir d’espoir à l’aune de ce qui s’est produit en Islande. La mobilisation du peuple islandais s’est traduite par un succès inespéré en faisant payer le coût de cette crise aux responsables. Ainsi, 93 % des Islandais ont refusé que leur pays assume les dettes privées, et ont rejeté par référendum citoyen le sauvetage des banques capitalistes, laissant plonger certaines d’entre elles. L’Islande, qui a enregistré une croissance de 3,1 % en 2011, vient de donner une leçon aux autres pays européens qui croulent sous la dette.

Crédit photo : Downing Street, via Flickr, licence CC.

Débat télévisuel Sarkozy-Hollande : voyage au bout de l’ennui

Débat télévisuel Sarkozy-Hollande : voyage au bout de l’ennui

Passage obligé pour les deux finalistes, le débat télévisuel qui a opposé hier soir François Hollande à Nicolas Sarkozy n’aura pas apporté d’éclairage nouveau sur leurs projets respectifs ni sur leur personnalité. Derrière des désaccords – réels mais secondaires – les deux candidats se rejoignent en effet sur les fondamentaux de la doxa mondialiste, qu’ils se gardent bien de remettre en cause. D’où un débat sans surprise, attendu et au final passablement ennuyeux.

Après une passe d’arme où les deux prétendants se sont plaints mutuellement d’avoir été « injuriés » par leurs adversaires respectifs, le débat sur le fond a commencé par la question de l’emploi. Une question sérieuse, puisque la France compte aujourd’hui près de cinq millions de chômeurs et qu’en dix ans 500.000 emplois industriels ont été perdus. Pour résoudre cette question François Hollande propose d’instituer les « contrats de génération » visant à inciter les entreprises à embaucher des jeunes arrivant sur le marché du travail. Nicolas Sarkozy prône de son côté la réduction du coût du travail via la TVA dite « sociale ». Sans surprise, les causes profondes de l’explosion du chômage ne seront pas abordées, pas plus que les sujets qui fâchent – protectionnisme, délocalisations, influence des courants migratoires ou priorité de l’emploi aux autochtones. On est entre gens bien élevés.

Vint ensuite la question de l’Europe. Ratissant large, le président sortant n’hésitera pas à invoquer tout à la fois « l’Europe de Jean Monnet, de Jacques Delors et du général de Gaulle ». Il fallait oser. Le candidat socialiste – un « enfant de Delors » (Zemmour) – ne relèvera pas la contradiction. Nicolas Sarkozy brandira la menace de la faillite et le risque pour la France de prendre la chemin de l’Espagne ou de la Grèce si son concurrent venait à être élu.

Ce dernier estime que l’austérité n’est pas la seule solution pour sortir de la crise de l’euro et rappellera son projet de renégocier le nouveau traité européen, « pour plus de croissance« , tout en faisant observer que son adversaire n’a rien pu tirer de l’Allemagne dans la gestion de la crise. Lui est persuadé qu’il fera plier l’Allemagne. Voire…

Après plus d’une heure trente de débat consacré à l’économie, les deux candidats ont abordé la question de l’immigration. François Hollande – dans le rôle de l’hôpital qui se moque de la charité – a éprouvé un malin plaisir à rappeler au candidat de l’UMP son bilan en la matière : 200.000 entrées régulières pas an depuis dix ans alors que « c’était 150.000 sous le gouvernement de Lionel Jospin ». Un chiffre que contestera mollement Nicolas Sarkozy (« C’est 185.000 »), préférant attaquer son concurrent sur sa position ambigüe concernant les centres de rétention. Il est vrai qu’en matière de « vivre ensemble » de « diversité » et de « métissage », la pensée du candidat socialiste est parfaitement conforme à la bien-pensance véhiculée par l’idéologie mondialiste. Autiste sur ce sujet – qui concerne l’existence même des peuples d’Europe – François Hollande estime au fond de lui que l’immigration n’est pas une question politique majeure. Juste un sujet plutôt « nauséabond », mais dont il faut bien parler, score de Marine Le Pen oblige.

