Entretien avec Agnès Marion – « Pour l’amour de Lyon »

Tête d’une liste de rassemblement historique de candidats issus du RN, du PCD et de LR pour les élections municipales de Lyon, Agnès Marion est une jeune femme née en 1977, devenue chef d’entreprise après des études de lettres en classes préparatoires, mère de six enfants, élue RN du 7e arrondissement de Lyon et conseillère régionale.

— En quoi la liste « Pour l’amour de Lyon » que vous conduisez est-elle historique ?

— C’est notre rassemblement qui est historique : la liste que je conduis réunit, dans chaque arrondissement, des candidats du Rassemblement national et du Parti chrétien démocrate mais aussi des membres des Républicains qui ne veulent pas de la ligne LR d’Etienne Blanc. Parce que nous aimons Lyon, nous rassemblons des personnalités comme Olivier Pirra, élu sortant LR du 5e arrondissement, les candidats du PCD, dont il est le délégué départemental, les candidats du RN et de LR. Une de nos têtes de liste est membre de La Droite populaire de Thierry Mariani. Une des nombreuses raisons de ces ralliements tient à l’annulation par pur électoralisme des subventions de SOS Chrétiens d’Orient par le conseil régional dirigé par Wauquiez, une association dont quatre membres sont portés disparus à Bagdad depuis le 20 janvier [voir en page 4 de ce numéro, NDLR].

Notre liste intègre aussi des personnalités locales issues de la gauche souverainiste, comme Jean-Claude Vitau, syndicaliste souverainiste et républicain, retraité, ancien enseignant du public, qui est notre tête de liste dans le 2e arrondissement. Nous voulons mettre à bas le projet de société de Macron et de ses amis LREM, centristes, anciens socialistes, anciens LR, etc. Tous nos candidats refusent la dilapidation de notre héritage historique, social et anthropologique. Issus de la droite ou de la gauche, les membres de nos listes défendent l’enracinement et en premier lieu l’identité lyonnaise. Nous ne sommes pas de « partout » ou de « nulle part », nous sommes des « quelque part ». Un point essentiel qui nous rassemble, c’est la question du peuple et de la défense des plus fragiles, le contraire du macronisme : les personnes qui nous rejoignent le font par besoin de défendre les plus fragiles, la France réelle, les vraies gens.

— Votre rassemblement est inédit, historique, dans un contexte électoral lui-même inédit ?

— Lyon est la deuxième ville de France, après Paris. Ce n’est pas anodin. La situation est inédite avec une double élection à l’échelle de la ville, où je conduis la liste, et à celle de la métropole, composée de 58 communes, où la campagne est menée par Andréa Kotarac. Je suis concentrée sur la ville, la défense de son identité malmenée par la mondialisation, les personnes de passage qui ont un appartement ici et à New York ou Berlin, et l’identité propre des Lyonnais. LREM connaît une lutte fratricide entre Collomb et son ancien dauphin de la mairie, Képénékian. On retrouve ce que Macron fait à la France : des fractures à toutes les échelles. Je suis une Marion mais il y a une marionnette LREM : Yann Cucherat, porte-fusil de Collomb, comme tête de liste LREM. La division des LREM, celle des LR, très nombreux à nous rejoindre, la liste de l’UDI, celle d’EELV, les listes séparées de la gauche… tout cela fait de cette élection un moment unique. Cette situation pourrait bien montrer que le rassemblement que je propose est efficient, en particulier dans une ville qui a montré son attachement à nos racines ces dernières années.

— Votre programme pour la ville de Lyon est clair et centré sur quatre grands axes ?

