Confinement, déconfinement : le gouvernement totalement dépassé

Il y a une semaine, alors qu’il nous expliquait par ailleurs que la France n’avait toujours pas atteint le fameux pic de l’épidémie de coronavirus, le Premier ministre abordait malgré tout pour la première fois devant l’Assemblée la question du déconfinement et disait même vouloir « présenter des éléments d’une stratégie de déconfinement pour (…) les jours qui viennent de façon à pouvoir (…) donner une perspective à nos concitoyens ». Or, nouveau coup de théâtre mardi, interrogé par le député du Morbihan Paul Molac (LT) lors de la séance des questions au gouvernement, Edouard Philippe a lancé : « Le déconfinement, ça n’est pas pour demain » !

Nouvelle volte-face de Philippe

« Aujourd’hui, a en effet répondu le Premier ministre, c’est l’heure du confinement et l’heure du confinement va durer. C’est (…) difficile à supporter pour beaucoup de Français, (…) mais c’est indispensable (…). Aujourd’hui, l’impératif c’est de faire en sorte que le confinement fonctionne, que le virus circule suffisamment lentement pour que le nombre de cas sévères qui justifie l’admission dans les services de réanimation ne soit pas supérieur à la capacité globale de notre système hospitalier ». Et Edouard Philippe d’ajouter alors : « les questions sur le déconfinement sont très largement prématurées ». Ces questions, c’est pourtant lui qui les a mises sur le tapis la semaine dernière, déclenchant d’ailleurs aussitôt l’emballement des grands médias, et surtout une vive inquiétude du milieu médical, au sein duquel de très nombreuses voix se sont élevées pour alerter les autorités contre le caractère prématuré d’une telle initiative. D’autant plus que, depuis qu’il a décidé sa mise en place, le gouvernement s’est montré incapable de faire respecter le confinement…

Les Français victimes de l’incurie du gouvernement

Quoi qu’il en soit, depuis lundi, on assiste ainsi au défilé dans les médias des acteurs gouvernementaux de cette crise, qui viennent à tour de rôle nous livrer la nouvelle position du gouvernement. Comme Jérôme Salomon qui, interrogé par les journalistes, a déclaré qu’« aborder aujourd’hui le déconfinement n’a aucun sens », parce que « nous sommes encore à la phase ascendante » de l’épidémie. Ou encore le ministre de la Santé Olivier Véran qui, invité mardi matin sur RMC, a expliqué qu’« il est trop tôt pour parler du déconfinement », ajoutant même qu’« il ne faut pas trop en parler, sinon on a l’impression que c’est fini ».

Une nouvelle position qui est évidemment davantage en accord avec celle de l’OMS, qui a encore exhorté mardi les pays ou régions ayant instauré des mesures de confinement à ne pas les lever de manière trop précoce afin d’éviter les rechutes. Et aussi avec celle de l’Académie nationale de médecine qui, tout en précisant qu’il était encore tôt pour envisager une levée du confinement, a prôné dimanche un futur déconfinement par région et non par classe d’âge, avec de strictes restrictions sur les déplacements et surtout accompagné de la mise en place du port obligatoire d’un masque grand public anti-projection. Et c’est là que le bât blesse. De l’avis des scientifiques, déconfiner cela suppose de pratiquer des tests sérologiques ou virologiques à grande échelle. Or, des tests, la France n’en a pas. Cela suppose aussi de rendre obligatoire le port du masque pour tous. Or, des masques, la France n’en a pas non plus ! Bref, on l’aura compris : en raison de l’incurie de ce gouvernement et de celui qui l’a précédé, les Français ne sont pas près de sortir de cette crise.

Chard

Article paru dans Présent daté du 8 avril 2020

Edouard Philippe, un premier ministre UMPS

Edouard Philippe Chard

Edouard Philippe, nouveau Premier ministre, n’a pas été choisi parce qu’il est le meilleur pour conduire les affaires du pays, parce que ses compétences, jusque-là dissimulées à nos regards, ont soudain éclaté dans le ciel politique, ni parce qu’il est le plus expérimenté ou le plus doué de sa génération. Le maire du Havre a été promu afin de dynamiter la droite libérale et LR pour accomplir le grand dessein présidentiel : la recomposition par la décomposition préalable des partis de la droite libérale.

« Recomposition », c’est le nouveau nom de l’UMPS ou, plutôt, son institualisation ; jusque-là, c’était une réalité politique et électorale de fait, c’est maintenant une réalité gouvernementale, explicitement théorisée avec un Premier ministre labellisé UMPS. On le verra davantage encore lorsque, mardi, sera publiée la liste des ministres. Macron, qui prétend vouloir « rassembler les Français », jette la discorde chez l’adversaire, il divise pour régner en suscitant une majorité à sa botte.

C’est donc Edouard Philippe mais, pour cette fonction de dynamiteur en chef, ç’aurait pu être un autre, à condition qu’il soit jeune pour accompagner le plus juvénile président de la Ve République. Jean-Louis Borloo s’y serait bien vu, a-t-on compris, mais il a été frappé par la limite d’âge, jeunisme et modernité vont, paraît-il, ensemble. En fait de modernité et de nouveauté, on voit surtout débauchage revendiqué d’un côté, opportunisme carriériste de l’autre. Car, enfin, voilà un homme qui il y a dix jours encore soutenait les candidats LR à la députation et qui, maintenant, Premier ministre et donc chef de la majorité, va s’opposer à eux en prenant la tête de leurs adversaires d’En marche.

Certes, dans la vie politique française, les retournements de veste sont innombrables, mais si prompts et si radicaux, ils sont rares ! Cela sent plus la vieille politique, c’est-à-dire pas très bon, que le renouveau.

Même avant cette nomination, des Républicains offraient leurs services à Macron, tel Bruno Le Maire et les amis d’Alain Juppé lesquels, une trentaine, viennent de signer un appel à « saisir la main tendue » du président de la République, quoique cette main ne soit tendue que pour étrangler leur parti.

Quant au maire de Bordeaux, favorable à cette recomposition, il attendra les résultats du second tour pour rejoindre la nouvelle majorité, d’ici là il soutiendra les candidats LR. Même position de François Baroin qui, à la question : « Etes-vous prêt à travailler avec Emmanuel Macron ? » a répondu : « Ça dépendra du résultat des législatives. » Drôle de chef de guerre qui est prêt à se rendre à son vainqueur avant même de combattre ! Comment la droite libérale peut-elle faire campagne dans ces conditions, ses électeurs ne voudront-ils pas plutôt voter directement pour les candidats macronistes sans transition ? C’est bien là le but du président Macron pour tenter d’obtenir la majorité absolue à l’Assemblée nationale.

Dès lors, il n’y a qu’une seule solution pour les Français qui veulent une véritable alternance, voter pour ce qui est désormais la seule opposition, le Front national, dont on est sûr que jamais ses candidats ne les trahiront au profit de Macron.

Guy Rouvrais

Article et dessin de Chard parus dans Présent daté du 17 mai 2017