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Alain de Benoist : « Je suis pour l’autonomie de la Corse, pas pour son indépendance ! »

Pour Alain de Benoist, “l’indépendance, de toute façon, ne veut plus dire grand-chose à une époque où les frontières ne garantissent plus l’identité des peuples et où même les « grands » États-nations ont d’ores et déjà perdu l’essentiel de leur souveraineté.”

Voici un entretien paru à l’origine sur le site Boulevard Voltaire.

L’autonomie, voire l’indépendance de la Corse, cela est-il fondamentalement choquant, sachant qu’aucune frontière n’est à jamais gravée dans le marbre, à en juger par ce qui s’est récemment passé au Kosovo ou en Crimée ?

ALAIN DE BENOIST : Ce n’est pas une question de frontières, mais une question de peuples. Contrairement à ce qui s’est passé dans beaucoup d’autres pays, la nation française n’a pas été créée par un peuple, mais par un État. Elle est née de l’agrandissement progressif du « pré carré » capétien, au hasard des conquêtes, des annexions et des alliances matrimoniales. Le peuple français qui existe aujourd’hui est un peuple-résultat. Le problème est qu’en s’étendant, le domaine royal a recouvert des peuples différents, d’origines différentes (celtique, germanique, latine, basque, etc.), qui n’ont jamais abandonné complètement leur personnalité, en dépit des efforts de type colonial développés, sous la IIIeRépublique notamment – l’époque où il était « interdit de cracher par terre et de parler breton » – pour faire disparaître leurs cultures et leurs langues.

Ces peuples existent toujours, même si l’on ne veut pas le reconnaître, et je ne suis pas de ceux qui s’affligent de leur existence et de leur vitalité. Les régions à la personnalité culturelle la plus forte sont aussi les plus portées à défendre leur identité. Le cas de la Corse est, à cet égard, exemplaire, puisque c’est la seule région à n’avoir pas donné la majorité à Emmanuel Macron au second tour de la présidentielle. Le peuple corse est autochtone dans son île depuis au moins trente mille ans. Occupée pendant cinq siècles par les Génois, contre lesquels s’était déjà dressé Sampiero Corso, la Corse fut indépendante à partir de 1755, sous la direction de Pasquale de Paoli, jusqu’à ce que Gênes la cède à la France en 1768. C’est l’époque où Rousseau rédige son Projet de constitution pour la Corse, qu’on serait bien avisé de relire aujourd’hui. Comme le peuple breton, le peuple basque et le peuple alsacien, le peuple corse continue à défendre sa langue et sa culture, et je trouve excellent qu’il le fasse. Prenons exemple sur lui plutôt que de le stigmatiser ! Souvenons-nous, d’ailleurs, qu’au XVIIIe siècle, quand la France atteignait au sommet de sa puissance et sa culture au faîte de sa gloire, les trois quarts de ses habitants ne parlaient pas le français.

Cela dit, si je suis pour l’autonomie de la Corse, je ne suis pas pour son indépendance. L’indépendance, de toute façon, ne veut plus dire grand-chose à une époque où les frontières ne garantissent plus l’identité des peuples et où même les « grands » États-nations ont d’ores et déjà perdu l’essentiel de leur souveraineté. Autonomistes et indépendantistes peuvent, certes, mener des combats communs, mais entre l’autonomie et l’indépendance, je ne vois pas une différence de degré mais une différence de nature. L’autonomie se fonde sur un principe de responsabilité, l’indépendantisme ne manifeste qu’une volonté de sécession.

L’argument jacobin veut que la République soit « une et indivisible ». Mais à Wallis-et-Futuna, territoire français depuis 1888, cette même République reconnaît des chefferies traditionnelles pratiquant un catholicisme considéré de fait comme religion d’État…

ALAIN DE BENOIST: Le jacobinisme est la maladie française par excellence. De l’extrême gauche à l’extrême droite, que ce soit par patriotisme ou par fidélité à l’esprit révolutionnaire, presque tout le monde y sacrifie chez nous. La Suisse (avec ses trois langues officielles), la Russie et les États-Unis sont des États fédéraux et ne s’en portent pas plus mal, mais toute idée de remettre en cause la République « une et indivisible », d’appliquer le principe de subsidiarité (ou de compétence suffisante) en laissant aux différentes composantes de la nation la possibilité de décider par elles-mêmes et pour elles-mêmes, fait immédiatement surgir des fantasmes de « balkanisation » et de « dislocation » que je trouve absolument ridicules. Le centralisme jacobin n’a pas rendu la France plus forte, mais plus fragile. Un pays n’est fort que de la vitalité et de l’identité de ses composantes. Les jacobins veulent réaliser dans leur pays une « unité » qu’ils refusent à l’échelle européenne ou mondiale. Je ne verrais personnellement que des avantages à ce que la République « une et indivisible » soit remplacée par une République fédérale des peuples de France.

