Un « rapport Benalla » qui accable l’Elysée au-delà de l’imaginable, par Franck Deletraz

« Dysfonctionnements majeurs » au sommet de l’Etat, « imprudence de la présidence », « mensonges sous serment »… Après plus de six mois de travaux ponctués par de multiples rebondissements, pas moins de 34 auditions fleuves, et aussi quelques tentatives d’intimidation à peine voilées en provenance de l’Elysée, la commission d’enquête du Sénat sur l’affaire Benalla a enfin rendu mercredi son rapport. Un rapport accablant bien sûr pour l’ancien « gorille » de Macron, incarcéré depuis mardi soir, mais plus encore pour la présidence et son entourage le plus proche, dont les innombrables « défaillances » font froid dans le dos.

De nouveaux éléments « encore plus graves »

Ouvrant dans la matinée la séance devant la commission des lois du Sénat, le président de la commission Philippe Bas, entouré des deux rapporteurs Jean-Pierre Sueur (PS) et Muriel Jourda (LR), a d’emblée annoncé la couleur. En effet, a-t-il averti, « les nouveaux éléments que nous avons découverts sont encore plus graves que ceux que nous avons signalés au début de nos travaux » ! Une annonce qui valait d’abord pour le principal mis en cause, Alexandre Benalla, dont la commission a vivement dénoncé les nombreuses « réponses mensongères faites sous serment ». Des parjures à la pelle qui ont poussé logiquement Philippe Bas à demander à Gérard Larcher de saisir le parquet pour « faux témoignage » de l’ancien chargé de mission sur le « périmètre de ses fonctions à l’Elysée », « son rôle dans le dispositif de sécurité du chef de l’Etat », et sur l’utilisation de ses passeports diplomatiques.

Une accumulation de « dysfonctionnements majeurs »

Mais plus grave encore, aux yeux de la commission, la participation de Benalla, alors qu’il était en fonction à l’Elysée, à ce fameux contrat de protection conclu entre la société privée Mars et des représentants de l’oligarque russe Makhmudov. Une affaire dans laquelle, a affirmé Bas, « la sécurité du président […] a été affectée », et qui met directement en cause trois des plus hauts collaborateurs du chef de l’Etat (le secrétaire général de l’Elysée, Alexis Kohler, le directeur de cabinet, Patrick Strzoda, et le chef du groupe de sécurité de la présidence, le général Lionel Lavergne) qui se voient reprocher « un certain nombre d’omissions, d’incohérences et de contradictions ». Trois proches de l’exécutif donc, pour lesquels les commissaires ont aussi demandé au bureau du Sénat de saisir la justice pour d’éventuels « faux témoignages ».

Reste le point commun le plus inquiétant de toutes ces affaires : cette accumulation incroyable de « dysfonctionnements majeurs » au sommet de l’Etat, allant de la « liberté et des pouvoirs excessifs laissés à un collaborateur inexpérimenté » à « l’imprudence de l’Elysée », en passant par « l’incompréhensible indulgence » des supérieurs de Benalla, la « remontée d’informations défaillante » au sein de l’institution policière et de l’exécutif ou encore le « manque de diligence regrettable des autorités compétentes » pour s’assurer du retrait effectif des prérogatives de Benalla après son licenciement.

Franck Deletraz

Article paru dans Présent daté du 21 février 2019

L’affaire des contrats de Benalla se précise

13/02/2019 – FRANCE (NOVOpress avec le bulletin de réinformation de Radio Courtoisie) :
Il s’agit là encore d’une enquête réalisée par Médiapart, que les poursuites engagées par le parquet de Paris sur ordre de Matignon et la tentative de perquisition de ses locaux n’a pas découragé.

Les premiers contrats ont été passés par la société Mars

La société dirigée par Vincent Crase a agi dans ce cadre en tant que sous-traitant de la société Velours. Les négociations, qui se sont déroulées au Damas Café et au siège de La République en marche, ont eu lieu de mars à juin 2018. Elles ont abouti à la signature d’un contrat de protection de la famille de l’oligarque russe Iskander Makhmudov lors de ses déplacements en France. Un premier versement de 294.000 € à la société Mars a ensuite eu lieu, bien que la famille de Makhmudov n’ait pas posé le pied en France à cette période.

Puis, de la société Mars, on passe à France Close Protection

L’éclatement de l’affaire Benalla a attiré l’attention sur ses tractations douteuses. Par ailleurs, le versement sur le compte de la société Mars de l’énorme commission de 122.000 € sur le premier contrat, versement en provenance d’un compte domicilié à Monaco, a inquiété la Société générale. Pour couper tout lien en apparence avec Vincent Crase et éviter les saisies conservatoires, Alexandre Benalla a fondé une deuxième société : France Close Protection. Elle est officiellement dirigée par Yoann Petit et compte un seul actionnaire de 18 ans, vraisemblablement proche de Benalla.
Dès le dépôt de ses statuts le 2 octobre dernier, elle a reçu un premier versement de 294.000 €, dans le cadre d’un contrat de protection de 980 000 € pour Iskander Makhmudov. Benalla en a touché plusieurs dizaines de milliers d’euros.

Un autre contrat a ensuite été passé avec un deuxième oligarque russe

Signé le 2 décembre 2018 pour 980.000 €, ce contrat prévoit la protection de Farkhad Akhmedov et de ses enfants lors de leurs déplacements en France et dans certains pays d’Europe. Une équipe de sept personnes doit assurer cette mission. Pourtant, le premier versement a été touché par Benalla uniquement, après avoir transité sur le compte de sa société Insta Conseil basée au Maroc. En bref, on se demande pour quels services il est rémunéré si grassement.

