Brexit – Le coup d’État des élites, par Olivier Bault

Brexit

Si le sujet n’était aussi grave, il y aurait matière à rire face à cette Commission et ce Parlement européens qui prétendent défendre la constitution nationale contre la majorité parlementaire en Pologne mais qui encouragent les parlementaires britanniques à violer leur propre constitution pour bloquer le Brexit voulu par le peuple. Certes, le Royaume-Uni a une particularité : il n’a pas de constitution écrite. Néanmoins, toute une série d’usages et de procédures hérités de plusieurs siècles de parlementarisme ont outre-Manche valeur de règles constitutionnelles, et c’est bien cette constitution-là qui est allègrement violée cette semaine par les parlementaires hostiles au Brexit.

Andrea Leadsom, « leader » de la Chambre des communes (c’est-à-dire ministre chargé des relations avec la Chambre des communes), a dit après l’adoption expresse d’un projet de loi permettant au Parlement de prendre le contrôle du Brexit et de bloquer le Brexit dur maintenant prévu pour le 12 avril : « Si ces gens avaient des armes, nous décririons cela comme un coup d’Etat militaire. » L’attention des médias, après le vote en quelques heures de ce projet de loi proposé par un député travailliste et un député conservateur et adopté à une voix de majorité (313 contre 312), s’est concentrée sur le vote de la travailliste Fiona Onasanya, mise en prison en janvier dernier et qui bénéficie d’une mesure de libération anticipée suite à une affaire de mensonges à la police pour éviter une amende pour excès de vitesse. Sans le vote de cette délinquante, font remarquer les pro-Brexit, le coup d’Etat de la Chambre des communes échouait.

Le projet de loi en question, désormais à la Chambre des lords où il fait aussi l’objet d’une procédure accélérée avec un vote en dernière lecture planifié pour lundi, contraindrait Theresa May à demander un nouveau report du Brexit et à obtenir l’assentiment du Parlement pour la date négociée avec les 27. Une fuite reprise vendredi matin par les médias britanniques évoquait un report de douze mois que voudrait proposer le président du Conseil européen Donald Tusk, en échange de la promesse d’un maintien du Royaume-Uni dans l’union douanière européenne ou même d’un deuxième référendum. Ces deux propositions étaient négociées cette semaine par Theresa May avec le leader de l’opposition, le travailliste d’extrême gauche Jeremy Corbyn, que le Premier ministre a invité lundi soir à la table des négociations pour trouver une solution conjointe à l’impasse actuelle, aggravant les scissions au sein du Parti conservateur et provoquant la démission de deux secrétaires d’Etat. Une dizaine d’autres membres du gouvernement pourraient bientôt suivre selon le Telegraph.

La Chambre des lords, à l’ambiance d’habitude plutôt calme, bouillonnait jeudi alors que certains des pairs du Royaume tentaient d’empêcher l’adoption expresse du projet de loi de la Chambre des communes en dénonçant une violation flagrante de la constitution. Certains tories ont même mis en avant le risque d’une insurrection violente des électeurs si les parlementaires refusent d’accepter le résultat du référendum de 2016. Lord Lawson, ancien chancelier de l’Echiquier (ministre des Finances et du Trésor) de Margaret Thatcher de 1983 à 1989, s’est dit scandalisé : « Je siège au Parlement depuis quarante-cinq ans et il n’y avait jamais eu un tel exemple de vandalisme constitutionnel à cette échelle. »

Olivier Bault

Article paru dans Présent daté du 5 avril 2019

1958 : le coup d’Etat de velours ou comment est née la Ve République

Ve République Figaro Histoire

07/07/2017 – FRANCE (NOVOpress) : Le « coup d’Etat de velours », c’est celui qui a mis fin à la IVe République et permis au général de Gaulle de revenir au pouvoir et de fonder la Ve République. Ce coup d’Etat du 13 mai 1958, mené sur fond de guerre d’Algérie, mit fin à « une si lente agonie » de la IVe République, pour reprendre le titre du bel article de l’historien Olivier Dard qui ouvre le riche dossier du n° 32 du Figaro Histoire, daté de juin-juillet 2017, consacré aux « actions juxtaposées » de la « machine gaulliste » pour parvenir à ses fins.

