Autopsie du « Système » algérien et désignation des vrais responsables dans le génocide du Rwanda, par Bernard Lugan

Bernard Lugan

Le coeur du « Système » algérien est formé par une caste d’officiers supérieurs placés à la tête d’une armée qui dévore 25% du budget de l’Etat. Le double de celui de l’éducation. Jusqu’à ces dernières années, les réseaux affairistes militaires contrôlaient intégralement l’économie du pays. Afin de les affaiblir, Abdelaziz Bouteflika injecta dans le « Système » une cohorte de parvenus lui devant leur fortune, les « oligarques ». Au prétexte de lutter contre la corruption, mais d’abord pour tenter de freiner la revendication populaire, l’armée en a fait jeter certains en prison, ce qui lui permet d’éliminer ou de placer sous contrôle des rivaux économiques.

La réaction militaire débuta le 26 mars, quand le général Gaïd Salah, vieil et acariâtre chef d’état-major, décida de sacrifier le président Bouteflika et son clan. Il appela alors à la destitution d’un président dont, jusque-là, il avait été le plus fidèle et le plus inconditionnel soutien, clamant encore haut et fort son appui au « 5e mandat », qualifiant même de traitres à la nation ceux qui s’y opposaient… Quant à son gendre, Abdelghani Zaâlane, ministre des Transports et des travaux publics, il était le directeur de campagne d’Abdelaziz Bouteflika pour ce même 5e mandat…
Le sauve-qui-peut des caciques du « Système » prit alors la forme d’une hémorragie. Le RND, parti pourtant servilement associé au FLN, demanda ainsi à son tour la démission du président Bouteflika tout en se précipitant aux pieds du général Gaïd Salah pour l’assurer de sa « loyauté »… Le FLN lui-même fut gagné par ce mouvement.
Cette manœuvre n’ayant pas freiné la contestation populaire, c’est désormais du « Système » tout entier dont la rue veut se débarrasser. A commencer par le général Gaïd Salah et son clan familial incarné par Karim et Adel Gaïd Salah, ses deux fils qui règnent sur la ville d’Annaba où ils possèdent organes de presse, hôtels et sociétés d’import-export.
Face à la rue, le « Système » résiste en pariant sur la division de la contestation et sur un essoufflement espéré durant le prochain ramadan. Le tout dans l’attente de l’inévitable confrontation.

Au début du mois d’avril dernier, les medias déversant ad nauseam leurs habituels mensonges sur la prétendue responsabilité de la France dans le génocide du Rwanda, le président Macron crut devoir recevoir à l’Elysée des associations porte-voix du régime de Kigali. Par pur fait du prince, il leur annonça, sans le moindre débat contradictoire et sans la moindre consultation de la population, qu’en France, le 7 avril serait désormais jour de « commémoration du génocide des Tutsi du Rwanda ». Reprenant le vocabulaire officiel rwandais, le président Macron a parlé de « génocide des Tutsi » et non pas de « génocide du Rwanda ».

Les Français vont donc devoir commémorer un génocide dans lequel leur pays ne porte pourtant aucune responsabilité. Sauf celle d’avoir accepté le diktat de Paul Kagamé qui était de retirer son contingent militaire du Rwanda, ce qui fut achevé au mois de décembre 1993, soit cinq mois avant le début du génocide.
Les 400 Français furent alors remplacés par plus de 2600 casques bleus de l’ONU. Commandés par l’incompétent et fragile général canadien Roméo Dallaire, ils demeurèrent l’arme au pied, se terrant même parfois dans leurs casernements, laissant ainsi les génocidaires libres d’agir et les hommes de Paul Kagamé libres de conquérir le pays.
Mais c’est la France qui est mise en accusation… non l’ONU…

Bernard Lugan

Texte repris du site Blog de Bernard Lugan

Les Guerres du Sahel, le nouveau livre de Bernard Lugan

Les Guerres du Sahel, le nouveau livre de Bernard Lugan

15/04/2019 – INTERNATIONAL (NOVOpress)
Bernard Lugan vient de publier son nouvel ouvrage consacré aux guerres du Sahel.

Voici la présentation de ce livre :

Le Sahel est un rift ethno-racial le long duquel vivent des sédentaires sudistes et des nomades nordistes en rivalité territoriale depuis la nuit des temps
La colonisation libéra les premiers de la prédation des seconds, puis elle rassembla les uns et les autres à l’intérieur de limites administratives devenues frontières d’États lors des indépendances. L’ethno-mathématique y donna le pouvoir aux sudistes car ils étaient électoralement plus nombreux que les nordistes.
Ce fut alors la revanche de la houe sur la lance. Mais, au Mali, au Niger et au Tchad, comme ils refusaient de devoir obéir aux fonctionnaires sudistes, les nordistes se soulevèrent.
Ce furent les conflits sahéliens qui s’étendirent de la décennie 1960 jusqu’aux années 2000.
Sur ce terreau fertile prospérèrent ensuite les trafiquants (35% de la cocaïne sud-américaine à destination de l’Europe transiterait par le Sahel), ainsi que les modernes marchands d’esclaves qui déversent leurs cargaisons humaines en Europe.
Enfin, à partir des années 2000, les islamo-jihadistes chassés d’Algérie s’immiscèrent avec opportunisme dans le jeu politique local, y provoquant la surinfection de la plaie ethno-raciale matrice des actuels conflits.
Illustré de plus de 60 cartes en couleur, construit sur la longue durée historique et ancré sur la géographie, ce livre donne les clés de compréhension de cette conflictualité sahélienne dont les conséquences se font sentir jusqu’en Europe.
Pour nos Armées, il constitue le manuel indispensable avant toute projection sur le terrain
.”

