Alexandre Langlois : « On met sous protection policière un professeur plutôt que de régler le mal à la racine »

Alexandre Langlois

« Brasser de l’air pour éviter de régler les problèmes avec des lois existantes » : Alexandre Langlois dénonce l’impuissance des pouvoirs publics face aux questions séparatistes, et notamment avec l’affaire du professeur de Trappes.

Le professeur de philosophie Didier Lemaire, enseignant à Trappes, fait le tour des plateaux depuis ce matin. Il a alerté l’opinion sur les menaces qui pèsent sur lui. Il est, en effet, sous protection policière. Son tort : avoir tenu des propos, soutenant Samuel Paty, en cours.

Il dénonce une islamisation de la ville de Trappes

Malheureusement, c’est toujours une impuissance des pouvoirs publics. On met sous protection judiciaire un professeur plutôt que de régler le problème à la racine. Les menaces sont dans le Code pénal. Il faut donc couper le mal à la racine. Aujourd’hui, on préfère mettre des sparadraps sur des jambes de bois. Il y a sans doute d’autres professeurs qui peuvent être menacés ou subir des pressions. Plutôt que de dire que tout le monde a le droit à la même protection, on fait de petites mesures médiatiques en protégeant telle ou telle personne. On prend le problème à l’envers. Plutôt que d’avoir la sécurité générale pour tous, on fait la sécurité de quelques personnes qui sont le plus en danger.

Le maire de Trappes s’en est pris au professeur en l’accusant de mensonge et de diffamation grotesquement fausse, pour reprendre ses termes exacts. Le maire a porté plainte contre le professeur de philo. Cela en dit long sur l’ambiance qui règne dans cette ville des Yvelines assez emblématique.

Le maire de Trappes s’est trompé de cible. Il ne doit pas porter plainte contre le professeur mais contre l’Éducation nationale. Le professeur est toujours en place et n’a pas été sanctionné par l’Éducation nationale. Il bénéficie de la protection de l’État. Il a choisi la facilité peut-être pour faire du buzz médiatique dans son contexte local. S’il y avait un vrai débat à avoir, il faudrait qu’il l’ait avec les ministres, l’État et l’Éducation nationale, mais ce n’est pas la voie qu’il a choisie.

Pensez-vous que le projet de loi sur le séparatisme pourrait répondre à ce genre de faits divers ?

Malheureusement, non. Cette loi a été faite et portée par M. Darmanin et par d’autres de ce gouvernement non pour régler les problèmes mais pour les dissimuler et faire de la communication. Il y a déjà des lois en France. La séparation de l’Église et de l’État, en 1905, est valable pour toutes les religions, la loi du principe de laïcité et du service public de 1983 : les lois existent déjà. Par conséquent, il n’est pas nécessaire d’en faire de nouvelles si les précédentes ne sont pas appliquées. On est donc sur de la communication parce que les gens ne veulent pas agir. Cette loi sur le séparatisme brasse de l’air pour éviter de régler les problèmes avec les lois existantes.

Tribune reprise de Boulevard Voltaire

Alexandre Langlois : « Il faut a priori que les policiers apprennent à grimper aux immeubles pour être reçus à l’Élysée »

Alexandre Langlois, Secrétaire Général du syndicat de police VIGI, revient sur les émeutes qui ont embrasé des quartiers à Nantes et sur le passif très lourd du délinquant tué.

Il évoque les réactions relativement mesurées des médias et des politiques, mais déplore celles du ministre de l’Intérieur et du président de la République Emmanuel Macron.

Le quartier du Breil, à Nantes, connaît sa deuxième nuit d’émeute suite à la mort d’Aboubakar. En savez-vous un peu plus sur ce qui s’est passé ?

Nous n’avons pas d’autres nouvelles. Le gouvernement avait promis, depuis plusieurs années, que les policiers seraient équipés de caméras piétons. Malheureusement, nous sommes toujours en attente de ce matériel. Ce type de matériel éviterait que la parole des policiers soit remise en doute et permettrait de savoir exactement ce qu’il s’est passé.
Mes collègues de la PJ sont en train de faire le tour des réseaux sociaux et des riverains pour trouver des vidéos plus ou moins bien cadrées et chronométrées suivant l’angle de vue et la durée. Le manque d’équipement et de vision politique nous amène à cette situation.
Je tiens à souligner que la police de sécurité du quotidien a prévu 10.000 caméras pour les policiers et gendarmes, d’ici fin 2019. Cela représente 5 % des effectifs. Le monde de demain ne sera donc pas encore très satisfaisant.

L’affaire Théo a sans doute servi un peu de leçon, car les réactions politiques ont été un peu plus nuancées et prudentes sur le sujet. L’opprobre n’a pas été jeté sur les policiers de manière automatique.

Cela a peut-être servi de leçon aux personnels politiques. Trois prises de position nous intéressent plus particulièrement, car elles sont institutionnelles.
Le Premier ministre était sur Nantes pour un déplacement. Il a fait l’effort de venir et de s’intéresser au sujet en disant qu’il soutenait les forces de l’ordre. Nous n’avons pas bien compris pourquoi il était allé voir la famille de la victime, mais c’est une autre question.
D’autre part, le ministre de l’Intérieur condamne une fois de plus avec une grande fermeté. C’est ce qu’il fait à chaque nouveau fait divers. Il condamne avec fermeté. Mais jamais rien n’est fait derrière. Il parle du décès d’un automobiliste suite à un contrôle de police. C’est politiquement correct. Nous préférerions qu’il parle d’un délinquant mort en tentant d’échapper à la police qui a agi dans le cadre du Code de la sécurité intérieure ou de la légitime défense. La présentation du même fait n’est pas du tout identique. Nous attendons davantage du ministre de l’Intérieur.
La palme revient à notre président de la République. Il a déclaré que ce n’était pas son rôle d’écumer ces choses-là. Il agit sur le long terme. Il faut a priori que les policiers apprennent à grimper aux immeubles pour être reçus à l’Élysée…
Tous les autres partis politiques font leur beurre sur le sujet, mais nous ne sommes pas jetés en pâture comme pour Théo.

Aboubakar était natif d’Île-de-France. Il se trouvait à Nantes pour voir de la famille.
Il était placé sous mandat d’arrêt. C’est un délinquant bien connu des services de police avec un passif assez lourd. Aurait-il dû être en prison ?

Son mandat d’arrêt était daté du 15 juin 2017. Depuis cette date, les services de police et de gendarmerie avaient pour mission, s’ils le trouvaient, de l’envoyer en prison.
Cela fait donc plus d’un an. Il était originaire de Garges-lès-Gonesse, en région parisienne. Il était à Nantes pour échapper aux poursuites dont il faisait l’objet. En étant à Nantes chez sa famille, il se camouflait.

Pour l’instant, les émeutes sont circonscrites à Nantes. Craignez-vous que ce phénomène se propage dans d’autres villes et dans d’autres quartiers sensibles ?

Il y a un risque que cela se produise à Garges-lès-Gonesse. Une marche blanche est organisée. Nous savons que ce genre de manifestation peut toujours déborder.
Tant que l’on encouragera les personnes en leur disant qu’ils peuvent prendre la défense d’une pauvre victime innocente, ça ne peut que conduire à un embrasement.

Tribune reprise de Boulevard Voltaire