Face à l’échec du principe de laïcité : l’impératif d’identité, par Bruno Mégret

Bruno Mégret

Le discours officiel tenu sur l’immigration, l’islam et l’intégration repose essentiellement sur le principe de laïcité. Une antienne laissant à croire que l’antagonisme séparant l’immigration extra-­européenne du peuple français se réduirait à cette notion et que tous les problèmes liés au fameux « vivre ensemble » seraient résolus si les immigrés se ralliaient à cet étendard.
Par Bruno Mégret, polytechnicien, haut fonctionnaire, essayiste.

Rien n’est plus faux. Car, s’il n’est pas question ici de contester le concept de laïcité qui instaure la séparation des églises et de l’État, concept qui appartient à notre patrimoine philosophique depuis des lustres, force est cependant de constater qu’il se révèle totalement inopérant pour clarifier les enjeux liés aux questions migratoires. Le discours sur la laïcité présente en effet trois failles majeures.

Immigration : le principe de laïcité est néfaste et inopérant

La référence à la laïcité conduit d’abord les acteurs du Système à placer toutes les religions sur un pied d’égalité. Une pratique qui assure à l’islam, présent sur notre sol depuis quelques décennies seulement, une promotion extraordinaire le hissant au même niveau que le christianisme, lequel a façonné notre civilisation pendant près de quinze siècles. De ce point de vue, le discours officiel sur la laïcité apparaît donc néfaste puisqu’il conduit à pénaliser notre identité tout en favorisant celle des nouveaux venus.

Ensuite, la laïcité s’avère être un instrument doctrinal difficile d’emploi quand on en vient à vouloir l’appliquer aux réalités concrètes. Le burkini est-­il ou non conforme au principe de laïcité ? Le débat ne cesse d’être rouvert. S’agissant du voile à l’école, les textes qui l’interdisent ne le nomment même pas explicitement, utilisant à la place la formule « signes religieux ostentatoires ». En vérité, le principe de laïcité est inopérant et laisse donc d’innombrables polémiques s’instaurer à propos de chaque nouvelle manifestation publique de l’identité musulmane. Une confusion qui est d’ailleurs largement exploitée par les activistes islamiques et qui, de surcroît, discrédite largement le discours officiel.

Enfin, la laïcité n’est pas une thématique qui pousse à l’adhésion, au rassemblement et à la cohésion autour de notre nation. Expliquer aux jeunes musulmans que la France se résume aux valeurs de la République et principalement à la laïcité est une aberration qui ne peut susciter que l’indifférence, le rejet, voire le mépris. Notion abstraite et incompréhensible pour beaucoup, la laïcité ne peut pas servir de creuset pour transformer les immigrés en Français à part entière.

Le discours officiel fondé sur la laïcité ne peut donc conduire qu’à l’échec. Un échec qui d’ailleurs est aujourd’hui patent. Aussi faudrait-­il adopter un discours radicalement différent fondé, lui, sur le concept d’identité. Celui-­ci permettrait d’asseoir quelques principes clairs que chacun pourrait comprendre et reconnaître comme légitimes, à défaut de les admettre.

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Ukraine : l’Europe doit se désolidariser des Américains, par Bruno Mégret

Ukraine

La guerre en Ukraine évolue de façon très inquiétante. Le jusqu’au-boutisme des Américains ouvre en effet le risque d’une guerre nucléaire qui pourrait être fatale au monde européen.

Les Américains jettent de l’huile sur le feu…

Organisant la mobilisation générale contre la Russie, les Américains jettent de l’huile sur le feu. Accuser Poutine des pires ignominies, le traiter de boucher, parler de crimes de guerre et de génocide, le menacer de la Cour pénale internationale, c’est se couper de toute négociation possible avec lui. Ensuite, soutenir l’armée ukrainienne en s’engageant massivement à ses côtés au point de planifier maintenant des livraisons d’armes pour vingt milliards de dollars, c’est prolonger, voire étendre le conflit avec les pertes matérielles et principalement humaines qui en résultent. Enfin, c’est surtout s’engager ouvertement dans la guerre contre les Russes avec la volonté de les battre militairement.

… après avoir cherché à piéger les Russes

Un projet dont on peut d’ailleurs se demander s’il ne s’inscrit pas dans une stratégie conçue de longue date. Tout se passe en effet comme si les Américains avaient cherché à piéger le maître du Kremlin en refusant toute négociation avec lui sur la sécurité en Europe et en annonçant ensuite que pas un soldat américain ne viendrait défendre l’Ukraine. À la manière dont ils avaient poussé Saddam Hussein à l’invasion du Koweit, ils auraient ainsi délibérément créé les conditions de la réaction agressive des Russes pour, dans un deuxième temps, organiser contre eux une mobilisation générale de tout le monde occidental.

