À Lyon, la mort de Gérard Corneloup, journaliste et intellectuel, ouvrira-t-il leurs yeux ?

lyon agression

Gérard Corneloup est décédé, annonce le quotidien lyonnais Le Progrès, ce 27 juillet. Plongée dans le coma après son agression « présumée » le 18 juillet dernier avant d’avoir pu décrire ce qui s’était passé, cette personnalité lyonnaise très appréciée n’a pas survécu à ses blessures. « À ce jour, si l’hypothèse d’une agression crapuleuse a été envisagée par les enquêteurs, dès la découverte de l’ancien journaliste, d’importantes zones d’ombre planent encore sur les circonstances dans lesquelles il a été grièvement blessé », écrit le quotidien lyonnais du 27 juillet. En l’absence de témoins directs, un appel à témoins a été lancé. La sacoche du journaliste et écrivain a été retrouvée à 400 mètres du lieu de son décès. « Est-il tombé suite à l’arrachage de sa sacoche ou a-t-il été victime d’une chute accidentelle, suivie du vol de sa sacoche par un individu qui aurait profité de la situation et se serait abstenu de lui porter secours ? », interroge le quotidien. Des expertises médico-légales devraient permettre d’éclairer les faits. « Il était si foncièrement gentil et avenant qu’il a pu laisser entrer une personne », glisse un résident de son immeuble au Progrès.

Décrit comme un homme souriant, serviable, un puits de science sur l’histoire de sa ville de Lyon, sur la musique, le patrimoine ou les arts, Gérard Corneloup, né en 1946, a longtemps travaillé à la bibliothèque municipale de Lyon, tout en signant dans différents journaux, Le Progrès, Le Journal Rhône Alpes ou Le Figaro dont il assurait la chronique musicale. Historien, auteur de plusieurs ouvrages, il a notamment reçu l’hommage de l’ancien maire de Lyon Gérard Collomb, « triste et atterré par la sauvagerie de cette agression ». Collomb qui reconnaît, ce 26 juillet sur BFM TV, que « la situation sur le quartier de la Guillotière et plus largement sur l’agglomération lyonnaise est une situation extrêmement dégradée ».

Le niveau de violence inédit dans la société française ne cesse de monter et touche cette fois, avec Gérard Corneloup, un journaliste et intellectuel. Cela suffira-t-il à dessiller ces intellectuels et journalistes qui refusent de voir ?

On attend toujours une mobilisation solidaire, une marque d’indignation de ces milieux largement idéologisés, si prompts à pétitionner pour toutes sortes de causes. Ils l’ont fait lorsque Marine Le Pen avait fait sortir un journaliste de ses conférences de presse. L’insécurité galopante les laisse muets.

Le meurtre présumé de ce journaliste et intellectuel comme eux ne suscite aucune indignation tapageuse. Pas plus que celui du médecin militaire Alban Gervaise et de tant d’autres. Il est vrai que la France reste ce pays où le garde des Sceaux lui-même avoue avoir voté NUPES, le parti qui conspue la police à toutes occasions et balaie d’un revers de main ces drames qui se multiplient. La police, voilà le coupable. Pour ses pairs, la mort de Gérard Corneloup n’est pas un symbole. Jusqu’à quand ?

Marc Baudriller

Tribune reprise de Boulevard Voltaire

Six ans plus tard, souvenons-nous du père Hamel

père Hamel

C’est un petit village de campagne, pas loin de Rouen : Saint-Étienne-du-Rouvray. Le père Jacques Hamel avait passé toute sa vie dans cette région : originaire de Darnétal, enfant de chœur à six ans, pour l’église Saint-Paul de Rouen, entré au petit séminaire à quatorze, il est envoyé en Algérie. Sa sœur, qui sera religieuse, témoigne qu’il refusa toujours, malgré ses performances lors de son service militaire, de devenir officier, « pour ne pas avoir à donner l’ordre de tuer d’autres hommes ». Entre son ordination, en 1958, et sa mort, il n’aura servi qu’au sein de l’archidiocèse de Rouen et fera même partie, cruelle ironie du sort, du comité interconfessionnel créé par l’archevêque après les attentats de novembre 2015. Une vie humblement offerte au Bon Dieu, sans espoir de vaine gloire ni de grandes réalisations : une vie de sainteté silencieuse, comme il y en avait des milliers en France dans la génération du père Hamel.

Ce matin-là, il célébrait la messe pour cinq personnes : un couple de paroissiens et trois sœurs. Deux « djihadistes », en réalité deux minables radicalisés (comme dans la plupart des cas), sont entrés dans l’église de Saint-Étienne-du-Rouvray en criant « Allahu Akbar ». Leurs noms ne méritent pas d’être cités ici. Tout chez eux était factice : ceintures d’explosifs, grenades, armement, accoutrement, foi en kit – tout sauf, hélas, les couteaux. Après avoir regroupé les fidèles, ils se sont dirigés vers le père Hamel qui, du haut de ses 85 ans, les a apostrophés sans peur. Les deux assassins ont forcé un des paroissiens, un octogénaire, à filmer l’égorgement du père Hamel, dont les dernières paroles ont été, par deux fois : « Va-t’en, Satan ! » Les policiers sont arrivés sur les lieux assez vite et les ont abattus.

Jacques Hamel sera retrouvé « égorgé » – « massacré » serait le terme exact. Il a reçu en tout vingt-huit coups de couteau. Les services de police de la région avaient reçu des renseignements selon lesquels un attentat était en préparation dans ce village. Les autorités musulmanes du village avaient construit leur mosquée sur un terrain cédé par l’archevêché pour un euro symbolique : elles exprimeront leur surprise mais reconnaîtront que quelques salafistes se rendaient parfois aux prêches. Après un emballement médiatique et religieux (notamment sur la possibilité d’un procès en béatification), l’histoire retombera, comme un soufflé.

Reste-t-il quelque chose, six ans plus tard, de cet attentat qui avait, à l’époque, foudroyé les consciences en France ? Pas grand chose. Y aura-t-il quelques mots là-dessus dans la presse dite mainstream ? On l’espère. On peut lire, ici ou là, qu’un centre d’accueil des pèlerins est envisagé dans les années qui viennent. On peut même se procurer, sur le site de France 3 régions, le programme des commémorations de ce mardi 26 juillet : la messe sera donc suivie d’une cérémonie républicaine pour la paix et la fraternité devant la stèle du même nom, puis d’un verre de l’amitié au centre socio-culturel Georges-Déziré. Je n’invente rien. Tremble, Daech ! Nous vaincrons ta haine avec nos cérémonies neuneus façon IIIe République ; nous repousserons ton intolérance avec nos kirs, nos gobelets en plastique et nos bols de Monster Munch !

Le père Hamel est mort en martyr, égorgé in odium fidei comme autrefois, comme aux origines. Il ne faudrait pas l’oublier. Il paraît que certains visiteurs prient pour lui. Je pense, au contraire, que nous devrions lui demander de prier pour nous, aujourd’hui plus encore qu’il y a six ans…

Arnaud Florac

Tribune reprise de Boulevard Voltaire

Gabrielle Cluzel : « Mon sentiment est que l’insécurité n’en est pas un »

Gabrielle Cluzel

Menacée de mort sous les yeux de ses enfants dans un supermarché à Versailles, la directrice de la rédaction de Boulevard Voltaire revient sur les circonstances de cet événement.

Marc Baudriller. Gabrielle Cluzel, quel est votre sentiment après votre agression à Versailles ?

Gabrielle Cluzel. Mon sentiment est que l’insécurité n’en est pas un, contrairement à ce qu’a pu prétendre notre Garde des Sceaux, elle est une réalité ! Pour voir le bon côté, il est peut-être utile que les journalistes la touchent de temps en temps du doigt, comme des citoyens ordinaires. Et encore, j’ai conscience que ce n’est rien comparé à ce que vivent certains : il ne s’agissait « que » de menaces verbales, de nombreux Français subissent bien pire.

M.B. Pouvez-vous nous raconter ce qui s’est passé ?