Toujours concernant l’immigration, les deux candidats ont ensuite abordé la question du droit de vote des étrangers. On sait que le président sortant a trouvé ce sujet comme moyen de clivage par rapport au candidat du PS. Selon lui il est « irresponsable de proposer un vote communautariste (…), alors que nous sommes face à des tensions communautaires et identitaires extraordinairement fortes ». Enfonçant le clou il ajoutera : « On a eu une montée des tensions communautaires extravagante, on a eu une radicalisation et une pression, disons les choses comme elles sont, d’un islam de France, alors que nous voulons un islam en France ». Ce à quoi François Hollande répondra : « Pourquoi vous laissez supposer que les étrangers non communautaires, non européens, sont des musulmans ? Pourquoi vous dites ça ? Qu’est-ce qui vous permet de dire que ceux qui ne sont pas européens sont musulmans ? ». Réponse de Nicolas Sarkozy : « Contester que le droit de vote aux immigrés, c’est un droit de vote qui ira d’abord à une communauté d’Afrique du Nord, ou à une communauté subsaharienne, c’est ne rien connaître aux flux migratoires(…) l’essentiel des personnes concernées ne seront pas les Norvégiens, ne seront pas les Canadiens, ou ne seront pas les Américains. » Effectivement.

Sur le nucléaire, Nicolas Sarkozy entend maintenir la politique menée par la France depuis Charles de Gaulle, tout en développant les énergies nouvelles. « Il nous faut le nucléaire et il nous faut le renouvelable, les deux ensemble, parce que nous n’avons pas de pétrole, parce que nous n’avons pas de gaz et parce que nous n’avons pas d’énergie phosphore» affirme-t-il, reprochant à son concurrent de vouloir détruire la filière nucléaire pour faire plaisir aux Verts. François Hollande réplique que sa « décision c’est de fermer la plus vieille centrale (Fessenheim) et de continuer la plus moderne (EPR). », tout en portant l’effort sur les énergies nouvelles. Mélenchon et les Verts apprécieront.

On demandera aux deux candidats quelle est leur conception du rôle du président de la République.«Je crois que le président de la République c’est quelqu’un qui assume ses responsabilités, qui doit être profondément engagé, qui n’a pas le droit de dire qu’il ne peut pas, qu’il ne veut pas, qu’il aurait voulu, mais qu’il n’a pas pu. Qui doit être en première ligne, qui doit conduire à un certain nombre de changements extraordinairement difficiles dans un monde lui-même extraordinairement complexe », affirmera Nicolas Sarkozy.

En réponse, François Hollande proclame qu’il sera « un président qui, d’abord, respecte les Français, qui les considère. Un président qui ne veut pas être président de tout, chef de tout et en définitive responsable de rien. » Il se veut « exemplaire », affirme qu’il engagera « de grands débats ‘citoyens’ ». « J’avais évoqué une présidence normale. Rien n’est normal quand on est président de la République, puisque les conditions sont exceptionnelles, le monde traverse une crise majeure, en tout cas l’Europe, il y a des conflits dans le monde, sur la planète, il y a l’enjeu de l’environnement, du réchauffement climatique. Bien sûr que le président doit être à la hauteur de ces sujets. Mais il doit aussi être proche du peuple, être capable de le comprendre. »

Riposte immédiate du candidat de l’UMP : « la fonction d’un président de la République ce n’est pas une fonction normale. Et la situation que nous connaissons, ce n’est pas une situation normale. Votre normalité, elle n’est pas à la hauteur des enjeux. »

Signe des temps, la discussion sur la politique étrangère de la France se limitera à l’Afghanistan – l’un veut quitter ce pays fin 2012 et l’autre fin 2013 – et aux otages français détenus au Sahel. «Ensemble avec le président Obama, et nos alliés, nous avons décidé qu’à la fin de 2013, le président Obama vient de le dire, il n’y aurait plus d’actions combattantes des forces alliées. » rappellera Nicolas Sarkozy qui ne semble envisager pour l’armée française que le rôle de supplétif des troupes US. De la position de la France en Europe et dans le monde, du choix des alliances, de la Chine et de la Russie, du Proche et du Moyen Orient, de la Défense nationale et de l’OTAN, il ne sera pas question. Il parait que la question n’intéresse pas les électeurs.