Mais si Poutine est acculé, le pire devient possible

L’erreur dramatique des Américains est que Poutine n’acceptera jamais de subir une défaite militaire. Et, s’il n’est pas question ici de défendre l’intéressé et de nier sa responsabilité première dans le conflit et dans les drames, voire les exactions qui en résultent, le devoir des dirigeants confrontés au chef d’État russe n’est pas d’aller pleurer dans les médias comme certains responsables américains mais d’agir lucidement en tenant compte des contraintes géopolitiques comme des réalités psychologiques.

A cet égard, il est clair que si Poutine est acculé à subir une défaite militaire, il utilisera l’arme nucléaire. On peut penser et espérer que ce sera, dans un premier temps au moins, l’arme nucléaire tactique sur le théâtre du champ de bataille, mais personne ne peut prévoir ce qu’il adviendra après une telle escalade de la violence guerrière.

L’Ukraine doit mener une guerre qu’elle aurait pu éviter…

Alors pourquoi prendre un tel risque ? S’agit-il de la souveraineté de l’Ukraine ? Un pays ne cesse pas d’être souverain si ses dirigeants, en sages politiques, tiennent compte des contraintes géopolitiques auxquels il est soumis. Faute d’avoir voulu le faire, les Ukrainiens ont été entraînés dans la guerre d’une façon pour le moins paradoxale : ils subissent une invasion russe pour avoir voulu se protéger d’une invasion russe (en cherchant à adhérer à l’Otan) ! Le président Zelensky porte donc sa part de responsabilité dans cette guerre en n’ayant pas accepté pour son pays un statut de neutralité, statut qui n’a rien au demeurant de déshonorant. Aussi est-il mal placé pour exiger aujourd’hui de tous les pays occidentaux qu’ils s’engagent sans réserve à ses côtés dans une guerre qu’il aurait peut-être pu éviter par une attitude plus prudente. Une guerre dans laquelle lui et son peuple sont d’ailleurs de surcroît instrumentalisés par les États-Unis.

… et se trouve instrumentalisée par les Américains pour détruire la puissance russe

Si les Américains prennent le risque d’une escalade militaire avec la Russie, c’est en effet pour un enjeu à leurs yeux bien supérieur à celui du devenir de l’Ukraine. Il s’agit pour eux d’en finir avec la puissance russe. Une puissance qu’ils ne contrôlent pas et dont ils détestent les valeurs politiquement incorrectes. Mais cet acharnement américain contre la Russie montre en tout cas combien les États-Unis peinent à prendre en compte les réalités nouvelles du monde actuel. Après leur victoire sur l’URSS ils ne sont pas devenus en effet les maîtres du monde car ce dernier n’est pas passé d’une organisation bipolaire à une structure unipolaire mais à une planète structurée en plusieurs pôles de puissance. Leur ennemi, ou leur adversaire, comme le nôtre, n’est donc pas la Russie mais bien plutôt les puissances émergentes qui veulent prendre leur revanche sur l’Europe et le monde occidental qui les ont dominées pendant plusieurs siècles. Les Américains seraient donc bien avisés de comprendre ce grand basculement et d’en tirer les conséquences : pour faire face à ces nouvelles puissances comme la Chine et dont beaucoup sont animées par le ressentiment ou l’esprit de vengeance, les États-Unis gagneraient à avoir à leur coté une vraie puissance européenne autonome et une Russie forte qui reste européenne.

L’Union européenne devrait se désolidariser des États- Unis pour imposer la désescalade

D’ici là, et pour en revenir à la guerre en Ukraine et au risque majeur d’une escalade nucléaire, je considère qu’il est de la responsabilité historique de l’Union européenne de se désolidariser officiellement des États-Unis et, forte de cette nouvelle légitimité, de se positionner avec autorité comme une puissance d’apaisement et de désescalade, écartant les Américains et poussant les deux parties à la négociation. Telle est l’initiative que devrait prendre rapidement l’actuel président de l’Union européenne, Emmanuel Macron. Et peu importe si certains pays comme la Pologne s’opposent à une telle prise de position, l’enjeu est trop important pour ne pas passer outre. Il s’agit en effet d’éviter le risque d’une guerre qui d’ailleurs ne serait pas mondiale. Car cette guerre n’embraserait que l’Europe et l’Amérique du nord. Elle conduirait au suicide du monde européen et chrétien, ce serait le crépuscule de l’Occident.