G.C. Je me suis rendue dans un supermarché, près de la gare – un élément d’explication selon les policiers, ce lieu n’étant pas le mieux fréquenté du monde – avec mes enfants pour leur acheter un pique-nique car ils partaient en camp le lendemain. Au moment où j’arrivais à la caisse, un groupe d’individus bruyants de 30 ou 40 ans entrait. En me voyant, l’un d’eux, le plus agité, a lancé « c’est la meuf d’i-télé » (sic) – il date un peu, peut-être appelle-t-il encore France 2 Antenne 2 ! « Facho » a-t-il crié, puis vers un employé dans un rayon que je ne voyais pas : « il y a des fachos dans ton magasin ». A suivi une bordée d’injures que je vais épargner aux lecteurs de BV, puis des menaces : « on va tous vous tuer, on va tous vous brûler ». C’est ce qui a vraiment marqué mes enfants. À 10 ans, on ne prend pas beaucoup de recul. Depuis, mon petit dernier, refuse de sortir avec moi dans la rue. Mais je compte sur les vacances pour leur faire oublier tout cela.

M.B. Vous avez porté plainte. Comment avez-vous été reçue par la police nationale ?

G.C. J’ai été impressionnée par le professionnalisme des policiers, qui m’ont reçue avec beaucoup de gentillesse et ont pris cela très au sérieux. Là aussi, c’est une expérience riche qui met de plain pied avec la vraie vie : leur efficacité – ils ont très vite identifié l’individu, un multi-réitérant, comme on dit : vol, trafic de stup, agression sexuelle… – tranchait avec la pauvreté du décor. Dans leur bureau, il faisait une chaleur épouvantable et une serviette de toilette coincée dans la fenêtre était censée remplacer un vieux store vénitien cassé…

M.B. Quelles sont les causes profondes de cette agression ?

G.C. Il y a l’ensauvagement général, bien sûr. Cet individu, si j’en crois la police est un délinquant ordinaire. Mais je crois qu’elle est aussi l’un des divers visages pris par ce « terrorisme intellectuel » théorisé par Jean Sévillia, vous remarquerez, et le récent livre de Christine Kelly Libertés sans expression (Cherche Midi) le montre très bien : les « intimidations », pour parler pudiquement, viennent toujours du même côté. La gauche, en diabolisant certaines idées, donne un blanc seing à des personnalités agressives – qui n’ont pas ces freins sociaux intériorisés par les gens éduqués : contre le diable, tous les coups sont permis, n’est-ce pas ?

Le plus inquiétant, pour moi – c’est du reste ce qui m’a poussé à porter plainte – c’est que la présence d’enfants n’a pas arrêté cet individu. Je peux tout concevoir, qu’on déteste mes idées, qu’on me déteste personnellement, mais qu’on laisse les enfants en dehors de tout ça.

Tribune reprise de Boulevard Voltaire

L’affaire de Telford (Royaume-Uni) : quand le politiquement correct devient complice d’actes criminels

viols enfants

Près de 1000 enfants en ont été victimes. Alors que la pédophilie est sans doute, hormis le meurtre, le pire crime commis sur l’être humain puisqu’il porte atteinte à son intégrité physique et psychologique, qu’il blesse violemment, irrémédiablement, l’âme et le corps d’un enfant, ce scandale a été étouffé par les autorités du Royaume-Uni, police, municipalité et services sociaux pendant… trente ans. Une députée anglaise vient de livrer une enquête approfondie.

À Telford, ville moyenne de 170.000 habitants dans le Shropshire en Grande-Bretagne, des gangs organisés, soit près de 200 hommes, ont violé, drogué, torturé, prostitué, fait avorter et parfois assassiné plus de mille enfants, dont certains à peine âgés de 11 ans. « Comme dans les autres affaires similaires, les auteurs étaient très majoritairement d’origine pakistanaise et bangladaise et de religion musulmane, a écrit Steve Bird dans The Telegraph du 9 décembre 2017. Par crainte d’être considérées comme racistes, les autorités ont longtemps refusé d’enquêter ».

C’est notamment par la presse que le scandale a éclaté, palliant ainsi l’absolue et coupable inefficience des institutions. En mars 2018, le Sunday Mirror publie une enquête qui lève le coin du voile sur l’horreur : dix-huit mois d’investigations seront salués par Teresa May et déclencheront enfin, après l’insistance remarquable de la députée conservatrice Lucy Allan, une enquête approfondie dont nous sont aujourd’hui livrées les conclusions, trois ans après. La pugnacité de Lucy Allan, indéfectible soutien des victimes, a permis d’élargir une première enquête, début 2010, qui avait déjà autorisé l’identification de deux cents coupables – seuls neuf furent emprisonnés.

Pourquoi un tel retard, un tel silence pour des faits commis à très grande échelle et dont certains remontaient aux années 90 ?

Concrètement, les victimes de ces gangs indo-pakistanais étaient issues de la classe ouvrière blanche britannique. Les victimes, dont le supplice a duré de nombreuses années – jusqu’à quinze ans – étaient menacées, réduites au silence sous peine d’attaques contre leurs familles, leurs mères, leurs sœurs. Au poste de police, les rares victimes à oser briser l’omerta n’étaient pas prises au sérieux. Certains policiers parlent dans leur rapport de sexe consenti…pour des adolescentes prépubères !

Les conclusions de l’enquête commandée en 2018 par le Ministère de l’Intérieur sont accablantes.

Ce n’est pas par simple négligence, scepticisme ou manque de formation aux crimes sexuels que la police locale, pourtant alertée de nombreuses fois, a manqué à son devoir de protection des plus vulnérables. C’est par crainte de subir l’accusation, infamante entre toutes, de « racisme ». Dans la société multiculturelle britannique, la crainte des tensions raciales est bien plus grande, plus importante que l’innocence saccagée d’enfants britanniques. Cité par le Telegraph, (12/07/2022) Tom Crowther QC, qui a présidé l’enquête, a déclaré : « D’innombrables enfants ont été agressés sexuellement et violés. Ils ont été délibérément humiliés et dégradés. Ils ont été partagés et trafiqués. Ils ont subi des violences et leurs familles ont été menacées. […] Ils vivaient dans la peur et leur vie a été changée à jamais », bien que la police de West Mercia ait été consciente de ces crimes « dans le détail ». Il a ajouté « Il est impossible de ne pas se demander à quel point la vie de ces victimes d’exploitation sexuelle d’enfants au début des années 2000 – et en fait de nombreuses autres inconnues de cette enquête – aurait pu être différente si West Mercia Police avait fait son travail le plus élémentaire et agi sur ces rapports de crime. »

Ici, l’inversion des valeurs est complète, les bourreaux, par leur qualité – mais qui l’a donc décrété ?- d’immigrés extra-européens, sont a priori intouchables, quand ils ne sont pas a priori victimes de la société britannique, blanche et occidentale. L’absence de réaction de la police locale, par crainte d’être les victimes – seulement sociales, rappelons-le – de l’anti-racisme élevé au rang de dogme intangible a eu des conséquences proprement criminelles. On peut, au sens propre, parler ici de complicité de crime contre l’humain.

L’intelligentsia médiatique britannique et européenne, quant à elle, n’a pas bronché, ou si peu. Car ces atrocités, à caractère objectivement raciste et sexuel ne rentraient pas dans le logiciel MeTOO. Et le racisme anti-blanc n’existe pas ou n’est qu’un fantasme d’extrême-droite, of course.

Marie d’Armagnac

Tribune reprise de Boulevard Voltaire

Ludovine de La Rochère : « Le gouvernement et la Justice se couchent devant les associations LGBT ! »

Ludovine de La Rochère

150.000 euros pour se procurer un enfant : c’est possible en signant un contrat de gestation pour autrui (GPA). Le salon « Désir d’enfant », qui se tiendra à Paris au mois de septembre pour la troisième année consécutive, met en relation professionnels et potentiels clients. Dans la plus pure illégalité. La Manif pour tous a enquêté. Un reportage choc. Sa présidente, Ludovine de La Rochère, répond à nos questions.

Sabine de Villeroché. Futurs parents, mères porteuses et donneurs de gamètes, tous ceux qui interviennent dans le processus d’une GPA sont consentants. Pourquoi, dans ces conditions, continuer à dénoncer un « trafic d’êtres humains » ?

Ludovine de La Rochère. Dans toute forme de traite humaine, des victimes se disent consentantes. Le plus souvent parce qu’elles dépendent de ceux qui les exploitent, qui exploitent leur détresse. Et si la vulnérabilité de ces personnes est le plus souvent économique, elle peut être aussi psychologique, sociale… En Californie, par exemple, des mères porteuses se disent « consentantes ». Elles veulent être « altruistes ». Voilà des femmes qui sont manipulées, soumises à la pression sociale. Elles ne voient plus que la maternité, comme les relations amoureuses d’ailleurs, ne peuvent être mises à disposition d’autrui.

