Débat Marine Le Pen-Emmanuel Macron : Une femme face au robot

macron le pen

« Emmanuel Macron, laissez-la parler ! » Il est 22h50 et Léa Salamé rappelle le président de la République à l’ordre. C’est dur d’arrêter le robot présidentiel. Marine Le Pen fait face à une machine. Une machine coupante, méprisante, technoïde et froide, une machine nommée Emmanuel Macron.

Elle s’est mise en route dès les premières minutes du grand débat d’entre-deux tours, à quelques jours du deuxième tour de l’élection présidentielle de 2022. Marine Le Pen a évoqué le peuple qui a souffert cinq ans, son besoin de protection, son souci de pouvoir d’achat, son besoin de justice. Macron admet que la période a été difficile. Il y a eu la pandémie, le retour de la guerre sur le sol européen. Mais au fond, il s’en moque. Il veut que le pays devienne une grande puissance écologique, il veut une Europe plus forte. Il veut, en somme, développer ce qui a provoqué le malheur des Français. Le ton est donné.

Lorsque Marine Le Pen détaille ses mesures pour l’amélioration du pouvoir d’achat, le robot présidentiel explique qu’il veut sortir des énergies fossiles, qu’il a créé 1,2 million de fiches de paie. Il évalue le niveau des retraites qu’il versera, celui que son adversaire servira, se lance dans des calculs complexes.

Il montera la prime de pouvoir d’achat de 1.000 à 6.000 euros. Avec quel argent ? Et il attaque : « Ce que vous avez dit est factuellement faux ». Il stigmatise « des mesures inefficaces et injustes » et en appelle à « une Europe forte » pour lancer quelques secondes plus tard « Nous ne sommes les vassaux de personne ». En même temps.

Lorsque Marine Le Pen souligne que l’embargo sur le pétrole et le gaz russe « va faire énormément de mal au peuple français. On ne peut pas se faire hara kiri », le robot ne répond pas. Il attaque à nouveau : la Russie est intervenue dans la première campagne présidentielle de Macron « pour me déstabiliser », dit-il. Et il embraye : « Vous dépendez du pouvoir russe ». Il insiste. La banque de la démocratie promise par Macron n’a jamais vu le jour, explique Le Pen, seule cette banque russe l’a financée. Elle est d’ailleurs catégorique pour condamner la guerre en Ukraine. Le robot n’écoute pas. « Ce choix ne vous rend pas indépendante sur cette question ».

Sur l’Europe, Marine Le Pen explique qu’elle veut bâtir une Europe qui respecte l’identité des nations. « Vous voulez en sortir mais vous ne le dites plus », tranche le robot qui, à l’occasion, joue les voyants extra-lucides. S’il le dit, alors… Et il explique que, grâce à l’Europe, on sera plus indépendant pour l’énergie, la défense, l’agriculture. Les agriculteurs étranglés par l’Europe apprécieront. Pour lui, l’Europe, c’est une copropriété. Il interrompt, coupe, tranche, ce vague sourire sardonique aux lèvres.

Est-ce que je peux terminer une phrase ?, demande Marine Le Pen.

Face à elle, Macron est tour à tour affalé sur sa chaise ou comme tapi, les yeux perçants, exorbités, prêt à bondir. Il traite son adversaire de « nationaliste » partisane d’un « rabougrissement sur le territoire national ».

Sur l’insécurité, les chiffres ne sont pas bons ? « Parce que la parole s’est libérée », répond le robot. Il vante son action et ce n’est pas subtil. « Je suis crédible, j’ai baissé les impôts », dit-il. Il a couvert la France de dettes mais n’assume pas, s’énerve et se lance dans un découpage confus. Il est encore nerveux, agressif, face à une Marine Le Pen qui encaisse les coups et marque des points sur l’hôpital.

Il se détendra plus tard dans la soirée. « J’ai vieilli, vous ça ne se voit pas, moi j’ai peur que cela se voie ». Le robot prononce une phrase humaine, enfin, comme la conclusion : « Je vous remercie, je vous respecte en tant que personne ». Marine Le Pen pense que le peuple aspire au « retour de la tranquillité et du bon sens dans la gestion des affaires de l’état ». Le match est joué. Les Français ont vu, une fois de plus, dans toute la splendeur de sa supériorité, le président du mépris.

Marc Baudriller

Tribune reprise de Boulevard Voltaire

Macron se revendique à « l’extrême centre », là où grenouillent ceux qui n’ont aucune conviction

Macron

Vous vous souvenez sans doute du sketch de Coluche sur la publicité ? Il ciblait la lessive. OMO, à l’époque, lançait sur le marché celle qui lave « encore plus blanc ». Je vous rafraîchis la mémoire :

« Le nouvel OMO, il lave encore plus blanc. Parce que l’ancien, heu… valait mieux changer. Alors le nouveau, il lave encore plus blanc. Blanc, moi je sais ce que c’est, comme couleur, c’est blanc. Moins blanc que blanc, je me doute, ça doit être gris clair. Mais plus blanc que blanc, qu’est-ce que c’est, comme couleur ? », demandait Coluche.

Pourquoi Coluche ? Parce qu’en entendant la définition qu’a donnée Emmanuel Macron de son positionnement sur l’éventail politique, on ne peut s’empêcher de songer au sketch de la lessive.

ÀA l’entendre, le nouveau Macron est encore plus « en même temps » qu’en même temps. De centriste qu’il était, le cul entre les chaises de droite molle et de gauche tendre, il est devenu « extrême-centriste ». Le nouveau Macron, donc, est plus centriste que centriste. Comme Coluche, on croyait avoir une petite idée de ce qu’est le centre, quelque part entre les deux oreille de François Bayrou, mais l’extrême centre… c’est quoi, au juste ?

Toujours pontifiant, le Président explique : « Les trois quarts des électeurs qui se sont exprimés [au premier tour], ce qui est quand même assez fort, se sont exprimés pour trois projets : un projet d’extrême droite, ce qui est une radicalité ; un projet d’extrême gauche avec Jean-Luc Mélenchon, qui assume une radicalité politique dans les éléments, en particulier liés au capitalisme et au rapport même à l’économie de marché ; et ce que je qualifierais comme un projet d’extrême centre, si on veut qualifier le mien dans le champ central » (Le Point, 18/4/2022).

Cinq ans de macronisme pour accoucher d’un extrême centre moulé dans le champ central, ça vaut le coup d’en reprendre ! Au temps de Coluche, on aurait volontiers parlé de gloubi-boulga. De kloug, peut-être, roulé sous les aisselles…

On est tenté d’en rire. On a tort, car tout est là, c’est-à-dire la quintessence du n’importe quoi. Emmanuel Macron se définit tel qu’en lui-même : sans forme, sans conviction, sans colonne vertébrale. Livré aux vents de l’économie folle et de l’Histoire qui ne l’est pas moins. Prêt à tout accepter et renier dans l’instant, toujours plus « en même temps ».

Avec sa notion d’extrême centre, Emmanuel Macron ne fait rien d’autre qu’entériner le refus du choix. Il théorise le flottement comme mode d’action, l’opportunisme comme ambition, l’échine souple comme ligne politique. Cet homme-là, on le sait maintenant, n’a aucune réelle conviction. Il se laisse porter par les événements, prétend au compromis quand il ne fait que céder par lâcheté devant la pression, qu’elle vienne de l’étranger ou de la rue.

Affaiblie comme jamais, divisée comme rarement elle le fut, la France d’Emmanuel Macron est devenue un paillasson sur lequel le monde entier, des États-Unis à l’Algérie et de la Grande-Bretagne à la Turquie, en passant par l’Allemagne, s’essuie les pieds. Son extrême centre n’est qu’une ornière bourbeuse où le pays s’enlise. Encore cinq ans comme cela – ou pire, sept ans de Macronie – et nous aurons totalement disparu, avalés, dissous dans « la trempette » mondialisée.

Marie Delarue

Tribune reprise de Boulevard Voltaire

Zemmour : la désillusion !

zemmour

7 %, c’est, en début de soirée de ce 10 avril, le score d’Éric Zemmour à l’élection présidentielle 2022. Perdant, donc. La déception se lisait sur les visages et des larmes ont coulé chez les militants Reconquête rassemblés au Palais de la Mutualité à Paris, ce dimanche soir. À l’annonce des résultats, des cris se sont fait entendre. Les mines déconfites des cadres de la campagne laissaient présager une rude sanction.

Devant un second tour Macron-Le Pen à l’avantage du premier, les réactions ont été diverses. « C’est l’enfer, je pars en week-end dans 15 jours et tant pis pour le vote ! » s’agace un militant déçu par l’élimination au premier tour et le score, déception supplémentaire. Derrière le trio de tête Macron-Le Pen-Mélenchon, c’est la carte politique du pays qui a été lourdement modifiée. Le bloc mondialiste, le bloc islamo-gauchiste et le bloc populiste. Difficile pour l’union des droites d’exister dans cette configuration, force est de constater que le miracle n’a effectivement pas eu lieu.