Pour conclure, François Hollande affirmera qu’il est le candidat du changement. « Changer, ça veut dire faire du redressement de notre pays la grande cause : redressement productif, redressement industriel, redressement économique, redressement moral. Je veux que nous puissions nous retrouver sur la seule valeur qui vaille : la jeunesse. »

En appelant aux électeurs de Marine Le Pen – « vous avez exprimé un choix, ce n’est pas le mien, je vous respecte, je vous considère. J’ai entendu votre demande de nation, de frontières, d’authenticité, d’autorité, de fermeté. » – et à ceux de François Bayrou – « La règle d’or, je la ferai adopter, s’il le faut par le référendum, car je considère qu’un pays qui ne rembourse pas sa dette, qui ne réduit pas ses déficits, qui ne diminue pas ses dépenses, ce n’est pas un pays libre. » – le président sortant assure que « c’est parce que j’ai la passion de la France et que je souhaite vous conduire dans ce monde difficile pour les 5 années qui viennent » qu’il est candidat.

Seule certitude, la « présidence du vide » (E. Todd) aura un titulaire le 6 mai. Et dès le lendemain, les choses sérieuses commenceront.

La faune et la flore introduites sont une menace pour la forêt indigène – Et les hommes ? [Tribune libre]

La faune et la flore introduites sont une menace pour la forêt indigène – Et les hommes ? [Tribune libre]

Abandons ou négligences, grenouille taureau, frelon asiatique et tant d’autres, il semble évident aujourd’hui d’évoquer les dangers induits par la présence de trop d’ « étrangers », qui mettent en danger l’équilibre d’un milieu végétal ou animal donné. Tout ce qui touche notre environnement est un sujet sensible et il semblerait même anormal de ne pas chercher les moyens de remédier à ce type de problème, et bien sûr de s’en exprimer ouvertement. Au contraire, ceux qui se hasarderaient à dénoncer un phénomène comparable frappant notre biotope à nous, notre culture européenne, restent peu nombreux, même si la comparaison des situations semble tentante.

« Des experts luttent pour sauver notre écosystème, pour que nos forêts conservent leur authenticité et pour que tous ces problèmes ne gâtent pas nos vies à tous. C’est pour cela que nous tenons à publier à titre de comparaison un article d’un de ces experts, paru dans la presse le 14/04/2012, et qui tourne actuellement en Allemagne et en Autriche via Facebook ».

 

Le silence avant la chute

Une politique d’immigration ratée ; la pauvreté des seniors ; les conflits entre ceux qui ont des enfants et ceux qui n’en ont pas ; la fin du contrat social et de l’état providence : tel est le scénario de la révolte qui s’annonce.

L’idéologie postmoderne du multiculturalisme, comme alternative à l’état-nation homogène, a selon moi démontré son caractère d’impasse sociale et politique, d’utopie éloignée des réalités. Le difficile surpassement des cultures nationales a été entravé par l’accueil irréfléchi d’autres cultures et d’autres religions. Toutes les expériences acquises en ce domaine par les pays d’immigration traditionnels ont été avec constance déclarées nulles et non avenues, et on leurs a préférée une politique d’intégration la plupart du temps condamnée dès le début à l’échec. […]

La thèse brandie pendant des années qui affirmait qu’une immigration soutenue était nécessaire pour le maintien du niveau des retraites et des prestations sociales, n’était pas totalement erronée en théorie, mais s’est révélée être une illusion une fois appliquée à la réalité économique et sociale. Cette politique d’immigration ratée a pour conséquences l’appauvrissement d’une grande partie de la population, une lutte entre pauvres et riches, un conflit de générations entre les plus vieux et les plus jeunes, et globalement une dérive économique vers la médiocrité.

Le sociologue et spécialiste des migrations Herwig Birg (1) décrit cette évolution de la manière suivante:

« La principale conséquence des modifications démographiques est une augmentation extrêmes des différences sociales et le risque de conflits sociaux à cause de l’érosion du système social et des salaires en stagnation, voire à la baisse. Quatre lignes de conflit se révèlent: un conflit générationnel, un conflit régional, un conflit entre gens avec ou sans arrière plan migratoire, un conflit entre gens avec ou sans enfants. »

Le plus inquiétant dans tout cela, n’est pas seulement la diminution globale de la population, mais l’évolution diamétralement opposée entre une population âgée qui augmente fortement, et des classes d’âge plus jeunes devenant de plus en plus clairsemées, ce qui contribue à éroder les prestations sociales et à faire augmenter la pauvreté, surtout celle des plus âgés. Cette augmentation de la pauvreté n’est pas compensée par une croissance notable de la productivité, puisqu’en général, dans le monde du travail, les innovations techniques vont de pair avec des licenciements.

