De la Syrie au Stade de France : Ibrahim, l’influenceur qui connaît les bons endroits

ibrahim challenger

La course à la notoriété sur Instagram, Twitter et autres réseaux sociaux a fait une nouvelle vedette. On appelle les gens qui seraient prêts à se damner pour une poignée de « likes », et qui n’imaginent vivre leur vie sans la prendre en photo et la poster, couverte de filtres divers, des « influenceurs ». Parmi ces influenceurs, il y en a un que j’aimerais vous présenter. Il s’appelle Ibrahim, comme tout le monde, mais il est plus connu sous son alias « Challenger.67 ». Ce brave jeune homme s’était en effet filmé, il y a quelques jours, en train de tirer à la kalachnikov, dans un endroit qu’il présente comme la Syrie. Peut-être est-ce la course à la notoriété qui lui a fait perdre le sens des réalités. Peut-être la Syrie est-elle devenue un parc d’attractions à ciel ouvert, maintenant qu’il ne subsiste plus de Daech que quelques métastases, toujours traitées mais sorties provisoirement de la phase critique ? Allez savoir.

Bref, trois jours après cette vidéo « lifestyle », Challenger, ou Ibrahim, s’est tranquillement filmé devant le Stade de France, le soir de la désastreuse finale que l’on sait. Il se met en scène en train de passer tranquillement en fraude sous les portiques et se paie même le luxe d’interpeller Cyril Hanouna, le Drucker de notre temps, qui, lui, semble avoir du mal à entrer dans le stade. Ibrahim, ou Challenger, explique qu’il est entré grâce à sa notoriété. Pourquoi pas. La prophétie de Warhol sur le quart d’heure de gloire n’a jamais été aussi vraie.

Le monde des influenceurs étant, semble-t-il, petit, il se trouve que notre ami Ibrahim était en Syrie (ou ailleurs, puisqu’à ma connaissance, rien n’est confirmé sur la localisation exacte) en compagnie d’une autre vedette des réseaux sociaux : Rayanne B. Vous l’ignorez probablement, mais le prénom Rayanne (parfois orthographié Rayane ou Rayan, mais jamais Ryan) fait partie du Top 10 des prénoms de la diversité, comme Ibrahim d’ailleurs. Rayanne, donc, déjà sévèrement condamné à un rappel à la loi pour avoir volé un camion de pompiers et traité les soldats du feu de fils de pute. C’était en octobre 2021. Le Figaro, très au courant des dernières tendances (et je ne parle pas uniquement du port du pull saumon à La Baule), ajoute que Rayanne et Ibrahim sont caractéristiques d’une nouvelle génération d’influenceurs qui se prennent en photo devant des symboles de richesse (Dubaï, par exemple), mais aussi en djellaba, allant faire la prière, pour inciter leurs fans à respecter les fêtes et les impératifs du calendrier musulman.

Il y a, tout d’abord, un petit côté « où est Charlie » dans cette succession de cartes postales envoyées par ces deux abrutis : ils ont, à eux deux, couvert une bonne partie de la carte des endroits où il faut être pour compter dans le nouveau show-business : en Syrie (ou assimilé) en train de tirer à la kalach, en banlieue pendant une ratonnade de Blancs, dans un camion de pompiers volé… Ibrahim et Rayanne sont toujours dans les bons coups. Ils connaissent les bons endroits. Je note également que les nouveaux influenceurs mixent les codes de la cité avec ceux de l’islam rigoureusement pratiqué : moitié clip de RnB, moitié cours de caté sunnite.

Il y aurait un livre à consacrer à la sociologie de ces Français qui sont, ni plus ni moins, le futur visage de notre pays. Ils sont nourris aux tacos, au McDo et au Capri-Sun ; ils sont vêtus de capuches comme les paysans d’autrefois (mais pour échapper aux caméras) ; ils sont « éduqués » par un père violent et absent, une mère à la fois soumise et abusive, une fratrie nombreuse et enregistrée dans les fichiers depuis toujours. Ils sont « instruits » par des professeurs dépressifs et timorés, des programmes suintants d’idéologie nauséabonde. Ils sont « formés » par un flot continu de retransmissions sportives, de films porno, de clips de musique abrutissante. On ajoute un peu de psychotropes (gaz hilarant, alcool, chichon évidemment), un vocabulaire inférieur à 300 mots (qui rend la violence prévalente et l’ascension sociale impossible), une pratique de l’islam essentiellement sociale et hypocrite… et on n’est pas mal.