Pourtant, la peine est en réalité adoucie par la présence de Marine Le Pen au second tour. La candidate RN prolonge le combat politique de ces militants qui partagent avec elle la lutte contre l’immigration illégale et une opposition frontale à la politique d’Emmanuel Macron. Adoucie aussi par l’explosion de la candidature Pécresse qui, encore une fois, à l’heure ou nous écrivons, termine sous la barre symbolique des 5 %, ce qui l’empêchera de se faire rembourser sa campagne électorale. À une crise politique, les LR vont sans doute ajouter une crise économique : « Je ne te dis pas que ce n’est pas injuste, je te dis juste que ça soulage », grince un cadre de la campagne.

Pour autant, la déception s’est quelque peu atténuée lorsque Zemmour est monté sur scène. Copieusement applaudi, l’ex-candidat à l’élection présidentielle a longuement remercié ses soutiens et affirmé que le combat des idées était gagné. Loin des calculs, Éric Zemmour a appelé d’ores et déjà à voter pour Marine Le Pen, fustigeant ceux qui auraient voulu monnayer ce soutien. « Ce n’est pas ma conception », balaye-t-il. Mais pouvait-il négocier ? En réalité, il est à craindre pour le camp Zemmour que c’est vers l’électorat de Jean-Luc Mélenchon que Marine Le Pen va tourner le regard. Capitalisant sur le rejet anti-Macron et sur un discours d’ouverture. Même si le leader de La France insoumise a martelé qu’aucune voix ne devait aller à Marine Le Pen, cette dernière sait qu’une réserve électorale y demeure. Parviendra-t-elle à convaincre les zemmouristes tout en séduisant LFI ? Dans tous les cas, le parti d’Éric Zemmour a engrangé, en quelques mois, plus de 120.000 adhérents et construit le premier parti de France en adhérents. Qu’en feront-ils ? Et, surtout, que veut Éric Zemmour ? Se lancer aux élections législatives avec 7 % des voix, malgré 120.000 militants, n’est pas une sinécure. Le monstrueux décalage entre son poids dans le débat et son résultat dans les urnes en est une preuve cruelle.

Marc Eynaud

Tribune reprise de Boulevard Voltaire

Marine Le Pen au second tour : dans les coulisses de la victoire

Marine le pen

Il est près de 19 heures, ce dimanche soir 10 avril, lorsqu’une voiture banalisée sort du périphérique parisien par la porte de Vincennes. À ses trousses, une vingtaine de motos à deux passagers hérissés de perches et de caméras. Marine Le Pen se dirige vers le parc floral où elle a organisé sa soirée électorale.

Lors de ces soirées, il y a des ambiances de veille de défaite. À une heure des résultats, ce n’est pas le cas, ce soir, sous le dôme qui bruisse de conversations. Présente parmi les convives, la sœur de Marine Le Pen, Marie-Caroline, se défend de tout pronostic : « Je ne pense rien, mais Macron ne devrait pas sortir très bien, ou alors c’est désespérant », confie-t-elle à Boulevard Voltaire. Un militant glisse à quelques journalistes assemblés autour de lui : « Je suis vraiment très confiant. » Une candidate locale des Yvelines assure que des militants LR sont venus spontanément lui proposer leurs services pour le deuxième tour. « Ce que j’ai le plus entendu, c’est le tout sauf Macron », dit-elle.

Un vaste écran surmonte la scène sur laquelle Marine Le Pen viendra prononcer son discours. Divisé en quatre, il diffuse quatre chaînes. En face, une estrade où s’entassent des dizaines de journalistes. Au fond, des buffets généreux.

Il est 19 h 55. Un mouvement de foule emporte vers le grand écran, ensemble comme un flot impérieux, les militants munis de drapeaux et les journalistes reconnaissables à leur étiquette presse et à leurs calepins ou caméras. À l’écran, Anne-Claire Coudray, sur TF1, promet le résultat dans deux minutes, puis une minute. Une « Marseillaise » retentit, chantée à gorge déployée, suivie de slogans : « On va gagner ! » Enfin, la salle entonne le décompte des secondes : 10, 9, 8, 7… Une clameur de joie accompagne le résultat. Marine Le Pen affrontera Emmanuel Macron au second tour des élections présidentielles de 2022. On s’embrasse, on se congratule. On entend une jeune militante confier à deux amis : « C’est la plus belle soirée de ma vie. »

Désormais, ces militants sont assaillis par les journalistes. Valérie Pécresse, que le camp Zemmour avait surnommée Madame 20 h 02 parce qu’il prévoyait qu’elle appellerait à voter pour le président de la République deux minutes après les résultats, se fait huer lorsqu’elle invite en effet ses électeurs à choisir le camp Macron. Lorsque Bardella lui succède à l’écran, il reçoit au contraire une ovation nourrie. Les « On va gagner » et « Marine Présidente reprennent de plus belle ». Un jeune militant du Nord explique : « Ça fait du bien, dit-il. On s’est défoncés, on a tracté, on a fait des marchés, on a tout fait. » Il rend hommage à la candidate. Il y croit. Une salve d’applaudissements accueille Éric Ciotti qui explique qu’à titre personnel, il ne votera pas pour Emmanuel Macron. Même traitement de faveur pour Marion Maréchal qui appelle à voter Le Pen. Le président de la République est hué, comme Valérie Pécresse. Il est 20 h 30. « Macron a pris les voix de Pécresse, explique un militant. Il nous reste quinze jours de campagne pour parler du bilan, des affaires, de McKinsey, des conflits d’intérêts. Marine Le Pen a de l’expérience. » La candidate va faire appel à tous ceux qui n’ont pas voté Macron.

Soudain, une bousculade manque de faire tomber les militants et les journalistes : Marine Le Pen, entourée de gardes du corps, quitte la salle en serrant des mains et en embrassant des connaissances.

Discret, le conseiller spécial de Marine Le Pen, Philippe Olivier, explique à Boulevard Voltaire que ce ne sera pas simple, pour Macron : « Cela se passe comme nous l’avions prévu. Les retraites vont servir d’épouvantail, explique-t-il. Et le camp national part avec un capital de 35 % des voix au premier tour : c’est considérable. » Il additionne les voix de Le Pen, Zemmour, Dupont-Aignan et Jean Lassalle. Et doute de l’efficacité du report des voix de Mélenchon. « Un électeur de gauche radicale ne votera pas pour Macron : il y a une porosité avec nous, certains sont passés dans notre camp avant de basculer chez Mélenchon, ils vont revenir. » Enfin, il sent le camp Macron « fébrile » et voit aboutir sa stratégie de long terme du peuple contre les élites.

Il est près de 21 heures, Zemmour apparaît à l’écran et appelle à voter Le Pen sous une salve d’applaudissements.

À l’autre bout de la salle, Jean-Lin Lacapelle, député européen RN, souligne que la présence de Zemmour dans la course prive Le Pen d’une pole position au premier tour et montre à quel point le clivage patriotes contre mondialistes a broyé la candidate LR. Il voit en faveur de Marine un projet plein d’espoir, une candidate crédible et proche du peuple, apte à résister à l’entreprise de diabolisation qui va repartir comme jamais. Résistera-t-elle, lui demande-t-on ? Il répond par une question : « Résistera-t-il ? » Le Président est, pour lui aussi, « très fébrile, très agressif, à la limite de l’insulte, il n’est pas prêt ».

De son côté, Le Pen va marteler ses thèmes : le pouvoir d’achat, le social, l’identité, le régalien.

La bataille pour la France n’est pas finie. Il reste quinze jours de campagne pour battre Emmanuel Macron qui a fait tant de mal. L’essentiel des militants est parti lorsque les chaînes d’information commencent à évoquer l’éventualité d’une qualification de Mélenchon au deuxième tour aux dépens de Marine Le Pen…

Marc Baudriller

Tribune reprise de Boulevard Voltaire

[Entretien] Philippe de Villiers : « Cinq ans de plus avec Emmanuel Macron, c’est la fin de la France ! »

Philippe de Villiers

08/04/2022 – FRANCE (NOVOpress)
Depuis des mois, il soutient sans relâche la candidature d’Éric Zemmour. Il ne s’était pas exprimé dans un média depuis des semaines. À quelques jours du premier tour, Philippe de Villiers a accordé un entretien-fleuve à Boulevard Voltaire : avec la verve et l’érudition qu’on lui connaît, il y est question d’Emmanuel Macron, « qui veut dissoudre la France dans l’Afrique et dans l’Europe » et qui est « d’une habileté féroce », et surtout d’Éric Zemmour qui, selon lui, « restera dans l’Histoire » parce qu’« il incarne une incroyable percée conceptuelle » et qu’il est « en acier trempé ». Le vote Zemmour est le vote « instinct de survie », le « vote vital » : avec lui Président, affirme-t-il, la France ne mourra pas.

Entretien mené par Gabrielle Cluzel et Marc Baudriller
Tournage et réalisation : Jean Bexon, Hervé Grandchamp


Ce que cache l’affaire McKinsey ? Le Grand Remplacement de la fonction publique

macron

Sur les réseaux sociaux, le hashtag McKinseygate n’en finit plus de grimper. « Le gouvernement a sûrement fait appel à McKinsey pour étouffer le scandale McKinsey ! » lance, à la cantonade, un twittos anonyme. Des photos de campagne détournées montrent un candidat Président dont on a pour partie changé le nom : Emmanuel Mackinsey. La syllabe commune tombe mal. Pour certains, par comparaison, le Penelopegate ressemblerait à une bluette provinciale : pensez, près d’un milliard d’euros, selon l’évaluation du Sénat, versé à une batterie de cabinets de conseil, le nom McKinsey donné à cette affaire étant une synecdoque.