Table des matières :
Chapitre I : Ces changements climatiques qui expliquent l’histoire
Chapitre II : Les populations du Sahel
Chapitre III : Le « feu de paille » almoravide premier jihad sahélo-saharien (XIe-XIIe)
Chapitre IV : La conquête de l’ouest sahélien par les Arabes et la mise des Berbères « sous l’étrier » (XVe-XVIIe)
Chapitre V : L’âge d’or des empires du Sahel (XIe-XVIe)
Chapitre VI : La conquête marocaine et l’émiettement politique de l’ouest sahélien.
Chapitre VII : La chevauchée guerrière des Peul (XVIIIe-XIXe)
Chapitre VIII : Le jihad de l’est sahélien et la conquête coloniale du Sahel central (XIXe)
Chapitre IX : Les guerres du Mali et du Niger (1962-2009)
Chapitre X : Les guerres du Soudan (1956-2011)
Chapitre XI : Les guerres du Tchad (1966-2019)
Chapitre XII : Les guerres du Nigeria (2002-2019)
Chapitre XIII : La nouvelle guerre du Mali et son extension régionale (2012-2019)
Conclusion : Réflexions sur le jihadisme sahélien

Pour le commander, c’est par ici : http://bernardlugan.blogspot.com/2019/04/nouveau-livre-de-bernard-lugan-les.html

Quand le monde peul s’éveillera, le Sahel s’embrasera…, par Bernard Lugan

Tel était le titre d’un article, hélas peut-être prémonitoire de l’Afrique Réelle datant d’août 2016.

Comme les Kurdes, les Peul forment un peuple dispersé et sans Etat. Zébré par les frontières post-coloniales, l’espace peul s’étend sur tout l’ouest africain, courant de l’Atlantique sénégalais jusqu’à la région tchadienne et à la RCA.
La question est de savoir si l’actuel cycle de massacres-représailles qui se déroule au Mali et au Burkina Faso, ne va pas finir par provoquer leur union, phénomène qui pourrait être soutenu à l’étranger par une diaspora dynamique, riche et instruite.
Hommes de la vache et de la lance, les Peul vont-ils, à l’image des Tutsi du Rwanda, tenter de briser par les armes le système de l’ethno-mathématique électorale qui les soumet politiquement aux hommes de la houe et qui en fait les victimes de leurs armées ?
Si tel était le cas, les conflits sahéliens prendraient alors une toute autre dimension. A l’image des cataclysmes du XIXe siècle, quand l’impérialisme peul s’abrita derrière le paravent du jihad.

Une simplification extrême permet de distinguer les Peul sahéliens nomades et les Peul soudaniens vivant en noyaux semi sédentaires ou sédentaires parmi les peuples agriculteurs. Certains ont fondé des sociétés très structurées et hiérarchisées comme dans le Fouta Djalon guinéen, au Macina malien, dans le nord du Nigeria et au Cameroun.
Aujourd’hui, les Peul se trouvent placés au cœur de plusieurs conflits hérités de l’histoire. Rallumés par le jihadisme et par la suicidaire démographie sahélienne dont la conséquence est la lutte pour les terres et les pâturages, ces affrontements font peser une menace supplémentaire sur la stabilité déjà fragile d’une vaste partie de l’Afrique.

Dans le Mali central et dans le nord du Burkina Faso, les actuels évènements opposant Peul et Dogon ne sont pas une nouveauté. Ils sont tout au contraire la résurgence des conflits liés aux conquêtes peul de la fin de la période précoloniale. Or, les principales résistances à cette expansion furent celles des Bambara et des Dogon. Mise entre parenthèses durant la période coloniale, l’opposition entre ces peuples ressurgit avec force aujourd’hui.

Le 26 mars dernier, les journalistes de France 24, qui est, rappelons-le, la chaîne officielle française émettant vers l’Afrique, ont osé produire une émission dont le titre est « Massacre de Peul au Mali : les exactions n’ont pas une origine ethnique » !!! Que sont-ils donc alors ? Des vengeances de maris cocus ou des querelles de supporters de football ?
L’on ne peut qu’être atterré par l’aveuglement doublé d’incompétence de ces journalistes qui, paralysés par leur idéologie universaliste niant les identités et les enracinements, s’interdisent de nommer la réalité.

En plus du Macina, la situation sécuritaire est de plus en plus préoccupante dans le nord du Mali où les routes sont minées par les GAT (Groupes armés terroristes) et où les garnisons sont attaquées. Ces dernières constituent des cibles d’autant plus tentantes que les soldats maliens se débandent devant des assaillants inférieurs en nombre, avant de leur abandonner l’armement flambant neuf généreusement offert par la « communauté internationale »…

Bernard Lugan

Texte repris du site Blog de Bernard Lugan

Le dernier stratagème du régime algérien peut-il réussir ?, par Bernard Lugan

Paniqué par l’ampleur des manifestations populaires, et craignant de les voir évoluer vers un processus révolutionnaire incontrôlable, les vrais maîtres de l’Algérie viennent de tenter un coup de poker destiné à leur permettre de conserver la réalité du pouvoir. En faisant jouer l’article 102 de la Constitution qui autorise à faire constater par le Conseil constitutionnel que le président Bouteflika se trouve dans l’impossibilité d’exercer ses fonctions, le régime algérien tente en effet de gagner plusieurs mois d’un précieux répit qui va lui permettre de contrôler l’organisation du futur scrutin présidentiel. Explications :

1) Faire constater l’incapacité du président Bouteflika permet de vider l’abcès en donnant une satisfaction à bon compte à une grande partie des manifestants, tout en isolant les jusqu’au-boutistes qui veulent un changement de régime et la fin du système FLN.

2) Cette décision permet de replacer l’armée au centre du pouvoir, mais une armée qui joue la carte de la légalité et qui apparait comme ressoudée, un voile ayant été mis sur ses profondes fractures.

3) Cette reconnaissance d’inaptitude ne changera rien au fonctionnement du pouvoir puisque, quasi inconscient depuis plusieurs années, ce n’était plus Abdelaziz Bouteflika qui gouvernait.