Gérald Darmanin ne se rendra pas sur place, pour une fois. Où irait-il, d’ailleurs ? Ces influenceurs sont partout. Ils vont trop vite pour lui. Ils sont la France qui advient : ça ne sert à rien de les arrêter. Mieux vaut les laisser passer, comme ces stadiers amateurs, recrutés sur Facebook pour assurer la sécurité de la finale Liverpool – Madrid.

Arnaud Florac

Tribune reprise de Boulevard Voltaire

73 % de Français contre le burqini, ça en fait quand même 27 % pour !

En matière de burqini (ou burkini, ou même « maillot de bain couvrant »), la chaîne CNews, qui a décidément le cuir solide quand il s’agit de se faire traiter de télévision fasciste, a fait le travail que font tous les fachos : elle est partie du réel. On sait qu’il y a deux écoles, à ce titre : l’école Jean-Jacques Rousseau (« Écartons d’abord les faits, car il ne touchent point à la question ») et l’école Charles Maurras (pays réel « qui travaille et qui vit » contre pays légal). Dans le pays légal, on est plutôt Éric Piolle : on ne voit pas où est le problème. Burkini ou topless, c’est la même chose, paraît-il : on fait bien ce qu’on veut. Tant d’angélisme laisse pantois, car il semble qu’à Kaboul, en ce moment même, on ne mette pas exactement le topless sur le même plan que le « maillot de bain couvrant ».

Dans le pays réel, donc, CNews a voulu savoir ce qu’il en était et a commandé un sondage à l’institut CSA. Les résultats sont éloquents : 73 % des Français interrogés sont contre le burkini. Bon. Tant mieux, vous me direz. Cela dit, une fois le sondage lu, se posent plusieurs questions. La première : qui sont les 27 % de Français pour qui le burkini doit être autorisé dans les piscines municipales ? Alors, d’abord, bonne nouvelle : ils ne sont que 26 %. 1 % des sondés n’a pas vraiment d’avis sur la question. Ensuite, cela dépend de l’âge des personnes interrogées. Sans énorme surprise, plus on est vieux, plus on est réac ; mais là, l’écart est énorme. Jugez plutôt : 37 % des 25-34 ans sont pour l’autorisation du burkini, chiffre qui passe à… 63 % d’opinions favorables chez les plus jeunes (18-24 ans). En d’autres termes, certes, on est plus réac à mesure que l’on vieillit, mais le matraquage idéologique de ce que l’on n’ose plus appeler l’Éducation nationale, couplée aux médias et aux réseaux sociaux, a également porté ses fruits jusqu’à provoquer un décalage hallucinant entre les jeunes et ceux qui les suivent immédiatement.

Deuxième question, corollaire de la précédente : cette évolution de la société est-elle uniquement due à la propagande contemporaine ? Certes, nos jeunes (enfin, pas les nôtres, mais les jeunes de notre pays) sont plus perméables que jamais à toutes les sottises à la mode. Ils pleurent pour un demi-degré de réchauffement mais se fichent bien de compter les avortements. Ils luttent pour les droits des LGBTQIA+, la déconstruction du patriarcat et tutti quanti mais n’ont pas l’intention de lutter contre les pays qui sont restés bloqués au VIIe siècle. On sait tout cela. Ce que l’on mesure mal, en revanche, c’est le rôle que joue cette théorie complotiste d’extrême droite que l’on appelle « Grand Remplacement » dans de tels résultats. En effet, si l’on se souvient que 74 % des musulmans de moins de 25 ans considèrent que les lois musulmanes (la charia) sont supérieures à celles de la République (sondage IFOP pour Charlie Hebdo de 2020), et si l’on prend également en compte les statistiques de l’évolution des enfants dont l’un des parents est extra-européen, on comprend peut-être mieux. S’il y a plus de partisans du burkini parmi les 18-24 ans, c’est aussi, possiblement, parce qu’il y a plus de musulmans chez les 18-24 ans que dans les autres catégories. À creuser.