« Ce n’est pas moi qui signe les contrats. Je vous invite à regarder le code des marchés publics. Le président de la République n’autorise aucune dépense », a déclaré Emmanuel Macron, légèrement Ponce Pilate, lors d’un déplacement à Dijon, lundi dernier. On doit donc comprendre que tout s’est fait dans son dos. Qu’il ignorait tout, qu’il ne savait rien. Tel Don Salluste dans La Folie des grandeurs : « Ce n’est pas moi, j’étais là, je priais. »

Sauf que le style très managérial adopté par Emmanuel Macron depuis cinq ans ne plaide pas pour cette thèse. Un faisceau de présomptions tend même à prouver, au contraire, qu’au plus haut sommet de l’État, il y a eu une volonté active, massive et décomplexée de recourir à des prestataires extérieurs « quoi qu’il en coûte ».

Il y a, tout d’abord, cette fameuse réforme de la fonction publique, entrée en vigueur en janvier 2022, qui procède à la disparition de l’ENA (devenue l’INSP) et à la mise en extinction de 17 grands corps de l’État dont la préfectorale, regroupés désormais dans un grand fourre-tout : le corps des administrateurs de l’État. L’idée, dit-on, est de rendre la fonction publique plus « opérationnelle ». Elle ne le serait donc pas aujourd’hui, ce qui expliquerait l’appel incessant à de la ressource externe ? En creux, c’est la justification qu’avançait Gabriel Attal, sur CNews, jeudi matin : « La réforme de la haute fonction publique doit nous permettre d’avoir moins recours à des cabinets de conseil. » Bref, démantelons cette bande d’incapables poussiéreux au parcours balisé « à l’ancienne » et tout va s’arranger. Il fait mine d’ignorer l’engrenage entre la poule et l’œuf : de plus en plus sur la touche, de moins en moins au courant des dossiers, la fonction publique perd son savoir-faire et sa capacité à réagir seule en situation de crise.

Il y a surtout ces techniques bien connues des grands groupes que l’on a cherché à plaquer sur le peuple français.

Tout d’abord les grands débats consécutifs aux gilets jaunes, semblables à ces concertations de salariés en entreprise dont on s’empresse ensuite d’oublier les doléances. Le simple fait de leur donner la parole est supposé avoir des vertus lénifiantes.

Ensuite, dans la crise sanitaire, l’usage du nudge. Cette méthode douce pour inspirer la bonne décision est issue du domaine marketing et a valu, en 2017, le prix Nobel d’économie à l’Américain Richard H. Thaler « pour ses travaux sur les mécanismes psychologiques et sociaux à l’œuvre dans les décisions des consommateurs ou des investisseurs ».

Enfin, pour faire craquer les plus réfractaires à la vaccination sans endosser les responsabilités inhérentes à l’obligation, le recours à la méthode du mobbing. Cette technique de DRH roué permet de se débarrasser d’un collaborateur sans les tracasseries juridiques d’un licenciement. On le met au placard, on le dénigre, l’évince des réunions et des missions, bref, on « l’emm.. » jusqu’à ce qu’il craque et démissionne.

Sauf que les Français ne sont pas des salariés ni des consommateurs. Par le suffrage universel, ils ont mandaté ce Président et lui ont confié, pour ce faire, cet argent durement gagné et aussitôt ponctionné que l’on appelle impôt. L’usage immodéré de cabinets de conseil dispendieux en lieu et place de fonctionnaires laissés sur la touche mais néanmoins rémunérés sonne donc pour eux comme une double peine. Comme Don Salluste, Emmanuel Macron va devoir prier : déposer un cierge pour que ce McKinseygate ne lui coûte pas sa réélection.

Gabrielle Cluzel

Tribune reprise de Boulevard Voltaire

La remigration, c’est le fondateur de BarakaCity qui en parle le mieux !, par Marie d’Armagnac

Idriss Sihamedi

Une campagne électorale pour le moins étonnante. Si certains refusent le débat, d’autres n’hésitent pas à créer la surprise par des propositions plutôt chocs. Je veux, bien sûr, parler de… Driss Yemmou, alias Idriss Sihamedi, de nationalité française, fiché S, proche du salafisme, condamné en appel pour « injure publique en raison de l’origine, l’ethnie, la nation, la race ou la religion » envers Zineb El Rhazoui. Et fervent partisan de la remigration.

Alors qu’Éric Zemmour exposait son projet et affirmait « Le choix que je vous propose, c’est d’embrasser la culture française. C’est possible. Beaucoup de compatriotes musulmans ont déjà fait le choix de l’assimilation et ceux-là, je le répète, sont nos frères », le fondateur de l’ONG dissoute BarakaCity lui répond ainsi sur Twitter : « La France a ses valeurs, nous avons les nôtres. Toutes les interdictions visant les musulmans ne permettent plus de vivre une foi en sécurité. Nous sommes arrivé (sic) à un point de non-retour. Il faudra tôt ou tard trouver une solution claire à ceux qui refusent l’assimilation. »

Et lui fait alors la plus invraisemblable des propositions : « Je propose un truc à Éric Zemmour et je suis sérieux. S’il est élu Président, qu’il nous laisse créer une organisation indépendante nous permettant de dégager librement de ce pays en faillite et en pleine crise économique. »

« Nous devons travailler en ce sens et arrêter de croire qu’il existe encore un “État de droit”. 700 mosquées et associations sont fermées. L’Afrique et les autres pays ne sont pas tout aussi beaux, plus riches et plus accueillants que la France ? J’y vois une belle opportunité… »

Une retentissante provocation, bien sûr, un prétexte pour décocher une ou deux piques à cette France « en faillite » coupable de lui avoir trop donné, à commencer par la nationalité française et la libéralité d’avoir répandu son islamisme sur notre sol. Mais cela sonne aussi, en creux, comme une reconnaissance de la faillite, avérée celle-là, des politiques d’immigration suivies depuis des décennies et du modèle « d’intégration » proposé par la République.

Alors, Idriss Sihamedi, nouveau porte-parole d’Éric Zemmour ? Tout, dans le parcours, les paroles et les actes du fondateur de BarakaCity, abonde dans le sens du candidat de Reconquête.

Florilège : il publie sur Facebook : « Il nous faudra avoir le courage d’ARRÊTER ces discours maniérés, faux et fourbes expliquant que l’islam est douceur seulement » (repris par Arab News). Quasiment du Zemmour dans le texte, n’en déplaise aux belles âmes médiatiques et politiques.

Ou encore : « Je pense que la musique peut être dangereuse, la polygamie une alternative contre l’adultère et le voile un signe de pudeur. Suis-je fou ? » écrivait-il, sur Twitter, en septembre 2015. Osons l’euphémisme : il y a une certaine rupture de civilisation entre ceci et l’art de vivre à la française.

Et enfin, lors de la victoire des talibans, le 15 août 2021 : « Pour tout début, il y a une fin. Qu’Allah descende sur le peuple afghan les plus belles richesses, les plus beaux hôpitaux, plus belles écoles et le plus bel avenir que le pays n’a jamais pu rêver. »

Alors « je propose un truc sérieux » à Idriss Sihamedi : que celui qui a l’islamisme pour seule patrie se rende enfin dans le pays de ses rêves.

Et quitte le nôtre.

Marie d’Armagnac

Tribune reprise de Boulevard Voltaire

Diplomatie française sous Macron : cinq ans de gifles, cinq ans de honte

emmanuel macron

Cinq ans viennent de s’écouler. Cinq longues années durant lesquelles la France – et pas n’importe laquelle, celle d’Emmanuel Macron – aura tenté de regagner sa place sur la scène internationale. Cinq terribles années marquées par un enchaînement de gifles publiques sans précédent. C’est l’heure d’un triste bêtisier, avant de faire le choix de reconduire ou pas notre charismatique timonier. L’Ukraine, dont nous parlions récemment, n’est que la cerise sur le gâteau – ou le dernier clou sur le cercueil, c’est comme on voudra.

Dans le domaine des relations humaines, avec ses homologues de tous les pays, le Président ne fait pas dans la demi-mesure. Il ne sait que surjouer. Il a incarné OSS 117 au Niger en 2017, quand il a ironisé sur le président Roch Kaboré « parti réparer la climatisation ». Il a voulu jouer au cow-boy avec Donald Trump, qui l’a allègrement humilié devant les caméras en le prenant par la main ; au bilan, statu quo politique, conférence de presse insipide et trois luxations des phalanges. Avec cette familiarité poussive et embarrassante qui le caractérise, il a essayé pendant quatre ans d’être l’ami de Merkel, qui n’en avait cure, et n’a su parler que de lui en parlant aux autres. On peut relire, à ce titre, son discours d’adieu à la chancelière, en novembre 2021. Il s’y campe en « jeune Président impétueux qui voulait tout bousculer ». Ce n’est probablement pas le diagnostic de Vladimir Poutine qui, en bon officier traitant du KGB, a certainement su lire à l’œil nu la vulnérabilité narcissique et l’insécurité fondamentale du « Président impétueux ». Il s’est donc, à chaque fois, voluptueusement essuyé les pieds (métaphoriquement, s’entend) sur la figure prétentieuse de notre chef des armées.