Dans l’avenir, les tensions sociales et les conflits seront de plus en plus nombreux, et l’État surendetté ne sera plus en mesure de multiplier les prestations et les subventions pour acheter la paix sociale. Il lui faudra au contraire les réduire pour ne pas finir par étrangler complètement le contribuable.

Le conflit entre les générations ne sera plus gérable, dans la mesure où les plus vieux au nombre proportionnellement surdimensionné, seront à la charge des plus jeunes. Alors que la demande d’une prolongation de la vie professionnelle se fera de plus en plus pressante, les vieux pèseront de tout leur poids pour défendre leurs acquis. Le système de répartition actuel qui finance les retraites par les cotisations des actifs ne sera plus viable. Pour échapper à la pauvreté qui les menacera une fois l’âge venu, bien des jeunes -et pas seulement les plus qualifiés-, quitteront leur pays, ce qui aggravera encore les problèmes.

La répartition inégale des immigrés musulmans selon les régions provoquera divers types de conflits. Il y a un réel danger de voir certains quartiers de zones fortement urbanisées se transmuer en ghettos islamistes mais aussi en bastions des conflits ethniques et religieux. Les tensions politiques et culturelles entre une majorité de la population native et des sociétés musulmanes parallèles ne pourront plus être maintenues sous contrôle. La conséquence en sera une radicalisation des positions et une rupture du dialogue.

Globalement, notre société est menacée par une grave scission qui n’ébranle pas seulement ses fondements, mais les sape aussi sournoisement. Il s’y rajoute la crise de l’UE et de ses états membres dont les bulles immobilières, les faillites bancaires, les dettes abyssales de certains états et les faillites d’états qui s’annoncent, sont la nouvelle expression. L’Europe est menacée par un crépuscule des dieux qui semble vouloir engloutir le rêve d’une nouvelle civilisation. L’union monétaire et l’observation stricte de certains critères économiques dans chaque état, étaient censées garantir la stabilité des pays de l’Union. En réalité, certains pays à l’économie faible n’avaient pas la volonté, ou plutôt la capacité, de participer à la mise sur pied d’une politique économique et financière commune. Les taux de crédit favorables de la BCE ont tenté autant les états que les banques de s’adonner à une politique d’endettement et à des opérations financières risquées. C’est au plus tard avec la faillite de la Grèce qui n’aurait jamais dû être, que la chimère de l’union a dû céder le pas à une crue réalité. Le problème premier de l’UE reste la disparité économique entre les états et l’endettement colossal de quelques uns d’entre eux.

Une monnaie commune présuppose une politique financière et économique commune, mais aussi un niveau économique comparable. Beaucoup d’états de l’UE ne remplissent aucune de ces deux conditions: la Grèce, l’Italie, l’Espagne et le Portugal ne se sont ni tenus à une politique économique rigoureuse, ni n’ont mis en route les réformes économiques indispensables. Les doutes de la banque fédérale allemande en ce qui concernait la possible intégration d’états aux finances anémiques, se sont révélés à postériori parfaitement justifiés. Le changement monétaire aurait nécessité une modification de la politique financière et économique de beaucoup d’états membres, dans la mesure où les désavantages en matière de concurrence et les endettements importants ne pouvaient plus être compensés par une dévaluation de la monnaie nationale. Dans le cadre d’une politique économique européenne commune, il aurait été indispensable non seulement de surveiller les différentes évolutions nationales, mais aussi d’en corriger certaines sans attendre, voire d’en prendre l’une ou l’autre en main.

L’adhésion de certains pays à la monnaie commune fut prématurée, et les responsables politique européens n’ont pas eu la volonté de réfléchir de manière critique à ces risques, et aux dangers du maintien de particularismes nationaux. L’aide aux pays touchés peut certes passer par le soutien des autres pays membres, par l’échelonnement de la dette ou par la faillite des états en question. Mais le soutien économique par un fond de protection commun ou par des emprunts européens ne saurait être assumé à long terme ni sur le plan politique, ni sur le plan financier. Si quelques états sont en permanence condamnés à en perfuser financièrement d’autres, c’est la survie même de l’UE qui s’en trouvera menacée.