Tribune reprise de Polémia

« Faut-il considérer la Russie comme un ennemi ? » – Entretien exclusif avec Bruno Mégret

Bruno Mégret

Bruno Mégret, polytechnicien et haut fonctionnaire, est ancien député et député européen. Venu du RPR, numéro deux du Front national puis président du MNR, il a été au premier plan des débats publics. Aujourd’hui en retrait de la vie politique, il est l’auteur de plusieurs ouvrages dont, récemment, Le Temps du phénix (Ed. Cité Liberté).

— Pour Polémia, vous avez développé, à propos de la crise ukrainienne, une vision assez pessimiste, aussi bien pour les Russes et les Ukrainiens que pour les Européens. Dans cette confrontation, où de nombreux pays tendent à s’impliquer, à qui profite le crime ?

— Le crime ne profitera sans doute pas principalement à la Russie. Celle-ci se trouve en effet durablement diabolisée et marginalisée et subit des sanctions qui vont durement pénaliser son économie. Il n’est donc pas certain que les avantages que Poutine compte tirer de l’occupation de l’Ukraine compensent les inconvénients qui en résulteront pour la Russie. Cette guerre ne va pas non plus servir l’Europe, laquelle s’est révélée impuissante à l’empêcher par la voie diplomatique. De plus, les sanctions économiques majeures prises dans l’urgence à l’encontre de la Russie risquent par contrecoup d’affaiblir notre économie et d’obérer encore davantage le pouvoir d’achat des Français.

En revanche, les Américains vont quant à eux bénéficier des retombées géopolitiques de cette guerre. Leur ennemi russe est diabolisé, rejeté et isolé, du moins dans le monde occidental. Le fossé qui s’est creusé entre la Russie et l’Europe va empêcher durablement la constitution d’un pôle de puissance européen de l’Atlantique à l’Oural dont les Etats-Unis ne veulent à aucun prix. Enfin, cette guerre renforce l’Otan, l’organisation qui assure la domination américaine sur l’Europe. Laquelle apparaît de nouveau aux yeux de nombreux pays européens comme indispensable à leur sécurité.

On comprend mieux dès lors pourquoi les Etats-Unis ont refusé toute concession à Poutine tout en annonçant qu’ils n’enverraient pas un seul soldat américain défendre l’Ukraine, poussant ainsi les Russes à commettre l’irréparable, un peu comme ils avaient poussé Saddam Hussein à envahir le Koweït pour déclencher la première guerre d’Irak. Ajoutons bien sûr que, dans cette tragédie, c’est l’Ukraine, dont les dirigeants n’ont pas eu la sagesse d’adopter pour leur pays un statut de neutralité, qui va payer en morts, en blessés et en destructions le prix fort de cette guerre.

— Vous semblez penser que l’Europe risque d’être affaiblie par ce conflit. Mais l’U.E. n‘a-t-elle pas trouvé enfin une cause et surtout un ennemi, susceptible de relancer la dynamique européenne, comme la menace soviétique avait facilité sa construction ?

— La menace soviétique avait surtout facilité la mise sous tutelle américaine de l’Europe, conduisant alors quelque 350 millions d’Européens à faire appel à 230 millions d’Américains pour les protéger contre 270 millions de soviétiques. Mais, à l’époque actuelle, faut-il considérer la Russie comme un ennemi ? Alors que notre monde est devenu multipolaire et que résonne le choc des civilisations, la Russie ne procède-t-elle pas comme nous de la civilisation européenne et chrétienne ? Et l’ennemi ne se situe-t-il pas plutôt dans le monde arabo-musulman où certains cherchent à imposer sur notre sol leur propre civilisation en lieu et place de la nôtre ?

— Vous craignez qu’il en découle un renforcement de l’Otan. Mais ne vivons-nous pas au contraire les balbutiements d’une vraie Europe de la Défense, Allemagne comprise (ce qui, pour le coup, serait une première) ?

— On assiste, il est vrai, à une prise de conscience de la réalité des rapports de force dans les relations internationales, ce qui conduit certains pays d’Europe à vouloir augmenter leurs dépenses militaires. On ne peut que s’en réjouir, mais, que je sache, tous ces pays n’envisagent cet effort que dans le cadre de l’Otan, ce qui conduira bien à un renforcement de cette organisation entièrement dominée par les Américains et non à la création d’une puissance militaire européenne indépendante. D’ailleurs, quels avions les Allemands ou les Polonais achèteront-ils ? Le Rafale français ou son équivalent américain ? On connaît déjà la réponse !