Rendons cette justice au Président de la désormais 7e puissance mondiale : sur la scène internationale, il n’y a pas qu’en face-à-face qu’il soit nul. Macron a, par exemple, tenté d’être l’homme du redressement du Liban en 2020. Il s’est alors adressé aux dirigeants de ce vieux pays, ami de la France depuis François Ier, sur un ton que beaucoup d’entre nous n’auraient pas employé avec un resquilleur de file d’attente. Après avoir essayé d’être le maître d’œuvre de la formation d’un gouvernement (et on se demande bien au nom de quelle légitimité), il a, en septembre 2020, « pris acte » de la « trahison collective » de la classe politique libanaise, qui n’en avait pas grand-chose à f… de ses initiatives. Nos amis phéniciens ont inventé l’alphabet et la mondialisation : nous leur avons transmis, sous notre bref protectorat républicain, l’affairisme et le verbiage. Il n’y a pas de quoi la ramener. Mais, que voulez-vous, il est comme ça, Macron. Il faut qu’il soit le sel de tous les plats. Les Libanais nous connaissent ; nous resterons amis. Heureusement qu’ils sont compréhensifs. Mais c’était bien une gifle – que le président de la République lui-même avait cherchée, en venant mettre son nez dans une affaire qui ne le regardait pas.

Le Levant ne suffisait pas. Il fallait que Macron fût ridicule ailleurs. Pourquoi pas le Mali ? Ses dirigeants nous avaient demandé d’intervenir. Nous leur donnions beaucoup d’argent. Ils nous laissaient jouer les puissances d’équilibre. Le conflit s’enlisait, mais pas plus que cela. Moins que l’Afghanistan jadis, par exemple. Il était donc difficile de tout faire rater en peu de temps : un défi à sa mesure. En une poignée de mois, il organisa un sommet risible à Pau, pour tancer les présidents du G5 Sahel, resta sans réaction après le putsch, laissa venir Wagner sur ce qu’il faut bien appeler nos plates-bandes… avant que le Mali, désormais fort du soutien russe, ne vire notre ambassadeur comme un malpropre au début de ce mois. Tout dernièrement, Macron a cru reprendre la main en annonçant le redéploiement de Barkhane et son départ du Mali. Réponse de Bamako (traduit du langage diplomatique) : « OK, et que ça saute. » Des gifles comme ça, on aime parfois en donner, mais jamais en prendre. Surtout pas devant tout le monde.

Vous me direz qu’il n’y a pas que la diplomatie ou la défense, dans les relations internationales. Et vous aurez raison. Il y a le soutien aux exportations aussi : les Rafale, les Mistral, les sous-marins, ils ne vont pas se vendre tout seuls. Il faut mettre des politiques sur la photo et des mallettes dans les chambres d’hôtel. En Australie, tenez, par exemple, Macron pouvait surfer sur le contrat du siècle, décroché en 2016 : douze sous-marins de classe Barracuda. Huit milliards à la clé pour la partie française. Et là, patatras ! Les Australiens ont tout annulé en septembre 2021, sous l’amicale pression de leurs amis américains. Perte de confiance, dignité effarouchée, on annule les petits fours : la diplomatie française n’a, certes, aucun mal à pianoter sur la gamme qui va du grand sourire aux larmes. Mais les effets de manche ne suffisent plus. On commence à voir le vide des coulisses, les éclairages qui faiblissent. Les macronistes les plus convaincus, dans leur pavillon en meulière de la banlieue ouest, ont comme un doute. Et si c’était vrai, ce que les fachos racontent ? Si le Mozart de la finance, l’homme à la pensée complexe, le petit prince de la stabilité planétaire, n’était pas à la hauteur ?

Dernier acte de cette stratégie de la gifle multiple, qui confine au masochisme le plus amusant : l’affaire ukrainienne. Emmanuel Macron s’est démené, dit-on sur les chaînes françaises. Pas sûr qu’on en ait grand-chose à faire à Pékin, Moscou ou Washington. Qu’a-t-il fait de concret ? Oh, rien, comme d’habitude, ou du moins pas grand-chose. Deux ou trois coups de menton, quelques entretiens longs et verbeux, dans des hebdomadaires ; quelques déplacements dans des capitales, peut-être, où on l’aura reçu, bien sûr, parce qu’on n’allait pas le laisser sur le palier avec son bouquet de fleurs. Et tout restera comme avant, comme s’il n’avait rien fait. Lui, il sera déjà passé à autre chose.

On pourrait ébaucher un portrait cubiste, par superposition de calques, de Macron à l’international. Il y a du Bernard-Henri Lévy, du Salengro (le défunt président du Groland) et du Bernard Tapie, chez cet homme-là. Du premier, il a l’amour démesuré de sa propre personne, le sentiment de porter une parole occidentale universelle, le ridicule des poses factices, le goût de se faire photographier à l’étranger, le besoin de parler fort et de ne rien faire avancer. Du deuxième, il a l’emphase ridicule, la posture martiale bricolée de toutes pièces, la boursouflure mal à propos, le côté fantoche d’un chef d’État grandiloquent à la tête d’un pays failli dont il ne se préoccupe pas. Du troisième, il a pris la fausse familiarité de bateleur (très peu naturelle dans le cas de Macron), l’envie de monter des « coups », l’indifférence totale au sort des entreprises qu’il désosse et revend sans un regret (dans le cas du Président, c’est la France).

Cinq ans de gifles sur la scène internationale. C’est long. C’est peut-être bientôt fini. Croisons les doigts.

Arnaud Florac

Tribune reprise de Boulevard Voltaire

Oui, les Français préfèrent les Ukrainiens aux Afghans, n’en déplaise à Emmanuel Macron et Marlène Schiappa

refugiés ukraine

Parmi les déclarations à scandale de Jean-Marie Le Pen, on a retenu celle-ci : « Je préfère mes filles à mes nièces, mes nièces à mes cousines, mes cousines à mes voisines… » etc. Développement dans « L’Heure de vérité », sur Antenne 2, en 1988 : « J’aime mieux mes filles que mes nièces, mes nièces que mes cousines, mes cousines que mes voisines. J’aime mieux la France, et puis j’aime mieux l’Europe, j’aime mieux l’Occident et puis j’aime mieux le monde libre. »

Ces propos qui ont le bon sens de l’évidence continuent, 34 ans plus tard, d’être dénoncés comme l’expression ultime du racisme et de la xénophobie. Ainsi, le site gauchemip.org reprend une tribune de L’Humanité où l’on peut lire que « c’est par l’exogamie que les espèces progressent ». Aujourd’hui, on parle de « créolisation ». Et de développer : « Le repli sur soi, sa culture, sa maison, ses habitudes ou ses cousines est donc appauvrissant. Comment progresser quand l’inconnu provoque une méfiance ? »

Tout cela nous ramène au plein cœur de l’actualité : l’accueil des réfugiés ukrainiens.

Emmanuel Macron, le Président qui ne fait pas campagne, était, ce mardi, en visite dans un centre d’accueil à La Pommeraye, sur la commune de Mauges-sur-Loire, dans le Maine-et-Loire. Sont accueillies là, depuis vendredi soir, 16 familles ukrainiennes dont 19 enfants de 1 à 3 ans.

Encadré par deux statues de sel – Gérald Darmanin et Marlène Schiappa, au garde-à-vous –, la mine sombre et la voix de circonstance, le chef de l’État a rendu hommage à son excellente gestion et à la générosité des Français. Le matin même, Marlène Schiappa se félicitait elle aussi, sur Europe 1, de « l’élan de générosité citoyenne de la part de la France », les propositions d’hébergement affluant sur la plate-forme parrainage refugies.info créée tout exprès. Et d’expliquer la mise en place, « sur l’impulsion de la France, d’un statut européen de protection temporaire », instituant un statut de « déplacé ». « C’est inédit, c’est la première fois », dit Schiappa. Cela « leur permettra, à l’issue (sic), de retourner en Ukraine pour celles et ceux qui souhaiteront y retourner. Car beaucoup nous disent qu’ils ont envie de retourner en Ukraine pour reconstruire leur pays. »

Sonia Mabrouk lui demande alors : « C’est la preuve que quand on veut, on peut accueillir… parce que c’est une immigration blanche, chrétienne. Est-ce que vous l’assumez ? »

« Non, c’est pas pour ça », répond Marlène Schiappa. « D’abord, pour la question de l’Afghanistan, nous nous sommes mobilisés de la même manière […] Nous avons fait la même chose pour l’Afghanistan. La France a une grande tradition d’asile, d’accueil des personnes qui sont persécutées ou menacées de mort, et c’est l’honneur de la France. »

Cette réponse est celle, presque mot pour mot, qu’Emmanuel Macron a faite au journaliste qui, à La Pommeraye, lui a demandé : « L’été dernier, lorsque des hommes et des femmes en danger eux aussi fuyaient le régime des talibans en Afghanistan, vous aviez parlé des flux migratoires irréguliers contre lesquels l’Europe allait avoir à se protéger. En quoi la situation est-elle différente aujourd’hui ? »

« C’est toujours la même chose », répond le Président. « L’asile constitutionnel, la protection des hommes et des femmes qui fuient la guerre, des combattants de la liberté, est inconditionnelle. Nous savons qu’il y a toujours à côté de ça des réseaux d’immigration clandestine et des systèmes qui se mettent en place. Faire le distinguo, c’est aussi honorer la nature des premiers. Donc, je me suis toujours attaché à ce que nous soyons à la hauteur de nos valeurs. C’est l’honneur de la France, quelle que soit la pression migratoire, nous avons fait partie de ces pays d’Europe dont les taux de protection à l’asile sont parmi les plus élevés », expliquant que faire croire que la France a opéré une préférence migratoire en n’acceptant pas les Afghans est « une très mauvaise polémique ».