En une nouvelle période de recomposition de la vie politique française, ce dossier d’une soixantaine de pages (dans un numéro qui en compte 132), avec les contributions de Rémi Kauffer, François d’Orcival, Guillaume Perrault et Henri-Christian Giraud, constitue une lecture indispensable pour comprendre comment une République peut mourir et comment une autre peut être instaurée.

Ukraine : la révolution de Maïdan, un coup d’Etat de l’Otan préparé aux Etats-Unis ?

Lucien Cerise Ukraine Otan

Cerise Ukraine Maïdan29/06/2017 – UKRAINE (NOVOpress) : Les évènements qui se sont déroulés à Kiev, capitale de l’Ukraine, pendant l’hiver 2013-2014 ont eu une portée mondiale. La révolution de Maïdan, présentée tout d’abord comme une insurrection spontanée, s’est avérée finalement n’être qu’une nouvelle opération coloniale de Washington et de l’Otan. Tel est la thèse que Lucien Cerise défend dans Retour sur Maïdan, la guerre hybride de l’Otan, publié au éditions Le Retour aux sources.

« Il faut faire comprendre, explique l’auteur, qu’avec l’exemple de Maïdan, l’Otan a expérimenté une forme de “guerre hybride“ qui pourrait être appliquée à d’autres pays et notamment à la France si, par exemple, le peuple français votait “mal“ […]. Ré-informer les Français sur l’Ukraine c’est prévenir le même type d’événements en France. »

Invité de TV Libertés, Lucien Cerise expose comment « les méthodes putschistes anglo-saxonnes se sont affinées, et surtout radicalisées dans leurs objectifs, de la “révolution colorée“, soit le coup d’État ponctuel, à la “guerre hybride“ conçue pour durer et se répandre partout ».

Coup d’Etat avorté dans le Burundi

16/05/2015 – FRANCE (NOVOpress avec le Bulletin de réinformation)
Depuis mercredi, une tentative de coup d’État ébranle le Burundi. En trois semaines, le pays a sombré dans le chaos. Cette crise politique ravive les souvenirs encore brûlants de la guerre civile qui a secoué le pays de 1993 à 2006.

Mais quelle est l’origine de la crise ?
Réunis au sein du Collectif, les manifestants se rebellaient contre la volonté du président du Burundi, Pierre Nkurunziza, de briguer un troisième mandat. Les manifestants ont amorcé la contestation le 26 avril, lorsqu’il a été investi par son parti pour se présenter aux élections présidentielles du 26 juin. L’opposition estime qu’un nouveau mandat du président sortant, élu en 2005, réélu en 2010, irait contre les accords de paix qui ont marqué la fin de l’affrontement entre les populations adverses des Hutus et des Tutsis. Ces accords limitent en effet à deux le nombre de mandats.

Comment expliquer que les manifestations aient dégénéré en une tentative de putsch ?
Au début, l’armée s’interposait régulièrement entre manifestants et police, à la fois pour protéger les uns et les autres. Cette armée, composée strictement du même nombre de Hutus et de Tutsis depuis les accords de paix, veillait tant sur la police que sur les manifestants. Mais depuis mercredi, l’armée s’est scindée entre loyalistes et putschistes. Le général Niyombare, chef des services de renseignement, a tenté un coup d’État. Le premier réflexe des parties de l’armée a été de tenter de trouver un compromis. Marqués par le génocide perpétré chez leurs voisins du Rwanda, marqués par leur propre guerre civile, les Burundais voulaient éviter tout bain de sang.