Propos recueillis par Francis Bergeron

Article paru dans Présent daté du 16 mars 2022

Bruno Mégret : « En Ukraine, à qui profite le crime ? »

Ukraine

Dans une enquête criminelle, il est toujours important de savoir à qui profite le crime. Si la réponse ne désigne pas nécessairement le coupable, elle permet néanmoins d’avoir une idée plus claire sur l’éventuelle responsabilité des différents protagonistes. Aussi, dans cette douloureuse guerre d’Ukraine, peut-il être intéressant de se poser cette question primordiale.

La Russie marginalisée

À cet égard, il apparaît déjà que la Russie qui a déclenché la guerre ne sera sans doute pas le principal bénéficiaire de cette malheureuse entreprise. D’ores et déjà, elle en subit le contrecoup sur le plan diplomatique. La Russie et ses dirigeants sont pour longtemps diabolisés et marginalisés, sinon dans le monde entier au moins dans le monde occidental où un profond fossé s’est durablement creusé entre elle et le reste de l’Europe. Si l’on ajoute à cela l’effet des sanctions économiques qui la frappent déjà, il n’est pas certain que les avantages que ses dirigeants comptent tirer de l’invasion de l’Ukraine suffisent à inverser le fléau de la balance. Certes, la Russie prend un gage et empêche de ce fait que l’Otan s’installe à ses frontières, ce qui constituait son but stratégique majeur. Mais pourra-t-elle durablement rester en Ukraine et n’a-t-elle pas créé dans ce pays traditionnellement partagé entre le monde slave et le monde occidental un sentiment national antirusse puissant qui fera tôt ou tard basculer cette nation du côté de l’Union européenne ?

L’Otan consolidée

Peut-on par ailleurs affirmer que les pays d’Europe occidentale ou que l’Union européenne en tant que tels sortiront renforcés de cette crise ? Certainement pas. Beaucoup des sanctions économiques prises dans l’urgence contre la Russie auront des contrecoups néfastes pour la France et les pays européens. Des pays européens qui ont été incapables par ailleurs d’empêcher cette guerre qu’ils prétendaient pourtant vouloir éviter par les vertus de la diplomatie. Force est de constater que les voyages et les communications téléphoniques innombrables entre les capitales européennes et le Kremlin n’ont rien pu empêcher. L’Europe a surtout révélé son impuissance et son incapacité à faire jouer un quelconque rapport de force sur la scène internationale. Certes, certains prétendent que cette crise va provoquer une prise de conscience de la réalité des rapports de force et qu’elle va donner naissance à une Europe de la défense, voire à une Europe puissance. Mais si un effort budgétaire important était entrepris pour les forces armées, ce serait pour placer ce potentiel supplémentaire sous le couvert de l’Otan, comme la plupart des pays l’envisagent actuellement. Et ce ne serait finalement qu’une augmentation de la contribution européenne à cette organisation. Augmentation réclamée depuis très longtemps déjà par les Américains.

L’imperium américain renforcé

Aussi, peut-on, me semble-t-il, affirmer que les principaux bénéficiaires de cette guerre seront les États-Unis d’Amérique. Leur adversaire russe est diabolisé, rejeté et isolé et donc définitivement coupé de l’Union européenne, ce qui évite la constitution d’un puissant pôle européen de l’Atlantique à l’Oural que les Américains ont toujours craint et rejeté. L’Otan qui est l’instrument de la domination américaine sur l’Europe sort par ailleurs renforcée de cette crise puisqu’elle apparaît comme un bouclier indispensable à de nombreux pays d’Europe orientale face à « l’impérialisme russe » et comme parapluie nucléaire essentiel à tous les États qui ne disposent pas de force de dissuasion. A l’évidence, cette guerre ukrainienne va servir les Américains en marginalisant leur ennemi russe et en renforçant leur imperium sur l’Europe.

Le piège de la guerre

On comprend mieux dans ces conditions pourquoi, contrairement aux Européens, les Américains ont refusé de faire la moindre concession aux Russes, ne cherchant nullement à trouver un accord diplomatique raisonnable pour empêcher la guerre. On comprend aussi pourquoi le président Biden a solennellement déclaré que les États-Unis n’enverraient aucun soldat américain mourir pour l’Ukraine. Ce qui a été dénoncé comme une erreur de débutant de la part du chef de l’État américain n’était en réalité que la dernière pièce du stratagème imaginé par l’État profond qui dirige les États-Unis. Un stratagème qui avait d’ailleurs déjà été employé par les mêmes Américains lorsqu’ils avaient incité Sadam Hussein à envahir le Koweït pour ensuite déclencher la première guerre d’Irak.