Reste qu’à côté des « valeurs » de la France, il y a aussi l’avis des Français, lesquels, de toute évidence, préfèrent accueillir chez eux des Ukrainiens plutôt que des Afghans. Comme un Le Pen qui préférait ses filles à ses voisines et l’Occident au monde musulman…

Marie Delarue

Tribune reprise de Boulevard Voltaire

Volodymyr Zelensky : de la dialectique du bien et du mal

Volodymyr Zelensky

Il semble loin le temps où, en 2016, Volodymyr Zelensky jouait du piano debout avec ses attributs. Ou qu’il se produisait dans des danses lascives en body-cuir et talons aiguilles. Il a, depuis, conquis ses lettres de noblesse auprès d’une partie de l’intelligentsia occidentale qui fait de cet ancien bouffon devenu président le parangon de la démocratie depuis que Vladimir Poutine a envahi l’Ukraine.

Si l’irrationalité apparente de la décision de Poutine interroge, après plus d’une semaine de combats, la réalité saute aux yeux : il a généré l’inverse de tout ce qu’il semblait vouloir provoquer. Au premier chef, le sentiment national ukrainien s’est cristallisé en cet ambigu Zelensky, qu’on disait marionnette fantoche de puissances oligarchiques, compromis et fragilisé, en septembre dernier, par les révélations des « Pandora Papers » sur l’opacité de ses transactions à l’étranger, après qu’il se fût pourtant déclaré champion et « serviteur du peuple » contre la corruption lors de la campagne présidentielle de 2019.

La résistance massive des Ukrainiens qui déjoue les pronostics de victoire rapide du Kremlin a-t-elle aussi surpris l’ancien saltimbanque qu’ils ont porté à leur tête ? En tout cas, il nous démontre aujourd’hui qu’il a su prendre en main les commandes de la « Providence » avec une habileté consommée où transparait son professionnalisme de communicant. Conviction ou posture, il a surtout su s’approprier et mettre en scène la dialectique du Bien et du Mal à destination de l’Occident libéral.

Ce vendredi, dans une mise en scène sobre en un lieu indéterminé pour raisons de sécurité, veste kaki et mal rasé, il exhortait une nouvelle fois les Européens en termes dramatiques sur le danger de l’ogre russe qui nous menacerait tous, présentant son pays comme un rempart : « Si l’Ukraine ne tient pas, l’Europe ne tiendra pas. » Une dialectique pour émouvoir nos sensibilités par la simplification dualiste : « Soutenez notre liberté, parce que cette victoire, ce n’est pas seulement contre les militaires russes, c’est la victoire du bien contre le mal. » Disons-le tout net, Volodymyr Zelensky est dans son meilleur rôle. Celui de sa vie !

N’aurait-il pas déjà échappé à trois tentatives d’assassinat ? C’est ce que dit le Times. Vrai ou faux, peu importe. Les médias occidentaux retrouvent avec lui le héros romantique « guévarien » de la liberté qui plaît à l’universalisme moral ; le David démocrate qui brave le Goliath totalitaire. Et les vieux va-t-en-guerre à l’émotion sélective du nouveau Café de Flore, BHL en porte-drapeau, réactivent la mythologie de leurs jeunes années : pour lui, Zelensky, c’est Gavroche, Allende et Churchill à la fois. Face à un Poutine vieilli, cireux et cravaté derrière son bureau old fashion soviétique, vu et dépeint en dictateur usé, ce personnage trouble a d’ores et déjà gagné, en France et en Europe, la bataille du texte et de l’image grâce à sa propre mise en scène et aux louanges de ses multiples défenseurs.

Mais, acculé au tragique imposé par la guerre, n’est-il pas devenu, quoi qu’on en pense, par ses déclarations irresponsables qui veulent entraîner les Européens et l’OTAN jusqu’à l’irréparable, l’imprévisible pyromane de l’escalade militaire la plus dangereuse qui soit ? Comme un mauvais génie de combat eschatologique, bien éloigné du modèle idéal des héros de la liberté dont rêvent pour nous BHL et sa clique.

Pierre Arette

Tribune reprise de Boulevard Voltaire

Jean-Paul Garraud : Guerre en Ukraine : « On ne peut pas se laisser guider par la frénésie médiatique »

Jean-Paul Garraud

Le président ukrainien Zelensky a demandé, ce lundi 28 février, l’intégration sans délai de son pays à l’Union européenne. Jean-Paul Garraud, député RN au Parlement européen, réagit à cette demande au micro de Boulevard Voltaire. Il en appelle à la plus grande prudence et met en garde contre les va-t-en-guerre qui prospèrent sur les plateaux télé.

Vous êtes euro député. Aujourd’hui, le président de l’Ukraine, monsieur Zelensky a signé la demande officielle d’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne. Cette décision est urgente et il demande à l’UE de l’accepter sans délai. Que pensez-vous de la demande du président Zelensky ?

Premièrement, nous avons au Rassemblement national, une position de principe qui est celle du non-élargissement de l’Union européenne telle qu’elle est aujourd’hui.

Deuxièmement, il ne faut en aucune façon, surtout dans le contexte que nous connaissons actuellement, agir sur le coup de l’émotion. Je comprends bien la demande faite par l’Ukraine, mais ceci doit être réfléchi et ne pas se laisser aller à des mouvements non réfléchis.

L’Ukraine est envahie depuis plusieurs jours par l’armée russe. Au début, nous avons vu une Union européenne qui ne parvenait pas à se faire entendre sur la scène diplomatique, mais qui aujourd’hui, semble avoir trouvé une forme de compromis pour au moins, envoyer massivement un soutien logistique et militaire à l’Ukraine. Est-ce la preuve que devant l’urgence les affaires extérieures européennes fonctionnent ?

Je ne le ressens pas du tout de cette façon. D’abord, il faut se méfier parce que nous n’avons pas beaucoup d’information sur la situation réelle de l’Ukraine actuellement. Et ensuite parce que l’Union européenne est en train d’essayer de se renforcer par le biais de cette affaire. L’Union européenne a une vocation qui est celle de vouloir avoir une politique unique de défense et d’être un supra État. Elle veut faire en sorte que la situation telle qu’elle est, aille dans son sens.

Effectivement, nous constatons tous qu’elle a un certain nombre d’initiatives, mais attention parce qu’aller encore plus loin, avoir une politique de défense commune et une armée commune dépasserait les prérogatives de l’Union européenne et mettrait à bas la politique des États-nation. Nous sommes très favorables aux États-nation et nous considérons que la politique des États-nation pourrait être beaucoup plus forte qu’un certain nombre de gesticulations qui répondent à des phénomènes un peu médiatiques, mais qui sur le fond, ne sont pas du tout efficaces.

À droite, il y a toujours eu une certaine fascination pour Vladimir Poutine. Je pense à Éric Zemmour qui disait qu’il attendait un Poutine français. Marine Le Pen elle-même n’avait jamais caché sa volonté de raprocher la France de la Russie. Les tenants de cette ligne-là ne sont-ils pas pris à leur propre jeu et ne découvrent-ils pas un Vladimir Poutine plus sombre qu’ils ne l’avaient imaginé ?

En ce qui me concerne, je n’ai pas d’admiration pour Vladimir Poutine, mais je trouve que la Russie est un grand peuple, avec une grande Histoire avec laquelle nous avons des liens historiques et culturels. Je trouve qu’il faut faire très attention à ne pas forcément mettre le peuple russe au ban des nations.

Je travaille beaucoup sur la lutte contre le terrorisme islamique et je sais que les Russes sont très efficaces dans ce domaine. Je connais toute l’Histoire de la Russie et cette grande histoire commune que nous avons. Tout ceci n’est pas à jeter aux orties parce qu’il y a actuellement les problèmes que nous connaissons. Il faut donc faire la part des choses. Plus on va mettre au ban des nations comme une infamie le peuple russe, plus la situation va se durcir et plus il y a un risque d’escalade. Je suis dans en opposition totale avec tous les va-t-en-guerre qui sur tous les plateaux de télé et ailleurs nous donnent des conseils dans tous les sens, alors que sur le fond il y a des risques énormes. Il suffirait d’un seul missile russe qui s’appelle Satan pour rayer la France de la carte du monde. Il ne faut pas jouer avec cela.

Je pense que les auditeurs entendront tout à fait cet appel au calme. Néanmoins, comment être sûr que Vladimir Poutine se satisfera de l’Ukraine s’il venait à remporter cette guerre. Si l’Ukraine tombe, la Pologne, la Roumanie et la Moldavie ne se retrouveraient-elles pas en danger ?