La dissimulation des problèmes démographiques et de leurs conséquences sociales, économiques et civilisationnelles est pratiquée par tous les partis. C’est le grand tabou de nos responsables politiques et de nos médias, pour maintenir l’illusion d’une société prospère et d’un état providence attentionné. Les deux appartiennent pourtant au passé et ne sauraient être ressuscités. D’ici quelques années, cette bulle aussi va exploser et c’est là au plus tard que Barbara Tuchman (2) pourrait rajouter un nouveau chapitre à son livre « La marche folle de l’histoire »: de la folie des gouvernants de la fin du XXème et du début du XIX siècle.

Ce silence de mort autour d’un de nos plus grands problèmes politiques et sociétaux se payera très cher et ébranlera de manière encore insoupçonnée la légitimité du système politique et de ses représentants. La violence et la portée de cette rupture sociale risquent d’avoir des conséquences imprévisibles.

Selon Max Weber, les deux péchés mortels en politique sont « le manque de pertinence et l’irresponsabilité, qui lui est souvent mais pas toujours identique ». C’est ce que pratiquent la plupart des élites politiques et des médias en essayant de dissimuler et de faire peu de cas des conséquences de l’évolution démographique et de l’échec du multiculturalisme dans leurs discours politiques. Les élites refusent de supporter la responsabilité de l’évolution sociale durant la dernière décennie, et se révèlent incapables d’assumer les erreurs d’une politique d’immigration qui est un échec indiscutable. Mais ils mettent aussi en jeu rien moins que l’avenir de notre société. Des partis populistes exploiteront la crise des partis traditionnels pour s’enraciner dans le Parlement. Dans l’avenir, il sera de plus en plus difficile de mettre sur pied des coalitions de gouvernement approximativement stables, ce qui bloquera le système politique par l’intérieur. Et des gouvernements faibles ne seront pas en mesure d’entreprendre des réformes importantes, ni d’appliquer une politique sur le long terme.

La spirale des conflits ethniques et religieux, la paupérisation d’une importante partie de la population et l’incapacité d’agir des gouvernements, s’enroulera de plus en plus, jusqu’au passage à la violence sociale et politique : la guerre civile.

L’avenir de beaucoup de sociétés européennes sera marqué par l’adhésion de plus en plus faible des habitants à la société préexistante, et leur refuge dans des contre-sociétés. Une évolution qui relativise dangereusement le contrat social entre les divers âges, les couches sociales et les milieux culturels. Les conséquences en sont aisément prévisibles : une augmentation de la criminalité, une dégradation des villes avec la constitution de bidonvilles, avec des conflits ethniques et des guerres de gangs, un extrémisme politique et avec tout cela l’effondrement du consensus politique et social.

La révolte à venir dégénérera en une révolution asymétrique : sans une direction politique aux plans et aux idées claires, de nombreux conflits éclateront, et qui sont bien loin de mener à un nouveau contrat social. Et avec cela, le « projet des temps modernes » sera définitivement un échec.

La seule perspective porteuse d’avenir pour les sociétés européennes réside dans le dépassement de l’idéologie multiculturelle et la mise à plat des problèmes dissimulés. Un retour à l’état nation classique et à sa culture n’est plus souhaitable, ni possible. La seule alternative raisonnable est une civilisation européenne globale, exigeante et défendant ses valeurs. Ce qui signifie que les européens se doivent d’enterrer leurs utopies romantiques pour repenser le projet d’une société postmoderne ouverte.

(Die Presse, édition du 14.04.2012)

[box class= »info »] Source, en allemand : SOS – ÖSTERREICH. [/box]

1) Herwig Birg est un universitaire spécialiste de la démographie et des mouvements migratoires qui s’est, à de multiples reprises, penché sur la situation démographique allemande.
« Le taux de croissance de la population européenne était comparable au XVIIIème siècle à celui du restant du monde. La révolution industrielle a permis à l’Europe de dépasser le taux de croissance mondial à la fin du XIXème siècle, jusqu’au retournement de situation au XXème. Depuis le début du XXIème siècle, l’Europe est la seule partie du monde dont la population décroit malgré une immigration massive. En schématisant, on peut avancer qu’autant l’industrialisation a été la cause d’une accélération de la croissance démographique, autant elle a ensuite contribué à son ralentissement puis finalement à sa décroissance ». in: « Ce qui attend l’Allemagne- la logique incontournable de la démographie », contribution aux Annales de Tel Aviv pour l’histoire allemande, XXXV(2007).

