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Armée française

L’armée n’est pas une start-up, par Guy Rouvrais

Avec Sarkozy et Hollande, nous avons eu les premiers présidents qui n’ont pas vécu la guerre. Macron, lui, inaugure la première génération d’occupant de l’Elysée n’ayant pas connu le service militaire, ce qui n’est pas anecdotique. Le service militaire avait, outre la vertu de brasser socialement des jeunes très différents, d’apprendre le sens de la hiérarchie, du devoir, du respect des anciens dont souvent le corps portait encore les cicatrices des blessures reçues au combat. L’effet bénéfique de cette école, parfois rude mais nécessaire, perdurait au-delà du temps de service. Même redevenu civil, le citoyen disait « Mon général » en saluant l’officier, et non pas « monsieur » ou « général », soulignant que le lien d’obédience subsistait hors du cadre strictement militaire.

Le chef n’avait pas besoin de dire « je suis le chef » pour imposer son autorité, ni d’exhiber les insignes de son grade pour rappeler à l’ordre un subordonné, comme si l’autorité n’émanait pas autant de sa personne que de son statut hiérarchique.

Ce qu’a affiché le président de la République, face au chef d’état-major des Armées, n’est pas de l’autorité mais ce que le général Vincent Desportes a appelé « un autoritarisme juvénile », lequel n’est point une autorité portée à son paroxysme mais l’aveu d’une impuissance à s’imposer par sa stature et sa valeur personnelles.

Il n’est pas question de contester à Emmanuel Macron son rôle constitutionnel de chef des Armées mais de lui rappeler que le bénéfice de cette fonction, il le doit à une campagne électorale de quelques mois, tandis que la nomination du chef d’état-major des Armées est le couronnement de campagnes autrement plus périlleuses et glorieuses pendant des décennies où le général a risqué sa vie et non point de perdre une élection. Aux yeux des militaires, ses hommes, cela fait une singulière différence sans mettre en péril leur loyauté à l’égard de l’autorité légitime. Laquelle, en la personne du chef de l’Etat, a ignoré, ou feint d’ignorer, ce principe que lui rappelle son propre conseiller militaire lors de sa campagne électorale, le général Trinquant : « Un chef n’est jamais remis en cause devant ses subordonnés. » Le prédécesseur du chef d’état-major, le général Bentégeat, s’en indigne :

« Recadrer le chef d’état-major devant un parterre de généraux et de subordonnés, c’est l’horreur absolue, on ne doit jamais remettre en cause un chef militaire comme cela. »

Mais Emmanuel Macron est un homme auquel l’univers militaire est étranger, ainsi que son mode d’organisation et de commandement. « En marche », c’est sa start-up, conçue et développée sur ce modèle et qui a été couronnée de succès. La start-up procède d’un homme, s’organise autour de lui : il lance une innovation, crée un « concept » qui rencontre l’attente du consommateur, alors, cette idée « géniale » fait de lui un chef charismatique, un gourou, que l’on doit continuer à suivre. Mais il est sévère avec ceux qui doutent, refusent ou rejettent ce qu’il a déclaré bon pour sa petite entreprise. Ces dissidents sont alors rejetés dans les ténèbres extérieures. C’est ce que Macron a fait avec le général Pierre de Villiers. Mais la France n’est pas son entreprise et l’armée n’est pas une start-up.

Guy Rouvrais

Article paru dans Présent daté du 22 juillet 2017

Jérôme Rivière 2

Jérôme Rivière : « On va vers une armée qui ne sera bientôt plus opérationnelle »

Jérôme Rivière Twitter

Jérôme Rivière

19/07/2017 – FRANCE (NOVOpress) : Pour Jérôme Rivière, le conseiller Défense de Marine Le Pen, qui fut rapporteur des crédits d’équipement de la commission des forces armées de l’Assemblée nationale après avoir été chef de cabinet du ministre de la Défense, le général Pierre de Villiers n’a fait que son devoir en s’exprimant devant les députés. Il aurait même failli en se taisant. Le véritable scandale est l’état dans lequel se trouvent nos armées et le démantèlement de notre industrie d’armement, sur lesquels il s’exprime longuement dans l’hebdomadaire Minute de cette semaine. Extraits :

« A mon sens, avec cette réduction de 850 millions d’euros, on a dépassé l’os. Déjà, on a un taux d’indisponibilité des hélicoptères de 70 %, parce qu’on n’a pas les moyens de les réparer. Déjà, on a un manque criant de munitions. On va vers une armée qui ne sera bientôt plus opérationnelle.

On est en train de suivre la pente qu’ont suivie les Britanniques après leurs opérations en Afghanistan. On arrive à ce qu’on appelle un déclassement. C’est-à-dire qu’on ne sera plus en capacité de projeter des forces. Elles seront mentalement et matériellement épuisées.

Plus grave encore, en raison du suremploi des hommes, ceux-ci n’ont plus assez de formation et guère plus d’entraînement. Sans formation et sans entraînement, ils seront de moins en moins bons pour effectuer les missions qui leur sont confiées. Si on continue à les exposer dans de telles conditions, on aura de plus en plus de pertes. […]

En France, on a l’impression que les Allemands ne pensent qu’à coopérer du mieux possible avec nous. C’est une vision très éloignée de la réalité et pour tout dire prétentieuse – ou naïve. Ainsi les 10 et 11 juillet derniers, les militaires du Pentagone sont venus présenter leur chasseur-bombardier de dernière généraion JSF-35 aux Allemands, ce qui prouve à tout le moins que ceux-ci réfléchissent à des offres qui ne sont pas nécessairement françaises…

Il faut aussi savoir, concernant Airbus, qu’aujourd’hui il n’y a plus de Français dans aucun poste stratégique du groupe, et qu’on a même confié la R&D à un Américain, ancien de l’équivalent de notre DGA aux Etats-Unis ! C’est gravissime.