Je pense avant tout que la diplomatie doit agir et être efficace. Ce qui est un peu frappant dans cet environnement actuel c’est que nous avons passé sous silence, l’essentiel des demandes russes.

Les demandes russes sont finalement assez simples. Avec l’OTAN qui s’est développé, l’Alliance atlantique a disposé toute une série d’armement aux frontières de la Russie à quelques minutes de missile de Moscou. Les demandes de la Russie étaient d’avoir une certaine sécurité par rapport à cela, car on ne sait jamais ce qu’il peut se passer. Il suffit que des membres de l’Alliance atlantique des pays ou des chefs d’État puissent avoir une politique très négative pour qu’il y ait une catastrophe. Cette demande n’a pas été entendue et elle est passée sous silence. Je ne dis pas que cela justifie l’agression russe, puisqu’elle est condamnable et on l’a condamnée fermement, mais aujourd’hui je considère que la situation est très tendue et tout le monde se retrouve dans une position assez fermée. Je pense très sincèrement que la France a certainement un rôle à jouer. C’est d’abord et avant tout de la diplomatie qui doit se mettre en place. Tout n’est pas blanc d’un côté et noir de l’autre. Il faut donc faire très attention. Dans cette affaire, on ne peut pas se laisser guider par l‘émotion ou par une frénésie médiatique qui emballe les esprits. Il faut vraiment être très réfléchi et ferme sur la question. La France peut et doit jouer son rôle.

Tribune reprise de Boulevard Voltaire

Guerre en Ukraine : il y a donc réfugiés et réfugiés, reconnaît Christophe Barbier

Christophe Barbier

Il est encore trop tôt pour analyser, avec discernement et sans céder à l’émotion, toutes les causes de l’invasion des troupes russes en Ukraine. Il est non moins difficile d’en prévoir tous les effets. On peut cependant assurer que la crise ukrainienne aura sur la France deux conséquences prochaines. Sur le plan politique, elle va dénaturer la campagne électorale, qui fera l’impasse sur le bilan du Président sortant. Sur le plan migratoire, on peut présumer que la France accueillera bientôt des réfugiés ukrainiens.

Emmanuel Macron a déclaré que « la France, comme tous les autres pays européens, prendra sa part pour assister la population ukrainienne, mais aussi pour accueillir des réfugiés venus de ce pays ». Marine Le Pen a de son côté assuré, sur BFM TV, qu’il fallait, « bien sûr, accueillir les réfugiés qui fuient l’Ukraine », ajoutant qu’« on est là au cœur de la Convention de Genève ». Le journal Libération a sauté sur l’occasion pour souligner, comme pour la prendre en défaut, les contradictions de la candidate d’un parti qui avait, en août dernier, lancé une pétition pour dire « non à l’accueil massif de réfugiés afghans ». Il fait semblant de ne pas comprendre.

Christophe Barbier, dans sa chronique matinale sur BFM TV, a involontairement pris la défense de Marine Le Pen, qui pourrait reprendre mot pour mot son argumentation. Évoquant l’éventualité d’une arrivée importante en France de réfugiés ukrainiens, il a rappelé qu’ils étaient des « Européens de culture », une population « très proche, très voisine », que « cette situation ne va pas s’éterniser durant des années » et que la plupart d’entre eux retourneraient dans leur patrie à la fin des hostilités. Des paroles de bon sens qui, dans la bouche de Marine Le Pen ou d’Éric Zemmour, seraient considérées comme discriminatoires.

Il faut pourtant se rendre à cette évidence : entre les réfugiés afghans ou, plus généralement, les réfugiés de culture musulmane et les réfugiés ukrainiens, il y a une différence de nature. L’Ukraine est un pays très majoritairement chrétien, de tradition orthodoxe, bien éloigné de l’islam. Elle est proche de nous par sa civilisation et sa culture. Tout laisse à penser que les réfugiés ukrainiens d’aujourd’hui, comme ceux d’hier, contrairement à une partie des immigrés issus de pays islamiques, n’exporteront pas une culture étrangère, voire hostile à la nôtre, et ne poseront aucun problème d’intégration ni d’assimilation.

Cette différence essentielle ne semble guère être comprise par des esprits qui, au nom d’un universalisme perverti, refusent de prendre en compte les différences civilisationnelles qui peuvent nuire à la cohésion sociale et à l’unité d’un pays, quand elles ne tendent pas à s’imposer. Il existe, chez ces apôtres de la bien-pensance, qui sont aussi les chantres de la pensée unique, une préférence irraisonnable pour tout ce qui est le plus étranger à notre culture. On l’a vu avec les chrétiens d’Orient, dont les persécutions semblent les laisser indifférents alors qu’ils ouvrent facilement les bras à la religion qui les persécute.

Certains peuples s’assimilent en France mieux que d’autres. Le reconnaître n’est pas une marque de discrimination mais de discernement. Le mot de Saint-Exupéry, « Celui qui diffère de moi, loin de me léser, m’enrichit », ne peut s’appliquer pleinement qu’entre peuples de cultures voisines, qui s’enrichissent mutuellement de leurs particularités. Nier cette évidence, c’est faire preuve d’un aveuglement coupable ou prendre un malin plaisir à voir progressivement s’éteindre notre civilisation.

Philippe Kerlouan

Tribune reprise de Boulevard Voltaire

Guerre en Ukraine – Hervé Juvin : « Je crains que la grande perdante de l’histoire soit l’Europe »

Hervé Juvin

Les deux impérialismes anglo-saxon et russe, le rôle déstabilisateur du Royaume-Uni dans la crise, la défaite terrible de l’Union européenne qui sera la première victime des sanctions lancées contre la Russie : alors que le président russe Vladimir Poutine lance l’offensive en Ukraine, l’eurodéputé (RN) et expert en géopolitique Hervé Juvin, grand connaisseur de la Russie, détaille, dans un entretien réalisé ce 23 février par Boulevard Voltaire, les grands enjeux de ce conflit majeur en Europe.

Vous êtes euro député et membre du groupe Identité et Démocratie. Vous êtes auteur, essayiste et vous avez écrit de nombreux ouvrages d’économie et de géopolitique. Je vous remercie d’accorder une interview à Boulevard Voltaire. Aujourd’hui, nous allons parler de l’Ukraine.

Que se passe-t-il en Ukraine ? Comment a-t-on pu arriver à un niveau de tension aussi élevé ?

C’est plus qu’un niveau de tension. Nous sommes face à des opérations militaires dont nous savons assez peu de choses sinon qu’elles sont intenses, qu’elles opposent des milices et des mercenaires côté ukrainien aux forces des Républiques autonomes du Donbass. Ces combats sont intenses. Certains parlent de combats de chars. Il y a des victimes et une évacuation massive de civils. Plusieurs dizaines de milliers sont en train de quitter les régions de Donetsk et de Louhansk pour se réfugier vers la Russie. Nous sommes dans une situation qui tourne à la guerre et qui naturellement provoque l’inquiétude de toutes les grandes puissances.

Que s’est-il passé entre 2014 et 2022, alors que la guerre était « stabilisée » ?

Le front a toujours été chaud. On parle d’une dizaine de milliers de victimes depuis 2014 et depuis le coup d’État organisé à Kiev par les services américains, par l’argent américain et par Victoria Nuland qui se félicite d’ailleurs d’avoir dépensé un milliard de dollars pour réussir ce coup d’État.

Nous sommes dans une situation qui nous impose de revenir à l’histoire.

L’histoire interprétée très différemment selon qu’on soit à l’Est ou à l’Ouest est l’histoire du berceau de la Russie. À l’origine, la Russie c’est Kiev, c’est la conquête mongole, c’est l’éparpillement du royaume. Le coeur de la Russie a commencé à battre à Kiev et on ne peut pas l’oublier. Ce sont ensuite les vicissitudes d’une histoire qui font que l’Ukraine indépendante n’a pratiquement jamais existé. Il y a eu une Ukraine indépendante à peu près entre 1917, la Révolution russe et 1921. Ensuite, il y a eu une Ukraine indépendante dont l’indépendance doit tout à la décision de l’Union soviétique de dissoudre la fédération, dont les frontières doivent tout à des tracés assez aléatoires réalisés du temps de Khrouchtchev.

On a un État dont l’Ouest dit qu’il a tous les privilèges d’un État-nation souverain dont les Russes ont quelques raisons de penser que d’une manière ou d’une autre, il fait toujours partie de la communauté de vie et de la communauté politique russe.

J’ajouterais que la différence saute aux yeux. À l’ouest de l’Ukraine, la population est polonaise parce qu’elle a appartenu à la Pologne. Une partie de la population se sent très proche de la Hongrie et serait disposée à se retrouver hongroise. Je crois d’ailleurs que les passeports hongrois sont largement distribués à l’ouest de l’Ukraine.

Et puis, tout à l’Est, vous avez de même qu’en Crimée, une population à 80 % russophone dont tout l’attachement se fait du côté de Moscou et de la Russie. Elle représente à peu près 20 % de la population, ce qui n’est pas rien sur quelques-unes des terres riches notamment en charbon et riche en installation industrielle. Si je puis le dire ainsi, le visage actuel de l’Ukraine n’est pas le visage d’un État-nation unifié. Le visage de l’Ukraine est le visage d’un État composé de différentes régions qui, toutes pour des raisons historiques et pour des raisons religieuses, regardent vers d’autres pays. Les uns vers la Pologne et la Hongrie et les autres vers la Russie. En clair, l’État-nation ukrainien est une création extraordinairement récente, extraordinairement fragile et extraordinairement minée par des élites corrompues et par des dirigeants qui doivent beaucoup plus à la faveur occidentale qu’au suffrage universel et à la décision de leur peuple.