— Sécurité, écologie pragmatique, identité et démocratie de proximité, quatre axes inséparables de mon point de vue. A Lyon, l’écologie de discours et les grands effets de manche à ce propos ne manquent pas. Dans les faits ? La ville est engagée dans l’ultra-métropolisation, la concentration à toutes les échelles, et ne fait rien pour empêcher le dépérissement des zones rurales, importantes dans la métropole. C’est une écologie hors-sol de gens qui passent d’un avion à l’autre. Je ne crois pas en la cohérence du discours de la mandature qui se termine. Collomb était ministre de Macron qui ne s’illustre pas par ses réussites en matière d’écologie. Nous, nous engagerons la « démétropolisation », un maillage de villes d’échelles différentes et déconcentrées, le maintien des zones rurales, ce qui demande de rendre du pouvoir aux communes mais aussi aux arrondissements. Lyon a besoin de localisme réel. Notre liste se rassemble aussi en particulier sur cette nécessité : une révolution de la proximité. Il y a de nombreuses ressources agricoles dans la métropole et nous pouvons, à notre échelle, mettre des biais environnementaux ; il y a des leviers de protection que l’actuelle municipalité ne veut pas utiliser. Cela demande autre chose que des « grands débats », plutôt une vraie démocratie de proximité. Je veux mettre en œuvre une écologie du bon sens, pragmatique, au service d’une métropole du bon sens, en luttant contre les effets négatifs de la surconsommation, avec des consignes ou la livraison de fruits et légumes, comme des AMAP (Association pour le maintien d’une agriculture paysanne), aidées par la municipalité et venant en complément des AMAP existantes. Du bon sens… il est évident que des vêtements peuvent servir à plusieurs enfants plutôt que de terminer à la poubelle !

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Agnès Marion : “A Lyon, une conférence avec une prédicateur musulman aux propos dégradants pour les femmes !”

Le 8 décembre à Lyon doit se tenir une conférence avec Nader Abou Anas, prédicateur musulman qui s’est déjà fait remarquer par ses propos misogynes sur les femmes.

Agnès Marion, tête de liste aux municipales pour le Rassemblement National ainsi qu’Alexandre Kotarac dénoncent et alertent le préfet et le maire sortant Gérard Collomb.

L’occasion d’évoquer avec elle la campagne qu’elle mène avec Alexandre Kotarac, ancien élu de la France Insoumise.

Pourquoi avoir dénoncé la visite d’un prédicateur musulman qui doit tenir une conférence à Lyon ?

Ce prédicateur musulman n’en est pas à son coup d’essai. L’imam Nader Abou Anas s’est déjà fait remarquer à plusieurs reprises pour ses prises de position notamment sur les femmes. Il a des propos extrêmement misogynes, irrespectueux, voire dégradants. Cela me paraissait important d’alerter les Lyonnais sur la tenue de cette réunion publique.

Comment la municipalité de Lyon défend-elle la tenue de cette conférence ?

Pour l’instant, nous n’avons pas eu de réponse de Gérard Collomb. Nous espérions une réponse. C’est tout de même l’ancien ministre de l’Intérieur qui, en quittant ses fonctions, a expliqué que nous vivions côte à côte et qu’il craignait que nous finissions par vivre face à face. Il me semble que cet événement peut préfigurer les conditions du face à face. En revanche, le préfet a été interrogé par la presse lyonnaise. Il a expliqué qu’il surveillerait l’événement, mais qu’il ne voyait pas de raison d’interdire en amont des propos qui pourraient y être tenus.

Vous êtes candidate aux municipales à Lyon. Vous formez un ticket avec Andréa Kotarac. Comment accueillez-vous le fait de faire équipe avec un ancien de la France Insoumise ?

Plus qu’un ticket, nous formons un duo. De manière très symbolique, nous formons un duo au moment où à Lyon le clan Collomb et la République En Marche se déchirent autour du duel entre Gérard Collomb et son ex-dauphin, David Kimelfeld. Là où Emmanuel Macron et ses troupes sont divisés, le Rassemblement national est rassemblé autour de personnalités d’horizons différentes, mais qui arrivent à dépasser tout cela, au nom d’un idéal commun qui s’appelle la France.

Pour le Rassemblement national, les municipales peuvent être l’occasion de prendre quelques villes, notamment Perpignan et Sète. De grandes métropoles comme Lyon sont-elles prenables ? Ou bien le but sera-t-il de faire le plus haut score possible ?

On est donné à 10, 12 pour le moment. Cela va être un peu difficile pour prendre la ville. Mais, on n’est pas à l’abri d’une surprise en politique. Souvenons-nous de 2017 qui fut une année à surprises. Nous faisons surtout une très bonne campagne qui nous laisse espérer de belles surprises, voire plus.

Tribune reprise de Boulevard Voltaire