Par ailleurs, il ne faut pas se laisser piéger par les témoignages de femmes exploitées comme mères porteuses par des agences : elles sont payées, bien sûr, pour dire qu’elles en sont heureuses. À ce sujet, regardez notre enquête. Vous verrez comment ces agences parlent de ces femmes… À propos du consentement, la loi est faite pour protéger chacun, y compris de soi-même : en France, par exemple, il est interdit de vendre ses propres organes, même lorsque nous en avons deux, comme les reins. Il est aussi interdit de vendre ses gamètes. C’est ce qu’on appelle en droit la « non-patrimonialité du corps humain et des produits du corps humain ». Et justement, en ce qui concerne les « donneurs de gamètes » auxquels recourent ces agences de GPA, attention aux termes : ces « donneurs » sont en réalité payés.

En effet, très peu de personnes acceptent de donner leurs cellules sexuelles, dont chacun sait qu’elles sont le support de la filiation : c’est par elles que nous donnons la vie et c’est par elles que parents et enfants se ressemblent. Et, au-delà, c’est ce qui situe chacun dans la succession des générations d’une famille. Nous ne sommes pas une page blanche comme nous ne sommes pas seul au monde. Ainsi, les gamètes sont d’une importance humaine – vitale, charnelle et psychique – immense. Et donc, comme très peu veulent bien donner leurs gamètes, le business de la procréation a obtenu dans certains pays de pouvoir payer ceux qui fournissent leurs gamètes. C’est là aussi une forme d’exploitation, qui utilise la pauvreté de certains pour obtenir ce que ces hommes et ces femmes ne voulaient pas faire, à savoir fournir leurs gamètes à des tiers. Là aussi, c’est une violence qui leur est faite.

S. d. V. Des associations s’activent pour dénoncer ces pratiques interdites, des juristes portent plainte et alertent les autorités, mais personne ne réagit. Comment expliquer ce silence : complicité, incurie ou volonté de petit à petit banaliser la GPA avant sa légalisation ?

L. d. L. R. Oui, nous sommes plusieurs associations à avoir porté plainte, à avoir alerté le gouvernement, les parlementaires, mais aussi le maire du 17e arrondissement où se tient ce salon « Désir d’enfant ». Du côté du gouvernement, le ministre de la Justice a renvoyé la balle au ministre de l’Intérieur, qui lui-même l’a renvoyée au ministre de la Santé. Et ce dernier, interrogé aussi par des parlementaires, a répondu qu’il n’avait pas d’avis sur ce salon et que c’était à voir avec la Justice… laquelle n’a même pas accusé réception de nos plaintes ! Et pourtant, la Manif pour tous a transmis à la Justice, par son avocat, toutes les preuves : plaquettes publicitaires d’agences de GPA, tarifs des prestations de GPA, constat d’huissier, etc.

Mais le gouvernement et la Justice se couchent devant les associations LGBT. Ils préfèrent regarder ailleurs plutôt que de gêner ceux qui veulent pouvoir faire une GPA. Certes, ce sont aussi bien des couples homme-femme que des couples d’hommes et des hommes seuls qui recourent à la GPA. Mais le fait est que la revendication de sa légalisation est portée par les associations LGBT. Certains, comme Olivier Véran, par idéologie progressiste, sont porteurs des mêmes objectifs. Et d’autres, tout simplement, ont peur de déranger.

S. d. V. Ces derniers jours, des militants écologistes font la une des médias en multipliant les actions : blocages de routes et même du Tour de France. À l’inverse, des actions comme ce reportage de la Manif pour tous sont peu relayées. Est-ce le signe que, dans la tête des Français, l’avenir de la planète est plus préoccupant que l’humain ?

L. d. L. R. En effet, si l’association antispéciste L214 avait diffusé une vidéo, elle serait bien davantage relayée. Le combat est infiniment plus difficile quand on n’est pas libertaire, individualiste, etc. Pour tout dire, quand on n’est pas de la gauche progressiste !

Le problème, c’est le progressisme des médias du service public et des principales chaînes de télévision. Cela donne à ce courant de pensée un impact incroyable, qui influence même les personnes de bonne volonté. Je pense à ceux qui croient, aujourd’hui, que s’opposer au mariage de personnes de même sexe est trop clivant. Mais c’est le mariage de personnes de même sexe qui est clivant, pas nous !

Une autre difficulté, c’est que notre insistance agace parfois. Or, en fait, ce sont les associations LGBT et leurs alliés qui ont envahi la société de leurs revendications, et nous ne pouvons pas nous taire !

Ces questions anthropologiques et civilisationnelles sont fondamentales. La persévérance n’est donc pas une option, elle est une nécessité. Et si ce combat doit prendre des années, ce n’est pas une raison de baisser les bras, bien au contraire !

Tribune reprise de Boulevard Voltaire

La Slovénie autorise le mariage homosexuel contre la volonté populaire

Slovénie

La Slovénie vient de légaliser le mariage et l’adoption pour les couples homosexuels. « Une nouvelle fois, la petite Slovénie fait preuve d’un progressisme rare au sein des « ex-pays de l’Est » », écrit Le Monde, apparemment admiratif. Les mouvements LGBT locaux saluent « une victoire complète », obtenue « après de longs efforts de la société civile ». Mais ne peut-on pas y voir, plutôt, une défaite de la démocratie ? En effet, les citoyens slovènes avaient rejeté par trois référendums le mariage homosexuel. La souveraineté du peuple, dans une démocratie, ne serait-elle qu’une illusion ?

C’est la Cour constitutionnelle qui, le 8 juillet 2022, a pris cette décision historique, estimant que l’interdiction de se marier et d’adopter faite aux couples homosexuels constituait « une discrimination inadmissible à l’encontre des couples de même sexe ». Elle a donné six mois au Parlement slovène pour s’y conformer. On peut voir dans cette injonction une nouvelle illustration du « gouvernement des juges » que critiquait Éric Zemmour, lors de la campagne présidentielle. Alors que le peuple est censé faire la loi, directement ou par l’intermédiaire de ses représentants, y aurait-il une instance supérieure qui définirait les « droits fondamentaux » ?

Certes, il peut paraître de prime abord rassurant que les « droits fondamentaux » soient protégés : mais quels sont ces droits ? La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, à laquelle fait référence le préambule de la Constitution française, est elle-même soumise à des interprétations qui la relativisent. Ainsi, les libertés d’opinion et d’expression subissent des restrictions. Et qui peut affirmer que l’admission des citoyens aux « places et emplois publics » se fonde toujours sur leur « capacité » et « sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents » ? La « discrimination positive » et le « copinage » tendent à remplacer ces critères. Il peut même arriver que le droit de tous les citoyens de « concourir personnellement, ou par leurs représentants » à l’expression de la « volonté générale » soit bafoué. On se souvient comment, en France, au mépris de la volonté populaire, le résultat du référendum du 29 mai 2005 fut jeté aux oubliettes par le gouvernement de l’époque. Voyez, aujourd’hui, comment les macronistes se plaignent de n’avoir à l’Assemblée nationale qu’une majorité relative, ce qui les empêche, comme le disait Marisol Touraine au Président réélu, d’avoir « les mains libres » et de pouvoir « faire tout ce [qu’il veut] ». C’est à croire que la démocratie se moque de la démocratie !

Dans le domaine sociétal comme dans le domaine éthique, on ne peut mettre en avant des certitudes incontestables. Quand on on envisage d’inscrire le droit à l’avortement dans la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ou que la majorité et la gauche préconisent de l’inscrire dans la Constitution pour le sacraliser, on se demande jusqu’où pourrait aller ce dogmatisme idéologique. Simone Veil avait pourtant déclaré que « l’avortement doit rester l’exception, l’ultime recours pour les situations sans issue » : on mesure à quel point sa loi a été dénaturée. Non seulement on ne prend pas des mesures pour limiter les IVG, mais on va jusqu’à s’attaquer aux associations qui proposent des solutions pour accompagner les femmes en détresse.

Le concept d’État de droit s’oppose théoriquement à la notion de pouvoir arbitraire, mais il est progressivement dévoyé au point qu’il dénature la démocratie qu’il est censé défendre. Quand les dirigeants d’un pays font fi de la souveraineté du peuple, ils nient l’essence même de la démocratie.