À vous entendre, c’est un pays très fragmenté.

Je dirais factice. Il n’y a pas de peuples ukrainiens, mais une population à l’Ouest qui manifestement est européenne. Elle est européenne par ses comportements, par son mode de vie et par ses souhaits de consommation. Elle parle assez massivement anglais. On voit bien qu’à l’ouest de l’Ukraine, il y a une population qui ne demande qu’à se lier à l’Ouest. Et on voit bien à l’inverse qu’à l’Est on a une population, certes minoritaire, qui se sent très profondément russe. L’une des raisons du conflit actuel c’est que le gouvernement ukrainien n’a jamais reconnu les accords de Minsk qui prévoyaient d’accorder une large autonomie au territoire de Donetsk et de Louhansk et notamment il demandait la reconnaissance de la langue russe et de l’enseignement russe. Or, Kiev interdit l’enseignement du russe, tente de limiter la pratique du Russe et en même temps de museler tous les médias en russe. C’est évidemment inacceptable pour une population qui est très majoritairement russophone. En Crimée, un référendum donnerait probablement aujourd’hui 80 % de voix en faveur du rattachement à la Russie. Le sentiment, en partie légitime de nos voisins russes, c’est que l’Ouest pratique le deux poids deux mesures. Quand il s’agit de démembrer la Yougoslavie, quand il s’agit de séparer le Kosovo de la Serbie, les peuples n’ont jamais été consultés. On a fait appel à des principes juridiques sans jamais tenir compte de la réalité de la volonté notamment des Serbes orthodoxes. C’est un peu la même chose qui sévit aujourd’hui en Bosnie-Herzégovine où était mis en place un représentant doté de pouvoir absolument exorbitant. C’est un Allemand qui occupe le poste. Il fait la loi, peut révoquer des juges, peut changer à peu près tout ce qu’il veut en Bosnie-Herzégovine, sans aucun accord de la population et sans jamais le recours au suffrage universel.

On peut considérer que l’Ouest pratique deux poids deux mesures. Faites ce que je vous dis de faire et ne faites pas ce que je fais. Il y a une loi qui s’applique à mes ennemis, je m’applique à moi-même une loi différente. On peut comprendre que dans le cas de l’Ukraine comme d’ailleurs dans beaucoup d’autres situations dans le monde, nos voisins russes ne sont pas très satisfaits qu’une règle internationale soit à ce point biaisée.

Pour lire la suite, c’est ici !

À deux semaines du premier tour, au cinéma : un thriller sur la menace de l’extrême droite à l’Élysée !

film Le monde d'hier

Le 30 mars 2022 sortira, sur nos écrans, le film Le monde d’hier, réalisé par Diastème, avec Léa Drucker et Denis Podalydès. L’histoire est simple. Voici, par exemple, ce qu’en dit le site Allociné : « Alors qu’elle s’apprête à quitter la vie politique, Élisabeth de Raincy (Drucker), présidente de la République, découvre qu’un scandale va éclabousser son successeur désigné et donner la victoire au candidat d’extrême droite. Elle et son équipe ont trois jours pour changer le cours de l’Histoire. »
Il faut, de toute urgence, voir la bande-annonce de ce film. Rien n’y manque : l’ombre d’une « Internationale fasciste » (Pologne, Brésil et même… Turquie) dont la France, avec un Président d’extrême droite, pourrait « prendre la tête » ; la Présidente, « républicaine » bien sûr, qui est prête à mobiliser les moyens clandestins de l’État pour faire tomber un candidat à l’élection présidentielle ; les plans nerveux, qui évoquent un de ces thrillers à la Tom Clancy, où une bombe nucléaire a disparu des arsenaux… sauf que, dans ce cas précis, la « Somme de toutes les peurs », pour reprendre l’un des titres de l’auteur américain, c’est tout simplement la voix du peuple.

C’est bien le cœur du problème : les scénaristes (Diastème, le duo Davet et Lhomme ainsi que Christophe Honoré) assument de mettre en scène des « gentils » qui, avec des moyens illégaux, luttent contre le suffrage universel pour préserver l’idée qu’ils se font de la République. Mieux : le réalisateur ne s’imaginait pas faire autre chose. Lisons, par exemple, ce qu’il dit dans le dossier de presse du film :

« Le problème n’a malheureusement fait qu’empirer depuis 2015, non seulement en France mais partout dans le monde. C’est évidemment un sujet qui me préoccupe. Quelque temps après l’élection d’Emmanuel Macron, après avoir vu ce qui s’était passé autour de la candidature de François Fillon, je n’ai pas pu m’empêcher de me dire : et si une histoire de ce genre, plus grave peut-être, était arrivée à Macron entre les deux tours, que se serait-il passé ?

Dans le même temps, il y a eu Trump, Bolsonaro, la Turquie, la Hongrie, la Pologne, Salvini en Italie. Je ne me voyais pas écrire sur autre chose… Un Français a été le premier film à parler de l’extrême droite d’aujourd’hui, de manière frontale, et je crois qu’il n’y en a eu qu’un depuis : Chez nous, de Lucas Belvaux. C’est surprenant car c’est à mon sens le plus gros problème de notre société à court terme. » On ne saurait être plus explicite.

Le film Un Français, dont parle Diastème ci-dessus, était une autre de ses créations, sortie en 2014. Il y suivait un jeune skinhead qui apprenait progressivement à se détacher de l’extrême droite. Une sorte d’American History X commandé sur Wish. Toujours cette manie de la psychiatrisation : l’extrême droite, telle que ses adversaires la désignent, est le camp des malades mentaux, des ratés, des malheureux. Ses adeptes doivent être soignés. L’œuvre de Diastème fait apparemment partie de la gamme des médicaments prévus à cet effet.
Comme tous les films, celui-ci a été sponsorisé en partie par des fonds publics, c’est-à-dire, chers amis, par nos impôts. Comme peu de films, en revanche, celui-ci sort sur les écrans le 30 mars 2022, c’est-à-dire… 11 jours avant le premier tour de l’élection présidentielle. Ce que le hasard peut faire, tout de même, c’est assez incroyable.

Peut-être ce chef-d’œuvre immortel aidera-t-il quelques « fachos », humiliés de se voir ainsi dépeints en complices du Mal, à voter pour le « bon camp ». Ou peut-être que les gens en ont marre qu’on leur dise quoi faire, quoi penser ou non, pour qui voter ou non ; peut-être que la démocratie, c’est faire confiance au peuple, au lieu d’utiliser l’appareil d’État pour prolonger artificiellement un système à bout de souffle. Souhaitons à ce grand film le succès qu’il méritera.

Arnaud Florac

Tribune reprise de Boulevard Voltaire

Commerce extérieur, immigration, insécurité : cinq années de perdues !

quinquennat macron

Certes, la pluie de cadeaux financés par un endettement record, la diplomatie continentale et les annonces qui enjambent allègrement l’élection présidentielle, comme si celle-ci n’existait pas, doivent éberluer bon nombre de Français. Certes, les calculs et les connivences des élus socialistes et autres ralliés à la Macronie tissent un réseau de soutiens intéressés qui explique la courtisanerie des signatures en faveur de celui qui n’est pas encore candidat parce qu’il souhaite profiter au maximum de la présidence pour faire campagne de haut et à bon compte. Certes, enfin, la complicité des médias qui ont assuré son élection en 2017 perdure en grande partie, mais on peut quand même s’interroger sur des sondages qui semblent ne tenir aucun compte des réalités les plus marquantes qui composent un bilan désastreux.

Ne retenons que trois chiffres : le premier est celui du commerce extérieur, qui affiche un record historique pour notre pays de 84,7 milliards d’euros en 2021 ; le second est celui de l’immigration, avec 270.000 titres de séjour accordés l’année dernière, un redémarrage après le blocage lié au Covid et non à la politique gouvernementale ; le troisième est celui de la délinquance violente, puisque le total du nombre de victimes de coups et blessures volontaires (sur personnes de 15 ans ou plus) enregistrées augmente très fortement en 2021 et s’établit à 306.700. Il était de 274.300 en 2020 et de 225.500 en 2016.

Ces trois chiffres mettent au pilori le quinquennat macronien, les discours autosatisfaits du pouvoir et les annonces tardives de mesures à visées électoralistes. Le dernier a donné lieu à un échange entre le ministre de l’Intérieur et Apolline de Malherbe. Une augmentation de 33 % des violences sexuelles et des violences de 12 % est rappelée par la journaliste, qui cite les données du ministère. L’ambitieux frénétique inquiet pour son avenir n’hésite pas à mentir effrontément : par omission surtout, puisqu’il s’appuie sur la diminution toute relative des atteintes aux biens, en oubliant que le confinement qui a maintenu les Français à domicile a freiné les cambriolages, et en passant sous silence la reprise des vols en 2021 (+5 %) et l’envolée des escroqueries (+15 %). Le plus saillant est le passage de l’objectivité des chiffres à l’idéologie des mots : dire que la violence augmente est populiste.