Alors, qui peuvent bien être ces 26 % de partisans du « maillot couvrant » que l’on mettrait « par pudeur ou pour ne pas s’exposer au soleil » ? Des musulmans vindicatifs ? Des défenseurs de la liberté, encore aveuglés par l’image qu’ils se font du corps en décomposition de Marianne ? Et qui peuvent bien être ces 67 % de jeunes qui sont en faveur de son autorisation ? Des imbéciles lobotomisés par l’instruction publique ? De futurs combattants dans le sentier d’Allah ? On ne sait pas bien. Mais ça ne présage rien de bon.

Arnaud Florac

Tribune reprise de Boulevard Voltaire

Diplomatie française sous Macron : cinq ans de gifles, cinq ans de honte

emmanuel macron

Cinq ans viennent de s’écouler. Cinq longues années durant lesquelles la France – et pas n’importe laquelle, celle d’Emmanuel Macron – aura tenté de regagner sa place sur la scène internationale. Cinq terribles années marquées par un enchaînement de gifles publiques sans précédent. C’est l’heure d’un triste bêtisier, avant de faire le choix de reconduire ou pas notre charismatique timonier. L’Ukraine, dont nous parlions récemment, n’est que la cerise sur le gâteau – ou le dernier clou sur le cercueil, c’est comme on voudra.

Dans le domaine des relations humaines, avec ses homologues de tous les pays, le Président ne fait pas dans la demi-mesure. Il ne sait que surjouer. Il a incarné OSS 117 au Niger en 2017, quand il a ironisé sur le président Roch Kaboré « parti réparer la climatisation ». Il a voulu jouer au cow-boy avec Donald Trump, qui l’a allègrement humilié devant les caméras en le prenant par la main ; au bilan, statu quo politique, conférence de presse insipide et trois luxations des phalanges. Avec cette familiarité poussive et embarrassante qui le caractérise, il a essayé pendant quatre ans d’être l’ami de Merkel, qui n’en avait cure, et n’a su parler que de lui en parlant aux autres. On peut relire, à ce titre, son discours d’adieu à la chancelière, en novembre 2021. Il s’y campe en « jeune Président impétueux qui voulait tout bousculer ». Ce n’est probablement pas le diagnostic de Vladimir Poutine qui, en bon officier traitant du KGB, a certainement su lire à l’œil nu la vulnérabilité narcissique et l’insécurité fondamentale du « Président impétueux ». Il s’est donc, à chaque fois, voluptueusement essuyé les pieds (métaphoriquement, s’entend) sur la figure prétentieuse de notre chef des armées.

Rendons cette justice au Président de la désormais 7e puissance mondiale : sur la scène internationale, il n’y a pas qu’en face-à-face qu’il soit nul. Macron a, par exemple, tenté d’être l’homme du redressement du Liban en 2020. Il s’est alors adressé aux dirigeants de ce vieux pays, ami de la France depuis François Ier, sur un ton que beaucoup d’entre nous n’auraient pas employé avec un resquilleur de file d’attente. Après avoir essayé d’être le maître d’œuvre de la formation d’un gouvernement (et on se demande bien au nom de quelle légitimité), il a, en septembre 2020, « pris acte » de la « trahison collective » de la classe politique libanaise, qui n’en avait pas grand-chose à f… de ses initiatives. Nos amis phéniciens ont inventé l’alphabet et la mondialisation : nous leur avons transmis, sous notre bref protectorat républicain, l’affairisme et le verbiage. Il n’y a pas de quoi la ramener. Mais, que voulez-vous, il est comme ça, Macron. Il faut qu’il soit le sel de tous les plats. Les Libanais nous connaissent ; nous resterons amis. Heureusement qu’ils sont compréhensifs. Mais c’était bien une gifle – que le président de la République lui-même avait cherchée, en venant mettre son nez dans une affaire qui ne le regardait pas.