On peut imaginer que l’ancien officier du KGB qu’est Vladimir Poutine n’a pas été dupe de ces manœuvres américaines. Mais la volonté qui est la sienne de rendre à la Russie une part au moins de sa puissance impériale passée l’a sans doute amené à considérer que l’invasion de l’Ukraine était devenue possible et constituait une opportunité qu’il devait saisir en dépit des manœuvres américaines et des conséquences néfastes qui en résulteraient par ailleurs.

Ajoutons bien sûr que l’Ukraine paiera, quant à elle, le prix fort de cette guerre à la fois par les destructions, les blessés et les morts dont sera victime sa population mais aussi par le démembrement territorial qui va durablement déchirer le pays.

Tribune reprise de Polémia

Crise au Front national : rien à voir avec la scission de 1998, par Bruno Mégret

Mégret Le Pen Front national

La crise au Front national, qui pourrait conduire à une rupture entre Florian Philippot et Marine Le Pen, amène de nombreux commentateurs à faire le parallèle avec ce qu’ils appellent la scission mégrétiste. Ce faisant, ils commettent un certain nombre d’erreurs car ce n’est exact ni pour Florian Philippot, ni pour Bruno Mégret. Pour Florian Philippot : « Bruno Mégret est parti sur une offre politique plus radicale ». Pour Bruno Mégret : « Florian Philippot défend un souverainisme nostalgique et une politique sociale passéiste digne des années 1960. » : deux points de vue clairement opposés.

Le conflit entre Marine Le Pen et Florian Phillipot est-il comparable à la scission du FN de 1998 ?

Certainement pas. D’abord les causes de ce divorce n’ont rien de comparable. Florian Philippot et sa présidente partagent en effet les mêmes options politiques, notamment sur la stratégie et le programme.

En 1998, il y avait en revanche une profonde divergence entre la stratégie que j’incarnais et celle de Jean-Marie Le Pen. Je voulais pour ma part que le Front national s’engage dans la conquête du pouvoir et pour cela il fallait que Le Pen cesse ses provocations verbales et abandonne ses références sulfureuses qui donnaient aux médias des arguments pour légitimer la diabolisation. Contrairement à ce dernier, je pensais également qu’il fallait proposer des alliances avec la droite classique et structurer le parti pour en faire une force capable un jour de gouverner. Jean-Marie Le Pen, de son côté, jugeait ces efforts inutiles car il ne voulait pas du pouvoir, se satisfaisant d’une attitude de protestation et de témoignage.

Par ailleurs j’avais le soutien d’une large majorité des cadres et des militants puisque c’est près de soixante pour cent d’entre eux qui m’ont suivi lors de la scission. Philippot, de son côté, est loin d’avoir un tel appui. On peut même penser que, parmi les causes de la crise d’aujourd’hui, il y a l’opposition que lui porte une grande partie des militants.

Quelle est alors la signification de la crise actuelle du Front national ?

Pour comprendre ce qui se passe au FN, il faut savoir que Marine Le Pen a hérité de ce mouvement alors qu’elle n’en avait pas les idées. Après une première phase, au cours de laquelle elle a appliqué la stratégie qui était la mienne, elle a entrepris de changer le programme du Front national pour remplacer, dans ses priorités, la défense de notre identité par un souverainisme nostalgique et une politique sociale passéiste digne des années 1960. La situation actuelle résulte de ce double malentendu ou de cette double imposture.

Au début, en effet, cette nouvelle ligne n’a pas été clairement perçue par les électeurs qui, exaspérés par les problèmes liés à l’immigration et rebutés par la classe politique, ont massivement voté pour un Front national qui était resté pour eux sur la ligne que nous avions forgée pendant des années. Mais, lors de la campagne présidentielle et législative du printemps dernier, les Français ont commencé à comprendre ce qu’était le Front national d’aujourd’hui et quelles étaient les insuffisances de Marine Le Pen. Dès lors, l’électorat a reflué et les scores n’ont plus été à la hauteur de ce que les cadres et les militants espéraient. D’où la fronde et la crise. D’où aussi la volonté de Marine Le Pen de stigmatiser Philippot, non parce qu’elle serait en désaccord avec lui, mais parce qu’elle veut l’utiliser comme bouc émissaire pour écarter d’elle la contestation qui gronde.

Quel est dans ces conditions l’avenir d’une éventuelle scission ?