4) Le parlement, sur proposition du Conseil constitutionnel va donc, à la majorité des 2/3, constater l’incapacité présidentielle et, comme le veut la Constitution, l’intérim va être assuré pour 45 jours par Abdelkader Bensalah, le président du Conseil de la Nation. Puis, si au bout de ces 45 jours, l’incapacité présidentielle est confirmée, la vacance du pouvoir sera alors constatée et Abdelkader Bensalah aura 90 jours au maximum pour organiser une élection présidentielle. Donc au total, 45 jours plus 90 jours, un vrai ballon d’oxygène pour le régime alors-que le couperet du 28 avril devait marquer la fin de la présidence Bouteflika.

5) Comme Tayeb Belaiz, le président du Conseil constitutionnel, et Abdelkader Bensalah, le président du Conseil de la Nation, sont deux fidèles du clan Bouteflika, il est logique de penser qu’ils vont tout faire pour gérer la période qui s’ouvre au mieux des intérêts de ce dernier puisqu’ils en sont une composante. Ils vont être aidés en cela par l’appareil du FLN, notamment par Amar Saadani, ancien secrétaire général du mouvement qui, le dimanche 24 mars, a allumé la mèche du processus actuel en déclarant qu’Abdelaziz Bouteflika était le jouet du Premier ministre Ahmed Ouyahia…et que c’était ce dernier qui non seulement dirigeait l’Algérie, mais encore écrivait les lettres attribuées au président.

6) Un bouc-émissaire commode est donc trouvé et désigné à la foule, ce qui devrait permettre de sauver la tête de Saïd Bouteflika, des caciques du FLN, des oligarques et des généraux qui ont gouverné l’Algérie à leur profit, en s’appuyant sur l’ « alliance des coffres forts et des baïonnettes ».

La rue sera-t-elle dupe de la manœuvre ? Va-t-elle se laisser confisquer sa révolution ? L’avenir le dira… Une situation à suivre !

Bernard Lugan

Texte repris du site Blog de Bernard Lugan

Bernard Lugan propose des cours vidéos : Histoire et vérités sur l’Afrique

25/03/2019 – FRANCE (NOVOpress)
Bernard Lugan propose désormais des cours vidéos, illustrés de nombreuses cartes animées et destinés à comprendre l’Afrique, à travers son histoire, sa géographie et ses peuples.

Le premier cours s’intéresse à la thématique suivante : “Afrique du sud, autopsie d’un naufrage“.

Voici un descriptif :

Vingt-cinq ans après la fin de l’apartheid où en est l’Afrique du Sud ? Loin de la vision idyllique présentée par les médias, la réalité sud-africaine est tragique. Le pays cesse en effet peu à peu d’être une excroissance de l’Europe à l’extrémité australe du continent africain pour devenir un Etat du « tiers-monde » avec certes quelques secteurs encore ultraperformants, mais de plus en plus réduits, surnageant dans un océan de pénuries, de corruption, de misère sociale et de violence.
Pour comprendre le lent naufrage de ce pays constitué de l’assemblage artificiel de plusieurs peuples antagonistes réunis par le colonisateur britannique, Bernard Lugan propose un cours de 2h retraçant la longue histoire sud-africaine, illustré de nombreuses cartes animées.

Pour s’inscrire : https://lescours-bernardlugan.teachable.com


L’ultime manœuvre du clan Bouteflika pour tenter de prolonger le quatrième mandat présidentiel, par Bernard Lugan

Charles Maurras disait de la République qu’elle gouverne mal mais qu’elle se défend bien. L’on peut dire la même chose d’un régime algérien aux abois qui vient de tenter une ultime manœuvre pour prolonger sa survie.
Car, en somme, ce qu’ont obtenu les millions d’Algériens qui manifestaient contre un cinquième mandat d’Abdelaziz Bouteflika, c’est tout simplement le prolongement de son quatrième… Avec un report des élections et un régime maître du temps qui va désormais utiliser toutes ses courroies de transmission pour embrouiller la situation, diviser les contestataires et tenter toutes les provocations. Y compris celles qui pourraient conduire à un bain de sang afin de lui permettre d’apparaître comme le garant de la stabilité.

La manœuvre réussira-t-elle ? Il est permis d’en douter car la ficelle est bien grosse. L’opinion algérienne n’est pas dupe et elle n’a plus peur ; d’autant plus que la police a déjà largement fraternisé avec la foule. Quant à l’armée, elle n’est plus le bloc monolithique des décennies passées et, à force de vouloir « finasser », le vieux général Gaïd Saleh a fini par en perdre le contrôle. Désormais, en son sein, la nouvelle génération n’en peut plus du « chibanisme » ancré sur les références à une histoire que tous savent être fabriquée[1].

En définitive cet ultime coup de poker du régime pourrait bien au contraire précipiter sa chute avec une épuration totale du système FLN et de ses prébendiers.
L’Algérie qui vient de sauter de l’avion avec un parachute en torche se demande si le ventral va s’ouvrir…

[1] Voir à ce sujet mon livre Algérie, l’histoire à l’endroit

Bernard Lugan

Texte repris du site Blog de Bernard Lugan

Sahel, bien identifier l’ennemi, par Bernard Lugan

Qui sont les GAT (groupes armés terroristes) sahéliens que combattent nos forces ?

– Des jihadistes animés par des motifs religieux ?
– Des trafiquants utilisant le jihadisme pour brouiller les pistes ?
– Des militants porteurs de revendications ethniques, sociales ou politiques revêtues du voile religieux ?
– Des combattants « multi-cartes » pouvant être les trois à la fois selon les circonstances et les opportunités ?

