L’idée claire, ennemie du « En même temps » macronien

La confusion mentale du gouvernement est l’enfant du « En même temps » d’Emmanuel Macron. La « pensée complexe » du président est à la source du désordre intellectuel observable au sommet de l’Etat. L’indécision née de la pratique du « cul entre deux chaises » est aggravée par la propension de la bureaucratie à produire des normes à la chaîne. Cette alliance de l’irrationalité présidentielle et d’une haute fonction publique hors sol a pondu, samedi matin, des « attestations », stupides pour des gens sensés.

L’initiative a été, certes, rapidement suspendue. Mais l’épisode vient rappeler l’urgence d’une réforme de l’Etat technocratique, et la nécessité pour les dirigeants de comprendre la vie des Français. Si un arbre se juge à ses fruits, la Macronie n’a produit, durant ces douze mois d’épidémie de Covid, que des interdits de plus en plus intrusifs et des règlements plus kafkaiens les uns que les autres. Le sommet a été atteint avec ce dernier concept de « l’enfermement extérieur », une « troisième voie » présentée jeudi par Jean Castex comme l’innovation française du moment. A ce point d’absurdité, même les mots manquent : le « confinement » new-look, développé par le premier ministre, est un terme qui a été jugé inapproprié par Macron dès le lendemain: « Je crois que le mot confinement n’est pas adapté à la stratégie présentée », a-t-il dit La coquecigrue ne sera donc pas nommée…

Les « élites » ont un tel mépris du peuple ordinaire qu’elles se méfient des solutions trop accessibles. Pourquoi faire simple quand un fonctionnaire surdiplômé peut faire compliqué, en décrétant quinze motifs de sorties avec attestations et astérisques renvoyant en bas de pages ? Louis XIV avait compris ce qui reste aujourd’hui une énigme pour ceux d’en haut : « La fonction de roi consiste principalement à laisser agir le bon sens, qui agit tout naturellement et sans peine ». Macron laisse comprendre ces derniers temps qu’il s’agacerait des lourdeurs administratives et du poids des « enfermistes », symbolisés par Olivier Véran, le ténébreux ministre de la Santé. Il n’empêche : Véran est toujours à son poste, en dépit des contre-vérités qu’il a pu dire depuis un an. Quant au cafouillage ubuesque du gouvernement, il est aussi le produit de l’entourage présidentiel. « Soyez fiers d’être des amateurs ! », avait lancé Macron, il y a un an, aux députés LREM. Le manque de professionnalisme semble être une faille plus générale. Certes, le chef de l’Etat s’est heureusement opposé, le 29 janvier, à ceux qui réclamaient un confinement drastique pour tous. Mais en prenant, cette fois, ce chemin de traverse incongru, il confond compromis et irrésolution. L’idée claire lui serait-elle devenue inatteignable ?

Ivan Rioufol

Texte daté du 22 mars 2021 et repris du blog d’Ivan Rioufol

Le Covid enfièvre la bureaucratie déchaînée

A mesure que le Covid baisse en intensité, il enfièvre la bureaucratie déchaînée. Tout se passe comme si l’Etat-mamma, enivré de son autorité sanitaire et de son pouvoir sur les foules, refusait de rendre son tablier et sa trousse d’infirmerie. Emmanuel Macron, naguère promoteur de la “start-up nation”, mène cette absurde mobilisation étatique. Il se présente en père de la nation, sans craindre l’imposture. Mardi soir, le chef de l’Etat a ainsi distribué son calendrier en trois étapes, en se noyant dans des détails ubuesques. Il a déclaré, par exemple : “La reprise des cultes est permise, dans la stricte limite de 30 personnes“.

Une décision applicable dès samedi. Ce mercredi, appuyant cette annonce, le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, a précisé sur Europe 1 : “Il faut des règles claires, il faut avoir une jauge pour tout le monde, c’est clair“. Mais comment les dirigeants ne voient-ils pas l’absurdité de cette norme de 30 personnes ? Elle s’appliquera indifféremment à une chapelle et à une cathédrale. S’il fallait une démonstration du mal français, cette mesure irréfléchie parle d’elle-même. Oui, la machine étatique est devenue folle.

Le bon sens – vertu trop simple que méprisent les esprits sophistiqués – a quitté le pouvoir. La mainmise de la science sur la politique a éloigné celle-ci des réalités humaines. Mardi sur France-Info, un responsable de l’AP-HP, Rémi Salomon, a soutenu, répondant à une question sur le dîner de Noël : “Y faut pas manger avec papy et mamie (…) On coupe la buche en deux : ils vont manger dans la cuisine, et nous dans le salon“. Mardi, Macron a parlé de “fort recul” de l’épidémie, puis ensuite de “lente décrue”.

Mais il a néanmoins conclu : “Le retour à la normale n’est pas pour demain“. L’aberrante attestation de déplacement dérogatoire a été maintenue. Au lieu de raisonner sur les chiffres et sur les seuils à atteindre pour relâcher l’emprise sanitaire, le président a choisi d’arrêter autoritairement des dates et des étapes : 28 novembre, 15 décembre, 20 janvier. Cet esprit de système, indifférent aux faits, rend le pouvoir sourd et aveugle. “Nous avons sauvé des vies“, a redit Macron en se présentant en héros modeste. Mais son gouvernement a interdit de soigner avec l’hydroxychloroquine. Il pousse actuellement des gens ruinés vers le vide. Cela ne s’oubliera pas.

Ivan Rioufol

Texte daté du 25 novembre 2020 et repris du blog d’Ivan Rioufol

Coronavirus en France : «Il faut sortir de cette bureaucratie qui nous ralentit depuis le début»

alexandre-devecchio

08/04/2020 – FRANCE (NOVOpress)
Alexandre Devecchio livre son analyse sur la stratégie de confinement mise en place dans certains pays européens, et sur la situation française.

Commentant le déplacement d’Emmanuel Macron à Pantin, il estime notamment que cette opération de communication, qui a généré un attroupement, risque de se retourner contre lui à cause du signal de légèreté qu’elle renvoie.