Un ambassadeur aux droits LGBT+ : parce que lutter contre l’homophobie à l’autre bout de la Terre, c’est plus facile que dans certaines banlieues

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En avril dernier, à la veille du second tour de l’élection présidentielle, paraissait au Journal officiel le décret annonçant l’extinction du corps des « conseillers des affaires étrangères ». Désormais, donc, selon le bon vouloir d’Emmanuel Macron, il n’y a plus, en France, de « corps diplomatique ».

Comme l’écrivait alors Gérard Araud, ancien ambassadeur de France à Washington : « Une histoire pluriséculaire s’achève avec la suppression du corps diplomatique. À force de caricaturer les diplomates, on oublie que la diplomatie, c’est un métier, une expérience, des connaissances, une tradition, une fierté de servir la France. »

Le Président n’aimait pas cette institution sur laquelle il n’avait pas la main. Il n’aimait pas le corps diplomatique mais aime, en revanche, distribuer les postes et les titres. Toutefois, si le métier disparaît, le titre demeure et l’on voit maintenant fleurir des « ambassadeurs » pour tout et n’importe quoi.

Oubliée, la noble tâche de « représentant(e) permanent(e) d’un État auprès d’un État étranger, le plus élevé dans la hiérarchie diplomatique », les voilà assignés à des tâches sociétales. De la cause animale au cancer du sein en passant par la mucoviscidose ou les pôles, chacun a désormais son ambassadeur, plus ou moins capé, plus ou moins galonné.

C’est ainsi qu’on a appris, jeudi, de la bouche du Premier ministre la prochaine nomination d’un « ambassadeur aux droits LGBT+ ». S’exprimant à l’occasion du quarantième anniversaire de la dépénalisation de l’homosexualité, Élisabeth Borne a annoncé l’arrivée « avant la fin de l’année » d’un « ambassadeur aux droits LGBT+ ». Ce poste sera attaché au ministère de l’Europe et des Affaires étrangères – alors que le corps diplomatique vient d’être supprimé, rappelons-le ! – et son titulaire « portera la voix de la France et défendra notamment la dépénalisation universelle de l’homosexualité et de la transidentité ».

Quelle sera réellement la mission de cet ambassadeur extraordinaire ? On ne voit pas bien, sinon rendre notre pays encore plus détestable à des populations qui pourront nous demander trivialement de nous occuper de nos affaires. Car pour ce qui est des droits des LGBT+ sur notre sol, ils sont aujourd’hui strictement égaux à ceux des autres citoyens, la France ne demandant pas – jusqu’ici – à chacun de se déterminer selon son orientation sexuelle. Si problèmes il y a (hausse de 28 % des crimes et délits anti-LGBT), ceux-ci sont d’ordre social et non légal ! Seulement voilà, pour cette question aussi, on se refuse à nommer les responsables, et plutôt que de traiter le problème sur notre sol, on prétend une fois encore aller donner des leçons au monde. Lutter contre l’homophobie à l’autre bout de la Terre, c’est plus facile que dans certaines banlieues.

Comme une illustration de la tartufferie qui nous gouverne, Slate nous rapporte aujourd’hui l’histoire dramatique de « Karim S., citoyen français vivant à Barcelone et mort à Orly ». Chef de cabine pour la compagnie Corsair, il rentrait chez lui à Barcelone après un vol en provenance de La Réunion. C’est au cours de la correspondance à Orly qu’il est décédé d’un AVC.

D’origine musulmane mais non pratiquant lui-même, Karim avait coupé les ponts avec sa famille en raison de son homosexualité. Il vivait à Barcelone et partageait la vie de son compagnon Toni sous le régime pareja de hecho, le PACS local. Mais la France a décidé de rendre le corps de Karim à sa famille pour qu’il soit enterré selon le rite musulman. Ce que conteste son compagnon, affirmant que Karim voulait être incinéré et surtout pas inhumé dans un cadre religieux.

Le compagnon réclame la dépouille. La France fait la sourde oreille : pour elle, Karim était célibataire. Son corps attend donc à la morgue la sortie de cet imbroglio judiciaire…

Voilà du boulot pour Monsieur Madame l’ambassadeur-drice.

Marie Delarue

Tribune reprise de Boulevard Voltaire