Le Levant ne suffisait pas. Il fallait que Macron fût ridicule ailleurs. Pourquoi pas le Mali ? Ses dirigeants nous avaient demandé d’intervenir. Nous leur donnions beaucoup d’argent. Ils nous laissaient jouer les puissances d’équilibre. Le conflit s’enlisait, mais pas plus que cela. Moins que l’Afghanistan jadis, par exemple. Il était donc difficile de tout faire rater en peu de temps : un défi à sa mesure. En une poignée de mois, il organisa un sommet risible à Pau, pour tancer les présidents du G5 Sahel, resta sans réaction après le putsch, laissa venir Wagner sur ce qu’il faut bien appeler nos plates-bandes… avant que le Mali, désormais fort du soutien russe, ne vire notre ambassadeur comme un malpropre au début de ce mois. Tout dernièrement, Macron a cru reprendre la main en annonçant le redéploiement de Barkhane et son départ du Mali. Réponse de Bamako (traduit du langage diplomatique) : « OK, et que ça saute. » Des gifles comme ça, on aime parfois en donner, mais jamais en prendre. Surtout pas devant tout le monde.

Vous me direz qu’il n’y a pas que la diplomatie ou la défense, dans les relations internationales. Et vous aurez raison. Il y a le soutien aux exportations aussi : les Rafale, les Mistral, les sous-marins, ils ne vont pas se vendre tout seuls. Il faut mettre des politiques sur la photo et des mallettes dans les chambres d’hôtel. En Australie, tenez, par exemple, Macron pouvait surfer sur le contrat du siècle, décroché en 2016 : douze sous-marins de classe Barracuda. Huit milliards à la clé pour la partie française. Et là, patatras ! Les Australiens ont tout annulé en septembre 2021, sous l’amicale pression de leurs amis américains. Perte de confiance, dignité effarouchée, on annule les petits fours : la diplomatie française n’a, certes, aucun mal à pianoter sur la gamme qui va du grand sourire aux larmes. Mais les effets de manche ne suffisent plus. On commence à voir le vide des coulisses, les éclairages qui faiblissent. Les macronistes les plus convaincus, dans leur pavillon en meulière de la banlieue ouest, ont comme un doute. Et si c’était vrai, ce que les fachos racontent ? Si le Mozart de la finance, l’homme à la pensée complexe, le petit prince de la stabilité planétaire, n’était pas à la hauteur ?

Dernier acte de cette stratégie de la gifle multiple, qui confine au masochisme le plus amusant : l’affaire ukrainienne. Emmanuel Macron s’est démené, dit-on sur les chaînes françaises. Pas sûr qu’on en ait grand-chose à faire à Pékin, Moscou ou Washington. Qu’a-t-il fait de concret ? Oh, rien, comme d’habitude, ou du moins pas grand-chose. Deux ou trois coups de menton, quelques entretiens longs et verbeux, dans des hebdomadaires ; quelques déplacements dans des capitales, peut-être, où on l’aura reçu, bien sûr, parce qu’on n’allait pas le laisser sur le palier avec son bouquet de fleurs. Et tout restera comme avant, comme s’il n’avait rien fait. Lui, il sera déjà passé à autre chose.

On pourrait ébaucher un portrait cubiste, par superposition de calques, de Macron à l’international. Il y a du Bernard-Henri Lévy, du Salengro (le défunt président du Groland) et du Bernard Tapie, chez cet homme-là. Du premier, il a l’amour démesuré de sa propre personne, le sentiment de porter une parole occidentale universelle, le ridicule des poses factices, le goût de se faire photographier à l’étranger, le besoin de parler fort et de ne rien faire avancer. Du deuxième, il a l’emphase ridicule, la posture martiale bricolée de toutes pièces, la boursouflure mal à propos, le côté fantoche d’un chef d’État grandiloquent à la tête d’un pays failli dont il ne se préoccupe pas. Du troisième, il a pris la fausse familiarité de bateleur (très peu naturelle dans le cas de Macron), l’envie de monter des « coups », l’indifférence totale au sort des entreprises qu’il désosse et revend sans un regret (dans le cas du Président, c’est la France).