Pour nos Armées, la réponse à ces interrogations est évidemment essentielle. Etant bien entendu que les tendances lourdes, à savoir la démographie, l’opposition ethno-raciale nord-sud et la question de l’ethno-mathématique électorale ne pourront pas être réglées par leur intervention.

Placées à la confluence de l’islamisme, de la contrebande, des rivalités ethniques et des luttes pour le contrôle de territoires ou des ressources, nos forces percutent régulièrement les constantes et les dynamiques locales. Leur action s’inscrit donc dans une nébuleuse à l’intérieur de laquelle tout classement géométrique « à l’européenne » est une illusion, et plus encore, un danger.

Comment en serait-il autrement tant la réalité du terrain est faite d’alliances pragmatiques et ponctuelles, de loyautés mouvantes et d’allégeances conjoncturelles dont les véritables objectifs ne sont en réalité, et contrairement à ce qui est constamment affirmé, qu’accessoirement religieux ?

Face à ce brouillard, mettre par principe une étiquette « jihadiste » ou « GAT », sur tous ceux qui n’entrent pas dans les classifications définies à Paris est une facilité. Elle aboutit à désigner un « ennemi de confort », ce qui revient à éluder les questions complexes que nos états-majors n’ont que quelques mois pour appréhender avant leur projection.

Un exemple : considérer comme jihadiste l’actuelle alliance de circonstance nouée entre orpailleurs, trafiquants et irrédentistes toubou dans la région de Miski-Kouri Bougoudi dans le nord du Tchad pourrait avoir trois conséquences désastreuses :

1) Favoriser la coagulation de groupes aux intérêts contradictoires alors que la priorité est à leur division.

2) Permettre aux jihadistes d’entrer dans le jeu en proposant leur soutien au « comité d’autodéfense » actuellement ciblé par l’armée tchadienne, alors que tout devrait être fait pour assurer le confinement du conflit.

3) Provoquer la déstabilisation de l’irrédentiste Tibesti, région au contact du puzzle tribalo-politique de Libye et des zones Toubou du nord-est du Niger, alors que l’urgence est d’éviter l’embrasement régional.

L’approfondissement de la connaissance des dynamiques locales est donc une priorité pour nos Armées. Tant à Coëtquidan qu’à l’Ecole de Guerre et au niveau le plus élevé du commandement.

Bernard Lugan

Texte repris du site Blog de Bernard Lugan

Les migrants africains ne fuient pas l’insécurité mais la faillite économique, par Bernard Lugan

En 2017 (les chiffres exhaustifs pour 2018 ne sont pas connus), le jihadisme, dans sa définition la plus large a causé 10.376 morts en Afrique (Source : Centre d’études stratégiques sur l’Afrique). Pour dramatiques qu’ils sont, ces chiffres ne permettent cependant pas de dire que des centaines de millions d’Africains doivent être mis à l’abri. Nous ne sommes en effet pas en présence d’une mise en danger réelle des populations justifiant l’application d’un « droit d’asile » devenu filière officielle d’immigration.

Ce n’est en effet pas le jihadisme que fuient les « migrants » africains qui forcent les portes d’une Europe paralysée par la tunique de Nessus de l’ethno-masochisme, mais la misère. Migrants économiques, ils n’ont donc aucun droit à séjourner dans les pays européens.

N’en déplaise aux passeurs idéologiques et au pape.

Pour lire la suite, c’est par ici !

Bernard Lugan

Texte repris du site Blog de Bernard Lugan

Indéveloppable Afrique ?, par Bernard Lugan

Bernard Lugan

Depuis les indépendances de la décennie 1960, les pays dits « riches » ont donné – et non prêté – plus de 2000 milliards de dollars à l’Afrique. En plus de ces dons, ils lui ont consenti de considérables effacements de dette. Plus de 97 milliards de dollars en 2009 pour une dette totale de 324,7 milliards de dollars (ONU, 2010). Le tout, pour un résultat proche de néant puisque le développement ne s’est produit nulle part. Comment aurait-il d’ailleurs pu se faire quand la suicidaire démographie neutralise par avance tout progrès ?

La crise que traverse actuellement l’Afrique montre que le discours afro-optimiste relève de la méthode Coué[1]. C’est pourquoi il est essentiel de revenir aux chiffres.

Pour les seules années 2010 à 2016, l’« aide au développement » (les dons) à destination de l’Afrique – remises de dette exclues -, s’est élevée à un peu plus de 55 milliards de dollars. En dollars constants et en seulement sept années, les pays dits « riches » ont donc fait comme cadeau à l’Afrique 2 fois et demi les 16,5 milliards de dollars du « Plan Marshall » européen.

Or, moins de 30% de ces sommes abyssales ont été investies dans les infrastructures, le reste s’étant « perdu » dans les sables africains…

Par idéologie, et afin de ne pas décourager les généreux donateurs des pays « riches », les experts ont nié ces réalités. Ils ont proposé en revanche la tarte à la crème démocratique qui allait – du moins l’affirmaient-ils,- enfin permettre le démarrage du continent.
Nouvel échec car, aujourd’hui, alors que la démocratie a partout été introduite au forceps et avec une singulière arrogance néo-coloniale, le développement n’est toujours pas au rendez-vous.
Plus grave, comme la démocratie repose sur le « one man, one vote », les sociétés communautaires africaines ont été prises au piège de l’ethno-mathématique électorale qui donne automatiquement le pouvoir aux ethnies les plus nombreuses. Résultat, en plus du non développement, l’Afrique a connu la multiplication des guerres…

Ces échecs successifs n’ont évidemment pas servi de leçon. Tétanisés par le basculement de leurs électorats dans un « populisme », provoqué par les flots migratoires qu’ils n’osent pas bloquer par de solides mesures de simple police, voilà en effet les dirigeants européens qui tentent de nous vendre l’idée d’une nouvelle augmentation de l’aide (lire les dons) à l’Afrique. Afin d’y provoquer son développement lequel tarira l’océan migratoire !!!