Cette tentative de putsch a t elle été une réussite ?
Hier soir, après de nombreux et vifs combats, l’armée loyaliste semblait avoir repris le contrôle du principal lieu d’affrontement : la radio nationale. Ces combats ont occasionné de nombreuses destructions de bâtiments de la capitale et la mort de trois militaires. Après s’être réfugié en Tanzanie, le président actuel est revenu au Burundi, et a prononcé une allocution qui a été rediffusée au pays entier. Les chefs d’État de la communauté est africaine ont condamné le coup d’État, et ont demandé un report des élections. L’ONU, à mots couverts, a annoncé qu’elle ne reconnaîtrait pas un gouvernement né de la violence et de l’illégalité. Selon les États Unis, Pierre Nkurunziza reste le président légitime. Comme l’a reconnu le numéro 2 des militaires putschistes, « le mouvement a échoué (…) nous avons rencontré une trop grande détermination militaire ».

Crédit pbhoto : AlbertHerring via WikiCommons (CC) = soldats burundais

Les classes moyennes aspirent à un coup d’État

Boissy d’Anglas salue Féraud

Source : Boulevard Voltaire.
Selon une enquête menée par le cabinet d’étude FreeThinking, les français moyens aspirent à un coup d’État

Véronique Langlois et Xavier Charpentier s’apprêtent à publier un travail qu’ils ont baptisé Dissonances. Quand les classes moyennes parlent de la France d’après le 11 janvier, deux ans avant 2017, réalisée par un cabinet d’études du groupe Publicis. Cette étude menée pendant la campagne des départementales a été entreprise auprès de 190 Français des classes moyennes et pointe trois « dissonances » majeures :

La première : entre la réalité vécue par les Français et l’optimisme des discours officiels, le fossé est béant. Le manque de sérieux des élites, le déni de démocratie chez les parlementaires qui ne remplissent pas le mandat pour lequel ils ont été élus est aussi pointé du doigt.

La seconde : nos compatriotes restent malgré tout optimistes et croient à « un projet qui rassemble les Français au-delà du religieux et du politique », mais, dans le même temps, ils précisent « qu’aujourd’hui ils n’en voient pas la couleur ».

La troisième : « pour la première fois très clairement, ils expriment le rêve d’un coup d’État citoyen et républicain », prévient Véronique Langlois. Les mots « citoyen » et « républicain » n’étant là que pour se donner bonne conscience.

En conclusion, et comme il était facile de l’imaginer : « Les Français très ébranlés par les événements du mois de janvier considèrent que s’ils ont fait leur part du travail en descendant massivement dans la rue, la classe des dirigeants politiques, dirigeante, elle, n’a rien fait de concret. »

Crédit photo : Renaud Camus via Flickr (CC) = Boissy d’Anglas salue Féraud, musée des Beaux-Arts de Valenciennes


Coup d’Etat au Burkina Faso

Coup d’Etat au Burkina Faso

03/11/2014- OUAGADOUGOU (NOVOpress via le Bulletin de réinformation)
Petit rappel des faits : jeudi soir, l’armée a pris le pouvoir au Burkina Faso et a annoncé la dissolution du gouvernement et de l’Assemblée après une journée d’émeute, qui a fait une trentaine de morts, contre le régime de Blaise Compaoré, au pouvoir depuis 27 ans. Elle a instauré un couvre-feu de 19 heures à 6 heures pour protéger les habitants. Le président Blaise Compaoré, arrivé au pouvoir, en 1987, par un coup d’Etat, devait s’exprimer jeudi soir.

Quelles ont été les motivations de cette émeute ?