Cinq ans de gifles sur la scène internationale. C’est long. C’est peut-être bientôt fini. Croisons les doigts.

Arnaud Florac

Tribune reprise de Boulevard Voltaire

À deux semaines du premier tour, au cinéma : un thriller sur la menace de l’extrême droite à l’Élysée !

film Le monde d'hier

Le 30 mars 2022 sortira, sur nos écrans, le film Le monde d’hier, réalisé par Diastème, avec Léa Drucker et Denis Podalydès. L’histoire est simple. Voici, par exemple, ce qu’en dit le site Allociné : « Alors qu’elle s’apprête à quitter la vie politique, Élisabeth de Raincy (Drucker), présidente de la République, découvre qu’un scandale va éclabousser son successeur désigné et donner la victoire au candidat d’extrême droite. Elle et son équipe ont trois jours pour changer le cours de l’Histoire. »
Il faut, de toute urgence, voir la bande-annonce de ce film. Rien n’y manque : l’ombre d’une « Internationale fasciste » (Pologne, Brésil et même… Turquie) dont la France, avec un Président d’extrême droite, pourrait « prendre la tête » ; la Présidente, « républicaine » bien sûr, qui est prête à mobiliser les moyens clandestins de l’État pour faire tomber un candidat à l’élection présidentielle ; les plans nerveux, qui évoquent un de ces thrillers à la Tom Clancy, où une bombe nucléaire a disparu des arsenaux… sauf que, dans ce cas précis, la « Somme de toutes les peurs », pour reprendre l’un des titres de l’auteur américain, c’est tout simplement la voix du peuple.

C’est bien le cœur du problème : les scénaristes (Diastème, le duo Davet et Lhomme ainsi que Christophe Honoré) assument de mettre en scène des « gentils » qui, avec des moyens illégaux, luttent contre le suffrage universel pour préserver l’idée qu’ils se font de la République. Mieux : le réalisateur ne s’imaginait pas faire autre chose. Lisons, par exemple, ce qu’il dit dans le dossier de presse du film :

« Le problème n’a malheureusement fait qu’empirer depuis 2015, non seulement en France mais partout dans le monde. C’est évidemment un sujet qui me préoccupe. Quelque temps après l’élection d’Emmanuel Macron, après avoir vu ce qui s’était passé autour de la candidature de François Fillon, je n’ai pas pu m’empêcher de me dire : et si une histoire de ce genre, plus grave peut-être, était arrivée à Macron entre les deux tours, que se serait-il passé ?

Dans le même temps, il y a eu Trump, Bolsonaro, la Turquie, la Hongrie, la Pologne, Salvini en Italie. Je ne me voyais pas écrire sur autre chose… Un Français a été le premier film à parler de l’extrême droite d’aujourd’hui, de manière frontale, et je crois qu’il n’y en a eu qu’un depuis : Chez nous, de Lucas Belvaux. C’est surprenant car c’est à mon sens le plus gros problème de notre société à court terme. » On ne saurait être plus explicite.

Le film Un Français, dont parle Diastème ci-dessus, était une autre de ses créations, sortie en 2014. Il y suivait un jeune skinhead qui apprenait progressivement à se détacher de l’extrême droite. Une sorte d’American History X commandé sur Wish. Toujours cette manie de la psychiatrisation : l’extrême droite, telle que ses adversaires la désignent, est le camp des malades mentaux, des ratés, des malheureux. Ses adeptes doivent être soignés. L’œuvre de Diastème fait apparemment partie de la gamme des médicaments prévus à cet effet.
Comme tous les films, celui-ci a été sponsorisé en partie par des fonds publics, c’est-à-dire, chers amis, par nos impôts. Comme peu de films, en revanche, celui-ci sort sur les écrans le 30 mars 2022, c’est-à-dire… 11 jours avant le premier tour de l’élection présidentielle. Ce que le hasard peut faire, tout de même, c’est assez incroyable.