Or, cette proposition est mensongère :
– D’abord, parce que, comme nous venons de le voir, toutes les politiques de développement ont échoué.
– Ensuite, parce qu’en raison de la crise économique, les pays dits « riches » vont devoir se montrer moins généreux. Il va donc leur falloir faire un choix entre le mirage du développement de l’Afrique ou les défaites électorales annoncées.

En définitive, rien ne pourra être fait en Afrique, tant que la notion de « Difference » si bien mise en évidence par le maréchal Lyautey, ne sera pas prise en compte. C’est en effet parce que les Africains ne sont pas des Européens pauvres à la peau noire que la greffe occidentale n’avait, n’a et n’aura aucune chance de prendre sur le porte-greffe africain. Les vrais problèmes du continent sont en effet d’abord politiques, institutionnels, historiques, sociologiques, et géographiques, avant d’être économiques.

[1] Je fais cette analyse depuis trois décennies. La première fois dans mon livre Afrique, l’histoire à l’endroit publié en 1989. Ces analyses ont été actualisées dans mon livre Osons dire la vérité à l’Afrique.

Bernard Lugan

Texte repris du site Blog de Bernard Lugan

Rwanda : raison d’Etat ou nouvelle humiliation nationale ?, par Bernard Lugan

L’affaire serait cocasse si elle n’était le révélateur du niveau d’abaissement de la France. Lors du sommet de l’OIF (Organisation internationale de la Francophonie) qui vient de se tenir en Arménie, le président Macron a, de son propre chef, fait élire une nouvelle présidente en la personne de Louise Mushikiwabo, ministre rwandaise des Affaires étrangères, une habituée des virulentes et continuelles attaques contre la France.

Voilà donc cet organisme désormais présidé par la représentante d’un pays dont le gouvernement a rasé au bulldozer le centre culturel français à Kigali, un pays qui a déclassé le français au profit de l’anglais, un pays qui, si l’on en croit la presse, ne cotisait plus à l’OIF, un pays qui n’a cessé de traiter de génocidaires ou de complices de génocide, le président Mitterrand et ses ministres, ainsi que MM. Balladur et Juppé ; un pays enfin qui a menacé de traîner en justice plusieurs dizaines d’officiers et de hauts fonctionnaires français…
La raison d’Etat a certes ses impératifs, mais certainement pas au prix d’une nouvelle humiliation nationale.

D’autant plus qu’au même moment, un vice-procureur du Parquet anti-terroriste français signait une insolite réquisition aux fins de non-lieu dans l’affaire de l’assassinat, le 6 avril 1994, de deux chefs d’Etat en exercice, celui du Rwanda et celui du Burundi, assassinat qui fut le déclencheur du génocide du Rwanda.
Or, il est essentiel de savoir que cette réquisition fut prise trois mois après que les magistrats instructeurs eurent eu communication d’un document exclusif émanant du TPIR (Tribunal pénal international pour le Rwanda). Il s’agit d’un rapport jusque-là gardé secret par le Procureur de ce tribunal, dans lequel ses propres enquêteurs désignent le président Kagamé comme étant le donneur d’ordre de l’assassinat de son prédécesseur Juvénal Habyrimana, meurtre qui, rappelons-le, déclencha le génocide du Rwanda.

Ce rapport confirmait trois autres enquêtes indépendantes qui concluaient toutes à la culpabilité de Paul Kagamé dans l’attentat contre l’avion du président Habyarimana, à savoir le « Rapport Hourigan », l’enquête française du juge Bruguière et l’enquête espagnole du juge Merelles.
Puis, venant à l’appui de ce rapport, le 10 octobre 2018, le journal canadien The Globe and Mail révéla, sous le titre « New information supports claims Kagame forces were involved in assassination that sparked Rwandan genocide », qu’au terme d’une enquête rocambolesque, le professeur belge Filip Reyntjens avait réussi à se procurer, preuves photographiques à l’appui, les numéros de série des 40 missiles sol-air livrés par l’URSS à l’Ouganda, pays soutenant Paul Kagamé, ce dernier ayant précédemment été officier des services secrets ougandais. Or, les numéros des deux missiles ayant abattu l’avion du président Habyarimana sont de la même série…

Ces documents seront sans nul doute communiqués à la justice française et aux parties civiles, ce qui fait que la réquisition de non-lieu va être fortement contestée sur ce point et sur bien d’autres. Il va donc être « difficile » aux magistrats instructeurs de suivre les demandes du vice-procureur Ranucci.
D’autant plus que ce dernier accumule les erreurs et les contre-vérités. Ainsi, page 92 de sa réquisition, il écrit, contre toute évidence et contre tout ce que contient le dossier, et cela le jour même où le Globe and Mail publiait une nouvelle preuve de la possession par le FPR de Paul Kagamé des missiles utilisés le jour de l’attentat : « Les investigations menées n’ont pas établi de manière formelle que l’APR (l’armée de Paul Kagamé) disposait en 1994 de missiles sol-air ».
Une justice indépendante ne pourra donc que balayer ce réquisitoire aux fins de non-lieu qui ressemble fortement à un mémoire en défense.
Plusieurs chercheurs anglo-saxons menant actuellement des recherches détaillées, l’on peut donc s’attendre à d’autres révélations. Le tribunal de l’Histoire sera finalement le juge ultime, et du commanditaire du crime, et des tentatives diverses d’étouffement de l’enquête.

Bernard Lugan

Texte repris du site Blog de Bernard Lugan

Le retour de la Russie en Afrique, par Bernard Lugan

Bernard Lugan

De la Libye à la Centrafrique et du Burkina Faso au Mozambique, après plus de deux décennies d’absence, la Russie fait aujourd’hui son grand retour en Afrique. Avec méthode, mais également fracas. Evgeny Korendyasov, le directeur des études russo-africaines, a en effet déclaré à l’Académie des Sciences de Russie : « Il y aura une bataille pour l’Afrique ».