Philippe Kerlouan

Tribune reprise de Boulevard Voltaire

« L’heure est grave » : quand Élisabeth Borne livre un éloge… involontaire des frontières

Élisabeth Borne

Donc, « l’heure est grave ». Notre Premier ministre l’affirme dans un tweet qui tente d’habiller le camouflet parlementaire reçu ce 12 juillet des oripeaux de la dignité bafouée.

L’heure est grave car, jusqu’ici, tout s’était passé comme prévu pour notre gouvernement tout neuf. La NUPES avait fait beaucoup d’agitation – c’est ce qu’ils font de mieux – pour rien. La motion de censure de la gauche s’était écrasée sur la réalité de son poids au Parlement et dans l’opinion : 25 % des voix, pas plus. Passé le temps de l’esbroufe, le roi Mélenchon reste plus nu que NUPES. Élisabeth Borne a jusqu’ici triomphé facilement. Avec le Covid, c’est une autre paire de manches, car le Premier ministre paye, d’un coup d’un seul, cinq années d’autoritarisme du chef de l’ÉEtat auprès d’une chambre de godillots LREM, prêts à voter au coup de sifflet. Le virus macronien a bien affaibli, cinq ans durant, le jeu parlementaire, mais il a créé des anticorps. Une mauvaise campagne, des ficelles de démagogue un peu grosses – pas de programme, votez pour moi, ça se passera bien – et l’anticorps prend le dessus. Trop, c’est trop.

Le projet de loi sur les contrôles aux frontières n’aura pas franchi celle du palais Bourbon. Les députés donnent un coup d’arrêt (provisoire, avant l’examen par le Sénat) aux vagues de décisions liberticides enfilées comme des perles par le pouvoir macroniste depuis cinq ans et entérinées à coup de massue parlementaire.

Et oui, Madame Borne, l’Assemblée revient. Le jour même, ce 12 juillet, vous mettiez en scène une exclusion radicale du Rassemblement national pourtant démocratiquement élu, le mot dur et la mâchoire serrée, reprenant une pauvre antienne, usée par quarante années de service. « Je n’irai pas chercher les voix du Rassemblement national. Il y aura toujours quelque chose qui s’interposera entre nous. Cela s’appelle les valeurs. » Quelques heures plus tard, vos alliés LR et la gauche NUPES rejoignaient les mêmes députés RN pour voter contre une partie de votre loi. Serez-vous la dernière à le voir ? Le cordon sanitaire termine sa décomposition. L’exclusion de ce parti appartient au passé. Le 30 juin, des députés de la majorité ont voté en faveur des députés RN Sébastien Chenu et Hélène Laporte au poste de vice-président de l’Assemblée (l’un élu avec 290 voix, l’autre avec 284 voix). De son côté, le RN n’a pas voté la motion de censure au gouvernement : il a donc effectivement soutenu Élisabeth Borne, toute abstention dans ce scrutin étant considérée comme un soutien. Surtout, Marine Le Pen l’a dit et redit, elle votera ou non les mesures proposées par le gouvernement en fonction de ses propres critères et de l’intérêt de la France. Il n’appartiendra pas à Borne d’accepter ou de refuser les voix des députés du RN. Difficile de faire comme si ces 89 députés n’existaient pas.

« Passée l’incrédulité de ce vote », avoue le Premier ministre… Eh oui, le retour de la liberté, on n’y croit pas. Élisabeth Borne met ainsi tout son espoir dans le Sénat. Elle a tort, car le Sénat ne lui est pas acquis, loin s’en faut. Certains sénateurs l’attendent même sans bouquet. Tel Philippe Bas (LR).

Les Français par leur vote ont voulu encadrer la propension du macronisme au caprice autoritaire et à la puissance illimitée. Apparemment, ce n’était pas inutile !

Au fond et surtout, le mot de colère d’Élisabeth Borne est révélateur. Il dévoile la duplicité du macronisme vis-à-vis de ce qui fait la France : ses frontières. Macron, l’un des chefs d’État les plus mondialistes de l’Occident, l’Européen supranational le plus convaincu, celui qui méprisait l’utilité de nos frontières en lançant follement que « le virus n’a pas de passeport », celui qui refuse de se pencher sur le désastre de ces frontières-protections devenues des passoires au pire moment de l’Histoire, cet homme nous impose soudain, via son Premier ministre, un subit retour du contrôle aux frontières sur des questions sanitaires.

Eh oui, l’heure est grave, Madame Borne. Les députés ont majoritairement jugé que ce « contrôle aux frontières » n’était pas nécessaire pour protéger les Français du Covid. Mais permettez-nous de découvrir, au passage, qu’il est donc possible, ce « contrôle aux frontières », puisque vous le proposez. Possible pour lutter contre l’immigration clandestine, les trafics d’armes ou les importations qui détruisent nos productions nationales. « Passée l’incrédulité sur ce vote », comme vous dites, il serait judicieux de les rétablir, ces frontières, et d’en faire usage. Merci, donc, Madame le Premier ministre, pour cet éloge involontaire de nos frontières que nos aïeux ont défendues de leurs vies et que cinq années de macronisme ont fini de ruiner. Nous nous en contenterons, pour l’instant !

Marc Baudriller

Tribune reprise de Boulevard Voltaire

Loi d’urgence sanitaire : l’entente malgré tout ?

soignants

La majorité a eu chaud et peut mesure d’emblée sa marge de manœuvre. Après des discours électriques inhérents à la motion de censure déposée par la NUPES contre le gouvernement d’Élisabeth Borne, discours qui a vu les fleurets se démoucheter et l’affrontement tant attendu survenir enfin, les 577 députés se sont penchés sur l’examen du projet de loi de sécurité sanitaire.
Une tribune publiée le 12 juillet 2022.

Deux motions, deux ambiances…

En préambule, les députés devaient s’exprimer sur la motion de rejet déposée par la NUPES. Contrairement à la motion de censure qui avait laissé l’ultra-gauche seule malgré le soutien à la marge de Nicolas Dupont-Aignan, cette nouvelle motion de rejet a cette fois suscité le soutien du Rassemblement national. Pourquoi un tel revirement ? « Les deux textes n’ont rien à voir. La motion n’avait pas d’autre intérêt que de faire le buzz. La situation est beaucoup trop grave pour faire du buzz », réagit, par téléphone, la députée RN de la Gironde Edwige Diaz. « Si elle avait abouti, nous aurions perdu du temps, tout cela pour passer de Mme Borne à Mme Borne, d’autant que nos collègues de gauche n’avaient aucune alternative à proposer. » Pas le même sujet pour le RN, donc, qui a vu dans cette proposition de motion de rejet une occasion de tenir les promesses faites aux Français.

« Nous voterons favorablement cette motion de rejet préalable, en effet […] il y a des soignants que vous refusez ce soir de réintégrer, ils sont à bout et l’hôpital craque », justifie le député RN du Loiret Thomas Ménagé dans l’Hémicycle. Outre le passe, c’est évidemment cette question de la réintégration des soignants non vaccinés qui provoque le fait que « les extrêmes se rejoignent », pour reprendre le verbatim en vogue en Macronie. « L’article 40 ne doit pas empêcher la réintégration des personnels soignants non vaccinés », réagit, de son côté, l’Insoumis Éric Coquerel. En bref, malgré leur refus de soutenir non « une motion de censure mais une motion d’imposture », comme l’a déclaré le jeune député RN de la Moselle Alexandre Loubet, le RN et la gauche de la gauche font front commun contre ce projet de loi sanitaire. Une occasion, pour la majorité, de couper court aux accusations de la NUPES d’être les alliés objectifs du RN.

Le sort des soignants

Estimés à 15.000 fin 2021, ils seraient maintenant entre 4 et 5.000, d’après la Fédération hospitalière de France. Suspendus et sans revenus, ces milliers de travailleurs de la santé ont les yeux braqués sur l’Assemblée et espèrent encore un revirement. S’ils ne représentent qu’environ 0,3 % du corps hospitalier, ils incarnent un enjeu politique et font s’entrechoquer deux visions radicalement opposées de la société civile. Le tout sanitaire face aux libertés individuelles. L’opposition entre la responsabilité individuelle et le coercitif.

Les LR en soutien du gouvernement, les écolos désertent !