Les conclusions de Herwig Birg ont été critiquées par la gauche qui y aurait décelé une dramatisation infondée de la situation !

2) Barbara Wertheim Tuchman, The March of Folly : from Troy to Vietnam, Ballantine Books, nombreuses rééditions depuis 1985 ; en traduction française, La Marche folle de l’histoire, de Troie au Vietnam, Robert Laffont, 1992.

Grande-Bretagne: pendant la crise, les milliardaires s’engraissent

Grande-Bretagne: pendant la crise, les milliardaires s'engraissent

30/04/12 – 08h00
LONDRES (NOVOpress)
– Alors que la dette anglaise a atteint un niveau record, que le travail précaire et le chômage ne cessent de progresser et que la récession s’installe, les milliardaires anglais se portent au mieux, merci pour eux.

En effet, le niveau d’opulence des plus riches Britanniques a atteint de nouveaux sommets en 2011 selon un étude sur la richesse publiée par le Sunday Times. Ainsi, le total combiné des fortunes des 1.000 personnes les plus riches de Grande-Bretagne a progressé de 4,7% à 414,26 milliards de livres (674 milliards de dollars, 508 milliards d’euros).

Par ailleurs, le pays compte désormais 77 milliardaires installés sur son sol, chiffre record également. On peut d’ailleurs noter que les 6 plus importants de ces milliardaires sont tous d’origine étrangère du magnat indien de l’acier Lakshmi Mittal au magnat ouzbek des métaux et des mines Alicher Ousmanov, en passant par le Russe Roman Abramovitch. Le plus riche milliardaire d’origine britannique est le Duc de Westminster, propriétaire d’un empire immobilier au centre de Londres, et qui se retrouve seulement en 7ème place avec une fortune estimée à 7,35 milliards de livres.

Credit photo PaulDCocker via Flickr (cc)

Référendum sur le Pacte budgétaire européen : les Irlandais hésitent mais n’ont guère le choix

Référendum sur le Pacte budgétaire européen : les Irlandais hésitent mais n’ont guère le choix

24/04/2012 – 10h00
DUBLIN (NOVOpress Breizh) – Les Irlandais vont-ils approuver le Pacte budgétaire européen lors du référendum qui aura lieu le 31 mai prochain ? La plus grande incertitude semble régner aujourd’hui quant au résultat du scrutin.

Signé par 25 des 27 Etats-membres de l’Union européenne, la ratification du Pacte budgétaire européen par le Parlement irlandais doit être préalablement approuvée par référendum. Cette procédure démocratique, prévue par la Constitution irlandaise, provoque de vives inquiétudes à Bruxelles qui n’oublie pas que l’’Irlande avait rejeté le traité de Nice en 2001 et celui de Lisbonne en 2008. Ce n’est en effet qu’après avoir obtenu de nouvelles concessions que ces traités avaient finalement été ratifiés.

Selon un sondage réalisé par l’institut IPSOS/MRBI publié la semaine dernière par l’Irish Times, si 30% des personnes interrogées se sont déclarées en faveur du «oui» contre 23% en faveur du «non», 39% des électeurs irlandais n’ont pas encore arrêté leur position.

Le principal syndicat irlandais, le SIPTU, vient d’annoncer de son côté qu’il n’appellera à voter « oui » que si le traité inclut un engagement de créer plusieurs dizaines de milliers d’emplois. Forte de 200.000 membres, cette organisation, qui avait contribué au rejet du Traité de Lisbonne en 2008, pense en effet que le pacte impose « une approche à sens unique sur l’austérité qui ne fonctionnera pas ».

Le président du SITPU, Jack O’Connor, a affirmé dans un communiqué que si le gouvernement acceptait cette proposition, son organisation appellerait à voter en faveur du Pacte « parce qu’il nous donnera à tous une chance de sortir de ce cauchemar ».

Nombreux sont en réalité les Irlandais qui craignent que leur pays – qui a déjà reçu une aide financière de 85 milliards d’Euros – se retrouve dans une position difficile si le traité était rejeté. Cela aurait en effet pour conséquence de barrer l’accès de l’Irlande au Mécanisme européen de stabilité, au cas où elle aurait besoin de faire appel à une nouvelle aide internationale. La Troïka tient bien en laisse le Tigre celtique.

Crédit photo : Informative, via Flickr, licence CC