Pourquoi ce soudain intérêt russe pour le continent africain ?
La question est au cœur des interrogations des dirigeants des pays de l’OTAN.
Quant aux responsables français, littéralement sidérés et enfermés dans leurs présupposés idéologiques, ils ne peuvent que constater l’ « intrusion » de Moscou dans le « pré carré » africain.
Leur vision économique des rapports humains les rendant incapables de se mettre « dans la tête des Russes », ils font donc fausse route quand ils analysent la politique de ces derniers comme une volonté de contrôle des matières premières africaines. A la différence de la Chine, l’immense Russie en regorge.

La politique africaine de Moscou est clairement géostratégique mais, pour le comprendre, il est nécessaire de raisonner comme les Russes. Or, ces derniers se sentent agressés après avoir été repoussés par des Européens obéissant quasi servilement aux sanctions imposées par Washington. L’immixtion de l’OTAN en Ukraine, puis la dénonciation du rattachement de la Crimée et la volonté de faire tomber l’allié syrien, le tout accompagné d’incessantes campagnes de dénigrement dans le monde occidental, sont autant d’arguments venant conforter l’impression d’un complot ourdi contre la Russie.

Prise dans le cercle hostile que l’OTAN referme chaque jour un peu plus sur elle – le président Trump a même parlé d’installer une base militaire permanente en Pologne -, la Russie a donc décidé de briser son isolement en traçant son propre cercle dans lequel elle va chercher à enfermer ceux qui l’encerclent.

Voilà pourquoi elle s’installe en Afrique, continent disposant de plus de 50 voix à l’ONU. Mais alors que la Chine s’y implante en endettant ses partenaires-créanciers, la Russie investit le secteur militaire et sécuritaire avec ses livraisons d’armement (voir pages 14 et 15) accompagnées d’« instructeurs ».

Cette stratégie de désencerclement englobe déjà la Turquie, l’Iran, la Chine et l’Inde. A terme, plus de six des sept milliards d’habitants de la planète pourraient graviter autour d’elle.
Que pèsera alors le petit milliard restant (essentiellement Etats-Unis, UE et peut-être Japon), qui aura perdu à la fois l’initiative stratégique et le pouvoir économique ?

Prisonnière de la politique étrangère américaine, l’UE qui sera la grande perdante de cette recomposition planétaire risquera alors de sortir de l’histoire. Avant de devenir le déversoir d’une Afrique surpeuplée.

Bernard Lugan

Texte repris du site Blog de Bernard Lugan

Afrique : le retour des Britanniques, par Bernard Lugan

Bernard Lugan

Mardi 28 août, Madame Thereza May, Premier ministre britannique, a débuté une tournée africaine qui devait la conduire en Afrique du Sud, au Nigeria et au Kenya. Trois pays qui furent, en leur temps, les trois points d’appui de la politique coloniale anglaise au sud du Sahara.
Si l’Afrique ne compte pas pour l’économie britannique, le continent dans son ensemble représentant environ à peine 3% des exportations et des importations britanniques – dont plus de 50% avec deux pays, l’île Maurice et l’Afrique du Sud -, un tel voyage s’explique dans le contexte du Brexit. Londres cherche en effet à s’ouvrir de nouveaux marchés et de nouveaux débouchés en opérant un retour à ses fondamentaux historiques.

Le pays est d’autant plus fondé à le faire qu’il n’existe pas de contentieux majeur avec l’Afrique car, l’habilité des dirigeants britanniques fut d’avoir décolonisé avant même que la demande leur en soit faite. Puis, une fois la décolonisation opérée, de tourner définitivement la page. Voilà pourquoi nul ne fait à la Grande-Bretagne le reproche d’avoir prolongé la période coloniale à travers une « françafrique » au demeurant largement fantasmée.
Jacques Berque avait parfaitement résumé l’originalité britannique d’une phrase : « Dans l’entreprise impériale anglaise, j’admire profondément le sens du mouvement, et plus encore que le crescendo, le génie du decrescendo, du pouvoir absolu au départ absolu. Admirable dextérité. »
Et pourtant, en 1940, l’empire colonial africain britannique s’étendait en Afrique de l’Ouest (Gold Coast – l’actuel Ghana -, Sierra Leone, Nigeria et Gambie, plus une partie du Togo et du Cameroun) ; en Afrique de l’Est (Kenya, Uganda, Zanzibar, plus l’ancien Tanganyika allemand sur lequel elle exerçait une Tutelle) ; en Afrique australe (Nyassaland, – l’actuel Malawi -, Rhodésie du Nord – l’actuelle Zambie -, Rhodésie du Sud, l’actuel Zimbabwe, plus les protectorats du Bechuanaland – l’actuel Botswana -, du Basutoland – l’actuel Lesotho – et du Swaziland). La Grande-Bretagne exerçait également sa souveraineté sur le Soudan-anglo-égyptien.
Mais, à partir de 1942, la difficile situation des armées britanniques face aux Japonais obligea Londres à demander de plus fortes contributions à ses colonies africaines. En échange, d’importantes réformes y furent introduites, notamment au Nigeria et en Gold Coast.

La politique britannique de décolonisation fut ensuite très différente de celle suivie par la France. Londres ayant admis très tôt que le mouvement des indépendances était inéluctable, il lui importait donc de ne pas se laisser acculer à des situations conflictuelles, tout en organisant la transition au mieux de ses intérêts. De plus, et encore à la différence de la France, il y eut en Grande-Bretagne un consensus de toute la classe politique.
Les indépendances furent donc acquises sans heurts, sans ruptures majeures et au terme d’une évolution constitutionnelle contrôlée de bout en bout. Les seules exceptions furent le Kenya où, en 1952, éclata la révolte des Mau-Mau, et la Rhodésie du Sud où la minorité blanche proclama unilatéralement son indépendance en novembre 1965.