Une aventure solitaire de Philippot a peu de chance de prospérer car il n’aurait qu’un faible soutien militant et sa ligne politique ne pourrait pas lui apporter beaucoup d’électeurs. En revanche, il aurait le soutien des médias. Et c’est une autre différence importante entre ma démarche et celle de Florian Philippot. Car ce dernier aurait la sympathie du Système qui se servirait de sa dissidence pour tenter de rediaboliser le FN, alors que mon initiative, parce qu’elle mettait nos idées sur la route du pouvoir, a été clairement combattue par lui. Ce n’est pas un hasard si, juste après la scission et avec une rapidité inhabituelle, les juges ont accordé à Le Pen le monopole du sigle et du logo FN et si le premier ministre d’alors, M. Jospin, a aussitôt versé la subvention d’Etat à Le Pen et cela juste avant les élections européennes de 1999. Malgré ce soutien et en dépit de la candidature Villiers/Pasqua qui a limité mécaniquement notre potentiel de voix, la liste que je conduisais n’est arrivée que deux points derrière celle de Le Pen.

Que serait devenue la droite nationale si ce score avait été inversé ?

A la lueur des erreurs désastreuses commises par Marine Le Pen et au vu de ce qui se passe aujourd’hui au Front national, je regrette en effet que ce score n’ait pas été inversé. Car, si le FN que j’incarnais l’avait emporté et si c’était lui qui avait été présent lors des dernières élections présidentielle et législatives, la droite nationale ne serait pas en crise.

Sans doute ne l’aurait-elle pas emporté mais le score que nous aurions obtenu aurait donné à la droite nationale une crédibilité et un poids qui auraient changé la donne politique et permis tous les espoirs pour l’avenir.

Bruno Mégret

Texte repris du site de la fondation Polémia

 

De l’obsession de la probité à la destruction du politique, par Bruno Mégret

Mazarin Bruno Mégret

Depuis 30 ans les « affaires » se succèdent. Et à chaque « affaire » sa nouvelle loi de « moralisation ». Avec pour seul résultat pratique de renforcer le pouvoir des juges et de fragiliser un peu plus les élus. Dans ce papier qui « décoiffe », Bruno Mégret, aujourd’hui en marge de la vie politique, rappelle une vérité essentielle : la France n’a pas besoin de brevets de vertu pour la diriger mais d’hommes ou de femmes qui agissent.

A cet égard la polarisation de la campagne présidentielle sur le « Penelopegate » ou sur les emplois – tout sauf fictifs – de chef de cabinet ou de garde du corps de Marine Le Pen n’a qu’un but : enfumer les électeurs pour avantager le candidat des banques et des médias, Emmanuel Macron. Place au débat de fond.

Polémia

Bruno MégretAu-delà de ses conséquences pour l’avenir immédiat de la France, l’affaire Fillon est particulièrement révélatrice de la crise du politique que connaît notre pays. Une crise qui comporte de multiples facettes parmi lesquelles la corruption des responsables publics est indéniablement la plus mal supportée par les Français. Et chacun de considérer comme une évidence que le politique est détruit par la prévarication et que tout irait mieux si la probité régnait dans les rangs des élus.

Au risque de choquer, je dirais que c’est aujourd’hui l’exigence d’honnêteté et de transparence poussée à l’extrême qui détruit le politique. Car cette obsession de la pureté conduit à rendre les politiques toujours plus impuissants.

Elle a en effet comme conséquence première de subordonner encore davantage les politiques aux médias et aux juges, lesquels s’arrogent le pouvoir de discréditer du jour au lendemain n’importe quel politique tant il est facile de trouver un angle d’attaque pour lancer une campagne médiatico-judiciaire de mise en cause. Et naturellement, cette exigence de pureté réclamée par les journalistes et les magistrats s’applique de façon sélective selon l’orientation idéologique des victimes potentielles.

Le fait que Fillon ait été élu à la primaire de son parti sur une ligne de droite dure n’est évidemment pas étranger aux foudres qui l’accablent. Ce n’est pas non plus un hasard si l’autre candidat à la présidentielle, actuellement dans le collimateur des juges, se nomme Marine Le Pen.

Cette obsession de la pureté conduit par ailleurs à un rejet du politique qui mène l’opinion à estimer que, moins les responsables publics auront de pouvoir, plus on limitera leurs turpitudes. D’où l’idée qu’il faut raccourcir la durée des mandats, empêcher leur cumul et surtout confier ce qui était autrefois de leur responsabilité à des magistrats, des commissions, des hautes autorités. On s’achemine ainsi vers une société où les hommes politiques, privés de toute prérogative, ne seraient plus que des pantins chargés de la figuration pendant que les médias et les juges tout-puissants fixeraient la politique à suivre et que les fonctionnaires la mettraient en œuvre.

Aussi, en ces temps de grande confusion, faut-il rétablir quelques principes fondamentaux.