Benalla : un OVNI à l’Elysée, par Francis Bergeron

Devant les sénateurs de la commission d’enquête, et pour une séance qui était enregistrée et diffusée publiquement, le Benalla qui s’est exprimé ne ressemblait guère au personnage sûr de lui et dominateur que l’on a pu entendre ici ou là. Ses avocats et les conseillers de l’Elysée et de LREM l’avaient apparemment bien préparé, et le jeune homme, à chaque question, apportait, non pas une réponse, mais un véritable petit exposé.

Les sénateurs n’étaient pas là pour juger les faits reprochés à Benalla. Ce sera le rôle des tribunaux. Il s’agissait pour eux de comprendre qui est vraiment Benalla, c’est-à-dire quel est son domaine de compétence, ce qu’on attendait de lui à l’Elysée, et pour quoi exactement il était (généreusement, surtout quand on se souvient qu’il n’a que 27 ans) payé.

Benalla a commencé par faire un exposé de ses missions. A l’entendre, ses « fonctions », clairement identifiées, étaient purement opérationnelles, techniques : il était en effet censé s’occuper de l’organisation des déplacements du chef de l’Etat sur le territoire français, qu’il s’agisse de déplacements publics ou privés, de l’organisation de certains événements à l’Elysée, de la gestion des cadeaux dont bénéficient les visiteurs du chef de l’Etat, ou que celui-ci leur offre, et aussi de la coordination des services de sécurité, ce qui est déjà d’un tout autre niveau, une mission qui, logiquement, aurait dû revenir à un officier supérieur ou à un policier. Non, c’était à ce jeune homme, dont le seul titre de gloire était apparemment d’avoir appartenu au service d’ordre du Parti socialiste, qu’avait été confiée cette tâche assez délicate, susceptible même de se révéler déterminante, en cas d’alerte grave, terroriste ou militaire.

C’est sans doute dans le cadre de cette dernière fonction que Benalla a eu des accrochages violents avec des hauts fonctionnaires du ministère de l’Intérieur. Devant les sénateurs, il a mis ces incidents sur le compte d’une attitude « corporatiste » de ses interlocuteurs. Mais sans doute ces fonctionnaires avaient-ils surtout exprimé leur mécontentement de voir cet OVNI incompétent venir leur donner des ordres.

Un port d’arme pour des missions de police… qu’il n’avait pas

Puis les sénateurs se sont interrogés sur le port d’arme délivré à Benalla. Etait-il en fait un garde du corps occulte du président ? L’ex-collaborateur de l’Elysée a avoué que ce port d’arme n’avait pas de rapport avec sa fonction, ou alors un rapport très indirect, expliquant que ce port d’arme était lié à sa sécurité personnelle. Etait-il donc menacé ? Mais personne ne le connaissait, avant qu’éclate l’affaire ! Et on a du mal à imaginer que les deux hauts fonctionnaires avec lesquels il s’était disputé l’aient menacé de mort… Tout cela reste bien mystérieux. Comme est brumeuse à souhait sa réponse à la question : portiez-vous cette arme lors de vos missions techniques. « Il a pu arriver que j’aie une arme sur moi, si je venais directement de mon domicile. » Or le port d’arme lui a été délivré pour « des missions de police » qu’il dit ne pas avoir eues. Où est la vérité ?

Et où est la vérité, quand il soutient que son badge de libre circulation à l’Assemblée nationale lui avait été attribué parce qu’il fréquentait la salle des sports située dans son enceinte ?

Quant à son recrutement, il semble avoir été opéré sur intervention directe d’un ponte de l’entourage de Macron, ou sur intervention de Macron lui-même.

Benalla se définit donc comme un lampiste, mais un mystérieux lampiste, qui présente en fait toutes les caractéristiques d’une barbouze ayant eu l’oreille du président. Sur ce plan – et c’est bien ce qui gêne dans ce dossier – Macron semble avoir voulu renouer avec les pratiques les plus insupportables de de Gaulle et de Mitterrand, même si Benalla se situait plutôt dans la catégorie des bébés barbouzes, « plus diseux que faiseux », selon une vieille formule berrichonne (et d’ailleurs).

Francis Bergeron

Article repris du quotidien Présent

Reportage sur L’embarrassant Alexandre Benalla

20/07/2018 – FRANCE (NOVOpress)
L’Élysée a décidé d’engager une procédure de licenciement contre Alexandre Benalla après avoir affronté un déluge de critiques. Il vient d’être placé en garde à vue.

Alexandre Benalla est un collaborateur d’Emmanuel Macron accusé d’avoir frappé un manifestant. Il fait l’objet d’une enquête préliminaire ouverte pour violences et usurpation de fonction. Il risque trois ans de prison et 45 000 euros d’amende.

Une commission parlementaire va également mener des auditions, suite à un vote à l’unanimité à l’Assemblée nationale. C’est dire l’ampleur de la polémique qu’a déclenché cette vidéo :

La scène se passe dans les rues de Paris. En marge des manifestations du 1er mai, un homme est interpellé par les forces de l’ordre. Il est ceinturé, frappé par un individu en civil qui porte des gants et un casque de policier.

Mais il n’est pas policier.

Il s’agit d’Alexandre Benalla. Ancien responsable de la sécurité des déplacements d’Emmanuel Macron, il occupe à l’Élysée le poste d’adjoint au chef de cabinet.

Le 1er mai, Alexandre Benalla était autorisé à se trouver aux côtés des forces de l’ordre en tant qu’« observateur ». Mais comment expliquer alors qu’il portait ce jour-là un brassard orange de policier ?

Mis à pied pendant deux semaines, Alexandre Benalla avait repris son poste. Sur ces images, on le voit ainsi à côté du bus de l’équipe de France à Paris lundi dernier. Cette affaire, l’Élysée l’a donc gérée en interne, en secret, sans saisir la justice.