Bernard Lugan

Texte repris du site Blog de Bernard Lugan

Pour Bernard Lugan, “l’Afrique retourne peu à peu à l’économie de traite”

Selon le rapport de mai 2018 de la Banque africaine de développement (BAD), l’Afrique a besoin annuellement de 170 milliards de dollars (mds) d’IED (Investissements étrangers directs) dans le seul domaine des infrastructures. Or, en 2016, pour le total de tous ses postes, elle n’en a reçu que 59 mds, un volume dérisoire qui plus est, en baisse de 3% par rapport à 2016 (Banque mondiale).

Selon le rapport de juin 2018 de la CNUCED, pour l’année 2017, le total en projection des IED mondiaux s’est élevé à environ 1800 milliards de dollars – entre 1670 et 1870 mds – (CNUCED, World Investment Report 2017). Avec ses 60 mds – 65 mds en projection pour 2017), l’Afrique, dans son ensemble continental, et avec son 1,2 milliard d’habitants, a donc reçu presque autant d’IED que Singapour (61,6 mds pour 6 millions d’habitants), et moins que l’Irlande (79,2 mds pour 5 millions d’habitants).

La raison de ce désintérêt de la part des investisseurs est qu’ils n’ont pas confiance dans l’avenir de l’Afrique où, ce qui y fonctionne aujourd’hui peut exploser du jour au lendemain. Et cela parce que tous les pays africains connaissent les mêmes problèmes d’inadéquation entre les réalités humaines (ethniques) et le placage institutionnel importé.

Les exemples de la Côte d’Ivoire et de la Sierra Leone sont éloquents à ce sujet_: voilà deux pays qui, à la fin du siècle dernier, étaient présentés comme deux miracles africains et qui, l’un et l’autre se sont effondrés en quelques semaines avant de sombrer dans deux terribles guerres ethno-civiles.
Quant à l’Afrique du Sud, avec à peine 1,3 md de dollars d’IED en 2017 contre 2,3 mds en 2016, son cas est emblématique de la faillite d’un pays dont les dirigeants ont consciencieusement dilapidé et pillé l’immense héritage légué par les Blancs.

Alors, laissons les adeptes de la méthode Coué à leurs nuées pour nous en tenir au seul diagnostic[1] :
1) A l’exception de quelques matières premières, rien de ce que produit l’Afrique n’est stratégique.
2) Pour les investisseurs qui sont tout sauf des philanthropes, il n’y a guère d’intérêt à investir en Afrique où les infrastructures sont à faire ou à refaire périodiquement, et où la corruption fausse toutes les règles du marché.

Voilà qui explique pourquoi, en dehors d’enclaves quasi exterritorialisées et tournées vers l’exploitation et l’exportation de matières premières à forte valeur, la quasi-totalité du continent africain, au sud du Sahara, n’attire pas les IED.
Les lamentations et les discours incantatoires ne changeront rien à cette réalité.
Résultat, l’Afrique retourne peu à peu à l’économie de traite… Comme au XVIIIe siècle, car, si l’investissement n’y est pas rentable, le commerce l’est, lui qui n’a en effet pas besoin de lourds investissements dont la rentabilité est à long terme. Ses perspectives étant à court terme, il ne recherche pas cette visibilité que l’Afrique est incapable de donner aux investisseurs qui exigent une triple sécurité financière, politique et existentielle.

[1] Voir à ce sujet mon livre Osons dire la vérité à l’Afrique. En commande ici.

Bernard Lugan

Texte repris du site Blog de Bernard Lugan

Réflexions sur la migration africaine dans une Europe « terre à prendre », par Bernard Lugan

Les actuelles arrivées de migrants africains en Europe constituent les prémices d’un phénomène massif qui va connaître une amplification considérable dans les prochaines décennies.

Laissons parler les chiffres :

– Avec un taux de croissance de 4% la population africaine double tous les 18-20 ans.
– Au Niger, pays désertique où le taux de fécondité est de 7 enfants par femme, la population était de 3 millions d’habitants en 1960 et elle sera de 40 millions en 2040, puis de 60 millions en 2050.
– En Somalie, le taux de reproduction est de 6,4 enfants par femme et en RDC, il est de 6,1.
– En Algérie le programme de planification familiale avait permis de faire baisser l’indice synthétique de fécondité de 4,5 enfants par femme en 1990, à 2,8 en 2008. Or, avec la réislamisation du pays, depuis 2014, il a rebondi à 3,03.

Résultat :
– D’ici à 2030, l’Afrique va voir sa population passer de 1,2 milliard à 1,7milliard, avec plus de 50 millions de naissances par an.
– En 2100, avec plus de 3 milliards d’habitants, le continent africain abritera 1/3 de la population mondiale, dont les trois quarts au sud du Sahara.

Pour des centaines de millions de jeunes africains, la seule issue pour tenter de survivre sera alors l’émigration vers l’Europe.

Bloqués par leurs pré-supposés idéologiques et moraux, les dirigeants européens qui s’obstinent à ne pas tenir compte de cette réalité, ont choisi de s’accrocher au mythe du « développement ». En France, des Insoumis au Front national, tous défendent ainsi -certes à des degrés divers-, le postulat du développement ralentisseur migratoire. Et tous sont dans l’erreur.
Comme je l’ai expliqué dans mon livre « Osons dire la vérité à l’Afrique »[1], le développement de l’Afrique est en effet une illusion et parfois même une escroquerie intellectuelle et politique.

Pour deux grandes raisons :

1) A supposer qu’il ait une efficacité, le « développement » ne pourrait en effet avoir que des résultats à très long terme. Or, il y a urgence.

2) Tout a déjà été tenté en ce domaine depuis les indépendances, il y a plus de six décennies de cela. En vain car, en dépit des sommes abyssales déversées pour tenter de la faire « démarrer », l’Afrique régresse.