Pour en revenir à la Corse, ce n’est pas en répétant que « la Corse, c’est la France » qu’on réglera le problème. J’ai connu l’époque où tous les hommes politiques proclamaient à qui mieux mieux que « l’Algérie, c’est la France ». L’Algérie se composait alors de trois départements français, avec dix préfectures. On sait ce qu’il en est advenu. Quant à ceux qui glosent avec des trémolos sur « le français, langue de la République », je leur rappellerais qu’à l’heure des talk shows, des fake news, du coaching, du fact checking, du packaging, du prime time, des smartphones et autres cold cases, ce ne sont pas les langues régionales mais la langue anglaise qui menace la langue française, sans qu’ils s’en émeuvent particulièrement.

Après l’Écosse, la Lombardie, la Catalogne, la Corse, est-ce les peuples qui prennent leur revanche sur les États, ou y a-t-il des raisons plus extérieures à ces phénomènes ?

ALAIN DE BENOIST: Je pense que c’est une erreur de placer toutes ces régions sur le même plan. Ce sont des cas différents. La Corse est une île, ce que ne sont ni la Lombardie ni l’Écosse. L’histoire de la Catalogne est totalement différente de celle de la Flandre, et l’histoire de la Belgique n’a vraiment aucun rapport avec celle de l’Espagne. Les Flamands souhaitent se séparer des Wallons, mais certains d’entre eux ne refuseraient pas de rejoindre la Hollande pour recréer les grands Pays-Bas. Je pense qu’il faut juger concrètement, au cas par cas. On s’apercevra alors que les motivations sont, elles aussi, très différentes. Disons seulement qu’il est assez légitime que certaines régions veuillent d’autant plus préserver leur identité qu’elles voient bien que les entités plus vastes auxquelles elles ont appartenu jusqu’ici perdent la leur sans réagir.

Texte repris du site Blog Eléments

“Les nationalistes corses sont en position de force”. Mais deux lignes rouges : la langue corse et l’amnistie des prisonniers politiques

05/02/2018 – FRANCE (NOVOpress)
Emmanuel Macron effectue mardi 6 et mercredi 7 février l’un des déplacements les plus sensibles depuis son entrée à l’Élysée en se rendant en Corse.

Les nationalistes sont en position de force sur l’île, parce qu’ils ont remporté une large victoire en décembre dernier. Ils ont obtenu la majorité absolue. Même s’il faut rappeler que la participation n’était pas au rendez-vous.

Mais ce sont eux qui sont désormais aux manettes. C’est un succès qu’ils ont construit depuis plusieurs années maintenant, dans cette île où les partis traditionnels ont failli. C’est comme cela qu’ils ont réussi à s’emparer d’abord de la ville de Bastia il y a trois ans, puis de la région, et puis trois députés ont fait leur entrée à l’Assemblée nationale en juin dernier.

Alors oui, ils sont en position de force. Ils ont d’ailleurs voulu le rappeler à Emmanuel Macron, samedi 3 février, lors de leur manifestation. C’est donc un défi pour le Président, qui n’a pas toujours été très clair sur le sujet Corse.

Sur RTL, Alba Ventura met en avant certaines lignes rouges :

Il y a évidemment des lignes rouges. Prenez la question de l’amnistie des prisonniers politiques. C’est une ligne rouge, d’autant qu’il faudrait savoir exactement de qui on parle. Est-ce qu’il s’agit de ceux qui ont du sang sur les mains (autrement dit des terroristes), ou de ceux qui sont éligibles à une libération conditionnelle ? Ce n’est pas la même chose. D’ailleurs les deux leaders nationalistes, Gilles Simeoni et Jean-Guy Talamoni, ne sont pas tout à fait sur la même longueur d’onde dans ce dossier.
Une ligne rouge : la langue

Et puis il y a un autre sujet extrêmement délicat : celui de la langue. Ce que veulent les nationalistes, ce sont deux langues officielles : le corse et le français. Ça pour Emmanuel Macron, ce n’est pas négociable. Qu’il y ait des langues régionales, oui ! Mais quand vous dites que le corse doit être “langue officielle”, de facto vous vous détachez de la France. Et ce qui soude la France, c’est la langue française.


Catalogne

Catalogne et Kosovo : le deux poids deux mesures de l’Union européenne

04/10/2017 – EUROPE (NOVOpress avec le bulletin de réinformation de Radio Courtoisie) : C’est le président serbe Aleksandar Vucic qui pose la question : « Comment se fait‑il que, dans le cas de la Catalogne, le référendum d’indépendance ne soit pas validé par Bruxelles, mais qu’à ses yeux la sécession du Kosovo, pourtant organisée sans référendum, le soit ? » Le Kosovo, berceau et cœur historique du royaume de Serbie, avait été reconnu indépendant par l’Union européenne en 2008 alors qu’il n’avait fait l’objet d’aucun référendum. « C’est le meilleur exemple du deux poids deux mesures et de l’hypocrisie dans le domaine de la politique internationale », ajoute le président serbe Aleksandar Vucic.