L’honnêteté est une qualité première qui fait la beauté morale des individus et qui s’impose à chacun de nous. Si donc elle doit être prise en compte pour apprécier la valeur intrinsèque d’un être humain, elle ne saurait en revanche constituer le premier critère pour juger un homme politique. L’essentiel pour un responsable public au plus haut niveau est en effet d’une autre nature. L’essentiel est qu’il ait du pouvoir pour proposer un projet et le mettre en œuvre concrètement. L’essentiel est qu’il ait la capacité d’agir sur le réel et de le transformer pour le bien commun.

La qualité principale d’un homme politique n’est donc pas l’honnêteté mais la puissance. Et si nos responsables politiques actuels sont condamnables, c’est précisément en raison de leur impuissance et donc de leur incapacité à résoudre les problèmes des Français tels que l’immigration, le chômage ou l’insécurité.

Alors, si dans le même temps ils détournent des fonds publics à leur profit, c’est évidemment pire que tout. Mais s’ils devenaient d’une probité absolue tout en restant toujours aussi impuissants, ils ne seraient pas de meilleurs politiques pour autant.

A la limite, mieux vaut un homme d’Etat qui se sert mais qui sert bien son pays, plutôt qu’un dirigeant qui ne se sert pas mais qui ne sert à rien. Certains pourront être choqués de la formule ; elle s’applique pourtant à de nombreux personnages illustres de notre histoire dont la France aurait pâti d’être privée, tels Mazarin et tant d’autres.

L’intégrité est une qualité morale primordiale, mais c’est au vu des services qu’il rend à la France qu’un responsable politique doit être jugé, car le politique n’est pas de l’ordre de la morale.

Bruno Mégret

Texte publié sur le site de la Fondation Polémia

Comment la laïcité dévoyée contribue à l’islamisation de la France, par Bruno Mégret

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La notion de laïcité, telle qu’elle est utilisée par le Système dans les débats sur l’immigration, se révèle être d’une grande ambiguïté. Normalement, la laïcité devrait conduire à contester l’islam qui est réfractaire à ce concept et à reconnaître son incompatibilité avec les principes qui régissent notre société.

Lorsque, il y a de nombreuses années, je me suis rendu compte que l’immigration massive allait générer un processus d’islamisation, j’ai pensé que cette nouvelle donne pouvait progressivement faire éclater le consensus de la classe politique et médiatique en faveur de la politique d’immigration à tout va. Car c’est l’idéologie officielle des tenants du Système qui se trouvait ainsi mise en cause par l’islam et bien au-delà, d’ailleurs, de la laïcité. L’égalité des citoyens compromise par le statut d’infériorité réservé aux femmes, la démocratie contestée par la légitimité de la loi divine, les valeurs des lumières réfutées par la confusion du politique et du religieux, il était clair que l’islam n’était compatible ni avec la République ni avec les droits de l’homme. Dès lors, on pouvait penser que ceux qui défendaient ces principes, les tenants de l’idéologie politiquement correcte, ne pourraient que s’inquiéter de la montée de l’islam et, ce faisant, rejoindre ceux qui contestaient la politique d’immigration massive suivie jusqu’alors.

Certains l’ont fait avec courage mais ils n’ont été qu’une petite minorité. L’essentiel du Système a choisi de rester sur une ligne immigrationniste et a entrepris un exercice idéologique acrobatique pour gommer les contradictions pourtant inhérentes à cette position. Pis : la manière dont ils manipulent leurs principes les amène aujourd’hui à transformer la laïcité en un instrument qui détruit notre identité et qui assure, en revanche, la promotion de l’islam.

Ils ont en effet dénaturé la notion même de laïcité en y introduisant une idée d’égalité : l’idée que l’Etat et les pouvoirs publics doivent traiter également toutes les religions. Or cette dimension égalitaire, qui n’est nullement contenue dans le concept de laïcité, est naturellement celle qui est la plus utilisée par les tenants du politiquement correct. Lesquels vont dès lors utiliser la laïcité pour mettre sur le même plan la religion chrétienne et la religion musulmane, ce qui les conduit à faire reculer la première et à assurer la promotion de la seconde. N’est-ce pas d’ailleurs ce que l’on observe tous les jours ? L’islam est au centre des préoccupations des médias quand le christianisme en est pratiquement absent.