Loin de se développer, l’Afrique s’appauvrit globalement année après année

Selon les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) adoptés en 2000 par 189 Etats, aucun recul de la pauvreté africaine ne peut être envisagé sans un minimum de croissance annuelle de 7% soutenue durant plusieurs années.
Conclusion : comme il faut une croissance de 7% par an pour simplement commencer à réduire la pauvreté, le calcul est vite fait, année après année, il manque donc à l’Afrique entre 3 et 4% de croissance pour atteindre l’objectif des OMD.
Donc, loin de se combler, la pauvreté africaine augmente et cela d’autant plus inexorablement que la démographie galopante y efface les quelques gains de croissance.

Comment prétendre développer l’Afrique quand les investisseurs s’en détournent ?

Le discours politique répétitif est l’appel à l’investissement « moteur du développement », mais comme les investisseurs n’investissent pas en Afrique, nous restons donc dans le domaine incantatoire.

Dans son rapport de mai 2018, la BAD (Banque africaine de développement) souligne ainsi que pour les investissements dans le seul domaine des infrastructures, l’Afrique a besoin annuellement de 170 milliards de dollars d’IED (Investissements étrangers directs), alors que, au total de tous ses postes, elle n’en reçoit que 60 mds.

Début juin 2018, à la lecture du rapport sur les IED publié par la CNUCED (CNUCED, World Investment Report 2017), nous apprenons qu’en 2017, sur les 2000 milliards (mds) de dollars d’IED mondiaux, l’Afrique n’en recueillit en effet que 60 mds, un volume dérisoire en baisse de 3% par rapport à 2016 (Banque mondiale).
L’Afrique, dans l’ensemble de la globalité de ses 54 pays et de son 1,2 milliard d’habitants a donc reçu presque autant d’IED que Singapour (61,6 mds pour 6 millions d’habitants), et moins que l’Irlande (79,2 mds pour 5 millions d’habitants)…
Voilà qui en dit plus que les longs discours lénifiants sur le devenir de l’Afrique et sur son « développement »…

Une chose est donc certaine, le credo du « développement » ne freinera pas le déversement du surplus démographique africain sur l’Europe.
Comment en serait-il d’ailleurs autrement alors que rien ne peut être entrepris sans un strict contrôle des naissances que les Africains refusent d’envisager et que l’Europe n’est pas en mesure de leur imposer ?

Vue d’outre-Méditerranée, l’Europe continuera donc d’être considérée comme une terre à prendre. D’autant plus facilement qu’elle est peuplée de vieillards repus ou épuisés, d’hommes s’interrogeant sur leur virilité, de femmes n’enfantant plus et dont les dirigeants sont soumis au diktat permanent de l’émotionnel …

Bernard Lugan

Texte repris du site Blog de Bernard Lugan

Bernard Lugan une nouvelle fois censuré

Des civils exerçant semble-t-il les fonctions de « commissaires politiques » au sein du Ministère des Armées (MINDEF), ont fermé l’accès à mon blog pour tous les ordinateurs mindef, et cela, tant dans les administrations que dans les Ecoles ou les Corps de troupe.

Cette censure intervient au moment où l’Afrique Réelle publie un numéro spécial consacré au Mali dans le contexte de la recrudescence des actions islamistes armées dans ce pays. Un numéro dans lequel sont longuement analysés les phénomènes ayant conduit à l’impasse actuelle et les solutions qui pourraient être apportées.

Cette censure est aussi ridicule que vaine. Le filtre censurant l’accès unique géré par le MINDEF me permet en effet de constater que les visites de mon blog explosent et cela, grâce aux multiples connexions privées dont les militaires disposent tout à loisir, chez eux, à l’abri des « fichards « du ministère.

Cette censure ne pénalise donc que celles de nos forces qui ont le plus besoin d’avoir une vision complète de la situation, celles qui sont projetées sur le terrain, au Sahel, et qui ne disposent que des ordinateurs de service. Voilà donc des hommes et des femmes qui risquent chaque jour leur vie et qui, par le sectarisme ou le simple caprice de certains lapins de coursive planqués dans un ministère malheureusement confié à des civils, sont privés d’un éclairage qui pourrait leur être utile.

L’Afrique Réelle qui fête son 100e numéro et qui entre dans sa dixième année, se rit naturellement de cette censure liberticide. Grâce à la fidélité de ses abonnés, et en dépit des coups répétés, « avec le calme des vieilles troupes », la revue continuera à analyser la situation africaine à travers le seul prisme du réel. Ce réel qui agace tant les idéologues et qui met quotidiennement à mal les petites certitudes d’envieux dont, comme le disait le poète vaudois Louis-Auguste Martin, « la haine ne meurt que sur la ruine du mérite qui leur portait ombrage ».

Pour recevoir le numéro 100 de l’Afrique Réelle et bénéficier de l’offre spéciale donnant droit à 36 numéros au lieu de 12, abonnez-vous en cliquant ici.

Bernard Lugan

Tribune reprise de bernardlugan.blogspot.fr

[Vidéo] Bernard Lugan : Mon Mai 68, vu d’en face…

12/04/2018 – INTERNATIONAL (NOVOpress)
L’universitaire de renom est, en mai 68, responsable de l’Action Française à Nanterre et chargé du service d’ordre de cette organisation royaliste. Dans un ouvrage truculent, il offre un témoignage enthousiasmant sur ces événements et sur une génération de vrais rebelles.

Répondant aux questions de Martial Bild, Bernard Lugan dessine l’état d’esprit de l’époque et la postérité de celle-ci.

Un récit amusant mais aussi un tableau sans concession d’une jeunesse d’extrême gauche qui écrivait « Interdire d’interdire » mais qui a engendré le « politiquement correct », forme la plus achevée de l’interdiction.