Peut-être ce chef-d’œuvre immortel aidera-t-il quelques « fachos », humiliés de se voir ainsi dépeints en complices du Mal, à voter pour le « bon camp ». Ou peut-être que les gens en ont marre qu’on leur dise quoi faire, quoi penser ou non, pour qui voter ou non ; peut-être que la démocratie, c’est faire confiance au peuple, au lieu d’utiliser l’appareil d’État pour prolonger artificiellement un système à bout de souffle. Souhaitons à ce grand film le succès qu’il méritera.

Arnaud Florac

Tribune reprise de Boulevard Voltaire

« Un irresponsable n’est plus un citoyen »… sauf s’il est djihadiste, ça va de soi

citoyen

Nous évoquions, récemment, « la mauvaise réputation » de Georges Brassens et son fameux refrain « Non, les braves gens n’aiment pas que/L’on suive une autre route qu’eux ». Évidemment, cela s’applique parfaitement à la « stratégie vaccinale » du gouvernement… et à son stratège, Président jupitérien en diable, Emmanuel Macron, Président de tous les Français, qui souhaitait à « chacune-et-chacun » une année bienveillante il n’y a pas si longtemps.

Tout le monde se concentre sur le moment de son entretien au Parisien où il dit vouloir « emmerder les non-vaccinés » le plus longtemps possible. Certes, tout est odieux, là-dedans : le fond, la forme et surtout, à mes yeux, cette fausse familiarité, forcée et calculée. Dans L’État-spectacle (1977), Roger-Gérard Schwartzenberg, politologue de gauche, se moquait déjà des tentatives de la droite pour faire peuple : Giscard jouant de l’accordéon ou s’invitant chez les Français, parce que de Gaulle disait de lui « son problème, c’est le peuple ». De Gaulle lui-même, un peu plus tôt, sortant de son habituelle distance, théorisée dans Le Fil de l’épée (« L’autorité ne va pas sans prestige, ni le prestige sans éloignement ») pour, disait Schwartzenberg, parler « le langage de Sganarelle » en interview : « On peut sauter sur sa chaise comme un cabri en disant « l’Europe, l’Europe, l’Europe ! ». »

On a donc, peu ou prou, droit au même sketch, en 2022, à l’extrême centre. Un bourgeois bien élevé qui utilise le registre le plus relâché en pensant que c’est une arme, que ça va « faire bien » – comme Chirac et « l’affaire qui fait pschitt ». Méprisable. Haïssable, même.

Mais, en vérité, le point le plus remarquable de cet entretien est celui où le président de la République, décidément bienveillant, considère qu’« un irresponsable n’est plus citoyen ». Emmanuel Macron vient de s’arroger le droit de dire qui est citoyen et qui ne l’est pas. Comme ça, tranquille, sans un coup de matraque ni un manifestant éborgné. Chapeau, l’artiste ! De plus, on n’a pas souvenance qu’il ait eu la même intransigeance avec les terroristes, dont Éric Ciotti rappelait judicieusement, sur France Inter, qu’il avait refusé, en 2016, de les déchoir de leur nationalité parce que « tout le monde est citoyen ».

Conclusion partielle du raisonnement : refuser un vaccin non obligatoire, c’est donc plus grave que d’assassiner des Français ? Plus grave que d’appeler au meurtre en chanson ? Plus grave que de violer, de piller, de saccager ce qui reste de notre cher beau pays ?

La France n’est pas en train de devenir décadente ; ça, c’est fait depuis longtemps. Depuis 1815, 1789, 1685 ou même 1314, pour les plus énervés. Elle vient d’inventer un autre régime, celui de l’inversion de toutes les valeurs : inciter à pendre les Blancs, c’est de l’art ; manifester contre le Grand Remplacement, c’est du terrorisme ; mettre la France à feu et à sang, ce n’est pas un motif de déchéance ; refuser la sainte piqûre, c’est de la sédition. On devient un loup quand on refuse d’être un mouton. D’ailleurs, la possibilité de conditionner l’accès aux supermarchés à la détention du passe vaccinal n’a pas ému grand monde. Michel-Édouard Leclerc lui-même en est convenu sur BFM. Alors qu’il s’agit tout simplement de manger…

Emmanuel Macron a-t-il perdu l’élection sur un coup facile, en lançant les dés une fois de trop ? Les Français vont-ils s’apercevoir – enfin – qu’ils ont fait n’importe quoi ? Lénine disait : « Le communisme, c’est les Soviets plus l’électrification. » Macron, c’est la Corée du Nord avec la fibre. On attend le réveil du peuple. On se prend à rêver.