Quoi qu’il en soit, avec 192 voix contre l’adoption de cette motion de rejet et 172 pour, on touche du doigt la fragilité de la majorité, et la chambre d’enregistrement que fut l’Hémicycle durant les cinq dernières années se mue en théâtre de guerre de tranchées. Il aura fallu le barrage des LR pour faire basculer le vote en faveur de la majorité. Une position politique qui rend service à la majorité et qui permet au groupe de la droite classique de ne pas être rejeté dans le groupe « des extrêmes qui se rejoignent ». Une position qui met toutefois à mal leur statut de groupe d’opposition. « Ils sont responsables de leurs votes et les Français jugeront », réagit, par téléphone, Christophe Bentz, député RN de Haute-Marne. Surprise, aussi, du côté des écologistes, pourtant membres de la NUPES. Sur 23 membres, 22 n’étaient pas présents au vote. Seul le député Karim Ben Cheikh était présent et a soutenu la motion de ses collègues NUPES.

Ce projet de loi qui fera l’objet de débats qui risquent de durer jusque tard dans la soirée a été, en quelque sorte, le galop d’essai de cet Hémicycle, présidé pour l’occasion par le vice-président Sébastien Chenu. Une symbolique qui a ému sur les réseaux sociaux : « En ce moment, l’Assemblée nationale tient sa première séance présidée par un fasciste. Comment en est-on arrivés là… », s’est ému, sur Twitter, François Malaussena, conseiller à l’Assemblée. « Je ne m’y habituerai jamais », déplore la journaliste Nassira El Moaddem. Au gouvernement, il va en tout cas falloir s’y faire, composer, recomposer, passer en force ou dissoudre. Le palais Bourbon se mine et la démocratie a meilleure mine.

Marc Eynaud

Tribune reprise de Boulevard Voltaire

Mi-Ganelon mi-Tartuffe, Gérald Darmanin reste égal à lui-même

Darmanin

Ne trouvez-vous pas que le surnom de Ganelon irait comme un gant à Gérald Darmanin ? N’est-il pas l’archétype du félon ? En tout cas, son parcours politique témoigne de sa capacité à retourner sa veste en fonction de ses intérêts. Mais sa personnalité est si variée qu’on ne peut l’associer à un seul personnage littéraire. Les élections législatives n’ayant pas donné le résultat espéré par la majorité présidentielle, le voilà contraint d’en tirer les leçons et, par la même occasion, de faire la leçon à la Macronie. Ses propos de circonstance ne peuvent convaincre que ses fans, les autres y verront une marque d’hypocrisie.

Dans un entretien au journal Le Monde, Gérald Darmanin estime que les macronistes doivent « corriger » certains « comportements ». Certes, ils incarneraient le camp de la « raison » et de la « technique », ce qui laisse entendre que les autres courants politiques sont incapables de proposer des mesures rationnelles et efficaces, mais cela ne suffit pas : « Nous devons parler aux tripes des Français », ajoute-t-il, précisant son propos : « N’être que dans l’émotion, c’est démagogique. Mais n’être que dans la rationalité, c’est parfois être éloigné de ce qui fait le principal de la politique, c’est-à-dire les gens. »

Pour être proche des « gens », il faut « plus de bistrots, moins de visio ». Les Français « ont réélu le président de la République et ils ont voulu une Assemblée nationale qui le soutienne, mais avec la culture du compromis ». Il faut donc discuter avec les oppositions, « montrer à l’opinion que le gouvernement a entendu avec humilité le résultat des urnes ». Pas question, cependant, de « faire des alliances avec le RN et LFI », qui « divisent et exploitent les peurs ». Il choisit son opposition : « Nous devons trouver un compromis avec les partis de gouvernement. » Seuls sont fréquentables les partis, ou ce qu’il en reste, dont les troupes se sont déjà largement ralliées à Macron. Autant dire que les compromis, s’il y en a, seront réduits à la portion congrue.

Ces propos révèlent, s’il en était besoin, que Darmanin pratique la direction d’intention chère aux casuistes et que cette contrition est bien hypocrite. Il n’est aucunement question de changer de cap, mais simplement de donner le change. On exhibe sa volonté de dialogue, mais on se fiche éperdument, dans les sphères du pouvoir, de ce que pensent la majorité des Français. On en devine les objectifs : si jamais il y a blocage, ce ne sera pas la faute du gouvernement, mais celle de ses opposants qui ont refusé la main si généreusement tendue.

Notre jeune ministre de l’Intérieur est content de lui. Après le fiasco du Stade de France, il minimise ses erreurs. « On a loupé quelque chose, c’est évident », reconnaît-il, mais il en a aussitôt tiré les conséquences en triplant « les effectifs des BAC et de sécurité publique, à Saint-Denis, lors de grands événements ». Il montre ses muscles en déclarant vouloir « permettre l’expulsion de tout étranger reconnu coupable d’un acte grave par la justice, quelle que soit sa condition de présence sur le territoire national », n’expliquant pas pourquoi rien n’a été fait dans ce sens pendant le mandat précédent.

Gérald Darmanin se dit résolu à accomplir son devoir. On pressent qu’il ne refuserait pas de prendre la place d’Élisabeth Borne, si jamais le gouvernement devait être plus largement remanié. Il jure ses grands dieux qu’il ne songe pas à se positionner pour prendre, en 2027, la succession de Macron. Ce Ganelon de la politique, mêlé de Tartuffe et de Matamore, a déjà l’arrogance et le cynisme de son maître : sans doute n’hésiterait-il pas à le trahir, si d’aventure le vent tournait.

Philippe Kerlouan

Tribune reprise de Boulevard Voltaire

Petit-fils d’immigrés italiens, fils d’ouvrier : portrait du cadet du groupe RN à l’Assemblée

Bryan Masson

Il n’est pas le plus jeune député de l’Assemblée nationale en 2022. Il ne marquera donc pas l’Histoire sur ce point, devancé par le député de Polynésie française Tematai Le Gayic (21 ans, pour le parti Tavini huiraatira) et Louis Boyard (21 ans, LFI). Bryan Masson reste néanmoins le plus jeune député du Rassemblement national de cette législature. Du haut de ses 25 ans, il en est fier : « Je serai le porte-parole de la jeunesse. »

Lorsque le doyen de l’Assemblée nationale José Gonzalez (RN) clame son amour de l’Algérie française à la tribune, provoquant l’ire de la NUPES, on pourrait penser que le RN a perdu la jeunesse. Mais Bryan Masson prouve le contraire. Ce jeune élu des Alpes-Maritimes a rejoint le Rassemblement national dès l’âge de 14 ans, juste au moment où la fille de Jean-Marie Le Pen prenait les rênes du parti. Pourquoi avoir adhéré si jeune ? « J’étais séduit par sa personne, son discours », nous explique cet admirateur de la première heure de Marine Le Pen.

Rien ne destinait Bryan Masson à une vie politique. Ses grands-parents étaient italiens, il est fils d’ouvrier : « Chez nous, on travaille avec nos mains », s’amuse-t-il à préciser, « cela montre qu’il y a des gens du peuple au Rassemblement national ». Les conditions difficiles de certains Français sont la préoccupation de ce jeune député qui souhaite avant tout protéger ce peuple des Alpes-Maritimes, département auquel il est très attaché. Lorsque, sur France Bleu, on lui demande s’il vise une carrière nationale, Masson répond avec calme et sérieux : « Ma priorité, ça a toujours été le local, l’intérêt du territoire. » Il aime sa région, ce qui l’amène à aimer la France.

C’est en amoureux de cette culture que Bryan Masson se lance dans les études. Il est l’un des seuls, dans sa famille, à avoir fait des études littéraires. D’abord en école préparatoire, puis à la faculté pour passer une licence d’histoire-science politique. Sans cesser de s’engager en politique.

À l’âge où beaucoup finissent leurs études, son expérience militante est déjà longue. Voilà onze ans qu’il côtoie les coulisses du Front national. De longues années durant lesquelles il s’investit au sein du FNJ de son département, s’implantant localement et durablement. Bryan Masson dirige l’opposition à la mairie de Saint Laurent-du-Var depuis les municipales de 2020. Cette même année, le maire de Fréjus, David Rachline, l’appelle à son cabinet. Par deux fois, le nom de Bryan Masson apparaît sur les listes électorales de Marion Maréchal Le Pen en 2015 et de Thierry Mariani en 2021 pour gouverner la région. Après deux échecs, l’actuel cadet du RN à l’Assemblée remporte un siège au Conseil régional de Provence-Alpes-Côte d’Azur en 2021.