La souveraineté nationale de la France et son corollaire, l’indépendance nationale, sont en train d’être mises à mal, pour ne pas dire mises à terre, par une vision européiste fédérale.

Le projet porté par Emmanuel Macron est de rendre impossible le retour à un Etat national français. Cela se poursuivra, et se terminera, avec la dissuasion nucléaire. Sous couvert d’effort budgétaire, on nous expliquera que cela coûte extrêmement cher et que, cela n’étant pas indispensable, on peut en faire l’économie. D’autant que pour pouvoir maintenir la dissuasion, nous allons devoir en augmenter le budget. Alors on nous « démontrera », peu à peu, que ce n’est qu’un hochet très coûteux…

Après Monsieur Hulot qui nous explique qu’il faut renoncer au nucléaire civil, un autre Hulot, ou peut-être Emmanuel Macron en personne, viendra nous expliquer qu’il faut renoncer au nucléaire militaire. »

Extraits d’un entretien à lire dans son intégralité
dans Minute n° 2831 du 19 juillet 2017

Macron Armée française

Emmanuel Macron est-il entré en guerre contre l’armée française ?

Minute Macron Armée19/07/2017 – FRANCE (NOVOpress) : L’hebdomadaire Minute paru ce matin, juste avant la démission du général Pierre de Villiers, l’affirme : « Emmanuel Macron s’en va-t-en guerre contre l’armée française ! » Le comportement d’Emmanuel Macron à l’égard du chef d’état-major des armées, écrit Jean Masson, « est totalement incompréhensible » :

« Ce n’est pas la première fois que le général de Villiers montre les crocs pour défendre ses soldats. Ce n’est pas la première fois qu’il met sa démission dans la balance à ce sujet. Et cela, le nouveau président de la République le sait d’autant plus qu’il était au gouvernement l’année dernière et conseiller à l’Elysée auprès de François Hollande, auparavant. Aussi, si Emmanuel Macron souhaitait se débarrasser d’un gêneur, il suffisait de ne pas le renouveler dans ses fonctions. Or, Villiers a été reconduit le 1er juillet dernier.

Par ailleurs, personne, et surtout pas Pierre de Villiers, n’a remis en question le fait que le président de la République soit le chef des armées. Dans l’armée, la mode – et ça fait longtemps qu’on le sait – n’est plus au putsch. Là encore, Emmanuel Macron le sait bien. La menace d’un complot militaire d’extrême droite est un fantasme, bon pour faire frémir de peur l’extrême gauche… et de plaisir l’extrême droite. Sous-entendre le contraire, comme le fait Emmanuel Macron quand il évoque le respect de “la chaîne de commandement“, est lamentable.

Finalement, ce psychodrame permet surtout de faire oublier les vrais sujets. Pendant que le duel Villiers-Macron retient toute la lumière, on ne parle plus des sujets qui fâchent réellement. Parce que, ce qui cloche dans cette affaire, c’est avant tout la scandaleuse coupe budgétaire de 850 millions dans une armée déjà à sec. Finalement, on parle plus de la crise d’autorité et du comportement, largement déplacé, enfantin presque, d’Emmanuel Macron, que de ses actes et de ses choix budgétaires désastreux. Serait-ce là le but recherché ? Peut-être… Mais, dans le même temps, Emmanuel Macron a promis de monter à 34,2 milliards le budget 2018 des armées. Alors, pourquoi en retirer 850 millions cette année ? Bref, des choix budgétaires totalement incompréhensibles, mais très largement mis en scène. »

L’hebdomadaire cite aussi cette phrase terrible de Michel Goya sur son blog La Voie de l’épée :

« Savez-vous qui a fait le plus de mal aux armées depuis la fin de la guerre froide ? L’armée irakienne ? Les Taliban ? Al-Qaïda ? Al-Mourabitoune ? L’Etat islamique ? Non, ce ne sont là de petits joueurs. Les organisations qui ont, et de très loin, réduit le plus nos capacités militaires s’appellent le Parti des petits boutiquiers politiques et le Groupe des hauts fonctionnaires de Bercy, les seconds servant de bras armé aux premiers… à moins que ce ne soit l’inverse tant les fonctionnaires des finances sont puissants. »

Général de Villiers

Le général Pierre de Villiers, chef d’état-major des armées, a démissionné

19/07/2017 – FRANCE (NOVOpress) : Le général Pierre de Villiers, chef d’état-major des armées, a présenté ce matin sa démission au chef de l’Etat, Emmanuel Macron, qui l’a acceptée. « Je considère ne plus être en mesure d’assurer la pérennité du modèle d’armée auquel je crois pour garantir la protection de la France et des Français, aujourd’hui et demain, et soutenir les ambitions de notre pays », explique le général dans un communiqué rendu public alors que se tenait, à l’Elysée, un Conseil restreint de défense, avant l’habituel conseil des ministres.

Cette décision, certes attendue, est une surprise quant à son calendrier puisque le général de Villiers devait s’entretenir avec Emmanuel Macron vendredi à 18 heures, un rendez-vous qui figure toujours à l’agenda officiel du chef de l’Etat.

« Parce que tout le monde a ses insuffisances, personne ne mérite d’être aveuglément suivi, écrivait-il la semaine dernière sur sa page Facebook. La confiance est une vertu vivante. Elle a besoin de gages. Elle doit être nourrie jour après jour, pour faire naître l’obéissance active, là où l’adhésion l’emporte sur la contrainte. »