Arnaud Florac

Tribune reprise de Boulevard Voltaire

Les cortèges de mariage, une nouvelle tradition française ?…

cortège mariage

On en viendrait presque à regretter l’innocente vulgarité des cortèges de mariage d’autrefois, les nôtres – ceux d’avant que l’on ne vive « côte à côte ». Vous vous rappelez ces files de voiture qui klaxonnaient sur la route, avec des nœuds de tulle accrochés aux essuie-glaces, des mariés hilares et insouciants… une longue suite de véhicules « milieu de gamme », comme on dit chez les concessionnaires, qui n’embêtaient pas grand monde, sauf quelques vieux ronchons. On se rendait alors au vin d’honneur, à la sortie de la mairie, une salle plus ou moins polyvalente dans laquelle, avant un dîner plus plantureux, on commençait à s’arsouiller au kir et à manger des petits fours.

Aujourd’hui, on est passé à autre chose. Chaque semaine apporte son lot de cortèges matrimoniaux 2.0. Il y a quinze jours, les invités de la noce, bloquant le village de Méry-sur-Oise, avaient lancé des chaises, volées à la terrasse d’un café, à la figure des forces de l’ordre venues les déloger. Le week-end dernier, c’était la rocade de Lyon, embouteillée sur toutes ses voies par des voitures au luxe tapageur, qui recevait à son tour une injection de vivre ensemble.

C’est qu’en effet tous ces mariages, les élus en conviennent dans Le Figaro de ce lundi, ont un point commun : ils sont « communautaires ». Vous m’en direz tant. Certains, d’un courage presque insensé, dénoncent des communautés maghrébine ou turque. Ils ajoutent que la plupart de ces braves citoyens, qui ont le goût de la fête, sont, très souvent, déjà connus des services de police pour des « rodéos urbains ».

Face à cette déferlante festive « communautaire », donc, certaines municipalités ont pris des mesures. Ainsi de Nice, qui fait signer à ses futurs mariés une « charte de convivialité » depuis 2012. Y sont notamment proscrits l’utilisation des voies de tramway pour rouler, le fait de s’asseoir sur les portières, la trop grande vitesse, etc.

Il n’est, en fait, que de regarder les vidéos de ces mariages qui circulent vite, elles, sur les réseaux sociaux pour s’apercevoir que le problème ne réside pas tant dans les symptômes que dans la racine du mal : il s’agit, pour ces cortèges, d’occuper l’espace, de faire du bruit, de gêner et de provoquer. On est loin d’une démonstration conviviale. Jusqu’à leur interdiction, des drapeaux étrangers étaient – sont encore, parfois – exhibés aux fenêtres. Le mariage n’est qu’un prétexte.

C’est du défilé d’une armée d’occupation, braillarde, hétéroclite et violente comme les « grandes compagnies » ou les bandes de lansquenets d’autrefois, qu’il s’agit. C’est une énième façon de confirmer le diagnostic clinique d’Éric Zemmour sur l’existence « de concessions étrangères » sur le sol français.

Alors, les cortèges de limousines de location, de 4×4 jaunes et de scooters hurlants, les violences, la provocation, une nouvelle tradition française ? Les années qui viennent nous le diront.

Arnaud Florac

Tribune reprise de Boulevard Voltaire

Youssoupha, chanteur officiel de l’équipe de France pour l’Euro 2021

Youssoupha

On se demandait (ou pas) qui pourrait bien être l’auteur de la chanson accompagnant, comme il est de tradition, bien ancrée quoique récente, l’équipe de France de football. Depuis la mort de Johnny, interprète de l’immortel « Tous ensemble » en 2002, on n’a pas vraiment gardé le souvenir de titres inoubliables. Tant mieux, d’ailleurs.