Il aurait pu s’arrêter là. Mais cette année, Bryan Masson se lance dans la campagne des législatives pour dépasser Jean-Bernard Mion, le candidat d’Ensemble, avec 51,35 % des voix au deuxième tour. Un véritable coup de tonnerre pour Bryan Masson qui gravit les marches de l’Assemblée nationale en juin 2022 en tant que représentant de la sixième circonscription des Alpes-Maritimes.

Ce vendredi matin, il est déjà sur pied pour rendre visite au marché de l’Hippodrome, à Cagnes-sur-Mer. Il veut être proche du peuple, à son écoute. « Les Français en ont besoin », dit-il. L’abstention a été forte, cette année encore, et la jeunesse, notamment, se déplace peu pour voter. Bryan Masson veut montrer à ses congénères que l’on peut faire porter sa voix. « On peut être jeune, avoir 25 ans et parler de tous les sujets. » Il invite les jeunes à renouer avec la politique, connaît bien sa région et les combats à mener. La première proposition de loi qu’il souhaite lancer à l’Assemblée aura pour thème la préférence nationale. Car Bryan Masson le constate avec désarroi : « On a d’un côté des migrants qui sont très aidés et de l’autre des Français juste bons à payer leurs impôts, c’est insupportable ! »

L’ancien élève Bryan Masson accorde beaucoup d’importance à l’école mais juge le système scolaire catastrophique, intellectuellement et matériellement. Or, « tout part de l’éducation », rappelle-t-il.

Le nouveau député RN ne souhaite pas s’arrêter là. Pour lui, le parti à la flamme ne peut plus rester simplement dans l’opposition. Il l’affirme avec force : « Le Front national a incarné une opposition constante à chaque gouvernement et à chaque politique, explique-t-il. Aujourd’hui, nous sommes le Rassemblement national. On veut gouverner et on se donne les moyens de gouverner. » Un député plein d’ambitions… pour la France.

Aymeric Rabany

Tribune reprise de Boulevard Voltaire

Xavier Raufer : « Le problème ne vient pas des quartiers mais de ceux qui les habitent »

Xavier Raufer

07/07/2022 – FRANCE (NOVOpress)
Le criminologue Xavier Raufer revient, pour Boulevard Voltaire, sur l’explosion des violences en zone rurale mais aussi à Lyon, quartier de la Duchère.

Une illustration de la faillite totale de la ruineuse « politique de la ville » et l’abandon des zones rurales.


Olivier Véran : la nouvelle ancienne voix du gouvernement !

Olivier Véran

Le gouvernement a donc opéré un remaniement. Ou plutôt quelques ajustements. Outre quelques informations comme l’éjection de Damien Abad et le grand retour de Marlène Schiappa, il faut noter la nomination d’Olivier Véran au poste de ministre délégué chargé du Renouveau démocratique et porte-parole du gouvernement. Un changement notable pour l’ancien ministre de la Santé devenu, entre mai et juillet 2022, ministre délégué chargé des Relations avec le Parlement au sein du gouvernement d’Élisabeth Borne.

L’ancien ministre de la Santé, figure liée par l’opinion à la gestion politique du Covid-19, sera donc la voix et le visage du gouvernement Borne jusqu’au prochain remaniement. Au vu de la communication hasardeuse, pour ne pas dire contre-productive, du gouvernement lors des différents épisode épidémiques, on pourrait penser que ce choix n’est pas judicieux. Pour trouver un début d’explication, il faut sans doute revenir aux débuts d’Olivier Véran à la Santé. Avec l’imbroglio et le scandale autour du départ d’Agnès Buzyn, la figure d’Olivier Véran est apparue comme apaisante. Faisant la tournée des plateaux, le ministre médecin avait fait usage de pédagogie et de clarté et avait contribué, au début, à rassurer l’opinion par ses conférences de presse quotidiennes sur l’avancée de l’épidémie. Mais le médecin laissa vite la place au politique au même rythme qui voyait la politique sanitaire devenir une politique électorale.

S’il n’a pas été seul aux commandes, Olivier Véran incarne la faillite de la crise du Covid, la suspension des soignants non vaccinés et la mise en place d’une politique des plus répressives avec le vote du passe sanitaire et du passe vaccinal. Si le porte-parole du gouvernement est surtout en lien avec les journalistes davantage qu’avec le grand public, c’est un signe de continuité que marque Emmanuel Macron en remettant en avant l’une des figures du quinquennat précédent. Une nomination dans la lignée de ce faux remaniement mais véritable ajustement. En nommant un gouvernement recyclé, Macron a démontré qu’il se laissait du temps pour dompter l’Assemblée nationale. Aveu d’échec de constitution d’une forme de gouvernement de coalition ou volonté politique de laisser la situation se dégrader ? Avec Véran en porte-parole, on imagine le pire.

En tout cas, les réseaux sociaux ont salué à leur manière cette nomination : « Véran est le nouveau porte-mensonge du gouvernement » dénonce l’un. « La nomination de Véran confirme la stratégie du mensonge et de confusion permanente du gouvernement ! » affirme un autre. En tout cas, cela n’a pas ému le concerné puisque, lors de sa brève allocution qui le voit succéder à Olivia Grégoire, mise en difficulté par l’épisode tragique du Stade de France, il a affirmé qu’il sera « résolument ce relais d’une information fiable, accessible, au service de la démocratie ». On y croirait presque s’il n’avait pas raconté tout et son contraire pendant deux longues années !

Marc Eynaud

Tribune reprise de Boulevard Voltaire

Melilla : quand le concept d’invasion migratoire devient spectaculaire

Melilla

Vendredi 24 juin, en quelques heures à peine, près de 2.000 migrants ont tenté de forcer la frontière espagnole avec le Maroc, à Melilla. Des centaines de blessés, 23 morts et des gardes-frontières qui ont dû faire face à une violence inouïe de la part des clandestins. L’attaque de Melilla semble être particulièrement symbolique : c’est la première fois que l’Espagne fait face à un assaut migratoire d’une telle ampleur, avec des migrants bien décidés à en découdre.

Une attaque contre l’Espagne ?

En conférence de presse, le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez s’est indigné de cet « assaut violent […] et organisé par des mafias qui se livrent au trafic d’êtres humains, contre une ville qui est un territoire espagnol. Il s’agit d’une attaque contre l’intégrité territoriale de notre pays », a-t-il ajouté.

Interrogés par l’agence de presse espagnole EFE, des témoins affirment avoir vu de nombreux migrants armés de couteaux artisanaux, de marteaux, pierres et bâtons mais aussi de poches remplies d’acide à lancer sur les gardes-frontières espagnols. Un équipement qui laisse à penser que ces individus, d’origine subsaharienne pour la plupart, avaient dès le départ des intentions particulièrement belliqueuses. Face à une situation qui s’est très rapidement envenimée, acculant de nombreux gardes-frontières, les autorités marocaines se sont décidées à intervenir et disperser l’assaut migratoire en employant la méthode forte et provoquant la mort de nombreux migrants. Un engagement marocain par ailleurs salué par le gouvernement espagnol qui s’est félicité d’une « coopération extraordinaire » entre les deux pays. Après des années de tension, le Maroc et l’Espagne semblent avoir trouvé un terrain d’entente sur la gestion des afflux migratoires en provenance des pays d’Afrique subsaharienne.

Pour José Maria Ballester, journaliste espagnol interrogé par Boulevard Voltaire, « l’Espagne est contrainte d’agir avec les susceptibilités politiques du Maroc, qui dispose des clés d’entrée à Melilla, et avec celles de l’Algérie car l’Espagne dépend du gaz algérien ». Sur les 2.000 migrants qui ont tenté de forcer les clôtures barbelées qui séparent Melilla de Nador, la petite ville marocaine jouxtant Melilla, un peu moins de 200 sont parvenus à pénétrer sur le territoire espagnol. Ils ont été rapidement interpellés par les autorités, leur sort reste inconnu à cette heure.

Un drame qui en cache d’autres ?

L’attaque de Melilla n’est pas une première. Cela fait des années que l’Espagne, seul pays d’Europe disposant de frontières directes avec le continent africain, fait face à des offensives migratoires vers ses enclaves territoriales de Ceuta et Melilla. En mai 2021, ce sont plus de 10.000 migrants qui avaient tenté de forcer la frontière espagnole à Ceuta, provoquant une crise diplomatique entre Madrid et Rabat. Le premier accusait le second de laxisme vis-à-vis des migrants africains. À l’heure où la démographie africaine continue d’exploser et où les flux migratoires ne cessent de croître, les enclaves européennes de Ceuta et Melilla risquent de connaître, dans les années à venir, des périodes mouvementées.