Dire que cette violence, la délinquance en général, le trafic des stupéfiants en particulier (+38 %), sont liés à l’immigration et à la multiplication des quartiers de non-droit doit évidemment aussi être une marque de populisme. La volonté d’enrayer le processus migratoire est un marqueur d’extrême droite. « Ben voyons » ! C’est la raison pour laquelle il paraît scandaleux, aux yeux du pouvoir actuel, de dénoncer la réalité du « Grand Remplacement », alors que la demande d’asile a augmenté de 28 % en 2021, que le regroupement familial a crû de 18 % et que les naturalisations ont progressé de 50 %. Cette question ferait partie des obsessions idéologiques qui génèrent les « sentiments » d’insécurité ou de changement de population, lesquels doivent laisser place au domaine sérieux de l’économie.

L’ennui, c’est que le juge de paix de notre économie – la balance commerciale – vient de se prononcer. La planche à billets de l’endettement permet d’annoncer une croissance record, après une récession plus importante que ce rattrapage, la formation et l’apprentissage en particulier améliorent apparemment les chiffres du chômage, qui restent cependant deux fois plus élevés que ceux de l’Allemagne, qui n’a nullement dû creuser les déficits pour y parvenir. Mais cette surchauffe artificielle se traduit par le déficit le plus élevé de la balance commerciale connu par notre pays. Nous importons de l’énergie devenue plus chère, mais aussi des biens que nous ne parvenons plus à produire à des prix compétitifs, ou avec une qualité suffisante quand nous les produisons. L’Allemagne a, elle, engrangé un excédent commercial de 173 milliards d’euros en 2021. « Une grande nation se mesure à son commerce extérieur » : cette phrase est de Bruno Le Maire ; elle suffit à juger la réalité d’une économie qu’il prétend aujourd’hui dans une forme olympique.

Une campagne présidentielle digne de ce nom devrait permettre aux Français d’appréhender l’état véritable de leur pays, entre déclin et décadence. On comprend que le locataire de l’Élysée préfère jouer les importants sur la scène internationale. Mais, là encore, la froideur de l’accueil moscovite, la longueur des tables et les démentis dissipent les illusions entretenues. Le mandat macronien ? Cinq années de perdues !

Christian Vanneste

Tribune reprise de Boulevard Voltaire

[Entretien] Marine Le Pen : « À l’évidence, le propos que j’ai tenu n’a pas été compris »

marine le pen

08/02/2022 – FRANCE (NOVOpress)
Marine Le Pen, de retour de Reims, a accueilli Boulevard Voltaire à son QG de campagne. L’occasion pour elle de revenir sur ses propos polémiques, publiés dans Le Figaro et Causeur, et les accusations portées sur l’entourage d’Éric Zemmour qui ont fait couler beaucoup d’encre. Marine Le Pen regrette-t-elle sa phrase ? Elle regrette que son propos n’ait pas été compris.

Un entretien exclusif réalisé par Boulevard Voltaire.

Bonjour Marine Le Pen, merci de nous accueillir. L’entretien que vous avez accordé au Figaro et à Causeur a fait couler beaucoup d’encre. Vous y avez évoqué le communautarisme qui régnerait dans les troupes d’Éric Zemmour notamment un communautarisme catholique. Vous évoquez des chapelles sulfureuses et je cite des « catholiques, païens et quelques nazis ». On vous reproche d’avoir utilisé la reductio ad Hitlerum qui a été utilisée contre vous pendant des années et contre le mouvement de votre père, ayant contribué à neutraliser votre parole. Beaucoup de catholiques se sont sentis très blessés y compris dans vos rangs. Regrettez-vous vos propos ou jugez-vous que vous avez été mal comprise ?

Ce que je regrette c’est qu’à l’évidence le propos que j’ai tenu n’a pas été compris. C’est un article et par définition dans un article, on colle des idées les unes à côté des autres. La relation qui est faite entre les deux a donné une image erronée.
J’ai dit que je pensais que la vision d’Éric Zemmour est une vision communautariste, c’est-à-dire, qu’on se reconcentre sur nous. Personnellement, ce n’est pas la vision que j’ai. Je ne compare pas Éric Zemmour avec des islamistes, mais je dis que pour répondre à un communautarisme ravageur, il ne faut pas se recroqueviller sur soi-même en disant que l’on défend une communauté. Selon moi, la seule communauté qui existe est la communauté nationale. J’ai exprimé une différence de vision. Puis dans une autre phrase, en réalité, je vois qu’Éric Zemmour ne maîtrise pas ce qui se passe. Des gens viennent pour peser sur sa ligne. D’ailleurs, ces chapelles sont contradictoires les unes avec les autres. C’était cela le sens de mon propos lorsque je parlais des catholiques traditionalistes et des païens.
Je pense qu’un mouvement politique doit être aconfessionnel. Le Rassemblement national l’est et tout le monde a d’ailleurs voté ces statuts.
Je pense que la religion est affaire personnelle. En revanche, nous avons bien sûr des racines chrétiennes. Je l’ai toujours dit. À l’époque où il était question d’une Constitution européenne, j’avais participé à plaider pour que les racines chrétiennes de l’Europe soient dans la Constitution européenne. Évidemment, ceci ne me pose aucune difficulté. Je crois que ce n’est pas sain qu’il existe à l’intérieur des mouvements politiques, en gros, des chapelles constituées telles que celles-là.
Dans la forme de mon propos, nous parlons des éléments sulfureux. Je dis qu’il y a effectivement chez Éric Zemmour quelques nazis. C’est vrai et je trouve cela impardonnable. J’ai beaucoup œuvré et on peut tous me l’accorder précisément pour écarter de mon mouvement politique, les gens qui étaient des gens sulfureux et qui avaient des pensées qui m’apparaissaient profondément antinationales. Ils étaient des radicaux, extrémistes et avaient une vision ethnique, raciale du combat politique. Je les ai écartés avec, encore une fois, beaucoup d’énergie et de fermeté parce que je pense que ces gens-là doivent être mis au ban de la vie politique.
Or, je m’aperçois qu’après avoir été marginalisés, ils retrouvent une vitrine politique dans le mouvement d’Éric Zemmour qui ,en réalité, ne sait pas qui est dans son mouvement. Même quand une députée européenne le rejoint, il ne connaît même pas son nom et ne sait même pas d’où elle est. Il ne sait donc pas qu’il est un peu victime d’une forme de ralliements opportunistes et extrêmement contradictoires les uns avec les autres dont des mouvements radicaux comme le parti de la France. Je ne parle pas de Carl Lang qui n’est pas dans cet état d’esprit, mais Thomas Joly l’est. Ces gens-là n’ont rien à faire en politique.
Je dis aux équipes d’Éric Zemmour de faire le ménage parce qu’elles défendent des idées nationales. Si elles ne font pas le ménage, c’est l’ensemble des idées nationales qu’elles vont abîmer et dont elles vont donner une image déplorable. Je me suis battue pendant vingt ans pour justement défendre ces idées nationales et pour arrêter qu’elles soient assimilées à des radicaux et des extrémistes. Ce n’est pas pour que ces idées nationales, sous prétexte, qu’elles sont portées par quelqu’un d’autre, soient à nouveau assimilées à cela.
Je déplore qu’il ne souhaite pas faire le ménage. J’ai entendu monsieur Peltier dire « s’il y en a, on les virera ». J’entends ce discours et je ne fais pas encore une fois un procès en nazisme à Éric Zemmour, je dis juste « attention, vous êtes en train d’accueillir chez vous des gens qui ne doivent pas avoir la moindre vitrine politique ».

Vous dites qu’Éric Zemmour est victime de ceux qui l’ont rejoint.

Lorsqu’on lui a posé la question, il a dit « non, il n’y a personne ». En l’occurrence, ce n’est pas moi qui ai fait la liste. Lorsque les journalistes m’ont demandé de qui je parlais, je leur ai dit que je n’étais pas la présidente de SOS racisme ni de la LICRA et je ne suis pas non plus DRH chez Zemmour. Par conséquent, ce n’est pas à moi de faire la liste des gens qu’il doit écarter. En l’occurrence, les LR ont fait cette liste. Lorsqu’on voit les profils d’un certain nombre de personnes, oui je crois qu’il ferait mieux de dire qu’il faut écarter ces gens-là comme j’ai pu le faire, lorsque ces gens ont cru pouvoir tenir des propos qui ne sont pas admissibles.

Que répondez-vous lorsque Robert Ménard, qui est pourtant proche de vous, porte les mêmes accusations sur vous ?

Robert Ménard ne peut pas porter les mêmes accusations, car j’ai moi-même été vivement contestée et c’est un des sujets pour lequel je me suis, par le passé, beaucoup frictionnée avec mon père. À chaque fois que quelqu’un a eu un comportement tel que celui-là, il a été immédiatement mis à la porte du Rassemblement national, au point que l’on nous accusait de faire des purges.
On a effectivement purgé les éléments radicaux du mouvement et je ne peux évidemment que m’en réjouir. Maintenant, lorsque je les vois revenir par une fenêtre, je le déplore parce que je pense que toutes les idées nationales vont en souffrir, quel que soit le candidat qui les porte.

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