Le Burkina Faso a basculé dans la crise avec l’annonce, le 21 octobre, d’un projet de révision constitutionnelle portant de deux à trois le nombre maximum de quinquennats présidentiels. Arrivé aux affaires, il y a 27 ans à l’issue d’un putsch, le président Compaoré devait achever l’an prochain son dernier mandat, après deux septennats (1992-2005) et deux quinquennats (2005-2015). Lui qui a déjà modifié deux fois l’article 37 de la Loi fondamentale, en 1997 puis en 2000, pour se maintenir au pouvoir, défend la stricte légalité de sa démarche pour cette troisième retouche. Les opposants souhaitaient un renversement du régime, longtemps considéré comme l’un des plus stables de la région. Un « printemps noir au Burkina Faso, à l’image du printemps arabe », lançait mercredi l’opposant Emile Pargui Paré. Mardi, des centaines de milliers de personnes – un million, selon l’opposition – étaient descendues dans la rue à Ouagadougou pour dénoncer un « coup d’Etat constitutionnel ». « L’armée est soudée avec le peuple », avait affirmé Bénéwendé Sankara, l’un des chefs de l’opposition, demandant « la démission pure et simple du président Blaise Compaoré ».

Quelles ont été les réactions face à cette crise que connaît le Burkina Faso ?

Face à ce que le gouvernement sénégalais a qualifié de « soulèvement populaire », l’Union africaine a fait part de sa « profonde préoccupation » et appelé « toutes les parties concernées à faire preuve de la plus grande retenue ». L’Union européenne a lancé un appel à « engager rapidement un dialogue » et à mettre fin aux violences. La France a plaidé pour un « retour au calme » et les Etats-Unis ont exprimé leur « vive inquiétude ». L’ONU, comme l’UA, a décidé d’envoyer sur place un émissaire.

La médiation internationale au Burkina Faso, un pays en crise après la chute du président Blaise Compaoré, a appelé dimanche à la mise en place d’un régime de transition « conduit par un civil » et « conforme à l’ordre constitutionnel », menaçant sinon de « sanctions ».

Lire la suiteCoup d’Etat au Burkina Faso

Golpe partitocratique en Italie, quand la gauche se donne un duce, par Jean Bonnevey

Golpe partitocratique en Italie, quand la gauche se donne un duce, par Jean Bonnevey

On peut facilement imaginer l’indignation de la presse internationale et des hommes politiques européens sur Silvio Berlusconi s’il s’était emparé, par un coup d’état au sein de son parti, du poste de président du conseil italien. On aurait hurlé à la Rome et au retour du fascisme. C’est pourtant ce qui vient de se passer au sein du parti de gauche dominant en Italie, un pays où se succèdent les chefs de gouvernement n’ayant aucune légitimité électorale.

Enrico Letta a démissionné de la présidence du Conseil italien le vendredi 14 février. Le président du Parti démocrate Matteo Renzi (photo) devrait le remplacer, devenant ainsi le troisième chef de gouvernement non élu par les électeurs italiens en moins de quatre ans. Si sa manœuvre a fonctionné, elle a également précipité la politique italienne dans un tourbillon qui était encore inconcevable il y a peu. « Comment allons-nous encore expliquer au monde ce qui se passe au sein de notre système politique labyrinthique » s’interroge la presse italienne. Aucun des deux présidents du Conseil qui ont succédé à Berlusconi – dont toute l’Europe se méfie désormais – n’a pris ses fonctions grâce à un vote populaire. Ni Mario Monti, ni Enrico Letta. Pas plus que Matteo Renzi, certes élu maire de Florence, mais pas de l’Italie. Le 8 décembre 2013, il a été élu secrétaire du PD en obtenant deux millions de voix lors de primaire. Mais le PD n’est pas l’Italie non plus, et il n’a même pas gagné les élections avec une marge suffisante pour gouverner seul le pays.

Après l’ère Berlusconi, imprévisible et rarement impliqué dans les grandes réunions du Conseil, est venue l’ère Monti, le professeur capable de donner des leçons à une Angela Merkel attentive. Puis les membres de Conseil européen s’étaient habitués au jeune Enrico Letta, qui avait construit sa culture politique sur l’autel de l’Europe. Il était illusoire de croire qu’un homme comme Renzi allait attendre son tour, en restant patiemment dans l’ombre.

Lire la suiteGolpe partitocratique en Italie, quand la gauche se donne un duce, par Jean Bonnevey