Général de Villiers : une redite, par Philippe Bilger

Le Général de Villiers reste sur la même ligne.

Dans un entretien avec Nathalie Guibert qui le suit avec attention (Le Monde), peu ou prou il répète, en effet, ce que j’avais déjà commenté dans mon billet du 15 décembre 2018 “Le général Pierre de Villiers, le sauveur ?

Un certain nombre de citoyens, dont les Gilets jaunes, n’hésitaient pas à le voir comme un recours et déjà il se défendait de vouloir s’engager en politique.

Il ne dévie pas d’un pouce aujourd’hui puisqu’il affirme : “Je suis là pour conseiller, au service des entreprises et de la jeunesse. Je ne ferai pas de politique politicienne“.

Pour l’essentiel, il confirme qu’il y a “une crise d’autorité et de confiance” en formulant un diagnostic très pessimiste sur l’état de la France qu’il parcourt régulièrement : “se creuse en accéléré un fossé entre ceux qui dirigent et ceux qui exécutent. La crise concerne toute la société: les entreprises, la politique, le sport, les associations, la culture. J’ai trouvé une désespérance. Une inquiétude sur l’avenir du monde, l’état de la France, son avenir“.

Je ne peux m’empêcher de rapprocher ce constat infiniment plus sombre de celui qu’après le Grand débat national le président de la République a tiré de ses rencontres avec les Français. Je n’ai pas l’impression que “la désespérance, l’inquiétude” se soient dissipées et il serait absurde d’induire de la remontée relative d’Emmanuel Macron et de son Premier ministre dans les sondages un apaisement du pays dans ses profondeurs. Il y a l’officiel de la politique et la vie démocratique des tréfonds.

Il y a des effacements apparents – comme celui des Gilets jaunes par exemple – qui ne consacrent pas une authentique accalmie républicaine mais plutôt un malaise, un ressentiment, une révolte à bas bruit. Qui n’excluent pas la régularité de frondes, de revendications ponctuelles légitimes ou indécentes (comme celle d’une fraction de professeurs traitant sadiquement les lycées en attente des résultats du baccalauréat).

Pour le général de Villiers, plusieurs causes expliquent ce délitement mais il cible d’abord, en même temps qu’une “mondialisation de l’indifférence”, “l’éloignement du pouvoir conduisant le citoyen à se sentir totalement perdu”.

Le pouvoir sur lequel il a cette phrase définitive : “On manque de chefs parce qu’on manque de vision”.

Pensée qu’on pourrait d’ailleurs retourner et qui me semblerait plus juste encore : “On manque de vision parce qu’on manque de chefs“.

C’est en effet la pauvreté la plus criante de notre monde et de la France en particulier que cette absence de vais chefs. En tout cas de personnalités qu’on imaginerait bien en chefs. Avec ce mélange de courage et d’intelligence qui, dans un univers désordonné favorisant d’incessantes poussées contre la normalité et la rectitude démocratiques, permettrait précisément d’avoir une vision. Cette dernière étant un regard qu’on porte sur l’au-delà de la quotidienneté politicienne, nationale ou internationale. Une lumière qu’on projette sur le temps d’après.

Cela exige de la hauteur sans arrogance, de la proximité sans familiarité, de la morale sans affectation, de l’ambition pour son pays et pas d’abord pour soi.

Certes le général de Villiers campe sur la même ligne mais une redite n’est pas grave si elle enfonce dans la tête d’un pays ce qui lui manque. Ce dont il aurait besoin.

Philippe Bilger

Texte repris du site Philippebilger.com

Les électorats des partis de droite partagent un même désir de retour de l’autorité

17/03/2016 – POLITIQUE (NOVOpress avec le bulletin de réinformation)

Le CEVIPOF (Centre de recherches politiques de Sciences-Po) s’est penché sur le besoin d’autorité des Français, dans la perspective de l’élection présidentielle de 2017. Les résultats sont pour le moins surprenants.

Qu’entendre exactement par ce besoin d’autorité ?
Celui-ci peut recouvrir plusieurs formes. Du renforcement du pouvoir exécutif à l’augmentation des moyens de la police et de la sévérité des juges, il semble investir tous les domaines de la vie des Français.
Il faut dire que les circonstances s’y prêtent, entre la faillite d’une Union européenne et d’un l’État français dans la lutte contre le terrorisme, contre l’immigration incontrôlée et contre le chômage. C’est ainsi que le CEVIPOF a pu constater une triple augmentation de la demande d’autorité régalienne, sécuritaire et identitaire.

Sur le plan politique, cela traduit-il la nostalgie de la monarchie gaullienne ?
On peut d’ores et déjà présumer que la campagne électorale sera centrée sur l’autorité. C’est par conséquent la droite, qui l’incarne traditionnellement, qui va devoir relever le défi et trancher la question libérale. D’autant qu’une campagne axée sur ces thèmes peut se révéler stratégiquement payante. En effet, le besoin d’autorité transcende les classes sociales. L’écart entre les catégories professionnelles supérieures et défavorisées est minime selon l’étude. Ainsi, « la demande d’autorité moyenne n’oppose pas les professions en fonction de leur rang social », même si la demande identitaire est plus forte pour les classes sociales les plus pauvres.

L’étude semble contredire l’effacement apparent du clivage droite-gauche
l’Étude montre un continuum entre les différents électorats de droite sur la question de l’autorité. Si le Front National est le parti avec les sympathisants qui réclament le plus d’autorité, l’électorat LR/UDI ou DLF en est très proche. La distinction est nette avec les électorats des divers partis de gauche. L’existence d’une différence de degré et non de nature entre les électeurs du Modem et du FN laisse la porte ouverte à de nombreuses reconfigurations électorales.