C’est en effet au nom de la laïcité, remise à l’honneur par la montée de l’islam, que le Système s’en prend maintenant à toutes les manifestations publiques du christianisme avec comme objectif de l’évacuer totalement de la sphère publique. C’est, par exemple, au nom de cette logique que certains réclament l’interdiction des crèches à Noël, que d’autres veulent faire taire les cloches des églises et que d’autres encore font la chasse aux croix dans l’espace public. Pis : lorsqu’on veut réglementer une pratique de l’islam contraire à nos traditions, on cherche à s’en prendre symétriquement à l’une de nos coutumes : ainsi, l’interdiction du port du tchador sera-t-elle étendue à tous les signes religieux ostensibles, y compris, bien sûr, au port d’une croix, lequel ne posait pourtant aucun problème.

De plus, cette vision d’un laïcisme symétrique et égalitaire conduit à nier la composante chrétienne de notre identité. Indépendamment de toute considération religieuse, que l’on soit catholique ou non, pratiquant ou non, personne ne peut nier pourtant que notre nation a été façonnée par le christianisme. Il suffit d’observer notre territoire si riche de calvaires, d’églises et de cathédrales, ou de s’intéresser au nom des lieux désignés pour beaucoup par le nom d’un saint, ou encore de se rappeler que les jours fériés correspondent pour la plupart à des fêtes chrétiennes. Or, si l’on nie cette réalité, si l’on cherche à l’occulter voire à la détruire au nom de la laïcité, on gomme tout un pan de notre identité face à l’identité conquérante de l’islam.

En plaçant ainsi sur le même plan une religion qui a marqué notre nation pendant quinze siècles et une autre qui n’est présente dans l’Hexagone que depuis quelques décennies seulement, on assure une promotion extraordinaire à l’islam, lui conférant de ce fait un statut de tout premier plan au sein de notre pays. Dévoyée par les tenants du Système, la laïcité conduit dès lors, indirectement et paradoxalement, à renforcer l’islam en l’installant et en le légitimant sur notre sol, tout en érodant par ailleurs notre propre identité.

Aussi, pour combattre la montée de l’islam faut-il sortir du schéma politiquement correct, car les valeurs républicaines comme celle de la laïcité ne sont pas suffisantes pour asseoir intellectuellement une opposition claire à l’islamisation de notre pays.

Sur le plan idéologique, c’est bien le recours au concept d’identité qui permet de lever toutes les ambiguïtés. L’islamisation doit être combattue car l’islam n’est pas compatible avec notre identité, ni sur le plan historique, ni sur le plan religieux, ni sur le plan des valeurs. En clair, il ne procède pas de la même civilisation. Et la défense, ô combien légitime, de notre propre civilisation nous impose donc d’empêcher l’islam de s’installer massivement sur notre sol.

Bruno Mégret

Texte repris du site de la Fondation Polémia

Faits & Documents n°348 du 15 décembre 2012 au 15 janvier 2013. Portraits : Guillaume Peltier/Geoffroy Didier

Faits & Documents n°348 du 15 décembre 2012 au 15 janvier 2013. Portraits : Guillaume Peltier/Geoffroy Didier

Lors du congrès de l’UMP, la Droite forte, cette droite musclée et bonapartiste chère à Patrick Buisson, est arrivée en tête (28 %) de toutes les motions (F&D 347). Ses animateurs, deux jeunes blancs becs, Guillaume Peltier et Geoffroy Didier, par un extraordinaire coup de bluff, viennent de s’imposer comme des personnalités désormais incontournables de l’UMP « canal historique ». Comme s’interrogeait Marianne (24 novembre) : « La droite forte plus à droite que le FN ? C’est à se le demander (au vu de son programme). » Jean-François Copé l’ayant remporté, c’est cette ligne qui sera retenue par l’UMP « canal historique », durant les années à venir. Avec une interrogation à la clé : les électeurs préféreront-ils l’original (le FN) à la copie (l’UMP « canal historique ») ?

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« La grande peur des temps présents » par Georges Feltin-Tracol

"La grande peur des temps présents" par Georges Feltin-Tracol

Christophe Bourseiller. Crédit photo : Tim Lybm via Wikipédia (cc).

15/10/2012 — 14h00
PARIS (via Europe Maxima) — Depuis 1989 et la parution des Ennemis du système, Christophe Bourseiller s’intéresse aux « périphéries politiques ». Désormais maître de conférence à Sciences Po – Paris, cet acteur de cinéma et de publicité a consacré de nombreux ouvrages à l’« extrême gauche » (Les Maoïstes en 1996, Histoire général de l’ultra-gauche en 2003), à l’« extrême droite », au phénomène sectaire (Les Faux Messies en 1993, Carlos Castaneda. La Vérité du mensonge en 2005), aux nouvelles sexualités (Les Forcenés du désir en 2000) et à la franc-maçonnerie (Un Maçon parle en 2010).

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