Or, voici qu’à l’approche de l’Euro 2021, les bonnes nouvelles se succèdent sans trêve. Hier, c’était l’annonce de la composition de l’équipe de France. Enfin ! On y retrouve le nom de Karim Benzema, jadis injustement placardisé. Cet excellent camarade, qui s’était fait connaître en ne chantant pas « La Marseillaise », en menaçant ses coéquipiers (voir l’affaire de la sextape de Valbuena) ou encore en déclarant qu’il n’était français que pour le football, était cependant admiré par certains pour ses performances sportives.

Comble de bonne fortune, on apprend désormais, et presque au même moment, que c’est le rappeur Youssoupha qui interprétera l’hymne officiel des Bleus pour l’Euro 2021. Un coup d’œil rapide sur les paroles d’« Écris mon nom en bleu », que l’on peut trouver un peu partout dans la presse, permet de mesurer l’apport décisif du spectacle vivant à la religion du sport. Un extrait, peut-être ? Puisque vous insistez. « Ça vient des campagnes et des quartiers, personne va s’écarter, le camp sera gardé. Chaque blase est lourd de sens. C’est jour de chance, mélange meilleur d’un goût d’ailleurs et d’un goût de France. » Référence aux quartiers, au métissage et au goût d’ailleurs qui passe avant le « goût de France », devenu un simple condiment : pas de doute, on est en terrain connu.

Originaire de la République démocratique du Congo, Youssoupha a grandi à Béziers, puis en région parisienne. Reconnu dans sa branche, il a accédé à la notoriété « grand public » en 2009 grâce au titre « À force de le dire », dans lequel on trouvait la phrase suivante : « À force de juger nos gueules, les gens le savent, qu’à la télé souvent les chroniqueurs diabolisent les banlieusards, chaque fois que ça pète on dit qu’c’est nous, j’mets un billet sur la tête de celui qui fera taire ce con d’Éric Zemmour. » Condamné en première instance, il avait trouvé, comme souvent les rappeurs, une justification filandreuse à ces propos insultants, justification dans laquelle, évidemment, il était question de second degré, de métaphores et de non-violence. Habitué de ce genre de distanciation artistique, Youssoupha est, par ailleurs, le fondateur du label musical Bomayé, qui signifie « tue-le », en lingala. Second degré, les amis. Restons calmes.

D’ailleurs, on aurait tort de réduire l’homme à cette sortie, un peu facile, contre un journaliste relativement clivant. Youssoupha, c’est aussi la chanson « Éternel recommencement », sur l’album À chaque frère (2007). 6 minutes 12 qui révèlent, selon ses exégètes, un talent auprès duquel Chateaubriand peut retourner jouer au beer-pong. Comme disaient Les Inconnus, on écoute et on en parle après ? Morceaux choisis : « J’mélange mes fantasmes et mes peines/Comme dans ce rêve où ma semence de Nègre fout en cloque cette chienne de Marine Le Pen » […] « Moi je m’en bats de la France d’en bas, je représente la France d’ailleurs » […] « Depuis le 21 avril, je sais que les Français sont des racistes conscients » […] « Ce qu’on nous enseigne me sidère/Car on oublie de nous dire que Napoléon était raciste et sanguinaire » […] « Le rap est en osmose avec son époque/Le message qu’il porte dérange les porcs qui lui ferment la porte. »

Bon, je crois que tout y est. Un engagement courageux et original contre le RN ; un petit mot gentil pour sa présidente, dans la tradition de l’amour courtois ; un clin d’œil complice à la France périphérique, qu’on appelait à l’époque « France d’en bas » ; de la gratitude pour l’Histoire de France, démontrant sa parfaite assimilation dans son pays d’accueil ; et, pour finir, une capacité de remise en question remarquable qui permet à l’auteur d’accueillir avec bienveillance d’éventuelles critiques.

Grand merci, donc, à Youssoupha, qui incarne la France de 2021 dans ce qu’elle a de meilleur.


Arnaud Florac

Tribune reprise de Boulevard Voltaire