Pour José Maria Ballester, « toute l’Europe devrait soutenir l’Espagne. Les migrants qui arrivent chez nous repartent ensuite vers la France et les autres pays de l’espace Schengen. Ce qui se passe à Ceuta et à Melilla concerne l’avenir de l’Europe. »

En Espagne, une lassitude vis-à-vis de l’immigration saisit la population comme en France. Incivilité, mineurs isolés, islamisation, les Espagnols soupirent de désespoir à mesure que leurs frontières deviennent des passoires. José Maria Ballester affirme, non sans cynisme, que « les Espagnols deviennent de plus en plus Français… »

Mais quelles solutions à ces incessants flux migratoires ? Si le journaliste assure qu’il faudrait « faire comprendre aux pays de départ qu’ils doivent garder leurs ressortissants », difficile d’y voir une issue réaliste alors que les pays d’Afrique subsaharienne voient leur économie stagner, leur population confrontée à un chômage massif et les instabilités régionales s’accroître. Reste que ce vendredi 26 juin, 2.000 migrants, dont des centaines étaient armés, se sont présentés face à des forces de l’ordre espagnoles avec la volonté d’en découdre. C’est finalement le peu d’attention porté aux droits de l’homme de la police marocaine qui semble avoir permis de débloquer rapidement la situation.

Hier, ils étaient 2.000, avaient des couteaux et des poches d’acide. Et demain ? En attendant, l’Afrique continue de voir ses enfants prendre la route de l’Europe dans l’espoir vain d’y trouver un avenir meilleur. La question de l’immigration africaine sera celle des décennies à venir, et c’est à l’Europe qu’il incombe d’y répondre. Mais, alors que les dirigeants du G7 sont rassemblés aujourd’hui, on n’entend parler que de « réponse mondiale ». Décevant…

Geoffroy Antoine

Tribune reprise de Boulevard Voltaire

Plus de députés employés, ouvriers et agriculteurs au RN qu’à la NUPES !

RN assemblée nationale

L’Assemblée nationale est-elle représentative de la société française ? Franceinfo a publié une étude dévoilant la composition de l’Hémicycle. Sans surprise, les catégories socioprofessionnelles supérieures (cadres) dominent les bancs de velours rouge, avec 61 % des députés élus. Pourtant, les cadres et professions intellectuelles supérieures ne sont que 9,5 %, dans la population française. Mais l’Assemblée nationale doit-elle réellement être un copier-coller de sociologie française ? Certains pensent que oui. C’est, d’ailleurs, une critique récurrente, ces dernières années : « Combien y a-t-il d’ouvriers à l’Assemblée nationale ? » s’interrogent les médias. Observe-t-on un changement depuis l’arrivée des nouveaux élus ?

Indéniablement, oui ! Depuis dimanche 19 juin, les médias se sont ainsi intéressés à la nouvelle députée NUPES, Rachel Kéké, anciennement femme de ménage. Le Parisien, Europe 1 ou BFM TV ont largement salué sa victoire. Un traitement médiatique bien différent de celui réservé à Lisette Pollet, élue RN de la Drôme, pourtant elle aussi femme de ménage.

Or, c’est pourtant au sein du groupe Rassemblement national qu’on trouve le plus de « diversité » sociale. Les professions intermédiaires représentent 10 % des députés RN, contre seulement 6 % parmi les élus NUPES, et 5 % dans l’ensemble des formations politiques. Dans le pays, les ouvriers, employés et professions intermédiaires représentent 42 % de la population française. La NUPES, qui allie l’extrême gauche et la gauche, compte 63 % de cadres parmi ses députés, contre… 49 % pour le RN. Parmi les deux groupes parlementaires, les employés sont plus nombreux, en pourcentage, au RN (11 %) qu’à la NUPES (7 %), comme les agriculteurs (2 %, contre 0 % à la NUPES !) et même comme les ouvriers (3 % au RN, contre 2 % à la NUPES) ! Qui représente donc vraiment le peuple ?

Le cas de Lisette Pollet n’est ainsi pas isolé au sein du groupe Rassemblement national. Romain Baubry a 33 ans et un CV bien rempli. Il a été successivement gendarme pendant deux ans, gardien de prison pendant cinq ans et policier. Avec son élection dans la 15e circonscription des Bouches-du-Rhône, le jeune homme va quitter son uniforme bleu pour un costume cravate. On peut également trouver, au sein du groupe RN, un chauffeur-livreur de 29 ans, un accordeur de piano – José Beaurain -, accessoirement vice-champion de France de bodybuilding, une auxiliaire de vie dans l’Eure (Christine Loir) ou encore un matelot de 23 ans.

Ces exemples illustrent parfaitement le déplacement de l’électorat populaire vers le Front puis le Rassemblement national. Cela fait bien longtemps que la gauche n’arrive plus à capter le vote rural et ouvrier. Le député LFI François Ruffin reconnaît d’ailleurs lui-même le phénomène et mettait en garde récemment, dans les colonnes du Monde : « On ne doit pas devenir la gauche des métropoles contre la droite et l’extrême droite des bourgs et des champs. » Trop tard !

Kevin Tanguy

Tribune reprise de Boulevard Voltaire

Jérôme Sainte Marie : le grand désarroi du bloc élitaire

Jérôme Sainte-Marie

23/06/2022 – FRANCE (NOVOpress)
Sondeur et politologue, Jérôme Sainte-Marie décrypte les résultats de ces élections législatives, la percée fulgurante du RN, l’avenir du gouvernement Macron et les incohérences de la NUPES.

Un entretien choc, indispensable pour comprendre l’ampleur d’une secousse qui n’a pas fini de provoquer des répliques.


RN : une vague historique !

Marine le pen

Il était à peu prêt certain que le RN parviendrait à constituer un groupe parlementaire à l’Assemblée Nationale, force est de constater que l’objectif est purement et simplement dépassé. Avec une prévision de 85 députés ( à 22h ce dimanche soir), le parti de Marine Le Pen et Jordan Bardella signe et de très loin sa plus large victoire à une élection nationale. Si tous les députés sortants sont réélus, le parti à la flamme voit aussi arriver des dizaines de nouveaux élus nationaux. Face à une campagne fantôme de la majorité et à une bataille très agressive de la Nupes, le RN a opposé une campagne de terrain, enracinée dans des territoires qui sont passés très largement dans le « camp national ».

Dans certains départements, ce fut un raz-de-marée : en Vaucluse, quatre circonscriptions sur cinq sont tombées dans l’escarcelle du RN, dans l’Aisne, trois sur cinq, dans le Lot-et-Garonne, deux sur trois… Des hauts cadres du parti comme Edwige Diaz, Laurent Jacobelli et Julien Odoul entrent à l’Assemblée. Dans le sud, l’ancien suppléant de Marion Maréchal, Hervé de Lépinau, a gagné. Dans le Gard, c’est l’ancien zemmouriste Pierre Meurin qui a été élu. En Haute-Marne, l’ancien numéro deux de Via, allié de Reconquête, Christophe Bentz est lui aussi passé. Les deux anciens transfuges de Nicolas Dupont-Aignan (lui aussi réélu), Jean-Philippe Tanguy et Alexandre Loubet, ont été élus de même que l’ancien journaliste Philippe Ballard. En Nouvelle-Aquitaine, au moins cinq circonscriptions ont été gagné par des députés patriotes. Le RN parvient même à faire élire une députée en Île-de-France. Voilà les chiffres non exhaustifs de ce début de soirée. L’autre chiffre qui fait office d’avertissement sans frais : une abstention record qui a contribué à rendre ce scrutin incertain.

« C’est un score historique, nous allons pouvoir entrer à l’Assemblée nationale avec un groupe très puissant et efficace pour défendre les Français », se réjouissait Marine Le Pen sur Cnews peu avant 22h.