Les pays où des mouvements séparatistes agissent, comme l’Espagne, n’ont pas reconnu cette indépendance du Kosovo. La Grèce, la Tunisie, la Roumanie non plus. C’est également la position adoptée par la Russie, notamment parce qu’elle révèle l’ambivalence de la position occidentale dans le dossier de Crimée. « Nos partenaires occidentaux ont créé le précédent du Kosovo de leurs propres mains », déclarait Vladimir Poutine devant le Parlement russe, en 2014. Poutine avait alors estimé que la situation au Kosovo et en Crimée était « exactement la même », mais que la diplomatie occidentale, dans sa grande majorité, avait choisi de traiter les deux cas de manière différente et incohérente.

Corse : Valls recule

19/01/2016 – POLITIQUE (Présent 8527)

Lundi, Valls recevait à Matignon les deux indépendantistes Simeoni et Talamoni, respectivement présidents du « conseil exécutif de Corse » et de « l’Assemblée de Corse », afin de discuter d’une éventuelle révision de la Constitution qui permettrait à l’île d’acquérir l’autonomie. Une rencontre lors de laquelle le Premier ministre, tout en affichant son désaccord, a quand même concédé la création de trois « groupes de travail » portant sur la langue corse, les questions foncières et les institutions de l’île.
8527P1
Provocations incessantes

Une décision qui constitue une première victoire pour ces gens qui, même s’ils s’en défendent officiellement, visent ni plus ni moins que l’indépendance de l’île et multiplient depuis des semaines les provocations à l’égard de la capitale. On se souvient en effet que, le 17 décembre dernier, lors de la double élection du président de « l’Assemblée de Corse » et du patron du « conseil exécutif », Talamoni n’avait pas hésité à prononcer une bonne partie de son discours en corse et avait évoqué le « premier gouvernement national depuis le XVIIIe ».
Invité lundi matin sur France Info, il est revenu à la charge, expliquant tranquillement à des milliers d’auditeurs que la France est… « un pays ami » ! Et au journaliste qui lui demandait s’il n’était pas un élu de la République française, Talamoni, qui a retiré le drapeau français de son bureau, de répondre : « Je suis un élu de la Corse. »

Une reculade de plus

Bref, venus lundi avec des revendications auxquelles l’exécutif avait déjà dit non, Simeoni et Talamoni auraient, selon toute logique, dû se voir opposer une fin de non-recevoir de la part de Valls qui rappelait, pas plus tard que le 30 décembre, qu’« il n’y a qu’une seule nation, la nation française » et qu’« il est hors de question de revenir là-dessus ».

Or, non content d’accorder près de deux heures d’entretien à ces compagnons de route des assassins du préfet Erignac, Valls est donc allé jusqu’à accepter la création de trois groupes de travail devant marquer « l’ouverture d’un dialogue ».

Les fameuses « lignes rouges » qui « ne peuvent pas être discutées » évoquées par le Premier ministre lors de son passage sur TF1 le 23 décembre dernier semblent donc bien parties pour l’être. Et les indépendantistes l’ont bien compris, qui avertissent déjà que, si l’amnistie de leurs terroristes n’est pas accordée, ils s’adresseront directement à Bruxelles.

Franck Delétraz

“Orange ou un exemple politique réussi de base autonome durable” par Georges Feltin-Tracol

“Orange ou un exemple politique réussi de base autonome durable” par Georges Feltin-Tracol

02/09/2012 — 14h30
ORANGE (via Europe Maxima) — On doit à Michel Drac l’excellente notion de BAD ou « base autonome durable ». S’inspirant de la célèbre TAZ – « zone autonome temporaire » (en anglais) – de l’anarchiste étatsunien Hakim Bey(1), Michel Drac va néanmoins à l’encontre du dessein initial de l’auteur. Ce dernier place son concept, repris par les altermondialistes les plus violents, dans l’ontologie liquide de la mondialisation marchande. Afin de l’étayer, Hakim Bey se réfère à la fois à la flibuste du XVIIème siècle et aux républiques nomades cosaques d’Ukraine. Ainsi estime-t-il que « la T.A.Z. est un campement d’ontologistes de la guérilla : frappez et fuyez(2) ». Cette occupation se veut donc éphémère, instantanée, brève et fluide : « la T.A.Z. occupe un lieu temporaire, mais actuel dans le temps et dans l’espace(3) ». Hakim Bey qui vante par ailleurs l’expérience de Fiume(4) s’inscrit au final dans une démarche hypermoderne de renforcement de la domination globalitaire.

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