A vrai dire, le RN a gagné beaucoup plus qu’un groupe. Derrière une victoire de façade de la Nupes, la gauche est en net recul et on a bien du mal à imaginer comment ces différents partis, alliés de circonstance, pourront siéger ensemble au sein d’un même groupe. Les LR quant à eux risquent de céder en partie aux sirènes de la majorité qui n’est plus que relative. Dans les mois à venir, il est possible de voir un RN premier groupe d’opposition à l’Assemblée Nationale. Un groupe qui sera présidé par Marine Le Pen, réélue largement dans le Nord avec plus de 64 % des voix. L’autre leçon, c’est l’explosion du front républicain, l’éclatement du plafond de verre, le balayage du barrage, tous ces artifices préservés pendant plusieurs décennies ébranlés ces dernières années ont été ventilés. « Avec ces dizaines de députés de cœur et de convictions, vous aurez la certitude de voir vos idées défendues au Parlement. » a annoncé Marine Le Pen depuis Hénin-Beaumont. Dans tous les cas, entre Mélenchon et elle, ce furent deux salles, deux ambiances. La première appelle au rassemblement et le deuxième à la Révolution. Comme si l’extrémisme avait brutalement fini de changer de couleur.

Marc Eynaud

Tribune reprise de Boulevard Voltaire

Ensemble vs Nupes, la vraie-fausse opposition

macron mélenchon

Macron et Mélenchon ? L’un contre l’autre, mais tout contre, dira-t-on. Le premier voit la France comme un « palimpseste », lors d’un discours prononcé dans la cité phocéenne, ce 2 juin : « Marseille, c’est une ville-monde qui est le palimpseste des migrations et d’une France accueillante, avec toutes les défis que cela suppose et toutes les difficultés. » Pour mémoire, un « palimpseste » est un « parchemin dont la première écriture a été grattée ou lavée, et qui fait place à un nouveau texte », à en croire le dictionnaire.

Le second développe peu ou prou semblable feuille de route, même si oubliant son discours tenu en 2017, dans la même ville, à tendancieuse teneur antimigratoire : « La première tâche est de permettre à chacun de vivre chez soi. » Cinq ans auparavant, lors de l’élection présidentielle de 2012, il affirmait pourtant : « Hier comme aujourd’hui, je me réjouis que la France soit métissée. » En 2017, son alter-égo élyséen affirmait : « Il n’y a pas de de culture en France, il y a des cultures en France. » Bref, ces Laurel et Hardy ou ces Dupond et Dupont, se félicitent, chacun à leur manière, de cette « créolisation de la France » si chère au patron de la Nupes et à celui d’Ensemble.

Pour le reste, au moins sont-ils d’accord pour faire « barrage à l’extrême droite » ; ce avec cinquante nuances allant du rose au rouge, entre un Jean-Luc Mélenchon assurant que ses électeurs devront aller voter en pleine conscience, le dimanche 12 juin 2022, mais aussitôt démenti par l’un de ses bras-droits, Adrien Quatennens, le lundi suivant, affirmant que pas une voix ne doit aller à l’extrême droite. Du côté du Château, c’est un peu pareil en à peine différent : il s’agit de faire barrage aux extrêmes, mais plus à ceux de droite que de gauche.

Plus sérieusement, qu’est-ce qui différencie aujourd’hui ces deux mouvements arrivés en tête des dernières élections législatives ? Certes, il y a ces programmes consistant à persister dans le racket fiscal, mais l’économie n’est pas tout, surtout quand on sait que les deux mouvements en présence, même si rivalisant d’écologie et de circuits courts, ne remettent, à aucun moment le libre-échangisme mondialisé, principal facteur de pollution planétaire. D’un point de vue historique, la nation n’est pour eux que simples concepts : « start-up nation » d’un côté et « France créolisée » de l’autre. Le pays charnel ? Connaît pas.

D’ailleurs, quand Emmanuel Macron nomme Pap Ndiaye à l’Éducation nationale, qu’aurait fait Jean-Luc Mélenchon ? Nommer Rokhaya Diallo, peut-être… Simple question de nuances, une fois de plus.

De fait, quels seront les rapports de forces dans la future Assemblée ? Une complicité tacite, tout d’abord, que seuls pourraient éventuellement venir égratigner des différents telles que les centrales nucléaires – facilement négociables, pour peu qu’on y mette une touche verte – ou, plus délicat, la sortie de la France de l’Otan. Gageons que nos Insoumis en peau de lapin, même si ce revendiquant d’un gaullisme de gauche pour le moins rétroactif pourraient tôt y renoncer.

En fait, les uns (le parti présidentiel) et les autres (le parti d’opposition auto-désigné) participent finalement du même projet. Les premiers détricotent la France par le haut tandis que les seconds font tout pareil par le bas. Comme quoi la France de la City londonienne et celle des ZAD ont au moins l’internationalisme débridé et la détestation des frontières en commun. Voilà qui rappelle assez bien les combats de catch truqués du siècle dernier, quand s’affrontaient Bourreau de Béthune et Ange blanc, se répartissant les rôles en faisant mine de se mettre des roustes, alors que les coups donnés n’y étaient que de théâtre. Le public y trouvait alors son compte, quoique depuis devenu de plus en plus exigeant, pourrait bien se retourner vers un adversaire autrement plus crédible au système en place, le Rassemblement national, en l’occurrence. Réponse dimanche prochain.

Nicolas Gauthier

Tribune reprise de Boulevard Voltaire

Zemmour : l’amertume d’une double défaite, par Marc Eynaud

zemmour

Les sondages lui donnaient entre 0 et 1 député, ce sera donc zéro. Eric Zemmour a échoué à accéder au second tour des élections législatives dans la 4e circonscription du Var arrivant avec 23,19 % des voix juste derrière le candidat RN Philippe Lottiaux qui affrontera la députée sortante de la majorité. Au-delà de cette défaite personnelle, c’est sur le plan comptable une véritable déroute que la jeunesse de la formation politique ne saurait relativiser. Non seulement Reconquête! n’aura aucun député à l’Assemblée nationale mais aucun candidat n’a réussi à se hisser au second tour. Ni Guillaume Peltier, ni Stanislas Rigault (avec Marion Maréchal en suppléante) n’accèdent au second tour. Le premier a appris sa défaite en direct sur un plateau de télévision, le second termine avec un peu plus de 10 % des voix loin derrière le duo de tête RN-Renaissance. Dans les Alpes-Maritimes, Damien Rieu a également échoué.

Eric Zemmour peut nourrir des regrets, car les sondages le plaçaient au second tour, au soir du premier tour il était même en tête à Saint-Tropez avec un peu plus de 37 % des voix. S’il a enregistré de bons scores dans certaines localités, il lui aura manqué les quelques dizaines de voix nécessaires pour dépasser le très implanté Lottiaux, déjà candidat en 2017. Au-delà de ce parachutage raté, c’est l’avenir politique d’Eric Zemmour qui pourrait être remis en question avec cette défaite. Paradoxalement, seule une candidate, soutenue mais non investie par Reconquête!, est arrivée largement en tête au premier tour (41%), la candidate RN-Ligue du Sud-Reconquête! Marie-France Lorho, députée sortante de la 4e circonscription de Vaucluse. C’est trop peu pour se réjouir, pense-t-on chez Reconquête!.

On sait à l’heure actuelle qu’un comité politique aura lieu dans les jours à venir pour déterminer la stratégie à adopter en cas de second tour, on sait également qu’un peu plus de 200 candidats RN comptent sur le soutien des candidats d’Eric Zemmour. Face à la tenaille NUPES-LREM, toute aide sera bonne à prendre.

Quoi qu’il en soit, il s’agit pour Zemmour et ses proches de poser un diagnostic, aussi sévère soit-il : l’aventure présidentielle et législatives se solde par un échec cuisant, et rien dans le paysage politique ne semble laisser une ouverture à l’émergence d’une nouvelle force politique de droite, comme si à force de trop vouloir faire l’union on finit par faire le vide.

C’est l’aspect rageant de l’union des droites : elle est nécessaire mais infaisable, salutaire mais invivable. Ses troupes peuvent en vouloir à leurs opposants, à la guerre en Ukraine ou au vote utile, c’est sans doute une part de l’explication, mais elles ne pourront pas faire l’économie d’une réelle question à laquelle Marine Le Pen a déjà répondu : peuvent-ils, à l’échelle nationale, faire plus de 7 % ?

« Je veux dire aux Français qu’il faut continuer de se battre. Notre vie politique est aujourd’hui 50 nuances de gauchisme. Reconquête! sera le seul parti de droite. », martelait Eric Zemmour ce dimanche soir. Écartelée entre un centre orléaniste et un vote contestataire, la droite est à l’image du Titanic, éventrée et coulée corps et bien, ne reste qu’une poignée de canots de sauvetage. L’union, Eric Zemmour en a rêvé et c’est la Nupes qui l’a faite.

Marc Eynaud

Tribune reprise de Boulevard Voltaire